‹ Œuvres completes de Bergier (volume 3)Chapitre 179 sur 228 · IS · texte numérisé non relu

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PERSE. Nous n avons à parler de ce

royaume et de ses habitants que pour exposer ce que nous savons de l'établissement et de la durée du christianisme parmi ces peuples. C'est uno tradition constante chez les Orientaux, que saint Pierre, saint Thomas, saint Bartkélemi, saint Matthieu et saint Jade, apôtres, ont prêché l'Evangile dans les parties orientales de l'Asie, dans la Chaldée, la Mésopotamie et la Perse ; que saint Thomas est allé même jusqu'aux Indes ; que dans la suite, leurs disciples ont porté le christianisme dans la Tartaric et jusqu'à la Chine. Le savant Assémani a donné les preuves do cette tradition dans une dissertation sur les nestoriens ou Chaldéens, qu'il a mise au commencement du IV" volume de sa Bibliothèque orientale : l'on ne peut y opposer aucune raison solide.

Parmi les protestants, Beausobre et Mosheim, critiques très-pointilleux d'à Heurs , ont suivi ce sentiment : le premier semble ne l'avoir embrassé que pour contredire les auteurs catholiques qui ont pensé que quand saint Pierre a écrit dans sa I" épître , c. v, v. 13, « l'Eglise élue comme vous à Babylone, et mon fils Marc, vous saluent, » il a entendu sous le nom de Babylone la ville de Rome où il était pour lors. Beausobre soutient que cela est faux, qu'il est question là de Babylone d'Assyrie, d'où il s'ensuit que saint Pierre y a prêché, Hist. du Munich., § 2, c. 3. Ce n est point ici le lieu de traiter cette question ; mais il demeure certain que depuis le i" siècle de l'Eglise, il y a eu des chrétiens dans la Perse, et que dès le siècle suivant ils étaient sous la juridiction des évoques de Séleucie. Ils y furent assez tranquilles jusqu'au ive : pendant que les empereurs Romains persécutaient les fidèles dans les provinces de l'Asie qui leur étaient soumises, les rois de Perse ont protégé, ou du moins toléré le christianisme dans leurs Etats. L'an 325, un archevêque de Séleucie, nommé Papas, envoya deux députés au concile de Nicée ; l'évêque d'Edesse et un évoque de Perse y assistèrent. Assémani observe que l'état monastique s'introduisit dans la Perse très-peu de temps après sa naissance en Egypte, qu'il fit de grands progrès, que la plupart des moines persans furent missionnaires et souvent élevés à l'épiscopat.

Mais dès que les empereurs romains eurent emb:assé le christianisme et l'eurent rendu dominant dans l'empire, celte rdigion devint suspecte aux rois de Perse ; par un etl'et de la haine nationale, ils commencèrent à se défier des chrétiens, aies regarder comme des ennemis de leur domination , et comme des sujets toujours prêts à se livrer aux Romains. Conséquemment, dès l'an 330, Sapor II exerga contre eux une persécution sanglante, dans laquelle les Orientaux comptent 160 mille martyrs : ce carnage fut renouvelé dans le siècle suivant, sous le règne de Varancs et d'isdegerde. Au commencement du ve , les partisans de Nestorius , proscrits dans l'empire romain , se réfugièrent dans la Perse et y répandirent leur

erreur. Un certain Barsumas , devenu évoque de Nisibe en 'i35, abusa de sa faveur auprès du roi Phéro/ès , pour pervertir et persécuter les catholiques, en les peignant comme des amis et des esi ions des Romains. Plus les hérétiques furent poursuivis par les empereurs, plus ils furent favorisés parles Perses, parce qu'on ne pouvait plus les soupçonner d'intelligence avec les ennemis du nom persan. Il n'est donc pas étonnant que dans ce royaume les nestoriens aient pris l'ascendant sur les catholiques , et s'y soient maintenus pendant longtemps; plusieurs fois cependant ils furent enveloppés dans les persécutions excitées conire les chrétiens. En général les Perses les traitaient bien ou mal, selon qu'ils étaient en paix ou en guerre avec les Romains; et quand i! était question de faire des traités , c'étaient ordinairement des évoques, ou catholiques, ou nestoriens, qui en étaient les médiateurs. Ces derniers, pendant le vi" et le vne siècle, profitèrent des moments de calme dont ils jouissaient pour envoyer des missionnaires dans la Tartaric et jusqu'à la Chine. Voy. Nestomens. L'an 632, les mahométans , devenus maîtres de la Perse , accordèrent d'abord aux nestoriens l'exercice libre de leur religion ; mais quoiqu'ils aient toujours eu moins d'aversion pour les hérétiques que pour les catholiques, ils n'ont jamais cessé d'exercer contre les uns et les autres leur caractère oppresseur. De siècle en siècle le nombre des chrétiens a diminué dans la Perse, les nestoriens y sont réduits presque à rien , et les catholiques qui s'y trouvent ont été convertis dans les derniers temps par les missionnaires de l'Eglise romaine. Malgré l'opiniâtreté avec laquelle les protestants soutiennent que l'on ne peut pas être chrétien sans lire l'Ecriture sainte , il n'y a aucune preuve que les livres saints aient été traduits en persan dans les premiers siècles. On convient aujourd'hui que la version persanne que nous avons de quelques parties do la Bible n'est pas ancienne. Voy. Bible. La liturgie fut toujours célébrée en syriaque chez les chrétiens de la Perse, parmi les nestoriens comme parmi les catholiques, quoique ce no fût pas la langue vulgaire. Voy. Liturgie.

* PERSES. Les Perses conservèrent une religion pins conforme au culte primitif que celles des antres païens; — d'ailleurs l'idolâtrie égara, généralement, plus tard et d'une manière moins déplorable, les lils de Sein que ceux de Japhet, les (ils de Japhet que ceux de Chain. Dans le principe, les Perses honoraient Dieu dans le l'eu et dans le soleil levant. Zerduclii, que les Grecs nommaient Zoroaslre, premier fondateur de leur religion, se perd dans la plus haute anliquité et dans les léiv bres de la fable. On compte plusieurs Zerducht on Zorôastre. L'incertitude à tel égard vient de ce que les Grecs, qui ont fait mention d'un Zorôastre, ne s'accordent point sur l'époque de son existence. Plusieurs le placent sous le règne de Darius, lils d'Hystaspe; d'autres, au contraire, et Plalon lui-même qui nomme Zorôastre, en parlent comme d'un sage beaucoup plus ancien , et qui remonte au moins à une époque antérieure à la dynastie des Perses. Pour concilier les lémoignages que nous transmirent les Grecs , divers auteur»

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comptent deux Zoroastre : l'un qui précéda , l'autre qui suivit rétablissement tic celte dynastie. Je me

range volontiers à l'opinion la plus probable, attribuant au premier Zoroastre la fondation de la religion, au second son renouvellement.

Le dogme capital des mages (prêtres de la Perse ), c'est qu'il existe d> ux principes ; l'un bon , l'autre mauvais. La lumière était le symbole du premier; les ténèbres, le symbole du second. Suivant leur opinion, le monde résultait du mélange de ces deux principes (Zend-Avcsta, livre canon. que des Perses). Ils donnaient à la divinité bienfaisante le nom de Vazdan, plus souvent celui d'Ormuzd, d'où les Grecs ont fait Oromaze; à l'être malfaisant, le nom d'Ahrinian : leur horreur pour ce dernier était si grande qu'ils n'écrivaient son nom qu'à rebours. Quelquesuns accordaient l'éternité aux deux principes ; d'autres la regardaient comme l'apanage exclusif d'Armuzd, croyant que Ahriman n'était qu'une simple créature. Tous pensaient que, jusqu'à la fin du monde, les deux divinités seraient dans une lutte continuelle ; mais qu'à cette époque l'être bienfaisant obtiendrait la victoire sur le mauvais, et que, dès lors, chacun d'eux gouvernerait son propre empire : celui-ci, l'empire des ténèbres, avec tous les hommes méchants; celui-là, l'empire de la lumière, avec tous les hommes vertueux. Voilà les points principaux du système théologique des Perses. Toutefois Zoroastre ne s'arrêta point à ces idées religieuses universellement répandues, il chercha à en étendre l'empire sur les individus, s'en servant pour expliquer les fondements de la morale. Ainsi tout ce qui existe se rattache au règne d'Arnmzd ou d'Ahriman : êtres doués ou privés de raison, vivants ou inanimés. 11 y a des hommes purs, des animaux purs, des végétaux purs, tous créatures, d'Ormuzd. — Il est aussi des hommes impurs, des animaux impurs, des végétaux impurs, sous l'empire du Dews, qui appartiennent au règne d'Ahriman. On regarde comme impurs les hommes qui, par pensées, par paroles ou par actions, violent la loi de Zoroastre; les bètes et les insectes venimeux et nuisibles , les plantes et les végétaux de cette espèce. Dans le règne, au contraire, où prédomine relte loi, tout est pur, tout est sacré ; la puissance de la loi ne s'exerce point uniquement sur les hommes, mais encore sur les animaux et les créatures inanimées. Le <!evoir des adorateurs d'Ormuzd consiste à entretenir et à séparer tout ce qui est pur et sacré dans la nature, parce que Ormuzd en est le créateur; de même que la haine qu'ils ont jurée à Ahriman et à son empire leur impose l'obligation de poursuivre et d'extirper les animaux impurs. Les règnes d'Ormuzd et d'Ahriman sont, l'un avec l'autre, dans une guerre perpétuelle ; mais un jour Ahriman sera vaincu, le règne des ténèbres cessera, la domination d'Ormuzd s'étendra sur l'univers, il n'y aura plus qu'un règne de lumière qui embrassera tout. Quelle admirable concordance ne trouvons-nous point entre cette dernière opinion et celle du Sauveur, qui vint au monde pour propager le règne de la lumière et pour détruire celui des ténèbres ! C'est sur celte base que Zoroastre éleva ses lois, destinées ;; accélérer le développement moral et physique des Perses, ainsi que la prospérité du sol.

La religion de Zoroastre admet un étal d'innocence où se trouva l'homme primitif. L'époque à laquelle exista le premier souverain d'Iran (a), le grand Dschemschid est, selon Zoroastre, l'âge d'or de sa nation. < Dschemschid, le père des peuples, le plus « éclatant des mortels que vit paraître le soleil. « Sous son règne, les animaux ne périssaient point ;

• l'eau, les arbres à fruit, les créatures se mulli- « pliaient. Sous son empire glorieux, on ne connais-

• sait pas le froid, la chaleur, la mort, Pemporlc-

(a) Iran, nom qu'on donne en Orientaux contrées de I , haiitc Asie jusqu'à l'indus, est encore celui du royaume vu vé' m Zoroas'.re.

ment dos passions, ouvrage du Dews. L'homme sembla toujours être à sa dix-neuvième année ( il jo lissait d'une jeunesse éternelle), les enfants prirent de l'accroissement, tant que régna Dschemschid (a), le père des peuples, y Le règne de Dschemschid correspond, en Perse, à l'époque du satya-yng (âge de justice) dans l'Inde. — Partout se reproduit l'idée d'un état de perfection où se trouva d'altord le genre humain, état que les peuples païens appellent âge d'or, que nous nommons paradis. De même qu'elle admet une primitive innocence, la religion de Zoroastre admet aussi une chute. « Unjo'ir < Ormuzd se dit à lui-même : Comment ma puissance « sera-l-elle visible, si rien ne lui résiste? De celle « pensée naquit Ahriman, principe du mal. » Ou s'aperçoit aisément que l'idée première, la tradition du péché originel, n'est ici que défigurée. Notre sainte religion nous apprend que chez l'homme comme chez les anges, le mal naquit de l'abus d'une libre volonté ; elle ne dissimule pas non plus l'influence du mauvais esprit sur la chute du premier homme.

Il est probable que le culte des Perses dont Zoroastre fonda la religion s'adressa d'abord à une divinité qu'ils honoraient dans le soleil, son imago, mais qu'ensuite ils adorèrent le soleil; qu'ils honoraient celui-ci sous l'emblème du feu, et qu'enfin le feu lui-même devint l'objelde leur adoration. Ils vénéraient encore le soleil sous le nom de Milbra. Mithra, au témoignage de Plularque, était nommé intermédiaire (Plutarch., de lside cl Osiride).P\\\\&n[\uï se sert du même mot (usuhriç) que saint Paul, en parlant du Sauveur, quand il le nomme « Intermédiaire « entre Dieu et les hommes. » Les Perses donnèrent ce surnom à Mithra, parce qu'il tient, sans doute, le milieu entre Oromaze (Ormuzd), le bon, et Ahriman, le mauvais principe, c'est-à-dire qu'il ajoute à l'éclat de la lumière et qu'il combat les ténèbres. Saint Jean, l'évangéliste, dit du Sauveur : « Le Fils « de Dieu a paru pour détruire les œuvres du dé- « mon. t L'idée d'un semblable intermédiaire se retrouve, dès les premiers âges, dans tout l'Orient, où la tradition des patriarches se répandit déjà avant Abraham, où elle se conserva ensuite plus pure qu'en Occident, quoique celte dernière région en présente aussi des traces visibles, comme le prouvera la suite de nos recherches. Le second Zerducht ou Zoroastre vécut du temps de Darius, fils dllystaspe, passa pour avoir reçu l'inspiration divine, écrivit \eZend-Avesta, livre sacré des Mages, changea diverses institutions, fonda les temples du feu.

Si le Miihra des Perses n'est qu'un emblème obscur du Fils de Dieu, du moins, comme l'atteste le docie Abulfarage (b) que les musulmans vénèrent à l'égal des chrétiens d'Orient, le célèbre restaurateur du culte des Mages, le second Zoroastre prédit, en termes beaucoup plus clairs, qu'à une époque peu éloignée, une vierge sans tache enfanterait un saint, dont l'apparition serait annoncée par une étoile qui accompagnerait ses adorateurs jusqu'au lieu de sa naissance. Combien s'accorde ce témoignage avec la présence des trois sages de l'Orient à la crèche du Sauveur! Je n'ignore pas, d'ailleurs, ce que l'on pourrait opposer à celte prophétie. Il est possible, eu effet, que Zoroastre l'ait empruntée à Ezéchiel et à Daniel, qui se trouvaient, ainsi que lui, à Babylone. Mais alors la sagesse de Zoroastre découlerait de celle des Juifs, chose encore fort remarquable. Que, du reste, l'Orient connut la prédiction de la venue prochaine d'un roi des Juifs et d'une étoile qui guiderait

(a) Dscbemsclnd est dépeint généralement comme le fondateur de la société. Son nom est imaginaire.

(b) Né en 1226, a Malatia, dans l'Asie Mineure, mort on 128t>, primai des Jacobiles d Orient; auteur d'uie Chronique ou Histoire universelle depuis la création du monde. ( S oie du traducteur. }

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