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PÉTROBRUSIENS, disciples du Pierre de Bruys, hérétique, né en Dauphioé, qui enseigna ses erreurs vers l'an 1110; sa secle se répandit dans les provinces méridionales de France. Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, qui vivait dans le même temps, a l'ait contre les pétrobrusiens un ouvrage dans la prélace duquel il réduit leurs erreurs à cinq chefs principaux : 1° Ils niaient que le baptême soit nécessaire ni môme utile aux entants avant l'âge de raison, parce que, disaient-ils, c'est notre propre foi actuelle qui nous sauve par le baptême; 2" qu'on ne devait point bâtir d'églises, mais au contraire les détruire; que les prières sont aussi bonnes dans une hôtellerie que dans une église, et dans une Stable que sur un autel ; 3° qu'il fallait brûler toutes les croix, parce que les chrétiens doivent avoir en horreur tous les instruments do la passion de Jésus-Christ leur chef; 4° que Jésus-Christ n'est pas réellement présent dans l'eucharistie; 5° que les sacrifices, les aumônes et les prières ne servent de rien aux morts. Plusieurs auteurs les ont aussi accusés de manichéisme, et il paraît que ce n'est pa,s à tort, puisqu'il est prouvé qu'ils admettaient deux principes, comme les anciens manichéens. Koger de Hoveden , dans ses Annales d'Angleterre , dit qu'à l'exemple des disciples de Manès, les pétrobrusiens ne recevaient ni la loi de Moïse, ni les prophètes, ni les psaumes, ni l'Ancien Testament. Radulphe Ardeus, auteur du xic siècle, rapporte que les hérétiques d'Agénois se vantent de mener la vie des apôtres, de ne point mentir et de ne point jurer; qu'ils condamnent l'usage des viandes et du mariage ; qu'ils rejettent l'Ancien Testament et une partie du Nouveau; et, ce qui est de plus terrible, qu'ils admettent deux créateurs,; qu'ils disent que le sacrement de l'autel n'est que du pain tout pur; qu'ils méprisent le baptême ; qu'ils rejettent le dogme de la résurrection des morts. Or, ces hérétiques d'Agénois, qui furent ensuite nommés Albigeois, étaient de vrais manichéens, comme l'a prouvé Bossuet, Hist. des Variât., l.xi, n. 17 et suiv. Basnage a fait inutilement tous ses efforts pour persuader le contraire : on peut le réfuter par ses propres principes. Hist. de l'Eglise, 1. xxiv, c. k, etc. Pierre de Bruys n'était pas un assez habile docteur pour avoir forgé une hérésie de son chef; il ne tit que propager une partie des erreurs que les albigeois, successeurs des pauliciens, avaient répandues avant lui : mais on sait le motif qui a porté les protestants à justitier Ijs hérétiques du xi' et du xii" siècle, c'est qu'ils ont voulu se les donner pour prédécesseurs. Ils disent que l'on ne doit point ranger ces sectaires parmi les manichéens, à moins que l'on ne prouve qu'ils soutenaient le dogme caractéristique et fondamental du manichéisme, qui est le dogme des deux principes, l'un bon, l'autre mauvais : or, ajoutent-ils, on n'a aucune preuve positive que les albigeois, les pétrobrusiens, les henriciens, etc., aient admis deux principes. A cette objection nous répondons, 1° qu'il y a des preuves positives ;
savoir, le témoignage des auteurs contemporains, Bossue! les a ciiés; vainement les protestants récusent ces témoins, ou cherchent à éluder les conséquences de ce qu'ils disent ; 2" que le dogme des deux principes n'est pas plus caractéristique du manichéisme qu'un autre, puisqu'il avait été soutenu avant Manès par les marcionites et par plusieurs sectes de gnostiques : les autres erreurs des manichéens ne sont point une conséquence de celle-là; il n'y aurait rien de lié, rien do suivi dans leur système ; 3° que comme ce dogme est le plus odieux de tous, et le plus capable d'inspirer de l'horreur, les albigeois et leurs prosélytes avaient plus d'intérêt a. le cacher que toutes leu;s autres rêveries : jamais les chefs de sectes n'ont été fort sincères, ils se sont contentés de montrer, à ceux qu'ils voulaient séduire, le côté lo plus apparent de leur doctrii e; 4° que si, pour tenir à une secte, il faut en adopter tous les dogmes, les protestants ont tort de se donner pour successeurs des hérétiques dont nous parlons, puisqu'ils n'en ont pas embrassé toutes les opinions. Il est absurde de nous représenter ces divers sectaires comme des témoins de la vérité, pendant que l'on est forcé d'avouer qu'ils professaient des erreurs. Aussi Mosheim, plus prudent que Basnage, s'est contenté d'excuser tant qu'il a pu Pierre de Bruys et ses mrtisans; il dit que cet homme fit les efforts es plus louables pour réformer les abus et es superstitions de son siècle, mais que son zèle n'était pas sans fanatisme; qu'il fut brûlé à Saint-Gilles, l'an 1130, par une populace furieuse, à l'instigation du clergé, dont ce réformateur mettait le trafic en danger; mais que l'on ne connaît pas tout le système de doctrine que cet infortuné martyr enseigna à ses sectateurs. Cependant il n'a pas osé nier, non plus que Basnage, les cinq erreurs que leur a imputées Pierre le Vénérable. Hist. ecclésiastique, xue siècle, ne partie, c. 5, § 7. Or, il est prouvé par ce témoignage et par d'autres que Pierre de Bruys et ses prosélytes brillaient les crucitix et les croix, détruisaient les églises, insultaient le clergé, etc. Le fanatisme contraire à l'ordre public était certainement punissable ; le prétendu réformateur qui allumait ce feu méritait le bûcher dans lequel il a péri ; il a été martyr, non de ses opinions, mais des désordres et des violences dont il a été l'auteur. Hist. de l'Eglise gallic, tom. IX, 1. xxv, an. 114-7.
PETTALOBYNCHITES.Foj/.Montanistes.
PEUPLE DE DIEU. Ce titre, souvent donné aux Israélites dans l'Ecriture sainte, scandalise les incrédules ; c'est, disent-ils, une absurdité de croire que le Créateur de tous les hommes était le Dieu des Israélites plutôt que le Dieu des Chinois , des Indiens , des Grecs et des Romains; qu'Israël était son fiis aîné, son bien-aimé , son héritage , pendant qu'il abandonnait les autres nations. Ces façons de parler, injurieuses à la providence de Dieu, ont rendu les Juifs orgueilleux et insociables ; elles leur ont inspiré du mépris
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cl de l'aversion pour les autres peuples, elles ont contribué a les rendre incrédules à la prédication de l'Évangile ; ils n'ont pas pu souffrir que les gentils soient appelés comme eux à la grAce de la foi. Quelques réflexions dissiperont aisément ce scandale. 1° S'il y a une vérité clairement enseignée, répétée et inculquée dans les livres saints, c'est la providence générale de Dieu à l'égard de tous les hommes et de t utes les nations. Il est dit cent fois que le Dieu d'Israël e^t le souverain Seigneur de toute la terre, qu'il règne sur tous les peuples , que ses miséricordes éclatent sur tous ses ouvrages, qu'il conserve, nourrit et protège toutes ses créatures, qu'il a établi des chefs sur toutes les nations, que ses anges sont les protecteurs dos monarchies, etc. — 2° Moïse ne pouvait pas prendre plus de précautions qu'il n'a fait pour étouffer l'orgueil chez les Israélites ; il leur dit que Dieu les a choisis pour son peuple, non parce qu'ds sont meilleurs et plus estimables que les autres, puisqu'a û contraire ils sont plus faibles, plus ingrats, plus enclins à se révolter et à se dépraver, mais parce qu'il lui a plu, et parce qu'il l'avait promis à leurs pères. 11 les avertit que le seul moyen de conserver la protection et les bienfaits de Dieu, c'est de lui être constamment soumis et fidèles; qu'autrement il les punira de manière à faire trembler tous les autres peuples (Dcut. vu, etc.). Lorsque les prophètes ont annoncé un Messie, ils l'ont promis, non pour les Juifs seuls, mais pour toutes les nations; les prophéties de Jacob, d'Isaïe, de Malachie, etc., sont formelles sur ce point. C'a donc été de la part des Juifs une opiniâtreté inexcusable de vouloir que la grâce de l'Evangile fût pour eux seuls. — 3° Quoi qu'en disent les incrédules, il est démontré par le fait que Dieu avait accordé aux Israélites des bienfaits qu'il n'avait point départis aux autres nations. Les promesses faites a Abraham, la multiplication étonnante de i-a postérité en Egypte, la manière dont Dieu avait tiré les Israélites de l'esclavage, dont il les avait nourris , instruts et conservés dans le désert , les prodiges qu'il avait opérés en leur faveur, la possession de la Palestine qu'il leur avait accordée, etc., étaient certainement des bienfaits particuliers desquels aucun autre peuple ne pouvait se glorifier. Moïse n'avait donc pas tort de leur dire qu'ils étaient spécialement le peuple, l'héritage, la possession chérie du Seigneur, etc. Il voulait les rendre reconnaissants , religieux, fidèles à Dieu ; il devait donc leur parler de ce que sa bonté avait fait pour eux, et non de ce qu'elle faisait ou voulait faire pour les autres n;tions. — 4° Il est encore incontestable que, pendant toute la durée de la république juive, tous les peuples connus ont été polythéistes et idolâtres , qu'ils adoraient les astres, les différentes parties de la nature et les héros , pendant que les Israélites rendaient leur culte au seul vrai Dieu, créateur du ciel et de la terre. Il élait donc à la lettre le Dieu d'Israël, pendant, que les autres peuples lui refusaient leur encens, et
dans ce même sens il avait été le Dieu d'A« braham, d'Isaac et de Jacob : ou cette différence était l'effet d'une révélation surnaturelle accordée aux Israélites, ou elle venail d'un degré supérieur d'intelligence et de bon sens naturel qu'il leur avait départi; il n'y a pas de milieu. Que les incrédules choisissent celle de ces deux hypothèses qu'il leur plaira, il en résultera toujours que Dieu avait fait aux Israélites ou une faveur naturelle, ou une grâce surnaturelle, que les autres peuples ne partageaient point avec eux. Les incrédules auront beau dire que cette prédilection était un trait de partialité , d'injustice, de bizarrerie de la part de Dieu; il est démontré par le fait et par les principes que Dieu, sans partialité et sans injus'ice , peut partager inégalement les dons naturels entre les peuples et entre les hommes ; donc il peut aussi, sans partialité et sans injustice , leur distribuer inégalement ses bienfaits surnaturels, dès qu'il ne leur demande compte que de ce qu'il leur a donné. Jamais les incrédules ne viendront à bout de renverser cette démonstration, qui sape par le principe tous les systèmes d'incrédulité. Yoy. Abandon, Justice de Dieu, Inégalité, etc.
* PHALANSTÉRIMS. VeiJ. Fouriérisme.
* PHARAON. Voy. Egypte. Plails d'Egypte.
PHARISIENS, secte de Juifs qui était la plus nombreuse et la plus estimée , lorsque Jésus-Christ parut sur la terre ; non-seulement les docteurs de la loi, que l'on nommait les scribes, et tous ceux qui passaient pour savants, mais le gros du peuple suivait les sentiments des pharisiens. Ils différaient des Samaritains en ce qu'ils recevaient, nonseulement la loi de Moïse, mais encore les prophètes, les hagiographes et les traditions des anciens. Ils étaient d'ailleurs opposés aux sadducéens , en ce qu'ils croyaient la vie à venir et la résurrection des morts , la prédestination et le libre arbitre. Il est dit dans l'Ecriture (Act. xxm, 8) que les sadducéens assurent qu'il n'y a point de résurrection, ni d'anges, ni d'esprits, mais que les pharisiens croient l'un et l'autre. A la vérité, selon Josèphe, cette résurrection n'était que le passage de l'âme dans un autre corps; il ajoute qu'ils croyaient la prédestination absolue, aussi bien que les esséniens; qu'ils admettaient cependant Je libre arbitre de l'homme, comme les sadducéens. Comment conciliaient-ils ensemble ces deux opinions? C'est ce que l'on ne peut pas expliquer. Une autre bizarrerie de leur part, suivant le même historien , était d'enseigner, d'un coté , que les âmes des méchants sont éternellement punies dans l'enfer; de l'autre, que les âmes des justes seuls peuvent revenir à la vie et animer d'autres corps. 11 eût été plus naturel de croire l'éternité de la récompense des bons que l'éternité du châtiment des méchants. Quoi qu'il en soit , le caractère distinclif des pharisiens était leur attachement aux traditions des anciens; ils prétendaient que ces traditions avaient été données à Moïse sur le mont Sinai , en même temps
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que la lettre delà loi j aussi leur attribuaient
ils la môme autorité qu'à la loi écrite. C'est ce que les Juifs appellent encore aujourd'hui la Loi orale. Voy. ce mot. En vertu de l'observation rigide de la loi ainsi expliquée, et souvent défigurée par leurs traditions, les pharisiens se croyaient beaucoup plus saints et plus parfaits que les autres Juifs; ils les regardaient comme des pécheurs et des profanes ; ils s'en séparaient , ils ne voulaient ni boire ni manger avec eux. De là leur était venu le nom de pharisiens , du mot pharas , qui en hébreu signifie séparer. Cette affectation hypocrite d'une sainteté audessus du commun en imposait au peuple et lui inspirait de la vénération. Notre-Seigneur leur a souvent reproché cette hypocrisie; il les accuse d'anéantir la loi de Dieu par leurs traditions; nous voyons en effet dans l'Evangile qu'ils pervertissaient le sens de plusieurs préceptes par les fausses explications qu'ils en donnaient. Dans la suite, les docteurs juifs ont recueilli le fatras des traditions pharisaïques; ils en ont fait une énorme compilation en 12 volumes in-fol., qu'ils ont nommée le Talmud. Voy. ce mot. La plupart sont impertinentes et ridicules, et toutes sont très-onéreuses. Cela n'a pas empêché que la secte des pharisiens, qui est aujourd'hui celle dos rabbanites ou rabbinisles , n'ait englouti toutes les autres. Depuis plusieurs siècles elle n'a eu d'opposants qu'un très-petit nombre de caraïtes ou de juifs attachés à la lettre seule de la loi; tout Je reste de cette nation est servilement soumis à la doctrine du talmud, et a pour ce livre plus de respect que pour le texte même de Moïse. Voy. Talmud.
Les pharisiens étaient du nombre de ceux
Sui ne voulaient point d'étranger pour roi. >e là vint qu'ils proposèrent , par malignité, à notre Sauveur, la question s'il était permis ou non de payer le tribut à César ; quoiqu'ils fussent forcés comme les autres à le payer, ils prétendaient toujours que la loi de Dieu le défendait. Tant qu'ils eurent du pouvoir, ils persécutèrent à outrance tous ceux qui n'étaient pas de leur parti ; mais enfin leur tyrannie, qui avait commencé après la mort d'Alexandre Jannée, finit avec le règne d'Aristobule. Prideaux, Hist. des Juifs , 1. xm, § k; Dissert, sur les sectes des Juifs, Bible d'Avignon , t. XIII , p. 218. Moshcim , dans son Histoire chrétienne , avait prétendu que Josèphe a dit, touchant la doctrine des pharisiens , plusieurs choses qui ne s'accordent point avec ce qui en est rapporté dans le NouveauTestament; mais le docteur Lardner a prouvé le contraire ; il a fait voir que le récit des évangélistes est très-conforme à celui de Josèphe. Credibility of the Gospel history, 1. i, c. k, § i.
PHASE. Voy. Paque.
PHÉLÉTHI. Voy. Céréthi.
* PHILALÈTHES. On vit, il y a quelques années, une société religieuse se former à Kicl. Elle prit le nom de Philatèthes ou d'amis de la vérité. Elle professe un pur déisme. Elle voulut avoir un culte. Un discours, des cantiques sur les principales venus na-
turelles et sur les principales phases de la rie, eu sont le fond ; elle garda le septième jour et quelques fêtes, tels que le jour de l'an et le premier jour des quatre saisons.
PHILASTRE (saint), évêque de Brescia en Italie, mort l'an 388, eut pour amis saint Ambroise et saint Augustin, pour disciple et pour successeur saint Gaudence. Il composa un Catalogue des Hérésies, dans lequel il met au nombre des erreurs plusieurs opinions qui lui paraissaient peu probables, mais qu'il est très-permis de soutenir : les deux meilleures éditions de cet ouvrage sont celle de Hambourg, donnée en 1721 par le savant Fabricius, ave-c des notes, et celle de Brescia, publiée en 1738 par le célèbre cardinal Quirini, avec les Œuvres de saint Gaudence.
PHILÉMON , homme riche de la ville de Colosses en Phrygie, qui avait été converti à la foi, ou par saint Paul, ou par Epaphras, disciple de cet apôtre. Sa maison était uns espèce d'église par la piété qui y régnait, et par les bonnes œuvres qui s'y pratiquaient. Onésime , son esclave , peu sensible à ces bons exemples , vola ce bon maître et s'enfuit à Rome. Heureusement il y rencontra saint Paul, qui le reçut avec charité, l'instruisit, le convertit à la foi et le baptisa. Pour obtenir son pardon, il le renvoya à son maître avec une lettre fort courte , mais qui , dans sa brièveté, est un chef-d'œuvre d'éloquence ; il n'y a pas un mot qui ne respire la charité, le zèle, la tendresse pour un esclave fugitif devenu chrétien, et pour le maître avec lequel l'apôtre veut le réconcilier ; pas un mot qui ne soit capable de toucher et d'attendrir un bon cœur. Il suffit de la lire pour voir s'il est vrai, comme certains incrédules l'ont écrit , que le christianisme n'a contribué en rien à l'abolition de l'esclavage, ni à rendre plus douce la condition des esclaves. Cette religion divine a fait plus, elle a changé les mœurs de ceux-ci et celles de leurs maîtres.
PHILIPPE (saint), apôtre de Jésus-Christ, n'a rien laissé par écrit ; nous ne savons, de ses actions et de ses travaux que ce qui en est rapporté dans l'Evangile. Les auteurs ecclésiastiques ajoutent qu'il alla prêcher la foi en Phrygie , et qu'il y mourut dans la villo d'Hiéraples. Quelques savants ont été persuadés que saint Philippe avait prêché dans les Gaules ; Tillemont a combattu cette opinion, Mém., t. 1, pag. 639; feu M. Bullet , professeur de théologie à Besançon , s'est appliqué à l'établir, dans une dissertation sur ce sujet. 11 ne faut pas confondre cet apôtre avec Philippe, un des sept diacres de Jérusalem, duquel il est parlé (Act. vi, 5; vin , 5 et 26 ; xxi, 8, etc.). C'est celui-ci qui convertit les Samaritains, qui baptisa l'eunuque de la reine Candace, etc.
PHIL1PPIENS , habitants de la ville de Philippes en Macédoine. Tout le monde convient que saint Paul leur écrivit la lettre qui porte leur nom , lorsqu'il était emprisonné pour la première fois, vers l'an 62. L'apôtre témoigne à ces fidèles la plus tendre reconnaissance pour les secours qu'ils lui avaient
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procurés, et le zèle le plus ardent pour leur salut; il les félicite de leur courage à souffrir pour Jésus-Christ , et de leurs bonnes œuvres ; il les excite à la confiance et à la joie. Le dess in de cette lettre entière peut donc nous fa re douter si dans nos versions françaises Ton a pris le vrai sens du ch. n , v. 12 et 13, lorsqu'on a ainsi traduit : «Opérez votre salut avec crainte et tremblement: car c'est Dieu qui opère en vous le vouloir et l'action, selon qu'il lui plaît. » Le grec porte : vnep ri? eù3o/.tsts-; le latin, pro bona voluntate. Or, sù5-x*« signifie constamment Y affection que l'on a pour quelqu'un, ou Y affection qu'il a lui-même pour les bonnes œuvres. Dans quelque sens qu'on le prenne , comment cette d sposition peut-elle être un motif de crainte et de tremblement, et comment celui-ci peut-il s'accorder avec la confiance et la joie? Par la crainte et le tremblement, saint Paul entend ailleurs la défiance de soi-même, et non la défiance du secours de Dieu (I Cor. u, 3). On peut donc traduire, sans faire vio'enco au tex!e : « Travaillez à votre salut, non-seulement comme vous faisiez lorsque j'étais présent, mais encore plus lorsque je suis absent, au milieu de la crainte et du tremblement dont vous êtes saisi : car c'est Dieu qui opère en vous le vouloir et l'action par l'affection qu'il a pour vous. » Loin de vouloir effrayer les Philippiens, saint Paul cherche à les rassurer et à les encourager. Ce sens paraît le plus conforme au but général de la lettre. Voy. Crainte.
PHILIPP1STES ou MÉLANCHTHONIENS.
Voy. Lutuékiens.
PHILOLOGIE sacrée. On nomme ainsi la partie de la critique qui s'attache principalement à examiner les mo:s et les expressions du texte sacré e' des versions, à en juger suivant les règles de la grammaire, do la rhétorique , de la poétique et de la logique. Les protestants ont beaucoup travaillé* en ce genre , ils en lont gloire , et nous ne leur en savons pas mauvais gré; la philologie sacrée de Glassius, savant luthérien , passe pour être un des meilleurs ouvrages de cette espèce. Cette manière d'étudier l'Ecriture sainte est utile, s;insdoute,àquelques égards, mais est sujette à de grands inconvénients.
1° Quand on pousse cette critique trop loin, elle devient minutieuse et ridicule. A quoi servent de longues dissertations, pour expliquer des choses que tout le monde entend d'abord? Il semble que les écrivains sacrés parlent un langage si extraordinaire, qu'il est besoin d'un commentaire sur chaque mot. Les incrédules en prennent occasion de dire que l'Ecriture sainte est un recueil d'énigmes inintelligibles , auxquelles on fait dire tout ce qu'on veut; que ces livres, loin d'instruire les hommes, ne sont propres qu'à les tromper, à faire naître des erreurs et des disputes interminables. — 2° Cette manière d'envisager l'Ecriture sainte semble la mettre au niveau des livres écrits par les auteurs profanes , dont le sens ne peut être connu que par la finesse de la critique ; mais cet art n'était pas né lorsque
les anciens Pères de l'Eglise se sont servis des livres saints pour instruire les fidèles; s'ils ont pu s'en passer, nous pourrions l'ignorer encore sans courir aucun risque à l'égard de notre salut. La tradition constante, renseignement commun et universel de l'Eglise, nous paraissent un fondement plus sûr pour appuyer notre foi q le toute la sagacité des philologues. Dieu, sans doute, n'a pas attendu jusqu'au xvie siècle, pour donner à son Eglise une intelligence suffisante des Ecritures, et pour fixer sa croyance. Saint Paul condamne la manie de ceux qui s'amusent à des questions et à des disputes de mots ; elles ne servent, dit-il, qu'à faire naître des haines , d s dissensions, des blasphèmes et des imaginations absurdes (/ Tim. vi, 4) : l'expérience de tous les siècles ne l'a que trop prouvé. — 3" De là est venue la hardiesse de ceux qui ont souvent voulu expliquer et même cor. iger le texte sacré d'après le style et les idées des auteurs profanes. Les protestants eux-mêmes ont déploré cet abus; Erasme l'avait condamné, et on le lui a reproché à son tour, de même qu'à Grotius et à d'autres. Mosheim a fait une longue dissertation pour en montrer les funestes conséquences; il reproche au moins vingt défauts différents à la plupart des critiques et des philologues, tant par rapport aux faits qu'aux expressions de l'Ecriture sainte. Cogilationes de interpretationc et emenclatione sacrarum Litterarum. — 4° A force do subtilités de grammaire, de figures de rhétorique, de comparaisons et et de conjectures, il n'est aucun passage de l'Ecriture sainte duquel on ne puisse détourner et pervertir le sens. Les protestants, après s'être servis de cet art perfide contre les théologiens catholiques, en ont ressenti le contrecoup dans leurs disputes avec les sociniens ; toutes les fois qu'ils ont voulu argumenter par l'Ecriture seule , leurs adversaires ieur ont fait voir qu'ils ne redoutaient pas ce genre de combat; qu'avec les armes défensives des critiques protestants, ils étaient surs de triompher. Preuve évidente que tout commentaire, toute observation qui nous conJuisent à donner à l'Ecriture un sens opposé à la croyance de l'Eglise, partent certainement d'une critique fausse, et ne méritent aucune attention (1). Foy. Critique. PHILOSOPHE, PHILOSOPHIE. Les anciens disaient que la philosophie est la science des choses divines et humaines ; c'était lui faire trop d'honneur ; jamais les philosophes, privés du secours de la révélation , n'ont
(I) La philologie sacrée a fait île grands progrès de notre temps. « Les différentes branches de cette élude, dit Mgr Wiseman, quelque étrange que cela puisse paraître, se sont développées progressivement ; et leurs progrès ont constamment tendu à justifier l'Ecriture, et à confirmer nos preuves. La grammaire est nécessairement la base de toute élude qui a les mots pour objet, et je commence aussi par elle. Vous serez peut-être tentés de sourire, quand je dirai de la grammaire d'une langue morte depuis 2000 ans, qu'elle est en voie de progrès et de perfectionnement. Et vous serez sans doute non moins portés à être incrédules quand j'assurerai que ses progrès ont même
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connu ni la nature divine , ni la nature humaine ; aucun de leurs systèmes n'a été exempt d'erreur: toute leur science s'est ré-
ajouté quelque chose à noire sécurité sur des doctrines essentielles. Et cependant ces deux assertions sont parfaitement exactes. Pour le plaisir de ceux qui peuvent s'intéresser à des recherches de ce genre, je vous en esquisserai l'histoire, puis je montrerai les applications utiles et importantes même qui en peuvent être laites. La grammaire de la langue hébraïque vient naturellement des Juifs; et aucun chrétien, dans les temps modernes, n'en a commencé l'étude avant qu'ils lui eussent donné toute la perfection que leurs méthodes défectueuses pouvaient comporter. Toutefois, on peut dire que celte étude a été dirigée chez nous d'une manière indépendante. Elias Levila travaillait à donner aux recherches grammaticales des Kimchi tout le perfectionnement qu'elles pouvaient recevoir des écrivains de sa nation, lorsque Conrad Pellicanus, en 1505, et Reuebliri, trois ans plus lard, publièrent les premiers rudiments d'une grammaire hébraïque à l'usage des chrétiens. Le premier, moine de Tûbingen, avait ap pris seul cette langue, à l'âge de vingt-deux ans, sans autre secours qu'une Bible latine, et par conséquent il n'avait mis dans sa grammaire que les cléments imparfaits qu'il avait pu glaner ainsi. Reuehlin prit, à Rome, des leçons d'un Juif, au prix énorme d'une couronne d'or par heure ; c'est à lui que nous devons la plupart des termes de grammaire employés maintenant dans l'élude de la langue sacrée. Sébastian Munster, élève d'Elias, éclipsa bientôt ses prédécesseurs; mais ses travaux, qui étaient copiés presque entièrement sur ceux des rabbins, furent dépassés à leur tour parla méthode plus large et plus lucide de Ruxtorf l'aine. Et ces recherches grammaticales n'occupèrent pas seulement l'Allemagne, mais encore toutes les autres parties de l'Europe. Saules Pagnini, en Italie, et Chevalier en France, publièrent des introductions à l'élude de la langue sacrée. C'est ce qu'on peut appeler la première période de la grammaire hébraïque parmi les chrétiens, p riode qui finit avec la première moitié du xvue siècle («). Ses caractères sont ceux de l'école juive, de laquelle elle sortait : une altenlion minutieuse aux changements compliqués des lettres et des points-voyelles, puis à la dérivation et à la formation des noms, avec un oubli presque complet de la struclure générale du langage. Toutefois lîuxtorf et un autre savant méritent une honorable exception ; Salomon Glass, dont la Philologie sacrée, surtout l'édition corrigée de Dalh, devrait être constamment sur la table de quiconque se livre aux études bibliques, Salomon Glass amassa un trésor de remarques sur la syntaxe ; remarques qui, outre leur utilité pour la grammaire hébraïque, avaient le mérite de mettre pour la première fois la langue du Nouveau Testament en rapport avec celle de l'Ancien. Tandis que l'étude de la grammaire hébraïque avançait ainsi lentement, les autres dialectes sémitiques, connus alors sous le nom général de langues orienialcs, étaient cultivés avec le plus grand soin. Vers l'époque que, d'après Gésénius, j'ai assignée comme le terme de la première école chrétienne, l'élude de ces langues commença à exercer de l'influence sur la grammaire hébraïque, et marqua ainsi le commencement d'une seconde époque. Louis de Dieu, en 1628, publia le premier la grammaire comparée de l'hébreu, du chaldéen et du syriaque. Il fui suivi par Hottinger (1G4U) et par Sennert (IoÏjô), qui ajouta l'arabe aux langues comparées par ses prédécesseurs ; Castcll, dans les prolégomènes de sou célèbre Dictionnaire polyglotte, y ajouta l'éthiopien ou l'abyssinien. C'était un nouvel et important instrument pour
(a) Gésénius, Geschichle der hebraïsçhcn Spraclic und SdiJîfMeiusig, 1825, p. 107-110.
duite à disputer et à douter. Ce n'est point à nous d'exposer la doctrine des différentes sectes de philosophie, nous ne devons l'en-
l'étude de la grammaire hébraïque; mais la syntaxe de ces langues congénères était elle-même imparfaitement développée, et, par suite, l'application qu'on en faisait se renfermait surtout dans les déclinaisons et les conjugaisons. Au commencement du dernier siècle, une application plus étendue d'une branche au moins de cette philologie comparée fut introduite par le savant et habile Albert Schultens. Profondément versé dans la littérature arabe, et ayant sous sa main un trésor de manuscrits orientaux dans la bibliothèque de Leyde, il consacra la plus grande partie de sa vie a éclaircir les difficultés de la philologie hébraïque à l'aide de ces nouvelles sources. Quelque grand que soit son mérite, son attachement aux systèmes qu'il introduisit le premier l'entraîna nécessairement trop loin. Il sacrifia à sa prédilection pour une langue les avantages qu'une comparaison avec tous les dialectes de la même famille aurait pu lui fournir. Il alla même encore plus loin; car il négligea souvent la structure particulière à la langue hébraïque et les idiotismes qui lui sont propres, pour les parallélisme^ les plus imperceptibles avec l'arabe, (b). Il fonda ce qu'on appelle 1 école hollandaise dans la philologie hébraïque. Comme on pouvait s'y attendre, plusieurs de ces disciples copièrent les fautes du maître; cependant un petit nombre, plus judicieux, eut soin de les éviter. Tandis que des arabismes hasardés et des élymologies forcées défigurent les ouvrages de Vénéma, de Lette el de Scheid, d'autres écrivains, tels que Schroder, ont porlé un jugement plus sain dans l'étude de la grammaire. Les Institutions, etc., de ce judicieux auteur, furent, pendant plusieurs années, considérées en Allemagne comme l'ouvrage modèle, et elles sont encore, je crois, très-répandues et justement estimées en Angleterre. La syntaxe y est exacte et développée, cl c'est peut-èlre le livre qui remplace le mieux les ouvrages allemands plus étendus de Gésénius et d'Ewald, quand on ne peut les consulter (c).
« Tandis que l'école hollandaise était à son apogée, les Allemands posaient les bases du système qui, quoique plus lent à mûrir, était cependant la seule méthode véritable et solide. Ce système consistait, non pas à tenter de créer d'un seul jet un système grammatical large et complet, mais à éclaircir les points particuliers, soit à J'aide des dialectes congénères, soit en comparant de nombreux passages delà Bible elle-m.'ine. Chrtstian-Bénédict Michaelis essaya ces deux méthodes d'une manière très-louable; Simonis, Storr el beaucoup d'autres contribuèrent par des observations précieuses à rendre méthodiques la syntaxe hébraïque et ses analogies. Au commencement de ce siècle, les matériaux étaient recueillis et n'attendaient plus qu'un investigateur érv.dil, judicieux el patient, qui sût les disposer, les discuter et les compléter. L'école moderne diffère autant de la première que la tactique de nos jours dilîère de celle des temps anciens. De même que celle-ci obligeait la phalange ou la légion à une combinaison de manœuvres qui dépendait surtout de l'exactitude des mouvements et de la position des individus, ainsi tout le système de l'ancienne grammaire dépendait des changements minutieux qui survenaient dans chaque mol en particulier, el des évolutions compliquées de chaque point, soit qu'on l'avançât, soit qu'on le reculai, soit qu'on l'ajouiàt. Le grammairien moderne ne néglige pas sans doute ces petits mouvements; mais il observe surloul l'enchaînement des parties du discours, la force des
(b) Ibid., p. 128.
(c) Instituliones ad fviidmitenla Ibiguœ hcbraiciv. — La dernière (Million allemande psrul à l lui en 1798b— -fiel ouvrage a été rc i»i[>rîiné a Glascovy, en 1^21.