‹ Œuvres completes de Bergier (volume 3)Chapitre 19 sur 228 · LAC · texte numérisé non relu

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deux mois des chrétiens. Il blAme en général ceux qui attribuent trop légèrement aux premiers fidèles ces sortes d'emprunts. Malheureusement il est tombé lui-môme dans cette faute plus souvent qu'aucun autre. Vingt fois i-1 a répété dans ses ouvrages que les premiers chrétiens empruntèrent plusieurs usages des juifs et des païens , afin de leur inspirer moins d'aversion pour le christianisme; que la plupart de ces usages n'étaient fondés que sur les principes de la philosophie de Platon, à laquelle les Pères de l'Eglise étaient attachés. Or, cette philosophie était un des principaux appuis du paganisme. Nous avons eu soin de réfuter cette imagination toutes les fois que l'occasion s'en est présentée. Quant à la prière Kyrie eleison, quand il serait vrai que les païens s'en sont servis quelquefois , ils n'ont pas pu y attacher le

même sens que les chrétiens. 1° Par le mol Kyrie, Seigneur, un chrétien entendait le seul vrai Dieu, créateur et seul souverain maître de l'univers ; un païen ne pouvait entendre qu'un dieu particulier, tel que Jupiter ou autre. D'ailleurs , l'usage des païens ne fut jamais de donner à aucun de leurs dieux le titre de Seigneur, mais plutôt celui de père ou de bienfaiteur. 2° Ils n'avaient aucune idée du besoin continuel que nous avons tous, comme pécheurs, de la miséricorde de Dieu, et, en général, ils ne croyaient pas leurs dieux fort miséricordieux. Cette prière ne pouvait donc avoir lieu que dans là bouche de quelque malade souffrant, qui aurait imploré la pitié d'Esculape , dieu de la santé. Ainsi la remarque du critique angla:s, réfutée par Mosheim, n'a aucune vraisemblance.

LABADISTES, hérétiques, disciples de Jean Labadie , fanatique du xvn' siècle. Cet homme, après avoir été jésuite, ensuite carme, enfin ministre protestant à Montauban et en Hollande, fut chef de secte, et mourut dans le lïolstein en 1674.

Voici les principales erreurs que soutenaient Labadie et ses partisans : 1° Ils croyaient que Dieu peut et veut tromperies hommes, et les trompe effectivement quelquefois; ils alléguaient en faveur de celte opinion monstrueuse divers exemples tirés de l'Ecriture sainte qu'ils entendaient mal : comme celui d'Achab, de qui il est dit que Dieu lui envoya un esprit de mensonge pour le séduire. 2° Selon eux, le Saint-Esprit agit immédiatement sur les Ames, et leur donne divers degrés de révélation tels qu'il les faut pour qu'elles puissent se décider et se conduire elle-mômes dans la voie du salut.

3° Ils convenaient que le baptême est un sceau de l'alliance de Dieu avec les hommes, et ils trouvaient bon qu'on le donnât aux enfants naissants ; mais ils conseillaient de le différer jusqu'à uh âge avancé, parce que, disaient-ils, c'est une marque qu'on est mort au monde et ressuscité en Dieu. k° Us prétendaient que la nouvelle alliance n'admet que des hommes spirituels , et qu'elle les met dans une liberté si parfaite, qu'ils n'ont plus besoin de loi ni de cérémonies, que c'est un joug duquel Jésus-Christ a délivré les vrais fidèles. 5° Ils soutenaient que Dieu n'a pas préféré un jour à 1 autre; que l'observation du jour du repos est une pratique indifférente; que Jésus-Christ n'a pas défendu de travailler ce jour-là comme pendant le reste de la semaine ; qu'il est permis de le faire, pourvu que l'on travaille dévotement. 0° Us distinguaient deux Eglises, l'une dans laquelle le christianisme a dégénéré et s'est corrompu, l'autre qui n'est composée que de fidèles régénérés et détachés du monde. Ils admettaient aussi le règne de milleans, pendant lequel Jésus-Christ

doit venir dominer sur la terre, convertir les juifs, les païens et les mauvais chrétiens. 7° Ils ne croyaient point à la présence réelle de Jésus-Christ dans l'eucharistie ; selon eux, ce sacrement n'est que la commémoration de la mort de Jésus-Christ ; on l'y reçoit seulement spirituellement, quand l'on communie avec les dispositions nécessaires. 8° La vie contemplative, selon leur idée, est un état de grâce et d'union divine, le parfait bonheur de celte vie, et le comble de la perfection. Ils avaient sur ce point un jargon de spiritualité que la tradition n'a point enseigné, et que les meilleurs maîtres de la vie spirituelle ont ignoré.

Il y a eu [tendant longtemps des labadistes dans le pays de Clèvcs ; mais il est incertain s'il s'en trouve encore aujourd'hui. Cette secte n'avait fait que joindre quelques principes des anabaptistes à ceux des calvinistes, et la prétendue spiritualité dont elle faisait profession, était la môme que celle des piétistes et des hernliutes. Le langage de la piété, si énergique et si touchant dans les principes de l'Eglise catholique, n'a plus de sens et paraît absurde, lorsqu'il est transplanté c':ez les sectes hérétiques ; il ressemble aux arbustes, qui ne peuvent prospérer dans une terre étrangère.

LABARUM, étendard militaire que fit faire Constantin lorsqu'il eut vu dans le ciel la ligure de la croix. Voyez Constantin*. On ignorait l'étymologie du mot labarum ; M. de Gébelindit, avec beaucoup de vraisemblance, qu'il vient de lab, main, d'où est venu Itâ'o prendre, tenir; et de a^w, élever ; c'est à la lettre, ce que l'on tient élevé.

LACTANCE, orateur latin et apologiste de la religion chrétienne. Selon l'opinion du père Franceschini, dernier éditeur des ouvrages de Lactance, cet écrivain était né à Formo en Italie. Il étudia sous Arnobe, à Sicca en Afrique, fut appelé à Nicomédie pour enseigner la rhétorique, devint précepteur de Crispus, fils de Constantin, et se re-

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tira à Trêves après la mort funeste de 60D élève; il mourut l'an 325. Son principal ouvrage est celui des Institutions divines, où il s'attache à démontrer l'absurdité du paganisme et des opinions des philosophes, et leur oppose la vérité et sagesse de la doctrine chrétienne. On ne doute plus aujourd'hui que le livre de la Mort des Persécuteurs De soit de lui. Il a fait aussi un livre de l'Ouvrage de Dieu, dans lequel il prouve la providence, et un autre de la Colère de Dieu, où il fait voir que Dieu .est vengeur du crime, aussi bien que rémunérateur de la Yertu. Son style n'est pas moins élégant que celui de Cicéron. Lactance avait encore écrit plusieurs autres ouvrages qui ne sont pas venus jusqu'à nous. Ceux qui nous restent ne sont pas sans défaut; plusieurs censeurs un peu trop rigides y ont noté un assez grand nombre d'erreurs théologiques ; mais la plupart sont seulement des façons de parler peu exactes, et qui sont susceptibles d'un sens orthodoxe lorsqu'on ne les prend pas à la rigueur, il faut se souvenir que cet auteur n'était pas théologien, mais orateur ; qu'il n'avait pas fait une longue étude de la doctrine chrétienne, mais qu'il possédait très-bien l'ancienne philosophie. Quoiqu'il ne fût pas assez instruit pour expliquer avec précision tous les dogmes du christianisme, il a cependant rendu à la religion un service essentiel, en mettant au grand jour les erreurs, les absurdités et les contradictions des philosophes. Son ouvrage de la Mort des Persécuteurs contient plusieurs faits essentiels dont Lactance était très-bien informé, et qui ne se trouvent point ailleurs. On n'a pas tort de le mettre au nombre des Pères de l'Eglise. L'abbé Lenglet Dufresnoi a donné à Paris, en 17i8, une très-belle édition de Lactance, en deux vol. in-1*0. Le père Franceschini l'a fait réimprimer à Rome en 175V et 1700, en dix volumes m-8°, avec de savantes dissertations.

LAI. On nomme ainsi celui qui n'est point engagé dans les ordres ecclésiastiques; c'est une abréviation du mot laïque, et ce terme est principalement en usage parmi les moines; ils entendent par frère lai, un homme pieux et non lettré, qui se donne à un monastère pour servir les religieux.

Le frère lai porte un habit un peu différent de celui des religieux ; il n'a point de place au chœur, ni de voix en chapitre, il n'est pas dans les ordres ni môme souvent tonsuré ; d ne fait vœu que de stabilité et d'obéissance. Cet état est souvent embrassé par des hommes d'un caractère paisible et vertueux, qui fuient la dissipation du monde, et désirent de mieux servir Dieu dans un cloître. Il y a aussi des frères lais qui font les trois vœux de religion, qui sont destinés au service intérieur et extérieur du couvent, qui exercent les oftices de jardinier, de cuisinier, de portier, etc. On les nomme aussi frères convers.

Cette institution a commencé dans le xi* siècle ; ceux à qui l'on donnait ce titre étaient des hommes trop peu lettrés pour

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