‹ Œuvres completes de Bergier (volume 3)Chapitre 167 sur 228 · ÂS · texte numérisé non relu

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devons point reprocher aux patriarches et aux prophètes les fautes dont ils sont blâmés dans l'Ecriture sairde; ce serait imiter le crime de Cham qui tourna en dérision la nudité de son père et encourut sa malédiction ; mais nous devons rendre grâces à Dieu pour eux, parce que les péchés leur ont été remis a l'avènement de Notre-Seigneur; et ils rendent grâces eux-mêmes et se réjouissent de notre salut. Quant aux fautes que l'Ecriture sainte rapporte simplement sans les blâmer, ce n'est point à nous de nous rendre leurs accusateurs, comme si nous étions plus sévères que Dieu, et supérieurs à notre maître; mais il faut y chercher un type, » c'est-à-dire un sujet d'instruction. Contra hœr., 1. iv, c. 31. Ensuite il tâche d'exc ser le crime de Lot et de ses filles.

De ces rétlexions mêmes Barbeyrac et d'autres ont pris occasion de censurer les Pères, comme si les Pères avaient prétendu qu'un type bien ou mal supposé dans une ac ion criminelle suffit pour excuser. Nous avons déjà réfuté cette accusation à l'article Saint Irénée; ce Père excuse Lot, parce qu'il pécha dans l'ivresse, sans le vouloir et sans le sentir; mais saint Irénée n'excuse point cet état d'ivresse. Il excuse les deux tilles sur leur simplicité, et parce qu'el es croyaient que le genre humain tout entier avait péri dans l'embrasement de Sodome. Le type que saint Irénée trouve dans toute cette action est une très-bonne leçon. Tout cela, dit-il signifie que le Verbe de Dieu, Père du genre humain, est seul capable de donner à Dieu des enfants dans l'ancienne et dans la nouvelle Eglise; que c'est lui qui a répandu l'esprit de Dieu et la rémission des péchés, qui nous rend la vie; qu'il l'a communiqué à la cha;r qui est sa créature, lorsqu'il s'est uni à elle; qu'il a ainsi donné à l'une et à l'autre Eglise la fécondité ou le pouvoir d'engendrer à Dieu des enfants pleins de vie. Ainsi, selon saint Irénée, Jésus-Christ a pardonné Lot et ses filles, sous l'Ancien Testament, comme il pardonne encore nos péchés sous le Nouveau. Est-ce là excuser un crime, sous prétexte d'un type imaginaire? Yoy. Figure. Mais comme dans ce passage saint Irénée enseigne que les patriarches, pardonnes et sauvés par Jésus- Christ, s'intéressent à notre salut, s'en réjouissent et en rendent grâces à Dieu, il n'eu a pas fallu davantage pour émouvoir la file des protestants, prévenus contre l'intercession des saints, et toujours prêts à endoctriner les incrédules.

^ Puisque c'est à l'avènement de Jésus- Christ que les patriarches ont reçu le pardon de leurs péchés et ont été sauvés, on peut demander en quel état étaient leurs âmes avant cet avènement. Abel et d'autres étaient morls près de quatre mille ans avant la venue du Sauveur. Saint Paul, dans l'Epitre aux Hébreux, c. xi, v. 39, semble dire que ces anciens justes n'avaient pas encore reçu la récompense de leurs vertus : « Tous, dit-il, éprouvés par le témoignage de leur foi, n'ont point reçu l'effet des promesses;

Dieu réservait quelque chose de mieux pour nous, afin qu'ils ne fussent pas sans nous dans l'état de perfection. » Mais les commentateurs observent que cet état de perfection doit s'entendre ou de la béatitude consommée, qui n'aura lieu qu'après la résurrection des corps et après le jugement dernier, ou de la consolation et de la joie particulière que tous les justes doivent ressentir de la rédemption du monde entier par Jésus-Christ. Selon cette opinion, les justes de l'Ancien Testament n'ont pas reçu avant Jésus-Christ tout l'effet des promesses de Dieu, ils n'ont pas eu la co solation de voir le monde racheté et sauvé par le Messie; Dieu nous réservait ce privilège; mais cela ne prouve pas qu'avant cette heureuse époque ils n'eussent déjà reçu une partie des récompenses promises à la vertu. En effet, dans le style des patriarches, mourir, c'était dormir avec ses pères, ou être réuni à son peuple, à sa famille; cette idée était consolante. Jacob mourant attendait sa délivrance ou son salut (Gènes, xnx, 18). L'âme de Samuel, évoquée parSaùl, lui dit: « Pourquoi

avez- vous troublé mon repos? Demain

vous et vos enfants serez avec moi (/ Réf. xxviii, 15 et 19). Il est dit dans l'Ecclésiastique, c. xuv, v. 16, qu'Enoch fut agréable à Dieu, et fut transporté dans le paradis; or le paradis était un lieu de félicité, puisque Jésus-Christ le promit sur la croix au b: n larron. Da: s le second livre des Machabées, c. xv, v. 13, on lit que Judas Machabée eut une vision dans laquelle le grand prêtre Onias lui montra le prophète Jérémie couvert de gloire et d'un éclat majestueux, qui priait pour le peuple et pour la ville sainte; ce prophète était donc dans un état de bonheur et de crédit auprès de Dieu. Jésus- Christ confirme cette ancienne croyance de l'Eglise juive, dans la parabole du mauvais riche (Luc. xvi, 22 et 24). Il dit que Lazare mourut, et fut porté par les anges dans le se'.n d Abraham ; que le riche voluptueux fut après sa mort enseveli dans l'enfer et tourmenté dans les flammes ; et cet état de La 'are est représenté comme une récompense des maux qu'il avait endurés pendant sa vie, v. 25. La félicité des justes, après la mort, avait donc lieu aussi promptement que le châtiment des méchants. Il ne s'ensuit pas de là que les saints de l'Ancien Testament aient été sauvés indépendamment des mérites de Jésus-Christ. Au mot Rédemption, nous [trouverons que la mort de ce divin Sauveur a eu un effet anticipé, et que l'effet qu'elle a produit est aussi -ancien que le péché d'Adam.

Peu importe de savoir quel est le lieu dans lequel les premiers justes jouissaient du repos et du bonheur, en attendant la venue du Messie qui devait augmenter leur consolation et le degré de leur félicité; il serait inutile de disserter, pour savoir si l'on doit appeler ce séjour le ciel ou l'enfer, le paradis ou les limbes; l'Ecriture sainte ne le décide pas assez clairement pour nous autoriser à prendre aucun parti sur ce point.

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A l'article Enfer, nous avons fait voir que l.i descente de Jésus-Christ aux enfers est un article de la croyance chrétienne, renfermé dans le sjmbole, et que, sous le nom d'enfer, les Pères de l'Eglise ont entendu nonseulement le lieu où les réprouvés étaient tourmentés^ mais encore celui dans lequel les patriarches et les saints de l'Ancien Testament joirssaient du repos et d'un certain degré de bonheur. Nous avons remarqué que, sc!on l'opinion des Pères, Jésus-Christ a non-seulement visité les anciens justjs pour les consoler et leur causer une augmentation de félicité, mais qu'il s'est lait voir aux réprouvés, ou du moins à ceux dont Dieu n'avait pas encore décidé le sort pour l'éternité; et que le sentiment des Pères n'est pas unanime sur le plus ou le moins de fruit qu'a produit cette visite miséricordieuse de notre divin Sauveur. Voy. Enfer,

Nous ne parlerons pas des personnages que les Juifs modernes nomment leurs patriarches, parce que cet article tient plus à leur histoire civile qu'à leur religion. Sur la fin du icr siècle, ou pendant le cours du n% il a paru un livre apocryphe, intitulé Testament des douze patriarches, dans lequel l'auteur fait parler chacun de» enfants de Jacob en faveur de Jésus-Christ et de la religion chrétienne; tout le monde convient que c'est un livre supposé, et il ne paraît pas qu'aucun des anciens Pères de l'Eglise en ait fait cas. Mais quand on compare les divers jugements que les critiques protestanis ont portés sur cette production, sur le temps auquel elle a paru, sur la religion et sur le dessein de l'auteur, sur le plus ou le moins de mépris que l'on doit en avoir, on voit que chacun en a parlé uniquement par intérêt de sysième, et selon qu'il convenait au dessein dont il était occupé. Le docteur Lardner, qui convient de la fausseté de cet ouvrage, n'a pas laissé d'en tirer des conséquences avantageuses au christianisme.

Credibility of the Gospel historij, tom. IV, 1. 1, c. 19, § 3.

Patriarche ecclésiastique. Dans l'histoire de l'Kglise on a donné le titre de patriarche aux évoques de Home, d'Antioche, de Jérusalem, d'Alexandrie et do Constantinople. Mas ce qui concerne leur juridiction patriarcale et son étendue appartient plutôt à la jurisprudence qu'à la théologie; nous ne sommes chargés que de justifier celte institution contre les accusations des protestanis.

Ils disent que ce tiire fut un effet de l'ambition des évoques qui occupaient les grands sièges; qu'après avoir dépouillé le peuple et les prèlres , ou les anciens, de l'autorité qu'ils avaient dans le gouvernement de l'Eglise, ils disputèrent entre eux à qui aurait le plus de pouvoir et une juridiction plus étendue; que leurs contestations à ce sujet produisirent les plus grands maux dans l'Eglise. Ils ajoutent que Constantin, qui avait changé !a forme de l'administration civile, souhaita que le gouvernement ecclésiastique

fui réglé sur le même modèle; que les trois patriarches d'Orient et celui de Home correspondaient aux quatre préfets du prétoire que Constantin avait établis. Mosheim, Hisl. exclés., iv' et vc siècles.

Fausses suppositions, fausses conjectures. 1" Au mot Hiérarchie, nous avons fait voir qu'il n'est pas vrai qu'à la naissance de l'Eglise le peuple et les anciens aient eu part au gouvernement. 2° Mosheim avoue qu'avant Constantin les évoques des grands sièges avaient déjà un degré de prééminence sur les autres; ce serait donc le gouvernement ecclésiastique qui a servi de modèle à l'administration civile, et non au contraire. D'ailleurs l'établissement qui se fit au v' siècle, d'un patriarcat, pour l'évoque de Jérusalem, aurait dérangé la ressemblance entre l'un et l'autre. 3" Au mot Pape, § 1, nous avons prouvé que bien avant le ivc et le v* siècle, les pontifes de Rome ont exercé uno juridiction, non-seulement sur tout l'Occident, mais encore dans tout l'Orient. Quant aux motifs de l'institution des patriarches, qu'aurait répondu Mosheim, si on lui avait soutenu que les luthériens qui ont établi des surintendants au lieu d'évôques, pour veiller sur les pasteurs inférieurs , ont agi par ambition ? Est-ce encore par ce motif que les anglicans ont conservé chez eux des évoques, deux archevêques et un primat? La vérité est que l'Eglise se trouvant déjà éiablie au ive siècle chez différentes nations qui n'avaient ni la même langue ni les mômes usages , l'on jugea convenable que les Latins, les Grecs, les Syriens , les Cophtes ou Egyptiens , eussent chacun chez eux un supérieur ecclésiastique , pour y maintenir l'ordre et l'uniformité dans la discipline, et pour y terminer les différends entre les évoques, lorsqu'il n'était pas possib'e d'assembler un concile général. Aujourd'hui encore, sans que l'ambition s'en mêle , un évèque dont le diocèse s'étend à plusieurs provinces est obligé d'avoir dans chacune un officiai, pour y exerc r la juridiction contentieuse, et quelquefois d'y avoir un vicaire général.

Enfin , supposons pour un moment que l'ambition ait été le seul moble des patriarches orientaux , et la cause de leurs brouilleries fréquentes, de là s'ensuivrait déjà la nécessité d'un chef dans l'Eglise , d'un tribunal supérieur, qui pût être, sinon juge, du moins arbitre et conciliateur, pour rétablir l'ordre et la paix; autrement le gouvernement aristocratique de ce grand corps aurait été une anarchie continuelle. Aussi Leibnitz , plus modéré et mieux instruit que les autres protestants, est convenu que le corps de l'Eglise étant un , il y a de droit divin dans ce corps un souverain magistrat spirituel ; que la vigilance des papes, pour l'observation des canons et le maintien de la discipline, a produit de temps en temps de très-bons effets, et a réprimé beaucoup de désordres. Esprit de Leibnitz , t. II, p. 3 et 6. D'autres écrivains, qui ne cherchaient à flatter ni les papes ni Je clergé, ont reconnu que la subordination des pasteurs in-

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