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II. Saint Paul a-t-il condamné les anciens ihilosophesavec trop de rigueur? A la vérité 'arrêt qu'il a prononcé contre eux est fort sévère. « Du haut du ciel, dit-il, la colère de Dieu éclate contre l'impiété et l'injustice de tous ceux qui retiennent injustement la vérité divine ; car ce qui peut être connu de la Divinité leur a été manifesté, et c'est Dieu qui le leur a fait connaître. En effet, depuis la création du monde, les attributs invisibles de Dieu, sa puissance éternelle, sa providence, sont devenus sensibles par ses ouvrages, de manière que l'on doit juger inexcusables tous ceiix qui ayant connu Dieu ne lui ont point rendu de culte ni d'actions de grâces, mais se sont livrés à de vaines pensées et aux ténèbres de leur cœur. En se donnant pour sages, ils sont devenus insensés, ils ont transformé la majesté d'un Dieu incorruptible en statues et en images d'hommes mortels et de vils animaux ; c'est pour cela que Dieu les a livrés aux désirs de l< ur cœur, à des passions impures par lesquelles ils ont déshonoré leur propre corps... Ils ont été remplis de malignité, de jalousie ; querelleurs, trompeurs.... superbes, ailiers... sans prudence, sans modération, sans affection, sans foi, sans miséricorde. » Rom., c. i, v. 20 et suivants. Leurs successeurs, à qui ce tableau déplaît, sont-ils en état de prouver qu'il est trop chargé ? Il nous serait aisé de montrer qu'il est fidèle, par le témoignage même des auteurs profanes. Les philosophes ont été assez éclairés pour connaître! Dieu par l'inspection des ouvrages de la nature ; mais ils ont défiguré les attributs divins, en supposant, contre toute évidence, que Dieu ne se mêle point des choses de ce monde, qu'il en a laissé le soin à des esprits inférieurs, que c'est à eux, et non à lui, que le culte doit s'adresser. Premier crime, lis
des loups, et qu'ils peuvent se manger en sûreté de conscience («). » El dans un autre endroit : « Je consultai les philosophes; je feuilletai leurs livres, j'examinai les diverses opinions; je les trouvai tous fiers, alliimalifs, dogmatiques même dans leur scepticisme prétendu; n'ignorant rien, ne prouvant rien, se moquant les uns îles autres; el ce point commun à tous me paraît le seul sur lequel ils ont raison. Triomphants quand ils attaquent, ils sont sans vigueur en se défendant; si vous pesez leurs raisons, ils n'en ont que pour détruire ; si vous comptez les voix, chacun se réduit à la sienne; ils ne s'accordent que pour disputer (/>). >
La philosophie se vante de ses progrès. — « Mais en quoi? demande M. de Gormenin. Est-ce en métaphysique? Mais il n'y a pas un seul théorème de Kant ou de ses pareils qui ne soit plus ténébreux que tous les mystères du christianisme. Est-ce en législation? Mais ce n'est pas la philosophie, c'est le christianisme qui a dit que la femme est l'égale de l'homme, qu'il n'y avait plus d'esclaves et (pie le pauvre valait le riche. C'est là, j'imagine, trois assez belles lois. Est-ce politique? Mais c'est Jésus qui a réhabilité le peuple. Le prêtre est du peuple, l'évèque est du peuple, le pape est du peuple, le Christ est du peuple. Il n'y a rien de plus peuple que le Christianisme. C'est l'Evangile qui, sous les auspices i!c
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n'ont point fait connaître Dieu au peuple, parce qu'ils craignaient de l'irriter en attaquant le polythéisme el l'idolâtrie ; ils ont même confirmé l'erreur publique par leur suffrage, quoique plusieurs soient convenus que c'était une absurdité et une insulte fa' le à la majesté divine. Second trait d'impiété. Le dérèglement de leurs mœurs est incontestable ; nous avons nommé les auteurs qui le leur reprochent aussi bien que les Pères de l'Eglise. Où est donc l'injustice de la censure de saint Paul? Mais cet apôtre, disent nos adversaires, a décrié la philosophie même ; il la nomme la sagesse de ce inonde, et il prétend que Dieu l'a réprouvée ; il l'envisage comme un obstacle à la foi et au salut ; il canonise ainsi l'ignorance et le mépris des connaissances utiles. C"cst une fausseté. Ce que saint Paul appelle la sagesse de ce monde n'est point la vraie philosophie, mais l'abus que les philosophes en ont fait. Puisqu'il dit que l'étude de la nature fait connaître les attributs de Dieu, il ne la condamne doue, pas; et puisqu'il traite les philosophes d'insensés, il ne les aurait pas blâmés, s'ils avaient été véritablement sa^es. Mais il les voyait déjà fermer les yeux à la vérité que Dieu leur montrait, et s'élever contre elle ; dernier trait de méchanceté de leur part : nous allons encore en donner les preuves. III. De quelle manière les philosophes se sont-ils conduits à l'égard du christianisme? Dès l'origine leurs sentiments furent partagés sur ce sujet comme sur tous les autres. Les uns, frappés de la sainteté de la morale chrétienne, des vertus qu'elle faisait pratiquer, des faits miraculeux sur lesquels elle était fondée, reconnurent la divinité de cette religion, l'embrassèrent sincèrement et en devinrent zélés défenseurs : tels furent saint Justin, Tatien, Henni as, Alhénagorc. saint
Dieu, a scellé l'éternelle et magnifique alliance de l'autorité et de la liberté. Quels sont ces fermes courages, quels sont ces génies politiques , quels sont ces désintéressements si purs, quels sont ces hommes si charitables, quels sont ces penseurs sublimes, quels sont ces dialecticiens transcendants que l'école de la philosophie actuelle ait formés? Qu'on m'en donne un, -un seul, el je jette au feu tous mes arguments. La philosophie éclectique a produit ce qu'elle avait semé: le néant ; c'est que d'ordinaire tout homme sans croyance, ne sachant où s'appuyer, chancelle et se trouble avec la licence et le despotisme. C'est que presque toutes les métaphysiques mènent à la négation de Dieu, et de la négation de Dieu à l'anarchie. Il n'est certes besoin, en vérité, de se tant vanter qu'on possède la raison souveraine, qu'on est un philosophe indépendant et qu'on fait métier de libre penseur, ni de se tant creuser 1'. bîmede l'entendement, ni d'échafauder péniblement de si gigantesques systèmes pour aboutir, comme un très-simple mortel, aux deux termes les plus vulgaires de la question : croire, ou ne pas croire. 11 y a cependant un troisième terme, c'est de croire aux plus grosses absurdités des métaphysiques les plus incompréhensibles cl les plus opposées , et c'est en quoi excelle particulièrement la philosophie éclectique (a), i
(•i) Réponse au roi de Pologne.
(/») Discours sur les sciences el les arts.
(a) L'Education et l'enseignement en matière d'instruction secondaire, par Keuuu.
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