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pécheurs. C'est sur ce sentiment absurde que les calvinistes ont fondé leur dogme de l'inamissibilité de la justice ; suivant leur opinion, dès qu'un homme est véritablement justifié, il ne peut plus déchoir de cet état, les crimes les plus énormes ne peuvert lui faire perdre entièrement la grâce de l'adoption ; d'où il s'ensuit qu'un enfant qui a reçu ectte grâce par le baptême ne peut plus en être privé par aucun d s péchés qu'il commettra dans la suite. Doctrine impie et abominable , qui a été néanmoins adoptée et confirmée par le synode de Dordrecht, can. 8 et suiv., et professée par toutes les Eglises calvinistes ; les arminiens, qui soutenaient le contraire, ont été condamnés. Le savant Bossuet, Histoire des Variât., liv. xiv, § 5 et suiv., a fait voir l'absurdité de cette opinion, de même que le docteur Arnaud, dans l'ouvrage intitulé : Renversement de la morale de Jésus - Christ par les erreurs des calvinistes, etc. Voy. Inamissible. La première proposition condamnée dans Quesnel est conçue en ces termes : Que reste-t-il à une âme qui a perdu Dieu et sa grâce , sinon le péché et ses suites,.... une impuissance générale au travail, à la prire et à toute bonne œuvre? Suivant cette doctrine, l'homme dans l'état du péché mortel ne peut plus rien faire qui ne soit un nouveau péehé; c'est mal h propos que l'Ecriture sainte exhorte les pécheurs à prier, à faire des aumônes et d'autres bonnes œuvres , afin d'obtenir de Dieu leur conversion. Jamais doctrine n'a été plus fausse et n'a mieux mérité d'être proscrite. Au mot Pénitence nous prouverons qu'il n'est aucun péché, si grief qu'il puisse être, qui ne puisse être effacé et remis par le sacrement de pénitence.
PÉCHEUR. Ce terme se prend dans p'usieurs sens; il signifie : 1° celui qui est capable de pécher; dans ce sens il est dit que tout homme est pécheur (Ps. cxv, etc.); "2" celui qui est enclin au péché ; ainsi nous naissons tous pécheurs, ou portés au péché par la concupiscence qui nous y entraîne ; 3° celui qui est souillé par le péché; c'est l'aveu du publicain : Seigneur, soyez propice à moi, pécheur ; k° celui qui est dans Ihabitude du péché et qui persévère dans ï' impénitence ; David a dit des hommes de cette espèce : Dieu perdra tous les pécheurs {Ps. cxLivj 20, etc.) ; 5° les Juifs appelaient ainsi les idolâtres : Nous sommes nés Juifs, dit saint Paul, et non pécheurs, gentils (Galat. 11, Î5) ; 6° un homme engagé dans un état qui est une occasion de péché; il est écrit (Luc. vi, 34) : Les pécheurs, c'est-à-dire les publicains, prêtent à intérêt à d'autres pécheurs.
PECTORAL. Voy. Oracle.
PÉDAGOGUE. Le grec TraiSayoyô; signifie un conducteur ou un instituteur d'enfants. Saint Paul (Galat. m, 24) dit que la loi de Moïse a été notre pédagogue » n Jésus-Christ, parce qu'elle a conduit les Juifs à ce divin Maître; il dit (/. Cor. iv, 25) : Quand vous auriez dix mille pédagogues en Jésus-Christ, vous n'avez pas néanmoins plusieurs pères. En effet, saint Paul était le père des Corin-
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thiens; il les avail instruits le premier, et il continuait de le faire avec une affection paternelle ; il avait pour eux un attachement [.lus désintéressé que les autres docteurs qui étaient venus enseigner les Corinthiens après lui.
PEINE ÉTERNELLE. Voy. Enfer.
Peines purifiantes. Voy. Purgatoire.
* Peines canoniques. L'Eglise, ayant une véritable juridiction au for extérieur, doit avoir un pouvoir ooèralif; elle l'exerce par les peines canoniques connues sous le nom de Censures. (Voy. ce mot, et surtout notre Dict. de Théologie mor., art. Censures ecclésiastiques.)
PÉLAGIAN1SME, PÉLAGIENS. Pour avoir une idée juste du pélagianisme, il faut, 1° en connaître l'histoire; 2" savoir en quoi consistait la doctrine de Pelage et de ses disciples ; 3° considérer comment, elle a été attaquée et comment elle a été défendue.
I. Au commencement du ve siècle, Pelage, moine de Bangor, dans le pays de Galles, voyagea en Italie, et demeura quelque temps à Rome ; il y fit connaissance avec Rufin le Syrien, disciple de Théodore de Mopsueste, et reçut de lui les premières semences de son hérésie, qui consistait à nier la propagat on du péché originel dans les enfants d'Adam, et ses suites. Il se lia d'amitié avec Célestius, autre moine , qui était Ecossais de nation. L'an 409, avant la prise de Rome par les Goths, ils allèrent ensemble en Afrique. Pelage, partant pour l'Orient, laissa Célestius h Carthage. Celui-ci lit son possible pour s'y faire ordonner prêtre ; mais, en 412, il fut accusé d'hérésie par Paulin, diacre de Milan, et condamné dans un concile tenu par Aurélius, évêque de Carthage ; obligé de s'éloigner, il se retira à Ephèse. Pelage, de son côté, fut accusé d'hérésie par-devant quelques évoques assemblés à Jérusalem, et ensuite dans un concile com; osé de quatorze évoques, tenu à Lydda ou Diospolis, en Palestine ; il avait pour accusateurs deux évoques gaulois, Héros d'Arles et Lazare d'Aix. Pelage, en désavouant quelques-unes de ses erreuis, en palliant les autres, se lit absoudre, et continua de dogmatiser avec plus de 1 ardiesse qu'auparavant. Les évêques d'Afrique, instruits de ces faits, et assemblés à Milève en 416, en écrivirent au pape Innocent 1", qui, l'année suivante, déclara Pelage et Célestius privés de la communion de l'Eg'ise. Pelage écrivit au pape poursejustitier; il lui envoya une profession de foi qui existe encore, et dans laquelle il glissait légèrement sur les erreurs qui lui étaient imputées. Célestius alla à Rome en personne, et présenta au pape Zozime, successeur d'Innocent 1er, une profession de foi dans laquelle l'erreur paraît un peu plus à découvert. Tous deux finissaient par une protestation de soumission au souverain pontife. Zozime, trompé par celte docilité apparente , écrivit en leur faveur aux évêques d'Afrique.
En 418, Aurélius tit assembler à. Carthage un concile de deux cent quatorze évoques, qui renouvelèrent la sentence d'excommunication portée contre Célestius, et déclarè-
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rent qu'ils s'en tenaient au décret d'Innocent I". Zozime, mieux informé, fit de même, et cita Célestius à comparaître ; celui-ci , au lieu d'obéir, s'enfuit en Orient ; alors Zozime excommunia solennellement Pelage et Célestius, et tit parvenir cette sentence en Afrique et dans l'Orient; les empereurs Honorius et Théodose condamnèrent ces deux hérétiques à l'exil, et leurs disciples à la confiscation de leurs biens; Pelage et Célestius se tinrent cachés dans l'Orient. Dixhuit évêques d'Italie, ayant refusé de souscrire au décret de Zozime, furent privés de leurs sièges; l'un d'entre eux était Julien, évêque d'Eclane, aujourd'hui Avellino, dans la Campanie, qui écrivit plusieurs ouvrages pour la défense du pélagianisme ; chassé de son siège, il fut réduit à se faire maître d'école en Sicile, où il mourut. On ne sait pas de quelle manière Pelage ni Célestius ont fini ; mais leur hérésie, quoique proscrite par l'autorité de l'Eglise el par les lois des empereurs, ne laissa pas de se répandre en Italie et en Angleterre, puisque, l'an 429, le pape saint Célestin VII y envoya saint Ge; main, évoque d'Auxerre, et saint Loup, évêq;;e de Troyes, pour faire revenir de cette erreur les Bretons qui en étaient infectés. Le pélagianisme fut condamné de nouveau dans le concile général d'Ephèse, l'an 431. Personne ne l'a combattu avec plus de force et de succès que saint Augustin; dès l'an 411, lorsque Célestius était à Carthage, le saint docteur n'eut pas plutôt connu ses sentiments, qu'il les attaqua dans ses lettres et dans ses sermons, et il composa ses premiers traités contre le pélagianisme, à la prière du tribun Marcellin. Vers l'an 415, saint Jérôme écrivit sa quarante-troisième lettre à Ctésiphon, et ensuite trois dialogues contre les pélagiens ; mais lorsqu'il eirt vu ce que saint Augustin avait fait, et qu'il apprit avec quel zèle ce nouvel athlète combattait pour la foi catholique, il lui céda volontiers la place. Dès ce moment, saint Augustin se regarda comme personnellement chargé de la cause de l'Eglise : pendant vingt ans consécutifs il poursuivit le pélagianisme dans tous ses détours; il répondit à tous les livres de Julien ; il écrivait encore pour les réfuter lorsqu'il mourut, et il n'eut pas le temps d'achever son ouvrage. 11 fut l'Ame de tous les conciles qui se tinrent en Afrique contre cette hérésie ; il est très-probable que c'est lui qui en dressa les décrets et qui les adressa aux souverains pontifes. Nous verrons ciaprès les suites de cette dispute célèbre. Les sociniens et les arminiens, qui font revivre aujourd'hui le pélagianisme, disent que les auteurs de cette doctrine ont été condamnés sans avoir été entendus ; c'est une calomnie. Pelage lui-même fut entendu au concile de Diospolis, et il n'y évita sa condamnation qu'en rétractant ou en déguisant ses sentiments. Célestius comparut plusieurs fois devant le pape Zozime, et lorsqu'il y fut cité pour la dernière fois, il s'enfuit, parce qu'il vit que, malgré ses déguisements, ses vrais sentiments étaient découverts. Saint Jérôme
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et saint Augustin avaient sous les yeux les écrits de Pelage, sa Lettre à Démétriade, ses quaïre livres touchant le libre arbitre, sa profession de foi adressée au pape Innocent ; ot nous avons encore son Commentaire sur 1rs épîtres de saint Paul, dans lequel on reconnaît aisément ses véritables sentiments. C'est donc avec pleine connaissance de cause que les papes et les conciles d'Afrique ont censuré cette doctrine. Julien lui-même n'en a désavoué aucun article dans ses ouvrages.
II. Nous ne pouvons mieux connaître les erreurs des pélagiens que par les écrits que saint Augustin a faits pour les réfuter , et dans lesquels il cite les propres paroles de ses adversaires. Dans son livre des Hérésies, qui est l'un des derniers , il réduU le pélagianisme à cinq chefs ; savoir, 1° que la grâce de Dieu, sans laquelle on ne peut pas observer ses commandements, n'est point différente de la nature et de la loi ; 2° que colla que Dieu ajoute de surplus est accordée à nos mérites et pour nous faire agir avec plus de facilité; 3° que l'homme peut, dans cette vie, s'élever h un tel degré de perfection , qu'il n'a plus besoin de dire à Dieu, pardonnez—nous nos offenses ; k" que l'on ne baptise point les enfants pour effacer en eux le péché originel ; 5° qu'Adam serait mort, quand même il n'aurait pas péché. On voit, par cet exposé et par les autres ouvrages écrits de part et d'autre , que l'erreur fondamentale de Pelage, de laquelle toutes les autres ne sont que des conséquences, était de soutenir que le péché d'Adam n'a pas passé à sa fiostérité , et qu'il n'a porté préjudice qu'à ai seul. De là il s'ensuivait que les enfants naissent exempts de péché , que le baptême ne leur est pas donné pour effacer en eux aucune tache , mais pour leur assurer la grâce de l'adoption ; que, s'ils meurent sans baptême , ils sont sauvés en vertu de leur innocence. S. Aug. lib. i , de Pecc. merit. et remiss., n. 55; Serm. 294, cap. 1, n. 2; Epist. 156 Hilarii ad August. Il s'ensuivait que la mort et les soutfrances auxquelles nous sommes sujets ne sont point la peine du péché, mais la condition naturelle de l'homme. Une troisième conséquence était que la nature humaine est aussi saine et aussi capable de faire le bien qu'elle l'était dans Adam ; qu'il suffit à l'homme de connaître ses devoirs par la raison , pour être capable de les accomplir; que, quand un
Êaïen fait bon usage de ses forces naturelles, >ieu l'en récompense en l'amenant à la connaissance plus parfaite de la loi divine, des leçons et des exemples de Jésus-Christ. De là Pelage concluait que les juifs et les païens ont le libre arbitre ; mais que dans les chrétiens seuls il est aidé par la grâce. S. Aug., L. de Grat. Christi, c. 31, n. 33. Par conséquent , selon lui , cette grâce était donnée à l'homme, non pour lui rendre possible la pratique du bien , mais pour la lui rendre plus facile, Ihid. , c. 29 , n. 30. Cette grâce n'était jamais gratuite ni prévenante , mais toujours prévenue par les mérites naturels de l'homme, c. 31 , n. 33; et l'on voit que
Pelage n'adm* ttait aucune grâce actuelle intérieure. Nous le prouverons ci-après. Il s'ensuivait qu'il n'est aucun degré de vertu et de perfection auquel l'homme ne puisse s'élever par les forces de la nature; que tous ceux qui font bon usage de ces forces sont prédestinés ; qu'un païen peut pratiquer les mêmes vertus qu'un chrétien, quoique avec plus de difficulté ; que la loi de Moïse pouvait conduire l'homme au salut éternel tout comme l'Evangile ; enfin , que le salut de l'homme n'est point une affaire de miséricorde, mais de justice rigoureuse ; qu'ainsi, au jugement de Dieu, tous les pécheurs sans exception seront condamnés au feu éternel , parce qu'il a dépendu d'eux seuls de se sauver. S. Aug., I. de Gestis Pelag., c. 11, n. 23; c. 35, n. 65. Mais il s'ensuivait aussi, en dernière analyse, que la rédemption du monde par Jésus-Christ n'était pas fort nécessaire , et que ses effets sont très-bornés. Suivant Pelage , elle consiste seulement en ce que Jésus-Christ nous a donné des leçons et des exemples de vertu , et nous a fait de grandes promesses; d'où il concluait que tous ceux qui n'ont pas connu ce divin Sauveur n'ont eu aucune paît au bienfait de la rédemption. S. Aug. , 1. h ; On. Imperf. . n. 146, 188.
Pour réfuter Pelage , saint Augustin attaqua non-seulement le principe sur lequel il se fondait , mais encore toutes les conséquences qu'il en tirait. Le saint docteur prouva par l'Ecriture sainte, par la tradition constante des Pères de l'Eglise , par les cérémonies du baptême , que nous naissons tous souillés du péché originel , par conséquent dépouillés de la grâce sanctifiante et de tout droit au bonheur éternel , et que ce droit ne peut nous être rendu que par le baptême. Il fit voir que la nature humaine, affaiblie et corrompue par ce péché , a besoin d'une grâce actuelle et intérieure pour commencer et pour finir toute bonne action méritoire , même pour former de bons désirs ; que par conséquent cette grâce est purement gratuite , prévenante , et non prévenue ni méritée par les efforts naturels ou par les bonnes dispositions de l'homme ; que c'est le fruit des mérites de Jésus-Christ et non des nôtres ; qu'autrement Jésus- Christ serait mort en vain. Tels sont les trois dogmes de foi que l'Eglise a décidés contre les pélagiens , et desquels aucun fidèle ne peut s'écarter sans tomber dans l'hérésie.
Quand on fit observer à Pelage que , suivant l'Evangile (Joan. m, 5) , « Quiconque n'est point régénéré par l'eau et par le Saint- Esprit ne peut pas entrer dans le royaume de Dieu ; » qu'ainsi les enfants morts sans baptême ne peuvent pas être sauvés , il répondit d'abord : Je sais bien où ils ne vont pas, mais je ne sais pas où ils vont, Quo non eant scio , quo tant nescio. Ensuite il enseigna qu'à la vérité ces enfants ne peuvent enirer dans le royaume de Dieu ou dans Je ciel , mais qu'ils auront la vie éternelle ; qu'ils ne peuvent pas être damnés avec justice, puisqu'ils sont sans péchés. S. Aug. ,
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Scrm. 29 V, c. 1, n. 2; Epist. 156, etc. Saint August n rejette avec raison cette prétendue vie éternelle différente du royaume de Dieu ; il soutient que les enfants, dans lesquels le péché originel n'est pis elfacé par le baptême, sont damnés. Cependant il convient qu'il ne lui est pas possible de concilier cetle damnation avec l'idée naturelle que nous avons de la justice divine, que Pelage luimême ne vien Irait pas mieux à bout d'accorder avec cette idée lavcu qu'il fait que ces enfants sont exclus du royaume de Dieu. Serin. 29V, n. 6 et 7 ; Epist. 166, ad Hieron., c. 6, n. 16. 11 ne nous paraît pas plus aisé de concilier cette damnation avec ce qu'enseigne constamment saint Augustin lui-même , savoir, que Jésus-Christ est le sauveur des enfants, I. m, de Pcccat. meritis et remiss., c. 4, n. 8 ; I. i, contra Jal., c. 2 , n. V ; c. V, n. IV ; 1. m, c. 12, n. 24 et 25; 1. n, Op. imperf., n. 170, etc. ; et Pelage n'osait pis en disconvenir. L. de Pecc. orig., c. 19, n. 20 et 21. Si saint Augustin a seulement entendu que Jésus-Christ est le sauveur des enfants baptisés , et non des autres , on ne conçoit pas pourquoi il ne s'est pas mieux expliqué. Si l'on s'arrêtait à la lettre des écrits de Pelage» on croirait qu'il admettait le secours do la grâce intérieure accordé à l'homme pour faire le bien, du moins avec plus de facilité. « Nous ne faisons pas, disait-il, consister la grâce seulement dans la loi , comme on nous en accuse, mais dans le secours de Dieu. En elfet, Dieu nous aide par sa doctrine et par la révélation , lorsqu'il ouvre les yeux de notre cœur, lorsqu'il nous montre les biens futurs pour nous détacher d"S biens présents, lorsqu'il nous découvre les embûches du démon , lorsqu'il nous éclaire par le d m ineffable de sa grâce , varié à l'infini... Dieu opère donc en nous, comme le dit l'apôtre , le vouloir de ce qui est bon et saint, lorsqu'il nous enflamme par les promesses de la gloire et de la récompense éternelle, lorsqu'on nous montrant la vraie sagesse , il excite notre volonté engourdie à désirer Dieu, lorsqu'il nous conseille (suadel) tout ce qui est bon. » S. Aug., /. de Grat. Christi, c. 7, n. 8 ; c. 9, n. 11. Julien disait à son tour : « Dieu nous témoigne si bonté en mille manières, par des commandements, des bénédictions , des moyens de sanctification , en nous réprimant, en nous excitant , en nous éclairant , afin que nous soyons libres d'exécuter sa volonté ou de la négliger. » Op. imperf., I. m, c. 106 et 11V; I, v, c. 48, etc. De là plusieurs théologiens, par différents motifs, ont prétendu que les pôlagiens admettaient véritablement des grâces actuelles intérieures; les uns ont soutenu ce fait pour en prendre occasion de déclamer contre saint Augustin; les autres, afin de persuader que la question entre ce saint docteur et les pélayiens n'était point la nécessité de la grâce, mais la iiberlé d'y résister ; d'autres enfin, parce qu'ils ont été frappés de l'énergie des paroles de Pelage , ont cru qu'il admettait du moins une lumière intérieure accordée à
l'entendement, quoiqu'il ne voulût point reconnaître de motion imprimée à la volonté. Que faut-il en penser?
En premier lieu, saint Augustin, dans les divers endroits que nous venons de citer, a toujours soutenu aux pélagiens que leur pompeux verbiage ne signifiait rien autre chose que des secours extérieurs , la loi de Dieu, la doctrine, les leçons, les exemples, les promesses, les menaces de Jésus-Christ; que jamais ils n'ont voulu reconnaître l'inefficacité de ces secours , lors ju'ils ne sont pas accompagnés dune grâce intérieure, d'une illumination dans l'entendement , et d'un mouvement dans la volonté. Aujourd'hui les sociniens et les arminiens , héritiers du pélagianisme , sont enco e dans le môme sentiment ; ils soutiennent que l'on ne peut pas prouver par l'Ecriture sainte la nécessité de l'une ni de l'autre. Le Clerc l'a répété au moins dix fois dans ses remarques sur les ouvrages de saint Augustin. Après tant de dispu!es entre ce saint docteur et Julien, qui empêchait ce dernier de s'exprimer plus c'airement et d'avouer distinctement au moins la nécessité d'une illumination surnaturelle dans l'entendement de l'homme, pour l'aider à fai e une bonne œuvre? En écrivant son dernier ouvrage, saint Augustin proteste encore q fil n'a vu dans les livres de cet hérétique aucun vestige de grâce inférieure.
En second lieu, Pelage a dit positivement que dans les chrétiens seuls le libre arbitre est aidé par la grâce, S. August., lib. de Grat. Christi, c. 31. Cela est vrai; s'il n'y a point d'autre grâce que les secours extérieurs dont nous venons de parler, les chrétiens seuls en ont connaissance : mais s'il y a des gr Ices intérieures, pourquoi Dieu n'en accorderaitil pas aux païens privés de la connaissance des lois divines positives et des leçons de Jésus-Chris ? Aussi, lorsque Pelage, pour trouver que l'homme peut faire le bien sans e secours de la grâce, allégua les vertus et es bonnes œuvres des païens, saint Augustin répondit, 1° que ces vertus étaient ordinairement infectées par le motif de la vaine gloire, et ne se rapportaient pas à Dieu ; 2° que ce qu'il y avait de bon dans les actions des païens ne venait pas d'eux, mais de D;eu et dî sa grâce. 11 prouva par l'exemple d'Assuérus et d'autres infidèles, que Dieu produit dans le cœur des hommes non-seulement de vraies lumières, mais encore de bonnes volontés ; L. de Grat. Christi, c. 2V, n. 25 ; L. iv, contra duas Epist. Pelag., c. 6, n. 13; L. iv, contra Jal., cap. 3, n. 16, 17, 32 ; L. m, Op. imperf., n. 114, 163 ; Epist. 144, n. 2, etc. — En troisième lieu, les pélagiens soutenaient qu'un mouvement intérieur, imprimé à la volonté pour la porter au bien détruirait le libre arbitre. En effet, ils entendaient, par libre arbitre dans l'homme, un pouvoir égal de se porter au bien ou au mal, une indifférence ou un équilibre de la volonté entre l'un et l'autre, L. i, Op. imperf., n. 79 et suiv. ; L. m, n. 109, 114, 117 ; L. v, n. 48, etc.; saint Jérôme, Dial 1 et 3, contra
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l'elag. Les semi-pélagiens en avaient la môme notion, Epist. S. Prosperi ad Aug. , n" i. Ils en concluaient qu'un mouvement intérieur de la grAce détruirait cet équilibre. Saint Augustin soutient avec raison que le libre arbitre, ainsi entendu, a été perdu par le péché d'Adam, puisque l'homme naît avec la concupiscence qui le porte au mal et non au bien; qu'il a besoin de la grAce pour contrebalancer cette mauvaise inclination; qu'ainsi la grAce, loin de détruire le libre arbitre, le rétablit. — En quatrième lieu, le saint docteur assure formellement ce que nous soutenons , L. de Grat. et Lib.arb., c. 13, n. 26. Ils disent (les pélagiens ) « que la grAce qui est donnée par la foi en Jésus- Christ, et qui n'est ni la loi ni la nature, sert seulement à remettre les péchés passés, et non à éviter 1 s péchés futurs ou à vaincre les t ntations. » Cela est clair.
On ne peut donc trop blâmer la témérité d s hérétiques, qui osent accuser saint Augustin de prévention et d'injustice, parce qu'il a reproché mx pélagiens d'être ennemis de la grAce, et qui souiiennent que ces novateurs n'ont pas nié toute espèce de grâce. 11 est certain qu'ils ont rejeté toute espèce de grâce actuelle intérieure; mais, pour faire illusion, ils appelaient grâce, 1° la faculté naturelle que nous avons de faire le bien, parce que c'est un don de Dieu ; 2° la conservation de cette faculté en nous, malgré les mauvaises habitudes que nous contractons; 3° les secours extérieurs dont nous avons parlé, la connaissance de la loi de Dieu, de ses promesses et de ses menaces, des maximes et des exemples de Jésus-Christ; 4° la rémiss on des péchés par les sacrements. Rien de tout cela n'est la grâce actuelle intérieure. Il n'y a pas eu moins d'entêtement de la part de certains théo'ogiens, qui prétendent que deux des principaux points de la dispute entre saint Augustin et les pélagiens, étaient de savoir si Dieu accorde ou non la grâce intérieure à tous les hommes , et s'ils peuvent ou ne peuvent pas y résister. Loin d'admettre que Dieu donne la grAce intérieure à tous les hommes , les pélagiens soutenaient que Dieu ne la donne à personne, parce qu'elle détruirait le libre arbitre; nous venons de le prouver. 11 n'était donc pas question de savoir si l'on peut ou si l'on ne peut pas résister à la grâce actuelle intérieure, puisqu'ils n'en admettaient aucune. Saint Augustin a répété plus d'une fois que consentir ou résister à la vocation •de Dieu est le fait de notre propre volonté, Lib. deSpir.et Lit., c. 3k, n. 60, etc. Si par la vocation de Dieu il n'a pas entendu la grâce intérieure, il a joué sur la môme équivoque que les pélagiens. Ces hérétiques disaient : Dieu veut sauver tous les hommes, et Jésus-Christ est mort pour tous, donc la grâce est donnée à tous. Le venin de l'erreur était encore caché sous ces expressions. 1" Ils entendaient par la grâce la connaissance de Jésus-Christ, de ses leçons, de ses exemples, de ses promesses; rien de plus : nous Savons [trouvé. 2" Ils prétendaient que cette
grâce est donnée à tous ceux qui la méritent et qui s'y disposent par leurs désirs, par le bon usage de leurs facultés naturelles ; d'où il s'ensuivait que cette grâce n'est pas gratuite, que Dieu n'est pas le maître de la donner aux uns plus qu'aux autres, selon son bon plaisir; que cette distribution est un acte de justice. 3° Ils entendaient que Jésus- Christ est mort pour tous les hommes, et que Dieu veut les sauver tous également et indifféremment, sans aucune prédilection pour les uns plutôt que pour les autres, œqualiter, indiscrète, indifferenter. Conséquemment ils rejetaient toute prédestination gratuite. Pelage s'en est expliqué clairement sur ces paroles de saint Paul, Rom. c. ix, v. 15: J'aurai pitié de qui je voudrai, et je ferai miséricorde à celui dont j'aurai pitié. « Voici , dit Pelage , le vrai sens : J'aurai pitié de celui que j'ai prévu pouvoir mériter miséricorde, de manière que j'en ai eu pitié dès lors. » Les semi-pélagiens pensaient de môme; ils se fondaient sur ces autres paroles de saint Paul : En Dieu il n'y a point d'acception de personnes, Rom., c. n, v. 11 ; // n'y a point d'iniquité en Dieu,c. ix, v. ik; comme si c'était une iniquité de la lart de Dieu de distribuer inégalement ses ienfaits. Ainsi la manière dont ils entendaient que Dieu veut sauver tous les hommes, et que Jésus-Christ est mort pour tous, renfermait deux erreurs grossières. Dieu ne veut point également et indifféremment le salut de tous, puisqu'il donne aux uns des grâces plus abondantes, plus immédiates, plus puissantes qu'aux autres. Jésus-Christ n'est pas mort également et indifféremment pour tous, puisque tous ne participent pas également aux fruits de sa mort, quoique tous y aient part plus ou moins.
Saint Augustin n'y fut pas trompé; par l'exemple des enfants dont les uns reçoivent la grâce du baptême, pendant que les autres en sont privés , sans y avoir contribué en rien, il démontra la fausseté du sentiment des pélagiens. Il prouva par la doctrine de saint Paul , que la vocation à la foi , seule grâce admise par ces hérétiques, n'a pas été la récompense du mérite des Juifs, ni de celui des gentils, mais un effet de la prédestination gratuite de Dieu, et que tel est le sens de ces paroles do l'apôtre : J'aurai pitié de qui je voudrai, etc. Conséquemment le saint docteur donna différentes explications des passages dans lesquels il est dit que Dieu veut sauver tous les hommes, que le Verbe divin éclaire tout homme qui vient en ce monde; que Jésus -Christ est mort pour tous, etc. Mais il faut se souvenir que le but de saint Augustin était uniquement de réfuter le sens faux que les pélagiens donnaient à ces mêmes passages. De là certains raisonneurs ont conclu que le saint docteur n'a pas cru l'universalité de la rédemption ni de la distribution des grâces actuelles intérieures, faite à tous les hommes. La fausseté de cette argumentation saule aux yeux. 1" Saint Augustin n'a jamais mis aucune restriction à ces paroles de saint Paul (// Cor.
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v, li) : « Un seul est mort pour tous, donc tous sont morts , » par lesquelles il prouve l'universalité du péché originel par l'universalité de la rédemption. 11 n'en a mis aucune a ce que dit le môme apôtre (/ Tim. iv, 10) : « Jésus -Christ est le Sauveur de tous Les hommes, principalement des fidèles;» ni à ce que dit saint Jean ( Epiât, i, 2) : « 11 est la victime de propitiation pour nos péchés, non-seulement pour les nôtres , mais pour ceux du monde entier. » En effet , ces passages ne soutirent aucune exception.
Voy. Salit, Saiveir. 2° Puisque saint Augustin soutient que Dieu donne des grAces actuelles intérieures aux païens, à qui peuton supposer que Dieu les refuse ? Voy. Infidèles. 3° Il n'y a rien de commun entre la grâce pélagienne et la grâce actuelle intérieure donnée à l'homme pour faire le bien; la première est toujours très-gratuite, quoi qu'en aient dit ces hérétiques; la seconde l'est aussi à l'égard des pécheurs ; mais saint Augustin a reconnu cent fois que , dans les justes, une seconde grâce est souvent la récompense du bon usage d'une première grâce. Voy. Grâce, § 2.
Lorsque le saint docteur enseigne que la prédestination est purement gratuite et indépendante des mérites de l'homme, on voit de quelle prédestination et de quels mérites il parle ; il s'agit uniquement de la prédestination à la grâce ou à la foi, il s'agit de mérites acquis par les forces naturelles de l'homme. Entre saint Augustin et les pélagiens, il n'a jamais été question de savoir si, dans la prédestination des saints à la gloire éternelle, Dieu n'a aucun égard aux mérites, produits en eux par la grâce actuelle intérieure, puisque les pélagiens n'en admettaient point de cette espèce. Pelage partait évidemment du môme principe dont les déistes se servent pour nier toute révélation ; il ne voulait pas que Dieu eût de la prédilection pour aucune de ses créatures , ni qu il accordât plus d i bienfaits surnaturels à un homme qu'à un autre , à moins que cet homme ne les eût mérités. Mais on pouvait le réfuter par sa propre doctrine : il appelait grâce le pouvoir naturel de faire le bien; or ce pouvoir n'est certainement pas égal dans tous les hommes ; plusieurs sont nés avec plus d'esprit, avec un meilleur caractère , avec plus d'inclination à la vertu , avec des passions moins violentes que les autres. Dieu a donc eu de la prédilection pour eux; c'est une grâce ou un bienfait purement gratuit qu'il a daigné leur accorder ; ils ne l'avaient pas mérité avant de naître. Dieu sans doute l'a ainsi voulu et résolu de toute éternité ; cette volonté , ce dôc* et, ne sont-ils pas une prédestination ? Pelage ne s'apercevait pas qu'il déraisonnait ; les semipélagiens qui l'imitèrent ne furent pas plus sages , et ies déistes qui les ont copiés sans le savoir sont réfutés par les mêmes réflexions. Voy. Inégalité, Partialité, Révélation, Universalistes, etc.
Quant à la rigueur avec laquelle Pelage décidait qu'au jugement de Dieu tous les pé-
cheurs sans exception doivent ôlre condamnés au feu éternel , saint Augustin l'a vivement censurée : « Qu'il sache, dit- il, que l'Eglise n'adopte point cette erreur; quiconque ne fait pas miséricorde , sera jugé sans miséricorde. » L. de Gestis Pelagii, c. 3, n°9 et 11. Il dit ailleurs : « Celui qui sait ce que c'est que la bonté de Dieu peut juger quels sont les péchés qu'il doit punir certainement en ce monde et en l'autre , » L. 83, quœst. q. 27. « Dieu damnerait tous les hommes , s'il était juste sans miséricorde , et s'il ne la faisait pas éclater davantage, en sauvant des âmes qui en sont indignes, » Enchir. ad Laurent., c. 27. « Dieu, pour ne pas être injuste, ne punit que ceux qui l'ont mérité ; mais lorsqu'il fait miséricorde sans qu'on l'ait mérité, il ne fait pas une injustice, » L. k, contra duas Epis t. Pelag., c. 6, n* 10. Saint Jérôme avait rejeté avec la même indignation le sentiment de Pelage : « Qui peut souffrir, dit-il , que vous borniez la miséricorde de Dieu , et que vous dictiez la sentence du juge avant le jugement? Dieu ne pourra-t-il pas , sans votre aveu , pardonner aux pécheurs , s'il le juge à propos? Vous a'iéguez les menaces de l'Ecriture , ne concevez-vous pas que les menaces de Dieu sont souvent un effet de sa clémence ? » Dial. 1 contra Pelag., c. 9; Op., t. IV, col. 501.
III. Si l'on veut voir la suite et l'enchaînement de la dispute entre les pélagiens et l'Eglise catholique, il faut lire les dissertations du P. Garnier, jésuite, qui sont jointes à l'édition qu'il a donnée des ouvrages de Marius Mercator, et que Le Clerc a rassemblées dans son Appendix augustiniana. 11 remonte à l'origine du pélagianisme , et fait voir qu© cette erreur est plus ancienne que Pelage ; il fait l'énumération des conciles qui 1 ont proscrite, soit en Afrique, soit dans l'Orient, en Italie et dans les Gaules. Il rapporte les lois que les empereurs portèrent pour l'extirper et les souscriptions que l'on exigeait de ceux qui voulaient y renoncer. Il fait le détail des professions de foi et des livres écrits par les pélagiens , pour la défense de leurs sentiments, et des ouvrages composés par les docteurs catholiques pour les réfuter; il expose les arguments proposés pour et contre. 11 montre lesprogrèsde celte hérésie dep ;is sa naissance jusqu'à son extinction.
La manière dont Julien iravestissait la doctrine catholique pour en inspirer de l'horreur est curieuse : « On veut , dit-il , nous forcer de nier que toute créature de Dieu soit bonne, et d'admettre des substances que
Dieu n'a pas faites On a décidé contre
nous que la nature humaine est mauvaise. Nos adversaires enseignent que le libre arbitre a été détruit par le péché d'Adam; que Dieu n'est pas le créateur des enfants ; que le mariage a été institué par le diable. Sous le nom de grâce, ils établissent tellement la fatalité , qu'ils disent que si Dieu n'inspire pas à l'homme malgré lui le désir du bien , même imparfait, l'homme ne peut ni éviter le mal ni faire le bien. Us disent que la loi de l'Ancien Testament n'a pas été donnée
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pour rendre justesceux qui la pratiqueraient, mais ]iour faire commettre de plus grands péchés; que le baptême ne renouve le pas entièrement les hommes , et n*opère pas la rémission entière des péchés , mais que ceux qui l'ont reçu sont en partie enfants de Dieu et en partie enfants du démon. Ils prétendent que , sous l'Ancien Testament , le Saint-Esp;it n'a point aidé les hommes à être vertueux, que les apôtres mômes et les prophètes n'ont pas été parfaitement saints, mais seulement moins mauvais que 1- s autres. Ils poussent le blasphème jusqu'à dire que Jésus-Christ a failli par 1 infirmité de la chair : c'est ainsi qu'ils pensent avec les manichéens. » Garnier, cinquième Dissertât., p. 232. L'injustice de toutes ces imputations est palpahle, mais tel a été dans tous les siècles l'artifice des hérétiques, de déguiser leur doctrine et celle de leurs adversaires, afin de pallier la fausseté de l'une et d'obscurcir la vérité de l'autre. Vainement saint Augustin démontra la malignité de Julien, et la lui reprocha; cet hérétique obstiné persévéra dans l'erreur jusqu'à la mort. Il paraît que Pelage y fut entraîné moins par le désir d'éviter les excès des manichéens que par l'envie d'ôter aux pécheurs et aux chrétiens lâches tout prétexte de se dispenser de la perfection chrétienne : mais en évitant un exct's , il n'aurait pas fallu donner dans un autre. Pendant la vie même de saint Augustin , quelques théologiens crurent aussi trouver de l'excès dans la doctrine de ce saint docteur; ils cherchèrent un milieu entre ses sentiments et ceux des pélagiens, et ils donnèrent naissance au Semi-Pélagianisme. Voy.
ce mot. D'autre part, après sa mort, d'autres prirent dans la plus grande ligueur tout ce u'il a dit touchant la prédestination , sans aire attention à l'état de la question qu'il traitait, et ils furent nommés prédestinatiens; nous en paierons en son lieu. Au xvi' siècle, Luther et Calvin ont fait la même chose; sous prétexte de suivre la doctrine de saint Paul et de saint Augustin, ils ont admis un décret absolu de prédestination, en vertu duquel les élus sont nécessairement conduits au bonheur éternel , et les réprouvés entraînés dans les abîmes de l'enfer ; conduite qui s Tait contraire à la justice et à la sainteté de Dieu, et qui ferait de l'homme un pur jouet de la fatalité. Ils n'ont cessé de reprocher le prlagianisme à l'Eglise catholique et à ses docteurs ; mais leur aveuglement a iait effectivement renaître le pur pélagianisme parmi les arminiens et les sociniens , et pendant que les premiers font profession de canoniser la doctrine de saint August n, les seconds la rejettent hautement, parce que les uns et les autres s'obstinent à lui prêter des sentiments qu'il n'eut jamais. La force avec laquelle ce grand homme a soutenu le dogme catholique lui a mérité à juste titre le nom de docteur de la grâce ; mais il ne faut pas croire, comme le voulaient certains théologiens, que l'Eglise, en confirmant ces dogmes par les décrets des papes et des conciles, a cor.sacré de même toutes
les preuves dont saint Augustin s'est servi pour les établir, toutes les explications qu'il a données des passages de l'Ecriture sainte, toutes les réponses qu'il oppose aux objections, toutes les opinions accessoires qu'il peut avoir suivies dans le cours de la dispute. Nous avons fait voir ailleurs que le pape Célestin I en a fait la distinction, et que saint Augustin lui-même a blâmé ceux qui juraient sur sa parole. Les théologiens , qui accusent de pélagianisme ceux qui usent de la liberté que l'Église leur laisse, sont des téméraires ; le saint docteur ne les aurait pas reconnus pour ses vrais disciples. Voy. Saint Augustin.
PÈLERINAGE, voyage fat par dévotion à un lieu consacré par quelque monument de notre religion. Dès la naissance de l'Eglise, les fidèles ont été curieux de visiter les lieux sur lesquels se sont passés les mystères de notre rédemption, Jérusalem et les autres lieux de la Judée, afin de se convaincre par leurs propres yeux de la vérité de l'histoire évangélique, et ils n'ont pas pu le faire sans sentir une émotion douce et religieuse. On en voit des exemples dès le me siècle. Lorsque saint Alexandre fut fait évèque de Jérusalem avec saint Narcisse, il était venu de Cappadoce visiter les saints lieux. Eusèbe, Hist. eccl., 1. vi, c. 10. Par le même motif, saint Jérôme et les dames romaines qu'il avait instruites, ont voulu y passer leur vie. L'usage de faire la fête des martyrs sur leur tombeau est de même date; nous en sommes convaincus parles actes du martyre de saint Ignace et de saint Polycarpe; on y accourait des environs pour célébrer leur mémoire, et souvent plusieurs évoques s'y rencontraient. L'empereur Julien avoue qu'avant la mort de saint Jean, les tombeaux des apôtres saint Pierre et saint Paul étaient déjà fréquentés; saint Cyrille, contra Jul., 1. x, pag. 327. Ce concours augmenta lorsque la lberté fut accordée à l'Eglise. Saint Paulin atte-te l'empressement qu'avaient les habitants de l'Italie à visiter le tombeau, de saint Félix de Noie, le jour de sa fête. Ce n'est donc pas une dévotion née dans les siècles d'ignorance.
Plus on est instruit, mieux on sent que la piété a besoin d'être aidée par les sens; la vue des reliques d un saint , de son sépulcre, de sa pr-.son, de ses chaînes, des instruments de son martyre, fait une toute autre impression que d'en entendre parler de loin. Les miracles que Dieu y a souvent opérés excitaient la curiosité des infidèles mêmes, et furent plus d'une fois la cause de leur conversion. Tels furent les motifs qui porté! ent, au iv' siècle, l'impéiatrice Hélène à honorer et à rendre célèbres les saints lieux de Jérusalem et de toute la terre sainte. Saint Jérôme, Epist. ad Marccll., est témoin du concours qui s'y faisait de toutes les parties de l'empire romain. Ainsi cette dévotion s*est introduite naturellement, et sans qu'il ait été besoin de la suggérer au peuple. Un motif d'intérêt s'est joint à la piété dans la suite ; l'afiluenca des pèlerins enrichissait
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les villes; le respect pour les saints dont les os y reposaient porta les princes à y accorder des droits d'asile et de fra îchise, comme (il Constantin en faveur d'Hélénople en lîithynie. Rien de plus célèbre en France que la franchise de saint Martin de Tours, et on sait le respect que les Goths , tout barbares qu'ils étaient, témoignèrent pour l'Eglise de Saint-Pierre, lorsqu'ils prirent Home. Eleury, Mœurs des chrét., n. 4».
Dans les bas siècles, entre les œuvres pénales , qui tenaient lieu de la pénitence canonique , une des plus usitées était le pèlerinage aux lieux célèbres de dévotion , comme à Jérusalem , à Rome , à Tours , à Compostelle. Une raison politique y concourait encore ; pendant toute la durée du gouvernement féodal, les peuples de l'Europe ne pouvaient avoir entre eux presque aucune communication que parle moyen de la religion : les pèlerinages étaient la seule manière de voyager en sûreté ; au milieu môme des hostilités, les pèl Tins étaient regardés comme des personnes sacrées. 11 n'est donc pas étonnant que l'on ait vu voyager ainsi les évoques et les moines, les princes et les rois ; le goût du roi Robert pour c s courses pieuses est connu. Dans le xie siècle, le pèlerinage de Jérusalem fut très-commun; c'est ce qui donna naissance aux croisades. Aujourd'hui encore dans l'Orient, les pèlerins seuls de la Mecque ont le privilège de traverser librement l'Arabie, et la plupart des pèlerinages des mahométans sont des foires. C'est pour cela, dit un voyageur sensé , que tous •es pèlerinages que l'on n'entreprend qu'à un temps fixe se sont soutenus pendant des milliers d'années, plutôt parle commerce ipue par dévotion. En France , la première foire franche a commencé à Saint -Denis. Nous ne dissimulons pas qu'il s'y mêla d s abus; dès le ix' siècle, un concile de Chàions voulut y remédier. Les pécheurs coupables des plus grands crimes se croyaient purifiés et absous par un pèlerinage ; les seigneurs en prenaient occasion de faire des exactions sur leurs sujets, pour fournir aux frais du voyage , et c'était un prétexte aux pauvres pour nvndier et vivre en vagabonds. De là les protestants, prévenus contre toutes les pratiques religieuses de l'Eglise catholique, sont partis pour réprouver les pèlerinages. C'est une superstition , disent-ils, d'attribuer une prétendue sainteté à un lieu quelconque; ce préjugé a été introduit par l'intérêt des prêtres et par les fraudes pieuses des moines ; c'est un prétexte pour entretenir la fainéantise et le libertinage. Mais ces censeurs hardis ont oublié que l'Ecriture sainte à laquelle ils nous renvoient toujours, attribue la sainteté aux lieux dans lesquels Dieu a daigné faire éclater sa présence. Dieu dit à Moïse (Exod. m, 5) : « Ote tes soulers, la terre où tu es est une terre sainte. » Le tabernacle et le temple sont appelés le lien saint; Jérusalem et le mont de Sion sont nommés la ville et la montagne sainte , etc. Il n'a pas été besoin que les prêtres ni les moines s'en mêlassent pour inspirer aux
chrétiens une dévotion qui vient nat relieraient à l'esprit de tous les peuples, et qui a lieu dans les fausses religions au.ssi bien que dans la vraie. Il passe pour constant (pie le pèlerinage des Arabes à la Mecque ou à la Cabaa, qu'ils croient être l'ancienne demeure d'Abraham, est de la plus haute antiquité.
11 est résulté des abus de cet usage : qui en doute ? Il s'en est glissé partout, et l'esprit destructeur d^s pro'estants ne les a pas tous bannis ; il fallait les retrancher et laisser subsister une pratique utile en ellemême. Parce qu'elle n'est plus nécessaire aux vues de la politique, il ne s'ensuit pas qu'elle est devenue criminelle ou dangereuse. Des protestants modérés, qui sesont trouvés dans de grandes solenniiés de l'Eglise romaine, sont convenus qu'ils n'avaient pu s'empêcher d'en et e touebés ; d'autres ont avoué que les prétendus réformateurs ont mal connu la nature humaine, et ont péché contre la prudence, lorsqu'ils ont réduit le culte à une nudité qui le rend incapable d'exciter la piété. Voy. Culte.
PÉNITENCE, regret d'avoir péché, joint à 'a volonté d'expier ses fautes et de s'en co.riger (1). Celte définit on est déjà un sujet
(I) Canons de doctrine sur le sacrement de pénitence.
Si quelqu'un dit que la pénitence n'est pas véritablement et proprement un sacrement institué par Notre-Seigneur Jésus-Christ pour réconcilier à Dieu les fidèles, toutes les fois qu'ils tombent en pécbé depuis le baptême, qu'il soit anatbème. Conc. de Trente, xiv sess.,c. J. — Si quelqu'un, confondant les sacrements, dit que c'est le baptême même qui est le sacrement de pénitence, commesi ces deux sacrements n'étaient pas distingues, et qu'ainsi c'est mal à propos qu'on appelle la pénitence la seconde table après le naufrage, qu'il soit analhème. C. 2. — Si quelqu'un dit que ces paroles de Notre Seigneur Jésus-Christ et Sauveur; Recevez le Saint-Esprit : Lespécliés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, el seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez, ne doivent pas être entendues de la puissance de remettre et de retenir les péchés dans le sacrement de pénitence, comme l'Eglise catholique les a toujours entendues dès le commencement ; mais que, contre l'institution de ce sacrement, il détourne le sens de ces paroles pour les appliquer au pouvoir de prêcher l'Evangile ; qu'il soit analhème. C. 4. — Si quelqu'un dit que la contrition à laquelle on parvient par la discussion, la revue et la déleslation de ses péchés, quand, repassant en son esprit les années de sa vie dans l'amertume de son cœur, on vient à peser la grièveté, la multitude et la difformité de ses péchés, et avec cela le hasard où l'on a été de perdre le bonheur éternel, el d'encourir la damnation éternelle ave,c résolution de mener une meilleure vie ; qu'une telle contrition donc n'est pas une douleur véritable et utile, et ne prépare point à la grâce, mais qu'elle rend l'homme hypocrite et plus grand pécheur ; enfin, que c'est une douleur l'orcce el non pas libre ni volontaire ; qu'il soit analhème. C. 5. (Voj. Confession pour les canons G, 7 et 8.) — Si quelqu'un dit que l'absolution sacramentelle du prêtre n'est pas un acte judiciaire, mais un simple ministère, qui ne va qu'à prononcer el déclarer à celui qui se confesse que ses péchés lui seront remis, pourvu seulement qu'il croie qu'il est absous encore que le prêtre ne l'absolve pas sérieusement, mais par manière de jeu ; ou dit que !a confession du pénitent n'est pas requise, afin que le
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de disputés entre les catholiques et les hétérodoxes. Luther a prétendu que la pénitence consiste seulement dans le changement du cœur et de la conduite, et que le grec fxêTtzvota ne signifie rien autre chose; le regret du passé, dit-il, serait absurde ; la contrition ou la douleur d'avoir péché, loin de puritier l'homme, ne sert qu'à le rendre hypocrite et plus coupable. Le concile de Trente a condamné cette erreur, et a décidé le contraire, Sess. \i\, c. iv, et can. 5 (1). La prétention de Luther est fausse à tous égards. Sans insister ici sur l'étymologie du latin pœnitentia, il est faux que le greG ne signifie rien autre chose que résipiscence, changeraentd'idées, d'affections, deconduite; selon la force du terme, il signifie considération ou connaissance du passé, et il est impossible qu'un homme se croie obligé de changer de vie, sans reconnaître qu'il a eu
prèlre le puisse absoudre; qu'il soit anathème. C. 9. — Si quelqu'un dit que les prêtres, qui sont en état de péché mortel, cessent d'avoir la puissance de lier et de délier, ou que les prêtres ne sont pas les seuls ministres de l'absolution, mais que c'a été à tous et à chacun des fidèles chrétiens que ces paroles ont été adressées: Tout ce que vous aurez lié sur la terre sera aussi lié dans le < iel, et low ce que vous aurez délié sur la terre sera aussi délié duns le ciel ; et celles-ci : L s péchés seront rends à ceux à qui vous les remet rei, et seront reti nus à ceux à qui vous les retiendrez; de sorte qu'en vertu de ces paroles, chacun puisse absoudre des pèches ; des publics, par la répréhension seulement, si celui qui est repris y défère; et des secrets, par la confession volontaire, qu'il soit anathème. G. 10. — Si quelqu'un dit que les évêques n'ont pas droit de se réserver des cas, si ce n'est quant à la police extérieure, et qu'ainsi telle réserve n'empêche pas qu'un prèlre n'absolve véritablement des cas réserves ; qu il soit anathème. C. 11. — Si quelqu'un dit que Dieu remet toujours toute la peine avec la coulpe, et que la satisfaction des pénitents n'est autre chose que la foi par laquelle iJs conçoivent que Jesus-Christa satisfait pour nous; qu'il soit anathème. C. 12. — Si quelqu'un dit qu'on ne satisfait nullement à Dieu pour ses péchés quant à la peine temporelle, en vertu des meriles de Jésus-Christ, par les châtiments que Dieu même envoie et qu'on supporte patiemment, ou par ceux que le prèlre enjoint, ni même par ceux qu'on s'impose à soi-même volontairement, comme sont les jeûnes, les prières, les aumônes, ni par aucunes autres œuvres de pieté, mais que la véritable et bonne pénitence est seulement la nouvelle vie ; qu'il soit anathème. C, 13. — Si quelqu'un dit que les satisfactions par lesquelles les p.nilenls rachètent leurs péchés par Jésus-Christ, ne font pas partie du culte de Dieu, mais ne sont que des traditions humaines qui obscurcissent la doclrine de la grâce, le vrai culte de Dieu, et même le bienfait de la mort de Jésus-Christ ; qu'il soit analhérae. C. 14. — Si quelqu'un dit que les clefs n'ont été données à l'Eglise que pour délier et non pas aussi pour lier, et que pour cela les prelres agissent contre la lin pour laquelle ils ont reçu les clefs et contre l'institution de Jésus-Christ, lorsqu'ils imposent des peines à ceux qui se confessent, et que ce n'est qu'une fiction de dire qu'après que la peine éternelle a été remise en vertu des clefs, la peine temporelle reste encore le plus souvent à expier ; qu'il soit anathème.
(1) Nous avons développé longuement dans notre Dict. de Théol. nior., tout ce qui concerne l'existence, les effets, la matière et la forme, le sujet el le ministre du sacrement de pénitence.
tort, qu'il est coupable et digne de punition. Dans le texte hébreu des livres saints, le mot qui exprime la pénitence n'est pas moins énergique, et il est souvent accompagné d'autres termes qui en déterminent le sens. Gen., c. vi, v. G et 7, Il se repentit et il eut la douleur dans son cœur ; III Keg., c. vi;i, v. 47, // retourna à son cœur; Job, c. xlii, v. 6, « J'ai parlé comme un insensé ; je me con lamnerai donc, et je ferai pénitence sur la cendre. » Jerem., c. xxxi, v. 18 : « Vous m'avez châtié, et j'ai été instruit... après que vous m'avez converti, j'ai fait pénitence; et quand vous m'avez fait connaître mon crime, je me suis frappé, j'ai été confus et j'ai rougi. » Un cœur pénitent est appelé un cœur contrit, brise, humilié, etc. Dans le Nouveau Testament, nous lisons, Matth., c. m, v. 2 et 8 : « Faites pénitence, le royaume des cieux est proche... faites de dignes fru.ts de pénitence. » Il Cor., c. vu, v. 10 : « La tristesse, qui est selon Dieu, opère la pénitence et la santé stable de l'âme. » 11 est donc faux que la tristesse, la douleur, le regret d'avoir péché, soient un sentiment insensé ou blâmable ; que la pénitence ainsi conçue ne soit pas un acte de vertu. Il serait inutile de prouver que le sens de ces passages de l'Ecriture sainte est confirmé par la tradition, par le sentiment constant des Pères de l'Eglise. Luth r n'avait aucun égard à la tradition ; il ne tondait son opinion que sur des raisonnements frivoles ; nous ne savons pas si ses sectateurs y ont persévéré.
Il est évident que Luther ne soutenait ce paradoxe qu'atin d'en conclure que la pénitence ne peut être ni une vertu ni un sacrement ; la doctrine catholique est au contraire que la pénitence est non-seulement une vertu, mais un sacrement qui etface les péchés commis après le baptême, et qui donne au pécheur la grâce de changer de vie ; ainsi l'a décidé le concile de Trente, ibid. Cette décision renferme quatre choses : 1° que Jésus-Christ a donné à son Eglise le pouvoir de remettre les péchés commis après le baptême ; 2° que ce pouvoir doit s exercer par manière de jugement ; que ce n'est pas seulement l'autorité de déclarer que les péchés sont remis, mais de Us remettre en effet de la part de Dieu ; 3° que ce jugement exige l'accusation ou la confession du coupable ; k" que la confession doit être accompagnée d'un regret sincère et de la volonté de satisfaire à la justice de Dieu pour le péché. Différent -s sectes d'hé» réliques ont refusé de reconnaître ces d. vers points de doctrine. Au h* siècle, les montanistes nièrent absolument que l'Eglise pût absoudre aucun pénitent ; au m', les novatiens ne voulurent admettre la rémission des péchés que dans le baptême ; au vi% quelques eutychiens soutinrent qu'il fallait se confesser à Dieu et non aux prêtres ; les albanais tirent de même au vin' ; dans le xu% les vaudois prétendirent qu'un laïque, homme de bien, avait plutôt le pouvoir de i émettre les péchés qu'un mauvais prêtre,
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nu xiv% Wiclei' enseigna que la confession est superflue ; au xvr", les luthériens déclarèrent, dans la confession d'Augsbourç, (|u'ils conservaient le sacrement de pénitence; mais la plupart en ont retranché l'usage : Calvin ni ses disciples n'ont jamais voulu l'admettre.
L'essentiel est donc de prouver que Jésus- Christ a donné à son Eglise le pouvoir d'absoudre les pécheurs ou de remettre les péchés, les autres points de doctrine s'ensuivront comme autant de conséquences.
Matth., c. xvi, v. 19, Jésus-Christ dit à saint Pierre : Je vous donnerai les clefs du royaume des deux, tout ce que vous lierez ou délierez sur la terre sera lié ou délié dans le ciel. C. xvin, v. 18, le Sauveur adresse les mêmes paroles à tous ses apôtres. Joan. c. xx, v. 21, il leur dit : Comme mon Père m'a envoyé, je vous envoie... Recevez le Saint- Esprit ; les péchés sont remis à ceux auxquels vous les remettrez, et ils sont retenus à ceux auxquels vous les retiendrez. Les protestants, incommodés par une promesse aussi formelle, en ont tourné et retourné le sens à leur gré. Ils disent que les apôttes et leurs successeurs ont exercé en effet le pouvoir de remettre les péchés, 1° par le baptême qui est souvent appelé par les anciens le sacrement de la rémission des péchés ; 2° par l'eucharistie qui, en excitant la foi, efface les péchés; 3° parla prédication de la parole de Dieu, que saint Paul appelle la parole de réconciliation, IL Cor., c. v, v. 19 ; k" par les prières et par l'imposition des mains, par lesquelles on rétablissait dans la communion de l'Eglise et dans la participation aux saints mystères, les pécheurs qui avaient fait, la pénitence publique. Toutes ces explications sont-elles justes?
En premier lieu, un païen même peut baptiser validement, par conséquent remettre ainsi les péchés ; les paroles de Jésus- Christ, adressées aux seuls apôtres, doivent donc signifier quelque chose de plus. — En second lieu, il est laux que jamais l'Ecriture sainte ait attribué à l'eucharistie le pouvoir de remettre les péchés ; on a toujours cru au contraire qu'il fallait être purifié du péché pour recevoir ce sacrement avec fruit, et que, suivant le mot de saint Pau!, celui qui le reçoit indignement mange et boit sa condamnation. L'on nous cite un concile d'Orange et un de Carthage, qui ordonnent d'accorder la communion aux mourants, mais ils exigent que ces malades aient reçu la pénitence, ou qu'ds l'aient demandée, et qu'ils n'en aient pas été privés par leur faute. Si, après avoir reçu la communion dans cet état, ils reviennent en santé, ces conciles- veulent qu'on les réconcilie à l'Eglise par l'imposition des mains, qui était l'absolution solennelle. — En troisième lieu, après avoir écouté la parole de Dieu, et après y avoir cru, il fallait encore recevoir le baptême ; cette divine parole ne remet donc pas les péchés. Saint Jérôme et saint Ambroise disent que les péchés sont remis par la parole de Dieu ; mais l'absolution sa-
cramentelle, aussi bien que la forme du baptême, sont la parole de Dieu ; saint Maxime de Turin dit que cette divine parole est la clef qui ouvre la conscience de l'homme, et lui fait confesser ses péchés ; mais il ne dit pas que c'est par là qu'ils lui sont remis. — En quatrième lieu, nous convenons que l'on réconciliait les pénitents à l'Eglise par des prières et par l'imposition des mains ; mais nous soutenons que ces prières renfermaient une formule d'absolution ; que pour les péchés même qui n'élaient point soumis à la pénitence publique, les fidèles croyaient avoir besoin d'absolution, et qu'on la leur donnait.
Hien ne peut mieux démontrer le vrai sens des paroles de l'Ecriture que la croyance et la pratique de l'Eglise : or la croyance contraire à celle des protestants est prouvée par la condamnation que l'Eglise a faite des montanistes, des novatiens et de tous ceux qui n'ont pas voulu reconnaître le pouvoir qu'elle a reçu de Jésus-Christ de remettre les péch's commis après le baptême, d'imposer une pénitence aux pécheurs et de les absoudre ensuite, avant que de les admettre à la communion de l'eucharistie. Celte croyance générale et constante est encore attestée par le sentiment et par l'usage des chrétiens orientaux, dont plusieurs sont séparés do l'Eglise romaine depuis plus de douze cents ans. Ni les Grecs schismatiques, ni les jacobites syriens ou cophtes, ni les neslorii ns, ni les arméniens, n'ont jamais pensé sur ce sujet comme les protestants ; leurs livres témoignent le contraire. Perpétuité de la Foi, tom. V, I. m et iv.
2° Dans ces différentes sociétés chrétiennes, aussi bien que dans l'Eglise romaine, l'absolution se donne par manière de sentence ou de jugement, et par des formules ana ogues à celle dont on se sert parmi nous. Les protestants en imposent lorsqu'ils disent que cette forme judiciaire ou indicative n'a pas été en usage avant le xir siècle : il y a des preuves positives du contraire. Au me, Tertullien, devenu montaniste, blâmait un évêque catholique pour avoir prononcé dans l'Eglise ces paroles : « Je remets les péchés d'adultère et de fornication à ceux qui en ont fait pénitence. » L. de Pudicitia, c. 1. Voilà une absolution conçue en forme judiciaire. Dans les Constitutions apostoliques, I. n, c. 18, lorsqu'un pénitent dit, comme David : J'ai péché contre le Seigneur, l'on exhoi te les* évêques à répondre, comme le prophète Nathan : Le Seigneur vous a remis votre péchés C'est encore un jugement. Bingham., anglican très-instruit, convient que chez les Grecs le pénitencier dit quelquefois : « Selon le pouvoir que j'ai reçu de mon évêque, vous serez pardonné; ou soyez pardonné, par le Père,, le Fils et le Saint-Esprit, amen. » D'autre» fois : « Que Dieu vous pardonne par moi pécheur; » ou simplement : « Soyez pardonné.» Arcadius dit que leur formule ordinaire est : « Je vous tiens pour pardonné, » et que c'est le même sens que s'ils disaient comme nous : Je vous absous. Notes du P.
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Ménard sur te Sacram. de saint Grégoire, p. 235. Aussi Bingham est forcé de convenir que, comme le ministre du baptême dit : Je vous baptise, celui de la pénitence' peut dire aussi : Je vous absous. Orig. eccl., 1. xix, c- 2, § 6. Or puisque je vous baptise ne signifie pas seulement je vous déclare baptisé ou lavé, par quelle bizarrerie veut-il que je vous absous signifie seulement je vous déclare absous?
Lorsque Jésus-Christ a dit à ses apôtres : Guérissez les malades, ressuscitez les morts, il n'a pas prétendu leur dire seulement : Déclarez-les guéris ou ressuscites. Suivant l'expression de saint Pierre, Epist. 1, c. ni, v. 21, le baptême nous sauve, cria ne signilie pas qu'il nous déclare sauvés; suivant celle de saint Paul, Ephcs., c. v, v. 2G : Jésus-Christ a purifié son Eglise par Veau du baptême et par la parole de vie. Dirons-nous qu'il l'a seulement déclarée purifiée? De même que ce divin Sauveur a dit à ses apôtres : Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé, il leur a dit aussi : Les péchés seront remis à celui auquel vous les remettrez. Donc, lorsque le minière de la pénitence dit : Je vous absous au nom du Père, etc., ces paroles opèrent ce qu'elles signiiient comme lorsque celui du baptême dit : Je vous baptise au nom du Père, etc. En effet, Jésus-Christ leur avait dit encore, Matth., c. xix, v. 28, et Luc, c. xxn, v. 30 : Vous serez assis sur douze sièges, pour juger les douze tribus d'Israël. Or, dins le style de l'Ecriture sainte, la qualité de juge emporte l'autorité le faire des lois, d'absoudre ou de condamner, et de punir. Aussi saint Paul, parlant de l'incestueux de Corinthe (I Cor. v, 3), dit : « J'ai déjà jugé ce coupable comme si j'étais présent. » Sur quoi fondés les protestants reprochent-ils aux pasteurs de l'Eglise d'avoir usurpé la qualité de juges contre la défense de Jésus-Christ?
3U Un jugement ne serait pas sage s'il n'était j>as exercé avec pleine connaissance de cause; puisque Jésus-Christ a donné à ses apôtres non-seulement le pouvoir de remettre les péchés, mais encore celui de les retenir, il est évident que les péchés doivent leur être connus; et s'ils sont secrets, le coupable doit les leur révéler par la confession. Au mot Confession, nous avons fait voir que cet acte d'humilité est expressément comm ndé aux pécheurs dans l'Ecriture sainte ; que cette pratique a été en usage* dans l'Eglise dans tous les siècles, et depuis les apôtres jusqu'à nous. Les protestants l'ont attaquée par prévention et par esprit d'indépendance, on pour/ait dire par libertinage ; ils n'y ont opposé que des sophismes, des allégations fausses et des calomnies. Voy. Confession.
4° La confession des péchés serait une hypocrisie si el e n'était pas accompagnée de la contrition, c'est-à-dire d'un regret sincère d'avoir otfensé Dieu, d'une ferme résolution de ne plus pécher. De quel front le pécheur oserait-il demander à Dieu le pardon de ses crimes s'il n'en avait aucun regret, s'il était résolu de les continuer et d'y persévérer, s'il
ne voulait rien faire pour se punir et pour réprimer les passions qui ont été la cause de ses fautes? Aussi, à l'article Contrition, nous avons prouvé que Dieu l'exige absolument des pécheurs, et qu'il n'a promis de leur pardonner que sous cette condition. Nous avons examiné quels do vent être la nature et les motifs de la contrition, pour obtenir de Dieu le pardon du péché. Au mot Satisfaction, nous ferons voir que Dieu, en nous accordant ce pardon et en nous exemptant de la peine éternelle due au péché, ne nous dispense point de satisfaire à sa jus ice par des peines temporelles. Ces trois dispositions que Dieu exige des pécheurs sont appelées parles théologiens les actes du pénitent. Et nous demandons aux protestants si ce ne sont p ss là des actes de vertu? Il faut certainement de la force d'âme et du courage pour s'avouer coupable, pour en avoir du regret, pour se punir soi-même et se corriger : ce sont là autant d'actes d'humilité, de soumission à Dieu, de religion et de justice, de confiance en la miséricorde de Dieu, e c. Lorsque l'absolution est accordée à un coupable qui a toutes ces dispositions, nous prions les protestants de nous dire ce qu'il y manque pour être un sacrement, et quelle différence il y a entre ce rite et celui du baptême? Jésus-Christ est également instituteur de l'un et de l'autre; nous avons cité ses paroles à l'égard de l'un et de l'autre, et nous les avons comparées. Les apôtres ont administré l'un et l'autre, et ils exigeaient pour le baptême des dispositions aussi bien que pour la pénitence. « Faites pénitence, disait saint Pierre, et que chacun de vous reçoive le baptême po.ir la rémission des péchés (Act. h, 38). » Simon le Magicien avait été baptisé; lorsqu'il voulut acheter des apôtres le pouvoir de donner le Saint-Esprit, l'apôtre lui répondit : « Fais pénitence de ta méchanceté, et prie Dieu de te pardonner cette pensée de ton cœur, » c. vm, v. 22. Puisque le baptême ne rend pas l'homme impeccable, il n'est pas moins besoin d'un sacrement qui efface les péchés des fidèles biptisés que de celui qui leur a remis le péché originel et les péchés volontaires commis dans l'état d'infidélité; el puisque la foi n'a pas la vertu de prévenir le péché , elle a encore moins la vertu de l'effacer.
Le sentiment commun des théologiens est. que les actes du pénitent sont la matière du sacrement de pénitence, et que l'absolution du prêtre en est la forme. Quelques-uns tiennent que la mat ère est l'imposition des mains ; mais ils n'ont embrassé cette opinion que par une raison d'analogie qui n'est rien moins qu'une démonstration. Il suffit de savoir que , sans les trois actes du pénitent et l'absolution réunis ensemble, le sacrement est nul et n'opère po:nt la rémission des péchés. A la vérité. Dieu en a promis le pardon à la contrition parfaite ; mais depuis l'inst.tution du sacrement de baptême et de celui de la pénitence , la contrition ne peut pas être censée parfaie ni sincère, à moins qu'elle ne renferme la volonté de recevoir
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l'un ou l'autre de ces sacrements, suivant le besoin et conformément à l'institution de
J, ••sus-Christ. Il est encore décidé par le concile de Trente, sess. 14, de Pœnit., can. 10, cje les évêques et les prêtres sont lesi ministres du sacrement de pénitence, qu'eux seuls ont le pouvoir d'absoudre les pécheurs. Mais outre la puissance de l'ordre, que les prêtres reçoivent p.'ir l'ordination, ils ont encore besoin d'un pouvoir de juridiction. Cette juridiction est censée ordinaire lorsqu'elle est attachée à un titre, par exemple, à celui de curé; elle est seulement déléguée lorsqu'elle vient de la simple approbation de l'évêque. Sans l'une ou l'autre, un prêtre ne peut absoudre, ni légitimement ni v. lidement, excepté dans le cas de nécessité. Voy. Approbation.
Pénitence se dit aussi des bonnes œuvres et des peines que le confesseur impose au pénitent pour la satisfaction des péchés dont il l'absout. Voy. Satisfaction. Une question importante est de savoir s'il y a des péchés tellement griefs, qu'ils ne peuvent être remis par le sacrement de pénitence. Deux sectes d'hérétiques ont soutenu autrefois ce paradoxe : les montanistes et les novatiens. Voy. ces deux mots. L'Eglise a décidé le contraire par ses décrets et par sa pratique : elle s'est fondée sur des passages formels de l'Ecriture sainte.
Dieu dit aux Juifs par Isaïe, c i, v. 16 : Pur i fiez-vous , cessez de faire le mal, et venez; quand vos péchés seraient rouges comme l'écarlatc, ils deviendront blancs comme la neige... C. lv, v. G : Que l'impie change de conduite et qu'il revienne au Seigneur; le Seigneur aura pitié de lui, parce qu'il pardonne à l'infini. Et par Ezéchiel, c. xviu, v. 21 : Si l impie fait pénitence, il vivra et ne mourra point; je ne me souviendrai point de ses iniquités. Ma volonté est-elle donc la mort du pécheur, et non sa conversion et sa vie? Or, on sa t que les Juifs étaient coupables de crimes énormes, d'idolâtrie, de blasphème, d'injustice, d'oppression des pauvres, etc.; les prophètes les leur ont reprochés : c'est pour cela qu'ils les nomment non-seulement des pécheurs, mais des impies. Cependant Dieu leur promet le pardon s'ils se convertissent. Oserait-on soutenir que Dieu est moins miséricordieux envers les chrétiens qu'envers les Juifs? Aussi Jésus-Christ n'a pas seulement donné à ,ces apôtres le pouvoir'de remettre les fautes légères, mais de remettre tous les péchés sans exception : Quœcunque solveritis, etc. Saint Pierre, Epist.II, c. m, v. 9, dit que Dieu use de patience, parce qu'il ne veut pas que personne périsse, mais que tous recourent à la pénitence; il n'en exclut aucun pécheur. Jésus- Christ ne menace de la perte éternelle que ceux qui refusent de faire pénitence (Luc. xni, 3j. Lorsque les pharisiens se scandalisèrent de ce qu'il faisait accueil à tous les pécheurs et pardonnait à tous , il confondit ces téméraires censeurs par les paraboles de l'enfant prodigue, de la brebis et de la drachme perdues, etc. Il demanda grâce à son Père, môme pour ceux qui l'avaient
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crucifié. Y eut-il jamais au monde un forfait plus énorme? Aussi saint Pierre leur promit le pardon s'ils voulaient croire en Jésus- Christ et faire pénitence (Act. m, 19).
Il n'est donc pas étonnant que l'Eglise ait dit anathème aux montanistes et aux novatiens lorsqu'ils ont voulu mettre des bornes ii li miséricorde de Dieu et blâmer l'indulgence des pasteurs envers les pécheurs pénitents. Ils prétendaient que l'on devait refuser la grâce de la réconciliation à ceux qui avaient apostasie pendant les persécutions, à ceux qui avaient commis de grands crimes après leur baptême, à ceux qui avaient abusé déjà de la pénitence en retombant dans le désordre. Personne ne leur résista d'abord avec plus de force que ïertullien : heureux s'il eût toujours persévéré dans les mêmes sentiments ! « Dieu, dit-il, qui dans sa justice a destiné un châtiment à tous les péchés de la chair, de l'esprit ou de la volonté, leur a aussi promis le pardon par la pénitence.... 11 ne faut pas désespérer une âme. Si quelqu'un doit faire une seconde pénitence, qu'il craigne de pécher de nouveau, et non de se repentir... Que personne ne rougisse de guérir de nouveau en réitérant le même remède. Le moyen de témoigner notre reconnaissance à DieU est de ne pas dédaigner ce qu'il nous offre. Vous avez péché, mais vous savez à qui vous devez satisfaire pour vous réconcilier avec lui. Si vous en doutez, voyez ce que son Esprit dit aux Eglises. Il leur reproche des désordres , mais il les exhorte à la pénitence; il menace, mais il ne menacerait l'as les impénitents s'il ne voulait pas pardonner au repentir, etc. » ïerlullien cite à l'appui de ces paroles les paraboles de l'Evangile que nous avons alléguées ci-dessus, de Pœnit., c. iv, vu, vin, etc.
Saint Cyprien, quoique rigide observateur de la discipline, lit décider dans un concile de Carthagc auquel il présidait, que l'on recevrait à pénitence ceux qui étaient tombés dans la persécution ; et le concile de Nicée , tenu au ivc siècle, condamna unanimement la rigueur imprudente des novatiens. Déjà elle avait été proscrite par le cinquante-unième canon des apôtres : « Si un évoque ou un prêtre ne veut pas recevoir celui qui revient après avoir péché, et s'il le rebute, qu'il soit déposé; il contriste Jésus - Clnist qui a dit que la conversion d'un pécheur cause plus de joie dans le ciel que la persévérance de quatre-vingt-dix-neuf justes. » C'est la doctrine et la pratique qu'ont suivies les Pères et les conciles des siècles suivants. Nous convenons qu'il y a eu quelques Eglises dans lesquelles on a poussé la rigueur jusqu'à refuser Ja pénitence, même à l'article de la mort, aux pécheurs connus pour coupables de grands crimes, comme d'apostasie et d'idolâtrie, do meurtre, d'adultère; mais celle sévérité ne fut jamais imitée ni approuvée par l'Eglise universelle. On a senti de même la nécessité d'admettre une seconde fois à la pénitence les relaps , ou ceux qui étaient retombés dans le crime après en avoir déjà reçu le pardon , et l'on y était autorisé par
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l'Evangile. En effet, Jésus-Christ avait dit : Soyez miséricordieux comme votre Père céleste ; pardonnez , et vous serez pardonnes. Lorsque saint Pierre lui demanda combien de fois il faut pardonner, il répondit : Je ne vous dis point jusqu'à sept fois, mais jusqu'à septante fois sept fois. Il dit ailleurs, jusqu'à sept fois par jour (Luc. vi, 3G; xvn, 4; Mattli. xv:n, 21). C'est dire assez clairement que la miséricorde de Dieu qu'il nous propose pour modèle ne refuse jamais le pardon.
Les montauistes et les uovatiens , comme tous les hérétiques, citaient en leur faveur des passages de l'Ecriture. 11 est dit (I Rcg.u, 25) : « Si quelqu'un pèche contre le Seigneur, qui priera pour lui? » Malth., c. xn, v. 31, Jésus-Christ nous assure que le blasphème contre le Saint-Esprit ne sera remis ni en ce monde ni en l'autre; saint Paul, Ilebr-, c. vi, v. 4, dit qu'd est impossible que ceux qui ont été une fois éclairés, qui ont reçu le Saint-Esprit et sont retombés, s ient renouvelés par la pénitence. 11 ajoute, c. x, v. ÎG, que quand nous péchons volontairement, après avoir reçu la connaissance de la vf'-'ité, il ne nous reste plus de victime pour le p ïhé, mais une attente terrible du jugement de Dieu. Saint Jean, Epist. I, c. v, v. 16, parle d'un péché qui est à la mort , et pour lequel il n'invite personne à prier. Voilà des arrêts terribles prononcés contre les pécheurs.
ils sont terribles, sans doute, mais ils n'ont pas le sens que les montauistes et les novatiens y donnaient. Dans le passage cité du livre des Rois, le vieillard Héli réprimandait ses enfants qui étaient prêtres et dont la conduite était très-scandaleuse; il leur représente que quand un prêtre donne l'exemple de l'impiété, peu de personnes sont tentées de prier pour lui, parce qu'on le regarde comme un réprouvé incorrigible; mais cela ne prouve pas qu'il ne puisse pas faire pénitence. Le blasphème contre le Saint-Esprit, duquel parle le Sauveur, est l'opiniâtreté avec laquelle les Juifs attribuaient ses miracles à l'esprit impur; il leur déclare que leur perte éternelle est assurée, s'ils persévèrent dans cette disposition jusqu'à la mort. Nous sommes forcés de mettre cette restriction à la menace de Jésus-Christ, puisqu'il pria pour eux sur la croix, et que plusieurs se convertirent. Il en est de même des apostats du christianisme que saint Paul désigne par ces mots qui sont retombés ; il est impossible, c'est-à-dire très— difticile qu'ils se renouvellent par une pénitence sincère, et l'on en a vu rarement des exemples. Suivant l'apôtre, ces gens-là crucifient Jésus-Christ de nouveau, autant qu'il est en eux, et en le reniant ils semblent témoigner que l'on a bien fait de le crucifier. Dans le second passage de saint Paul, il est encore question des juifs apostats, qui renoncent au christianisme pour retourner au judaïsme; il les avertit qu'il ne leur reste dans la loi juive aucune victime capable d'expier leur forfait , mais iis pouvaient encore revenir au christianisme, quoique les exemples de ce retour aient
été fort rares. Le péché à la mort, duquel parle saint Jean, est celui avec lequel un homme meurt sans avoir fait pénitence, et ii est vrai que les prières faites pour un pécheur mort impénitent seraient fort inutiles. C'est ainsi que les Pères de l'Eglise ont entendu les passages de l'Ecriture sainte desquels les hérétiques abusaient, et c'est ce qui a démontré, dès les premiers siècles, la nécessité de cons ilterla tradition et l'enseignement de l'Eglise, pour prendre le vrai sens de l'Ecriture sainte. Comment prouver autrement aux novatiens qu'il fallait expliquer les textes qu'ils alléguaient par ceux que nous avons C:tés en preuve, et que ceux qui expriment la miséricorde de Dieu doivent prévaloir à ceux qui peignent sa justice? Les clameurs et les plaintes de ces sectaires donnèrent cependant lieu d'augmenter la sévérité de la pénitence publique, de laquelle nous allons parler.
Pénitence publique. Dans le n* siècle de l'Eglise et les suivants, les évêques jugèrent que, pour l'édification des fidèles et pour maintenir parmi eux la sainteté des mœurs, il était à propos d'exiger que ceux qui avaient commis de grands crimes après leur baptême fussent privés de la participation aux saints mystères, retenus dans l'état d'excommunication, et fissent publiquement pénitence. Voici en quoi elle consis.ait. Ceux a qui ello était prescrite s'adressaient au pénitencier qui prenait leurs noms par écrit; le premier jour du carême ils se présentaient à la porte de l'église en habits de deuil, tels que les portaient les pauvres; entrés dans l'église, ils recevaient, des mains de l'évêque, des cendres sur la tète et des cilices pour se couvrir : ensuite on les mettait hors de l'église, et l'on fermait les portes sur eux. Chez eux ils passaient le temps de leur pénitence dans la solitude, le jeûne et la prière; les jours de fêles ils se présentaient à la porte de l'église, mais sans y entrer; quelque temps après on les y admettait pour entendre les lectures et les sermons, mais ils étaient obligés d'en sortir avant les prières; au bout d'un certain temps, ils étaient admis à prier avec les fidèles, mais prosternés; enfin on leur permettait de prier debout jusqu'à l'offertoire, et alors ils soitaient. Ainsi il y avait quatre degrés dans la pénitence publique, ou quatre ordres de pénitents. Celui qui avait commis un homicide , par exemple, était quatre ans au rang des pleurants ; aux heures de la j rière, il se trouvait à la porte de l'église revêtu d'un ciliée, avec de la cendre sur la tête, sans être rasé; il se recommandait aux prières des fidèles qui entraient dans l'église. Les cinq années suivantes il était au rang des auditeurs, et il entrait dans l'église pour y entend, e les instructions; après ce temps, il était au nombre des prosternés pendant sept ans; enfin il passait au rang que l'on appelait des connisants, conni tentes ou stantes; il priait debout jusqu'à ce que les vingt ans de pénitence étant accomplis, il recevait l'absolution ] ar l'imposition de? mains, et il était admis à la participation de l'eucharistie. Le temps
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de cette péniu nce était plus ou moins long, suivant les divers usages des églises ; et il y a encore une grande diversité entre les canons pénitentiaux qui nous restent; les plus anciens sont ordinairement les plus sévères. Saint Basile marque deux ans pour le larcin, sept pour la fornication, onze pour le parjure, quinze pour l'adultère, vingt pour l'homici le, et la vie entière pour l'apostasie. Ce temps était souvent abrégé par les évoques, en considération de la ferveur des pénitents; on l'abrégeait encore à la recommandation des martyrs ou des confesseurs, et cette grâce se nommait Indulgence. Vo\j. ce mot. Si un fidèle mourait pen lant le cours de sa pénitence et avant de l'avoir accomi lie, on présumait son salut, et l'on offrait pour lui le saint sacrifice. Plusieurs faisaient la pénitence publique sans que l'on sût pour quels péchés; d'à. très la faisaient en secret, même pour de grands crimes, lorsque la pénitence publique aurait causé du scandale ouïes aurait exposés à quelque danger. Enfin, l'on a vu quelquefois des personnes très-vertueuses et du plus haut rang, prendre par humilité l'habit des pénitents, et en remplir toutes les pratiques avec la plus grande édification. Lorsque les pénitents étaient admis à la réconciliation, ils se présentaient à la porte de ''église, l'évoque les y faisait entrer et leur donnait l'absolution so'ennelle. Alors ils quittaient leirs habits de pénitence, et recommençaient à vivre comme les autres fidèles. Ceite rigueur, dit saint Augustin, était sagement établie; si 1 homme récupérait promptement les privilèges de l'état de grâce, il se ferait un jeu de tomber dans le péché. Dans les deux premiers siècles de l'Eglise, le temps de cett ! pénitence ni la manière n'étaient pas réglés; l'on comprend assez qu'elle n'était guère praticable lorsque les chrétiens n'avaient pas l'exercice libre do leur religion ; mais au troisième l'on fit des règlements à ce sujet. Ce fut en partie pour fermer la bouche aux montanistes et aux novatiens, qui reprochaient à l'Eglise catholique de recevoir trop aisément les pécheurs à la réconciliation. Dans quelques églises la rigueur de cette pénitence était si grande, que pour les crimes d'idolâtrie, d'homicide et d'adultère, on laissait les pécheurs en pénitence pendai.t le reste de leur vie, et qu'on ne leur accordait pas l'absolution, môme à la mo.t. A l'égard djs deux derniers crimes, on se relAcha dans la suiîe; mais pour les apostats cette sévérité a duré plus longtemps. Cela fut ainsi résolu à Rome et à Cartilage du temps de saint Cyprien, et l'on n'accordait l'absolution, à la mort, qu'à ceux qui l'avaient demandée en santé ; si par hasard ils revenaient ie leur maladie, ils étaient obligés d'accomplir la pe/uïmee. Jusqu'au vr siècle, quand les pécheurs, après avoir fait pénitence, retombaient dans le crime, on ne les recevait plus au bienfait de l'absolution, ils demeuraient séparés de la communion de l'Eglise, on laissait leur salut entre les mains de Dieu, non que l'on en désespérât, dit saint Augustin, mais afin
de maintenir la rigueur de la discipline.
Ce ne fut qu'au iv" siècle que les divers degrés de la pénitence furent entièrement réglés, et ces règles furent nommées Canons pénitentiaux ; ils ne furent observés rigoureusement que dans l'Eglise grecque ; ce n'était pas une institution des apôtres. Pendant les quatre premiers siècles, les clercs étaient soumis, comme les autres, à la pénitence ; dans les suivants, on les déposait do leur ordre et on les réduisait au rang des laïques, lorsqu'ils avaient commis un crime pour lequel ces derniers étaient mis en pénitence. Vers la fin du v% on introduisit une pénitence mitoyenne entre la publique et la secrète ; elle se faisait en présence de quelques personnes pieuses, pour des crimes commis dans les monastères ou ailleurs.
Enfin, vers le vn% la pénitcncepublique, pour les péchés occultes, cessa tout à fait. Théodore, archevêque de Cantorbéry, est regardé comme le premier auteur de la pénitence secrète en Occident. Sur la fin du vm', on introduisit la commutation de la pénitence en d'autres bonnes œuvres, comme aumônes, prières, pèlerinages. Dans le xne, on s'avisa de racheter le temps de la pénitence canonique pour une somme d'argent qui était employée au bâtiment d'une église ou à un ouvrage d'utilité publique ; cette pratique fut d'abord appelée relâchement et ensuite indulgence. Dans le xm* siècle, la pratique de la pénitence publique étant absol liment perdue, les pasteurs furent contraints à exhorter les fidèles à une pénitence secrète pour les péchés secrets et ordinaires; quant aux péchés énormes et publics, on imposait encore des pénitences rigoureuses. Le relâchement augmenta dans le xiv* et le xv' ; on n'ordonnait plus que des pénitences légè.es pour des péchés griefs ; le concile de Trente a travaillé à réformer cet abus ; il enjoint aux confesseurs de proportionner la rigueur des pénitences à l'énormité des cas, et il veut que la pénitence publique soit rétablie à l'égard des péchés publics. Observ. de Laubespine ; Morin , de Pœnit ; Eieury, Mœurs des chrétiens, n. 25 ; Drouin, de re Sacramcnt., etc.
PÉNiTENCERIE, PÉNITENCIER. Ces deux articles ont moins de rapport au dogme qu'à la discipline de l'Eglise; comme il y a des cas réservés au souverain pontife, et d'autres qui sont réservés aux évoques, le pape a établi un grand-pénitencier qui est ordinairement un cardinal, auquel il faut s'adresser pour obtenir le pouvoir d'absoudre des cas et des censures réservés au saintsiége, et la dispense des empêchements qui ont pu renJre un mariage nul. De même les évoques ont établi dans leur cathédrale un pénitencier, auquel ils ont donné le pouvoir d'absoudre des cas qui leur sont réservés. Nous devons observer en passant, que les prétendues taxes de la pénitencerie romaine, publiées parles protestants pour faire croire aux ignorants que tous les crimes sont remis à Rome pour de l'argent, sont une calomnio grossière ou un abus retranché depuis long'
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