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instruit, plus grand, et revêtu d'une, autorité supérieure à la leur. Il parle en législateur ; les autres sont des historiens et des prophète^ *ou3 parlent de lui avec respect. — 6° Quel aut^o que lui a pu avoir assez d'ascendant pour faire recevoir aux Juifs, peuple mutin, rebelle et opiniâtre, des lois et des usages très-diiVérents de ceux des autres nations, desquels ils ne supportaient le poids qu'avec répugnance, dont ils avaient secoué vingt fois le joug, et auxquels ils ont toujours été forcés de revenir? Moïse leur fait les reproches les plus sanglants : il leur prédit leurs fautes et leurs malheurs, son histoire les couvrait d'opprobre, et de siècle en siècle ils ont transmis à leurs descendants ce témoignage irrécusable de la mission divine de leur législateur. Un autre que Moïse n'aurait pas osé faire h sa nation des réprimandes aussi sévères, ni placer dans son histoire des faits aussidéshonorantspour elle.
Plus on voudra reculer l'époque de la supposition du Pentateuque, plus on rendra ce fait impossible et absurde. Plaçons-le sous quelle date on voudra. Sous Josué, il est question du partage de la Palestine entre îes tribus, et ce partage ne fut pas égal; mais la distribution des parts et l'emplacement de ch que tribu avaient été réglés par Moïse, et annoncés d'avance par le testament do Jacob : il n'y eut ni révolte ni murmure à ce sujet; chacune de ces peuplades prit sans contester la portion qui lui revenait. Sous les juges, tout se trouve arrangé suivant ce plan : Jephté argumente contre les Ammonites sur le xxic chapitre du livre des Nombres, Jtid., c. xï, Go justifie par l'histoire de Moïse que depuis trois cents ans les Israélites sont ce possession légitime du terrain qu'ils occupent. Cette histoire était donc reconnue pour très-authentique. Sous le gouvernement de Samuel, la nation mécontente demande un roi : Moïse l'avait prédit, et avait fait des règlements à ce sujet (Dent. xvn, 14); il fallut s'y conformer. Après le règne do Saiïl, dix tribus contestent à David la royauté : sous Iloboam le schisme recommence, et dure jusqu'à, la captivité de Babylone. Voilà deux royaumes et deux peuples divisés d'intérêts. Pour prévenir leur réunion , Jéroboam entraine ses sujets dans l'idolâtrie : cependant les lois civiles et politiques imposées par Moïse continuent à être suivies dans l'un et l'autre royaume. Etaitce dans ces cire .nstances qu'un imposteur pouvait être tenté de les forger, ou avoir assez d'autorité pour les faire recevoir par deux peuples ennemis l'un de l'autre?
Tous deux se sont trouvés intéressés à les conserver, pour connaître et maintenir les limites de leurs possessions respectives.
Pendant la captivité de Babylone, nous voyons par les livres de Tobie, d'Esther, de Jiaiuch, d'Ezéchiel et de -Daniel, que les Juifs dispersés dans la Chaldée et dans la Médie ont continué de vivre selon leurs lois; ce n'était pas pendant celte dispersion qu'un particulier quelconque pouvait introduire Chez cette nation des livres, une législation,
une histoire supposée sous le nom de Moïse. Aussi la plupart des incrédules ont imaginé que cette supposition n'a été faite qu'après le retour de la captivité; c'est Esdras, disentils, qui est l'auteur du Pentateuque. De toutes les hypothèses possibles, ils ne pouvaient pas en choisir une plus absurde. 11 faut savoir d'abord qu'Esd* as, né à Babylone, ne vint dans la Judée que so'xante-treize ans après le retour qui s'était fat sous Zorobabel, Esdr., c. vu. Or, Esdras lui-même nous apprend que Zorobabel, Josué, fils de Josédech, qui était grand prêtre, avec les autres chefs de la nation, avait déjà rétabli l'autel des holocaustes, les sacrifices, les fêtes, lo chant des Psaumes de David, comme il est écrit dans la loi de Moïse, serviteur de Dieu, c. m, v. 2. Ce n'est donc pas lui qui en était 1 auteur. Il n'était pas au monde lorsque Tobie, Baguel, Esther, Mardochée, Ezéchiel, Daniel, etc., faisaient profession d'obseï voila religion et les lois prescrites par Moïse. Si les Juifs n'avaient pas déjà l'esprit imbu des lois, des prédictions, des promesses et des menaces de Moïse, comment et par quel motif se sont-ils résolus à quitter la Chaldée soixante-treize ans avant Esdras, à revenir habiter la Palestine, pays dévasté depuis soixanîe-dix ans, pour y subir le joug d'une loi qui devait leur être inconnue et qui les rendait ennemis de leu;s voisins? Esdras, simple prêtre, n'avait aucun moyen de les y forcer lorsqu'il vint dans la Judée; aussi fît-il profession de ne rien prescrire, de ne rien établir que ce qui était ordonné par la loi de Moïse, Esdr., 1. I, c. m, v. 3; c. vi, v 18; c. vu, ix, x, etc. Si déjà les Juifs n'étaient pas convaincus de l'authenticité de ce livre et de ces lois, il a fallu qu'Esdras fascinât tous les esprits, pour leur persuader faussement que tout cela existait déjà depuis plus de mille ans.
Pour forger à cette époque les livres de Moïse, il fallait fabriquer encore ou altérer tous les livres postérieurs de l'Ecriture qui en font mention ; il fallait faire parler vingt auteurs différents sur le ton et suivant le génie qui convenait à chacun d'eux; c'est prêter trop d'habileté à un écrivain juif. Esdras a écrit ses propres livres, partie eu hébreu et partie en chaldéen ; ceux de Moïse et des auteurs postérieurs sont en hébreu pur. Quelle différence entre le style de Moïse et celui d'Esdras! Il aurait fallu encore que ce dernier inventât les prophéties d'Isaïe et de Jérémie touchant la ruine de Babylone , celles de Daniel sur la succession des quatre grandes monarchies, celles de tous les prophètes qui annonçaient la venue du Messie et la vocation future des gentils; ces divers événements n'étaient pas encore accomplis; les incrédules, sans doute, ne sont pas tentés d'accorder à Esdras le don de prophétie.
Mais une preuve plus forte et plus invincible de l'authenticité des écrits de Moïse est le témoignage de Jésus-Chr.st que nous ont transmis les apôtres et les évangélistos-, dans une infinité de [vissages des Evangiles, ee divin Maître a cité aux Juifs les lois, les
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préceptes, les prédictions, ics livres do Moïse : il était donc persuadé, comme toute la nation juive, que ces livres étaient l'ouvrage de Moïse et non d'un autre. Pour contredire la croyance commune de toute une nation sur un article aussi important, il faudrait des raisons démonstratives ; les incrédules n'y opposent (pie des objections frivoles. Dans les articles Genèse et Deutéronome, nous avons répondu à celles que l'on l'ait contre ces deux livres en particulier. Quelques discoureurs modernes ont avancé que du temps do Moïse l'art d écrire n'était pas encore connu; le contraire est prouvé par les monuments les plus certains de l'histoire profane. Voyez l'Origine du langage et de récriture , par M. de Gébelin. D'autres ont dit que dans le désert Moïse manquait de matières propres à faire un livre; ils ont oublié que les Israélites, en arrivant dans le désert, étaient chargés des dépouilles des Egyptiens ; l'on employa des métaux, des étotl'cs et des pe;»ux apprêtées pour construire le tabernacle. Moïse a donc pu avoir des bandelettes de lin, des peaux d'animaux, du papyrus, des tablettes de cire et de bois, sur lesquelles les Egyptiens ont écrit de tout temps, comme nous le voyons p/r lés figures dontils ont chargé leurs momies (1). On objecte que Moïse patle de lui-même a la troisième personne; il ne s'ensuit rien, puisque Xénophon, César, Josèphe, Esdras et d'autres ont fait de môme. On ajoute que
(1) Pour détruire l'autorité an Ventât r;qe, les incrédules ont fouillé les entrailles Je la terre, interrogé l'histoire, consulté les astres, demandé des preuves aux arts. — L'art (récrire a été sur tous les autres l'objet d'une attention particulière. Us ont contesté son existence du temps de Moïse. Si dans la suite ils ont accordé (pie l'écriture hiéroglyphique était connue, c'était pour établir l'impossibilité d'écrire en hiéroglyphes le Pentateuque qui est rempli de généalogies, de noms propres et de détails très-circonstanciés. Passant ensuite à la matière, ils ont prétendu que « l'art de graver ses pensées sur la pierre polie, sur la brique ou sur le plomb était la seule manière d'écrire. » 11 aurait fallu graver cinq volumes sur des pierres polies, ce qui demandait des efforts et un temps prodigieux. Comment, dans un désert, occupé de marches et de contre-marches, obligé d'apaiser les séditions, d'organiser un peuple en corps de nation, de régler tout le détail d'une administration difficile, comment Moïse aurait-il pu écrire son livre? On voit, que tout concourt à démontrer que Mo se a été dans une impossibilité absolue d'écrire le Pentateuque.
Avant de répondre directement, nous allons rechercher, 1° quelle était anciennement la matière qui servait à la composition d'un livre ? 2° quelles étaient les différentes espèces d'écriture connues dans l'antiquité ?
1" Quelle était la matière qui servait anciennement à la composition d'un livre ? — Tous les auteurs de l'antiquité disent que la pierre, la brique, le marbre et le bois reçurent d'abord les pens es des mortels. Jusqu'à une époque très-avancee on s'en servit presque toujours pour graver le souvenir de quelque grand événement, ou pour exposer sous les yeux du peuple ies lois qui devaient le diriger ( Voir Porphyre, Euhémère dans Lactance, Sanchonialhon dans Théodore!, Hérodote, Diodore <-!c Sicile, Pline, Plutarque, Auhi-Gelle, Diogène-Laérce, etc.). Ensuite on
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l'auteur du Pentateuque entre, sur les lieux voisins de l'Euphrale, dans des détails <jui n'ont pu être connus que d'un homme qui
employa des ..ablettes recouvertes de cire. Pline observe tpie leur usage remonte au delà de la guerre de Troie. Les autres matières dont on se servit à différentes époques sont la feuille de palmier, l'écorec de certains arbres, une composition faite avec le papyrus, la peau de quelques animaux. Un roi de Pergame en perfectionna la préparation; de là lui vient lcnomdeparchemin.OnamêmevuàConstantinoplCun Homèreécriten lettres d'or sur les intestins d'un serpent. (Pline, Virgile, Syrus, Mabillon, Calmet, etc.) Nous ne pouvons préciser l'époque où chacune de ces matières fut employée. Nous nous contenterons de rapporter ici l'observation du savant comte de Cayhi^ {Menu de iWcal. des belle-t-leUrcs ) : « 1! n'est pas douteux que l'écriture une fois inventée n'ait été employée sur tout ce qui pouvait la recevoir. Les matières ont varié selon les temps et les circonstances. On peut dire cependant qu'on aura préféré pour une chose si nécessaire ce qu'il y avait de plus commun et de plus facile à transporter. >
2° Quelles étaient ies différentes espèces d'écritures connues dans l'antiquité ? — L'art de conserver le souvenir de la pensée fut, sans aucun doute, un des premiers besoins de l'homme. Aussi un philosophe distingué en (ait- il remonter l'origine à Dieu luimêine. Il pense que le souverain de tous les êtres donna 1 écriture au premier des mortels aussi bien que le langage. Comme celui-ci, elle dut prendre des formes bien multipliées. Les caractères éprouvèrent beaucoup de la mobilité du temps et des circonstances. Nous trouvons deux espèces d'écritures, différentes entre elles, non-seulement quant à la conformation des caractères, mais même quant à la signification. L'une est hiéroglyphique et l'autre euphonique. — L'écriture hiéroglyphique représente la pensée par des symboles et des images. D'après cela on conçoit que celte espèce d'écriture devrait avoir pour ainsi dire autant d'images que nous avons de pensées, et qu'il doit être très-difficile de l'employer pour les idées abstraites et de détails. Elle dut convenir à l'enfance des peuples dont les idées ne sont point multipliées et qui se représentent tout en images : c'était l'écriture des peuples du nouveau monde. A son aide les Mexicains avaient retracé leur histoire et leur législation. Elle fut beaucoup en usage chez les Egyptiens. L'écriture ordinaire eut sans doute tenu un langage trop froid sur ces monuments qui étonnent l'imagination. L'écriture mystérieuse était beaucoup plus en rapport avec eux. Serait-il impossible d'écrire en hiéroglyphes un livre tel que le Pentateuque? Nous avouons que ce serait une tentative très-difficile. Mais l'impossibilité ne nous paraît pas bien démontrée d'après ce que nous venons de dire de l'histoire des Mexicains. — L'écriture euphonique est celle qui nous rappelle les sons auxquels nos idées sont attachées. Avec elle il n'y a aucune parole dont on ne puisse conserver !e souvenir. Lucain attribue aux Phéniciens cette merveilleuse in\enliou. Supposant qu'elle soit l'œuvre de l'homme, nous ne pouvons déterminer son origine, seulement nous savons que Cadmus importa l'écriture euphonique lorsqu'il vint se fixer à Thèbes. Il vivait un siècle avant Moïse suivant les labiés de bons chronologisles. 11 pai-aît assez bien démontré qu'avant lui'Cécrops, fondateur d'Athènes, en avait doté la Grèce. Nous ne nous arrêterons pas à rechercher la différence des caractères. Cette recherche est inutile au but que nous nous proposons. Nous observerons seulement qu'il est indubitable qu'outre l'écriture hiéroglyphique, les Egyptiens avaient aussi des caractères euphoniques ; on s'en servait pour les affaires privées. (Voir Hérodote, Plularquc, Calmet, Champollion, Uuniboldt, Paravoy, etc.)
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avait voyagé. L'on se trompe; non-seulement Moïse a pu apprendre ces détails par le récit de quelques voyageurs, mais son aïeul avait vécu avec les enfants de Jacob, qui étaient nés dans la Mésopotamie : il a donc été instruit des détails géographiques par la même tradition qui lui a transmis les événements rapportés dans la Genèse (1).
Enfin nos adversaires disent que si Moïse a écrit le Pentateuque, cet ouvrage avait été entièrement oublié des Juifs, puisque, sous Josias, l'on en trouva dans le temple un exemplaire, dont la lecture étonna beaucoup ce roi. Cet étonnement prouve seulement que Josias, dans son enfance, avait été trèsmal instruit par on père idolâlre. Est-il certain d'aiileurs t\ae le livre trouvé dans le temple, sous le règne de Josias, était tout le Pentateuque? Il es1 beaucoup plus probable que «'étaient seulement les huit derniers chapitres <ta. Dcutt^onome, qui renferment les promisses et les bénédictions prononcées par Moïse en faveur de ceux qui accompliraient la loi, les menaces et les malédictions lancées contre ceux qui la violeraient. Yoy. IV Reg., c. xxn, v. 8 et
D'après cet exposé, la solution des difficultés nous partit bien facile. Il est incontestable que l'art d'écrire existait du temps de Mosc. Les caractères de son livre ont-ils été peints ou gravés ? il ne nous est point donné de résoudre celte question. Quelques savants très-distingués, appuyés sur des passages de Job, des Proverbes, etc., pensent que l'usage ancien des écrivains sacrés était de graver sur le bois, sur la pierre, sur le plomb; d'où ils concluent que probablement Moïse lit graver son livre sur le bois. Nous ne nous arrêterons pas à réfuter la prétendue impossibilité de le faire. Dans plus de 600,000 hommes Moïse put, sans aucun doute, trouver un assez grand nombre de graveurs pour terminer son ouvrage dans l'espace de quarante ans.
(I) Iniéjr'té du Vc tlutiii .ur. Le Pentateuque a un peu éprouvé le sort des 'iwres anciens : il a ses variantes aussi bir*î .juc les livres de Virgile et de Cicéron. Elles ont été causées par la négligence des copistes et sont peu importantes. Mais a-t-on ajouté ou soustrait au Pentateuque une narration d'une certaine étendue, ayant quelque importance doctrinale ou historique ? Voilà le véritable point de la question. Nous affirmons que le Pentateuque a cette espèce d'intégrité. On n'en doutera pas, 1° si l'on examine le soin que les Juifs avaient de leurs livres sacrés ; 2° si on compare les divers Pcntateunues entre eux et avec les autres livres de l'Ancien Testament.
1" Le Pentateuque était le code religieux, civil, politique et militaire des Juifs. Tous les ordres de la nation étaient intéressés à sa parfaite conservation. Ne nous étonnons donc point qu'ils en aient compté les lettres, et le nombre de fois que ebaque lettre s'y trouve ; ne soyons point surpris que plusieurs se soient exposés aux supplices plutôt que de livrer leurs livres sacrés aux profanateurs. Quelle garantie aura-ton de l'intégrité d'un livre si celle que nous venons de donner ne suffit point ?
2° La comparaison des divers Pentateuques, et celle de ceux-ci avec les autres livres de l'Ancien Testament. Les Pentateuques grec, hébreu et samaritain ont entre eux une conformité substantielle. Voilà une preuve complète qu'il n'y a pas eu d'interpolation essentielle depuis la séparation des dix tribus ; elle n'aurait pu passer inaperçue, et des peuples rivaux, dont les intérêts étaient si différents sur le sujet en question, n'auraient point souffert que
suiv. ; II Par. , c. xxxiv, v. li Sous les rois impies , qui avaient entretenu Je peuple dans l'idolâtrie, les prêtres trop timides n'avaient pas osé lire publiquement cotte partie de la loi. Sous Josias, dont la piété était déjà prouvée par dix ans d'un règne tressage, le pontifo Helcias jugea qu'il était temps de rétablir cette lecture, et il en eut le courage; de là l'étonnement du roi et du' peuple. Mais cela ne prouve pas que le reste du Pentateuque, qui renfermait l'histoire, les lois civiles de la nation, les généalogies et les partages des tribus, avait été oublié do même; cet oubli était impossible. Il parait d'ailleurs évident que le livre Irouvé par Helcias dans le temple était l'autographe même de Moïse, ou l'original écrit de la main de ce législateur ; il était naturel que Josias fût plus touché de cettelecture quedecelle desropies. Nous ne concevons pas comment Prideaux et d'autres ont pu supposer que sous Josias il ne restait qu'un seul exemplaire du Pentateuque ; que ce roi et le pontife Helcias ne l'avaient jamais vu , mas que Josias en fit faire des copies; qu'il fit rechercher toutes les autres parties de la sainte Ecriture, et
l'un l'introduisit sans que l'autre élevât la voix pour réclamer. Aussi les Juifs se sont-ils fortement élevés contre la fable de Garizim, mise dans le Pentateuque des Samaritains.
De plus, les livres de l'Ancien Testament renferment la substance du Pentateuque. Il aurait doue fallu 1<>s falsifier tous. Mais quel est l'homme qui aurait pu le tenter? Comment aurait-il pu en retirer tous les exemplaires ? Un seul aurait suffi pour faire découvrir la supercherie. Comment aurait-il pu imiter tous les styles ? La critique est si habile, qu'elle re connaît une petite phrase, un mot introduit dans un écrit; et elle aurait été aveugle pour une interpolation d'une certaine étendue !
Les prédictions et les miracles, dit Bossuet, sont tellement répandus dans tous ces livres, sont tellement inculqués et répétés si souvent, avec tant de tours divers, et une si grande variété de fortes figures, en un mot, en font tellement tout le corps, qu'il faut n'avoir jamais seulement ouvert ces livres saints, pour ne pas voir qu'il est encore plus aisé de les refondre, pour ainsi dire tout à fait, que d'y insérer les choses que les incrédules sont si fâchés d'y trouver, et quand même on leur accorderait tout ce qu'ils demandent, le miraculeux et le divin est tellement le fond de ces livres, qu'il s'y trouverait encore malgré qu'on en eût. En quoi nuisent après cela les diversités des textes? Que nous fallait-il davantage que ce fonds inaltérable des livres sacrés, et que pouvions-nous demander de plus à la divine providence ? Et pour ce qui est des versions, est-ce une marque de supposition ou de nouveauté, que la langue de l'écriture soit si ancienne qu'on en ait perdu les délicatesses, et qu'on se trouve empêché à en rendre toale l'élégance ou toute la force dans la dernière rigueur? NVst-c»> pas plutôt une preuve de la plus grande antiquité? Et si on veut s'attacher aux petites choses, qu'on me dise si de tant d'endroits où il y a de l'embarras on en a jamais rétabli un seul par raisonnement ou par conjecture. On a suivi la foi des exemplaires ; et comme la tradition n'a jamais permis que la saine doctrine pût être altérée, on a cru que les autres fautes, s'il y en restait, ne serviraient qu'à prouver qu'on n'a rien innové par son propre esprit («).
('/) Discours sur l'histoire universelle, n' partis
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les fit copier de même, Hist. des Juifs, liv. v, t. I, p. 203. S'il y avait dans toute l'Ecriture sainte un livre que les Juifs fussent intéressés h eonserver, c'était certainement le Pentateuque;\\ est absurde d'imaginer que l'on avait oublié et laissé perdre celui-là. pendant que l'on avait conservé les autres. Quatre-vingts ans avant le règne de Josias, les Juifs du royaume de Samarie avaient été emmenés en captivité par Salmanazar. De ce nombre étaient Tobie, Raguel, Gabélus et d'autres Israélites craignant Dieu ; peut-on se persuader qu'ils n'avaient pas emporté avec eux des copies de la loi? Il y a deux copies anciennes et authentiques du Pentateuque : l'une écrite en caractères samaritains ou phéniciens , qui sont les anciennes lettres hébraïques ; l'autre écrite en caractères chaldéens, que les Juifs , revenus de la captivité de Babylone, préférèrent aux lettres anciennes; mais il n'y a pas de différence essentielle entre le texte samaritain et le texte hébreu. Cependant plusieurs savants se sont partagés dans le jugement qu'ils ont porté de ces deux textes; les uns ont élevé jusqu'aux nues la pureté de l'hébreu, et ont exagéré les défauls du samaritain ; les autres ont fait le contraire. Prévention de part et d'autre. Il paraît certain que ces deux textes étaient très-conformes dans leur origine ; mais outre les fautes des copistes , dont aucun des deux n'est exempt, il est probable que les Juifs de Samarie ont fait dans leur exemplaire quelques additions et quelques changements conformes à leurs préjugés et à leurs prétentions. Yoq. Samaritain, Proleq. de la Polyglotte de Walton, Proleq. 7 et 11(1).
(1) De lu véracité du Pen'.aleuque. — Ayant fait un examen approfondi du livre de la Genèse à fart. Genèse, nous nous eonlenterons <!e traiter ici la question par rapport aux quatre derniers livres du Pentaleuque.
Moïse a-t-il dit la vérité dans son récit?
I! faut tomber dans le pyrrhonisme historique ou admettre comme vraie une histoire, 1° écrite par un historien impartial et bien instruit des événements; 2° qui contient des faits manifestes, de nature à être contredits, et qui ont été crus par un peuple témoin oculaire, intéressé à en contester la réalité ; 3° qui est en rapport de conformité complète avec tous les monuments qui remontent aux faits. — L'histoire de Moïse renferme tous ces caractères. 1° Moïse était impartial et bien instruit des événements. Témoin oculaire et acteur principal dans le grand drame qu'il rapporte, il n'a pu être trompé. Il raconte sans déguisement ses fautes, celles de ses parents, celles des familles et de la nation tout entière, il ne cherche, que la gloire de Dieu, confie le commandement du peuple au plus digne et laisse ses enfants au dernier rang des lévites. Est-il un historien qui donne plus de preuves de sa vertu et de sa sincérité? 2° L'histoire de Moïse contient des faits manifestes et de nature à être contredits. Les prodiges dont il a transmis le souvenir à la postérité n'étaient pas, comme les mythes du paganisme, perdus dans la nuit des temps ou opérés dans l'ombre. Ils avaient eu pour témoin le peuple tout entier. Ils étaient la sanction première dune loi dure et sévère. C'étaient eux qui creusaient le tombeau du peuple dans les sables du désert. Si ces prodiges n'avaient pas été vrais, le peuple aurait-il voulu porter le joug de fer dont on le chargeait? N'aurait-il pas imposé silence à
PENTECOTE, fête qui se célèbre le cinquantième jour après Pâques , et c'est ce que signifie le grec mvTwccrrii, cinquantième. L'Eglise Juive observait cette fôte en mémoire de ce que, cinquante jours après la sortie d'Egypte, Dieu donna aux Israélites sa loi sur le mont Sinaï par le ministère de Moïse. Les Juifs la célèbrent encore aujourd'hui par le même motif; ils la nomment la fête des Semaines, parce qu'elle termine la septième semaine après Pâques, et ,a 'été des Prémices, parce que l'on y offrait les prémices de la moisson du froment. On présentait à Dieu deux pains levés d > trois pintes de farine chacun, celte offrande se faisait non par chaque famille, mais au nom de toute la nation; ainsi le témoigne 3osbphe,Antiq., I. m, c. x. On immolait aussi différentes victimes, comme il est proscrit, Num., c. \x\ui, v. 27. Puisque cette fête fut instituée immédiatement aprèsla publication delà loi, Exod., c. xxiii, v. 16; c xxxiv, v. 22, elle a été, dans tous les siècles suivants, une attestation publique de ce grand événement. Dans l'Eglise chrétienne la Pentecôte se célèbre en mémoire de la descente du Saint-Esprit sur les apôtres, qui arriva le cinquantième jour après la résurrection de Jésus-Christ ; et c'est à ce moment que commença la publication de la loi nouvelle ou la prédicati n de l'Evangile. Nous ne pouvons pas douter que cette fête n'ait eu lieu dès le temps des apôtres. L'auteur ancien d'un ouvrage autrefois attribué à saint Justin , nous apprend que saint Irénée en parlait déjà dans son livre de la Pdque, quœst. ctrespons. ad Orthodox., q. 115; Teitullien en l'ait mention, /.
Moïse, lorsqu'il en appelait à son témoignage? II a proclamé sa croyance, non-seulement par ses paroles, mais encore par le langage le plus énergique qu'en peuple puisse parler. 5° Par celui des monuments. Les fêtes de Pâques, de la Pentecôte, des Tabernacles, l'Arche d'alliance, le serpent d'airain, les cantiques qui se répétaient de bouche en bouche et d'âge en âge, etc., etc., faisaient passer toute l'histoire du Pentateuque dans l'esprit et dans les mœurs de tous les Israélites. Une histoire a-l-elle jamais eu une attestation plus solennelle?
On a opposé plusieurs difficultés contre la véracité de Moïse. Nous allons examiner les principales :
ÏTC Objection. Les événements qui frappent le plus l'esprit, dont le souvenir se conserve le mieux, que transcrivent avec le plus de soin les historiens, sont, sans aucun doute, ceux qui produisent i!e grands changements dans les empires, ou qui semblent changer les lois de la nature. Tel est le caractère des événements racontés par Moïse. S'ils sont vrais, nous disent les sages du siècle avec le ton de l'ironie, comment se fait-il que nous n'en trouvions aucun vestige dans les histoires profanes? L'Egypte avait le collège de ses prêtres chargés de recueillir les faits qui concernaient la nation égyptienne. Rien ne fait soupçonner qu'ils aient jamais tracé le moindre souvenir d'événements qui intéressaient les Egyptiens à un aussi haut degré que les Hébreux eux-mêmes. Manéthon fut le compilateur de leurs mémoires; Hérodote les consulta, il y puisa celte multitude de fables dont son histoire est remplie. Vainement chercherait-on dans ses écrits un mol sur les prodiges de Moïse. Les historiens de l'antiquité qui nous ont donné des histoires uivcrsellcs, les auteurs qui ont traite plus spécialement des pheno-
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de hlololatr., c. xiv, et l. de Bupt., c. xix ; et Origcne, l. vin , contra Cels., n. 22. Or, il est impossible que sous les yeux des témoins
mènes, gardent un silence profond sur ce sujet. Ce silence est inexplicable, à moins d'admettre que Moïse a grandi aux yeux d'un peuple fanatisé des événements qui ne sortaient point de Tordre ordinaire. Ainsi raisonnent nos adversaires. Ce raisonnement, quoique négatif, pourrait faire île l'impression sur des esprits qui ne sont point habitués à une discussion sérieuse. Pour donner une réponse complète nous allons examiner, 1° si en le supposant absolu, le silence des auteurs profanes sciait une preuve de la fausseté du récit de Moïse; 2° s'il y a des raisons qui l'expliquent ; 5° s'il est aussi complet qu'on le prétend.
I. Le supposant absolu, le silence des auteurs profanes serait-il une preuve de la fausseté du récit de Moïse? — Le silence ne servit jamais à détruire la foi qu'on doit à un écrivain impartial, et qui est bien instruit des événements. Tous les jours nous lisons dans l'histoire, et nous les accueillons sans les contester, des actions de la plus haute importance, que nous tenons du seul écrivain qui nous les redit. César est le seul auteur de l'antiquité qui rapporte en déiaiî ses expédiions dans les Gaules; et cependant on n'élève pas le moindre doute sur la vérité des faits qu'il raconte. C'est qu'il est dans la nature humaine de croire à une histoire qui a pour elle tous les caractères de crédibilité. Ceux du Pentateuque sont portés au plus haut degré. Moïse connaissait les événements; il donne des preuves d'impartialité; les faits qu'il raconte, quoique de nature à être contredits, ont été crus par un peuple tout entier, témoin oculaire, intéressé à en contester la réalité. Son livre est en rapport de conformité complète avec tous les monuments qui remontent aux événements. Un raisonnement purement négatif ne détruira jamais l'autorité d'un livre dont la vérité est appuyée sur des fondements aussi solides. Ce n'est point la raison qui se montre si sévère, c'est la passion. Si nos ennemis avaient voulu les peser, ilsauraient trouvé des motifs du plus grand poids du silence des auteurs profanes.
IL Y a-l-il des raisons qui expliquent le silence des auteurs profanes? - — Pour comprendre le silence des auteurs profanes, il faut, d'abord rechercher quels sont les écrivains étrangers à la nation juive, qui ont dû rapporter avec quelque étendue les principaux événements du Pentateuque. Ce ne sont point les grands historiens de la Grèce et de l'Italie qu'il faut consulter. L'histoire de leur pays et celle des grands empires de l'Orient les occupent pour ainsi dire exclusivement. S'ils parlent dm nations moins importantes, ce n'est qu'autant que leur histoire est liée nécessairement à celle des grands peuples. Ils n'entrent dans des détails circonstanciés que dans les événements rapprochés du temps où iis écrivent. Elles sont bien incomplètes les isolions qu'ils nous donnent sur l'origine, les développements de ces vastes Etals de l'Asie, qui occupaient pour ainsi dire une partie du monde. Ce n'est donc point dans leurs écrits qu'il faut aller chercher l'origine, les développements d'un peuple qui tenait un rang si peu élevé au milieu des autres nations. On ne peut attendre des lumières que des auteurs contemporains ou des annales des peuples dont l'histoire est liée avec celle de la sortie des Hébreux de l'Egypte. Mais des auteurs contemporains, nous n'en connaissons pas. L'histoire ne nous offre pas même une sèche analyse des premiers temps de l'Egypte. Les rois, qui exercèrent une si dure tyrannie sur la nation Israélite, nous seraient à peine connus sans la Bible. On parle du collège des prêtres chargés de rédiger les annales de la nation. Ce collège existait-il du temps de Moïse? Sa vanité ne lui îil-clle pas taire des laits qui compro-
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oculaires on ait osé instituer une fête en mémoire d'un événement faux et fabuleux, et que les premiers chrétiens se soient déter-
mettaient si fort l'honneur des rois d'Egypte? Et d'ailleurs, que sont devenus ces monuments historiques si fameux? Chacun le sait; ils périrent avec tontes les richesses littéraires de l'Orient dans cet incendie qui dévora la bibliothèque d'Alexandrie. C'est à peine s'il nous est parvenu quelques fragments de la littérature orientale dans les écrits des SS. PP. Ne serait-ce pas folie de demander à des peuples qui n'ont pu conserver leur histoire, de nous donner celle d'une nation étrangère?
III. Le silence des auteurs profanes est-il aussi complet qu'on le prétend? — Comme nous l'avons dit, les auteurs profanes dont les écrits sont parvenus jusqu'à nous, n'ayant pas été dans la nécessité ou l'occasion de parler des écrits de Moïse, on ne doit point attendre des citations multipliées et étendues. Tel est le caractère de celles que nous allons rapporter. Arlapan, cité par Eusèbe, dit que les prêtres d'iiéliopolis conservaient le souvenir du passage de la mer Rouge, Les Ichthyophages, assure Déodore, racontent que la mer Rouge s'ouvrit entièrement el laissa son lit à sec. Jus! in rapporte que les Egyptiens, poursuivant les Hébreux, furent contraints par la tempête de reîourner dans leurs foyers. Tacite mentionne les prodiges de Moïse dans le désert. Pline, Apulée, etc., parlent de Moïse comme d'un magicien fameux. Mimérius, philosophe pythagoricien, a écrit qu'on chassa les Hébreux de 1 Egypte pour faire cesser les fléaux dont Musée accablait ce pays. Nous pourrions multiplier nos citations. Tout esprit non prévenu verra dans celles que nous venons de rapporter des traces de la vérité et les sources de l'Ecriture. Nous l'avons déclaré plus haut : on ne doit point attendre davantage d'auteurs étrangers au peuple de Dieu, qui n'écrivaient point son histoire, qui probablement avaient des préjugés défavorables à une nation dont la religion et la constitution n'avaient rien de commun avec celle des autres peuples.
2e Objection. Le récit de Moïse n'est que la compilation des fables des autres peuples. — L< m (pie le récit de Moïse ait été emprunté aux traditions des païens, celles-ci ne sont, au contraire, pour le plus grand nombre, que des altérations de l'histoire sainte.
Quand on prête quelque attention aux fables du paganisme, et qu'on les rapproche des faits que nous lisons dans le Pentateuque , on est tout d'abord étonné de trouver tant de ressemblance. La narration de Moïse ne se trouve pas seulement d'accord avec la tradition générale pour les vérités de la religion, mais encore pour les principaux faits qui sont rapportés dans la Genèse. Tels sont la création el la formation du monde, la création de l'homme, l'innocence et la félicité d'Adam dans le paradis terrestre, la chuté et la dégradation du genre humain, l'observation du septième jour consacré au service de Dieu, la longue vie des patriarches, le déluge avec ses principales circonstances, la renaissance du monde par les trois enfants de Noé, la tour de Babel, la confusion des langues cl la dispersion des hommes. Nous trouvons ces faits, quoique altérés, dans les auteurs profanes. Sanchoniatlion parle du cahos, d'une essence spirituelle, existant de toute éternité et donnant la forme el l'action à la matière. Macrobe, Linus, Orphée, Anaxagore, Hésiode, Euripide, Epyeharme, Aristophane, nous donnent le même emblème de l'origine du monde. Toutes les nations septentrionale? de l'Europe avaient des notions plus ou moins parfaites de la création. Selon l'Edda : Un être éternel a créé le ciel et la terre, animant par un souille de chaleur la matière qui dans le commencement n'était qu'un vaste abîme. Thaïes, Hésiode, etc., enseignent (j e la nuit csl plus ancienne que le jour. Les païens niellaient l'Erebe (nuit en Hébreu ) au nombre des
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rainés a célébrer ainsi un événement éclatant et public, duquel i's n'avaient aucune
plus anciennes divinités. Une multitude de peuples attachés à l'ancienne coutume commençaient la mesure du jour par la nuit. Au rapport de Diodore de Sicile et de Marrobe, le Egyptiens croyaient que les animaux ont été formés de la terre et de l'eau. Hésiode, Homère, Callimaque, Euripide, Démocrite, Gicéron, Juvénal, Martial, font mention de la boue qui a servi au corps du premier homme. Horace appelle, l'àme humaine une portion de l'esprit divin, uivince particulam aura'. Josèpbe et Philon ont avancé que le septième jour était un jour de fêle nonseulement pour un seul pays, niais pour tous les peuples. Tous les païens ont admis l'âge d'or. C'était une espèce de paradis. Hésiode, Manéthon, etc., rapportent que dans l'ancien temps les hommes vivaient 300 et 400 ans. On sait que toutes les nations ont eu connaissance d'un déluge. Les Chinois, les Mexicains, les nations septentrionales de l'Europe, ont transmis qu'après le déluge, le monde fut repeuplé par les (ils d'un seul homme. Josèpbe cite les paroles d'une Sibylle, qui mentionne une haute tour, la confusion des langues et la dispersion des hommes. (Extrait d'une note de Jean Leclerc. Voir Bergier, article Genèse.)
On a bâte de se demander d'où vient une telle ressemblance entre l'histoire sacrée et la profane. Les incrédules, pour infirmer l'autorité des livres de Moïse, prétendent qu'il a puisé dans la fable sa cosmogonie. Nous avons démontré ailleurs que Moïse est plus ancien que tous les législateurs et que tous les écrivains du paganisme. S'il y a eu plagiat, en ne doit point l'attribuer «à celui qui a écrit le premier, mais bien à ceux qui ont paru ensuite. Des savants du premier ordre ont essayé de démontrer que la fable n'est que la Bible altérée et corrompue. Le savant Huet voyait dans Moïse le type des dieux et des héros du paganisme. Bochart, qui ne le cédait à personne dans la connaissance des langues orientales, voulut prouver par l'étymologie des mots que toute la théologie païenne est fondée sur celle des Hébreux et des Phéniciens. Nous ne les suivrons pas dans leurs savantes recherches. Nous dirons seulement avec Bergier que des conjectures', quelque ingénieuses qu'elles soient, ne porteront jamais la conviction. La tradition nous parait plutôt la véritable cause de la ressemblance qui se trouve entre la Bible et la fable. Qui pourrait se persuader que le Pentateuque fut assez tôt connu de tous les peuples pour leur donner la connaissance uniforme des premiers principes de la religion et de la formation du monde? Avec la tradition tout s'explique naturellement. Enfants d'un même père, tous les peuples ont appris de lui les premières vérités. Les passions du cœur purent jeter des nuages sur ces premiers enseignements. La fable se mêla peu à peu à la vérité; mais il resta toujours des vestiges de la saine doctrine qu'ils avaient.
5e Objection. Le récit de Moïse est un mythe. — Les livres de Moïse forment la première chaîne de ces preuves invincibles en faveur d'une religion surnaturelle qu'aucune puissance humaine ne peut rompre. Aussi ce sont les livres de Moïse qui ont été l'objet de l'attaque la plus vive. Les efforts de l'incrédulité découverts ont été vains, elle a résolu de se masquer d'un voile : tout en professant un respect profend pour Moïse, elle a présenté ses écrits comme semblables à ceux des premiers écrivains de tous les peuples, c'est-à-dire comme un mélange de vrai et d'exagéré. Le fond est vrai, mais il est masqué sous une enveloppe qui le déguise ; pour avoir la vérité il faut le dépouiller de celle enveloppe. Quelle est cette enveloppe? Ce sont les miracles, en un mot, toutes les circonstances du récit, qui le placent au-dessus de l'ordre ordinaire. Spenser, dans son ouvrage De Lcgibus Hebrœoru.n ritualibus, avait ouvert la voie. Leclerc, que Bergier attaque si souvent, l'y avait
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la fausseté môme devait
certitude , dont leur être connue.
suivi. David Michaëlis développa le naturalisme de Leclerc. Génésius, malgré les importants services qu'il a rendus à la langue hébraïque, est loin d'être irréprochable sur ce point. Hccrn entra à oléine voile dans la vaste mer. J. Millier fut l'un des plus hardis champions de la nouvelle école. La loi rituelle lui parait parfaitement digne d'un envoyé de Dieu, entièrement conforme au génie de Moïse et au caractère de son siècle. Ce législateur, dit-il, y consacrait une grande allégorie en action. Tandis que la simple loi fondamentale ne comprenait que le renouvellement de la foi des ancêtres, avec addition oc quelques avertissements, la loi rituelle occupait constamment le peuple en frappant vivement tous ses sens. Q;:e Moïse ait éclairci, par des commentaires, la signification de ces pratiques; que cette signification ait été transmise parles ancêtres, cela est vraisemblable, et on en aperçoit des traces. Toutefois, il y avait lieu de penser que, dans les choses essentielles, cette signification n'échappait point aux hommes de quelque portée. Mais celui qui entre le plus ouvertement dans le grand chemin du naturalisme pur et sans déguisement, c'est Strauss. 11 prétend que la narration de Moïse est un véritable mythe. Nous avons fait remarquer plus haut l'immense différence qui existe entre Moïse et les historiens mythiques des autres pays. Moïsedonnedcs preuves d'une véracité sans aucun reproche, il parle à un peuple témoin comme lui de ce qu'il écrit, qui n'aurait pas manqué de le contredire s'il avait osé inventer; tandis que les historiens du paganisme écrivaient ce qu'ils avaient appris d'une vague renommée qui avait grossi et défiguré les faits. Vouloir appliquer à Moïse le système mythique, c'est quelque chose d'incroyable. « Quelle étrange chimère! Quoi! deux millions d'hommes se seront accordés à tracer le plan d'une imposture qui devait durer quarante ans ! Ils auront dit à Moïse : Vous inventerez les prodiges les plus éclatants ; vous composerez la fable la plus absurde, et nous et nos enfants nous feindrons de croire tout ce qu'il vous aura plu d'imaginer; nous nous obligerons solennellement à vous révérer comme l'envoyé du ciel; vous nous impo-erez une loi sévère, une religion pénible, chargée d'observances minutieuses; la moindre contradiction sera punie de mort. Nous vous suivrons dans les déserts les plus arides; et s'il nous échappe quelques murmures, vous nous décimerez, et vous cimenterez votre pouvoir du sang de quarante à cinquante mille vielimes. N'est-ce pas insulter à la raison humaine que i!e supposer un semblable pacte entre un fourbe et toute une nation? Et pourquoi encore? pour laisser à la postérité une religion fondée sur l'imposture, une religion qui devait faire le malheur des enfants, comme elle devait faire celui des pères ! Le beau projet! qu'il est conforme aux sentiments de la nature ! et que ceux qui le prêtent à tout un peuple connaissent bien le cœur humain ! Si on veut que ce soit la vanité qui ait présidé à la confection de ce roman, pourquoi les Juifs se sont-ils interdit tout commerce avec les étrangers, et leur ont-ils dérobé si le-ngtemps la connaissance de leurs livres et de leur religion? Pourquoi a-ton mêlé à cette histoire un si grand nombre de faits capables de déshonorer la nation juiveet ses ancêtres? Quelle gloire la famille d'Aaron et la tribu de Buben pouvaient-elles se promettre des crimes etdu supplice de Nadab et d'Âbiu, de Dathan et d'Abiron? Et l'adoration du veau d'or, et les murmures continuels des Israélites, et les reproches amers du législateur, et l'arrêt qui condamne loule cette génération à errer, pendant quarante ans, dans le désert, sans pouvoir entrer dans la terre promise, sonUce là des traits destinés à concilier aux Hébreux l'estime des autres peuples? i On ne peut échapper à aucune de ces absurdités en prétendant que le Pentateuque est u:i mythe.
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