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Whilby, contre l'autorité des Pères, ne peut manquer de produire un très-mauvais effet, et de prévenir les jeunes étudiants contre ce qu'il y a de bon dans les écrits de ces anciens,' llist. ecclés., tom. V, p. 3G8. Ce qu'il en dit lui-même dans ses notes fera-t-il moins de mal ?
5" 11 n'est pas possible de méconnaître la passion qui fait parler nos adversaires, quand on considère les contradictions et la bizarrerie des reproches qu'ils font aux. Pères de VE- (jlise. Ils se plaignent de ce que ceux du i'r siècle n'étaient ni savants ni éloquents, de ce que ceux du w n'étaient pas instruits de la philosophie des Orientaux ; ils blâment dans ceux du me la connaissance qu'ils avaient de la philosophie et l'usage qu'ils en ont fait; ils disent que l'éloquence des Pères en général est trop enflée, remplie de ligures et d'hyperboles. Ils les accusent d'avoir souvent mal raisonné, de n'avoir pas vu les conséquences de ce qu'ils enseignaient; cependant ils supposent que les Pères ont été bons raisonneurs, puisqu'ils leur attribuent, par voie de conséquence, toutes les erreurs possibles; ensuite ils se fAchcnt de ce que les Pères en ont ainsi agi hl égard des hérétiques. Il ne faut pas, disent-ils, attribuer les actions des hommes à des principes qu'ils n'ont jamais avoués, nia de mauvais motifs, lorsqu'ils ont pu en avoir de louables; et continuellement ils se rendent coupables de cette injustice envers les Pères. Ils se plaignent de ce que ceux-ci manquent de méthode, et de ce que les scolastques en ont trop, etc. Les calvinistes surtout ont poussé l'inconséquence jusqu'au ridicule. Ils ont peint saint Jérôme en particulier comme un imposteur de profession qui ne se faisait aucun scrupule de mentir et d'affirmer le contraire de ce qu'il pensait, et parce q i'il a dit dans un endroit , qu'au commencement de l'Eglise les évèques ne se croyaient pas supérieurs aux prêtres, ces mômes calvinistes ont triomphé ; ils ont cité ce passage comme une autorité irréfragable, qui doit prévaloir à tous les monuments de l'histoire ecclésiastique. Ils nous reprochent une aveugle prévention en faveur des Pères, une obstination marquée à les justifier contre toute apparence de vérité. De notre côté, nous leur reprochons une aveugle prévention contre ces écrivains respectables , et un entêtement malicieux à interpréter dans le plus mauvais sens ce qu'ils ont dit. Ils travaillent ainsi à continuer les erreurs en leur cherchant des garants et des complices ; au lieu que nous tâchons d'établir des vérités, en faisant voir qu'elles ne sont point contraires au sentiment des docteurs de l'Eglise : lequel de ces deux procédés est le plus louable ?
G° Enfin les plus opiniâtres ont été forcés de se dédire et de se rétracter. Baillé, à la tin de son livre de vero Usu Patrum, 1. n, c. G, semble avoir voulu faire aux Pères la réparation des outrages dont il les avait chargés. « Leurs écrits, dit-il, renferment des leçons de morale et de ve;tu capables de produire les plus grands etfets, plusieurs
DlCTiOMV. DE Théol. dogmatique. III.
choses qui servent a confirmer les fondements du christianisme plusieurs observalions très-utiles pour entendre l'Ecriture sainte et les mystères qu'elle contient; leur autorité sert beaucoup à prouver la vérité de la religion chrétienne. N'est-ce pas un phénomène admirable que tant de grands hommes, doués de tous les talents et de toute la capacité possible, nés en différents temps et en divers climats, pendant quinze cents ans, avec des inclinations, des mœurs, des idées si différentes, se soient néanmoins accordés à croire les preuves du christianisme, à rendre leurs adorations à Jésus-Christ, à prêcher les mêmes vertus, à espérer la môme récompense, à recevoir les mêmes Evangiles.
à y découvrir les mêmes mystères? Il
n'est pas vraisemblable que tant d'hommes célèbres parla beauté de leur génie, par l'étendue et la pénétration de leurs lumières, dont le mérite est prouvé par leursouvrages, aient été ascez imbéciles pour fonder leur foi et leurs espérances sur la doctrine de Jésus-Christ, pour lui sacrifier leurs intérêts, leur repos et leur vie, sans en avoirévidemment senti le pouvoir divin. Préféreronsnous au suffrage unanime de ces grands hommes les préventions et lesclameursd'uno poignée d'incrédules et d'athées, qui calomnient l'Evangile sansl'entendre, qui blasphèment ce qu'ils ignorent, et qui se rendent encore plus suspects par le dérèglement de; leurs mœurs que par les bornes étroites du leurs connaissances ? » Ces réflexions sont très-sages; mais de quel front peut-on les adresser aux incrédules, quand on a fait tout ce que l'on a pu pour leur inspirer de la prévention contre les Pères?
Le Clerc, dans son Art critique, t. IV, lettre 4, fait un grand éloge du livre de Daillé ; il blâme la réfutation qu'un Anglais en avait faite; celle de Guillaume Kéeves n'avait pas encore paru ; toute cette lettre est un mélange de bien et de mal, de blâme et de louanges donnés aux Pères de l'Eglise, duquel on no sait quel résultat on doit tirer. Mais dans son Hist. ecclés., an. 101, § 1 et suiv., i! a exhalé toute sa bile contre les Pères du ue siècle. « Ils étaient incapables, dit-il, de bien entendre l'Ecriture sainte, faute de savon* l'hébreu ; c'est pour cela qu'ils s'étaient persuadé faussement que la version des Septante était inspirée. Ils étaient excessivement crédules à l'égard de plusieurs traditions prétendues apostoliques ; c'étaient de mauvais raisonneurs, ignorants dans l'art de la critique, entêtés de platonisme, et qui cherchaient à so rapprocher des païens. » On doit donc regarder comme un miracle de la Providence, la conservation du christianisme entre les mains de docteurs si capables de !e corrompre. Aux mots Hébreu, Septante , Tradition, Platonisme, etc., nous réfutons tous ces reproches téméraires, dictés par le seul intérêt do système, et désavoués par les protestants les plus sensés. Beausobre, encore moins équitable, semble n'avoir écrit son Histoire du Manichéisme que pour justifier tous les anciens hérétiques aux dépens des Pères de
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TEglhe ; il excuse tout dans les premiers, tout lui paraît suspect et répréhensible dans les seconds ; il ne veut pas cjuo, par voie de conséquence, on impute aux hérétiques des erreurs qu'ils n'ont pas formellementavouées et lui-môme n'emploie point d'autre moyen pour taxer d'erreur les Pères. Il soutient qu'en rapportant les opinions des hérétiques, ils ont l'ait dej relations visiblement fausses et pleines d'exagérations, qu'ils ont mal raisonné, qu'ils ont ciu aveuglément tous les faits qui pouvaient déshonorer leurs adversaires, et qu'ils ont eu la passion de rendre leurs personnes odieuses. 11 reproche aux catholiques d'abuser du nom et du témoignage des anciens, pour défendre des opinions fausses et dos pratiques superstitieuses; c'est ce qu'il appelle lesophisme de l'autorité, par lequel on prétend, dit-il, enchaîner ce qu'il y a de plus libre en nous, qui est la raison et la foi. Hist. du Munich., préf., pag. 22. Mosheim, Jnstit. Hist. christ., sœc. i , 11e part., c. 5, § 2, fait les mômes reproches aux Pères touchant les hérésies, et emploie toute son érudition pour les appuyer.
Pour nous, qui pensons que la raison embrasse nécessairement ce qui lui paraît vrai, et que Dieu nous ordonne de croire tout ce qu'il a révélé, nous ne concevons point en quel sens la raison et la foi sont ce qu'il y a de plus libre en nous; mais il s'agit de justifier les Pères. Ceux-ci, sans doute, n'ont pas vécu familièrement avec tous les hérésiarques ni avec les principaux docteurs de chaque secte, ils n'ont donc pu connaître les vrais sentiments de ces personnages que par leurs écrits, par le récit de leurs disciples, >ar la confession de ceux qui revenaient à 'Eglise, par la renommée publique. Beausobre a-t-il eu de meilleurs mémoires que les contemporains, pour mieux savoir qu'eux ce que les hérétiques ont pensé et enseigné, et pour convaincre les Pères de passion ou de crédulité ? On nous dit que souvent les Pères ne s'accordent point en exposant la doctrine d'une secte hérétique. Cela n'est pas fort étonnant ; il n'y en eut jamais aucune dont les divers docteurs aient enseigné la même chose, ou aient conservé en entier la doctrine du fondateur. Où en serionsnous, s'il nous fallait juger aujourd'hui de la doctrine de Luther et de Calvin par celle de leurs sectateurs, ou ranger sous un seul système toutes les erreurs des protestants? Mosheim avoue qu'il n'y avait rien de constant ni d'uniforme entre les ditïérentes sectes de guostiques, Hist. christ., sœc. n, § 42. Vainement il prétend que les Pères n'ont pas bien compris le système de ces hérétiques, parce qu'ils n'ont pas connu la philosophie orientale dans laquelle ces sectaires avaient puisé leurs erreurs; nous avons fait voir la témérité de ce reproche au mot gnosliques.
Dès qu'il plaît à un critique de forger le système des hérétiques à sa manière, il n'est pas étonnant que les Pères lui semblent avoir mal raisonné ; mais les Pères n'argumentent pas contre les idées de nos dissertateurs
modernes ; ils attaquaient les écrits qu'ils avaient sous les yeux, les adversaires auxquels ils parlaient, les erreurs dont ils avaient la notion ; et nous convenons que les anciens hérétiques n'ont pas toujours autant d'adresse que les modernes pour revêtir une erreur de toutes les apparences de la vérité.
Il est fort singulier que Beausobre prétende avoir mieux connu et mieux compris le système des manichéens, être mieux informé de leur s mœurs et de leur conduite, que saint Augustin, qui avait vécu parmi eux, qui avait été séduit parleurs sophismes,qui avait consulté leurs plus habiles docteurs, qui avait été un des apôtres de leur secte, et qui vint à bout de les confondre dans plusieurs conférences publiques. Il faut être étrangement prévenu pour faire plus de cas des raisonnements et des conjectures d'un discoureur du xviii" siècle, que du témoignage formel d'un auteur contemporain , instruit dans la secte même qu'il réfute. Il n'est pas croyable, dit Beausobre, que les hérétiques aient été coupables de toutes les absurdités et de toutes les abominations qu'on le. r prête ; ce n'étaient que des bruits vagues et des accusations sans fondement ; cela n'était prouvé tout au plus que par le témoignage de quelques déserteurs de la secte : or, ceuxci ne manquent jamais de calomnier le parti qu'ils ont abandonné. No is soutenons que ces accusations sont très-croyables ; les mômes désordres dont les hérétiques du ni* siècle et des deux suivants ont été atteints et pleinement convaincus, démontrent que ce qui est arrivé pour lors a pu arriver autrefois. S'il y a quelquefois des transfuges menteurs, il y en a aussi de véridiques. Lorsqu'il s'est agi de calomnier des catholiques, Beausobre ni les autres protestants n'ont pas été aussi scrupuleux et n'ont pas [iris autant de soin de vérifier les faits, que les Pères l'ont été à l'égard des anciens hérétiques. Mosheim, quoique assez enclin d'ailleurs a penser comme Beausobre, a cependant senti le faible et le ridicule des préventions de ce critique, et il nous paraît avoir eu en vue de le réfuter dans sa troisième Dissertation sur rilistoire ecclésiastique, t. I, § 9, p. 238. « J'ai peine à pardonner, dit-il, à ceux qui ne cessent de nous étourdir par leurs clameurs contre les Pires, qui les laxent d'ignorance, de malice, d'intérêt, d'ambition et d'autres crimes, comme si ces anciens n'avaient jamais été de bonne foi, comme s'ils avaient toujours parlé et agi par des motifs criminels, sans honte et contre leur conscience, afin de rendre les hérétiques odieux. Que diraient leurs accusateurs si on les traitait ainsi ? » Voilà comme il s'est fait le procès à lui-même.
Ce n'est point nous qui faisons un sophisme en alléguant l'autorité des Pères; c'est Beausobre qui subtilise sur l'ambiguïté de ce terme. Lorsqu'il s'agit de constater un fait ancien, par exemple de savoir ce qu'ont enseigné tels ou tels hérétiques, ce n'est point un sophisme d'alléguer / autorité, c'est-
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h- lire le témoignage do ceux qui ont été à portée de s'en instruire, et qui avaient intérêt de s'en informer. Il n'est encore venu a l'idée de personne d'appeler sophisme oT autorité \& certitude morale fondée sur l'attestai ion de témoins eomj étents et en état de déposer d'un fait. Beausobre en impose quand il dit que nous croyons à la parole des Pères, parce que nous les regardons comme des saints ; c'est une fauss té : nous n'y croyons que twrecque nous savons d'ailleurs qu'ilsétaient instruits, sensés et judicieux ; et nous le voyons par leurs écrits. Quand il s'agit d'un dogme, c'est-à-dire de savoir si tel dogme a été cru professé et prêché dans l'Eglise en tel temps et en tel lieu, nous soutenons que le témoignage des Pères est une preuve irrécusable, puisque la plupart ont été chargés par état de prêcher et d'enseigner la doctrine chrétienne ; personne n'est plus capable au'eux de nous apprendre quelle était cette octrine dans le temps auquel ils ont vécu : sur ce point leur autorité se réduit encore au simple témoignage. Lorsqu'un grand nombre de Pères, placés en différents lieux et en différents temps, s'accordent à enseigner le même dogme comme partie de la doctrine chrétienne, nous soutenons que ce dogme y appartient véritablement, et que <;'a été la croyance commune de l'Eglise, parce que les Pères, dans tous les temps et dans tous les lieux, ont prolesté qu'il ne leur était pis permis d'enseigner aucune chose contraire à cette croyance ; ils ont môme condamné comme novateurs et comme hérétiques tous ceux qui ont eu cette témérité. Nous persuadera-t-on que Ips Pères ont attaqué et altéré la doc'rine commune de l'Eglise établie avant eux, sans le savoir et sans le vouloir, ou qu'ils ont commis ce crime de propos délibéré, en faisant profession de le condamner et de le détester? Pour qu'ils en vinssent à bout, il aurait encore fallu que la société entière des tidèles se rendit leur complice. En suivant leur doctrine comme orthodoxe, nous ne déférons point à leur autorité personnelle, mais à l'autorité de l'Eglise. Or, nous avons prouvé celte autorité contre les protestants. Voy. Eglise, § 5.
Si d'un côté Beausobre ne veut ajouter aucune foi au témoignage des Pères, de l'autre il jure sur la parole de tous les écrivains orientaux, arabes, chaldéens, syriens, égyptiens, juifs cabalistes, etc. ; tout mécréant quelconque lui parait plus croyable que vingt Pères de l'Eglise. Il croit avoir suffisamment disculpé une secte hérétique, lorsqu'il peut faire voir que quelques-uns des Pères ont eu des opinions à peu près semblables, ou qui entraînaient les mêmes inconvénients ; il ferme les yeux sur deux différences essentielles. 1° Ces Pères ne dogmatisaient pas, aucun n'a jamais prétendu ériger en dogme de foi son opinion particulière ; les hérétiques au contraire ont toujours soutenu que leur doctrine était la seule vraie, et quiconque' n'a pas voulu s'y conformer n'a point été admis dans leur secte. 2° Les Pères ont toujours été soumis à renseignement de l'E-
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5iise, ils ont écouté sa voix comme celle de ésus-Christ et des apôtres : les sectaires .se sont crus plus éclairés que l'Eglise, et ont voulu que leur autorité l'emportât sur la sienne.
Ces deux réflexions suffisent déjà pour démontrer la fausseté des motifs par lesquels les critiques protestants veul nt justifier leur conduite. Ils assurent qu'ils rapportent les erreurs des Pères, non pour les déprimer, mais pour faire voir que tous les hommes sont faillibles, qu'il faut avoir de l'indulgence pour tous ceux qui se trompent , qu'il ne faut pas juger les anciens hérétiques avec plus de rigueur que nous n'en avons pour les docteurs de l'Eglise. Où est donc la justesse de cet odieux parallèle ? Quand il serait aussi vrai qu'il est faux que les Pères ont été coupables de toutes les erreurs dont ils sont accusés par les protestants, il y aurait toujours de fortes raisons pour les excuser. 1° Il serait toujours évident qu'ils se sont trompés de bonne foi, qu'ils ont cru suivie la doctrine enseignée par les apôtres, qu'ils n'ont eu aucun dessein d'innover, de se faire un parti, d'élever autel contre autel. Les anciens hérétiques ont eu des motifs tout différents ; plusieurs se vantaient d'en sav~ ir plus que les apôtres, ils se donnaient le nom fastueux de gnostiques ou d'illuminés; leur ambition était de devenir chefs de sectes, et ils y sont parvenus; ils ent divisé l'Eglise, ils lui ont débauché ses enfants pour se les attacher ; ils ne prétendaient pas à moins qu'à renverser le christianisme, en établissant une doctrine différente de celle de Jésus-Christ. 2° Les Pères étaient les pasteurs légitimes, ils avaient reçu leur mission des apôtres, ils avaient donc le droit d'enseigner. Mais qui avait donné ce droit à Cérinthe, à Valentin, àCerdon, à Marcion, etc. ? Ils n'étaient pas entrés dans le bercail de Jésus- Christ par la porte, mais en perçant le mur ; c'étaient donc des larrons et des voleurs (Joan. x, 8). A quel litre ont-ils mérité de l'indulgence? 3° Dans le ne et leur siècle les pasteurs n'avaient pas pu s'assembler aisément pour confronter la doctrine des différentes Eglises, pour voir si elle était uniforme, et si la tradition était la môme partout, ils se sont soumis à cède épreuve dès qu'ils l'ont pu. Jamais les hérétiques n'ont voulu subir ce joug ; quoique condamnés par des conciles généraux, ils ont persisté opiniâtrement dans leurs erreurs, ils ont affecté de les répandre avec encore plus d'éclat. C'est donc faire une injure sanglante, aux Pères de l'Eglise, que de les mettre de pair avec des sectaires.
Pour comble d'inconséquence, Beausobre qui a dit tant de mal des Pères dans son Histoire du Manichéisme, a trouvé bon dans ses Remarques sur le Nouveau Testament, de recourir à eux pour découvrir la vraie signification d'une infinité de termes ou d'expressions du texte grec, pendant que les prolestants en général nous blâment, parce que nous faisons de même. Barbcyrac, dans son Traité de la Morale des Pères de l'Eglise, a
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poussé la malignité el la prévention contre martyre ; ils ont approuvé" le suicide '1rs ces auteurs respectables encore plus loin que femmes qui ont mieux aimé se tuer que de les autres protestants; il a répété tous les perdre leur chasteté, et plusieurs actions reproches qu'on leur avait faits avant lui, et criminelles des patriarches, sous prétexte il en a surajouté de nouveaux. Son dessein que c'étaient des types, etc. Il ne faut pas était de prouver que les Pères, en général, oublier que les incrédules ont fait tous ces ont été de mauvais moralistes ; nous avons mômes reproches contre les auteurs sacrés, déjà observé que Mosheim en a jugé de mê- Comme nous parlons en particulier de chame ; cependant le traducteur de ce dernier cun des Pères de l'Eglise, nous n'oublions convient que Barbeyraca fait con're les Pères pas de les disculper, de faire voir ou qu'on plusieurs imputations dont il est aisé de les leur attribue mal à propos des décisions laver. Il renouvelle d'abord le sophisme ré- fausses, ou que les prétendues erreurs qu oh pété cent fois par les protestants : savoir, leur impute sont des vérités fondées sur l'Equeles Pères ne sont pas infaillibles. Aucun criture sainte. On peut voir encore chacun ({'eux ne l'est en particulier ; mais lorsque des articles de morale dont il est ici questous, ou du moins un très-grand nombre, s'ac- tion, comme Bigamie, Célibat, Défense de cordent à déposer d'un fait public, sensible, soi-même, Serment, etc. Nos censeurs accupalpable, sur lequel il ne lui a pasété possible sent les Pères d'avoir forgé de nouveaux de se méprendre, nous soutenons que leur té- dogmes desquels les apôtres n'avaient | as moignage est infaillible ; qu'il o, ère unecer- parlé, cette calomnie est réfutée à l'article titude morale poussée au plus haut degré, et Dogme. Voy. encore Tradition, etc. qu'il y a de la folie à s'y refuser. De nos jours Dans les préfaces que l'on a mises à la on a démontré contre les déistes l'évidence tète des nouvelles éditions des Pères, les des principes de la certitude morale, et il est savants éditeurs se sont attachés à les déincontestable que les déistes, en argumen- fendre contre les critiques qui les ont accusés tant contre cette certitude, ne faisaient que d'être tombés dans plusieurs erreurs sur le copier les sophismes dis protestants. Ceux- dogme: nous avons souvent fait usage de ci reprochent aux Pères d'avoir traité la ino- ces apologies, et nous avons uémonlré l'inrale sans suite, sens liaison, sans méthode, justice des accusateurs. Voy. les mots Diei , et de n'en avoir donné aucun traité complet. Ange, Ame nuMUNE, Esprit, etc. Vainement Si c'est là un crime, les Pères le partagent encore nos adversaires ont repioché aox avec Jésus-Christ et avec les apôtres; aussi Pères les explications allégoriques de l'Lcriles incrédules à leur tour n'ont pas manqué turc, 1 ignorance delà langue hébraïque, lud'objecter que ces divins auteurs ont traité sage de la philosophie : nous avons soin do la morale sans ordre et sans méthode, que jusafibr les Pères sur tous ces chefs. Voyez l'Evangile n'en est point un traité complet, Allégorie, Commentateurs, Hébrfii, Philoqu'elle n'y est pas prouvée comme elle l'est soiuiie, Platonisme, etc. Nous ne croyon» dans les anciens philosophes. Lorsque les avoir laissé sans réponse aucune des plaintes protestants auront donné une bonne réponse des protestants. A tin de ne rien laisser sans aux incrédules, elle nous servira pour jus- y avoir donné un coup de dent, Mosneim a lifier les Pères. Depuis que les plus habiles dit beaucoup de mal des dernières éditions auteurs protestants, Grotius,Pulï'endorf,Cum- des /Vrwqui ont été publiées, soit en France, berland, Hutchinson, etc., ont analysé, dé- soit en Angleterre; il prophétise que pc:montré, quintessencié la morale, et en ont sonne ne les donnera telles que les savants donné dos traités exprès, nous voudrions le désirent. Hist. christ., saec. h, § 37, not es. savoir quelles vertus nouvelles on a vu Mais puisque ce critique aval conçu dans sa éclore, surtout parmi les protestants, quel tète un plan de perfection auquel il était effet ces brillantes productions ont opéré seul capable d'atteindre, il aurait dû, par zèle sur leurs mœurs; combien de mécréants onde pour le bien général, en donner au moins un pécheurs ont été convertis par les leçons su- modèle. C'est ici le cas de dire qu'il est plus blimes de nos moralistes modernes. Quand aisé de demander mieux que de faire aussi on supposerait que ceux-ci sont plus nié- bien. Comme les écrivains catholiques ont thodiques, plus exacts, plus profonds, plus fait voir l'opposition qu'il y a entre la ducéloquents que les Pères, ce qui n'est pas, il trine des Pères et celle des protestants, il y aurait toujours cette grande ditférence, n'est pas étonnant qu'ils aient déplu à '-es que les Pères prêchaient par leur exemple derniers.
plus puissamment que par leurs discours ; ¥ PERFECTIBILITÉ CHRÉTIENNE. Le cliristiade la est venue la différence de leurs succès. nfeme est la S01irce du véritable progrès. Tous les Lactance, au ive siècle, taisait déjà cette ob- sicdes pourront toujours y puiser sans crainte de réservation, et nous ne connaissons personne puiser. Les proiestants ont almsé de la perfectibilité qui ait entrepris d'y répondre. chrétienne pour la faire passer des actes des (idoles à Mais en quoi la morale des Pères est-elle la doctrine elle-même. La perfectibilité, entendue donc erronée et fautive? Ils ont condamné, dans ce sens, a besoin d'être bien comprise. Voici disent nos adversaires, la défense de soi- commenta, tabbe Bar ran la présente- dans son hx- , . , . • „„ i' „^~,„„„ i^.>,.,\f position raisomwe des doqmes et delà murale du clirir rnéme et de ses biens, le commerce, le prêt |)„,„-sr„ t j p 054 . J
à usure, les secondes noces, le serment; ( Supposons un instant que la religion de fusils ont loué à l'excès la continence, le cél;- Christ puisse être perfectionnée d'une manièiv probat, la virginité, la vie austère et mortifiée; gressive : Ies"proiestanls se trouvent-ils dans les «oniis ont inspiré aux fidèles le fanatisme du ditions de celle perfectibilité? Je ne le pense pas.
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Qu'est ce, on effet, que le perfectionnement (tans les arts, dans les sciences, et, si vous voulez, dans; la religion? Pans les arts, la sculpture, par exemple, ce sera de mieux harmoniser, de rendre pins naturelles, plus gracieuses, les formes d'une statue. Perlectionner une science, comme la géométrie, c'est employer des méthodes plus claires, plus précises, plus propres à en faciliter les démonstrations. Il y a sans doute un autre perfectionnement plus large applique aux arts et aux sciences ; mais on devrait plutôt lui donner le nom de découverte, d'invention ; car, a la rigueur, perfectionner ne signifie autre chose que rendre plus parfait, dans la foi nie et le mode, ce qui e3t déjà pour le fond. La religion, si l'on veut, pourra aussi absolument être suscepiihle de perfectionnement, en ce sens qu'à une époque il sera possihlc d'exposer sa doctrine avec plus de clarté, d'augmenter les solennités de son culte, de détruire les superstitions de l'ignorance au milieu des populations. La morale sera perfectionnée dans la pratique, si l'on est plus fidèle à l'observer* si l'on trouve les moyens «l'en rendre l'application plus utile, plus profitable à l'humanité, et, sous ce rapport, le mode d'exercer la bienfaisance chrétienne pourra vraiment être amélioré Est-ce ainsi que les protestants ont réformé, perfectionné la religion et la morale? Se sont-ils bornés à quelque modification dans la forme? Leur prétendu perfectionnement, c'est la mutilation dans la foi, les sacremenls et une foule d'autres points qu'ils rejettent, sous prétexte de réforme. C'est le perfectionnement du barhare, qui, pour embellir une statue, lui briserait des memhrcs, lui déformerait les autres, et lui déprimerait le front. Ils ont aussi fait des additions à la religion de Jésus-Christ, ce qui sort encore des limites d'un perfectionnement. D'où outils tiré, par exemple, l'inamissibililc de la justice, la tolérance de la polygamie, la terrible réprobation absolue, la rémission du péché par la croyance même qu'il est remis ? Y a-t-il dans la doctrine de Jésus- Christ quelque cho?-e qui conduire à ces principes ? Non, le christianisme reformé, comme ils le prétendent, n'est plus celui du divin Sauveur, celui des apôtres : ils l'ont altéré, défiguré par les retranchements arbitraires qu'ils lui ont fait subir et par les additions monstrueuses qu'ils lui ont imposées. Il est donc manifeste qu'ils sont sortis des conditions d'un véritable perfectionnement.
« Au reste, examinons en peu de mots si la religion chrétienne est susceptible de perfectibilité pour le dogme, la doctrine, les sacrements et le ministère sacré. Jésus-Christ disait à ses apôtres : Je vous ai fait connaître tout ce que j'ai appris de mon Père (Joan. , xv), c'est-à dire, tout ce que j'avais mission de vous manifester pour l'établissement de ma religion. Le Paraclet, que mon Père vous enverra en mon nom, vous enseignera toutes cfioses ( Ibid., xiv ). Allez donc, instruisez les nations, ot fuites observer ce que je vous ai ordonné (M atth. xxvni). Selon le sens naturel de ces paroles, le Sauveur a instruit les apôtres de ce qu'ils devaient communiquer aux hommes ; son Esprit devait, le jour de la Pentecôte, confirmer, développer ces enseignements, et surtout opérer de uici yeilleux changements dans les dispositions des disciples ; dans la suite, le même Esprit n'a jamais fait défaut aux hommes apostoliques. Le divin Fondateur ne s'est donc pas arrêté à une ébauche pour sa religion : il l'a donnée complèle, achevée, parfaite, telle qu'il ordonnait de la prêcher et de la faire observer jusqu'à la fin des siècles. Les apôtres ont-ils été infidèles à leur mission, en altérant la doctrine sainte que Jésus leur avait enseignée ? On ne peut le penser, sans les accuser d'imposture, sans y associer Deu lui-même, puisqu'ils opéraient les plus grands miracles par son autorité. Dans leurs prédications, ils n'ont jamais prétendu perlectionner en augmentant ou en diminuant le dépôt qui leur avait été confie : ils se faisaient gloire d'enseigner ce qu'ils
avaient reçu du Christ. Et un ange du ciel viendrait il, disaient-ils avec confiance, vous anuoncer un Evangile différent de celui que nous vous prêchons, qu'il sotl analheme (Gai. i ) ! Donc, elle ne peut être de Jésus-Christ celle doctrine qui enseigne des dogmes qu'il n'a pas ordonné d'enseigner, que les apôtres n'ont point transmis. Donc, elle ne sera pas de Jésus-Christ cette religion OÙ l'on retranche des dogmes, des sacrements que le divin Sauveur a prescrit à ses apôtres de prêcher, de faire observer, cl que ceux-ci ont enseignés fidèlement. Voyez l'idée que donnent de la sagesse du Fils de Dieu, ces partisans de la perfectibilité chrétienne. Il aurait d'abord fait Connaître des vérités qui, dans la suite, auraient changé de nature ; un sacrifice, dans le principe agréable à Dieu, et puis devenu un acte d'idolâtrie. Des le berceau du christianisme, on aura eu dos moyens nombreux de sanctification par plusieurs sacrements : plus tard, bien que les hommes ne soient pas devenus meilleurs, ces sources de sainteté, devaient presque toutes tarir. Et ainsi disparaîtront les dogmes que le divin Maître nous a révélés, et les institutions saintes qu'il est venu fonder. La morale, devra apparemment aussi subir ces changements progressifs. À l'époque du Sauveur et des apôtres, on ne pouvait être marié à deux femmes à la fois ; niais, au temps de Luther, la loi est abrogée, on ne sera plus adultère; c'est le privilège du progrés. Les bonnes œuvres pouvaient être utiles pour le salut dans les premiers siècles du christianisme : un jour, elles seront indifférentes, ou plutôt l'homme se trouvera dans l'impossibilité n'en opérer, et ne devra son salut qu'à l'imputation de la justice du Christ. Bientôt on sera conduit à la négation de la divinité même du Rédempteur, que les protestants rationalistes dépouilleront de tout caractère surnaturel, pour ne reconnaître en lui qu'un simple maître de morale.Viendra enfin un système hardi, fondé sur les mêmes principes, qui transformera le Christ en un être fabuleux et symbolique.
< Au reste, qui fera ces changements progressifs? Qui sera chargé déjuger l'opportunité des temps, la maturité des esprits ? Il y aura sans doute quelquu société ou syno !e en rapport avec le Rédempteur pour décider que tel dogme, telle pratique sont surannés, et que d'autres pratiques, des dogmes différents sont obligatoires jusqu'à nouvelle décision. Non, le Christ aurait été plus large dans ses concessions : chacun dans sa religon aura le droit d'examiner, do juger, de prononcer, de modifier, de réprimer, d'adopter, selon ses illuminations, ses goùls, son sentiment, sa délectation intérieure, sa raison. Il faut avoir lu de ses yeux ces théories religieuses de la perfectibilité, pour croire que des hommes, instruits d'ailleurs, aient pu les écrire et les donner comme ies principes et la nature du christianisme. Chez les catholiques, au contraire, tout dogme nouveau est par la même proscrit. Point de retranchement, point d'augmentation dans la doctrine de notre Sauveur et Maître. Point d'innovation, disait saint Etienne à son célèbre adversaire. Chez nous, l'Eglise ne fait point de nouveaux articles de foi : elle se borne à définir ceux que nous tenons de Jésus-Christ. Nous ne croyons pour la foi, nous ne pratiquons pour les sacrements, que ce qui a élé cru, ce qui a été pratiqué toujours et partout depuis les temps apostoliques. Non, la religion de Jésus-Christ n'est pas perfectible dans le sens où l'entendent aujourd'hui plusieurs sectes protestantes ; et ainsi disparaît, comme réprouvée, comme criminelle, celle faculté de modifications incessantes, qui est cependant ia suite nécessaire, visible, du système de l'examen privé et de l'inspiration individuelle. »
PERFECTION. Voy Parfait.
PERMETTRE, PERMISSION. Ces .Jeux ternies ont un sens équivoque dont lus in-
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crédules ont souvent abusé, et il est important de distinguer. Permettre signifie quelquefois consentir, ne point défendre, ne point désapprouver; dans e« sens nous appelons permis ce qui n'est défendu par aucune loi : personne ne peut être justement puni pour avoir fait une chose ainsi permise; un maître qui a donné à son domestique la permission de sortir serait injuste s'il le punissait de ce qu'il est sorti. Permettre signifie aussi ne point ôter à quelqu'un le pouvoir ni la liberté physique de faire une chose qu'on lui a défendue : dans ce sens Dieu permet le péché ; il n'ôte point à l'homme le pouvoir de transgresser les lois qu'il lui a imposées, et il ne lui donne pas toujours la grAce efficace qui le préserverait du péché ; il ne s'ensuit pas de là que Dieu veut positivement le péché, et qu'il ne peut pas punir le pécheur avec justice. Les incrédules, qui ont dit qu'à l'égard de Dieu permettre le péché et vouloir positivement le péché c'est la môme chose, en ont imposé grossièrement à ceux qui n'entendent pas les termes. S. dans le discours ordinaire on dit quelquefois Dieu l'a voulu, au lieu de dire Dieu Va permis, cet abus du langage ne prouve rien. Dieu sans doute peut toujours empêcher l'homme de pécher, il peut l'en préserver par des grâces puissantes qui produisent leur effet sans nuire à la liberté de 1 homme ; il ne faut pas en conclure que, quand Dieu ne donne point ses grâces, il veut positivement que l'homme pèche. Raisonner ainsi, c'est supposer, 1° que la loi ou la défense de pécher est fort inutile, puisque Dieu doit toujours empêcher qu'elle ne soit violée; 2° que plus 5'homme se porte au péché, plus Dieu doit lui accorder de grâces; 3° qu'un être doué de raison et de liberté doit être conduit d'une manière aussi uniforme que les animaux guidés par {'instinct : car enfin si tous les hommes étaient portés au bien dans toutes leurs act ons morales par une suite non interrompue de grAces efiicaces, quelle différence y aurait-il entre cette marche de l'homme et celle des animaux entraînés constamment par l'impulsion de la nature, sans pouvoir y résister ? Quand on soutient qu'un Dieu sage et bon ne peut pas permettre le péché, cela revient au même que si l'on disait que D eu n'a pu créer un être capable de bien et de mal moral, doué de raison, de réflexion et de liberté, ou qu'après l'avoir ainsi créé il ne peut pas le laisser maître de son choix. Bayle, pour étayer ce paradoxe , objecte l'état des bienheureux dans le ciel : « Ils sont (dit-il) d^ns l'heureuse impuissance de pécher; et cet état, loin de dégrader aucune do leurs facultés, les rend plus parfaites; Dieu, sans doute, pouvait sans aucun inconvénient placer l'homme dans le même état sur la terre. » Soit; dans ce cas l'homme serait plus parfait et plus heureux qu'il n'est, son état serait infiniment meilleur. Mais Bayle oublie toujours qu'en exigeant de Dieu un bienfait, y&rec que c'est le mieux, le plus pa; fait, le
meilleur, il va droit à l'infini, et qu'il suppose Dieu dans l'impuissance d'acc.or.lcr jamais aux créatures un bienfait borné. L'état , physique et moral de l'homme sur la terro est à la vérité moins parfait, moins heureux, moins avantageux que celui des saints dans le ciel ; s'ensuit-il que c'est un état absolument mauvais et malheureux, un mal positif a tous égards ? 11 est certanement meilleur que celui des animaux ; donc c'est un bien, mais un bien limité et borné, et c'est pour cela même qu'il semble mauvais par comparaison à un état meilleur. Comment Bayle et tous les incrédules prouveront-ils qu'un Dieu tout-puissant , sage et bon, ne peut pas faire un bien limité et borné? C'est justement parce qu'il est tout-puissant qu'il ne peut pas en faire d'autre.
On objecte qu'un sage législateur doit pré venir et empêcher , autant qu'il le peut, la violation de ses lois, qu'il serait coupable s'il permettait à quelqu'un de les violer. D'accord. Un législateur humain doit empêcher le mal autant qu'il te peut, parce que son pouvoir est borné ; ce n'est donc pas exiger de lui l'impossible, que de l'obliger à faire tout ce qu'il peut. A l'égard de Dieu, dont la puissance est infinie, c'est une absurdité de vouloir qu'il fasse tout ce qu'il peut, qu'il procure le bien, et qu'il empêche le mal autant qu'il le peut, puisque son pouvoir n'a poini de bornes. Et voilà les- deux sophismes sur lesquels sont fondées tout s les objections des incrédules contre la Providence divine, contre la permission du mal physique et motral. 1° Ils envisagent le mal comme un terme absolu et positif, au lieu que, dans les ouvrages du Créateur et dans Tordre de ce monde, rien n'est bien ou mal que par comparaison ;2°ils comparent la conduite de Dieu à celle des hommes ; ils lui prescrivent les mômes règles et les mêmes devoirs, sans, faire attention qu'il n'y a aucune ressemblance ni aucune proportion entre un être dont tous les attributs sont infinis, et les êtres bornés. Voy. Bonté de Dieu, Mal, etc. Ils se scandalisent encore de ce que Dieu a permis ou toléré, chez les patriarches et dans l'ancienne loi, des usages qui sont formellement condamnés comme des désordres par la loi de l'Evangile : parexemple,la polygamie et le divorce. En parlant de ces deux usages, nous avons fait voir qu'il n'y a aucune inconséquence ni aucun défaut de sagesse dans cette conduite de Dieu, parce que dans l'état des patriarches et dans celui des Juifs, le divorce et la polygamie ne pouvaient pis produire d'aussi pernicieux effets que dans J'é.'at de société civile dans lequel sont aujourd'hui presque toutes les nations. Ces deux usages n'étaient donc contraires ni au bien public ni au droit naturel, comme ils le sont aujourd'hui.
* PERPÉTUITÉ DE L'ÉGLISE. C'est un dogme que l'Eglise doit exister jusqu'à la lin du monde, n&que ad consummationem sœculi, selon l'énergique expression de l'Ecriture. La perpétuité se manifeste par la visibilité. C'est pourquoi les ihéologiens traitent en même temps ces deux notes de l'Eglise. Voij. Visibilité.