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envoyé au supplice ceux qui n'ont pas voulu apostasier. Trajan, par sa réponse, approuve cette conduite. 3" Tacite, Celse, Julien, Libanius, ne leur reprochent que leur superstition, leur aversion pour le culte des dieux , le refus de sacrifier et de jurer par le génie dos césars ? k° Les édits portés pour ordonner la persécution ou pour la faire cesser, et dont plusieurs subsistent encore, ne leur imputent point d'autre forfait. 5* Il est certain que tout chrétien qui apostasiait par un acte d'idolâtrie était renvoyé absous; (pie pour tenter les martyrs on leur promettait non-seulement l'impunité, mais des honneurs et des récompenses. 6° Le premier édit donné par Constantin et par Licinius pour établir la tolérance du christianisme , ne portait amnistie pour aucun délit : les chrétiens n'étaient donc pas dans le cas d'en avoir besoin. Aucun incrédule n'a été assez hardi pour attaquer de front une seule de ces preuves.
De même , lorsque les princes ariens , bourguignons , visigoths ou vandales , ont massacré les catholiques et leur ont fait subir des supplices; ils n'avaient à leur reprocher ni désobéissance , ni révolte , ni trahison ; ils ne punissaient en eux que leur croyance et le culte suprême qu'ils rendaient à Jésus-Christ. Mais lorsque les ariens, favorisés par quelques empereurs , envahissaient les églises des catholiques, maltraitaient les évêques ou les faisaient exiler , troublaient les élections, tenaient des assemblées tumultueuses, ce n'était plus le même cas; les empereurs catholiques, qui réprimèrent ces attentats par des lois péna'es , n'étaient rien moins que des persécuteurs. ])e même , lorsque les donatistes armés remplirent de tuuiu'le les côtes de l'Afrique, et répandirent l'alarme partout , ils méritaient les | eines que Constantin , Honorius et Théodose prononcèrent contre eux. Le Clerc et les autres protestants qui ont appelé persécution cette juste sévérité, et qui ont osé comparer les donatistes aux premiers chrétiens , ont trop compté sur l'ignorance de leurs lec'.eurs. Ainsi encore , lorsque Bucer et d'autres prédicants vinrent enseigner en France les principes séditieux de Luther, lorsqu'ils voulurent y allumer le même feu dont l'Allemagne était embrasée, qu'ils affichèrent des placards injurieux jusqu'aux portes du Louvre ; qu'ils brisèrent les images, insultèrent les prêtres, etc. , fallait-il toléier tous ces traits d'insolence? Les édits par lesquels François Lr | oita des peines cont;e eux é:aient-ils une persécution ? Encore une fois, il ne faut pas abuser des termes ni leur donner un sens arbitraire ; comme c'est 1 1 cause et non la peine oui lait le martyr, c'est elle aussi qui caract rise [e persécuteur : un séditieux fanatique mis à mort pour avoir troublé l'ordre public par un faux zèle, n'est point un vrai martyr; le souverain qui le fait punir n'est pas non plus un persécuteur, il est le juste vengeur des lois de la société. Enseigner en général que l'on ne doit jamais employer les peines
afflictives pour la cause de la religion, est une très-fausse maxime ; on le doit, lorsque la religion est attaquée par des moyens contraires à la loi naturelle et au repos public. Lorsqu'un insensé est paisible , il faut le plaindre et non le maltraiter ; s'il est sujet à des accès de fureur et de frénésie , il faut l'enchaîner : de môme lorsqu'un mécréant n'inquiète, n'insulte, n'attaque, ne veut séduire personne , on a pas droit de lui faire violence ; s'il est séditieux , calomniateur , insolent , il mérite le châtiment.
Il y a sans doute en fait de religion des erreurs innocentes ; mais lorsqu'elles ont pour cause l'orgueil, la jalousie, l'ambition, la haine et les autres passions qui se connaissent aisément par leurs symptômes, elles sont criminelles et punissables. Il n'est donc pas vrai, quoi qu'en disent les mécréants, que les droits de la conscience erronée sont les mêmes que ceux de la conscience droite ; cela n'est vrai que quand l'erreur est innocente et involontaire. Voy. Conscience. Il est encore faux que personne ne puisse être jugé de ses semblables en cette matière ; c'est comme si l'on soutenait que les magistrats ne peuvent plus être juges, lorsque des séditieux leur contestent l'autorité. Celle de l'Eglise est solidement prouvée , et quiconque refuse de s'y soumettre est coupable ; ainsi les souverains et les magistrats sont juges légitimes pour discerner si la conduite des mécréants est innocente ou nuisible à la société, et s'ils doivent être tolérés ou punis. Voy. Tolérance. Par l'expérience de tous les siècles il est prouvé que les hérétiques et les incrédules, après avoir contesté à l'Eglise le droit de juger leur doctrine, ne manquent jamais de disputer ensuite au gouvernement le droit de réprimer leur conduite ; dès qu'ils se sentent assez forts, ils secouent le joug des lois civiles avec autant de hardiesse qu'ils ont méprisé les lois et les censures de l'Eglise. Après avoir déclamé contre la persécution lorsqu'ils étaient faibles , ils finissent par persécuter eux - mêmes leurs adversaires lorsqu'ils ont acquis des forces. Aujourd'hui ceux d'entre les protestants qui sont devenus incrédules, reprochent à leur clergé lo même caractère persécuteur contre lequel leurs pères ont formé des plaintes si amères ; on sait d'ailleurs que partout où il se sont rendus les plus forts, ils ont opprimé tant qu'ils ont pu les catholiques. Il en aurait été de même parmi nous, si 1 s incrédules de notre siècle avaient pu former un parti assez nombreux et assez redo établi) pour faire trembler les croyants : quelques-uns d'entre eux ont eu la bonne foi d'en convenir.
11 y a, dit un écrivain très-sensé , une sorte de persécution exercée par la satire, qui n'est guère moins douloureuse pour ceux qui l'éprouvent que celle dont on voudrait délivrer le monde; il est très-probable que ceux qui l'exercent deviendraient oppresseurs et même sauguinaires, s'ils ayaient le glaive à la main. 11 faut que celui qui prêche la tolérance soit lui-même tolérant.
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sans quoi il ne montre que le uYsir de propager son opinion. Le principe fondamental de la tolérance philosophique est la connaissance de la faiblesse de l'homme dans la lecherche de la vérité : celui donc qui veut l'inspirer doit montrer qu'il sait se défier de ses propres idées, et voir celles des autres sans mépris et sans aigreur. Lactance a fait un traité de la Mort des persécuteurs, dans lequel il s'est attaché à faire voir que tous ont péri d'une manière funeste et qui marquait la vengeance divine. Cet ouvrage a étt* longtemps inconnu; Raluze est le premier qui l'ait donné au public. Plusieurs critiques ont douté d'abord s'il était véritablement de Lactance, mais d'autres ont prouvé qu'on le lui doit attribuer.
PERSECUTION, violence exercée contre
Quelqu'un pour cause de religion. Jésushrist avait prédit à ses disciples qu'ils seraient haïs et persécutés pour son nom (Matth. xi, 21 ; xxiii, 3'*) ; que ceux qui les mettraient h mort croiraient faire une œuvre agréable à Dieu (Jonn. xvi, 2, etc.). En clfet, les persécutions qu'ils essuyèrent de la part des Juifs sont rapportées dans les Act s des apôtres. Le motif de cette conduite était la jalousie des chefs de la synagogue; qui voyaient le peuple abandonner leurs leçons pour écouter celles des apôtres, et l'indignation de voir donner pour Mess'e un Juif crucifié. La punition de cet entêtement des Juifs incrédules fut la ruine de Jérusalem et la dispersion de la nation entière. Les empereurs et les magistrats païens à leur tour imitèrent les Juifs; Néron, Domilien, Sévère, furent persécuteurs. Les écrivains, qui ont soutenu qu'avant le règne de Trajan il n'y eut point d'édit porté contre les chrétiens, ont eu tort; le contraire est prouvé par la lettre de Pline et par le récit de Tacite. 11 paraît que la persécution de Néron ne fut pas bornée aux chrétiens qui se trouvaient à Rome, mais qu'elle s'étendit dans tout l'empire. On a'iéguait pour motif que les chrétiens étaient les ennemis du genre humain, parce qu'ils attaquaient des erreurs quel'on regardait commeli religion du monde entier; on attribua toutes les calamités publiques à la haine que les dieux leur portaient ; on les accusa d'athéisme, parce q îe l'on ne voyait parmi eux aucun appareil extérieur de religion, et que l'on ne connaissait point d'autre Dieu que ceux du paganisme. On les accusa de toutes sortes de crimes; que risquait-on à calomnier des hommes regardés comme des ennemis publics? On recherchait principalement les évoques et les personnes riches ou constituées en dignité; Celse reproche aux chrétiens avec toute l'aigreur possible le déchaînement général qui régnait contre eux : mais il ne leur impute aucun autre crime que de s'assembler en secret, de ne vouloir pas adorer les dieux de l'empire, et de chercher à faire des prosélytes.
L'on compte ordinairement vingt-quatre persécutions exercées contre le christianisme depuis Jésus-Christ jusqu'à nous : le P.
Riecioli en ajoute deux, savoir la première et la dernière, dans l'ordre que nous allons exposer. 1° Celle de Jérusalem excitée par les Juifs contre saint Etienne, et continuée par Hérode Agrippa, contre saint Jacques, saint Pierre et les autres disciples du Sauveur (Act. vu, vm, xn). Elle ne se borna point d'abord à l'Eglise de Jérusalem, puisque saint Paul, avant sa conversion, avait obtenu des ordresdu grand prêtre pour aller l'exercer jusqu'à Damas , à l'extrémité de la Syrie. — La seconde à Rome, sous Néron, commença l'an Ci de Jésus-Christ, et dura jusqu'à l'an 68, à l'occasion de l'incendie de Rome, dont on accusa faussement les chrétiens, et duquel Néron lui-même était véritablement l'auteur; JuvénaljSénèque, Tacite, en ont parlé. Saint Pierre et saint Paul y souffrirent le martyre. — La troisième sous Domitien, depuis l'an 90 jusqu'à l'an 96. Saint Jean l'Evangéliste fut plongé à Rome dans de l'huile bouillante, et relégué dans l'île de Patmos ; Nerva, successeur de Domilien, fit cesser l'orage et rappela les exilés. — La quatrième sous Trajan commença l'an 97, et finit l'an 116. A cette occasion, Pline le Jeune, gouverneur de Rithynie, écrivit à Trajan la lettre dont nous avons parlé dans l'article précédent : saint Ignace, évoque d'Antioche, condamné par cet empereur et envoyé à Rome, y fut mis à mort l'an 107. — La cinquième eut lieu sous Adrien, depuis l'année 118 jusqu'en 129. 11 y eut quelques interruptions, et l'on crut en être redevable aux apologies que Quadrale et Aristide présentèrent à cet empereur en faveur des chrétiens ; il y eut cependant encore des martyrs sous son lègue, l'an 136. — La sixième sous Antoine le Pieux, l'an 138 ; elle dura jusqu'en 153. Ce fut en 150 que saint Justin adressa sa première apologie à ce prince et à ses fils; et :1 paraît qu'elle ne demeura pas sans effet, puisqu'il y eut des rescrits adressés aux gouverneurs de province, qui ordonnaient de cesser la persécution; mais souvint ces ordres furent mal exécutés. En effet, la septième commença sous Marc-Aurèle, l'an 161, et ne finit qu'en l'an 174. Saint Just n lit à ce sujet une seconde apologie, et bientôt il répandit lui-même son sang en témoignage ue sa foi ; il souffrit le martyre l'an 167, et saint Polycarpe l'an 169. — La huitième éclata sous Sévère, depuis l'an 199 jusqu'à la mort de ce prince, en 211. — La neuvième sous Maximien l'an 235; elle ne dura que trois ans. — La dixième sous Dèce, en 2V9, fut très-sanglante, mais elle fut courte, parce que Dèce mourut en 251. C'est dans cet intervalle que Origène fut m's en prison et tourmenté pour la foi ; aussi ne put-il survivre que trois ans à ses souffrances; il mourut à Tyr l'an 253. Gallus et Volusien. recommencèrent bientôt à vexer les chrétiens. — On compte la onzième persécution sous les règnes de Volusien et de Gallien, elle dura trois ans et demi ; la douzième sous Aurélien, depuis l'an 273 jusqu'en 275. — La treizième et la plus crueile de toutes fui déclarée par Dioclétienet Maximien J'au 303*
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et continuée jusqu'en 310, môme après l'abdication une le premier lit de l'empire; son collègue la renouvela en 312, et Licinius, autre empereur, la lit durer dans les provinces où il était le maître jusqu'à l'an 315. Cependant l'an 313 il avait donné, conjointement avec Constantin, un édit de tolérance en faveur du christianisme. Après sa mort, Constantin, devenu seul empereur, donna la paix à l'Eglise. Mosheim, dans son Histoire chrétienne, a discuté dans un grand détail les causes, les circonstances, les suites de ces différentes persécutions. — La quatorzième eut lieu dans la Perse sous le règne de Sapor If, à l'instigation des mages et des juifs, l'an 3 1-3 ; ils persuadèrent à ce prince que les chrétiens étaient ennemis de sa domination, éttous attachés aux intérêts des Romains. Suivant Sozomène, il y périt seize mille chrétiens dont on connaissait les noms, et une multitude innombrable d'autres ; les Orientaux l'estiment, les uns à cent soixante mille, les autres à deux cent mille. — Une quinzième persécution, mêlée d'artifice et de cruauté, lut celle que Julien exerça contre les chrétiens l'an 362; heureusement elle ne dura qu'un an ; mais si cet empereur n'avait pas péri l'année suivante dans la guerre contre les Perses, il avait résolu d'abolir entièrement le christianisme, Kortholdt, de Persecut. Ecclesiœ primitivœ. — La seizième, l'an 3GG. Valons, empereur infecté de l'arianisme, persécuta les cath liques jusqu'en 378.
En 42;), lsdegerde, roi de Perse, poursuivit h feu cl h sang les chrétiens de ses Etats : cette dix-septième persécution ne finit que trenîe ans après, sous le règne de Yr; ranes V. On a dit et répété plus d'une fois qu'elle eut pour cause le faux zèle d'un évèque de Suze, nommé Abdas ou Abdaa, qui avait détruit un temple du feu; cela n'est pas exactement vrai : nous discuterons ce fait au mot Zkle dk Religion. — Depuis l'an 433 jusqu'en 476, Genséric, roi des Vandales, prince arien et très-cruel, tourmenta les catholques; Huilerie, son successeur, lit de même aussi bien (pie Ciondcbaud et Trasimond, le premier en 483, le second en 49V, le troisième en 594. lui Espagne, les ariens excitèrent un nouvel orage sous Leowigilde, ou Leuvigilde, roi des Goths, l'an 58'*, mais il finit deux ans après, sous Récarède. — La vingt-troisième persécution fut l'ouvrage de CJiosroès II, roi de Perse; il avait juré de poursuivre les Romains a feu et à sang, jusqu'à ce qu'il les eût forcés de renoncer à Jésus-Christ et d'adorer le soleil ; cette fureur dura pendant vingt ans, mais enfin il fut vaincu par l'empereur Héraclius en 627, et réduit à mourir de faim par Siroès son fils. — La vingtquatrième persécution eut pour auteurs les iconoclastes, sous le règne de Léon l'isaurique, et ensuite sous Constantin-Copronyme; les catholiques ressentirent les effets de leur haine depuis l'an 726 jusqu'en 775. Ils ne furent pas mieux traités en Angleterre en 1534, sous les règnes de Henri VIII et de la reine Elisabeth sa fille, lorsque l'un et l'autre eurent fait schisme avec l'Elise romaine.
— Enfin la vingt-sixième persécution contre la religion chrétienne commença dans le Japon, l'an 1587, sous le règne de° Taico-Sama, à l'instigation des bonzes. Elle fut renouvelée en 1616 par le roi Xongusama, et continuée avec tant de cruauté sous Tosconguno son successeur, en 1631, que le christianisme fut entièrement exterminé dans cet empire. Voy. Japon. Il y a eu de même plusieurs persécutions déclarées contre les chrétiens dans l'empire de la Chine, où il en reste cependant encore un grand nombre.
Pour ne parler ici que de celles qui ont eu lieu sous les empereurs romains, il est constant qu'aucune n'a eu d'autre motif que la haine dont ces princes païens étaient animés contre le christianisme. On ne peut citer aucun fait positif par lequel les chrétiens aient mérité que le gouvernement sévît contre eux; les incrédules ont vainement fouillé dans tous les monuments de l'histoire pour en trouver. Cependant plusieurs d'entre eux ont entrepris de justifier les persécutions, et. de prouver que le gouvernement romain n'avait pas tort; ce qui étonne davantage, c'est que des écrivains protestants leur ont fourni une partie de leurs matériaux. Voy. Barbeyrac, Traité de la morale des Pères, c. 12, § 49. Cette apologie mérite un moment d'examen.
i° Les Romains, disent ces dissertations, confondaient les chrétiens avec les juifs; comme ceux-ci fatiguaient le gouvernement par leurs fréquentes révoltes dans la Judée, on jugea que les chrétiens n'étaient pas des sujets plus soumis. Il paraît qu'on ne lit mourir Siméon, parent de Jésus-Christ, que parce qu'il était de la race de David, et par conséquent soupçonné de vouloir exciterdes troubles.
Réponse. Tacite et Suétone distinguent formellement les chrétiens d'avec les juifs; Pline et Trajan n'ont pas pu les confondre ; le premier était convaincu par des informations juridiques que le grand nombre des chrétiens étaient non des juifs, mais des païens convertis. Les juifs, loin d'être enveloppés dans les supplices des chrétiens, étaient leurs principaux accusateurs. Quels troubles pouvait exciter Siméon, vieillard âgé de six- vingts ans? Il fut accusé d'être chrétien et parent du Seigneur par des hérétiques qui furent aussi convaincus d'être du sang de David; ils ne furent point mis à mot. Hégésippe dans Eusèbe, Hist- eccl., 1. m, c. 32.
2° La secte des chrétiens dut paraître aHX Romains une association dangereuse, pa, ce qu'ils élaient fort unis entre eux, presque totalement séparés du reste de la société, uniquement soumis à la domination des évoques, seuls juges et seuls magistrats qu'ils reconnussent.
Réponse. Sous Dioclétien, au commencement du ive siècle, comment pouvait-on croire que la secte des chrétiens ét-.it une association dangereuse, après une expérience de deux cents ans, pendant lesquels elle n'avait donné aucun sujet de plainte au gou-
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vernemontî Ici l'on nous dit que les chrétiens riaient tre-s-unis entre eux; ailleurs on ftous reproche qu'ils étaient divisés en plusieurs sectes qui se détestaient. Us n'étaient séparés du reste de la société que dans les exercices de la religion; pour tout le reste ils rivaient comme les autres citoyens ; Tertullien le t'ait remarquer aux magistrats romaine Il est donc faux qu'ils no fussent point soumis à l'autorité civile ; Jésus-Christ et saint Paul l'avaient formellement ordonné, et Tertu.llien en prend encore à témoin les magistrats eux-mêmes. Pline ne représente point à Trajan cette association comme dangereuse, mais comme une superstition excessive et grossière ; ce sont ses lermes. (
3° Le pouvoir excessif des évèqùes sur l'esprit de leurs sectateurs parut dangereux aux empereurs ; on en voit un exemple à l'occasion du martyre de Fabien, évéque de Home, dans la cinquante-deuxième lettre de saint Cyprien.
Réponse. Le pouvoir prétendu des évèqucs sous le règne des empereurs païens est une chimère; c'est Constantin qui leur attribua un degré d'autorité dans les affaires civiles, et les incrédules lui en font un crime. Ils ont falsifié la lettre de saint Cyprien pour étayer une calomnie ; il dit que le tyran (Dôce) aurait été moins alarmé de voir s'élever contre lui un compétiteur de l'empire, que de voir établir à Home un rival de son sacerdoce : nos adversaires traduisent, un rival de son pouvoir, et font déraisonner saint Cyprien. Or la rivalité du sacerdoce regardait uniquement la religion; d'ailleurs il est question là de saint Corneille, et non de saint Fabien.
k" Les chrétiens refusaient de prier les dieux et de leur sacrifier pour la prospérité des empereurs, de rendre à leurs images les honneurs que leur décernaient l'usage et la flatterie; saint Polycarpe ne voulut jamais donner à l'empereur le nom de seigneur. Eusèbe nous l'apprend, Hist. ceci., \. iv, C. lo.
Uéponsc. Nouvelle fausseté. On disait à saint Polycarpe : «Quel mal y a-t-il de dire,scigneur César, et de sacrifier pour être mis en liberté?» Il ne suflisaitdonc pas de donner à César le nom de; seigneur, il fallait sacrifier. Saint Polycarpe devant le juge refusa de jurer par le génie de César, pa:ce que ce prétendu génie était une fausse divinité. 11 ajouta ; « Il nous est ordonné de rendre aux magistrats et aux puissances établies de Dieu l'honneur qui leur est dû, mais sans nous rendre coupables. » En faisant cette ordonnance, saint Paul a aussi recommandé de prier pour les princes et les souverains, et Terlullien proteste que les chrétiens ne manquaient jamais à ce devoir. Vouloir qu'ils rendissent aux images des césars les honneurs que la flatterie et la superstition leur avaient attribués, c'était exiger qu'ils fussent idolâtres.
5° Le peuple, irrité par les prêtres du paganisme, regardait les chrétiens comme des impies, comme des ennemis des dieux; il leur attribuait toutes les calamités publi-
ques ; continuellement on criait dans l'amphithéâtre : Faites périr les impies. Les magistrats durent être disposés à châtier des hommes qui refusaient de plaider devant eux. Réponse. Mais pourquoi iegardait-on les chrétiens comme des impics, des athées, des méchants? parce qu'ils ne voulaient pas adorer les dieux ; donc c'est la religion seule que l'on persécutait en eux. Il est faux que les chrétiens attaqués en justice par des païens aient refusé de plaider devant les magistrats; quant aux contestations qu'ils pouvaient avoir entre eux, saint Paul les avait exhortés à les terminer par des arbitres : cela n'était défendu par aucune loi romaine.
6" Comme les chrétiens tenaient leurs assemblées de nuit, on crut qu'ils cabalaient contre l'Etat ; on les accusa de manger un enfant et de se souiller par d'horribles impiétés. Cette accusation était peut-être fondée à l'égard de quelques sectes d'hérétiques que les païens ne savaient pas distinguer des orthodoxes.
Réponse. Toutes ces accusations étaient démontrées fausses par les informations que Pline avait faites; cependant Trajan ordonna que les chrétiens accusés et convaincus fussent punis; donc cette punition ne leur était pas inlligée pour des crimes, mais pour leur religion, il est constant que la haine religieuse des païens était le seul fondement do toutes I u.s calomnies. Cependant tous n'étaient pas également furieux ; saint Alhanase rapporte que, pendant la persécution de Dioclétien et Maximien, plusieurs païens cachèrent des chrétiens, payèrent des amendes et se laissèrent emprisonner plutôt que de les déceler, Hist. arian., n. 6*, op. t. I, p. 382. On rendait donc quelquefois justice à leur innocence.
7" L'opinion des chrétiens sur la fin prochaine du monde et sur la vie future lit croire que ces misanthropes se réjouissaient des malheurs publics, et les lit regarder comme ennemis de la société. Tacite dit qu'ils furent convaincus de haïr le genre humain.
Réponse. La phrase de Tacite nous paraît plutôt signifier qu'ils furent convaincus iïêtre haïs du genre humain. Mais qu'importe? Le cri toile impios, dont retentissait l'amphithéâtre, ne signifie point, faites périr ceux qui haïssent le genre humain. Pline, Trajan, les édits des empereurs, Celse, Julien, Libanius, Po.phyrc, etc., n'ont point condamné les chrétiens par ce motif, mais parce qu'ils détestaient l'idolâtrie; les actes des martyrs en sont encore une preuve. D'ailleurs, quel prétexte pouvaient avoir les païens d accuser les chrétiens de haïr le genre humain? c'est sans doute parce qu'ils enseignaient que les adorateurs des idoles étaient dévoués à la* damnation éternelle. Cette croyance, qui devait paraître odieuse aux païens n'était cependant pas un crime contre l'ordre de la société ni contre les lois
8° Voici une accusation plus grave. Los chrétiens, par leur zèle fanatique et turbulent, ont souvent attiré la persécution sur
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eux ; ils allaient braver les dieux dans leurs temples, renverser les autels, briser les idoles, troubler les cérémonies païennes : ces sortes d'avanies ne sont jamais permises.
Réponse. Si cela est arrivé souvent, pourquoi n'en voyons-nous ancun vestige dans les écrits de nos anciens ennemis ? par là ils auraient excusé leur cruauté. Dans toute l'étendue île l'empire romain, pendant trois cents ans de persécution, à peine peut-on citer deux ou trois exemples de zèle imprudent de la part d'un chrétien, et ce sont des écrivains ecclésiastiques qui nous les ont transmis. On parle d'un certain Théodore, soldat, qui brûla un temple de Cybèle dans la ville d'Amasée, et ce fait très-apocryphe n'est rapporté que par Métaphraste. On allègue Polyeucte, qui insulta les idoles dans un temple, et il n'y en a point de preuve que l'imagination de Corneille; les actes du martyre de saint Polyeucte n'en disent pas un mot. Tilleul., Mém., t. III, p. k~2ï; Jos. Assémani, Calend., tom. VI, ad 9 januar. On nous fait soutenir d'un chrétien qui, dans Nicomédie , arracha l'édit porté contre le christianisme par Dioclétien : il ne fut donc pas la cause de la persécution, puisqu'elle était déjà ordonnée. Ceux qui ont examiné avec le plus d'attention ce trait d'histoire, sont convaincus que la véritable cause de cet orage fut la jalousie et le dépit des prêtres païens, qui voyaient leur crédit, leur autorité, leur pouvoir sur le peuple déchoir et s'anéantir à mesure que le christianisme faisait des progrès ; ils vinrent à bout d'aigrir Dioclétien, prince timide, inconstant, superstitieux, et de lui arracher l'édit qu'il porta contre le christianisme. Voilà toutes les preuves que nos déclamateurs opposent à vingt monuments qui attestent la patience invincible des chrétiens en général. C'est avec aussi peu de fondement qu'ils accusent les chrétiens d'avoir souvent insulté les magistrats sur leur tribunal, et d'avoir provoqué leur cruauté : ils ne peuvent pas le prouver, et saint Clément d'Alexandrie a formellement blâmé cette conduite. Le concile d'Elvire, tenu vers l'an 300, défendit de mettre au nombre des martyrs celui qui aurait été tué pour avoir brisé des idoles.
Enfin, nos adversaires nous représentent que les chrétiens durent avoir pour ennemis les prêtres du paganisme, les aruspices, les devins, les magiciens, dont ils dévoilaient la fourberie : tous ces hommes, intéressés à la conservation de l'idolâtrie, irritaient le peuple contre les chrétiens qui voulaient la détruire. D'ai leurs les écrits des premiers apologistes du christianisme sont remplis de fiel, d'invectives, de railleries sanglantes contre le paganisme, contre les dieux, et contre leurs adorateurs.
Réponse. Les chrétiens eurent aussi pour ennemis les philosophes protecteurs des erreurs populaires, et ceux-ci exercèrent plus d'une fois contre eux la noble fonction d'accusateurs : mais quel fut le prétexte de tous ces gens-là? Yimpiété. Les apologistes du