BERNIER
Quand on dit : la justice de Dieu exige qui; le crime soit puni, l'on entend qu'il le soit ou en ce monde ou en l'autre, par des peines passagères, ou par un supplice éternel : et ce n'est [joint à nous déjuger en quel cas Dieu ne peut et ne doit plus pardonner. H ne faut pas eu conclure que les menaces du Dieu ne sont ni sincères ni redoutables ; quj les pécheurs peuvent les braver impunément, et compter toujours sur une miséricorde infinie : Dieu, quoique toujours le maître de faire grâce, a déclaré cependant qu'il punirait ; Jésus-Christ nous assu.e que les méchants iront au feu éternel, et les justes à la vie éternelle (Matth. c. xxv, v. 46) ; mais il n'a pas décidé quel doit être le degré de méchanceté de l'homme pour que la miséricorde divine ne puisse plus avoir lieu. A le bien prendre, la justice de Dieu fait partie de sa bonté ; s'il ne punissait jamais, ce monde ne serait plus habitable ; les gens de bien seraient les victimes de l'impunité accordée aux méchants. C'est ce que les Pères de i 'Eglise ont répondu aux marcionites et aux manichéens, qui appelaient cruauté la sévérité avec laquelle Dieu a souvent puni les pécheurs dans les premiers âges du monde.
En parlant de cette divine perfection, il est à propos de penser toujours à cette réflexion du sage (Sapient. c. xii, v. 19) : « Lorsque vous jugez, vous donnez lieu au pécheur de faire pénitence. Sien punissant les ennemis mêmes de votre peuple, qui avaiej t mérité la mort, vous les avez afiligés avec tant de circonspection qu'ils ont eu le temps, et les moyens de se corriger de leur malice, avec combien plus de ménagements jugezvous vos enfants, après avoir fait à leuis pères tant de promesses, de protestations et do serments ? »
La justice de Dieu n'exige point que le crime ^oit puni en ce monde, encore moins
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que ia verlu y soit toujours récompensée ; Il est selon l'ordre, au contraire, que la vie présente soit un état de liberté et d'épreuve ; que le mérite ait lieu avant la récompense, et que le crime précède le châtiment : une conduite contraire serait absurde, et incompatible avec la nature de l'homme.
1° Si Dieu récompensait la vertu sur-lechamp dans cette vie, il ôterait aux justes le mériie delà persévérance, du courage, de la confiance en lui ; il bannirait du monde les exemples de vertu héroïque et de patience ; il rendrait l'homme esclave et mercenaire ; H étoufferait en lui toute énergie. S'il punissait le crime dès qu'il est commis, il retrancherait aux pécheurs le temps et les moyens de faire pénitence ; cette conduite serait trop rigouieuse à l'égard d'un être aussi faillie, aussi inconstant, aussi variable que l'homme : il est de la bonté et de la sagesse divine de l'attendre à pénitence jusqu'au dernier soupir. Ainsi Dieu en agit ordinairement (// Petr. c. m, v. 9).
2° Souvent une action que les hommes jugent louable est réellement digne de punition, parce qu'elle a été faite par un motif criminel ; souvent un délit qui semble mériter des châtiments est pardonnable, parce qu'il a été commis par surprise et par erreur: Dieu serait donc obligé de récompenser de fausses vertus et de punir des fautes excusables, pour se conformer aux idées trompeuses des hommes. Est-il expédient à la société que, par la conduite de la justice divine, tous les crimes secrets, les pensées, les désirs, les intentions vicieuses, soient publiquement connus ? Y a-t il quelqu'un de nous qui soit intéressé à le désirer ? Alors il n'y aurait plus de conscience ni de remords, le vice ne serait plus censé qu'une maladie, et nous n'en serions plus honteux, dès que personne n'en serait exempt.
3° Pour que le pécheur fut puni et le juste récompensé sur la terre autant qu'ils le méritent, il faudrait que leur vie fût éternelle ici-bas. Quand les peines de ce monde pourraient suifii e pour punir tous les crimes, la félicité dont l'homme peut y jouir n'est certainement pas assez parfaite pour être un digne salaire de la vertu.
t* Les souffrances des justes sont souvent l'effet d'un fléau général clans lequel ils se trouvent enveloppés, la prospérité des pécheurs une conséquence de leurs talents naturels et des circonstances dans lesquelles ils sont placés ; il faudrait donc que Dieu fit continuellement des miracles, pour exempter les premiers d'un malheur généial, et pour frustrer les seconds du fruit de leurs talents. Ce plan de providence ne serait ni juste ni sage.
Les incrédules raisonnent donc très-mal, lorsqu'ils prétendent que le cours des choses de ce monde ne prouve ni la justice de Dieu, ni l'existence d'une autre vie ; que puisque Dieu peut être injuste ici-bas, et y souffrir le désordre qui y règne, il n'est pas fort sûr que tout sera réparé dans une vie à venir. Des qu'il est démontré que Dieu, Etre
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nécessaire, e.i souverainement heureux et puissant, il est nécessairement bon et juste; il ne peut avoir aucun motif d'être injuste et méchant. 11 le serait, si les choses demeuraient éternellement telles qu'elles sont icibas ; il ne l'est point s'il y a des peines et des récompenses futures. Alors les épreuves temporelles des justes et la prospérité passagère des pécheurs ne sont plus une injustice ni un désordre qui demandent réparation ; il est dans l'ordre, au contraire, que les premiers méritent par la patience la récompense éternelle qui leur est promise, et que les seconds aient du temps pour éviter par la pénitence le supplice éternel dont ils sont menacés. La just ice divine n'est donc point blessée, lorsq e dans un fléau général Dieu enveloppe les innocents avec les coupables, les enfants avec les adultes ; parce qu'il peut toujours dédommager dans l'autre vie ses créatures des peines temporelles qu'elles ont souffertes dans celle-ci. Lorsque les manichéens objectèrent cette conduite de Dieu, saint Augustin leur demanda : -< Savez-vous quelle récompense Dieu a donnée à ceux par la mort desquels il a corrigé ou effrayé les vivants ? L. 22 contra Faustum, c. 78 et 79. L. 2 contra Adv. leqis et prophète c. 11, n. 35.
Une autre accusation de ces hérétiques, répétée par les incrédules, est la menace que Dieu fait aux Juifs de punir les enfants du péché de leur père (Exod. c. xx, v. 5 ; Levit. c. xxvi, v. xxxix; Deut.c. v, v. 9). Saint Augustin fait remarquer qu'il est question là de punition temporelle, et non d'un châtiment élernel : « Nous voyons dans l'Ecriture, dit-il, des hommes frappés de mort pour les péchés d'autrui ; mais personne n'est damné pour un «.utre. » Ibid., 1. i, c. 10, n. 30. Au mot Enfant, nous avons fait voir qu'il n'y a point d'injustice dans cette conduite de la Providence.
Dieu, législateur suprême, souverain maître du siècle futur aussi bien que du siècle présent, ne peut donc être assujetti à toutes les règles de justice auxquelles les hommes doivent se conformer, parce qu'il est doué d'une prévoyance et d'une puissance que les hommes n'ont point.
Vainement on dira qu'il n'y a donc aucune ressemblance , aucune analogie entre la justice divine et la justice humaine ; que nous abusons des termes en nommant justice en Dieu ce que nous appelons injustice de la part des h umnes. Un roi n'est point astreint à toutes les lois de justice qui obligent les particuliers; il a droit de venger les crimes; ses droits sont inaliénables; la prescription n'a pas lieu contre lui, souvent il se trouve juge dans sa propre cause, etc. : il n'en est pas de même de ses sujets; conclura-t-on qu'uu roi est injuste dans ces différents cas?
Entre la justice de Dieu et celle des hommes, il y a, non une ressemblance parfaite, mais une analogie sensible. De même que par la loi divine les hommes sont obligés à tenir fi ièlement leur parole et leurs engage-
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ments, h resp.ecter leurs droits mutuels : ainsi Dieu, en vertu de ses perfections infinies, accomplit fidèlement ses promesses et maintient constamment l'ordre moral qu'il a établi. U ne peut donc mentir, se contredire, nous tromper, punir un innocent ou l'affliger «ans le dédommager ; laisser un coupable impuni pour toujours, priver pour jamais la vertu de sa récompense. Il est la vérité môme, fidèle a ses promesses, juste dans ses vengeances , saint et irrépréhensible dans toute sa conduite : les méchants doivent le craindre, les bons espérer en lui et l'aimer. Soit qu'il récompense, qu'il punisse ou qu'il pardonne, il le fait pour le bien général de l'univers. Quand môme il nous serait impossible de concilier certains événements avec les idées qu'il nous a données de sa justice, nous aurions encore tort d'en conclure qu'il est injuste, puisqu'il est démontré qu'd ne peut pas l'être; il s'ensuivrait seulement que nous ignorons les circonstances, les raisons et les motifs de sa conduite. Voy. Providence.
* Justice originelle. Voy. Adam, Nature (Etat de).
JUSTIFICATION, action par laquelle l'homme passe du péché à l'état de la grâce, devient agréable à Dieu et digne de la vie éternelle. En quoi consiste cette action? coulaient se fait-elle? c'est une question qui a causé la plus grande dispute entre les protestants et les catholiques (1).
(t) Voici les canons du concile de Trente sur la justification :
Si quelqu'un dit qu'un homme est absous de ses péchés et justifié de ce qu'il (ou aussitôt qu'il) croit avec certitude être absous et justifié, ou que personne n'est véritablement justifié que celui qui se croit cire justifié, et que c'est par celle seule foi que l'absolution et la justification s'accomplissent, qu'il soit anathème. C. 14. — Si quelqu'un dit qu'un homme, né de nouveau (par le baptême) et justifié, est obligé, selon la foi, de croire qu'il est certainement du nombre des prédestinés, qu'il soit anathème. C. 15. — Si quelqu'un dit que la grâce de la justification n'est que pour ceux qui sont prédestinés à la vie, et que tous les autres qui sont appelés, sont à la vérité appelés, mais qu'ils ne reçoivent point la grâce comme étant prédestinés au mal par la puissance de Dieu, qu'il soit anathème. C. 17. — Si quelqu'un dit que Jésus-Christ a été donné de Dieu aux hommes en qualité seulement de Rédempteur, dans lequel ils doivent mettre leur confiance, et non pas aussi comme législateur, auquel ils doivent obéir, qu'il soit anathème. C. 21. — Si quelqu'un dit qu'un homme justifié peut persévérer dans la justice qu'il a reçue sans un secours particulier de Dieu, ou, au contraire, qu'avec ce secours même, il ne le peut pas, qu'il soit anathème. C. 22. — Si quelqu'un dit qu'un homme, une fois justifié, ne peut plus pécher ni perdre la grâce, et qu'ainsi celui qui tombe dans le péché n'a jamais été vraiment justifié; ou, au contraire, qu'un homme justifié peut, pendant toute sa vie, éviter toute sorte de péchés, même véniels, si ce n'est par un privilège particulier de Dieu comme c'est le sentiment de l'Eglise à l'égard de la sainte Vierge, qu'il soit anathème. C. 23. — Si quelqu'un dit que la justice qui a été reçue n'est pas conservée ot même augmentée devant Dieu par les bonnes œuvres, mais que ces bonnes œuvres sont le fruit seulement de la juslilicaiion et des marques qu'on la reçue, mais non
Luther, qui voulait prouver que les sacrements ne produisent rien en nous par leur propre vertu, que ce sont seulement des signes propres à exciter la foi en nous, et par lesquels nous témoignons notre foi, fut obligé de changer toute la doctrine de l'Eglise sur m justification. Il soutient que l'homme est justifié par la foi, non par la foi générale par laquelle nous croyons à la parole do Dieu, à ses promesses, à ses menaces, mais par une foi spéciale par laquelle le pécheur croit fermement que la justice de Jécus- Christ et ses mérites lui sont imputés. Voy. Imputation. Selon lui, le pécheur est justifié dès qu'il croit l'être avec une certitude entière, quelles que soient d'ailleurs ses dispositions. De la s'ensuivraient plusieurs erreurs, non-seulement sur la cause formelle de la justification, mais sur ce qui la précède et ce qui la suit.
Il fallait en conclure, l8 que la justification ne produit en nous aucun changement réel ; que la justice de l'homme n'est qu'une dénomination purement extérieure; que quand il est dit que Dieu justifie l'impie, cela signifie seulement que Dieu daigne le réputer et le déclarer tel, dans le même sens qu'un arrêt des magistrats justifie un accusé, c'està-dire le déclare et le fait paraître innocent, et le met à couvert de la punition, soit que d'à Heurs son crime soit vrai ou faux; qu'ainsi nos péchés sont effacés, seulement en ce sens qu'ils ne nous sont pas imputés. — Il s'ensuivait, 2° que le baptême reçu par un
une cause qui l'augmente, qu'il soit anathème. C. 24. — Si quelqu'un dit qu'en quelque bonne œuvre que ce soit, le juste pèche au moins véniellemcnt, ou, ce qui est encore plus insupportable, qu'il pèche mortellement, et qu'ainsi il mérite les peines éternelles, et que la seule raison par laquelle il n'est pas damné, c'est parce que Dieu ne lui impute pas ses œuvres à damnation, qu'il soit anathème. C. 25. — Si quelqu'un dit que lesjusfes ne doivent, pour leurs bonnes œuvres faites en Dieu, attendre ni espérer de lui la récompense éternelle par sa miséricorde et le mérite de Jésus-Christ, pourvu qu'ils persévèrent jusqu'à la fin, en faisant le bien et en gardant ses commandements, qu'il soit anathème. C. 26. — Si quelqu'un dit que la grâce étant perdue par le péché, la foi se perd toujours en même temps, ou que la foi qui reste n'est pas une vérit.ible foi, quoiqu'elle ne soit pas vive, ou que celui qui a la foi sans la charité n'est pas chrétien, qu'il soit anathème. C. 28. — Si quelqu'un dit qu'à tout pécheur pénitent, qu'a reçu la grâce de la justification, l'offense est tellement remise et l'obligation à la peine tellement effacée et abolie, qu'il ne lui reste aucune peine temporelle à payer, soit en celte vie, soit en l'autre dans le purgatoire, avant que l'entrée au royaume du ciel puisse lui être ouverte, qu'il soit anathème. C. 30 — Si quelqu'un dit qu'un homme justifié pèche lorsqu'il fait de bonnes œuvres en vue de la récompense éternelle, qu'il soit anathème. C. 31. — Si quelqu'un dit que les bonnes œuvres d'un homme justifié sont tellement les dons de Dieu, qu'elles ne soient pas aussi les mérites des hommes justifiés, ou que par ces bonnes œuvres qu'il fait par les secours de la grâce de Dieu, et les mérites de Jésus-Christ dont il esi un membre vivant, il ne mérite pas véritablement une augmentation de grâce, de cette même vie, pourvu qu'il meure en grâce, et même l'augmentation de b gloire, qu'il soit anathème. C. 32.
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adulte, ni la pénitence ne contribue en rien à le rendre juste; que c'est tout au plus un signe extérieur, capable d'exciter en lui la foi spéciale imaginée par Luther, ou une profession de foi par laquelle il témoigne qu'il croit fermement que Injustice de Jésus- Christ lui est imputée. — 3° il s'ensuivait que les actes de fui générale, de crainte des jugements de Dieu, de confiance en 3es promesses, de charité môme et de repentir, loin de contribuer en rien à la justification, sont plutôt des péchés qui rendent l'homme plus coupable, jusqu X ce qu'il ait fait enfin l'acte de foi spéciale, et qu'il croie avec une entière certitude, que Injustice et les mérites de Jésus-Christ lui sont imputés. — k° Qu'il en est de même Jes bonnes œuvres postérieures à la justification; qu\ loin de mériter à l'homme une augmentation de grâce et un nouveau degré de glo'ro éternelle, ce sont des péchés au moins véniels, mais que Dieu n'impute pas.
A ces différentes erreurs, Calvin ajouta l'inamissibilïlé de la justice; il enseigna que l'homme, une fois justifié par l'acte de foi spéciale dont nous parions, ne peut plus déchoir de cet état, perdre totalement et finalement cette foi justifiante, quelle que soit l'énormité des crimes qu'il commet d'ailleurs. Voij. Inamissible.
On demandera, sans doute, sur quoi ces deux réformateurs pouvaient fonder une doctrine aussi absurde et aussi pernicieuse; ils ne l'appuyaient que sur quelques passages de l'Ecriture dont ils tordaient le sens, et sur les calomnies par lesquelles ils déguisaient la doctrine catholique pour la faire paraître odieuse.
Lorsque saint Paul dit cpie la foi d'Abraham lui fut réputée à justice (Rom. c. iv, v. 3), entend— il qu'Abraham crut que la justice de Jésus-Christ lui était imputée? llien moins. L'apôtre lui-même fait consister la foi d'Abraham en ce qu'il crut aux promesses que Dieu lui faisait, malgré les obstacles qui sernb'aient s'opposer à leur accomplissement, et obéit aux ordres que Dieu lui donnait, quelque rigoureux qu'ils parussent. Hcbr., cap. IL Ainsi, quand saint Paul ajoute qu'Abraham ne fut pas justifié par les œuvres (Rom., c. iv, v. 2), il entend, par la circoncision et par les œuvres céréinoniclles de la loi mosaïque : cela est évident par le texte même. I! est absurde d'en conclure, comme faisait Luther, qu'Abraham ne fut pas justifié par les actes d'obéissance qu'il lit , puisque c'est dans ces mômes actes que saint Paul fait consister sa foi. Voy. Foi, § S.
C'est encore une plus grande absurdité de prétendre que si des actes de foi générale, • le crainte de Dieu, d > confiance en sa miséricorde, de repentir, d'amour de Dieu, etc., contribuaient à la justification, ce serait une justice humaine, pharisaïque, purement naturelle, qui ne viendrait pas de Dieu ni de Jésus-Chrisl ; puisque, selon la doctrine catholique, au un de ces actes ne peut être tait comme il le faut que par la grâce de
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Jésus-Christ. L'erreur contraire a été condamnée dans les pélagiens.
Le concile de Trente a enseigné dans la plus grande exactitude la doctrine de l'Eglise sur la justification; il a décidé, 1e que l'homme est justifié non-seulement par l'imputation de la justice de Jésus-Christ, et la simple rémission du péché, mais par la grâce et la charité que le Saint-Esprit répand dans nos cœurs; qu'ainsi cette justice est véritablement intérieure et inhérente à uoti c âme. — 2° Que l'homme se dispose à la justification par la foi et la confiance aux promesses de Dieu, par !e repentir de ses fautes et par l'amour de Dieu, par la crainte môme de ses jugements; mais qu'il ne peut produire aucun de ces actes , tels qu'il les faut pour devenir juste, sans le secours de la grâce, ou sans l'inspiration du Saint- Esprit; qu'il ne s'ensuit cependant pas delà qu'aucun des actes qui précèdent la justification puisse la mériter en rigueur. — 3° Que le pécheur une fois justifié n'est pas dispensé pour cela d'accomplir les commandements de Dieu et de l'Eglise, ni de faire de bonnes œuvres, puisque la grâce sanctifiante peut so perdre par un seul péché mortel; que les bonnes œuvres sont nécessaires pour mériter une augmentation de grâce et un nouveau degré de récompense éternelle, et pour persévérer dans la justice, quoique la persévérance finale soit un don spécial de la bonté de Dieu.
Conséquemment le concile frappe d'anathême ceux qui enseignent que toutes les œuvres qui se font avant la justification sont autant de péchés, et que plus un pécheur s'efforce de se disposer à la justification, plus il pèche; ceux qui prétendent que la justification se fait par la foi seule, ou par la seule confiance dans laquelle nous sommes que nos péchés nous sont remis à cause des mérites de Jésus-Christ ; ceux qui disent que nous sommes formellement just'S parla justice de Jésus-Christ. 11 condamne ceux qui osent avancer que l'homme est pardonné, absous, justifié, dès qu'il se croit tel, et qu'il est obligé de le croire ainsi de foi divine, môme de croire qu'il est du nombre des prédestinés; ou qui soutiennent que les prédestin s seuls sont justifiés. 11 réprouve la témérité des faux docteurs qui enseignant que l'homms! justifié par la foi n'est plus obligé à l'accomplissement des commandenums de Dieu et de l'Eglise, qu'il ne peut plus pécher ni perdre la justice ; que les bonn s œuvres ne sont d'aucun mérite, ne contribuent en rien à conserver ni à augmenh :• la grâce de la justification ; que ce sont plutôt des péchés, au moins véniels, mais que Dieu n'impute pas. 11 rejette de même tout s les autres conséquences que les novateurs tiraient de leur doctrine. Scss. 6, de Juslif.
Un fait certain, c'est que la doctrine des protestants n'a pas servi à multiplier parmi eux les bonnes œuvres . mais plutôt à les étouffer; et c'est une assez bonne preuve pour conclur-' qu'elle est f;usse. M. Bossuet
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a traité savamment loutccolte question. Bist. des Variât., 1. i, n. 7 et suiv. ; 1. m, n. 18 et suiv.;l. xv, n. lil et suiv.
JUSTIN (saint), philosophe, né à Naplousc dans la Palestine, a vécu et s'est converti au christianisme dans le second siècle ; il a souffert le martyre l'an 167. Il adressa une apologie de notre religion à l'empereur Anton in, et une à Marc-Aurèlc : ce ne fut pas sans fruits, puisque ces deux princes firent cesser, ou du moins diminuer la persécution que 1 s magistrats exerçaient contre les chrétiens. Saint Justin avait déjà écrit une Exhortation aux gentils, dans laquelle il leur prouve que les poètes et les philosophes ne leur ont enseigné que des fables et des erreurs en fait de religion, et il les exhorte à chercher la connaissance de Dieu dans noslivres saints. Il s'attacha ensuite à démontrer aux juifs, par les prophéties, la vérité du christianisme, dans son Dialogue avec Tryphon. Nous avons encore de lui un Traité de la Monarchie, ou do l'unité de Dieu; une Lettre à Diognète, qui désirait de connaître la religion chrétienne. 11 avait fait d'autres ouvrages qui ne subsistent plus, et on lui en avait attribué plusieurs dont il n'est pas l'auteur.
D. Prudent Maraud a donné une édition des ouvrages de ce Père en grec et en lat n, à Paris, en 17 'ri, in-folio. Il y a, joint les apologi s i'Athénagore, vie Tatien, d'Hermias, et les trois livres d ■ saint Théophile d'Antioche à Autolyeus : tous ces écrits sont du second siècle.
Comme le témoignage d'un auteur aussi ancien et aussi respectable que saint Justin est du plus grand poids en matière de doctrine, les critiques protestants ont fait tous leurs efforts pour l'affaiblir; ils prétendent qu'il y a dans ses ouvrages des erreurs de toute espèce, et les incrédules ont été fidèles à les copier.
En premier lieu, Le Clerc, Hist. ecclés., an. 101, § 5, ol^erve que, faute d'avoir su l'hébreu, ce Père est tombé dans plusieurs méprises. Il accuse mal à propos les juifs d'avoir effacé dans la version des Septante plusieurs prophéties qui annonçaient Jésus- Christ comme Dieu et homme crucifié, Dial. cuin Tryph., n. 71 et 72. S'il avait pu consulter le texte hébreu, il aurait vu que des quatrepassages qu'il cite en preuve, il y en a un qui se trouve parfaitement conforme dans le texte et dans la version, mais qui ne regarde pas Jésus-Christ. Les trois autres n'y sont point : d'où nous devons conclure que c'est une interpolation faite dans les exemplaires des Septante dont se servait saint Justin, et qui partait de la main d'un chrétien plutôt qu i d'un juif. En second lieu, si ce Père avait été en état de confronter laversion des Septante avec le texte hébreu, il aurait vu combien cette version est fautive, il n'au ait pas été tenté de la croire inspirée, non plus <pie les autres Pères de l'Eglise; il aurait ajouté moins de foi à la fable qu'on lui avait racontée sur 1 s 72 cellules dans lesquelles les 72 interprètes avaient été renfermés, etc. En troisième lieu, il aurait cité
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plus fidèlement l'Ecriture sainte, il en aurai* mieux rendu le sens, il ne se serait poiut attaché à «es explications allégoriquesdesquelles les juifs sont en droit de ne faire aucun cas, et en général il aurait mieux raisonné qu'il n'a fait ; Ibid., an. 139, § 3 et sui. ; an. lit), § 2 et suiv.
Tous ces reproches sont-ils justes? Au mot HEimiiu, § h, nous avons montré le ridicule de la prévention dans laquelle sont tous les protestants, que sans la connaissance de la langue hébraïque, les Pères ont été incapables d'entendre suffisamment l'Ecriture sainte, pendant qu'ils soutiennent d autre part que les simples fidèles, avec le secours d'une version, sont capables de fonder leur foi sur ce livre divin. 11 etit été absurde que saint Justin argumentât sur le texte hébreu contre Tryphon, juif helléniste, qui ne savait pas plus d'hébreu que ce Père, et qui se servait comme lui de laversiondes Septante. Quand saint Justin aurait été habile bébraïsant, et quand il aurait confronté la version avec le texte, il n'aurait p:is été moins tenté d'accuser les juif« d'avoir corrompu le texte que d'avoir f lsitié la version, puisque plusieurs hébraïsants modernes ont soupçonné les juifs de ce môme crime. Il est certain d'ailleurs que du temps de saint Justin il y avait une infinité de variantes et des différences considérâmes entre les divers exemplaires delà version des Septante ; c'est ce qui occasionna le travail que Origène entreprit sur cette version dans le siècle suivant, et la confrontation qu'il en fit avec le texte et avec les autres versions. 11 n'est donc pas étonnant que saint Justin ait attribué à l'infidélité des juifs la différence qu'il voyait entre les diverses copies qu'il avait confrontées. Il reprochait aux juifs tant d'autres crimes en ce genre, qu'il ne pouvait les croire incapables de celui-là. Suivant son opinion, détourne- le sens d'une prophétie par une interprétation fausse, ou la supprimer clans un livre, c'était à peu près la même infidélité : les. juifs étaient notoirement convaincus de la première, saint Justin n'hésitait pas de leur attribuer la seconde. Nous ne pouvons pas douter que ce Père n'ait lu, dans l'exemplaire dont il se servait, les passages qui ne s'y trouvent plus aujourd'hui, puisque l'un a été cité de môme par saint Irénée, et l'autre par Lactancc. 11 n'est pas absolument certain que ces interpolations avaient été faites de mauvaise foi par des chrétiens, puisqu'elles ont pu venir de quelques citations peu exactes faites par défaut de mémoire.
On doit se souvenir que ces sortes de citations ne sont pas un crime. Les auteurs même sacrés ne se sont jamais piqués d'une exactitude littérale aussi scrupuleuse qu'on l'exige aujourd'hui ; les adversaires contre lesquels les Pères écrivaient, n'étaient pas des critiques aussi pointilleux que les hérétiques de nos jours ; les juifs ni les païens ne connaissaient pas plus les subtilités de gi ammairo que les Pères de l'Eglise. les premiers admettaient les explications allégoriques de l'Ecriture sainte; on croyait pour lors les
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faits sur lesquels saint Justin et les autres Pères argumentent ; des raisonnements qui nous semblent aujourd'hui très-peu solides avaient du moins alors une force relative, eu égard aux opinions universellement répandues. Il y a de l'injustice de la part des protestants à blâmGr les Pères de s'en être prévalus.
Le respect de saint Justin et des autres Pères pour la version des Septante ne venait pas de ce qu'ils la croyaient exactement conforme au texte, mais de ce qu'ils la voyaient citée par les apôtres ; ils ne pensaient pas que ces auteurs inspirés eussent voulu se servir d'une version fautive, sans avertir les fidèles qu'il fallait s'en défier. Cette conduite des Pères nous parait plus louable que l'affectation des hérétiques de décrier cette version. Voy. Septante. — Nous ne ferons pas non plus un crime à saint Justin d'avoir ajouté foi à ce que les juifs d'Alexandrie publiaient touchant les cellules des 72 interprètes ; c'est une preuve de la vénération religieuse que les juifs hellénistes avaient pour leur version; ni de ce qu'il a répété ce qu'on lui avait dit touchant la sibylle de Cumes ; ni de s'être trompé peut-être en prenant le dieu Semosancus pour Simon le Magicien. Une crédulité facile sur des faits peu importants n'est point une marque d'ignorance ni d'esprit borné, mais de candeur et de bonne foi. Il n'y a pas de prudence de la part des protestants à insister sur la crédulité des anciens ; jamais secte n'a été plus crédule que la leur à l'égard de toutes les fables et de toutes les impostures qu'on leur débitait contre l'église catholique.
Barbeyrac, dans son Traité de là morale des Pères, c. 2, h, 11, a reproché d'autres erreurs h saint Justin. Selon lui, dit-il, Dieu, en créant le monde, en a confié le gouvernement aux anges ; ainsi ce Père n'attribue à Dieu qu'une providence générale. Apol. 2, c. 5. C'était confirmer l'erreur des païens touchant les dieux secondaires. Mais dans cet endroit même, c. 6, saint Justin dit que les noms Dieu, Père, Créateur, Seigneur, Maître, ne sont pas des noms de lanalure divine, mais des titres d'honneur tirés des bienfaits et des opérations de Dieu : or, ces titres ne lui conviendraient pas, s'il n'avait qu'une providence générale. Dans le Dial. avec Tryphon, n. 1, il condamne les philosophes qui prétendaient que Dieu ne prenait aucun soin des hommes en particulier, afin de n'avoir tien à redouter de sa justice. 11 pensait donc que Dieu se seit des anges comme de ministres pour exécuter ses volontés, mais qu'ils ne font rien que par ses ordres ; les païens regardaient leurs dieux comme des êtres indépendants, à la discrétion desquels le gouvernement du monde était abandonné. Ces doux opinions sont fort différentes. — Une seconde erreur de saint Justin, est d'avoir cru que les anges ont eu commerce avec les filles des hommes ; nous avons examiné ce fait au mot Ange.
Ce même critique tourne en ridicule saint Justin, parce qu'il a fait remarquer partout la tigure de la croix, dans les mats des vais-
seaux, dans les enseignes des empereurs , dans les instruments de labourage, ete. Ce!a valait-il la peine de lui faire un reproche amer ? Sa pensée se réduit à dire aux païens : Puisque vous avez tant d'horreur delà croix, à laquelle les chrétiens rendent un culte, ôtez-en la figure des mats de vos vaisseaux, de vos enseignes militaires et des instruments du labourage.
Il a trop loué la continence, dit Barbeyrac; il semble regarder comme illégitime l'usage du mariage. Mais dans quel cas ? Lorsqu'on se le permet pour satisfaire les désirs de la chair, et non pour avoir des enfants; il s'en explique assez clairement. D'ailleurs le passage que cite notre censeur est tiré d'un fragment du Traité sur la Résurrection, qui n'est pas universellement reconnu pour être de saint Justin. Si, dans la suite, Tatien son disciple a poussé l'entêtement jusqu'à condamner absolument le mariage, il n'est pas juste d'en rendre responsable saint Justin, qui n'a point enseigné cette erreur. Nous convenons que, comme tous les Pères, il a fait de grands éloges de la chasteté et de la continence ; mais nous prouvons contre les protestants que ce n'est point là une erreur,, puisque c'est la pure doctrine de Jésus-Christ et des apôtres. Voy. Chasteté, Célibat. — Il a rapporté sans restriction la défense que Jésus-Christ a faite de prononcer aucun jurement. Nous soutenons encore qu'en cela il n'est point répréhensible, non plus que les autres Pères. Voy. Jurement. Il n'a pas expressément désapprouvé l'action d'un jeune chrétien, qui, pour convaincre les païens de l'horreur que les chrétiens avaient de l'impudicité, alla demander au juge la permission de se faire mutiier, qui cependant ne le lit point, parce que cette permission lui fut refusée. Apol. 1, n. 9. Mais ce Père ne l'approuve pas formellement non plus ; il ne cite ce fait que pour montrer combien les chrétiens étaient incapables des désordres dont les païens osaient les accuser. De même il n'a pas expressément blâmé ceux qui allaient se dénoncer eux-mêmes comme chrétiens, et s'offrir au martyre, Apol. 2, n. k et 12 ; conduite que d'autres ont condamnée. Aussi soutenons-nous que cette démarche ne doit être ni approuvée ni condamnée absolument et sans restriction, parce qu'elle a pu être louable ou blâmable, selon les motifs et les circonstances. Ceux qui allaient se présent r d'eux-mêmes aux magistrats pour les détromper de la fausse opinion qu'ils avaient conçue du christianisme, pour leur prouver la vérité de cette religion et l'innocence des chrétiens, pour leur montrer l'injustice et l'inutilité des persécutions, etc., ne doivent point être taxés d'un faux zèle : leur motif n'était pas de se dévouer à la mort, mais d'en préserver leurs frères. Autrement il faudrait condamner saint Justin lui-même : personne n'a encore eu cette témérité.
Ce Père a dit que Socrate et les autres païens qui ont vécu d'une manière conforme à la raison étaient chrétiens, parce que Jésus-Christ. Fils unique de Dieu, est la raison
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souveraine à laquelle tout homme participe. De Le ou conclut que, selon saint Justin, les païens oui pu être sauvés parla raison ou par la lumière naturelle seule : eequi est l'erreur des pélagiens. Un incrédule de nos jours a trouvé bon d'aggraver ce reproche, en falsiliant le passage : selon saint Justin, dit-il, celui-là est chrétien qui est vertueux, fût-il d'ailleurs athée. DeVhomme, 1. 1, sect. 2, c.lG.
Voici les propres paroles de ce Père, Apol. 1, n. 46 : « On nous a enseigné que Jésus- Christ est le premier-né de Dieu, et la raison souveraine, àlaquelle tout le genre humain participe, comme nous l'avons déjà dit. Ceux qui ont vécu selon la raison sont chrétiens , quoiqu'ils aient été réputés athées : tels ont été, chez les (irecs, Socrate, Heraclite, etc.» Or, Socrate ni Heraclite n'étaient pas athées , quoiqu'on en ait accusé le premier. Apol. 2, n. 20. « Tout ce que les philosophes et les législateurs ont jamais pensé ou dit de bon ou de vrai, ils l'ont trouvé en considérant et en consultant en quelque chose le Verbe ; mais comme ils n'ont pas connu tout ce qui vient du Verbe, c'est-à-dire de Jésus-Christ, ils se
sont contredits , et ils ont été traduits en
justice comme des impies et des hommes trop curieux. Socrate, l'un des plus décidés de tous, a été accusé du môme crime que nous. » Nous savons très-bien qu'il n'est pas exactement vrai que les philosophes aient été chrétiens, en prenant ce terme à la rigueur ; mais ils l'ont été en quelque chose, en tant qu'ils ont consulté et suivi la droite raison , comme font les chrétiens, et qu'ils ont été accusés d'athéisme aussi bien qu'eux, précisément parce qu'ils étaient plus raisonnables que les autres hommes. Dans lé môme sens, Tertullien a dit, Apolog., c. 21, que Pilate était déjà chrétien, dans sa conscience, lorsqu'il fit savoir à l'empereur Tibère ce qui s'était passé dans la Judée au sujet de Jésus- Christ. — S'ensuit-il de là que saint Justin a cru le salut des païens dont il parle ? Si l'on veut consulter son Dialogue avec Tryphon , n. 45 et 64, on verra qu'il n'admet point de salut que par Jésus-Christ et par sa grâce ; mais en parlant à des païens, ce n'était pas le lieu de faire une distinction entre les secours naturels que Dieu donne, et les grâces surnaturelles. Voy. la Préface de don Marand, 2e part., c. 7,
Brucker soutient que saint Justin n'attribue pas seulement à Sociale et aux autres sages païens une lumière purement naturelle, mais une révélation semblable à celle qu'ont eue Abraham et les autres patriarches, et qu'il a cru que cette lumière émanée du Verbe divin suffisait pour leur salut, lorsqu'ils l'ont suivie. Quand cela serait vrai, il n'y aurait pas encore lieu de lui reprocher une erreur contre la foi. Saint Justin n'a jamais pensé que Socrate, en adorant les dieux d'Athènes, avait suivi la lumière du Verbe divin, Hist. crit. philos., t. III, p. 375. Il est exactement vrai que, si les païens avaient correspondu aux grâces que Dieu leur a faites, ils seraient parvenus au salut ; parce que Dieu leur en aurait accordé encore dé-
plus abondantes, et ensuite le don de la foi. D'autres lui ont attribué l'erreur des millénaires : ils se trompent; saint Justin en parle comme d'une opinion que plusieurs chrétiens pieux et d'une foi pure ne suivent point. Dial. cum Tryph., n. 80. Il n'y était donc pas attaché lui-même.
Un déiste a dit que saint Jtistin n'a pas admis la création, et qu'il a cru, comme Platon, l'éternité de la matière ; un autre a répété cette accusation ; tous deux copiaient Le Clerc etlessociniens : ainsi se forment les traditions calomnieuses parmi nos adversaires. Cependant saint Justin dit formellement, Cohort. ad Gent., n. 22 : « Platon n'a pas appelé Dieu créateur, mais ouvrier des dieux: or, selon Platon lui-môme, il y a beaucoup de différence entre l'un et l'autre. Le créateur n'ayant besoin de rien qui soit hors de lui, fait toutes choses par sa propre force et par son pouvoir, au lieu que l'ouvrier a besoin de matière pour construire son ouviage. N. 23, puisque Platon admet une matière incréée, égale et coéternelle à l'ouvrier, elle doit, par sa propre force, résister à la volonté de l'ouvrier. Car enfin, celui qui n'a pas créé n'a aucun pouvoir sur ce qui est incréé; il ne peut donc pas faire violence à la matière, puisqu'elle est exempte de toute nécessité extérieure. Platon l'a senti lui-môme, en ajoutant : Nous sommes forcés de dire que rien ne peut faire violence à Dieu. » Saint Justin a donc très-bien compris que la notion d'être incréé ou éternel emporte la nécessité d'être et l'immutabilité ; et puisqu'il suppose que Dieu a disposé de la matière comme il lui a plu, il a jugé conséqueninient que la matière n'est ni étemelle , ni merééc. N. 21, il fait sentir toute l'énergie du nom que Dieu s'est donné, en disant : Je suis celui qui est, ou l'Etre par excellence. Ainsi, lorsque dans sa première Apol., n. 10, il dit que Dieu, étant bon, a dès le commencement fait toutes choses d'une matière informe, il n'a pas prétendu insinuer que Dieu n'avait pas créé la matière avant de lui donner une forme : il avait démontré le contraire. Un autre déiste prétend que ce même Père a cité un faux Evangile, et cela n'est pas vrai. Scultet, zélé protestant, lui fait un crime de ce qu'il a soutenu le libre arbitre de l'homme, comme si c'était là une erreur. Mcdulla theol. PP., 1. i, c. 17.
Si des accusations aussi vagues, aussi téméraires et aussi injustes, ont sulïi pour porter les protestants à ne faire aucun cas des ouvrages de saint Justin, nous ne pouvons que les plaindre de leur prévention.
Mais les sociniens et leurs partisans, comme Le Clerc, Mosheim, etc., ont fait à ce Père un reproche beaucoup plus grave ; ils prétendent qu'il a emprunté de Platon ce qu'il a dit du Verbe divin et des trois personnes de la sainte Trinité, et qu'il a fait tous ses efforts pour accommoder les dogmes du christianisme aux idées de ce philosophe. Brucker, en faisant profession de ne pas approuver cette accusation, l'a cependant confirmée, en attribuant à saint Justin un atta-
va