‹ Œuvres completes de Bergier (volume 3)Chapitre 172 sur 228 · PEC · texte numérisé non relu

PEC

cionites abusaient de ces notions poui rendre méprisables les écrivains de l'Ancien Testament, et les incrédules s'en prévalent encore pour rendre la religion ridicule et odieuse.

Aux mots Cause et Endurcissement, nous avons déjà exjdiqué une partie des passages que nous venons de citer ; mais sur une matière aussi importante, nous ne devons pas craindre de répéter, puisque nous avons tant d'adversaires qui renouvellent les même» objections.

1° Nous avons fait voir que souvent l'Ecriture sainte représente comme cause ce qui n'est qu'occas/ow, et semble attribuer à un dessein formel ce qui arrive contre l'intention même de celui qui agit; nous avons montré en même temps que ce n'est point là un hébraïsme ou une façon de parler particulière aux écrivains sacrés, mais un usage commun à toutes les langues, même à la nôtre. Ainsi, lors |ue nous lisons que Dieu aveugle et endurcit les pécheurs, qu'il agit sur leur cœur pour les rendre méchants, cela signifie seulement que sa patience et ses bienfaits sont pour eux une occasion d'ingratitude, d'aveuglement et d'endurc'ssemeut ; ainsi la prospérité que Dieu accorda aux Israélites en Egypte servit à exciter la jalousie des Egyptiens, et à 1 nir inspirer de la haine contre son peuple ; c'e-t dans ce sens que Dieu tourna leur cœur, pour y mettre ce sentiment; ainsi l'a expliqué saint Augustin lui-môme, Enarr. in Ps. civ, 25. Une preuve que c'est là le sens, c'est que Dieu se plaint en pareil cas de la malice et de l'ingratitude des hommes. Isaï., c. xliii, v. 24, il dit aux Juifs : « Vous m'avez fait serv r à vos iniquités, » c'est-à-dire, vous vous êtes servis de mes propres, bienfaits pour m'offenser. Dieu pourrait-il s'en plaindre, si c'avait été son dessein? Lorsque nous disons qu'un bienfaiteur /a«7 des ingrats, nous n'entendons pas qu'il leur inspire l'ingratitude de propos délibéré.

Dans ces sortes de cas, le mot ut que nos versions rendent par afin de ou afin que, qui semble marquer l'intention, serait beaucoup mieux rendu par de manière que ; ainsi, III Reg., c. xh, v. 15, Dieu laissa Uoboam se conduire de manière qiïi\ fit arriver les malheurs qui avaient été prédits par Ahias. Matth. c. xxvi, v. 58, Jésus-Christ reprochant aux Juifs la manière indigne dont ils se saisissent de lui, leur dit : «Tout cela se fait de manière que les prédictions des prophètes sont accomplies, » et non afin de les accomplir on pour les accomplir ; ce n'était certainement pas l'intention des Juifs. Nous faisons le môme usage du mot pour, lorsque nous disons d'un militaire tué, qu'il s'était enrôlé pour se faire tuer, ou d'un auteur, qu'il a beaucoup travaillé pour faire de mauvais ouvrages. Les traducteu s français des épîtres de saint Paul font cette équivoque, lorsqu'ils disent que la loi ancienne est survenue pour donner lieu à l'abondance du péché (Rom. v, 20). Saint Augustin les en avait suffisamment avertis , 1. xix, contra Faust., c 7; Tract. 3 in Joan., c. i, n. 11, etc.;

ry;9

TEC

TEC

nr;o

ils devraient s'en corriger. On pourrait dire dans le même sens que la connaissance de l'Evangile semble n'avoir été donnée à certains hommes que pour les rendre plus coupables. 2° Nous avons observé que, dans toutes les langues, on dit qu'un homme fait tout le mal qu'il laisse faire lorsqu'il pourrait l'empêcher, et que l'Ecriture sainte s'exprime de même à l'égard de Dieu ; ainsi, il est dit que Dieu aveugle, endurcit, trompe, égare les hommes lorsqu'il les laisse se tromper, s'égarer, s'aveugler, s'endurcir; et cela signifie seulement qu'il ne les en empêche point, lorsqu'il pourrait le faire, en leur donnant des grâces plus fortes et plus abondantes. Par conséquent au lieu de lire dans Isaïe, c. lxhi, v. 17, vous nous avez égarés, etc., il faut lire : « Vous nous avez laissés nous égarer et endurcir notre cœur, de manière que nous ne vous craignons plus. » La preuve de ce sens est dans l'Ecriture même (Deut. x, 16, et xv, 7); Moïse dit aux Israélites : « Vous n'endurcirez point vos cœurs ; » et le Psalmiste, Ps. xciv, v. 8 : « N'endurcissez point vos cœurs, comme rnt fait vos pères. » Après avoir dit que Dieu endurcissait Pharaon, l'historien sacré ajoute que Pharaon aggravait ou appesantissait son propre cœur (Exod. vin, 15). C'est ainsi que l'entend saint Augustin; nous avons cité ce qu'il en a dit au mot Endurcissement. « Dieu aveugle et endurcit, dit-il, non en donnant de la malice au pécheur, mais en ne lui faisant pas miséricorde..., non en l'excitant au mal, ou en le lui suggérant, mais en l'abandonnant, ou en ne le secourant pas. » Epis. cxciv, ad Sixlum, c. iv, n. 2i; Enarr. in Ps. lxvii, n. 30; Tract. 53 in Joan., n. vi, 1. i; adSimplic, q. 2, n. 15; L. de Nat. et Grat.}c, xxiir, n. 23, etc. Dieu trompe les faux prophètes (Ezcch. xiv, v. 9), lorsqu'il accomplit ses desseins d'une manière tout opposée à leurs espérances et à leurs prédictions, mais c'est leur faute et non la sienne. Il permet à l'esprit de mensonge de se placer dans leur bouche; il leur permet à euxmêmes de tromper ceux qui veulent les écouter; mais une simple permission n'est pas un ordre positif, quoique l'un s'exprime comme l'autre. Voy. Permission. Dieu n'est pas obligé de donner des lumières surnaturelles et l'esprit de prophétie à ceux qui ne 1 s lui demandent pas, et même qui les rejettent et y résistent. C'est en cela que consiste l'opération d'erreur que Dieu envoie a ceux qui veulent se tromper cjxmêmes, de manière qu'ils ajoutent foi au mensonge qui les flatte et non aux vérités qui leur déplaisent (// Thessal. h, 10). Après avoir cité les paroles de saint Paul, Dieu les a livrés à un sens réprouvé, saint Augustin ajoute : « Tel est l'aveuglement de l'esprit ; quiconque y est livré est privé de la lumière intérieure de Dieu , mais non entièrement, tant qu'il est en cette vie ; » Enarr. in Ps. vi, n. 8. Cette rest iction est remarquable ; elle prouve que saint Augusiin n'a pas pensé qu'un pécheur fût jamais entièrement privé de la grâce.

3° Nous avons encore remarqué que, dans le langage des livres saints, comme dans le nôtre, délaisser, négliger, oublier, abandonner, ne se disent pas toujours dans un sens absolu, mais par comparaison ; Dieu est censé abandonner quelqu'un lorsqu'il ne lui accorde pas autant de grâces qu'il le faisait aufrefois, ou qu'il ne lui en donne pas autant qu'il en distribue à d'autres, ou qu'il ne lui en donne pas d'aussi puissantes qu'il Je faudrait pour vaincre sa résistance ; et ?'Ecriture dit que Dieu hait, rejette, réprouve ceux qu'il punit ainsi. Dans ce sens, Dieu, parlant de la postérité de Jacob et de celle d'Esau, dit (Malach. i, 3) : J'ai aimé Jacob, et j'ai haï Esaii, Voy. Haine, Haïr. T>â même lorsqu'un père témoigne beaucoup plus de tendresse à son fils aîné qu'au cadet, nous disons que celui-ci est délaissé, négligé, abandonné, pris en aversion, etc. Les incrédules ont donc tort de se scandaliser , lorsqu'il est dit dans l'Ecriture sainte, que Dieu aime les justes et qu'il hait les pécheurs ; qu'il a choisi les Juifs et qu'il a réprouvé les autres nations : cela signifie seulement qu'il fait moins de grâces aux pécheurs qu'aux justes, et qu'il en a plus accordé aux Juifs qu'aux autres peuples. C'est dans ce même sens que Dieu avait pris en aversion Roboam, Salonion lui-même, lorsqu'il devint idolâtre, Achab, etc., et toutj la nation juive, lorsqu'il la punissait.

i° S'il restait quelque doute sur le vrai sens de toutes ces façons de parler, il serait levé par les passages clairs et formels de l'Ecriture sainte, qui déclarent que Dieu ne hait aucune de ses créatures, qu'il est bon, miséricordieux, indulgent pour tous les hommes; qu'il fait du bien à tjus, qu'il en a pitié comme un père pour ses enfants, etc. Ce saint livre répète cent fois que Dieu n'est point cause du péché, qu'il le déteste au contraire, qu'il le défend et le punit, qu'il ne donne lieu de pécher à personne, qu'il n'égare et n'induit en erreur qui que ce soit ; q fil est saint, juste, irrépréhensible dans ses jugements, incapable par conséquent de condamner et de punir des péchés dont il serait lui-même l'auteur. N.ms avons cfé ailleurs la plupart de ces passages. Vainement les incrédules répliquent que nos livres saints sont d me un tissu de contradictions ; ils ne le sont pas plus que nos discours communs et ordinaires. S'il fallait retrancher du langage toutes les équivoques, 1 s métaphores, les expressions figurées, les idées sous-entendues, les termes impropres, etc., nous serions condamnés à un silence absolu. Souvent c'est le ton, l'inflexion de la voix, le geste, l'air du visage qui détermine Je sens de ce que nous disons ; ce secours manque dans les livres. Mais si nous étions aussi familiarisés avec le style des écrivains sacrés qu'avec celui de nos concitoyens, et surtout avec le langage populaire, nous ne Couverions pas plus de difficulté à entendre les uns que les autres.

5° Nous avons aussi disculpé plus d'une ibis saint Augustin des erreurs que les hé-

PEf.

vu:

fM)2

[•• tiques se sont obstinés de tout temps h lui attribuer ; et nous venons de voir qu'il a expliqué dans le même sens que nous les passages de l'Ecriture sainte qui semblent l'aire le plus de difficulté. Il est donc juste de faire à son égard ce qu'il a fait à l'égard des écrivains sacrés. Dès qu'il s'est une fois expliqué clairement lorsqu'il instruisait de sang-froid, pourquoi insister sur quelques expressions moins exactes qui lui sunt échappées dans la chaleur de la dispute ? Pour prendre le vrai sens des passages de ce saint docteur, dont nos adversaires se prévalent , il faut savoir quel était l'objet de la dispute entre lui et les pélagiens. Julien soutenait que la concupiscence n'est point mauvaise en elle-même, mais un don naturel, utile à l'homme, et qui vient de Dieu ; saint Augustin prétendait que c'est un vice, un effet du péché d'Adam, qu'e:le vient de Dieu comme châtiment etpunilion, et non comme un don utile ou avantageux à l'homme. 11 l'appelle constamment un péché, parce que saint Paul la nomme ainsi ; mais puisqu'il est évident que par péché saint Paul entend un vice, un défaut, une dépravation de la nature, et non une faute imputable et punissable, il es! absurde de vouloir que saint Augustin l'ait entendu autrement , malgré une déclaration formelle de sa part. Voy. Concupiscence.

Julien insistait et disait : Quand la concupiscence serait une punition et un chàiiment, il ne s'ensuivrait pas encore qu'elle est mauvaise en elle-même, parce que, quand Dieu punit en ce monde, il le fait pour le bien de l'homme, et non pour son mal ; Dieu ne peut pas être cause du péché ; il n'a donc pu infliger à l'homme une peine qui soit péché ni cause du péché. Saint Augustin répond que Dieu a pu le faire et qu'il l'a fait, et il le prouve par les passages de l'Ecriture sainte, dans lesquels il est dit que Dieu aveugle, égare, endurcit les pécheurs ; or, dit le saint docteur , cet état est certainement un péché, puisque Dieu en reprend les pécheurs et les en punit, et c'est une cause qui les entraîne à de nouveaux péchés. Julien n'en demeurait pas là; il répliquait que s'il est dit que Dieu a rendu les pécheurs aveugles et endurcis, cela signifie seulement que Dieu a usé de patience à leur égard et les a laissés l'aire, et non qu'il les a poussés au mal par sa puissance. Saint Augustin dit de son côté que l'apôtre attribue leur état non-seulement a la patience, mais à la puissance de Dieu, et il conclut que Dieu agit sur les cœurs et sur les volontés, et qu'il les tourne soit au bien par sa grâce, soit au mal pour les punir suivant leur mérite. Mais nous avons vu en quel sens sa nt Augustin l'explique lui-même, et en quoi consiste cet acte de puissance sur la volonté des pécheurs ; c'est que Dieu leur refuse son secours ou la grâce , qui seule peut changer leur volonté; loin de supposer une action positive, et une influence formelle de Dieu sur la volonté des pécheurs pour les- pousser au mal, saint Augustin la rejette exprès -

sèment ; nous avons cité ses paroles : il n'admet autre chose que la soustraction de la grâce, et non encore de toute grâce, mais d'une grâce assez forte pour vaincre l'obstination des pécheurs endurcis. Voilà justement ce que Julien ne voulait pas avouer; en pélagien décidé, il ne reconnaissait ni la nécessité de la grâce pour faire le bien, ni son influence sur la volonté de l'homme pour la mouvoir; selon lui, Dieu ne contribue pas plus à une bonne action de l'homme qu'à une mauvaise; il le laisse user, comme il lui plaît, des forces de son libre arbitre. Saint Augustin, qui voulait forcer Julien à reconnaître l'action positive de la grâce, par conséquent de la puissance de Dieu sur la volonté de l'homme, appelait aussi acte de puissance, opération de Dieu sur le cœur da l'homme , le refus de cet acte ou de cette opération; mais, encore une fois, cette expression impropre et inexacte était expliquée ailleurs. Le saint docteur était si éloigné de penser autrement , qu'il dit, L. de spir. et Lit. , c. 21 , n. 5r* : « S'il n'y avait dans l'homme point de volonté qui ne vînt de Dieu, il s'ensuivrait que Dieu serait l'auteur des péchés; à Dieu ne plaise ! » Etiam peccatormn (quod absil) auctor est Dcus, si non est voluntas nisi au illo. La maxime que le saint docteur oppose à Julien touchant la justice de Dieu, pourrait être dangereuse; les impies pourraient en abuser; mais il s'est mieux exprimé ailleurs, Epist. 194 ad Sixlum, c. vi, n. 30 : « Dans les réprouvés, dit-il, Dieu sait condamner l'in quité, et non la faire. » In ps. xux, n. 15 : « Dieu n'exige de personne ce qu'il ne lui a pas donné; et il a donné à tous ce qu'il exige d'eux : » Non exigit Deus quod non dédit, et omnibus dedit quod exigit. La justice de Dieu est donc à couvert de reproche, dès qu'il donne toujours à l'homme un pouvoir et un secours suffisant pour faire ce qu'il exige de lui. Dieu n'est certainement pas obligé, par justice, d'augmenter les secours et les grâces à mesure que le pécheur devient plus ingrat et plus obstiné dans le mal. Voy. Grâce, § 3. Pour éclaircir les passages de l'Ecriture sain!e que l'on nous a opposés , nous aurions pu citer saint lrénée, Origène, Tertullien, saint Basile, saint Grégoire de Nazianze , saint Jean Chrysostome, etc. ; nous avons mieux aimé nous en tenir à saint Augustin, et nous avons consulté par préférence les ouvrages qu'il a écrits contre les pélagiens, afin de prévenir Jes subterfurges auxquels recourent ordinairement les faux disciples de ce saint docteur. Les théologiens définissent ordinairement le péché, en général, une désobéissance à Dieu ou une transgression de la loi de Dieu, soit naturelle, soit positive. Ils distinguent le péché actuel et le péché habituel ; le premier est celui que nous commettons parnotie propre volonté, en faisant ce que Dieu nous défend ou en omettant de faire ce qu'il nous commande (1); le second est la privation de

(1) Il est constant qu'il n'y a pas un seul péché actuel que l'homme ne puisse éviter. Ou demande si

Page 1