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La manière dont les Actes des apôtres rapportent la descente du Saint-Esprit sur eux, ia prédication de saint Pierre, la conversion de huit mille hommes à sa parole, la formation d'une église nombreuse à Jérusalem, porte avec soi la conviction. Le nombre prodigieux de Juifs qui se rassemblaient dans cette vide aux fêtes de Pâques et de la Pentecôte est un fait attesté par la loi qui les y obligeait, Exod., c. xxm, v. 17, etc.; et par Josèphe, Antiq. jud., 1. iv, c. 8. ïl est donc impossible que l'on ait ignoré, dans les différentes contrées de l'empire romain, ce qui s'était passé a Jérusalem l'année de la mort du Sauveur. L'auteur des Actes des apôtres n'a pu en imposer sur ces faits, sans s'exposer à trouver partout des témoins oculaires prêts à le contredire et à le réfuter ; il faut donc que sa narration soit vraie, puisqu'elle a trouvé croyance dans tous les Heux où il s'est formé des Eglises chrétiennes. Peut-on en imposer à des nations entières sur des événements qui ont dû se passer sous les yeux de douze ou de quinze cent mille personnes? Or, s'il est vrai que cinquante jours après la mort de J ^sus-Christ les apôtres ont publié hautement à Jérusalem sa résurrection, qu'ils ont été crus d'abord par huit mille Juifs, que bientôt ce nombre a augmenlé au point de former une Eglise ou une grande société qui a subsisté dès lors, il est impossible que les faits publiés par ces disciples de Jésus-Christ n'aient pas été vérifiés sur lo lieu môme d'une manière indubitable. Les deux disciples qui allai 'lit à Emmaiis le jour de la résurrection du Sauveur, témoignèrent leur étonnement de ce qu'un étranger qu'ils rencontrèrent, et qui et lit Jésus lui-môme ressuscité, semblait ignorer ce qui était arrivé à Jéiusalem les jours précédents {Luc. xxiv, 28). Il fallait donc que ces événements y eussent été très-publics, et y eussent fait !e plus grand bruit; la prédication des apôtres le jour de la Pentecôte excita de nouveau la curiosité, et en rafraîchit la mémoire. Voij. Jérusalem. Puisque l'on convient d'ailleurs que les apôtres, lorsqu'ils se sont mis à la suite de Jésus-Christ, étaient des hommes ignorants , faibles , timides , prêts à s'enfuir au moindre péril , il faut qu'ils se soient trouvés miraculeusement changés, et que le Saint-Esprit soit descendu sur eux, comme Jésus-Christ le leur avait promis. Ainsi la fête de la Pentecôte est un monument perpétue] do la divinité de notre religion.
PEN THÈSE. Voij. Purification de la sainte
VlBB.iK-
PÉPUSIENS. Voy. Mowtanistes.
PÈHE. Dans l'Ecriture et dans le langage de tous les anciens peuples, ce nom ne désigne pas seulement celui dont on a reçu la vie t il signifie encore maître, seigneur, docteur, protecteur, bienfaiteur; quelquefois il marque l'aïeul, le bisaïeul, la tige d'une famille, quelque éloignée qu'elle soit : ainsi Abraham est appelé le père de plusieurs nations ; d'autres fois il signifie exemple et modèle : dans ce sens Abraham est le père des croyants. Ou a donné ce nom aux rois, aux
magistrats aux supérieurs ; il signifie aussi les vieillards, scribo vobis, patres (I Joan., h, 13). 11 dénote aussi l'auteur, l'inventeur de quelque chose ; ainsi Jubal est proclamé le père des joueurs d'instruments, et Satan est appelé le père du mensonge. L'énergie do ce terme est une conséquence évidente des anciennes mœurs. Dans les premiers âges du monde, lorsqu'il n'y avait point enci re d'autre société que celle des familles , un père était souverain chez lui, seul maître de ses enfants et de ses domestiques ; son autorité n'était bornée par aucune loi civile, mais elle l'était par la loi naturelle dont Dieu est l'auteur, par les sentiments de tendresse que la nature inspire au père pour ses enfants, et par l'intérêt qu'il avait de les conserver, da; s l'espérance des services qu'il en tirerait dans la suite, et de la reconnaissance qu'il éprouverait de leur part. Ainsi le nom de père donné à Dieu emporte non-seulement la notion de créateur, d'auteur de la vie, de souverain maître des hommes, mais encore l'idée de bienfaiteur, de protecteur attentif à leurs besoins et occupé à y pourvoir. Il inspire tout à la fois la soumission, l'obéissance, la reconnaissance, la confiance et l'amour, par conséquent le culte le plus pur; c'est pour cela que Jésus-Christ nous a commandé d'appeler Dieu notre père. Chez les païens qui avaient multiplié les dieux, ce nom était dégradé : la pluralité causait dans la religion le même désordre qui aurait régné dans une famille, si au lieu d'un seul maître il y en avait eu plusieurs. Comme les docteurs juifs s'attribuaient par orgueil le nom de père, Jésus-Christ dit à ses disciples : N'appelez personne sur la terre votre père; vous n'en avez qu'un gui est dans le ciel (Matth. xxm, 9). Cela n'a pas empêché les fidèles de donner par respect le nom de père h leurs pasteurs : autrefois les évoques n'avaient d'autre titre d'honneur que celui de révérend père en Dieu. De nos jours les incrédules se sont appliqués à dégrader et à saper par le fondement le pouvoir paternel; ils ont soutenu que les droits d'un père ne viennent point de la nature, mais d'une espèce de contrat qui ne dure qu'autant que les enfants en ont besoin, que ceux-ci en sont affranchis dès qu'ils sont capables de se conduire , etc. Nous avons réfuté cette morale absurde et meurtrière au mot Autorité conjugale et paternelle
PÈRE ÉTERNEL, DlEU LE PÈRE. Voij. TrI- N1TÉ.
Pères de l'Eglise. On nomme ainsi les auteurs chrétiens, soit grecs, soient latins, qui ont traité les matières de religion pendant les six premiers siècles de l'Eglise; ceux qui ont vécu depuis le septième sont simplement nommés écrivains ecclésiastiques. [Saint Bernard est aussi compté au nombre des Pères de l'Eglise. Il est le dernier de cette illustre suite de savants docteurs.]
C'est une grande question entre les catholiques et les protestants de savoir quelle déférence l'on doiî avoir pour le sentiment des Pères de l'Eglise. Comme suivant la
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croyance des premiers, Dieu n'a pas voulu que la vraie doctrine de Jésus-Christ et des apôtres nous fût transmise par l'Ecriture seule sans le secours de la tradition, ils ont le plus grand respect pour les docteurs qui, de siècle en siècle, ont été chargés d'enseigner celte doctrine aux fidèles; ils les regardent comme des témoins non suspects de ce qui a toujours été cru et professé dans l'Eglise de Jésus-Christ. Les protestants, au contraire, qui soutiennent qu'en matière de foi nous ne devons point avoir d'autre guide que le texte des livres saints, se sont trouvés intéressés à décréditer, autant qu'ils l'ont pu , les dépositaires de la tradition : aussi n'ent-ils rien omis pour déprimer et pour noircir les Pères de VEglisc; ils en ont censuré les talents, la conduite, la doctrine, soii on fait de dogme, soit en fait de morale. A commencer par les centuriateurs de Magdebourg, 1 urs plus célèbres écrivains, Scultet, Daillé, Le Clerc , Basnage , Beausobre, Mosbeim , Brucker, Wbitby, etc., se sont donné carrière sur ce sujet, et ont dévoilé toute leur malignité ; et ils ont eu la satisfaction de voir tous leurs reproebes fidèlement répétés par les incrédules. Avant d'entrer dans aucun détail, il est essentiel d'exposer en quoi consiste l'autorité que nous attribuons aux Pères de l'Eglise; cela est d'autant plus nécessaire, que jamais nos adversaires n'ont voulu le concevoir, et qu'ils s'obstinent toujours à défigurer notre croyance sur ce point.
En matière de dogme ou de morale, le sentiment de quelques Pères, en petit nombre, refait pas règle ; on n'est pas obligé de le suivre, et jamais aucun catholique ne s'y est astreint. Mais lorsque ce sentiment est unanime, ou du moins soutenu par le trèsgrand nombre des Pères, non-seulement pendent un temps, mais pendant plusieurs siècles, non-seulement dans une contrée de la chrétienté, mais dans les Eglises les plus éloignées les unes des autres ; alors ce sentiment lait tradition, il est censé la croyance commune de l'Eglise universelle, par conséquent dogme de foi. Ainsi l'a entendu le concile de Trente, lorsqu'il a défendu de donner à l'Ecriture sainte un sens contraire au sentiment unanime des Pères, sess. h. L'an 691, le concile in Trullo avait déjà porté le même décret. C'est la règle que prescrivait, au vc siècle, Vincent de Lérins , lorsqu'il donnait pour tradition ce qui a été cru partout, toujours, et par tous les fidèles, quod ubique, quod sernper, quod ab omnibus creditum est, Commonit. cap. 2. Avant lui saint Augustin regardait comme irréfragable le sentiment unanime des docteurs de l'Eglise, Op. imperf. contra Julian., I. iv, n. 112. C'est le sentiment sur lequel Tcrtullien, au me siècle, établissait la prescription contre les hérétiques ; il ne faisait que suivre ce qu'avait enseigné au ne siècle saint Irénée touchant la nécessité de suivre la tradition, adv. Hœr., I. m, c. 3, n. 1, etc. Et l'on peut déjà montrer le germe de cette croyance dans les exhoi talions que saint Ignace faisait aux fi-
dèles dans toutes ses lettres, d'être dociles, obéissants à leurs pasteurs. Voy. Tradition. En effet, le très-grand nombre des docteurs de l'Eglise ont été des évoques ou des prêtres qu'ils avaient chargés d'enseigner : c'est par leur organe que les fidèles, dans tous les lieux, ont reçu la doctrine chrétienne et l'intelligence des saintes Ecritures ; il est donc impossible que la doctrine des pasteurs n'ait pas été celle des Eglises auxquelles ils présidaient. Puisque, dès l'origine, l'on a cru qu'il n'était permis à personne de suivre ni d'enseigner un dogme nouveau, particulier, (afférent de la croyance commune, s'est-d pu taire que les docteurs qui enseignaient en Egypte et dans la Palestine, dans l'Asie mineure et dans la Grèce, en Italie et sur les côtes de l'Afrique, en Espagne et dans les Gaules, aient professé, comme de concert et par un complot , une foi contraiie à la doctrine de Jésus-Christ et des apôtres, soit écrite, soit transmise de vive voix? Les protestants le prétendent, ma;s l'absurdité de ccitc supposition est palpable. Ils ne cessent de nous répéter qu'en nous fiant aux Pères ou aux docteurs de l'Eglise, lorsqu'ils professent la même doctrine, nous nous reposons sur la parole des hommes, sur une autorité humaine, sur le jugement humain ; que c'est une foi purement humaine, etc.; ce reproche est évidemment faux, puisque les Pères eux-mêmes ont fait profession de ne pas suivre leurs propres lumières ni leur propre jugement, mais l'enseignement de Jésus-Christ et des apôtres, transmis successivement de s;ècle en siècle par la tradition ou par l'enseignement commun, constant et uniforme des Eglises chrétiennes et de leurs pasteurs. Chez les protestants, comme chez nous, le très-grand nombre des simples fidèles est incapable de lire et d entendre l'Ecriture sainte; mais ils disent que chez eux la foi du peuple est divine, parce que leurs pasteurs fondent leurs leçons uniquement sur l'Ecriture sainte; ils confondent ainsi la parole de leurs pasteurs avec cette Ecriture même. Ensuite, par une contradiction révoltante, ils nient que les simples fidèles catholiques aient une foi divine, quoiqu'elle soit fondée sur la mission divine de leurs pasteurs, sur la conformité de leur croyance avec celle de l'Eglise universelle, sur l'impossibilité qu'il y a toujours eu de changer dans celte Eglise la doctrine que les apôtres avaient prêchée. En un mot, les Pères ont toujours cru et protesté qu'il ne leur était pas permis de rien changer à la doctrine établie par les apôtres, soit écrite, soit non écrite, mais toujours conservée et transmise par tradition dans l'Eglise ; que tout sentiment nouveau, particulier, inouï dans les temps précédents, ne pouvait tenir à la foi chrétienne, était erroné ou suspect ; donc il était impossible qu'un grand nombre de ces Pères aient introduit, de concert ou par ! asard, un sentiment de cette espèce, se soient accordés en différents lieux, cl en différents temps, à enseigner une erreur. Ils l'ont fait, disent les protestants, donc ils ont
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pu le faire. Pour le prouver, ces grands critiques ont fouillé dans tous les écrits des Pères; ils ont rassemblé tous les termes, toutes les expressions qui leur ont paru susceptibles d'un sens erroné; tout ce qui a pu échapper à ces saints docteurs dans une instruction faite sur-le-champ ou dans la chaleur ■le la dispute ; toutes les conséquences que Ton en peut tirer bien ou mal ; souvent ces censeurs téméraires ne se sont pas fait scrupule d'altérer ou de tronquer les passages : ensuite ils ont conclu victorieusement que les Pères en général ont été mauvais théolog'ens, mauvais moralistes, mauvais raisonneurs; que leurs ouvrages sont remplis d'erreurs, que leur sentiment ne mérite aucune attention.
L'injustice de ce procédé saute aux yeux. 1° Ce n'était pas assez de faire voir que tel Père de l'Eglise a enseigné une opinion fausse, qu'un autre Père en a soutenu une autre qui n'est pas plus vraie, qu'aucun des Pères n'est absolument sans tache et sans défaut : l'essentiel était de prouver qu'un grand nombre de ces docteurs se sont accordés à établir la môme erreur, soit en môme temps et au môme lieu, soit en divers temps et en différents lieux; qu'ils l'ont soutenue dogmatiquement comme une vérité de foi, qu'ils l'ont ainsi introduite dans la croyance communs de l'Eglise. Car enfin, si deux ou trois Pères seulement ont pensé de môme, s'ils n'ont proposé leur avis que comme une simple opinion que l'on pouvait embrasser ou rejeter sans conséquence, si leur sentiment n'a pas été communément suivi, qu'importe leur méprise? quel avantage en peut-on tirer? — 2° En maltraitant a'nsi les Pères de V Eglise, les protestants ont appris aux incrédules à ne pas ménager davantage les écrivains sacrés ; il a fallu que ces censeurs injustes répondissent à leurs propres arguments tournés par les incrédules contre les auteurs inspirés. C'est ainsi que leur critique téméraire a servi la religion. Ils ont fait plus. La plupart se sont attachés à justifier non-seulement les anciens philosophes, mais encore les hérétiques, de toutes les erreurs qui leur ont été imputées ; par des interprétations favorables ils ont tout pallié et tout excusé ; leur charité ingénieuse a brillé surtout a l'égard des fondateurs de la réforme, elle a trouvé le secret de changer leurs vices en vertus ; et ils s'élèvent contre les théologiens catholiques, lorsque ceux-ci usent de la moindre indulgence envers les Pères; ces derniers sont -ils donc des personnages moins respectables que les hérétiques ? Mosheim, en particulier, a donné un exemple frappant de cette conduite inconséquente. Dans ses notes sur le Système intellectuel de Cudœorth, chap. iv, § 36, tom. I, p. 858, il s'est proposé de justifier Platon d'une erreur grossière qui lui a été attribuée par des Près de V Eglise et par un grand nombre de critique* modernes. Il ne peut se persuader, dit-il, qu'un aussi beau génie que Platon ait donné dans une pareille absur-
dité ; il veut que, pour prendre le sens d'un auteur, on ne se fie point à ses commentateurs, mais que l'on consulte ses propres écrits, et que l'on envisage la totalité de sa doctrine, que l'on examine avec attention la question qu'il traite, que l'on ne prenne point à la lettre des expressions qui sont souvent figurées et métaphoriques , etc. Nous applaudissons volontiers à la sagesse de ces précautions , mais nous demandons pourquoi l'on n'en observe aucune à l'égard des Pères de V Eglise? — 3° Après avoir bien déclamé contre les Pères, la honte ou un reste de sincérité a cependant arraché aux protestants des aveux remarquables ; ils ont dit que, malgré tous les défauts que l'en peut reprocher aux Pères, ce sont cependant des écrivains très -estimables à cause de leurs talents, de leurs vertus, et des services qu'ils ont rendus au christianisme. Si cet hommage n'est pas sincère, c'est un Irait d'hypocrisie détestable; s'il l'est, c'est une rétractation formelle et une réfutation dos reproches que l'on a faits aux docteurs de l'Eglise. Car enfin, en quoi consisteraient leurs talents, s'il était vrai qu'ils ont manqué de critique, de justesse, de force dans le raisonnement, et des connaissances nécessaires pour réfut r solidement les juifs, les | aïens et les hérétiques ? Où seraient leurs vertus, s'ils avaient usé de supercheries, de mensonges, de fraudes pieuses ; s'ils avaient agi par un faux zèle contre les mécréants ; s'ils avaient scandalisé l'Eglise par leur ambition, par leurs jalousies mutuelles et par leurs disputes? quels services auraient-ils rendus à la religion, s'ils avaient mal expliqué l'Ecriture sainte, mal développé la doctrine chrétienne, mal enseigné la morale; s'ils avaient contribué à introduire dans le christianisme toutes les superstitions des juifs et des païens? Tels sont les reproches des protestants contre les Pères; e^t-ce par quelques protestations vagues de respect que ronpeutendirninueiTatrocité?Maisonadroit d'exiger de nous des preuves de la conduite que nous reprochons à nos adversaires, il faut en donner : plus leur haine et leur malignité contre les Pères sont excessives et injustes, plus nous devons nous attacher h justifier ces saints personnages, qui sont nos maîtres dans la fol.
Mosheim, dans son Histoire ecclésiastique, commence son introduction par déplorer les maux qu'ont fai;.s à l'Eglise l'ignorance, la fainéantise, le luxe, l'ambition, le faux zèle, les animosités et les disputes de ses chefs et de ses docteurs. Souvent, dit-il, ils ont interprété les vérités et les préceptes de la religion d'une manière conforme à leurs systèmes particuliers et à leurs intérêts personnels. Ils ont empiété sur les droits du peuple, ils se sont arrogé une autorité absolue dans le gouvernement de l'Eglise. Ce ne sont pas là de légers reproches. En faisant l'histoire du rr siècle, il sape l'autorité des Pères apostoliques par les doutes qu'il répand sur l'authenticité et l'intégrité de leurs ouvrages ; il regarde comme sup-
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posée la seconde lettre de saint Clément, et la première comme corrompue. Au sujet des sept épîtres de saint Ignace, il doute de la vérité de celle qui est écrite à saint Polyearpe, et il prétend que la contestation touchant les six autres n'est pas encore terminée ; elle ne le sera jamais pour ceux qui ont intérêt de la prolonger. Il n'oserait décider si la lettre de saint Polycarpe aux Philippiens est véritable; il juge que celle de saint Barnabe est l'ouvrage d'un juif ignorant et superstitieux, et que le Pasteur dllcrmas est la production d'un visionnaire. Cela prouve, dit-il, que le christianisme ne doit pas ses progrès aux talents de ceux qui l'on prêché, puisqu'ils n'étaient ni savants ni éloquents. N >us verrons ci-après si cette réflexion est capable de l'aire beaucoup d'honneur au christianisme. En parlant du livre impie de ïoland, intitulé Amyntor, Mosheim avait relevé la témérité avec laquelle cet auteur suspectait l'authenticité des écrits dont nous parlons ; il aurait été à propos de s'en souvenir et de ne pas tomber dans le même défaut après l'avoir blâmé. Vie de Toland, § 18, p. 94. En traitant de chacun des Pères apostoliques en particulier, nous répondons h ce que l'on objecte, soit contre leurs personnes, soit contre leurs écrits. Le Clerc en a jugé [dus favorablement.
Au iic siècle, Mosheim soutient que les Pères no furent ni de savants ni de judicieux interprètes de l'Ecriture sainte, qu'ils négligèrent Je sens littéral pour de frivoles allégories, qu'ils firent souvent violence aux expressions pour appuyer leurs systèmes philosophiques. Ils n'ont point traité, dit-il, la doctrine curétienne avec assez d'exactitude pour que l'on puisse savoir ce qu'ils en pensaient. Ils ont mal réfuté les Juifs, parce qu'ils ignoraient leur langue et leur histoire, et qu'ils écrivaient avec une légèreté et une négligence que l'on ne peut pas excuser. Ils ont mieux réussi à combattre les erreurs des païens qu'à développer la nature et le génie du christianisme. La plupart ont manqué de pénétration , d'érudition , d'ordre, de justesse et de force; ils emploient souvent des arguments futiles, plus propres à. éblouir l'imagination, qu'a convaincre l'esprit, Hist. ecclés., n' siècle, 11e part., c. 3. Cependant Mosheim, dans le chapitre précédent, a donné de grands éloges aux ouvrages de saint Justin, de saint Irénée, d'Alhénagore , de saint Théophile d'Antioche, de Clément d'Alexandrie ; il a loué leur piété, leur génie, leur érudition, Jours vastes connaissances : ou ces éloges sont un langage hypocrite, ou le jugement général qu'il en a porté est faux. Ce même critique n'ose pas condamner le jugement désavantageux que Barbeyrac a porté de la morale des Pères de ce siècle : il avoue que ces docteurs chrétiens sont remplis de préceptes trop austères, de maximes stoïques, de notions vagues, de décisions fausses. Ils ont altéré, dit-il, la simplicité de la morale évangélique , en distinguant les conseils
d'avec les préceptes, et eu supposant qu'il y a des cli étiens qui doivent être plus parfaits que les autres. D'où il s'ensuit que Barbeyrac n'a pas eu tort de peindre ces Pères comme de mauvais moralistes. Nous avons soin de les venger de ces reproches.
Au iiic siècle, Mosheim a vu le mal encore plus grand. Les docteurs chrétiens, dit-il, élevés dans les écoles des rhéteurs et des sophistes, employèrent l'art des subterfuges et de la dissimulation pour vaincre leurs adversaires, et ils appelèrent cette méthode économique; ils crurent, comme les platoniciens, qu'il était permis d'employer le mensonge pour défendre la vérité. Mosheim a insisté principalement sur ce reproche clans sa dissertation De turbata per recentiorcs platonicos Ecclesia. 11 aurait fallu l'appuyer par des preuves démonstratives; ce critique n'en allègue point d'autres que les arguments d'Origène contre Celse, et. la méthode de prescription employée par Tertullien contre les hérétiques. D'autres ont allégué la multitude des livres apocryphes supposés dans ce siècle et dans le précédent, comme s'il était certain q ue les Pères ont eu quelque part à toutes ces impostures.
Etait-ce donc assez de ces soupçons pour prouver une accusation aussi grave? Quand il serait vrai que les arguments d'Origène contre Ce! se sont faux, si ce Père les a crus solides ; quand il serait démontré que la i élhode de prescription ne vaut rien, si Tertullien l'a jugée bonne et légitime : à quel titre peut-on taxer cc> deux docteurs de dissimulation, de fraude, de défaut do sincérité? Si une erreur en fait de raisonnement est une preuve de mauvaise feu , Mosheim lui-même en demeure ici pleinement convaincu. Nous avons justitié ailleurs les Pères sur tous ces chefs. Voy. Economie, Fraude pieuse, Platonisme, PiŒSCRrrtion, etc.
Notre censeur reproche aux Pères du iv' siècle d'avoir expliqué et défendu les dogmes fondamentaux de la doctrine chrétienne avec une profonde ignorance et avec la plus grande confusion d'idées ; il dit que les partisans du concile de Nicée et de la consubstantiali é du Verbe semblaient admettre trois dieux ; il en avait parlé avec plus de modération dans ses Notes sur Cudloorth., t. î, p. 920. Il prétend que, pendant ce siècle, la superstition et les abus dans le culte furent poussés eux derniers excès, que le mal ne fit qu'empirer dans les siècles suivants ; c'est aux Pères de l'Eglise qu'il en attribue la faute, parce que, loin de s'opposer à ce désordre, ils l'ont autorisé et fomenté par intérêt personnel. Sous chaque siècle il répète à peu près les mêmes invectives; toute son histoire est, à proprement parler, un libelle diffamatoire, destiné à noircir les docteurs et les pasteurs de l'Eglise. Barbeyrac, dans son Traité de la Morale des Pères, n'a pas eu un autre dessein, non plus que Le Clerc dans son Hist. ecclés., et dans ses autres ouvrages. Brucker, dans son Histoire critique de la Philosophie, affecte partout
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d'encenser et de copier Mosheim ; ainsi passent de main en main les reproches que DailJé a faits aux Pères, dans son traité de vero Usu Patrum ; mais cette tradition scandaleuse ne l'ait pas beaucoup d'honneur aux protestants.
1° Si les docteurs de l'Eglise avaient été tels qu'on les représente dans les différents siècles, il faudrait convenir que Jésus-Christ a fort mal exécuté la promesse qu'il avait faite à ceux qu'il envoyait prêcher l'Evangile, d'être avec eux jusqu'à la consommation des siècles, de leur envoyer l'Esprit de vérité, afin qu'il demeurâttoujoursaveceux^ia». xxvm, 29 ; Joan., xiv, 16), puisqu'il a permis qu'immédiatement après la mort des apôtres l'Eglise ne fût plus enseignée que par des hommes, les uns sans talents, les autres sans probité, et absolument déchus d'esprit apostolique. Si nous écoutons saint Paul, c'est Pieu qui a donné des apôtres, des prophètes, des évangélisles, des pasteurs et des docteurs , pour perfectionner les saints , pour édifier le corps de Jésus-Christ, pour établir l'unité de la foi, etc. (Ephes., c. iv, v. 11). Si nous en croyons les protestants, les apôtres, les prophètes, les évangélisles ont été à la vérité suscités de Dieu pour cette fin ; quant aux pasteurs et aux docteurs qui leur ont succédé, loin d'édifier, ils n'ont fait que détruire ; au lieu d'établir l'unité de la foi, ils ont divisé les esprits par des disputes philosophiques ; au lieu de perfectionner l'ouvrage commencé par les apôtres, ils l'ont dégradé et dénaturé ; et Dieu a trouvé bon d'attendre quinze cents ans avant d'y apporter du remède. Nos adversaires voudront bien nous dispenser de digérer de pareilles impiétés ; les déistes et les athées n'ont rien dit de plus injurieux contre le christianisme.
2° Us disent que, puisque les apôtres mêmes n'ont pas été exempts de préjugés, d'erreurs, de faiblesses, il n'est pas étonnant que leurs disciples les plus zélés en /dent été aussi susceptibles; Barbeyrac , Traité de la Morale des Pères, c. vin, § 39, p. 125; Encyclop., art. Pères de l'Eglise; conséquemment les incrédules n'ont pas manqué de faire contre les apôtres les mêmes reproches que les protestants font contre les Pères- Mais nous demandons de quel front l'on ose altiibuer des erreurs et des faiblesses aux apôtres, quand on fait profession de croire qu'ils avaient reçu le Saint- Esprit, et que, suivant la promesse du Sauveur, cet Esprit divin devait leur enseigner toute vérité (Joan. xvi , 13), et les revêtir d'une force divine (Luc. xxiv , hd ; Act. i, 8).
3° 11 a fallu être possédé d'un esprit de vertige pour supposer, d'un côté, que les Pères apostoliques n'ont été ni savants, ni éloquents, ni critiques éclairés, ni précaulionnés contre la fraude ; que c'étaient des hommes simples, crédules, ignorants et quelquefois visionnaires; de l'autre, que ce sont eux qui ont fait la distinction des écrits authentiques et vraiment apostoli-
ques, d'avec les livres forgés et apocryphes ; Mosheim, Jlist. ecclés., i" siècle, n'p'art., c. 2, § 17. Voila, en vérité, diront les déistes, d'excellents juges pour faire un pareil discernement ; c'est une foi bien éclairée et bien sage que celle qui est dirigée par de tels arbitres. Croirons -nous ces docteurs incapables de fraude, pendant que leurs successeurs immédiats ne se sont fait aucui* scrupule de forger des livres, etc.? Mais les protestants semblent ne compter pour rien l'avantage qu'ils donnent aux ennemis du christianisme , pourvu qu'ils puissent exhaler leur bile contre les Pères. Ce qu'il y a de singulier, c'est que Mosheim a condamné lui-même celte méthode de laquelle il s'est constamment servi. Il observe que si l'on récusa absolument le témoignage des Pères, il ne restera plus rien de certain dans l'histoire de l'Eglise ; il blâme la témérité de ceux qui, pour se débarrasser de ce témoignage, s'attachent à le décréditer, en alléguant l'ignorance, les erreurs, la mauvaise foi des Pères, etc. Tel est cependant le crime dont lui et ses pareils sont coupables. Voy. Vindiciœ antiquœ Christ ianorum disciplinœ, adv. Tolandi Nazarenum, sect. 1, c. 5, § 3 et 4, p. 92 et suiv.
4° Les trois principales sectes protestantes s'accordent très-mal sur ce point. Comme les anglicans se sont moins éloignés que les autres de la croyance catholique, ils ont aussi c "inservé plus de respect pour les témoins de la tradition ; Cave, Grabe, lléeves, Blacwal, Péarson, Bévéridge et d'autres savants anglais, ont justifié les Pères contre les reproches de Daillé et de ses copistes; ils ont soutenu contre les sociniens que l'on doit entendre l'Ecriture sainte conformément aux explications des anciens docteurs de l'Eglise; ils ont travaillé avec succès à rassembler, à éclaircir plusieurs monuments, et à les défendre contre les attaques d'une critique trop hardie. Les luthériens ont été moins équitables, parce qu'ils se sont écartés davantage de la doctrine de l'Eglise ancienne ; plusieurs d'entre eux n'ont pas hésité d'imiter l'emportement des calvinistes. Quant à ces derniers, ils n'ont point gardé démesures; plus ils penchent au socinianisme, plus ils témoignent de prévention et de haine contre les Pères, et pour comble d'hypocrisie, ils protestent que c'est la pure vérité qui les force à penser ainsi. Le même personnage pour lequel les uns témoignent beaucoup d'estime, est traité par les autres avec le dernier mépris ; souvent un critique protestant en dit du bien ou du mal, suivant qu'il le trouve plus favorable ou plus opposé à son opinion. Le traducteur de Mosheim avoue que l'autorité des Pères diminue de jour en jour chez les protestants, Hist. ecclés., tom. I, pag. 5, note. Nous n'en sommes pas surpris ; nous y voyons diminuer la foi eu même proportion, et le protestantisme se rapprocher de jour en jour du déisme : cette progression était inévitable. Ce même écrivain convient que le livre composé par un calviniste anglais nomme
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