ÉTERNEL
PARAGUAY. Voy. Missions étrangères.
PARALIPOMÈNES, terme dérivé du grec, qui signifie choses omises. On a donné ce nom h deux livres historiques de l'Ancien Testament, qui sont une espèce de supplément aux quatre livres des Rois, et dans lesquels on trouve plusieurs faits ou plusieurs circonstances que l'on ne lit pas ailleurs. Les anciens Hébreux n'en faisaient qu'un seul livre qu'ils nommaient les Paroles des jours ou les Annales, parce que cet ouvrage commence ainsi; saint Jérôme l'a nommé les Chroniques, parce que c'est une histoire sommaire rangée selon l'ordre chronologique. On ne sait pas certainement qui est l'auteur de ces deux livres; on pense communément qu'ils furent écrits par Esdras, aidé du secours des prophètes Aggée et Zacharic, après la captivité de Babylone; ce sentiment est assez probable, mais il n'est pas sans difficulté. On trouve dans ces deux livres des choses qui n'ont eu lieu que dans les temps postérieurs à Esdras, d'autres qui n'ont pu être dites que par des écrivains antérieurs. Mais les premières ont pu être ajoutées comme supplément dans la suite des temps, de même queEsdras suppléait à ce que d'autres avaient dit avant lui; pour les secondes, il les a copiées dans des mémoires plus anciens que lui, et auxquels il n'a rien voulu changer.
L'auteur des Paralipomènes n'est donc ni •contemporain des événements ni historien original; il n'a fait que rédiger et abréger les mémoires écrits par des témoins plus anciens que lui, et il cite souvent ces mémoires sous le nom <Y Annales ou de journaux de Juda et a" Israël. 11 paraît que son dessein n'a
pas été de suppléer à tout ce qui pouvait avoir été omis par les auteurs précédents, et qui aurait pu r ndre l'histoire sainte plus claire et plus complète; il semble avoir eu principalement pour but de montrer, par les généalogies, quel devait être le partage des familles revenues de la captivité, afin que chacun rentrât, autant qu'il était possible, dans l'héritage de ses pères. Mais il s'est attaché surtout h tracer la généalogie des prêtres et des lévites, afin qu'ils pussent être rétablis dans leur ancien rang, dans leurs premières fonctions, et dans les possessions de leurs ancêtres conformément aux anciens registres. Ce même auteur ne s'est pas donné la peine de concilier les mémoires qu'il copiait avec cei tains endroits des autres livres saints qui pouvaient y paraître opposés au premier coup d'œil, parce que, de son temps, l'on connaissait assez les faits et les circonstances, pour que l'on pût aisément voir qu'il n'y avait réellement aucune opposition. Dans la Bible d Avignon, tom. V, ag. 147, il y a une comparaison très-iétail-
ée des textes des Paralipomènes parallèles à ceux des autres livres de l'Ecriture sainte, où l'on voit en quoi ils sont conformes, en quoi ils sont quelquefois différents, et comment ils servent à s'éclaircir les uns les autres. Les Juifs n'ont jamais douté de l'authenticité des livres des Paralipomènes, et il n'y a aucune rason solide d'en contester la canonicité.
PA1UNYMPHE. C'était chez les Hébreux un des amis de l'époux, celui qui conduisait l'épouse pendant la cérémonie nuptiale, et qui faisait les honneurs de la noce; il est appelé dans l'Evangile Y ami de V époux (Joan. m, 9). Quelques commentateurs ont cru que celui qui est appelé architriclinus, dans l'histoire des noces de Cana, n'était autre que le Paranymphe ; mais il est plus probable que c'était un voisin ou un parent dt'S époux , qui était chargé de veiller à l'ordre du festin nuptial et de faire les fonctions d'un maître d'hôtel. Saint Gaudence de Bresse assure, sur la tradition des anciens, (pie cet ordonnateur du festin était ordinairement pris du nombre des prêtres , afin qu'il eût soin qu'il ne se commît rien de contraire aux règles de la religion et de la bienséance. Dans les écoles de théologie de Paris, on donnait autrefois le nom de Paranymphe à une cérémonie qui se faisait à la lin de chaque cours de licence. Un orateur, appelé paranymphe, choisi parmi les bacheliers, après avoir fait une harangue, apostrophait chacun de ses confrères, quelquefois par des compliments, plus souvent par des épigrammes satiriques, auxquelles ceux-ci répondaient de même. La faculté de théologie a sagement supprimé cet abus, et a réduit les paranymphes à de simples harangues.
PARAPHRASES CHALDAIQUES. On a ainsi nommé les versions du texte hébreu de l'Ecriture sainte, faites en langue c'aldaïque. Les Juifs les appellent targum, interprétation ou traduction, et ils ont autant de respect
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pour ces versions que pour le texte môme. En voici l'orig ne.
Pendant les soixante-dix ans de captivité que les Juifs éprouvèrent à Babylone, les principaux d'entre eux, surtout les prêtres et les lévites, conservèrent la langue hébraïque telle qu'ils la parlaient dans la Judée avant leur transmigration, et ils eurent soin de l'enseigner à leurs enfants. De là le prophète Daniel qui a écrit pendant la captivité, Esdras, Aggée, Zacharie et Malachie, qui ont écrit après le retour, se sont encore servis de l'hébreu pur; il y a seulement dans le livre de Daniel et dans ceux d'Esdras quelques chapitres ou quelques endroits écrits en chaldéen. Mais le commun du peuple, mêlé avec les Chaldéensà Babylone, prit insensiblement leur langage, l'hébreu pur lui devint moins familier qu'il n'était auparavant. Aussi , lorsqu'après le retour de la captivité Ksdras lut au peuple assemblé la loi Je Moïse, il est dit que les lévites et Esdras lui-même interprétaient au peuple ce qui avait été lu (Nehem. vm, 9 et 10). Dans les siècles suivants, les rois de Syrie eurent souvent des armées dans la Judée, et les Juifs se trouvèrent environnés de Syriens; il est probable qu'il se mêla encore beaucoup de syriaque h leur langue vulgaire; c'est ce qui détermina dans la suite les docteurs juifs à faire les targuas, à traduire le texte hébreu en chaldéen; mais cet ouvrage ne parait avoir été exécuté que quatre ou cinq cents ans après Esdras. Ainsi, lorsque ces traductions furent faites, la langue chaldéenne était divisée en trois dialectes. Le premier et le plus pur était celui de Babylone; il s'écrivait en caractères carrés, que nous nommons aujourd'hui caractères hébreux, et qui furent adoptés parles Juifs, comme plus commodes que les anciennes letlres hébraïques que nous appelons samaritaines. Le second dialecte était celui que l'on parlait à Antioche, dans la Comagène et dans la haute Syrie; mais celui-ci doit être plutôt appelé langue syriaque que langue chaldaïque; elle s'écrivait et s'écrit encore en caractères très-différents des lettres chaldaïques. Cette langue et ces caractères ont toujours été et sont encore en usage dans les Eglises syriennes, chez les maronites, les jacobites et les nestoriens. Voy. Syriaque. Le troisième dialecte était celui que l'on parlait à Jérusalem et dans la Judée : c'était un mélange de chaldéen, de syriaque et d'hébreu; c'est pourquoi on l'a nommé syro-chaldaïque et syro -hébraïque. Alors le texte hébreu de l'Ecriture sainte était devenu moins intelligible pour le peuple que du temps d'Esdras. Les targums ou paraphrases chaldaïques n'ont pas été faites en môme t'mps ni par le môme auteur; aucun docteur juif n'a entrepris de traduire en chaldéen tout l'Ancien Testament, mais l'un a traduit certains livres, l'autre a travaillé sur d'autres livres, et l'on ne sait pas les noms de tous ; on voit seulement que ces traductions ne sont pas de la môme main, parce que le langage, le style et la méthode ne sont pas exactement les mêmes.
Ces traductions, ou parties de traductions, sont au nombre de huit; nous ne donnerons qu'une courte notice de chacune. La première et la plus ancienne est celle d'Onkélos, qui a seulement traduit la loi, ou les cinq livres de Moïse; c'est aussi celle qui est en style le plus pur, et qui approche le plus du chaldéen de Daniel et d'Esdras. Ce targum d'Onkélos est plutôt une simple version qu'une paraphrase ; l'auteur suit mot à mot le text a hébreu, et le rend pour l'ordinaire assez exactement. Aussi les Juifs l'ontils toujous préféré à tous les autres, et ils en ont fait le plus d'usage dans leurs synagogues.
La seconde est la traduction des prophètes par Jonathan Ben-Uzziel ; elle approche assez de celle d'Onkélos pour la pureté du style, mais elle n'est pas aussi littérale; Jonathan prend la liberté de paraphraser ; d'ajouter au texte tantôt une histoire et tantôt une glose, qui souvent ne sont pas fort justes ; ce qu'il a fait sur les derniers prophètes est encore moins clair et plus négligé que ce au 'il a fait sur les premiers, c'est-à-dire sur les livres de Josué, des Juges et îles Rois, que les Juifs mettent au rang des livres prophétiques. On convient assez parmi les juifs et parmi les chrétiens que le targum d'Onkélos sur la loi, et celui de Jonathan sur les prophètes, sont pour le moins du siècle de Jésus-Christ. Selon la tradition des juifs, Jonathan était disciple d'Hillel : or celui-ci mourut à peu près dans le temps de la naissance deNotre- Seigneur : Onkélos était contemporain de Gamaliel le Vieux, sous lequel saint Paul fit ses études. Ce témoignage est soutenu par la pureté du style des deux ouvrages dont nous parlons, dans lesquels on ne trouve aucun des termes étrangers que les juifs adoptèrent dans la suite. 11 est très-probable que Jonathan n'a point traduit la loi , mais seulement les livres suivants, parce que la traduction de la loi par Onkélos lui était connue. La seule objection que l'on puisse faire contre l'antiqu té de ces deux targums est que Origène, saint Epiphane, saint Jérôme ni aucun des anciens Pères de l'Eglise n'en ont parlé ; mais cet argument négatif ne prouve rien ; on sait que pour lors les juifs cachaient soigneusement leurs livres; à peine y a-t-il trois cents ans que ces anciennes versions sont connues et publiées parmi les chrétiens. Quelques auteurs ont cru que le paraphraste Onkélos était le môme que le juif prosélyte Akila ou Aquila, auteur d'une version grecque de l'Ancien Testament, version que Origène avait mise dans ses Octaples ; mais Prideaux, dans son Histoire des Juifs , 1. xvi, tom. II, p. 281, prouve que ce sont deux personnages trèsdifférents, dont le. second n'a écrit qu'environ 130 ai. s après Jésus-Christ. — Le troisième targum est aussi une traduction chaldaïque de la loi ou des cinq livres de Moïse, et quelques auteurs l'ont attribué au môme Jonathan Ben-Uzziel, dont nous venons de parler. Mais le style de cet ouvrage est trèsdifférent de eelui du targuw sur les prophètes,
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il est encore plus rempli de gloses et de fables ; on y trouve des choses et des noms qui n'étaient pas encore connus du temps de Jonathan ; on n'en avait jamais ouï parler avant qu'il parût imprimé a Venise, il va environ deux cents ans. — Le quatrième est encore sur la loi, et se nomme Je targum ou la paraphrase de Jérusalem, parce qu'il est écrit dans le dialecte syro-chaldaïque qui était en usage à Jérusalem ; on n'en connaît ni a date ni l'auteur. Ce n'est point une traduction suivie, mais une espèce de commentaire sur des passages détachés. Comme l'on y en trouve plusieurs qui sont conformes à ceux du Nouveau Testament, l'on a cru que cet ouvrage devait être fort ancien ; cependant il est encore plus moderne que le précédent, puisque souvent il le copie mot à mot. — Le cinquième est une paraphrase sur les cinq petits livres que les Juifs appellent fnégill&th, rouleauxou vo'umes; savoir, Ruth, Esiher, l'Ecclésiaste, le Cantique, les Lamentations de Jérémie. — Le sixième est une seconde paraphrase sur Esther ; le septième est sur Job, les Psaumes et les Proverbes ; ces trois targums sont d'un style plus corrompu , du diaiecte de Jérusalem, et l'on ne connaît point les auteurs des deux premiers. Quant au troisième, sur Job, les Psaumes et les Proverbes, on l'attribue à un certain Joseph-le-Rorgne, sans que l'on sache qui il était ni en quel temps il a vécu. — Le huitième targum est sur les deux livres des Paraîipomènes ; il n'avait pas été connu avant Tan 1680, temps auquel Rechius le publia à Augsbourg sur un vieux manuscrit. Auss;, à la réserve de la paraphrase d'Onkélos sur la loi, et celle de Jonathan sur les prophètes, toutes lesautres sont évidemment postérieures de beaucoup au siècle de Jésus- Christ. Le style barbare de ces ouvrages et les fables talmudiques dont ils sont remplis prouvent qu'ils n'ont paru qu'après le Talraud de Jérusalem, ou même après le Talmud de Rabykme, c'est-à-dhe depuis le commencement du iv* ou du vie siècle.
Cependant ces targums ou paraphrases en général sont fort utiles. Non-seulement elles servent à expliquer un grand nombre d'expressions hébraïques qui sans cela seraient plus obscures, mais nous y trouvons plusieurs anciens usages des Juifs qui servent à éclaircir les livres saints; mais le principal avantage que nous en tirons, c'est que la plupart des prophéties quiregardent le Messie sont prises par lesauîeurs deces paraphrases, dans le môme sens que nous leur donnons. Celte autorité fait contre les Juifs une preuve invincible, puisqu'ils attribuent aux targums la même autorité qu'au texte hébreu. Les rabbins se sont avisés de faire croire au commun des Juifs que ces ouvrages sont partis delà môme source que les livres sacrés ; que quand Dieu donna la loi à Moïse sur le mont Sinaï, il lui donna aussi la paraphrase d'Onkelos avec la loi orale ; que quand son Saint-Esprit dicta aux autres écrivains les livres sacrés, il leur donna aussi le targum de Jonathan. C'est pour cela môme qu'ils
ont aché avec tant de soin ces paraphrases aux chrétiens, et que l'on est parvenu si tard à en avoir communication. Maisil n'est pas prouvé que du temps de Jésus-Christ il y eût déjà d'S paraphrases chaldaiqucs ou syro-chaldaïques entre les mains des peuples de la Judée. Les protestants n'ont adopté cette opinion que pour étaver leur prévention sur la prétendue obligation imposée au peuple de lire l'Ecriture sainte et de l'avoir dins unelangue qu'il entende. Depuis Esdras jusqu'à Jésus-Christ, il s'est écoulé au moins quatre cents ans, pendant lesquels il n'a pas été question de version des livres saints en langue vulgaire ; le peuple s'en tenait aux instructions et aux explications de vive voix que lui en donnaientles prêtres et les lévites, et il n'y a aucune preuve du contraire.
Selon l'opinion de Prideaux, « Quand on fit lire à Jésus-Christ la seconde leçon dans la synagogue de Nazareth (Luc. iv, 16), il y a beaucoup d'apparence que ce fut un targum qu'il lut : car le passage d'Isaïe, c. lxi, v, 1, tel qu'il se trouve dans saint Luc n'est exactement ni l'hébreu ni la version des Septante; d'où l'on peut fort bien conclure que celte différence venait de la version chaldaïque dont on se servait dans cette synagogue. Et quand sur la croix il prononça le psaume xxi, v. 1, Eli, Eli, lamma sabacthani ; mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous délaisse'? ce n'est pas l'hébreu qu'il prononça, mais le chaldéen ; il y a dans l'hébreu, Eli, Eli, lamaazabtani. » Prideaux et ses copistes pouvaient se dispenser de faire cette observation, puisque plusieurs prophéties citées par saint Matthieu ne se trouvent pas mot pour mot dans le texte hébreu ; il ne s'ensuit pas de là qu'il les a prises dans une paraphrase chaldaïque. Jésus-Christ sans doute entendait l'hébreu; il aurait donc pu citer le texte avec la plus grande exactitude, sans y rien ajouter; mais cela était-il nécessaire. A supposer môme que ce soit saint Luc qui ait fa:t un léger changement dans les paroles du Sauveur, sans altérer le sens de la prophétie, ce n'est pas un sujet de reproche. II a pu faire sans crime ce que nous faisons tous les jours ; nous citons l'Ecriture sainte en français, sans nous informer s'il y a des traductions françaises imprimées: quelquefois même nousprenons la liberté de nous écarter de nos versions vulgaires, lorsque nous croyons être bien fondés.
Vainement l'on allègue le commandement fait aux Juifs de méditer continuellement la loi du Seigneur. Au mot Version vulgaire, nous ferons voir que le peuple a pu exécuter ponctuellement ce précepte , sans savoir lire ni écrire. Prideaux dit qu'il y avait un règlement très-ancien, qui obligeait chaque particulier à avoir chez lui un exemplaire de la loi ; et il cite pour toute preuve de ce fait le témoignage de Maimonide qui a vécu dans le xne siècle. Ainsi les protesiants, qui tournent en ridicule les traditions de l'Eglise romaine, nous opposent gravement les traditions des rabbins comme beaucoup plus respectables. La meilleure édition des tar-
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(juins ou paraphrases chaldaïques est celle que Buxtorf le père a donnée à Bille en 1020, dans la seconde grande Bible hébraïque ; mais on les trouve dans la Polyglotte d'Angleterre, à la réserve du targum sur les Paralipomènes, qui n'avait pas encore été publié lorsque Wallon a donné celte Polyglotte. Voyez-en les prolégomènes, sect. 7, c. 12; Prideaux, Ilist. des Juifs, 1. xvi, t. II, p. 270.
PABASCÈVE, mot grec qui signifie préparation. Les juifs nomment ainsi le vendredi de cbaque semaine , parce qu'ils sont obligés de préparer ce jour-là leur boire et leur manger pour le lendemain , qui est le jour du sabbat ou du repos. Il ne paraît pas cependant que l'intention de la loi ait été de leur interdire, le jour du sabbat, le travail nécessaire pour pourvoir à la nourriture ; mais c'était une des observances superstitieuses que Jésus-Christ leur a reprochées dans l'Evangile (Malth. xn, 5, etc.). Il est dit dans saint Jean , c. xix , v. 14 , que le jour auquel Jésus-Christ fut mis en croix était la parascève de Pâques ou de la pûque ; cela ne signifie pas que l'on préparait alors l'agneau pascal pour le manger, puisqu'il avait été mangé la veille; mais que c'était la préparation au sabbat qui tombait dans la fête de Pâques, et qui était appelé le grand sabbat , à cause de la solennité. Dans nos auteurs liturgiques, le vendredi saint est appelé feria sexta in parascève , et c'est la préparation à célébrer, dans la nuit du lendemain, le grand mystère de la résurrection de Jésus-Christ.
PABASCHE. Les juifs nomment ainsi les ditférentes sections ou leçons dans lesquelles ils ont coupé le texte de l'Ecriture sainte pour le l.re dans leurs synagogues.
PAHAT HÈSE, imposition. Ctiez les Grecs, c'est la prière que l'évoque récite sur les catéchumènes, en étendant les mains sur eux pour leur donner la bénédiction, et ils la reçoivent en inclinant la tète. Dans l'Eglise romaine , le prêtre qui administre le baptême étend la main sur le baptisé , en récitant les exorcismes qui précèdent ce sacrement, et il a la tète couverte ; c'est un signe de l'autorité avec laquelle il commande à l'esprit immonde de s'éloigner du baptisé.
PABDON. La raison a persuadé à tous les hommes que Dieu est miséricordieux et porté à la clémence ; que quand nous avons eu le malheur de l'offenser , c'est-à-dire d'enfreindre sa loi, nous pouvons obtenir de lui le pardon par la pénitence. Sans cette croyance salutaire, un pécheur n'aurait point d'autre parti à prendre qu'un sombre désespoir ; vingt crimes de plus ne lui coûteraient rien , dès qu'il pourrait espérer d'échapper à la vengeance des hommes. La révélation a pleinement confirmé cette persuasion générale du genre humain. Dieu , dès le commencement du monde, lit un acte de miséricorde à l'égard du premier pécheur ; il ne punit que par une peine temporelle le péché d'Adam , qui méritait une peine éternelle , et il daigna y ajouter la promesse d'un rédempteur. I'I remit de même à Caïn ,
meurtrier de son frère, une partie de la peine qu'il méritait, et il le rassura contre la crainte dont il était saisi , d'être tué par un vengeur. Loi s môme que Dieu menace les Israélites de punir leurs crimes jusqu'à la troisième et quatrième génération, il promet aussi de faire miséricorde jusqu'à la millième, c'est-à-dire sans bornes et sans mesure {Exod. xx, 6). Le Psalmiste nous apprend que Dieu a pitié de nous , comme un père a pitié de ses enfants, parce qu'il connaît le limon fragile dont il nous a formés (Ps. en, v. 13). Cette doctrine est la base du christianisme, puisque c'est là-dessus qu'est fondée la foi de la rédemption. Jésus-Christ ne se contente point de dire : Soyez miséricordieux comme votre Père céleste; heureux les miséricordieux , parce qu'ils recevront miséricorde ; mais il ajoute que « ceux qui ne pardonnent point à leurs frères ne doivent espérer pour eux-mêmes aucun pardon ; et il nous a enseigné à dire tous les jours à Dieu : Notre Père... pardonnez-nous nos offenses, comme nous les pardonnons à ceux qui nous ont offensés. Lorsque saint Pierre lui demanda : « Seigneur, combien de fois faut-il que je pardonne à mon frère qui m'a offensé : est-ce assez de sept fois? le Sauveur lui répondit : Je ne vous dis point jusqu'à sept fois , mais jusqu'à soixante et dix fois sept fois. Par conséquent , sans bornes et sans mesure [Matth. xvin, 21). Il en a donné lui-môme l'exemple, puisqu'il n'a refusé le pardon à aucun pécheur. La dernière prière qu'il a faite à son Père sur la croix a été pour lui demander pardon pour ceux qui l'avaient crucifié.
On est indigné avec raison lorsqu'on entend les incrédules blâmer la facilité avec laquelle on accorde dans toutes les religions, et particulièrement dans le christianisme, le pardon à tous les pécheurs , surtout à l'article de la mort. Sans doute ces censeurs sans pitié se croient eux-mêmes impeccables. Où en seraient-ils, s'il n'y avait lieu d'espérer que Dieu leur pardonnera leurs blasphèmes, et si notre religion ne nous enseignait pas qu'il faut pardonner aux insensés aussi bien qu'aux hommes raisonnables? Entre des êtres aussi faibles et aussi vicieux que le sont les hommes en général, la société ne peut être qu'un commerce continuel de fautes et de pardons , et il en est de même de la société religieuse entre Dieu et l'homme. Voy. Expiatiox , Miskkicoude de Diiïu.
Paudon, chez les juifs, c'est la fôte des Expiations dont nous avons parlé ailleurs. Ils la célèbrent encore. Léon de Modène observe qu'autrefois, la veille de cette fête, les juifs modernes faisaient une cérémonie trèsridicule : ils frappaient trois fois sur la tête d'un coq , en disant à chaque fois quil soit immolé pour moi, et ils appelaient cette raomerie chappara, expiation ; mais ils y ont renoncé , parce qu'ils ont compris que c'était une superstition. Nous ne voyons pas dans la loi de iMoïse que le coq soit au nombre des animaux qu'il leur était ordonné
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d'offrir en sacrifice; niais cette victime était faut de réflexion; ils ont donc besoin d'être commune chez les païens. Le soir ils man- rappri'és à eux-inômes et à leurs devoirs par gent beaucoup , parce qu'ils observent un des discours qui les instruisent et les excijeûne rigoureux le lendemain. Plusieurs se tent à la vertu. Plusieurs ne savent pas lire baignent et se font donner les trente-deux ou sont incapables de le faire avec assez coups de fouet prescrits par la loi ; ceux qui d'attention ; un discours sensé, solide, aniretiennent le bien d'autrui font alors des res- mé, fait sur eux beaucoup plus d'impression titutions, quand ils ont de la conscience. Ils qu'une lecture. Le peuple môme le plus demandent pardon à ceux qu'ils ont offen- grossier sent très-bien la différence qu'il y a ses, ils font des aumônes et donnent tous les entre une exhortation bien faite, adaptée à signes extérieurs de pénitence. Après sou- sa capacité et à ses besoins , et un discours per, plusieurs prennent des habits blancs, et vague, qui ne lui apprend rien, ne lui laisse sans souliers vont à la synagogue , qui est rien dans l'esprit et n'excite aucun sentifort éclairée ce jour-là : ils y font plusieurs ment dans son cœur. Voy. Sermon. prières et plusieurs confessions de leurs fau- PARENTS. Dans l'Ecriture sainte ce terme tes. Cet exercice dure au moins trois heu- se prend non-seulement pour le père, la res, après quoi ils vont se coucher. Quel- mère et les aïeux , mais pour tout degré de ques-uns passent la nuit dans la synagogue consanguinité. Les Hébreux confondaient le en priant Dieu et en récitant des psaumes, mot de frère avec celui de parent. 11 est dit Le lendemain, dès le po nt du jour, ils re- de Melchisédech qu'il était sans père, sans tournent à la synagogue, et y demeurent jus- mère et sans généalogie , ou sans parents , qu'à la nuit, en disant des psaumes, des parce qu'il n'en est pas fait mention dans prières, des confessions, et en demandant l'histoire sainte. Chez les anciens, et parmi pardon à Dieu. Lorsque la nuit est venue le peuple qui conserve encore la simplicité et que les étoiles paraissent, on sonne du des anc ennes mœurs, les affections de paco,- pour avertir que le jeûne est fini. Alors rente étaient plus vives que parmi nous , et ils sortent de la synagogue , se saluent les il en résultait un très-grand avantage pour uns les autres , en se souhaitant une longue la société. Une famille se soutient par l'atvi ■. Ils bénissent la nouvelle lune, et retour- tachement et l'intérêt mutuel de ceux qui la nent chez eux prendre leurs repas. Léon de composent, par le point d'honneur qui leur Modène, Ccrém. des Juifs , mc part. , c. 6. fait craindre toute espèce de tache. Si l'un Toutes ces démonstrations extérieures ne d'entre eux est vicieux , tous se réunissent sont certainement pas un prése; vatif infail- pour le réprimer. Une fausse philosophie a lible contre le péché; plusieurs hypocrites inspiré un égoisme destructeur. A peine les en abusent sans doute; d'autres l'ont répé- pères et les enfants , les frères et les sœurs tée vingt fois sans restituer le bien d'au- conservent-ils ensemble quelque liaison , et Irui, et sans en devenir plus scrupuleux sur la société se trouve compojée de membres l'article de la probité. iMais il y aurait de très indifférents les uns aux autres. Lorsque l'entôtement à soutenir qu'elle ne sert à rien l'Ecriture sainte condamne les affections de du tout , qu'elle n'a jamais contribué à faire la chair et du sang , elle ne réprouve les atréparer ni à prévenir aucun crime : quand tachements de parenté que quand ils son^ elle n'en empocherait qu'un seul par an , excessifs , et qu'ils peuvent nous faire malice serait toujours autant de g<igné. Une quer à ce que nous devons à Dieu et à la soexpérience constante prouve que des pra- ciété. Jésus-Christ voulut que ses disciples tiques générales et publiques , auxquelles renonçassent à leurs parents et à leurs fatoute une nation ou toute une ville prend milles, parce qu'il fallait qu'ils se livrassent part , font plus d'impression que ce que l'on tout entiers à la prédication de l'Evangile et fait en particulier. Les homm s toujours qu'ils allassent porter la foi à toutes les napris par les sens contractent, sans s'en aper- tions. Les incrédules l'ont accusé fausserevoir, les sentiments et les affections dont ment d'avoir méconnu lui-même ses parent$ ils sont témoins; tel qui a commencé la ce- et d'avoir manqué d'affection pour eu\. il rémonie avec un cœur endurci , se trouve était obligé de donner à ses disciples l'exeniquelquefois ému avant qu'elle finisse , et se pie d'un détachement parfait; mais il ne déconvertit entièrement. daigna pas de mettre au rang de ses apôtres
Pardon, dans l'Eglise catholique, est la les deux saint Jacques , saint Ju de et saint
môme chose qu'indulgence. Voy. ce mot. On Jean l'Evangéliste , qui étaient ses parents.
appelait aussi autrefois pardon la prière que II y a cependant dans l'Evangile quelques
nous nommons Y Angélus, parce que les sou- passages dont les incrédules abusent pour
verains pontifes y ont attaché une indul- étayer leur accusation. Dans saint Marc , c.
gence. Voy. Asgeu;s. Dans les anciens au- m, v. 31, il est dit que la mère de Jésus et
leurs anglais, pardon, venia, signifie l'action ses frères, c'est-à-dire ses parents, vinrent
de se prosterner pour demander pardon à pour lui parler pendait qu'il enseignait le
Dieu ; prostratus in longa venia , prosterné peuple; que les assistants lui dirent : « Voilà
pendant longtemps par pénitence. votre mère et vos frères qui sont hors de la
PARÉNÈSE, discours parénétique, exhor- maison et qui vous demandent. Jésus répon-
tation à la piété. Tant que la parole aura du pondit : Qui sont ma mère et mes frères?
pouvoir sur les hommes, il sera utile de leur En montrant ceux qui étaient autour de lui,
l'aire des exhortations et des discours de il dit : Voilà ma mère et mes fières; celui
piété. La plupart d'entre eux pèchent par dé- qui fait la volonté de Dieu est mon frère,
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ma sœur et ma mère, » Dans ce môme chapitre, v. 21 , on lit que ses proches allèrent pour le prendre ou pour l'enfermer, en disant il est tombé en démence. D'ailleurs saint Jean, c. vu, v. 5, nous apprend que ses parents ne croyaient pas en lui. De là un incrédule , qui a donné une histoire critique de Jésus-Christ , soutient qu'il était en dissension avec sa famille , qu'il la méconnaissait et la méprisait ; que ses parents, de leur côté, étaient scandalisés et fichés de sa conduite; qu'ils le regardaient comme un insensé qui méritait d'être renfermé. Si cette calomnie avait la moindre lueur de vraisemblance, il serait étonnant que les Juifs, trèsinstruits des différentes circonstances de la vie du Sauveur, que Celse, Porphyre et Julien, qui avaient lu nos Evangiles avec beaucoup d'attention, n'y eussent pas remarqué ce fait important ; mais c'est un trait de pure malignité de la part des incrédules modernes. Que prouve le premier passage ? Il prouve que Jésus-Christ regardait la fonction d'instruire le peuple comme plus importante que l'obligation de recevoir la visite de ses parents; que cette visite arrivait dans un moment peu favorable ; que Jésus faisait encore plus de cas de la vertu et des dons de la grâce, que des liens du sang et des affections de parenté. Il ne s'ensuit rien de plus. Nous soutenons que le second est mal traduit ; si l'on veut examiner de près le texte grec, il porîe à la lettre : « Jésus et ses apôtres vinrent à la maison, et la foule s'assembla de nouveau , de manière qu'ils ne pouvaient pas seulement prendre leurs refias. Ceux qui étaient autour de Jésus, ayant entendu le bruit de cette troupe de peuple, sortirent pour fermer la porte , et dirent à ceux qui voulaient entrer : Jésus n'en peut plus, il est en défaillance, ou il est sorti (Marc, m, 20).) » 11 n'est donc point ici question des proches ou des parents de Jésus , il n'en est parlé qu'au v. Si. L'évangéliste n'a pas pu dire qu'ils sortirent de la maison, puisqu'ils n'y étaient pas entrés. Le dessein des apôtres était d'enfermer Jésus , non par violence , mais pour le délivrer de la roule qui \enait l'accabler, et pour lui laisser au moins le temps de prendre de la nourriture. Ce qu'ils disent à cette foule pour l'écarter signifie également il est sorti ou il est hors de lui , il est tombé en défaillance.
A la vérité, si l'on excepte saint Jean- Baptiste, parent du Sauveur , et qui lui rendit témoignage avant môme qu'il commençât de prêcher , ses autres parents ne crurent pas d'abord en lui , et cela n'est pas étonnant. Une famille pauvre et obscure, telle qu'était celle de Jésus, est naturellement timide. En voyant les contradictions auxquelles Jésus était exposé , ses parents craignirent que la haine des Juifs ne retombât sur eux ; l'intérêt de leur repos se joignit au préjugé général , que le fils d'un artisan, né dans l'obscurité , ne pouvait être le Messie ou Rédempteur prorais à Israël. Mais après les miracles, la mort, la résurrection et l'as-
cension de Jésus-Christ, ses parents crurent certainement en lui , puisque saint Siméon , son cousin germain, âgé de cent vingt ans, les drux saint Jacques et plusieurs autres de ses proches souffrirent le martyre pour lui. Eusèbe, Hist. écoles. , 1. m, c. 20 et 32. Alors leur foi ne pouvait plus être suspecte ; si elle avait paru plus tôt, les incrédules diraient que la vanité et l'espérance de quelque avantage temporel avaient été les motifs de leur conduite.
PARFAIT, PERFECTION. Ces deux termes ne peuvent être attribués dans le môme sens à Dieu et aux créatures. Lorsque nous disons que Dieu est parfait, nous entendons qu'il est l'Etre par excellence, qui existe de soi-même, qui est sans défaut, dont les attributs ne peuvent augmenter ni diminuer, puisqu'ils sont infinis; par conséquent tors ces attributs sont des perfections absolues. Parmi les êtres créés, au contraire, aucun n'est absolument parfait ; il n'en est aucun dont les attributs ne soient susceptibles d'augmentation et de diminution, puisqu'ils sont bornés. Un être créé est censé parfait lorsqu'on le compare à un autre être moins parfait que lui , et il est censé imparfait , si on le compare à un être meilleur ou qui a moins de défauts; ses attributs ne sont donc que des perfections ou des imperfections relatives. Quand on demande pourquoi Dieu, qui est tout-puissant, a fait des créatures si imparfaites , c'est comme si l'on demandait pourquoi il a fait des êtres bornés : il ne pouvait pas créer des êtres infinis ou égaux à lui-même. Il n'est aucune créature à la-
3uelle Dieu n'ait pu donner un plus haut egré de perfection , et il n'en est aucune à laquelle il n'ait pu aussi en donner moins. Toutes lui sont donc redevables de l'être qu'il leur a donné et du degré de perfection qu'il a daigné leur accorder. Si l'on s'obstine à prendre les termes de perfection ou ^imperfection des créatures dans un sens absolu, on peut fonder sur cet abus des termes, des sophismes à l'infini : nous l'avons fait voir ailleurs. Voy. Bien et Mal. Ceux qui disent que c'est un trait d'injustice et de partialité de la part de Dieu , d'avoir donné h certaines créatures plus do perfections qu'aux autres, ne s'entendent pas eux-mêmes. Dans la distribution des dons de pure grâce, peutil y avoir de l'injustice ou de la partialité ? Dieu sans doute ne doit rien à des créatures qui n'existent pas encore; l'être qu'il leur donne et chaque degré de perfection qu'il y ajoute sont autant de bienfaits purement gratuits. D'ailleurs, la société des créatures sensibles et intelligentes n'est fondée que sur leurs besoins mutuels et sur les secours qu'elles peuvent mutuellement se prêter. Si l'égalité des d.ons naturels et surnaturels était parfaite entre elles, toute société serait impossible. Voy. Inégalité.
Le terme de perfection , dans le Nouveau Testament , signitie ordinairement l'assemblage des vertus morales et chrétiennes; les parfaits sont ceux qui évitent toute espèce ue crime et pratiquent la \erlu , autant que
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la faiblesse humaine en est capable. Lorsque Jésus-Christ nous dit : «Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait (Matth. v, 48), on conçoit aisément que cette comparaison ne doit pas être prise à la rigueur; Jésus- Christ nous commande seulement de faire tous nos efforts pour imiter les perfections de Dieu, surtout sa bonté bienfaisante à l'égard de tous les hommes ; c'est principalement de cet attribut divin qu'il est question dans cet endroit. H en é'ait de même lorsque Dieu disait aux Juifs : Soyez saints , parce que je suis saint. Un jeune homme étant venu demander au Sauveur ce qu'il devait faire pour obtenir la vie éternelle, et ayant assuré qu'il avait gardé tous les commandements de Dieu , notre divin Maître répliqua : Si vous voulez être parfait, allez vendre ce que vous possédez , donnez-le aux pauvres , vous aurez un trésor dans le ciel , et venez me suivre (Matth. xix, 21). Il y a donc un degré de perfection qui n'est pas commandé en rigueur et sous peine de damnation , mais par lequel on peut mériter une plus grande récompense dans le ciel; et cette perfection consiste principalement dans la pratique des conseils évangéliques. Voy.
Conseils.
PARFUM. Voy. Excens.
PARHKRMENiiUTES, faux interprètes. On nomma ainsi dins le vnc siècle certains hérétiques qui interprétaient l'Ecriture sainte selon leur sens particulier, et qui ne faisaient aucun cas des explications de l'Eglise et des docteurs orthodoxes. C'est probablement ce qui donna lieu au dix-neuvième canon du concile in Trullo , tenu l'an 692, qui défend d'expliquer l'Ecriture sainte d'une autre manière que les saints Pères et les docteurs de l'Eglise. Mais cet abus a été commun à toutes les sectes d'hérétiques.
PARJURE. Ce crime se commet en deux manières : 1° lors \ue l'on jure ou que l'on atteste par sonnent une chose que l'on sait ou que l'on croit être fausse; 2° lorsque l'on n'exécute point ce que l'on avait promis avec serment; dans l'un et l'autre cas, c'est prendre le nom de Dieu en vain, et manquer de respect à Dieu, dont on a osé attester la saint nom. Rarbeyrac, dans son Traité de la morale des Pères, c. xi, § li, a trouvé bon d'accuser saint Rasile d'avo.r eu des idées trop peu justes sur le parjure, et d'avoir supposé que c'en est un, lorsqu'en jurant l'on s'est trompé de bonne foi. Il cite l'homélie sur le Ps. xiv, n. 5; et les nouveaux éditeurs de saint Rasile ont fait voir que cette homél e n'est jas de lui. Mais, quel qu'en soit l'auteur, on e censure mal à propos. Il dtque celui qui a juré de faire une chose, en la croyant possible lorsqu'elle ne l'était pas, s'est exposé à commettre une espèce de parjure , puisqu'il ne peut pas accomplir ce qu'il avait promis avec serment. Nous ne voyons pas en quoi cet auteur s'est trompé. Quant à saint Rasile qui décide, ep. 199, ad Amphiloch., can. 29, que le jurement est absolument défendu , il parle comme l'Evangile , et il l'explique, eu disant qu'il faut apprendre à ceux qui sont
constitués en autorité à ne pas jurer aisément. Ensuite il remarque avec raison que celui qui a juré imprudemment de faire une mauvaise action augmente son crime en exécutant son mauvais dessein , sous prétexte qu'il ne veut pas se parjurer; il donne pour exemple Hérole, qui ôta la vie à saint Jean- Raptiste , parce qu'il l'avait ainsi juré. Où est ici l'erreur? En conséquence Beausobre, autre protestant calomniateur des Pères , a excusé les parjures que se permettaient les manichéens et les priscillianistes pour cacher leurs erreurs. Ces critiques ne sont casuistes sévères que quand il s'agit d'accuser les Pères de l'Eglise. Voy. Jurement.
PAROISSE, terme formé du grec, itupoixia, demeure voisine. On nomme ainsi la réuni n de plusieurs maisons ou de plusieurs hameaux, sous un seul pasteur qui les dessert in divinis dans une église particulière , que l'on appelle pour ce sujet église paroissiale; et le pasteur en titre se nomme curé. Ce qui regarde l'érection, les droits, les revenus, l'administration des paroisses , appartient à la discipline, par conséquent à la jurisprudence canonique; nous ne ferons qu'en rapporter historiquement l'origine comme elle se trouve dans les écrivains ecclésiastiques.
Selon les observations du P. Thomassin, il ne paraît pas que pendant les quatre premiers siècles de l'Eglise , il y ait eu des paroisses ni des curés en titre; on ne voit point alors de vestiges d'aucune église subsistante, à laquelle l'évèque ne présidât pas. Ce ne fut que vers la fin du ive siècle que l'on commença d'ériger des paroisses en Italie. Cependant, dès le temps de Constantin, il y avait, dans la ville d'Alexandrie et dans les campagnes des environs , des paroisses établies; saint Epiphane nous l'apprend; saint Athanase ajoute que dans les villages il y avait des églises et des prêtres pour les gouverner; il en compte dix dans le pays appelé la Maréote. Il dit qu'aux jours de fêtes solennelles les curés d'Alexandrie ne célébraient point la messe, mais que tout le peuple s'assemblait dans une église pour assister aux prières et au sacrifice offert par l'évèque. Thomassin, Discipline de VEglise, i" part. ,1. i , c. 21 et 22. En effet, comme l'a remarqué Bingham, à mesure que le nombre des fidèles s'est augmenté , il a fallu multiplier les églises et les ministres pour célébrer l'office divin et administrer les sacrements, surtout dans les gandes villes. Les mêmes raisons, qui ont engagé à augmentele nombre des diocèses et des évêques, ont également porté ceux-ci à ériger des paroisses , à en confier le gouvernement à d^s irêtres éprouvés, parce qu'ils ne pouvaient dus suffire seuls aux besoins des fidèles. De à on peut conclure que , dès les premiers siècles, il y avait dans les grandes villes, telles que Rome et Alexandrie , sinon des paroisses, du moins l'équivalent, c'est-à-dire des églises particulières où l'en célébrait l'office divin aussi bien que dans l'église cathédrale ou épiscopale. Optât de Milève
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nous apprend qu'à Rome il y avait déjà quarante ('-lises ou basiliques, avant la persécution de Dioctétien, par conséquent h la fin du m' siècle. De là Bingham conclut que les moindres villes avaient aussi au moins une église desservie par des prêtres et des diacres ; qu'il y en avait même à la campagne, dans* les villages et les hameaux où les fidèles pouvaient s'assembler, dans les temps de persécution , avec moins de danger que dans "les villes, comme il paraît par les conciles d'Elvire et de Néocésarée tenus dans ce temps-là. L'an 5V2, le concile de Vaisons fait aussi expressément mention des parois-' ses de la campagne , et accorde aux prêtres qui les gouvernent le pouvoir de prêcher, qui avait été d'abord réservé aux évêques. On en établit de même successivement dans les Gaules et dans les pays du Nord ; cependant, en Angleterre, cet établissement paraît n'avoir eu lieu que vers la tin du vu" siècle. Bingham avoue encore que, dans les grandes villes , les paroisses ne furent pas d'abord desservies par des curés en titre , mais par des prêtres que les évoques choisissaient dans leur clergé, et qu'ils changeaient ou révoquaient à volonté. C'est aussi le sentiment de M. de Valois dans ses Notes sur le premier livre de Sozomêne, c. 15. On ne sait pas précisément s'il en était de même des paroisses de la campagne, surtout de celles qui étaient un peu éloignées de la ville épiscopale. Orig. eeclés., t. III, 1. xix, c. 8, § 1 et suiv.
Paroisse (1) est le nom par lequel on désigne un certain territoire , dont les habitants sont soumis, pour le spirituel, à la conduite d'un curé. On donne aussi le nom de paroisse à l'église paroissiale, et quelquefois ce mot se prend encore pour tous les habitants d'une paroisse, pris collectivement. Les marques qui distinguent les paroisses des autres églises sont les fonts baptismaux, le cimetière, la desserte de l'église faite par un curé , et la perception des dîmes. Il y a néanmoins quelques-unes de ces marques qui sont aussi communes à d'autres églises; mais il n'y a que les paroisses qui soient régies par un curé. Les droits des paroisses sont que les fidèles doivent y assister aux offices et instructions; que, pendant la grand' messe paroissiale , on ne devrait point célébrer A?, messes particulières; que chacun doit rendre le pain bénit à son tour, s'acquitter du devoir pascal dans sa paroisse; que le curé de la paroisse, ou celui qui est commis par lui, peut seul administrer les sacrements aux malades; enfin , que chacun doit être baptisé, marié et inhumé dans la paroisse où il demeure actuellement. Les registres que les curés sont obligés de tenir des baptêmes , mariages et sépultures , sont ce que l'on appelle vulgairement les registres des paroisses. Autrefois les curés , avant de dire la messe, interrogeaient les assistants pour savoir s'ils étaient tous de la paroisse ; s'il s'en trouvait d'étrangers, ils les renvoyaient dans leur Eglise.
(I) Ueproduit d'après l'édition de Liège (Droit civil et canon.).
DlCTIONN. DE ÏHKOL. BOGMA1IQCE. III
Trois choses peuvent donner lieu à l'érection des nouvelles paroisses . 1° La nécessité et l'utilité qu'il y a de le faire, par rapport à la distance des lieux, l'incommodité que le public souffre pour aller à l'ancienne paroisse, et la commodité qu'il trouvera à aller à la nouvelle; 2° la réquisition des personnes de considération , à la charge par ces personnes de doter la nouvelle église ; 3° la réquisition des peuples , auxquels on doit procurer tous les secours spirituels autant qu'il est possible. Avant de procéder à une nouvelle érection, il est d'usage de faire une information decommodo et incommodo (1). Dix maisons sont suffisantes pour former une paroisse; le concile d'Orléans, tenu dans le vr siècle , et celui de Tolède , l'ont ainsi décidé. C'est à l'évêque à procéder à la division et érection des paroisses. La direction des paroisses dépendantes des monastères, exempts ou non exempts, appartient à l'évoque diocésain privativement aux religieux. Les anciennes paroisses qui ont été démembrées pour en former de nouvelles, sont considérées, à l'égard de celles-ci, comme mère-églises, ou églises matrices; et les nouvelles paroisses sont quelquefois qualifiées de filles ou fillettes à l'égard de l'église matrice. Quelques paroisses ont aussi des annexes et succursales.
Quoique en général les paroisses aient un territoire circonscrit, il y en a plusieurs où il se trouve des fermes en terres qui sont, pendant un an d'une paroisse-, et l'année suivante d'une autre. C'est surtout ce qu'on remarque pour différentes terres et fermes de la Beauce et de la Sologne. Il y avait aussi autrefois des paroisses personnelles, et non territoriales, c'est-à-dire que la qualité des personnes les attachait à une paroisse, et le curé avait droit de suite sur ses paroissiens. L'exemple le plus singulier que l'on trouve de ces paroisses personnelles est celui des églises de Sainte-Croix et de Saint- Maclou , de la ville de Manies. Suivant une transaction passée entre les deux curés, l'église de Sainte-Croix était la paroisse des nobles et des clercs; dès qu'un homme avait été tonsuré , il devenait dépendant de cette paroisse , et quand même il venait à se marier, lui et toute sa famille demeuraient toujours attachés à la même paroisse; mais cette transaction fut , avec juste raison , déclarée abusive par arrêt du grand conseil de l'année 1677, qui ordonna que ces deux paroisses seraient divisées par territoire , et l'exécution en fut ordonnée par un autre arrêt du 31 mai 1715. A Amboise , la paroisse de la chapelle ne s'étend que sur le bailli, le lieutenant général, l'avocat et le procureur du roi, le lieutenant de police , les officiers des eaux et forêts , les verdiers des bois , la noblesse, les possesseurs de fiefs, les gardes du gouverneur, les nouveaux habitants de la
(1) Pour Térecl ion d'une nouvelle paroisse sous le rapport temporel, l'évêque présente les demandes au gouvernement, qui érige, de eoncerl avec lui, une église en cure ou succursale.
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ville pendant la première année de leur établissement, les voyageurs, les officiers du roi et de la reine. Une maison bâtie sur les confins de deux paroisses, est de celle en laquelle se trouve la principale porte et entrée île la maison.
L'union de plusieurs paroisses ensemble ne peut être faite que par l'évoque; il faut qu'il y ait nécessité ou utilité, et ouïr les paroissiens* On fait au prône des paroisses la publication de certains actes, tels que les mandements et lettres .pastorales des évoques.
Los criées des biens saisis se font à la porte de l'église paroissiale. Ou appelle seigneur de paroisse celui qui a la haute justice sur le terrain où l'Eglise paroissiale se trouve bâtie, quoiqu'il ne soit pas seigneur de tout !e territoire de la paroisse. Le gouvernement spirituel des paroisses consiste dans tout ce qui concerne la célébration du service divin, l'administration des sacrements, les instructions, les catéchismes , les cérémonies de la sépulture , etc. Le gouvernement temporel comprend l'entretien de l'église paroissiale et des chapelles qui en dépendent , la réparation ou la nouvelle construction du clocher, des cloches, des murs du cimetière, du presbytère; la fourniture des choses nécessaires pour célébrer le service divin; l'administration des biens et des revenus de la fabrique; l'élection et la nomination des margu.llicrs et des fabriciens; les fonctions des uns et des autres, etc. Le curé est seul en droit de régler ce qui regarde le spirituel de la paroisse; mais il est obligé de se conformer aux statuts du diocèse et à l'usage des lieux. Quant au temporel, c'est au corps des paroissiens à faire les règlements qui y sont relatifs; mais il faut que ces règlements soient conformes aux lois de l'Etat et aux statuts et usages du diocèse (1). Le patronage d'une paroisse est dû a celui qui a fondé l'église paroissiale , ou qui a fourni à son entretien (Extrait du Diction, de Jurisprudence).
PAROLE. Ce mot en Hébreu a une signification aussi étendue que res en latin , qui vient évidemment du grec pin, je parle, et que notre mot français chose, qui est le causa des Latins : nous disons encore causer pour parler. Comme presque tout se fait par la parole parmi les hommes, dans nos versions latines de l'Ecriture sainte , le mot verbum, qui est la traduction de l'Hébreu dabar, signifie non-seulement parole , promesse , volonté déclarée, révélation, mais chose, action, événement, etc. Il serait aisé d'en apporter vingt exemples
Parole de Dieu. Lorsque Dieu a fait connaître sa volonté aux hommes, soit par luimême, soit par d'autres hommes auxquels il a donné df>s signes certains d'une mission surnaturelle, ce qui nous a été ainsi révélé est censé être \a parole de Dieu. Conséquemment nous donnons ce nom à l'Ecriture
(1) Nous avons donné dans notre Dict. de Théologie morale les règlements actuellement en vigueur pour le gouvernement temporel des paroisses.
sainte, parce qu'elle a été. originairement écrite par des hommes auxquels Dieu avait donné commission expresse de nous parler de sa part. Il n'est pas nécessaire que Dieu ait révélé ou inspiré immédiatement aux écrivains sacrés toutes les expressions et tous les termes dont ils se sont servis ; il suffit que Dieu leur ait révélé ce qu'ils ne pouvaient pas savoir naturellement, qu'il les ait excités, par un mouvement de sa grâce, à écrire, et qu'il ait veillé, par une assistance particulière, h ce qu'ils n'enseignassent aucune erreur. Que cette parole ait été prononcée de vive voix, ou qu'elle ait été mise par écrit, c'est une circonstance accidentelle qui n'en change point la nature. Les apôtres ont commencé par prêcher avant d'écrire ; la foi de ceux qui les ont entendus n'était pas différente de la foi de ceux qui ont lu leurs écrits : Dieu, sans doute, peut veiller à la conservation d'une doctrine prêchée de vive voix, comme à la sûreté et à l'intégrité de l'Ecriture : c'est ainsi qu'il a conservé la révélation primitive, pendant deux mille cinq cents ans, parmi les patriarches.
Lorsque les hommes qui avaient reçu de Dieu une mission extraordinaire et surnaturelle, ont déclaré qu'ils avaient le pouvoir de donner à d'autres cette même mission, et qu'ils la leur ont donnée en effet pour continuer le même ministère, nous ne voyons pas pourquoi l'on refuserait de regarder comme parole de Dieu la doctrine de ces nouveaux envoyés, aussi bien que celle des premiers, surtout lorsqu'ils déclarent tous qu'il no leur est pas permis de rien ajouter ni de rien changer à ce qui a été prêché d'abord, et que tous enseignent uniformément la même doctrine. Saint Paul nous dit que Jésus-Christ a donné non-seulement des apôtres, des prophètes et des évangélistes, mais encore des pasteurs et des docteurs , « afin que nous nous rencontrions tous dans l'unité de la foi...., et que nous ne soyons pas comme des enfants, flottants et emportés à tout vent de doctrine {Ephes. iv , 11). » La mission des pasteurs et des docteurs qui ont succédé aux apôtres et aux évangélistes est donc la même que la leur ; elle vient do la même source, elle a le même objet; elle mérite donc la même docilité et le môme respect de notre part. Le même apôtre dit à son disciple Timothée , qu'il sera bon ministre de Jésus-Christ, en proposant aux fidèles la foi dans laquelle il a été nourri, et la bonne doctrine qu'il a reçue ; il lui ordonne de l'enseigner, de la commander (/ Tim. iv, G et 11); de la garder comme un dépôt (vi, 20); de la confier à des hommes fidèles qui seront capables d'enseigner les autres (II Tim. h, 2). Après lui avoir dit : « Et, comme vous connaissez dès l'enfance les saintes lettres qui peuvent vous instruire pour le salut par
la foi qui est en Jésus-Christ » il ajoute :
« Je vous en conjure en présence de Dieu et de Jésus-Christ, prêchez la parole, etc. (m, 15 ; iv, 1). » Voilà donc une continuation de mission et de ministère apostolique. Si la lecture de l'Ecriture sainte était absolument
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nécessaire et suffisait à tous les fidèles pour leur donner la foi et la science du salut, qu'était-il encore besoin de leur prêcher la parole? Mais c'est parce que Timothée connaissait Ces saints livres, que Paul le juge capable de prêcher et d'enseigner. L'apôtre pensait donc que la prédication ou l'enseignement des pasteurs était pour les simules fidèles la parole de Dieu, et leur tenait heu des saintes lettres que la plupart ne connaissaient pas et ne pouvaient pas connaître. Voy. Ecriture sainte. Ainsi, nous disonsque les pasteurs et les prédicateurs nous prêchent la parole de Dieu, parce qu'ils ont reçu la mission ordinaire des évêques, et nous sommes certains qu'ils ne nous enseignent rien de contraire à la parole de Dieu écrite, tant qu'ils ne sont pas désavoués par ceux qui leur ont donné cette mission. Voy. Mission. PARRAIN, c'est celui qui présente un enfant au baptême, qui le tient sur les fonts, qui répond de sa croyance et lui impose un nom. Dans les premiers siècles du Christianisme, il était h craindre que l'on ne fût trompé par quelques-uns de ceux qui se présentaient pour recevoir le baptême; on voulut, pour sûreté, avoir le témoignage d'un chrétien bien connu, qui pût répondre de la croyance et des mœurs du nouveau prosélyte," qui se chargeât de continuer à l'instruire et a le surveiller. Ce répondant fut nommé palcr lustral is, lustricus parens, sponsor, patrinus, susceptor, gestator, offerens. Et il en fut de môme des marraines par rapport aux personnes du sexe. Cet usage que la prudence avait suggéré à l'égard des adultes, tut jugé utile et convenable «à l'égard des entants, lorsque ce n'étaient point leurs pères et mères qui les présentaient au baptême, il fallait que quelqu'un répondit pour eux aux interrogations qu'on leur faisait. Comme la fonction des parrains et marraines à l'égard de leur filleul était une espèce d'adoption, l'Eglise jugea convenable qu'elle produisît la même affinité; elle devint un empêchement au mariage, et une loi de Justinien confirma celte discipline. Pendant un temps la coutume s'introduisit de prendre plusieurs parrains et plusieurs marraines ; aujourd'hui l'on n'en prend plus qu'un de chaque sexe; l'on peut en prendre un pour la confirmation, quoique cela ne soit pas absolument nécessaire. Cet usage a été sagement conservé ; indépendamment des raisons qui l'ont fait établir dans l'origine, l'affinité spirituelle que contractent le parrain et la marraine avee leur filleul et avec ses père et mère, est un lien de plus entre les familles qui ne peut produire que de bons ell'ets ; souvent un enfant qui avait perdu ses parents a trouvé une ressource très-avantageuse dans ceux qui l'avaient présenté au baptême. Saint Augustin nous apprend que les vierges consacrées à Dieu rendaient souvent ce service de charité aux enfants qui avaient été exposés par la cruauté de leurs parents. Bingham, Orig. ecc/e's., tom. IV, 1. n, c. 8.
PARRICIDE. Sous ce nom les auteurs
ecclésiastiques entendent non - seulement le meurtre d'un père ou d'une mère commis par un enfant , mais celui d'un enfant commis par son père ou par sa mère. Ce crime a toujours été puni par les lois de l'Eglise aussi bien que par les lois civiles; la peine ordinaire était l'excommunication ou l'état de pénitence perpétuelle ; dans plusieurs Eglises il était défendu d'accorder aux coupables la communion , môme à la mort. Lorsque les païens s'avisèrent d'accuser les chrétiens d'égorger un enfant dans leurs assemblées , nos apologistes firent sentir l'ahsurdité de celte calomnie par l'horreur que notre religion nous inspire pour l'homicide en général ; mais ils reprochèrent avec force aux païens la multitude des meurtres qui se commettaient parmi eux , la cruauté avec laquelle les pères et mères exposaient leurs enfants pour se décharger de la peine de les nourrir, le peu de scrupule qu'avaient les femmes de se faire avorter. Dans la discipline actuelle , toutes les espèces d'homicides sont encore un cas réservé. Bingham, Orig. ecclés , t. VI, 1. xvi, c. 10, § 5.
PARSIS ou PARSES , sectateurs de l'ancienne religion des Perses dont Zoroa3trc a été l'auteur ou le restaurateur. Comme les anciens docteurs ou ministres de cette religion se nommaient mages, elle est quelquefois appelée le magisme.
Jusqu'à nos jours elle avait été assez mal connue, et elle avait fourni aux savants une ample matière de disputes ; les auteurs grecs et latins ne nous en avaient donné que des notions très -imparfaites. Dans le dernier siècle, Hyde, savant anglais, dans son traité de Religione veterum Pcrsarum , en avait fait l'éloge plutôt que le tableau ; il prétendit que les Grecs , et mêmes les Pères de l'Eglise, l'avaient mal représentée, et avaient attribué aux mages des erreurs auxquelles ceux-ci n'avaient jamais pensé ; que la doctrine de Zoroastre était , dans le fond , la croyance d'Abraham et de Noé , la vraie religion des patriarches. Prideaux , dans son Histoire des Juifs , loin. I, 1. iv, p. 131 , en jugea beaucoup moins favorablement; il soutint que les parsis étaient dualistes et polythéistes ; qu'ils admettaient deux premiers principes de toutes choses, qu'ils adoraient le soleil , le feu , et plusieurs autres créatures : que sur ce point essentiel les anciens auteurs ne leur en avaient point imposé.
Pour savoir plus certainement la vérité , M. Anquetd entreprit, en 1755, le voyage des Indes , où il savait qu'il y a un assez grand nombre de parsis, afin de se procurer les ouvrages originaux de Zoroastre, oui étaient encore inconnus en Europe ; il les y a trouvés 6n effet ; les a rapportés en France, et en a donné la traduction en 1771, sous le titre de Zend-Avesta. Avec ce secours et celui de plusieurs mémoires insérés dans la Collection de l'Académie des Inscriptions , nous pouvons juger de la religion de Zoroastre et des parsis avec beaucoup plus de certitude qu'autrefois.
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Dans le tome LXX,in-12,de ces mémoires, M. Anquetil s'est attaché a prouver que les ouvrages qu'il a publiés sous le nom de Zoroastre sont véritablement de ce législateur, ou du moins qu'ils sont aussi anciens que lui ; il a répondu aux doutes et aux objections que quelques savants avaient proposés contre l'authenticité de ces écrits, et nous ne voyons pas que l'on ait encore tenté de détruire les preuves qu'il a données.
La vie de Zoroastre est tirée de ses propres ouvrages et de ceux de ses disciples , des écrivains orientaux rapprochés des auteurs grecs et latins. Ce législateur a paru , selon M. Anquetil , cinq cent cinquante ans avant Jésus-Christ. Hyde est de môme avis , et Prideaux ne s'en écarte pas beaucoup. A peu près dans le môme temps , Confucius instruisait les Chinois; Phérécide le Syrien , maître de Pythagore, jetait les premiers fondements de la philosophie grecque; les Juifs, transportés à Babylone par les rois d'Assyrie , attendaient la fin de leur captivité. Jéréinie , Ezéchiel et Daniel nous ont représenté la religion des Babyloniens comme l'idolâtrie la plus grossière ; il est probable que celle des Modes et des Perses n'était pas moins corrompue lorsque Zoroastre entreprit de la réformer. Il se retira dans la solitude pour arranger son système ; il en sortit pour faire l'inspiré et le prophète ; il publia d'abord sa doctrine dans la Médie , sur les bords de la mer Caspienne ; il gagna le roi des Mèdes par la persuasion ; il séduisit le peuple par des prestiges ; il subjugua ses adversaires par la crainte; ses disciples lui ont attribué des milliers de miracles. Enflé de ses succès, il fit mettre des armées en campagne pour établir sa loi par la violence, et c'est ainsi qu'il retendit jusque dans les Indes ; il fut tout à la fois enthousiaste, imposteur, orgueilleux et sanguinaire. Zend-Avesta , tom. I, 11e part., p. 64 et G5.
Malgré les peines que M. Anquetil s'est données pour exposer le système théologique de Zoroastre et des mages , Mém. de VAcad. des Inscrip. , t. LXIX , in-12, p. 85 , il n'est pas encore fort aisé de prendre le vrai sens de ses dogmes, et il y a sur ce sujet une grande contestation. Selon M. Anquetil , Zoroas'.re admet un Dieu suprême qu'il nomme Y Eternel ou le temps sans bornes, et il professe le dogme important de la création. Il suppose que l'Eternel a produit ou créé deux esprits ou génies supérieurs , dont l'un nommé Ormuzd est le principe de tout bien ; l'autre, appelé Ahriman, est naturellement mauvais et cause de tous les maux qui sont dans le monde ; que ces deux esprits en ont produit une infinité d'autres qui animent et gouvernent les éléments et les différentes parties de la nature. Conséquemment les mages et les par sis adressent un culte à tous ces êtres, ils invoquent ceux qu'ils regardent comme les distributeurs de tous les biens , et implorent leur secours contre les mauvais génies qu'Ahriman a produits. M. Anquetil prétend que ce culte
est secondaire et relatif, qu'il se rapporte du moins indirectement à l'Eternel, créateur d'Ormuzd et de tous les bons génies. Mais les preuves qu'il en apporte n'ont pas persuadé tous Iris savants. M. l'abbé Foucher, qui travaillait alors à un Traité historique de la religion des Perses, dans le temps même que M. Anquetil était occupé à la recherche et à la traduction des livres de Zoroastre, s'était appliqué è prouver contre le docteur Hyde, que les Perses professaient non -seulement le dualisme , par conséquent une erreur contraire au dogme de l'unité de Dieu, mais qu'ils étaient encore sabaïtes ou adorateurs des astres , dans toute la rigueur du terme, et que ce culte ne pouvait en aucune manière se rapportera un seul Dieu suprême. Ce traité se trouve dans les tomes XLII, p. 161 ; L, p. 15J; LVI, p. 330, des Mémoires de r Académie des Inscript. , in-12.
Après avoir lu le Zend-Avesta et les remarques de M. Anquetil , M. l'abbé Foucher est demeuré convaincu de la vérité de ce qu'il avait avancé ; et dans un supplément à son traité, il prouve, par les ouvrages même de Zoroastre, que ce fondateur de la religion des Perses n'admet point distinctement un seul premier principe éternel, agissant, toutpuissant et créateur ; que selon sa doctrine , Ormuzd et Ahriman sont deux êtres éternels et incréés ; qu'ils sont sortis du temps sans bornes , non par création , mais par émanation; qu'à proprement parler, ces deux personnages sont les deux seuls dieux, puisque le temps sans bornes n'a point de providence , et n'a eu aucune part à la formation ni au gouvernement du monde. Il fait voir , par les prières mêmes que les parsis adressent au soleil, au feu et à l'eau, qu'ils envisagent ces êtres non-seulement comme intelligents et capables d'entendre leurs prières, mais comme puissants et indépendants ; qu'ainsi le culte qui leur est rendu peut se rapporter tout au plus à Ormuzd qui est leur auteur; mais non à l'Etre suprême et éternel , créateur et gouverneur du monde : d'où il conclut que les parsis sont non-seulement dualistes , et sabaïtes , mais que leur culte est une vraie magie ou une théurgie absolument semblable à celle des platoniciens du 111e et du ive siècle de 1 Eglise. A proprement parler , ils ne sont point idolâtres , puisqu'ils ne représentent point par des statues ou des simulacres les esprits ou génies qu'ils adorent , mais ils les honorent dans les êtres naturels avec lesquels ils les supposent identifiés. Voy. le tom. LXX1V, in-12 , des Mémoires de VAcad. , pag. 235 et suiv.
Do là même il s'ensuit que Zoroastre a été non-seulement un imposteur et un faux prophète , mais un mauvais philosophe. Le dogme des deux principes, quand il serait tel que M. Anquetil l'a conçu, ne montre pas un raisonneur profond, il ne résout pointla difficulté de l'origine du mal et ne satisfait à aucune objection ; que Dieu soit par luimême l'auteur du mal, ou qu'il ait créé un mauvais principe qui devait le produire et
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dont il prévoyait la malignité, cela revient au même ; l'un n'est pas plus aisé à concevoir que l'autre. Voy. Manichéisme. Si l'on suppose que ce principe du mal est éternel et incréé, l'on tombe dans un chaos d'absurdités. Dans les prières des parsis , dans toutes leurs cérémonies, Ormuzd, être secondaire, est le seul objet de leur confiance et de leurs vœux ; c'est lui qu'ils adorent sous l'emblème du feu : l'Eternel ou le temps sans bornes n'est jamais nommé ni invoqué.
Quand même ils regarderaient Ormuzd ennune l'Etre suprême, éternel et incréé, ils lui feraient encore injure, en supposant sou pouvoir borné et toujours gêné par un ennemi contre lequel "il est continuellement obligé de combattre. Ce n'est point lui qui a créé Ahriman ; si celui-ci est éternel et incréé, il est absurde de le supposer essentiellement mauvais. La Cosmogonie, ou l'histoire de (a formation du monde, forgée par Zoroastre , est remplie de fables puériles et ridicules. Selon lui, le ciel, la terre, les astres, les eaux, le feu et toutes les parties de la nature sont animées par des esprits ou des génies ; les moindres phénomènes sont l'opération d'un personnage bon ou mauvais ; c'est le même préjugé quia fondé le polythéisme de tous les peuples. L'imagination des parsis, toujours frappée de la présence do ces êtres bizarres, n'est jamais tranquille ; à tout moment et pour toutes les actions il faut leur adresser des prières ; n'est-il pas ridicule d'invoquer la terre, les vents, les eaux, les arbres, les fruits, les villes, les rues, les maisons, les mois, lesjours, les heures, etc. ? Les païens les plus superstitieux n'ont jamais poussé la stupidité jusque-là. Si un parse était exact à observer son rituel et toutes les formules qui lui sont prescrites, il ne lui resterait pas un instant pour remplir les devoirs de la vie civile; sa religion l'assujettit à un cérémonial continuel.
On nous dit que la morale de Zoroastrc renferme des préceptes très-sages, qu'elle commande tous les devoirs de justice et d'humanité. Sa loi défend les péchés de pensées, de paroles et d'actions, l'injustice, la fraude, la violence, l'impudicité ; elle veut que la plupart des crimes soient punis de mort; elle ne prescrit point d'austérités, mais de bonnes œuvres : prêter sans intérêt, planter unarbre, mettre un enfant au monde, nourrir un animal utile, etc., sont des actions méritoires. Mais ces leçons raisonnables sont étouffées par la multitude de choses indifférentes qui sont rigoureusement prescrites par cette même loi , ou défendues comme des crimes. 11 est absurde de représenter comme des péchés à peu près égaux, défaire tort ou violence à un homme et de blesser un animal, de commettre un adultère et d'approcher d'un corps mort, de mentir pour tromper son prochain et de toucher des ongles ou des cheveux coupés. Si un parse avait craché dans le feuoul'avait souftlé, ou y avait jeté de l'eau, il se croirait digne de l'enfer. Cette multitude de péchés ou de souillures imaginaires met les parsis
dans la nécessité de recourir à des purifications continuelles ; les plus efficaces se font avec de l'urine de bœuf, et ils ont le courage d'en boire ; la plupart de leurs cérémonies sont d'une malpropreté qui fait soulever 1« cœur. L'usage dans lequel ils sont de no point enterrer les morts, mais de les laisser corrompre au grand air et dévorer par les oiseaux carnassiers, suffirait pour infecter les vivants dans des climats moins chauds et moins secs que ceux de la Perse et des Indes. Nous sommes surpris de ce que le savant académicien qui, depuis peu , a comparé ensemble Zoroastre, Confucius et Mahomet, a parlé si avantageusement de la doctrine de Zoroastre ; après l'avoir bien examinée nous ne concevons pas en quel sens on a pu le nommer un grand homme. Nous voyons encore moins sur quoi peut être fondé l'éloge pompeux qu'en a fait l'auteur de VEssai sur riiist.du Sabéisme, c. 11. Nos beaux esprits modernes espèrent-ils donc que les louanges qu'ils donnent aux fondateurs des fausses religions tourneront au désavantage de la véritable ?
Les préceptes de charité et de justice doivent être les mêmes à l'égard de tous les hommes ; mais les parsis n'en font l'application qu'aux sectateurs de leur religion ; leurs observances minutieuses et l'exemple de leur législateur leur inspirent le mépris et l'aversion pour tous ceux qui ont uno croyance différente de la leur. La cruauté aveclaquelle ils punissent les criminels, lorsqu'ils en sont 1 s maîtres, décèle en eux un caractère atroce; infliger la peine de mort indifféremment [tour descrimestrès-inégaux, et dont les conséquences ne sont pas également pernicieuses, est un abus qui marque peu de discernement et de sagesse dans un législateur. On a beau dire que les parses sont en général doux, obligeants, sociables, d'un commerce sûr et paisible ; cela vient moins de leur croyance et de leur morale, que de l'état d'esclavage et d'impuissance dans lequel ils sont réduits sous la domination des mahométans qui les haïssent et les méprisent. Ceux-ci ne les nomment point autrement que giaour , gaures ou guèbres, c'est-à-dire infidèles. Aussi la religion de Zoroastre, établie d'abord par la violence, a été successivement persécutante ou persécutée, selon que ses sectateurs ont été les plus forts ou les plus faibles. Cambyse, roi de Perse, vainqueur des Egyptiens ; se fit un jeu d'insulter à leur ' religion et d'égorger leurs animaux sacrés. Les mages , qui se trouvaient dans l'armée de Xerxès, l'engagèrent à brûler et à détruire les temples de la Grèce ; les Grecs en laissèrent subsister les ruines, afin d'exciter le ressentiment de leur postérité contre les Perses. Alexandre, leur vainqueur, s'en souvint;il persécutâtes mages et fit détruire dans la Perse les pyrées ou les temples du feu. Sous la nouvelle monarchie des Perses, Sapor et ses successeurs firent périr par milliers les chrétiens qui se trouvèrent dans ses états ; on y compte jusqu'à deux cent mille martyrs. Chosroës
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jura qu'il exterminerait les Romains, ou qu'il les forcerait d'adorer le soleil. A leur tour les mahoinétans, devenus maîtres île la Perse, opprimèrent les sectateurs du magisme et les forcèrent de se réfugier dans le Kirwan, province voisine des Indes ; quelques-uns s'enfuirent jusqu'à l'extrémité méridionale de l'Inde où ils sont encore, et où M. Anquetil les a trouvés. Par ces observations, Von voit quel cas on doit faire des visions de nos philosophes incrédules, qui ont voulu nous représenter la religion de Zoroastre et des mages comme un déisme très-pur, capable de rendre un peuple sage et vertueux. Quelques-uns ont affirmé gravement que les parses, sans avoir été favorisés d'aucune révélation, ont des idées plus saines, plus nobles, plus universelles de la Divinité que les Hébreux ; qu'i's ont toujours adoré un Dieu unique, un Dieu universel, un Dieu parfait, un Dieu de l'univers entier ;que Zoroastre, sans se prétendre inspiré, a enseigné le dogme des peines et des récompenses de l'autre vie et du jugement dernier, d'une manière aussi claire et aussi précise que Jésus-Christ ; qu'il n'est pas vrai que ses sectateurs croient le mauvais principe indépendant du bon ; qu'ils admettent seulement, comme les juifs et les chrétiens, un Dieu tout-puissant, et un diable qui sans cesse rend ses projets inutiles. 11 est cependant démontré, parleslivres mèmede Zoroastre, que ce sont là autant d'impostures; que ce législateur s'est donné pour inspiré, a prétendu prouver sa mission divine par des miracles, et que telle est encore l'opinion qu'en ont ses sectateurs. Loin de reconnaître un Dieu uni pie , créateur et gouverneur de l'univers, il a professé le dualisme, l'existence de deux premiers principes aussi anciens l'un que l'autre qui, tous deux, ont contribué à la formation du monde, et dont l'un ne peut empêcher l'autre d'agir; ce n'est qu'à la fin du inonde qu'Ormuzd ou le bon principe détruira enfin l'empire d'Ahrîman , auteur de tous les maux. Selon la croyance des juifs et des chrétiens, le démon est une créature dont Dieu réprime la puissance et la malice comme il lui plaît , et qui ne peut rien faire qu'autant que Dieu le lui permet ; il n'est pas vrai que cet esprit, devenu méchant par sa faute, rende les projets de Dieu inutiles. Voy. Démon.
Zoroastre a enseigné l'immortalité de l'âme, la résurrection future, le jugement dernier, les peines et les récompenses de l'autre vie; mais il est faux qu'il ait proposé ces dogmes d'une manière aussi claire et aussi ferme que l'a fait Jésus-Christ; on ne sait pas en quoi Zoroastre a fait consister la récompense des justes dans l'autre vie ni la punition des méchants; il a défiguré ces vérités importantes par des accessoires lidieuîes ; il peut très-bien avoir emprunté ce qu'il y a de bon dans sa doctrine des livres des Juifs, qui, de son temps, étaient répandus dans la iVJédie. En ordonnant à ses sectateurs de rendre un culte aux astres, aux éléments, aui différentes parties de la nature, il leur a
tendu un piège inévitable de polythéisme et de superstition, puisqu'il a supposé que tous ces objets sensibles sont animés par un esprit intelligent, puissant, actif, capable par lui-môme de faire du bien aux hommes.
C'est l'opinion quiajelé dans l'idolâtrie toutes les nations de l'univers. Le culte rendu à ces prétendus génies ne peut en aucune manière se rapporter à un Dieu suprême, puisque les parses ne connaissent point eo Dieu, et qu'ils attribuent à ces génies un pouvoir naturel et une action immédiate, une intelligence et une volonté qui n'est subordonnée à aucun autre pouvoir suprême. Ce préjugé ne ressemble donc en rien à notre croyance au sujet des anges et des saints; nous faisons profession de croire que ceuxci ne connaissent rien que ce que Dieu leur fait connaître, qu'ils n'ont point d'autre pouvoir que celui d'intercéder pour nous auprès de D eu, qu'ils ne font rien que ce que Dieu veut qu'ils fassent, que c'est Dieu qui, par bonié pour nous, veut bien qu'ils le prient en notre faveur. Il est donc impossible que le culte que nous leur rendons se termine à eux et ne se rapporte pas à Dieu. Mais tel est l'aveuglement opiniâtre des incrédules et des protestants; pendant qu'ils ne cessent de nous reprocher le culte et l'invocation des saints comme une superstiion et une idolâtrie, ils ont la charité d'absoudre de ce crime les parsis, adorateurs du feu et des astres; les Chinois, qui invoquent les esprits moteurs de la nature et les âmes de leurs ancêtres; les païens anciens et modernes, qui ont peuplé de dieux toutes les parties de l'univers ; les Egyptiens mêmes, qui honoraient des animaux et des plantes. Us nous font la gr.'ce de nous supposer plus stupides que toutes les nations du monde. Hyde avait poussé l'entêtement jusqu'à blâmer non-seulement les Pères de l'Eglise qui ont reproché aux mages et aux Perses le culte du feu et du soleil, mais encore les chrétiens qui aimèrent mieux périr dans les supplices que de pratiquer ce culte impie auquel les Perses voulaient les forcer; il accuse les premiers d'ignorance et de mauvaise foi, les seconds d'humeur et d'opiniâtreté, de Religione vct. Pers.,c. k, p. 103. M. l'abbé Foucher a vengé les uns et les autres; il a prouvé que les Pères de l'Eglise étaient très-bien instruits de la croyance des mages, qu'ils ne leur ont attribué que les dogmes qu'ils professaient en etfct, qu'ils ont eu raison de regarder le cu'te du feu et du soleil non-seulement corn me un culte civil et relatif, mais comme un culte absolu et religieux; qu'ainsi les chrétiens qui en ont eu horreur et qui l'ont envisagé comme une apostasie formelle, n'ont pas eu tort, Mém. de f'Acad. des Inscript. , t. L, in-12, p. 250, 208, etc. M. Anquelil, quoique très-enclin à justifier les Perses, est convenu que ces chrétiens ont raisonné juste, parce que le culte auquel on voulait les forcer était regardé par les Perses comme une renonciation formelle au christianisme, ibid., t. LXIX, p. 319. C'est sur ce même principe que l'un reproche aux Hollandais
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comme une apostasie, la complaisance qu'ils
ont au Japon de fouler aux pieds une image de Jésus-Christ crucifié, parce que, selon l'opinion des Japonais, cette cérémonie est une profession formelle de ne pas être chrétien. Voy. JAroN. M. l'abbé Foucher a fait plus : il a montré par le témoignage des auteurs sacrés, que le sabaîsme ou l'adoration des astres était l'idolâtrie la plus ancienne et la plus commune dans tout l'Orient, qu'elle était formellement détendue aux Israélites, qu'ils y sont cependant tombés très-souvent, qu'elle régnait dans la Perse, et q ie les Perses, coupables de ce culte, sont accusés de ne pas connaître le vrai Dieu, t. XLI1, p. 1^0.
La défense faite aux Hébreux ne peut pas être plus expresse, Dent., c. iv, v. 15 : « Lorsque leScigneur vous a parlé àHoreb,aumilieu d'un feu, vous n'avez vu aucune figure...., de peur qu'en regardant le ciel, en voyant le soleil, la lune, et tous les astres, séduits par leur éclat, vous ne les adoriez, et que vous ne rendiez un culte à des êtres que le Seigneur votre Dieu a créés pour le service de toutes les nations qui sont sous le ciel. » Cette défense est répétée, c. xvii, v. 3. Job, faisant son apologie, c. xxxi, v. "26, proteste qu'il n'est point coupable de cette impiété : «■ Si j'ai envisagé, dit-il, le soleil et la lune dans leur marche brillante, si j'ai ressenti la joie dans mon cœur, si j'ai porté ma main à ma bouche ( en signe d'adoration ), c'est commettre un grand crime et renier leTrès-Haut. » L'auteur du livre de la Sagesse, c. xni, v. 1, déplore l'aveuglement de ceux qui n'ont pas su connaître Dieu par ses ouvrages, mais qui ont regardé le feu, l'air, le vont, les étoiles, l'eau, le soleil et la lune, comme les dieux qui gouvernent le monde. Nous avons vu que c'est a:nsi qu'ils sont représentés dans les livres de Zoroastrc, et qu'ils sont invoqués par les parsis. La principale idolâtrie que les auteurs sacrés reprochent aux Juifs infidèles est d'avoir rendu un culte à la milice du ciel, ou à l'armée du ciel, IV Reg-, c. xvii, v. 16; c. xxi, v. 3 et 5, etc. Ezéchiel voit en e>prit dans le temple de Jérusalem, 1° des Juifs qui adoraient Baal, c'est l'idolâtrie des Phéniciens; 2° d'autres qui se prosternaient devant des figures peintes sur la muraille, et devant des images de reptiles et d'animaux, c'était la superstition des Egyptiens; 3° des femmes qui pleuraient Tamnuz ou Adonis, comme faisaient les Syriens; k" des hommes qui tournaient le dos au temple du Seigneur et qui adoraient le soleil levant , c'est évidemment le culte des Perses. Le prophète l'appelle une abomination comme les précédents, c. vin.
On ne peut mieuxsavoir quelles étaient les erreurs des Perses que par la leçon que Dieu adresse à Cyrus, deux cents ans avant sa naissance, par la bouche d'isaïe, c. xlv, v. k : Je vous ai appelé par votre nom, je vous ai désigné par un caractère particulier, et vous ne m'avez pas connu. Je suis le Seigneur ; personne n est au-dessus de moi, et il n'y a point d'autre Dieu que moi...; je suis le seul Seigneur. C'est moi gai fais la lumière et gui crée les té-
nèbres, qui donne la paix et qui crée le mal... C'est moi qui ai fait la terre et ses habitants; mes mains ont étendu les deux, et leur armée exécute mes ordres. Prideaux s'était déjà servi de ces passages pour montrer que les Perses étaient véritablement dualistes et sabailcs, que leur croyance et leur culte étaient inexcusables. Vainement on dira qu'ils connaissaient le vrai Dieu, le Dieu suprême, et qu'ils l'adoraiont; Isaïe déclare que Cyrus, élevé dans la religion des mages, ne le connaissait pas. On dira que les doux principes étaient des êtres créés, subordonnés et dépendants du Dieu suprême, qu'ils n'étaient que ses ministres, l'un pour faire le bien, l'autre pour faire le mal; mais Dieu soutient quo c'est lui qui fait l'un et l'autre, et qu'il n'y a point d'autre Seigneur que lui. On aura beau prétendre que le culte rendu au soleil et aux astres, aux prétendus génies gouverneurs du monde, se rapporte à Dieu; Ezéchiel déclare que c'est une abomination. De la il résulte que les auteurs sacrés étaient trèsbien instruits des choses dont ils parlent; que les Pères de l'Eglise et les chrétiens de la Perse avaient raison de s'en tenir aux notions que l'Ecriture nous donne des fausses religions et de la vraie; que toute apologie qu'on fera de celle de Zoroastre, des mages et des parsis, sera ma! fondée et absurde. Voy. Armée du Ciel, Idolâtrie, etc.
PARTIALITÉ. C'est le défaut ou d'un juge qui favoiise une partie au préjudice de l'autre, ou d'un distributeur de récompenses qui ne les mesure point selon le mérite des prétendants, ou d'un homme préoccupé par une passion, qui ne juge point équitablement du méri c d'autrui. Lorsqu'un homme fait de plus grands dons à un de ses amis qu'à l'autre, c'est une prédilection et une préférence, mais ce n'est point une partialité ; celle-ci ne peut avoir lieu que quand il est question de justice.
Mais les incrédules dont le plus grand talent est d'abuser de tous les termes, soutiennent qu'en admettant une révélation qui n'a pas été faite à tous les peuples, nous supposons en Dieudelapartialité. C'enserait une, disent-ils si Dieu avait choisi la postérité d'Abraham pour en faire son peuple particulier, pour lui prodiguer les faveurs de sa providence, les attentions et les miracles, pendant qu'il abandonnait les autres peuples. C'en serait une encore plus marquée, s'il avait envoyé son Fils prêcher, enseigner, faire des prodiges dans la Judée, pendant qu'il laissait les Romains, les Perses, les Indiens, les Chinois, dans les ténèbres do l'infidélité; s'il avait fait porter ensuite l'Evangile à quelques nations seulement, pendant que les autres n'en ont pas entendu parler. Nous avons beau leur répondre que Dieu, maître de ses dons et de ses grâces, ne les doit à personne, qu'il les accorde ou les refuse à qui il lui plaît ; ils soutiennent que cette raison ne vaut rien, que Dieu est non-seulement incapable de partialité, mais encore d'une aveugle prédilection. Dieu, continuent-ils, auteur de la nature et pore
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do tous les hommes, doit îos aimer tous également, être également leur bienfaiteur ; celui qui donne l'être, doit donner les suites et les conséquences nécessaires pour le bienêtre ; un Dieu infiniment bon ne produit pas des créatures exprès pour les rendre malheureuses, pendant qu'il en prédestine seulement un petit nombre au bonheur, et les y conduit par une suite de secours et de moyens qu'il n'accorde pas à tous ; c'est un blasphème absurde de le supposer bon, libéral, indulgent, miséricordieux, seulement peur quelques-uns, pendant qu'il est dur, avare de ses dons, juge sévère et inflexible a. l'égard de tous les autres.
Au mot Inégalité, nous avons traité amplement celte question, et nous avons démontré qu'il est faux que Dieu doive aimer également tous les hommes, accorder à tous une mesure égale de bienfaits, soit dans l'ordre de la nature, soit dans l'ordre de la grâce; que cette égalité est absurde et impossible.— 1" Dans l'ordre de la nature, nous avons fait voir que, supposé l'égalité des dons naturels dans tous les hommes, la société serait impossible entre eux, que la vertu serait sans exercice, qu'il n'y aurait plus entre eux aucune relation ni aucun devoir mutuel ; qu'une répartition égale et uniforme de facultés naturelles, de talents, d'industrie et de ressources, serait l'ouvrage d'une nécessité aveugle, et non la conduite d'une Providence intelligente, sage, libre et maîtresse de ses dons ; qu'elle ne pourrait inspirer ni reconnaissance, ni soumission, ni confiance en Dieu ; un tel plan serait donc diamétralement opposé à la sagesse et à la bonté divine : nous osons défier tous les incrédules de prouver le contraire. — 2° Nous avons montré que l'ordre de la grâce étant nécessairement relatif à l'ordre delà nature, la distribution égale des moyens de salut et des secours surnaturels entraînerait les mêmes inconvénients qu) l'égalité des dons naturels ; qu'il ne pourrait y avoir entre les hommes aucune société religieuse, aucun besoin de vertus ni de bons exemples ; alors l'opération de la grâce ressemblerait à celle de nos facultés physiques, et l'on serait encore moins tenté d'en rendre grâces à Dieu que de le remercier des yeux qu'il nous a donnés pour voir, et des pieds que nous avons reçus pour marcher.— 3° au mot Abandon, nous avons prouvé qu'il est faux que Dieu ait absolument abandonné aucun peuple ni aucun homme, ou qu'il refuse à aucun les secours nécessaires pour parvenir au salut : nos livres saints nous enseignent formellement le contraire. — h' Il est absurde d'appeler prédilection aveugle un choix que Dieu fait avec pleine connaissance et pour des raisons qui nous sont inconnues ; mais les incrédules veulent que Dieu leur rende compte de sa conduite, pendant qu'ds prétendent qu'ils ne lui doivent aucun compte de la leur. — 5" Ce qui les trompe, c'est qu'ils font une comparaison fausse entre les grâces, les bienfaits de Dieu, et ceux que les hommes
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peuvent distribuer. Comme ces derniers sont nécessairement bornés, ce qui est aceordé à un particulier est autant de retranché sur ce qu'un autre peut recevoir ; il est donc impossible qu'un seul soit favorisé, sans que cela ne porte préjudice aux autres ; et voilà justement en quoi consiste le vice de la partialité. Mais la puissance de Dieu est infinie, et ses trésors sont inépuisables : ce qu'il donne à l'un ne déroge en rien et ne porte aucun préjudice à la portion qu'il destine aux autres : ce qu'il départit libéralement à un peuple, ne le met pas hors d'état de pourvoir aux besoins des autres peuples. En quoi les grâces accordées aux Juifs ont-elles diminué la mesure des secours que Dieu voulait donner aux Indiens et aux Chinois? La lumière de l'Evangile répandue chez les nations de l'Europe a-t-elle augmenté les ténèbres des Africains ou des Américains ? Au contraire, il a plu a Dieu de se servir des uns pour éclairer les autres, et nous avons fait voir que les prodiges opérés en faveur des Ju fs n'auraient pas été moins utiles aux Egyptiens, aux Itluméens, aux Chananéens, aux Assyriens, si ces nations avaient voulu en profiter. En quel sens peut-on dire que Dieu est un maître dur, injuste, avare, sans miséricorde, envers quel peuple ou quel homme que ce soit? — 6° Ce n'est pas notre faute si les incrédules entendent mal le terme de prédestination; il ne signifie rien autre chose que le décret que Dieu a formé de toute éternité de faire ce qu'il exécute en effet dans le temps ; or, quand il accorde dans le temps les moyens de salut à telle personne, il ne les refuse pas pour cela à une autre ; donc il n'a jamais formé le décret de les refuser ; donc la prédestination des sainfs n'emporte jamais avec elle la réprobation positive de ceux qui se damnent par leur faute. Voy. Prédestination. Quand on veut s'exposer à lire les écrits des incrédules, il faut commencer par avoir des idées nettes et précises des termes dont ils abusent ; autrement l'on s'expose à être dupe de tous leurs sophismes. Le faux reproche qu'ils nous font d'admettre un Dieu capable de partialité est à peu près l'unique fondement du déisme, et fournit des arguments aux matérialistes : rien n'est pus commun que cette objection dans leurs livres.
PARTICULAR1STES. Quelques théologiens controversistes ont donné ce nom h ceux qui soutiennent que Jésus-Christ n'est mort que pour le salut des prédestinés seuis, et non pour tous les hommes, conséquemment que la grâce n'est pas donnée à tous, et qui restreignent à leur gré les fruits de la rédemption. Nous ne savons pas qui leur a donné cette honorable commission, ni dans quelle source ils ont puisé cette sublime théologie. Ce n'est certainement pas dans l'Ecriture sainte, qui nous assure que Jésus- Christ est la victime de propitiation pour nos péchés, non-seulement pour les nôtres, mais pour ceux du monde entier (1 Joan. h, 2j ; qu'il est le Sauveur de tous les homme*, sur-
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tout des fidèles (1 Tim. iv, 10); qu'il est le Sauveur du moud-) (Joan. iv, 42) ; l'agneau de Dieu qui efface les péchés du monde (i, 29); qu'il a pacifié par le sang de sa croix ce qui est dans le ciel et sur la terre (Coloss. i, 20, etc.). Nous cherchons vainement les passages où il est dit que les prédestinés seuls sont le monde. Ce n'est pas non plus dans les Pères de l'Eglise, qui ont expliqué, commenté, fait valoir tous ces passages , afin d'exciter la reconnaissance, la confiance, l'amour de tous les hommes envers Jésus-Christ; qui prétendent que la rédemption qu'il a opérée a rendu au genre humain plus qu'il n avait perdu par le péché d'Adam, et qui prouvent l'universalité de la tache originelle par l'universalité de la rédemption. Ce n'est pas enfin dans le langage de l'Eglise, qui répète continuellement dans ses prières les expressions des livres saints que nous avons citées, et celles dont les Pères se sont servis. Cette sainte mère a-t-elle donc envie de tromper ses enfants , en leur mettant à la bouche des manières de parler qui sont absolument fausses dans leur universalité, ou a-t-elle chargé les théologiens particularistes de corriger ce qu'elles ont de défectueux ? Voy. Prédestination , Rédemption , Salut, Sauveur, etc.
PARTICULE. Terme dont on se sert dans l'Eglise latine pour exprimer Jes miettes ou petites parties du pain consacré, qui tombent sur la patène ou sur le corporal. Les Crées les nomment uepifc;, et ils appellent de môme de petits morceaux de pain non consacré , qu'ils offrent à l'honneur de la sainte Vierge et d'autres saints. Gabriel, archevêque de Philadelphie, a fait un traiié pour prouver que celte cérémonie des particules est très-ancien; ;e dans l'Eglise grecque, et qu'il en est fut mention dans les liturgies de saint Jean Chrysostomc et de saint Basile. Elle n'est point en usage dans l'Eglise latine; il est seulement recommandé au prêtre qui célèbre la messe de prendre garde qu'aucune particule de l'eucharistie ne tombe par terre et ne soit profanée.
II v a eu une dispute entre les controversistes protestants et les théologiens de Port- Royal , pour savoir si, dans un passage de saint Germain, patriarche de Constantinople, qui vivait au commencement du vm* siècle, il était question de particules de pain consacré ou non consacré ; mais Richard Simon, dans ses notes sur Gabriel de Philadelphie, a soutenu que le passage sur lequel on contestait n'était pas de saint Germain ; qu'ainsi la dispute était sans fondement.
PARVIS, atrium en latin , hader ou hazer en hébreu, signifie dans l'Ecriture sainte, 1° la cour d'une maison; Malth., c. xvi, v. 09, il est dit que saint Pierre était assis dans la cour de la maison du grand prêtre, in atrio ; 2° la salle d'entrée d'un palais, Esther, c. vr, v. 5 ; 3" l'entrée de quelque lieu que ce soit, Jer.em., c. xxxn, v. 2 et 12 ; Luc, c. xi, v. 21. Mais il désigne ordinairement les trois grandes cours ou enceintes du temple de Jérusalem. La première était le parvis des gmtiis,
pare*1 qu'il leur était permis d'y entrer et d'y faire leurs prières ; la seconde était le parvis disraél, qui était destiné aux seuls Israélites, mais d;;ns lequel ils ne devaient entrer .qu'après s'être purifiés; la troisième était, le parvis (1rs prêtres , dans lequel était l'autel des holocaustes, et où les prêtres et les lévites exerçaient leur ministère. Un simple Israélite ne pouvait y entrer que quand il offrait un sacrifice, pour lequel il devait mettre la main sur la tête de la victime. Sur ce modèle, l'entrée dos anciennes basiliques ou églises chrétiennes était aussi précédée d'une grande cour environnée de portique, dans laquelle se tenaient les pénitents auxquels on avait interdit l'entrée de l'Eglise ; et comme ils y étaient en plein air, on l'appelait locus hiemantium. Bingham, Origine ecclés., 1. vin, c. 3, § 5.
PASCAL, qui concerne la fête de Pâques.
Pascal (l'agneau) était l'agneau que les Juifs devaient immoler à cette fête. Voy. Pa-
QUE JLTVE.
Pascal (canon). C'est une table des fêtes mobiles, ainsi appelée, parce que c'est la fête de Pâques qui décide du jour auquel toutes les autres doivent être célébrées.
Pascal (cierge). Voy. Ciekge.
Pascales (lettres), sont les lettres que lo patriarche d'Alexandrie écrivait aux autres métropolitains, pour leur désigner le jour auquel on devait faire la fête de Piques ; il «'tait chargé de cette commission parce que c'est dans l'école d'Alexandrie que se faisait le calcul astronomique, pour savoir quel serait le quatorzième jour de la lune de mars.
Pascal (temps), est le temps qui s'écoule depuis lo jour de Pâques jusqu'au dernier jour de l'octave de la Pentecôte inclusivement ; c'est un temps d'allégresse que l'Eglise chrétienne consacre à célébrer la résurrection de Jésus-Christ. 11 est marqué par un office plus court, par la répétition fréquente du mot alléluia; on no jeûne point pendant ce temps-là, et l'on ne prie point à genoux.
PASCHASE Radbcrt ou Ratbert, moine et et abbé de Corbie, mort l'an 805, a été l'un des plus savants et des meilleurs écrivains de son siècle. Il possédait très-bien les langues grecque et hébraïque, chose assez rare dans ce temps-là, et il avait beaucou;) lu les Pères. Il écrivit contre les erreurs de Félix d'Urgel, de Claude de Turin et do Golescalc, mais surtout contre JeanScotErigène, qui niait la présence réelle de Jésus- Christ dans l'eucharistie. Son traité du Corps et du Sang de Jésus-Christ est devenu célèbre dans les disputes du xvic et du xvn* siècle entre les catholiques et les protestants. 11 l'écrivit, à ce que l'on- croit, l'an 831, et, après l'avoir retouché, l'an 845, il l'adressa au roi Charles le Chauve.
Il parait que dans ce temps-là il y avait dans les Gaules plusieurs personnes qui entendaient assez mal le dogme de la présence de Jésus Christ dans l'eucharistie, et que le livre de Pascliase Radbert causa quelques disputes. Charles le Chauve, pour savoir ta
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qu'il devait en penser, chargea Ratramne, autre moine de Corbie, et qui fut depuis abbé d'Orbais, de lui en écrire son sentiment ; c'est ce que fit Ratramne dans un ouvrage intitulé Du Corps et du Seing du Seigneur. Quand on se donne la peine de Je lire, on voit qu'au lieu d'éclaircir la question, Ratramne ne fit que l'embrouiller davantage D'un côté, il se sert des expressions les plus fortes pour établir que l'Eucharistie est véritablement le corps et le sang de Jésus- Christ ; de l'autre, il semble n'y admettre qu'un changement mystique et une manducation qui se fait seulement par la foi. Ainsi, selon lui, quoique le fidèle ne mange et ne boive réellement et substantiellement que du pain et du vin, il reçoit cependant le coips et le sang de Jésus-Christ : expression très-abusive, puisqu'elle signifie seulement que le tidèle reçoit la vertu ou l'efficacité du corps et du sang de Jésus-Christ, ou qu'il ressent les mêmes effets que s'il recevait la substance même de ce corps et de ce sang divin. Il est absurde de dire qu'un changement qui s'opère dans le fidèle seulement, se fait dans l'eucharistie. Aussi Mosheim convient que Paschase Radbert et son adversaire semblent se contredire dans plusieurs endroits et ne pas s'entendre eux-mêmes, et qu'ils s'énoncent d'une manière très-ambiguë. Pour nous, il nous paraît que Paschase est plus clair et plus précis que Ratramne, qu'il ne tombe point dans la môme logomachie et les mêmes contradictions. Quan I ils seraient aussi peu exacts l'un que l'autre, et que tous les théologiens de ce siècle seraient tombés dans le même défaut, comme le prétend Mosheim, il serait encore ridicule d'en conclure, comme il fait, qu'au ixe siècle il n'y avait encore dans l'Eglise aucune opinion fixe ou universellement reçue touchant la manière dont le corps de Jésus-Christ est présent dans l'eucharistie.
L'Eglise n'avait pas attendu jusqu'au ix" siècle pour savoir ce qu'elle devait croire touchant un mystère qui s'opère tous les jours, et qui fait la plus essentielle partie de son culte. Sa croyance élait fixée par les paroles de l'Ecriture sainte prises dans leur sens naturel, par la manière dont les Pères les avaient entendues, par les prières de la liturgie, par les cérémonies qui les accompagnent. Lorsque Pascase Radbert l'exposa dans les mômes termes que les anciens docteurs de l'Eglise, s'il se trouva des contradicteurs, cela prouve qu'ils étaient fort mal instruits , et que cet écrivain en savait plus qu'eux ; il ne s'ensuit rien de plus. Mais les protestants, charmés de trouver au ixe siècle quelques écrivains qui parlaient à peu près comme eux et qui avaient comme eux l'art d'embrouiller la question, en ont fait grand bruit. Ils ont élevé jusqu'aux nues le mérite du moine Ratramne, pour déprimer d'autant celui de Paschase Radbert; ils ont insisté sur ce que le premier écrivait par ordre de Chai les le Chauve, comme si cet ordre du roi avait donné à ce moine une mission surnaturelle pour exposer la croyance catholi-
que ; ils ont représenté Paschase comme un novateur, comme un téméraire, un fanatique, dont malheureusement la doctrine a pris racine à la faveur des ténèbres du xe siècle et des suivants, comme si le ix' avait été beaucoup plus lumineux, et comme si Paschase, avec moins de mérite, avait pu avoir plus d'autorité et plus d'empire sur les esprits que son adversaire, dont on veut cependant faire un grand homme ; comme si enfin un moine des Gaules avait pu subjuguer les esprits en Angleterre, en Espagne, en Italie, dans la Grèce et dans l'Asie entière, faire adopter ses idées par les jacobites et les nestoriens séparés de l'Eglise romaine depuis trois cents ans. Voilà les chimères que les protestants ne rougissent point de soutenir avec toute la gravité et le sang-froid possible. Ce qu'il y a de plus singulier, c'est que Ratramne a été l'oracle sur la parole duquel l'Eglise anglicane a formé sa croyance. Un auteur anglais a fait une dissertation (la:. s laquelle il fait voir que le verbiage de ce moine a été copié mot à mot dans la profession de foi de l'Eglise anglicane touchant l'eucharistie. Voy. le livre intitulé : Ratramne ou Bertram, prêtre ; du Corps et du Sang du Seigneur, etc., Amsterdam, 1717. Sublime découverte, d'avoir trouvé dans un moine du ix° siècle l'organe que Dieu avait préparé pour endoctriner les réformateurs du xvie ! 11 nous parait que les théologiens catholiques pouvaient se dispenser de contester aux' protestants cette autorité irréfragable, et et qu'on peut la leur abandonner sans aucun regret. Le père Sirmond lit imprimer en 1618 les ouvrages de Paschase Radbert, mais cette édition n'est pas complète ; il s'en est trouvé d'autres en manuscrit depuis cetempslà. Voy. Vies des Pères et des Martyrs, etc., tom. III, pag. G74-.
PASSAGERS, ou plutôt PASSAGIENS et PASSAGINIENS, nom qui signifie tout saints. C'est le nom que quelques auteurs ont donné à certains hérétiques qui parurent dans la Lombardie au xne siècle ; ils furent condamnés avec les Vaudois dans le concile de Vérone, sous le pape Lucius III, l'an 118i, auquel assista l'empereur Frédéric. Us pratiquaient la circoncision et soutenaient la nécessité des rites judaïques, à l'exception des sacrifices ; c'est pourquoi on leur donna aussi "e nom de cit concis, ils niaient le mystère de la sainte Trinité et prétendaient que Jésus- Christ était une pure créature. On vit dans le concile de Vérone les deux puissances se réunir pour l'extirpation des hérésies. On y entrevoit aussi l'origine de l'inquisition, en ce que le pape ordonne aux évèques de s'informer par eux-mêmes ou par des commissaires, des personnes suspectes d'hérésie, suivant le bruit public et les dénonciations particulières. 11 distingue les degrés de suspects, de convaincus, de pénitents et de relaps, suivant lesquels les peines sont différentes ; et après que l'Eglise a employé contre les coupables les peines spirituelles, elle les abandonne au bras séculier, pour exercer contre eux les châtiments temporels. Ou vou-
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lait réprimer la fureur des hérétiques de ce temps-là et empêcher les cruautés qu'i's exerçaient contre les ecclésiastiques. Ce ne sont donc pas leurs opinions ni leurs erreurs que l'on punissait par des supplices, mais leurs crimes et leurs excès contre l'ordre public.
PASS ALORYNCHITES, ou PETT ALORYN- CHITES. Voy Montamstes.
PASSIBLE, capable de souffrir ; impassible est le contraire. Les plus anciens hérétiques, les valentiniens, les gnostiquesjes sectateurs de Cerdon et de Marcion, ne purent se persuader que le Fils de Dieu se fût revêtu d'une chair passible et qu'il eût réellement souffert. Les uns distinguèrent Jésus d'avec le Fils de Dieu; ils dirent que le Christ, Fils de Dieu, était descendu en Jésus au moment de son baptême, mais qu'il s'en était retiré au moment de sa passion ; les autres prétendirent que le Fils de Dieu n'avait été revêtu que d'une chair apparente, n'avait souffert, n'était mort et ressuscité qu'en apparence. L'apôtre saint Jean, dans ses lettres, a condamné les uns et les autres; il dit (/ Joan. i, 1) : « Nous vous annonçons ce que nous avons vu , entendu et touché de nns mains, concernant le Verbe de vie ; » ce n'était donc pas de simples apparences ; c. n, v. 22: «Celui qui nie que Jésus-Christ soit le Christ , est un imposteur; » c. in, v. 16 : « Nous connaissons l'amour que Dieu nous porte, en ce qu'il a donné sa vie pour nous ; » Jésus et le Fils de Dieu ne sont pas deux personnes différentes ; c. iv, v. 2 : « Tout esprit, qui confesse que Jésus-Christ est venu en cnair, est de Dieu ; quiconque divise Jésus, ne vient pasde Dieu, c'est un antechrist.»» Les Pères de l'Eglise, surtout saint Irénôe et Tertullien, ont réfulé ces hérétiques; ils ont fait voir que si le Fils de Dieu n'avait pas réellement souffert, il ne serait pas noire rédempteur ni notre modèle; il nous aurait donné un très-mauvais exemple, en voulant paraître ce qu'il n'était pas et en faisant semblant de souffrir ce qu'il ne souffrait pas; nous ne serions pas obligés d'avoir pour lui aucune reconnaissance, et toutes les prédictions des prophètes touchant les souffrances du Fils de Dieu seraient fausses. Quant à ce que disaient ces hérétiques, qu'il est indigne de Dieu de souffrir, d'être couvert d'opprobres, de mourir sur une croix, Tertullien leur répond que rien n'est plus digne de Dieu que de sauver ses créatures et que de leur inspirer l'amour, la reconnaissance, le courage dans les peines do celte \\", par l'excès même de ce qu'il a souffert pour elles. Mais la tournure que prenaient ces raisonneurs, pour soutenir leursystème, démontre u'ils n'osaient pas contredire le témoignage es apôtres ni contester les faits rapportés par les évangélistes. Dès que le Fils de Dieu avait paru naître et vivre comme les autres hommes, endurer la faim, la soif, la lassitude, les outrages et le supplice de la croix ; qu'il avait paru mourir à la vue des Juifs, et ensuite avait paru ressuscité et vivant commo auparavant, il s'ensuivait quo les apôtre*
n'étaient point des imposteurs, en publiant tous ces faits; qu'ils ne disaient que ce qu'ils avaient vu, entendu et touché de leurs mains. Ce témoignage était donc irrécusable. Cependant ces premiers hérétiques étaient à la source des faits, puisqu'ils étaient contemporains des apôtres, et en étaient connus. 11 n'y avait donc alors dans la Judée ni ailleurs aucun témoin ni aucune preuve de la fausseté des faits que les apôtres publiaient : il fallait donc que ces faits fussent inattaquables et poussés au plus haut degré do notoriété. C'est une réflexion que nous avons déjà faite plus d'une fois , et à laquelle les incrédules n'ont jamais eu rien à répondre. Quelques-uns d'entre eux ont objecté froidement (pie, selon plusieurs anciens hérétiques, Jésus-Christ n'est pas mort. Dans ce peu de paroles, il y a seulement deux supercheries : 1° ceux d'entre ces hérétiques qui ont distingué Jésus d'avec le Fils de Dieu n'ont pas nié que Jésus ne fût mort ; 2° ceux qui ne distinguaient pas convenaient que Jésus, Fils de Dieu, était moit, du moins en apparence, et de manière à persuader à tous les hommes qu'il était véritablement mort. Qui avait révélé a ces hérétiques que tout cela n'était que des apparences? Mais les incrédules d'aujourd'hui'ne sont pas de meilleure foi que ceux des premiers siècles.
PASSION DE JÉSUS-CHRIST. Ce sont les souffrances que ce divin Sauveur a endurée* depuis la dernière cène qu'il fit avec ses disciples jusqu'au moment de sa mort, pasconséquent pendant un espace d'environ vingt-quatre heures.
«Nous prêcnons, dit saint Paul, Jésus crucifié, scandale pour les Juifs, folie selon les gentils, mais aux yeux des élus ou des fidèles, soit Juifs, soit gentils, prodige de la puissance et do la sagesse de Dieu (/ Cor. i, 23). On sait que cette réflexion de saint Paul a été développée d'une manière sublime dans nn sermon de Bourdaloue sur la passion du Sauveur. En effet les Juifs n'ont pas pu se persuader qu'un homme qui s'est laissé prendre, lourmenteret crucifier par eux, fût le Messie; cependant cet événement leur avait été annoncé par leurs prophètes. Celso, Julien, Porphyre et les autres philosophes païens ont reproché aux chrétiejis, comme un trait de folie, d'attribuer la divinité à un Juif puni du dernier supplice; après dix-sept siècles ce sarcasme est encore renouvelé par les incrédules. Nous répondons à tous que l'ignominie de la mort du Sauveur a été pleinement réparée par sa résurrection, par sou ascension glorieuse, par le culte qui lui est rendu d'un bout de l'univers à l'autre; que ses souffrances étaient nécessaires pour confirmer 'les autres signes de sa mission : il fallait que ce divin législateur prouvât par son exemple la sainteté et la sagesse des leçons de patience, d'humilité, de soumission à Dieu, de courage, qu'il avait données : ses disciples, destinés au martyre, avaient besoin d'un modèle; il n'était pas moins nécessaire au genre humain tout entier, destiné à souffrir : après avoir
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enseigné aux hommes comment ils doivent vivre, il restait encore à leur apprendre la manière dont il faut mourir. Jésus-Christ l'a fait ; et nous soutenons qu'il n'a jamais paru plus grand que pendant sa passion.
11 l'avait prédite plus d'une fois ; il en avait désigné le moment ; il avait déclaré d'avance les circonstances et le genre de son supplice ; il voulut encore représenter sa mort par une auguste cérémonie, en conserver le souvenir par un sacrifice qui en renferme l'image et la réalité. Il pouvait se dérober à la fureur de ses ennemis, il les attend ; après avoir médité sur la suite des outrages et des tourments qui l'attendent, il se soumet à son Père, marche d'un pas ferme vers les soldats, se fait connaître à eux, leur commande de laisser aller ses disciples, et opère un miracle pour montrer ce qu'il est et ce qu'il peut. Présenté à ses juges, il leur répond avec modestie et avec fermeté ; il leur déclare qu'il est le Christ Fils de Dieu : ce fut l'unique cause de sa condamnation. Livré aux soldats, il souffre les insultes et les outrages dans le silence, sans faiblesse et sans ostentation ; il ne dit rien pour fléchir le magistrat romain qui devait décider de son sort; il ne fait rien pour conîenter la curiosité d'un roi vicieux et d'une cour impie. En marchant au Calvaire, il prédit la punition de ses ennemis avec les expressions de la pitié. Attaché à la croix, il demande grâce pour ses bourreaux, il promet le bonheur éternel à un criminel repentant. Après trois heures de souffrances cruelles, il dit d'une voix forte et qui étonne les assistants : Tout est consommé; il recommande sa mère a son disciple, et son âme à son Père ; il rend le dernier soupir. Sans avoir besoin des prodiges de (erreur qui se firent pour lors, nous disons hardiment, comme l'officier romainqui en fut témoin, Cet homme était véritablement le Fils de Dieu ( Matth. xxvn, 5i). Aucun des événements qui arrivèrent ensuite ne peut plus nous étonner.
Tel est le récit qui a été fait par quatre de ses disciples, que l'on nous peint comme des ignorants. S'il n'est pas fidèle, qui leur a suggéré une peinture aussi sublime d'un Dieu mourant pour le salut des hommes? Mais elle avait été tracée longtemps auparavant. Isaïe, sept cents ans avant l'événement , David, encore plus ancien de trois siècles , avaient peint le Messie souffrant sous les mômes traits que les évangélistes. Jésus- Christ sur la croix prononça les premières paroles du psaume xx°i , et s'en lit l'application : ce psaume entier renferme plusieurs traits frappants. V. 2 : « Mon Dieu, mon Dieu, à quoi vous m'avez délaissé ! ( à quels tourments vous m'avez abandonné ! ) Malgré mes cris, le moment de ma délivrance est encore loin de moi...» V.5: « Nos pères ont espéré en vous, et vous les avez délivrés ; ils vous ont invoqué, cl vous les avez sau- ^és.... » V. 7 : « Pour moi, je suis un ver de terre plutôt qu'un homme; je suis l'opprobre de mes semblables ot le rebut du peuple.,..*»
V. 8: «Ceux qui voient mon état m'insultent et m'outragent....» V. 9 : «Ils disent, Puisqu'il a espéré au Seigneur, que le Seigneur le délivre et le sauve s'il l'aime véritahlement....» V. 12 : « Ne vous éloignez pas de moi, puisque personne ne m'assiste....» V. 17: «Mes ennemis, comme des animaux en fureur, m'ont environné, et se sont réunis contre moi ; ils ont percé mes mains et mes piels....» V. 18: « Ils ont compté tous mes os ; ils m'ont considéré avec une joie cruelle....» V. 19: «Ils ont partagé entre eux mes habits, et ils ont jeté le sort sur ma robe... » V.2G : «Vous serez cependant le sujet de mes louanges; et je vous rendrai mes vœux dans la nombreuse assemblée de ceux qui vous craignent....» V. 28 : « Toutes les nations de la terre se tourneront vers vous, et viendront vous adorer ; vous serez leur roi et leur Seigneur.. ..> V. 31 :
« et ma postérité vous servira; cette race
nouvelle vous appartiendra ; etil sera dit que c'est le Seigneur qui l'a formée. »
Ceux qui entendent l'hébreu ne blâmeront point la manière dont nous traduisons le v. 2 : il nous parait que, dans la bouche de David, ni dans celle de Jésus-Christ, ce n'était point une interrogation ni un reproche qu'ils faisaient à Dieu, mais une simple exclamation sur la rigueur des tourments qu'ils souffraient. On sait que les Juifs, pour détourner le sens du v. 17, ont changé une lettre dans l'hébreu, et qu'en mettant cari pour cûru, au lieu de lire ils ont percé mes mains et mes pieds, ils lisent comme un lion mes mains et mes pieds, ce qui ne fait aucun sens, et contredit la version des Septante. Jamais David n'a pu dire de lui-même que ses ennemis avaient compté ses os, avaient partagé ses vêtements; et avaient jeté le sort sur sa robe; mais les soldats accomplirent cette prophétie à l'égard de Jésus-Christ ( Matth. xxvh, 35 ; Joan. xix, 1\ ). La prédiction de la conversion des nations par le ministère du Messie s'est vérifiée d'une manière encore plus éclatante.
Celle que fait Isaïe mérite d'être rapportée tout entière ; elle ressemble plutôt à une histoire qu'à une prophétie. Chap. lu, Isaïe, après avoir prédit aux Juifs leur délivrance de la captivité de Babylone, dit, v. 13 : « Mon serviteur aura le don de sagesse, il s'élèvera, il prospérera, il sera grand; »v. 14: «De même que plusieurs ont été frappés d'étonnement sur votre sort, ainsi il sera ignoble et défiguré à la vue des hommes; » 15 : « Il purifiera plusieurs nations, les grands de la terre se tairont devant lui, parce qu'ils on vu celui qui ne leur avait point été annoncé; il a paru aux yeux de ceux qui n'en avaient pas entendu parler. » — Chap. lui, v. 1 : « Qui croira ce que nous annonçons ? A qui le bras du Seigneur s'est-il fait connaître? 2. Il croîtra comme un faible rejeton qui sort d'une terre aride ; il n'a ni éclat ni beauté ; nous l'avons vu, à peine pouvait-on l'envisager. 3. Il est méprisé, le dernier des hommes, l'homme de douleurs ; il éprouve l'infirmité, il cache son visage, nous n'avons pas osé le regarder, 'i. il a vraiment souffert nos maux,
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il a supporté nos douleurs; nous l'avons pris pour un lépreux, pour un homme frappé de Dieu et humilié. 5. Mais il est blessé par nos iniquités, il est meurtri par nos crimes, le châtiment qui doit nous donner la paix est tombé sur lui, nous sommes guéris [aises blessures. (3. Nous nous sommes égarés touscommeuo troupeau errant, chacun s'est écarté de son côté, le Seigneur a rassemblé sur lui l'iniquité de nous tous. 7. 11 a été opprimé et affligé, il n'a point ouvert la bouche, il est conduit à la mort comme une victime, il se tait comme un agneau dont on enlève la toison. 8. 11 a été délivré des liens et do l'arrêt qui le condamne ; qui pourra révéler son origine? Il a été retranché de la terre des vivants ; il est frappé pour les péchés de mon peuple. 9. Sa mort sera parmi les impies, et son tombeau parmi les riches, parce qu'il n'a point commis d'iniquité , et (iue le mensonge n'est point sorti dosa bouche. 10. Dieu a voulu le frapper et l'accabler. S'il donne sa vie pour victime du péché, il vivra ; il aura une postérité nombreuse, il accomplira les desseins du Seigneur. 11. Parce qu'il a souffert, il reverra la lumière et sera rassasié de bonheur. Mon serviteur, juste lui-môme donnera aux autres la justice par sa sagesse, et il supportera leurs iniquités. 12. Voila pourquoi je lui donnerai un partage parmi les grands de la terre ; il enlèvera les dépouilles des ravisseurs, parce qu'il s'est livré à la mort, qu'il a été mis au nombre des scélérats, qu'il a porté les péchés de la multitude, et qu'il a prié pour les pécheurs. » — Chap. liv, v. 1 : « Femme stérile qui n'enfantez pas, chantez un cantique de louange, réjouissez-vous de votre fécondité future.... v. 5. Le Saint d'Israël qui vous rachète sera reconnu Dieu de toute la terre, etc. »
Il y a une conformité frappante entre cette prophétie et le psaume xxi ; dans l'un et dans l'autre nous voyons un juste réduit au comble de l'humiliation et de la douleur, qui soutire avec patience et confiance en Dieu, est ensuite comblé de gloire, et qui procure à Dieu un nouveau peuple formé de toutes les nations. Mais ce qu'ajoute Isaïe, que Dieu a mis sur ce juste l'iniquité de nous tous ; qu'il est blessé par nos iniquités, meurtri par nos crimes, et que nous sommes guéris par ses blessures ; qu'il est frappé pour les péchés du peuple, qu'il a porté les iniquités de la multitude, etc., désigne trop clairement le Sauveur des hommes, pour qu'on puisse le méconnaître. Il n'est donc .»as étonnant que les apôtres et les évangéisles aient appliqué ces traits à Jésus-Christ; es anciens docteurs juifs en ont fait de même l'application au Messie : ceux d'aujourd'hui, qui prétendent qu'il n'est point question là d'un homme, mais du peuple juif, et qui soutiennent que Dieu les punit actuellement des péchés des autres nations, blasphèment contre la justice divine, font violence à tous les termes, et contredisent la tradition constante de leurs docteurs. On ne doit pas être surpris non plus de ce que les apôtres, présentant d'une main David et Isaïe, de l'autre
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la narration des évangélistes, appuyée par la notoriété dos faits, ont converti tous ceux d'entre les juifs et les gentils qui ont voulu y faire attention, et qui ont cherché la vérité de bonne foi. Il y aurait môme lieu de s'étonner de ce qu'un si grand nombre sont demeurés dans l'incrédulité, si les exemples que nous en avons sous les yeux ne nous faisaient voir jusqu'où peuvent aller l'opiniâtreté et la démence des hommes, lorsqu'ils ont bien résolu de ne rien croire»
Jamais nos raisonneurs incrédules ne se sont donné la peine de considérer attentivement les traits de conformité qu'il y a entre les prophéties et les circonstances de la passion du Sauveur ; ils se. sont contentés d'extraire les commentaires absurdes des Juifs, sans s'embarrasser du ridicule dont ils se couvraient en suivant les leçons de pareils maîtres. Pour affaiblir l'impression que doit faire sur tout homme sensé l'histoire de la passion tracée par les évangélistes, ils se sont attachés à travestir quelques circonstances, à relever quelques faits minutieux, à chercher de prétendues contradictions entre les diverses narrations de ces quatre écrivains. S'ils avaient voulu seulement ouvrir une Concorde des Evangiles, ils auraient vu l'inutilité do leur travail. Ils ont insisté sur l'agonie de Jésus-Christ au jardin des Olives, ils ont dit qu'en cette occasion le Messio avait montré une faiblesse indigne d'un homme courageux. ?t;ais nous soutenons qu'il y a plus de courage et de vertu à. se présenter aux souffrances avec pleine connaissance, après y avoir réfléchi et en surmontant la répugnance de la nature, qu'à y courir en s'etourdissant soi-même et en affectant de les braver. Il ne tenait qu'à Jésus-Christ de déconcerter toutes les mesures des Juifs et de se tir. r de leurs mains, comme il l'avait f lit plus d'une fois. Si au lieu d'aller au jardin des Olives, scion sa coutume, il était allé à Béthanie o i ailleurs, les Juifs n'auraient pas pu le trouver : et s'il était allé prêcher chez. Jes gentils, ses miracles lui eussent bientôt formé un parti capable de faire trembler les Juifs.
Les censeurs de l'Evangile disent que Jésus parla peu respectueusement au grand prêtre Caïphe; qu'il ne déclara pas nettement sa divinité ; que, frappé sur une joue, il ne tendit pas l'autre, comme il l'avait ordonné. Il suffit cependant de lire le texte des évangélistes, pour voir que la réponse de Jésus- Christ à Caïphe n'avait rien du tout de contraire au respect ; que c'était une déclaration formelle de sa divinité ; que le conseil des Juifs l'envisagea ainsi, puisque ce fut pour cela même qu'il condamna à la mort Jésus- Christ comme blasphémateur. Ce n'était pas là le lieu de tendre l'autre joue pour recevoir un nouvel outrage, puisque c'était au tribunal même des magistrats juifs, dont le premier devoir était d'empêcher et de venger les outrages. Ces mêmes critiques ajoutent : Comment Dieu a-t-il permis que Pilate, qui voulait sauver Jésus, ait été assez faible pour le condamner, quoique innocent? Nous ré-
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pondons que Dieu l'a permis comme il permet tous les autres crimes qui se commettent dans le monde. Ils prétendent que Jésus Christ sur la croix se plaignait d'être abandonné de son Père ; Calvin a osé dire que les premières paroles du psaume xxi, que Jésus -Christ prononça pour lors, étaient l'expression du désespoir. Mais la manière dont nous avons traduit ces paroles à la lettre démontre que ce n'é:ait ni une plainte ni un reproche, mais une exclamation sur la rigueur du tourment que souffrait le Sauveur : Mon Dieu, mon Dieu, à quoi vous matez délaisse', à quels tourments vous ni avez réservé ! Quel signe y a-t-il là d'impatience, de mécontentement ou de désespoir? D'ailleurs, Jésus-Christ en prononçant ces paroles, se faisait l'application de ce psaume ; il faisait voir que ses douleurs étaient l'accomplissement de cette prophétie. Aussi, lorsque toutes les circonstances furent vérifiées, Jésus s'écria : Tout est consommé.
Mais nos adversaires soutiennent qu'il y a contradiction entre les évangélistes. Saint Marc dit que Jésus fut crucifié à la troisième heure, c'est-à-dire à neuf heures du matin ; saint Jean écrit que ce fut à la sixième heure ou à midi. Selon saint Mathieu et saint Marc, les deux voleurs crucifiés avec Jésus lui insultaient ; selon saint Luc , un seul injuria le Sauveur.
On n'a qu'à comparer le texte des évangélistes, la contradiction disparaîtra. Lorsque saint Marc dit, c. xv, v. 25 : Il était la troisième tieurc, et ils le crucifièrent, on doit entendre, et ils se disposèrent à le crucifier. Les versets suivants témoignent qu'il se passa encore plusieurs choses avant que Jésus fût conduit au Calvaire, et fût attaché à la croix. Saint Jean écrit, c. xix, v. 14 et 1G, qu'environ la sixième heure Pilate dit aux Juifs, voilà votre Roi, et qu'il le leur livra pour être crucifié. Il n'était donc pas encore la sixième heure, elle était seulement commencée ; or elle commençait à neuf heures du matin. Quant à ce qui regarde les voleurs, il s'ensuit seulement que la narration de saint Luc est plus exacte que celle des deux premiers évangélistes ; il rapporte la conversion du bon larron, de laquelle ils n'ont pas parlé. Selon le jugement des incrédules, il n'a pas pu arriver une éclipse au moment de la mort du Sauveur ; les Juifs n'ont vu aucun des prodiges dont les évangélistes font mention, puisqu'ils ne se sont pas convertis. Aussi les évangélistes ne parlent point d'une éclipse, mais de ténèbres qui couvrirent toute la Judée ; et ces ténèbres purent être causées par un nuage épais. Saint Luc dit formellement que la multitude de ceux qui furent témoins de la mort de Jésus s'en retournèrent en frappant leur poitrine, signe de repentir et de conversion. Quant à l'endurcissement du grand nombre des Juifs, il ne nous surprend pas
plus que celui des incrédules d'aujourd'hui. Ils disent qu'il aurait été mieux que Dieu pardonnât le péché d'Adam, au lieu de le
Ils disent qu'il aurait été mieux que Dieu pardonnât le péché d'Adam, au lieu de le punir d'une manière si terrible dans la per-
sonne de son propre Fils. De notre côté, nous soutenons qu'il est mieux que Dieu l'ait ainsi puni, afin de donner aux hommes une idée de sa justice, de leur inspirer l'horreur du péché, et de les en préserver. Quand les objections que nous venons d'examiner seraient plus solides, pourraientelles obscurcir les traits de la divinité que Jésus-Christ a fait paraître pendant sa passion et à sa mort, l'éclat avec lequel il a vérifié les prophéties, le triomphe de sa résurrection, le prodige du monde converti par la prédication d'un Dieu cruciûé ? Ce prodige subsiste depuis dix-sept cents ans, en dépit des efforts des incrédules de tous les siècles, et il subsistera autant que l'univers. Jésus-Christ avait dit : Lorsque f aurai été élevé de terre, j'attirerai tout à moi ; il a rempli sa parole, il accomplira de même celle qu'il a donnée d'être avec son Eglise jusqu'à la consommation des siècles. La meilleure manière de savoir si ces souffrances ont été inutiles, excessives, indignes de Dieu, est d'en juger par les effets ; elles ont inspiré aux apôtres et aux premiers chrétiens le courage du martyre ; elles soutiennent les âmes justes dans leurs peines, convertissent souvent les pécheurs, adoucissent pour tous les angoisses de la mort : c'est plus qu'il n'en faut pour les justifier. Nos profonds raisonneurs ont osé les comparer aux souffrances que les païens attribuent à plusieurs de leurs dieux; c'est mal à propos, disent-ils, que les Pères de l'Eglise en ont fait le reproche aux païens, et ont voulu les en faire rougir, puisque ceux-ci étaient en droit de rétorquer l'argument. Aussi l'ont-ils fait ; Celse n'y a pas manqué, mais Origène n'a pas eu beaucoup de peine à lui répondre. Ce n'est pas de son plein gré que Saturne a été détrôné, mutilé et banni par son fils ; que Jupiter a été combattu par les Titans ; que Prométhée a été enchaîné au Caucase, etc. Toutes ces aventures, loin d'inspirer aux hommes l'amour de la vertu et l'horreur du crime, étaient des leçons très-scandaleuses ; loin de procurer quelque avantage au genre humain, elles n'ont servi qu'à le pervertir. Nous avons fait voir qu'il en est tout autrement des souffrances du Sauveur. 11 avait dit : J'ai le pouvoir de donner ma vie, et j'ai le pouvoir de la reprendre ; il l'a reprise en effet en se ressuscitant par sa propre vertu ; il a converti et sanctilié le monde par le mystère de la croix. Origène, contre Celse, liv. n, n. 34 ; liv. vu, n. 17, etc.
Passions humaines. Nous appelons passions les inclinations ou les penchants de la nature , lorsqu'ils sont poussés à l'excès, parce que leurs mouvements ne sont pas volontaires ; l'homme est purement passif lorsqu'il les éprouve, il n'est actif que quand il y consent ou qu'il les réprime. Plusieurs philosophes modernes, appliqués à prendre de travers la morale de l'Evangile, ont prétendu que c'est un projet insensé de vouloir étouffer ou déraciner les passions; que si l'homme n'en avait plus, il serait stupide;
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que celles qui forment le caractère particulier d'un homme sont incurables, et que ie earactère ne change jamais. Quelques-uns
ont poussé le scandale jusqu'à vouloir justifier toutes les passions, et à soutenir qu'il est aussi impossible à l'homme d'y résister que de s'abstenir d:avoir la lièvre. Ainsi, selon leur opinion, toutes les maximes de l'Evangile, qui tendent à nous guérir de nos passions, sont absurdes. Cette morale philosophique, digne des étables d'Epicure, aurait fait frémir de colère les stoïciens qui regardaient les passions comme des maladies de l'Ame, et dont toute l'étude avait pour objet de les réprimer : mais sans nous émouvoir, il faut montrer à nos philosophes qu'ils jouent sur un terme équivoque et que leur morale est fausse.
11 est certain d'abord que nos penchants naturels ne sont nommés passions que quand ils sont poussés à l'excès. On n'accuse point un homme de la passion de la gourmandise, lorsqu'il ne boit et ne mange que selon le besoin ; de la passion de l'avarice, lorsqu'il est seulement économe, et qu'il évite tout gain malhonnête ; de la passion de la vengeance, lorsqu'il se contient dans les bornes d'une juste défense, etc. Il n'est pas moins incontestable que ces mêmes penchants, qui contribuent à notre conservation quand ils sont modérés, tendent à notre destruction dès qu'ils sont excessifs. Un philosophe moderne a observé que l'amour et la haine, la joie et la tristesse, les désirs violents et la peur, la colère et la volupté, altèrent la constitution du corps, et peuvent causer la mort lorsque ces passions sont portées à l'excès : il le démontre par la théorie des effets physiques que ces différentes affections produisent sur les organes du corps. Il ne peut donc pas nous être permis de nous y livrer, beaucoup moins de les fortifier et de les augmenter par l'habitude d'en suivre les mouvements ; lorsque nous le faisons, nous agissons contre notre propre nature. Enfin, nous savons par notre propre expérience et par celle d'autrui, qu'il dépend de nous de modérer nos penchants , de les réprimer, de les affaiblir par des actes contraires. Lorsque nous y avons réussi, notre conscience nous applaudit ; c'est dans cette victoire môme que consiste la vertu ou la force de l'âme ; lorsque nous y avons succombé, nous sommes punis par le remords. L'empire sur les passions est sans doute plus difficile à certaines personnes qu'à d'autres ; mais il n'est aucun homme à qui la résistance soit absolument impossible. Quand il serait vrai que nous ne pouvons pas changer entièrement notre caractère, il ne s'ensuivrait pas encore que nous ne pouvons pas vaincre nos passions. Autre chose est de n'en pas sentir les mouvements, et autre chose d'y succomber et do les suivre. Qu'importe qu'un homme soit né avec un penchant violent à la colère, si à force de se réprimer il est venu à bout de ne plus s'y livrer? 11 en résulte seulement que la douceur et la patience sont des vertus plus diffi-
ciles et plus méritoires pour lui que pour un autre ; s'il est obligé de soutenir ce combat pendant toute sa vie, il en sera d'autant plus digne d'éloges et de récompense. Lorsque la loi de Dieu nous défend les désirs déréglés, elle entend les désirs volontaires et réfléchis, et non ceux qui sont indélibérés et involontaires, puisqu'ils ne dépendent pas de nous ; elle s'explique assez en disant : Ne suivez point vosconvoitises. Eccli., c. xvin, v. 30: « Que le péché ne régne point dans votre corps mortel, de manière que vous obéissiez à ses convoitises (Rom. vi, 12). »
Jésus-Christ, qui connaissait mieux la nature humaine que les philosophes, nous a prescrit la seule vraie méthode de guérir les j)ttssions, en nous commandant les actes de vertus qui y sont opposés. Ainsi, il nous ordonne de vaincre l'avarice en faisant des aumônes, l'orgueil en recherchant les humiliations, l'ambition en nous mettant à la dernière place , la volupté en mortifiant nos sens, la colère en faisant du bien à nos ennemis, la gourmandise par le jeûne, la paresse par le travail, etc,
Les maximes des stoïciens, touchant la nécessité de vaincre les passions , étaient pompeuses et sublimes, mais cette morale avait des défauts essentiels. 1° Elle ne portait sur rien ; le stoïcisme n'opposait aux passions point d'autre contrepoids que l'orgueil ou la vaine satisfaction de se croire sage : faible barrière, bien peu capable d'arrêter la fougue d'une passion violente. Jésus-Christ nous donne des motifs plus solides, le désir de plaire à Dieu, de mériter un bonheur éternel, de jouir de la paix de l'âme. Aussi cette morale a formé des saints dans tous les âges, de l'un ou de l'autre sexe, dans toutes les conditions de la vie. 2" Les stoïciens convenaient eux-mêmes que leurs maximes ne convenaient qu'à un petit nombre d'hommes , qu'il fallait des âmes d'une forte trempe pour les pratiquer; celles de Jésus-Christ sont populaires , à portée de tous les hommes; elles ont élevé à l'héroïsme de la vertu les âmes les plus communes, et qui en paraissaient le moins capables. 3° Ceux qui ont examiné de près le stoïcisme, sont convaincus qu'il ne pouvait aboutir qu'à produire dans l'homme una insensibilité stupide ; que cet état, loin de conduire à la vertu, la détruit au contraire jusque dans la racine. Aussi n'est-il aucun des stoiciens les plus célèbres, auquel on ne puisse reprocher quelque vice grossier ; mais on ne peut, sans calomnie, former la même accusation contre les saints instruits à l'école de Jésus-Christ. Pour les tourner en ridicule, nos philosophes ont dit que le projet d'un dévot est de parvenir à ne rien désirer, à ne rien aimer, à ne rien sentir, et que, s'il réussissait, ce serait un vrai monstre. Mais quel est l'homme qui a formé ce projet, à moins qu'il ne fût insensé? Autre chose est de ne désirer aucun objet dangereux, de rien aimer avee trop d'ardeur, de ne s'attacher à rien avec excès, et autre chose de n'éprouver aucun désir, au-