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Théophile d'Antioche, Ouadratus, Aristide, Méliton de Sardes, Appollinaire d'Hiéraples, R3 il tiatle, Apollonius, sénateur romain, Panlamus, saint Clément d'Alexandrie , etc. ; quelques-uns signèrent leur foi de leur sang. D'autres, moins sincères et moins courageux, no se convertirent qu'à moitié ; ils reconnurent l'excellence de la doctrine chrétienne, mais ils voulurent l'entendre à leur manière et la faire cadrer avec leurs opinions philosophiques; ils enfantèrent ainsi les premières hérésies qui ont troublé l'Eglise; c'est ce ipie (irent Cérin ho, Ménandre, Saturnin, Mai-cion, Basil ide, etc. Plusieurs prirent le nom fastueux de gnostiques ou d'hommes intelligents, et se vantèrent de voir mieux la nature des choses que les apôtres mêmes. Vin hon nombre, encore plus pervers, préférèrent les erreurs et la corruption du paganisme à la sainteté de l'Evangile ; ils se déclarèrent ennemis de notre religion ; nonseulement ils l'attaquèrent par leurs écrits, comme Celse, Lucien, Porphyre, Julien, Hiéroclès, mais ils enflammèrent la haine des persécuteurs. S dut Justin fut livré au supplice sur l'accusation d'un certain Crescent , philosophe cynique , qui en voulait aussi à ïatien. Lactance se plaint de l'animosité de deux philosophes de son temps, que l'on croit être Porphyre et Hiéroclès, Divin. Instit., lib. v, c. 2. Ceux qui obsédaient l'empereur Julien, loin de diminuer sa haine contre le christianisme, travaillèrent à l'augmenter. D'autres employèrent l'astuce et la perfidie pour nuire [dus efficacement au christianisme ; ils rapprochèrent leurs dogmes des nôtres ; ils rectifièrent une partie de leurs opinions , ils prétendirent que la doctrine de Jésus-Christ n'était pas fort différente de celle des anciens philosophes ; que le paganisme épuré, tel que ceuxci l'enseignaient , pouvait très-bien s'accorder avec la doctrine de l'Evangile ; mais que les chrétiens entendaient mal l'un et l'autre. Tel fut l'artifice de la secte des éclectiques ou nouveaux platoniciens , desquels nous avons parlé ailleurs. Voy. Eclectiques. C'est d'après ce tableau perfide que les déistes de notre siècle ont voulu nous faire juger de l'ancien paganisme : nous les avons réfutés au mot Paganisme, § 4. Sur cet exposé simple, nous demandons si saint Paul n'a pas eu raison d'inspirer aux fidèles de la défiance contre les philosophes.
IV. Les Pères de l'Eglise ont-ils eu tort de mêler les notions et les systèmes de philosophie avec les dogmes du christianisme? Nous soutenons qu'ils y ont été forcés, et qu'il y a de l'injustice à leur en faire un crime. C'est cependant à quoi s'obstinent les prolestants. Mosheim , Hist., ecclés., 11e siècl0, i" part., c 1, § 12 ; Hist. christ., sœc. n, § 25 etsuiv., affecte de douter si la conversion, même sincère, d'un bon nombre do philosophes , a été plus avantageuse que nuisible au christianisme ; si notre religion a gagné ou perdu par les écrits des savants et [taries spéculations dos philosophes qui ont [iris sa défense . « 1! est incontestable, dit-il, que sa
simplicité et sa dignité ont été altérées, dès que les docteurs chrétiens ont voulu mêler leurs opinions avec la doctrine de Jésus- Christ, et régler la foi et la piété par les faibles lumières de leur raison. » Le traducteur do Mosheim n'a pas manqué d'augmenter ici l'aigreur des expressions et d'enchérir sur sou modèle. Le Clerc soutient que l'attachement des Pères à la philosophie leur a fait inventer de nouveaux dogmes, Hist. ceci., sect. 2, an. 101, § 21. Déjà l'on voit que cette calomnie a été suggérée aux protestants par l'intérêt de système, et parce qu'il leur importe do ruiner la tradition dès le uc siècle ; mais nous ne sommes pas du es de leur artifice. Aux mots Pères de l'Eglise, nous avons montré les conséquences impies qui s'ensuivent de cette hypothèse. Nous persistons à leur demander des preuves positives de l'altération faite à la doctrine chrétienne par les disciples mêmes des apôtres; ils ne nous en donnent point. Leur entêtement n'est fondé que sur la fausse idée qu'ils se sont faite du christianisme apostolique : ils s'imaginent qu'il était tel que les réformateurs l'ont bâti au xvie siècle ; il n'en est rien. Car enfin, qui sont les témoins les plus en état de nous en rendre compte, ceux qui ont vécu immédiatement après les apôtres, et qui font profession de suivre leur doctrine, ou des dissertateurs survenus quinze cents ans après ? Une autre supposition des protestants est que toute la doctrine de Jésus-Christ et des apôtres doit se trouver expressément et formellement enseignée dans leurs écrits ; que tout ce qui n'y est point mot pour mot est étranger au christianisme. Où sont encore les preuves de ce principe ?
Mais c'est toujours à nous de prouver : nos adversaires s'en dispensent ; prouvons donc que les Pères sont croyables, et que leurs accusateurs sont indignes de foi. 1° Les premiers protestent dans leurs écrits qu'ils suivent exactement la doctrine des apôtres ; ils recommandent aux fidèles de ne s'en écarter jamais : ils disent que c'est le crime des hérétiques ; s'ils l'ont commis eux-mêmes, s'ils ont été plus attachés aux leçons des philosophes qu'à celles des apôtres, s'ils ont voulu expliquer celles-ci par les premières, et non au contraire, ce sont les fourbes les plus impudents qu'il y eût jamais. Saint Ignace ne prêche autro chose aux fidèles que l'attachement à la doctrine des apôtres ; il ne leur ordonne la soumission aux pasteurs que parce qu'ils tiennent lieu des apôtres. Epist. ad Ephcs., n. 11 ; ad Magnes., n. 13; ad Trallian., n. 3 et 7 ; ad Philadelph., n. 5, etc. Saint Polycarpc, Epist. ad Philippenscs, n. G, les exhorte à servir Dieu comme il a été ordonné par Jésus-Christ, par ses apôtres qui ont annoncé l'Evangile, et parles prophètes, et à s'éloigner des faux frères qui répandent des erreurs. Saint Justin déclare qu'après avoir essayé de toutes les écoles de philosophie, il n'y a rien pu apprendre de vrai, et et qu'il y a renoncé pour se livrer à l'étude des livres saints, Cohort.ad Grœc, n. 3; Diai cum Tnjh., n. 8, etc. ïalien , Athénagore,
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Herinias, saint lrénée, saint Théophile d'Antioche, parlent de même; les accuseronsnous d'imposture? nous cit tous leurs paroles, au mot Platonisme.— 2° Les protestants ne suivent point eux-mêmes leur propre principe, puisqu'ils tiennent pour doeïrine chrétienne des choses qui ne sont point expressément enseignées dans les écrits des apôtres : la parfaite spiritualité des anges, la création des âmes, et non leur préexistence à la formation des corps, la nécessité ou du moins la validité du baptême des enfants et de celui qu'ont administré les hérétiques, l'obligation de célébrer le dimanche ; ils ne pratiquent point le lavement des pieds ni l'abstinence du sang et des chairs suffoquées, quoique l'un et l'autre soient formellement commandés dans le Nouveau Testament. Les sociniens et les différentes sectes protestantes disputent pour savoir si tel point de doctrine est ou n'est pas enseigné dans ce livre divin; les premiers réformateurs y voyaient clairement des dogmes que leurs disciples n'y voient plus. A qui devons-nous croire par préférence?
Ils se réfutent donc eux-mêmes. A présent il faut justifier les Pères sur l'usage qu'ils ont fait de la philosophie. En premier lieu, aucune loi de Jésus-Christ ni des apôtres n'ordonne a tout philosophe qui se fera baptiser de renoncer a toutes les opinions philosophiques, même à celle qui n'ont rien de contraire à la doctrine chrétienne ; donc les Pères ont pu conserver ces dernières sans blesser la délicatesse de leur foi. En second lieu, pour défendre efficacement la doctrine chrétienne contre les païens et contre les hérétiques qui l'attaquaient par des arguments philosophiques, il fallaitleur en opposer de plus solides, et leur prouver qu'ils étaient dans l'erreur. Sans cela l'on aurait autorisé le reproche d'ignorance et de crédulité stupide que les païens ne cessaient de faire aux chrétiens ; et ceux qui faisaient profession de philosophie et d'érudition pai mi les païens auraient eu beaucoup plus de répugnance à embrasser notre religion. Telles sont les raisons qui engagèrent Clément d'Alexandrie à cultiver cette étude , et a la défendre contre ceux qui la blâmaient; Strom., 1. i, c. n, ni et v, p. 220 et suiv. Mosheim, tout prévenu qu'il était contre les Pères, n'a pas pu désapprouver cet:e apologie; Hist. christ., sœc. h, § 26, note, p. 278. Origène protestait qu'il avait eu les mêmes motifs en s'appliquant à l'étude de la philosophie, et il alléguait l'exemple de Pantœnus et d'Héraclas , qui avaient fait de même ; apud Euseb., Hist. écoles., 1. vi, c. xix. En troisième lieu, Mosheim a été forcé d'avouer que cette érudition des Pères fut très-utile, 1° pour expliquer plus clairement quelques dogmes qui avaient été enseignés jusqu'alors d'une manière obscure ; 2° pour réfuter les gnostiques et pour arrêter les progrès de leurs erreurs ; 3e pour bannir de l'Eglise chrétienne plusieurs opinions qui venaient des Juifs. Hist. christ., sœc. m, S 37, p. 719. Il était déjà convenu ailleurs qu'elle servit à faciliter et à
multiplier les conversions. Comment a-t-il pu soutenir ensuite qu'elle produisit plus de mal que de bien ? En quatrième lieu, les Pères ne se sont pas bornés là ; ils ont fondé les dogmes du christianisme, non sur des principes philosophiques, mais sur la révélation, sur des passages de l'Ecriture sainte ; et si quelquefois ils se sont trompés sur des questions qui n'étaient pas fort importantes, c'est qu'ils ne prenaient pas le vrai sens des expressions de nos livres saints. Ceux qui les accusent de n'avoir pas exposé la doctrine chrétienne avec assez d'exactitude, de clarté et de méthode, ne voient pas qu'ils font retomber ce reproche sur les auteurs sacrés. En cinquième lieu , les Pères n'ont fait grâce à aucune opinion fausse des philosophes; ils ont mis au grand jour les erreurs, les absurdités, les contradictions de chaque secte ; ils ont fait voir combien la doctrine de nos Ecritures est plus juste, plus raisonnable, plus vraie et plus sublime que cello des philosophes les plus vantés. Leibnitz, plus modéré que les autres protestants, a rendu cette justice aux Pères. « Ils ont rejeté, dit-il, tout ce qu'il y avait de mauvais dans la philosophie des Grecs. » Esprit de Leibnitz, t. II, p. 48. Or ils n'auraient pas pu le faire sans avoir une très-grande connaissance de la doctrine des différentes écoles.
Enfin, aujourd'hui les critiques protestants dirent que, faute d'avoir connu la philosophie orientale, les Pères n'ont pas bien compris le système des gnostiques, que par celte raison ils ne l'ont pas complètement réfuté ; ils reprochent donc tout à la fois aux Pères l'ignorance et la connaissance de l'ancienne philosophie. Mais nous avons satisfait à leurs plaintes au mot Gnostiques, nous y reviendrons encore à l'article Platonisme, § 3. Les théologiens protestants ne se servent-ils pas encore à présent d'arguments philosophiques pour attaquer le mystère de l'Eucharistie et d'autres articles de notre croyance ? Nous sommes donc forcés de faire contre eux ce que les Pères ont fait contre les anciens hérétiques. Avant de blâmer en général le mélange de laphilosophie avecla théologie chrétienne, il faut commencer par établir trois ou quatre thèses absurdes : 1° que l'on ne devait admettre à la profession du christianisme aucun philosophe converti, ou qu'il fallait lui faire abjurer toute connaissance philosophique, vraie ou fausse ; 2° que l'on ne devait rien répon Ire aux païens ni aux hérétiques qui attaquaient noire religion par des arguments de cette espèce. Cependant saint Paul voulait qu'un pasteur fût en état d'enseigner une saine doctrine et rie réfuter les contredisants ; Tit., c. i,v. 9. 3^ v)ue l'ignorance aurait été plus utile que la science à la propagation et à la conservation de la vraie foi ; que la science même la plus humble est un obstacle aux lumières du Saint-Esprit, etc.
V. Les incrédules modernes méritent-ils le nom de philosophes? Pas plus que les anciens hérétiques, et beaucoup moins que les prétendus sages de l'Orient et de la Grèce. Ils ont tous les vices que siint Paul a reprochés
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à ceux de son temps, et aucune des vertus par lesquelles plusieurs des anciens se sont rendus recommandables. En peignant ceux qui valaient le moins, l'apôtre a fait d'avance le tableau de ceux de nos jours. Ils sont certainement plus coupables que ceux qui étaient nés dans les ténèbres et au milieu dos désordres de l'idolâtrie. Non-seulement ils ont pu connaître Dieu par la lumière naturelle, qui a fait de grands progrès, mais ils ont été éclairés dès l'enfance par la révélation ; ils ont volonîairement fermé les yeux à l'une et à l'autre. Ceux môme d'autrefois qui ne croyaient point de Dieu, ont cependant respecté ia religion publique, ils n'ont pas cherché à rendre les peuples athées ; les nôtres auraient voulu faire apostasier les nations entières et bannir de l'univers la notion de Dieu ; plusieurs ont avoué ce dess.in, et plusieurs de leurs livres ont été faits exprès pour le peuple. Dans l'impuissance de réussir, ils n'ont pas rougi de donner aux religions les plus fausses la préférence sur le christianisme. Nous leur avons vu faire successivement l'apologie du paganisme, du mahométisme, de la religion de Zoioastre , de celle des Chinois, de celle d"S Indiens, des infamies de certains idolâtres, de la plupart des sectes d'hérétiques et de mécréants. Ils avaient avoué, lorsqu'ils étaient déistes, que le christianisme était la plus sainte et la meilleure de toutes les religions ; lorsqu'ils sont devenus athées; ils ont soutenu que c'est la plus mauvaise. Après avoir fa'.t semblant de rendre hommage à la sagesse, aux vertus, aux bienfaits de Jésus-Christ, ils ont fini par vomir contre lui des torrents de blasphèmes; ils l'ont représenté, les unscomme unfourbeambitieux, les autres comme un visionnaire fanatique.
En punition de l'infidélité des anciens , Dieu, dit saint Paul, les a livrés à des passions impures et honteuses. Ce sont encore ces mêmes passions qui ont fait naître l'incrédulité parmi nous ; c'est au milieu du luxe , des p'aisirs, de la corruption des grandes villes, qu'elle s'est montrée plus à découvert. La plupart de ses défenseurs ont souillé leur plume [tardes écrits licencieux; ils ont parlé de l'impudicité avec une indifférence et une liberté capables d'étoulfer toute honte chez les hommes les plus déréglés. L'apôtre dit que les philosophes d'autrefois ont été pleins de jalousie et de malignité; mais ces deux vices percent de toutes parts dans les écrits de leurs successeurs. Ceuxci n'ont pas cessé de déclamer contre les biens , les honneurs, les privilèges accordés au clergé ; leur ambition aurait été de le supplanter. Dans l'impuissance d'en venir à bout , ils ont soulagé leur humeur par des invectives, des railleries sanglantes, des calomnies de toute espèce contre les prêtres ; quelques-uns ont poussé la fureur jusqu'à écrire qu'il fallait les exterminer et en purger la société ; ils n'ont épargné ni les vivants ni les morts; ils ont trouvé le moyen u'empoisonner les actions les plus innocentes et de noircir les vertus les plus pures. Ce sont, ajoute saint Paul, des hommes querel-
leurs et trompeurs. En effet, sur quoi nos incrédules n'ont-ils pas excité des disputes? Il n'est pas une seule institution divine ou humaine qu'ils n'aient attaquée, et ils n'ont pas été mieux d'accord entre eux qu'avec les croyants. Lorsqu'ils ne professaient que le déisme, ils censuraient les athées ; tombés dans l'athéisme à leur tour, ils ont tourné en ridicule les déistes. Au jugement des matérialistes, tous les autres philosophes sont des raisonneurs pusillanimes qui ne poussent pas les conséquences jusqu'où elles peuvent aller, et qui respectent encore les préjugés. Du haut de leur indifférence orgueilleuse, les sceptiques regardent en pitié tous les dogmatiques. Mais lequel d'entre eux s'est jamais fait scrupule de mentir et de tromper, pour étayer ses sentiments ou satisfaire sa passion ? Tous moyens leur 01 t paru légitimes : fausses histoires, livres supposés, citations de passages tronqués ou altérés , traductions infidèles , témoignages d'auteurs justement décriés, calomnies cent fois réfutées, etc. Us ont accusé leurs adversaires de tous ces délits, sans pouvoir les en convaincre ; e^x-mômes n'ont pas hésité de s'en rendre coupables. Quel a été le vice général de tous ? Saint Paul l'a indiqué : l'orgueil; ce sont des hommes superbes et vains, enflés de leur prétendu mérite. On sait avec quelle indécence nos écrivains se sont encensés eux-mêmes. Us ont représenté un philosophe comme l'homme le plus grand et le plus important de l'univers, et chacun d'eux croyait se voir lui-même dans ce tableau, ils se sont donnés pour illuminaîeu:s, maîtres, bienfaiteurs, réformateurs des nations ; du fond de leur cabinet ils croyaient régenter le monde entier; quelques-uns ont eu la fatuité de demander des statues, et ils se flattaient d'écraser leurs adversaires par un ton de mépris; et, contre leur attente, c'est par le mépris que le public commence à les punir : une bonne partie de leurs ouvrages sont déjà livrés àla poussière et à l'oubli. Us ont été, ajoute l'Apôtre, sans prudence et sans modération. C'était en manquer absolument que d'attaquer sans distinction foutes les puissances de la terre, les rois et leur autorité, les ministres et le gouvernement, les magistrats et les lois, le sacré et le profane : les anciens ne poussaient pas la témérité jusque-là ; chez un peuple moins doux, l'indécence des modernes aurait été punie par des supplices. Enfin, sans affection, sans foi, sans miséricorde, nos prétendus sages ont travaillé à t ompre tous les liens de la société, toutes les affections naturelles de l'humanité, les devoirs mutuels des époux, ceux des enfants envers leurs pères et mères, l'attachement des citoyens envers leur patrie , la fidélité des sujets au souverain ; ils ont avili et pour ainsi dire matérialisé les motifs de la tendresse des pères pour leurs enfants, des mères pour le fruit de leurs entrailles , de la reconnaissance à l'égard des bienfaiteurs, des amitiés les plus généreuses entre des âmes honnêtes. Pour nous perfectionner, ils voulaient nous mettre au-dessous des
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brutes. S;ins compassion pour- les malheureux, ils ont décrié l'aumône, les hôpitaux, les fondations de charité, l'instruction des ignorants, l'état et les fonctions de ceux qui se consacrent au service du prochain ; toute vertu quelconque a essuyé leur censure, il n'était pas possible de mieux vérifier ce que saint Paul a conclu, qu'ils sont devenus fous en s' attribuant le titre de sarjes. Si l'on nous accusait d'exagérer leurs torts, nous avons ' leurs livres entre nos mains ; nous en avons cité les paroles dans d'autres ouvrages, et dans plusieurs articles de ce Dictionnaire nous avons réfuté leurs folles objections (S).
(t) Voici un coup d'oeil jeté sur la philosophie cou-" lemporainë, pur M. Jehan.
« Un homme d'un profond génie chrétien, et qui avait longtemps médité sur la marche des choses humaines dans ces trois derniers siècles, a écrit ces paroles : « II n'y a plus de religion sur la terre, le genre humain ne peut rester en cet état. » (J. de Maistre, Soirées de Saint-Pétersbourg, t. II, p. 279 ). A part ce que la précision do la forme peut laisser paraître d'exagéré dans la pensée, on ne peut s'empêcher de reconnaître qu'il faut bien qu'il se passe dans le monde, à notre époque, quelque chose d'anormal et d'étrange, pour qu'il se soit échappé de celte grande âme un pareil cri de détresse. Il faudrait être en effet bien étranger au mouvement des esprits pour n'être pas frappé du désordre moral qui règne au sein des sociétés modernes. Quel homme attentif n'éprouve une secrète anxiété et ne se sent troublé en lui-même lorsqu'il arrête ses regards sur le spectacle de cette profonde anarchie intellectuelle produite par l'ébranlement de toutes les croyances? Il n'est plus rien de si sacré, rien de si vénéré par les siècles, qui n'ait été uns en question ; tout est devenu précaire, problématique, incertain ; toute foi, toute conviction est allée s'éteindre dans la froide nuit du scepticisme. Ce scepticisme qui nous dévore n'est point raisonné, mais pratique. Il n'est point un système, mais le résultat de tous les systèmes; ce n'est point la doctrine d'une secte, c'est l'esprit d'une époque. Aussi le voiton se jouer de tous les efforts, survivre à toutes les attaques. Jamais avec une liberté aussi effrénée le douteneseproinena sur tous les points de la croyance humaine et dans tous les degrés de la hiérarchie des esprits. On ne sait plus, on ne veut plus croire : on craint toute conviction comme un mécompte. L'hôte funeste nous suit jusqu'auprès du foyer domestique, et là il argumente contre la famille et la propriété. L'esprit d'incrédulité nous obsède, il nous presse de toutes paris, il circule pour ainsi dire dans l'air, et toutes les intelligences du siècle en se développant le respirent. Quel Dieu invoquer? la tradition ? elle n'existe plus, tout est nouveau. La religion ? les balaies la veulent en gros comme un moyen d'ordre, de concert avec la pol.ee, mais en détail, dogmes et pratiques, on en sourit. De là une mortelle indifférence, une effroyable sécurité dans le mal. On ne connaît d'autre culte que celui de la matière; hormis les résultats matériels, rien n'attire l'intelligence ; hormis l'intérêt et les plaisirs, rien ne captive le coeur.
« Le point de vue pratique de la science, car la théorie même est en défaveur, l'application industrielle des facultés, voilà ce qui touche uniquement. Le génie utilitaire, tel est le seul dieu de l'époque, telle est l'idole sans entrailles que le siècle préconise ci encense: nouvel Hercule aux proportions gigantesques, dont le bras nerveux soulève la niasse sociale; d'un souille ardent il allume nos fourneaux et dislen 1 la vapeur, cette âme de la mécanique ; il parcourt le monde avec une vitesse irrésistible sur le double rail d'un chemin de fer ; mais à son front ne cherchez pas l'étoile radieuse et ne lui demandez pas de vous
PHILOSOPHiE orientale. [Vqij. Platonisme, § 3. )
[ La philosophie de l'Orient peut être considérée sous des peints de vue très-divers; et sous chacun d'eux elle fait jaillir des clartés différentes sur les vérités sacrées. On peut simplement considérer la philosophie des différents peuples comme la manifestation caractéristique de leur esprit, comme ces traits distinctifs qui sont aux opérations de leur intelligence ce que leur physionomie matérielle est à leurs passions dominantes. Toute philosophie nationale doit nécessairement porter l'empreinte du systèmepariieulier de pensées que la nature, les institutions sociales, ou d'autres causes, ont donné à l'esprit du peuple où elle se développe; elle sera mystique ou pure-
montrer ses ailes. Celte crise alarmante qui travaille le monde, celle profonde déviation morale, suppose le triomphe de quelqu'une de ces grandes erreurs de la pensée qui lance les peuples hors de leur voie et les entraîne infailliblement vers un abîme. Une doctrine qui précipita la chute des sociétés antiques, qui fut refoulée, dominée par le christianisme, pendant de longs âges de foi, a éié renouvelée dans ces derniers siècles, proclamée avec un nouvel éclat, avec un immense îetenlissement, nous voulons parler du principe de la souveraineté de la raison humaine dans la recherche de la vérité. Il n'est plus permis de se le dissimuler, tel est ie principe désastreux qui a frappé au cœur cette Europe jadis si palpitante d'amour, de foi vive cl de saintes espérances, maintenant affaissée, chancelante, comme une vierge folle qui s'est enivrée de tous les vins empoisonnés de l'erreur. Le nouveau mouvement imprimé à la philosophie remonté à De>cartes, mais on peut dire que celle révolution avait été préparée par la réforme, d'où l'on doit véritablement dater celte aberration ce l'esprit humain dans nos temps modernes. Descaries ne lit qu'appliquer aux recherches philosophiques un principe que l'hérésie avait consacré depuis un siècle dans le domaine de la théologie. Nous en convenons, rien n'était plus éloigné de la pensée de Descaries que le dessein de constituer la philosophie en hosli liié avec la religion; et toutefois la philosophie ne larda pas à faire acte d'indépendance absolue, cl à ne vouloir prendre pour règle que la raison, les sens, en un mol l'homme individuel, affranchi de toule autorité divine. Dans l'espace de deux cents ans, tou-> les anciens systèmes ont été renouvelés ; tomes les solutions essayées, puis abandonnées, puis reprises, puis délaissées encore; amer labeur, pérégrinations lamentables de l'esprit humain livré à ses seules forces, s'épuisant dans ses ardentes investigations, sans pouvoir rencontrer nulle part, en dehors de la révélation, un point d'appui pour y asseoir l'édifice de ses songes.
« Qu'on ne se hàle pas de nous accuser de blasphème contre la philosophie. Ecoutez plutôt ses plus fervents adeptes. Le cheidel'éelecticisuie en France, abordant la question de l'existence d'immonde extérieur distinct de nous et de nos pensées, s'exprime ainsi dans un de ses principaux ouvrages : « Je suppose qu'il y eût parmi nous un homme encore étranger aux disputes philosophiques et qui n'apporlàl ici que du bon sens et de la raison, ne serait-il pas lente de nous interrompre en ce moment et de nous demander s'il est vrai qu'une pareille question occupe des personnages aussi graves que des philosophes; qu'elle arrête et tienne en échec les plus puissants esprits, tandis que l'enfant la iésout, ce semble, assez bien dès les premiers jours de son existence? Que deviendrait donc cet homme sens:', qui ne veut pas même que la philosophie prouve l'existence du moule extérieur, si on lui disait qu'elle l'admet loul au plus, la combat souvent et n'y croit jamais légitimement, et que ce n'est point là ie délire ou le mensonge d'une secie particulière, mais le résultat
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