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sur ses collègues une primauté non-seulement d'honneur, niais de juridiction, et que <v privilège a passé à ses successeurs. La dignité à laquelle cet apôtre avait été élevé ne l'empêcha point de faire une chute énorme en reniant son maître pendant sa passion; mais la promptitude et l'amertume de son repentir, le courage dont il lut animé après avoir reçu le Saint-Esprit, la constance de son maityre, ont pleinement réparé cette faute. Par cet exemple, disent les Pères de l'Eglise, Dieu a voulu faire voir que les justes doivent toujours craindre leur propre faiblesse, et que les pécheurs pénitents peuvent tout espérer de la miséricorde divine. » Jésus-Christ, après sa résurrection, loin de reprocher à saint Pierre son peu de fidélité, le traita toujours avec la même bonté qu'auparavant.
Le premier des miracles opérés par cet apôtre, et rapporté dans les Actes, ch. in et iv, mérite beaucoup d'attention. Saint Pierre et saint Jean allaient au temple, au moment où les Juifs avaient coutume de s'y rassembler pour prier; ils voient à l'une des portes un boiteux de naissance, connu pour tel de tout Jérusalem; saint Pierre le guérit par une parole, au nom de Jésus-Christ : cet homme sait son libérateur, tressaillant de joie et bénissant Dieu; la multitude étonnée se rassemble pour contempler le prodige. Alors l'apôtre élève la voix, il reproche à ces Juifs, qui peu de temps auparavant ont demandé la mort de Jésus, le crime qu'ils ont commis; il atteste que ce Jésus crucifié et mort à leurs yeux est ressuscité, que c'est en son nom et par sa puissance que le boiteux vient d'être guéri, qu'il est le Messie prédit parles prophètes : personne n'ose accuser saint Pierre d'imposture; cinq mille Juifs se rendent à l'évidence et croient en Jésus-Christ. Au bruit de cet événement, les chefs de la nation se rassemblent et délibèrent; ils interrogent saint Pierre, qui leur répète ce qu'il a dit au peuple, et leur soutient le môme fait, la résurrection de son maître. Le résultat de l'assemblée est de défendre aux apôtres de prêcher davantage au nom de Jésus-Christ; quoiqu'ils protestent qu'ils obéiront à Dieu plutôt qu'aux hommes, on les laisse aller, de peur de sou^ lever le peuple. Voilà un fait public, notoire, aisé à vérifier ; un disciple du Sauveur a-t-il osé l'inventer, le publier dans le temps même, et citer cinq mille témoins oculaires? Si les apôtres sont des imposteurs, qui empêche les chefs de la nation juive de sévir contre eux? Les apôtres n'ont encore fait qu'un miracle, Jésus en avait fait des milliers lorsqu'ils l'ont mis à mort. La crainte de soulever le peuple ne les empêche pas de laisser lapider saint Etienne, et d'envoyer Saul à Damas, avec commission de mettre les croyants dans les chaînes et de les amener a Jérusalem. Pourquoi cette tranquillité avec laquelle ils soulfrent la résistance de saint Pierre et de saint Jean ? On dira peutêtre qu'ils ont méprisé le prétendu mirac'e et les suites qu'il pourrait avoir; mais toute
leur conduite démontre qu'ils étaient alarmés des progrès que faisaient les apôtres, qu'ils auraient voulu leur fermer la bouche, qu'ils n'osaient pas néanmoins entreprendre de les convaincre d'imposture. Donc c'est la vérité des faits qui les a retenus dans l'inaction. Quelques incrédules ont reproché à saint Pierre la punition d'Ananie et de Saphire comme un trait de cruauté ; nous avons discuté ce fait au mot An a ni g. A l'article Cépiias nous avons parlé de la dispute qu'il y eut entre saint Pierre et saint Paul à Antioche, au sujet des cérémonies légales.
Pendant longtemps les protestants se sont obstinés à soutenir que saint Pierre n'était jamais venu à Home, qu'il n'y a donc jamais établi son siège; mais le fait contraire est prouvé par 1. s témoignages de saint Clément, de saint Ignace et de Papias, tous trois disciples des apôtres ; Caïus, prêtre de Rome, saint Denis de Corinthe, saint Clément d'Alexan rie, saint Irénée, Origène, ont attesté la même chose au uc et au me siècle ; aucun des Pères n'en a douté dans les siècles suivants. Au i\", l'empereur Julien disait qu'avant la mort de saint Jean, les tombeaux de saint Pierre et saint Paul étaient déjà honorés en secret; dans saint Cyrille, 1. x, pag. 327 : or ces tombeaux étaient certainement à Rome, puisqu'ils y sont encore. Dom Calmet à rassemblé ces preuves dans une dissertation sur ce sujet, Bible d'Avignon, tom. X.YÎ, p. 173.
Aussi Basnage, Hist. de l'Eglise, 1. vu, c. 3, § 3, et Le Clerc, an. 168, § 1, conviennent qu'il n'est pas possible de récuser tous ces témoins ; qu'on ne peut leur opposer que des difficultés de chronologie, que le martyre de saint Pierre et de saint Paul à Rome, sous l'empire de Néron, est un fait incontestable. Ils se bornent à soutenir que saint Pierre n'a pas été évêque de Rome, plus que d'une autre ville ; qu'il y aurait plus (le raison de regarder saint Paul comme fondateur du siège de Rome, que d'atr tribuer cet honneur à saint Pierre. Mais la plupart des témoins, qui attestent le voyage et la mort de cet apôtre à Rome, le regardent aussi comme fondateur de ce siège ; sont-ils moins croyables sur un de ces faits que sur l'autre ? Aussi les protestants les mieux instruits commencent à être plus réservés touchant cette contestation. Ceux d'entre eux qui nient encore que saint Pierre ait été évêque de Rome, et qu'il y ait placé son siège ne raisonnent pas conséquemment ; ils avouent que l'on ne sait pas précisément en quelle année saint Pierre vint à Antioche ni combien d'années il y demeura, que cependant il est incontestable qu'il y établit une espèce de résidence ; qu'on l'a toujours regardé comme le premier évêque d'Antioche, quoique saint Paul y eût été avant lui. Et quand il est question de Rome, ils ne veulent pas que saint Pierre en ail été évêque, parce que l'on ne sait pas en quelle année il y est venu ni combien de temps jl y a demeuré, et parce que saint Paul y a été avant lui ; que les apôtres étant évoques do
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toute l'Eglise, n'ont eu probablement aucun siège particulier, etc. Ils nieront peut-être que saint Jean l'Evangéliste ait été évêque d'Epi, èse.
Il est constant que quand saint Paul a écrit sa le!tre aux Romains, il n'avait pas encore été à Rome; il le dit formellement, r. i, v. 13, et cependant il leur écrit que leur foi est annoncée par tout le monde, v. 8 ; il le répète, c. xv, v. 22. Donc l'Eglise de Rome était fondée avant que saint Paul y eût paru. Qui en était le fondateur, sinon saint Pierre, comme l'ont attesté tous les anciens.
Il nous reste deux lettres de ce saint apôtre, et l'on n'a aucune preuve qu'il ait composé d'autres écrits; la première a toujours été reçue comme authentique d'un consentement unanime, mais on a longtemps douté de la seconde; un passage de saint Isidore de Séville nous apprend qu'au vu" siècle il y avait encore en Espagne des églises qui faisaient difficulté de la recevoir. Enfin tous les doutes se sont dissipés, on n'en conteste [dus aujourd'hui l'autorité; les protestants mêmes l'admettent comme canonique, parce qu'elle ne renferme aucun passage décisif contre leurs opinions. Mais en cela même ils ne sont pas fidèles à leur principe, qui est de ne recevoir pour ouvrages canoniques que ceux qui ont été admis comme tels de tout temps , et de contester à l'Eglise le droit de me;tre dans le canon certains livres qui n'y étaient pas encore dans les premiers siècles. Sherlock, dans son ouvrage sur Vusage et les fins de la prophétie, t. Il, p. 63, a fait une dissertation sur l'autorité ou la canonicité de cette seconde épître; il montre que la seule raison pour laquelle quelques anciens et quelques Eglises en ont douté, était la différence que l'on trouvait entre le style de cette lettre et celui de la première ; il apporte des raisons trèsprobables de cette différence. Il compare le iic chapitre, dont on était le plus frappé, avec la lettre de saint Jude , et il conjecture que .ces deux apôtres ont copié tous deux, dans un ancien livre, la description qu'ils font des faux prophètes ; qu'ainsi il n'y a aucune raison de douter de la canonicité de la seconde épître de saint Pierre. Les anciens hérétiques ont attribué à ce saint apôtre quelques ouvrages apocryphes; mais ces faux écrits n'ont jamais eu aucun crédit dans l'Eglise
PIERRE CIÏRÎSOLOGUE (saint), archevêque de Ravenne, a vécu au ve siècle ; il est mort l'an 450 ; c'est son éloquence qui lui a fait donner le surnom de Chrysologue. li reste de lui 176 sermons sur divers sujets, lous fort courts, et dont il y a plusieurs éditions. Comme ce saint archevêque était très-instruit, c'est un témoin irréprochable de la tradition de son siècle; les protestants mêmes sont convenus de ses talents.
PIERRE DAM1EN (le bienheureux), cardinal, était évoque d'Ostie dans le x\* siècle; il est mort l'an 1072 : il a laissé des sermons, des lettres et d'autres ouvrages qui ont été
imprimés à Paris en 1663, en 5 vol. in-fol. ; mais ils peuvent être reliés en un seul! L'exemple de ce vertueux cardinal prouve que, dans les siècles même les plus ténébreux, Dieu a suscité dans son Eglise des hommes très-capables d'instruire et de s'élever contre les erreurs et les vices. « Pierre Damien, dit Mosheim, mérite d'avoir place parmi les écrivains les plus savants et les plus estimables de son siècle, à cause de son esprit, de sa candeur, de sa probité et de son érudition, quoiqu'il ne soit pas tout à fait exempt des préjugés et des défauts de son temps. » Par préjugés, Mosheim entend probablement l'estime singulière que le bienheureux Damien avait pour les austérités, te*" pénitences et les autres exercices de la vie monastique. En général, les protestants ont souvent cité les ouvrages de ce pieux cardinal, pour prouver le dérèglement des mœurs qui régnait de son temps parmi les ecclésiastiques et les moines; mais en lisant attentivement ses écrits, on voit que le mal n'était pas, à beaucoup près, aussi grand que les ennemis du clergé voudraient le persuader ; si les évoques, les prêtres et les moines avaient été aussi pervers qu'on le suppose, le bienheureux Damien n'aurait pas travaillé avec tant de succès qu'il l'a fait à les réformer.
PIERRE LOMRARD. Voy. Scolastique.
PIÉTÉ, affection et respect pour les pratiques de religion, assiduité à les remplir. Au mot Dévotion, terme synonyme de piété, nous avons fait voir que c'est une vertu ; nous avons répondu à la plupart des reproches que lui font ordinairement ceux qui ne la connaissent pas ; il est bon d'ajouter à ce que nous avons dit une ou deux réflexions. Un déiste a dit : « S'il faut un culte qui entretienne parmi les hommes l'idée d'un Dieu infiniment bon et sage, il est évident que les seules cérémonies de ce culte sont toute action bienfaisante, générale ou particulière, et que le plus digne hommage que l'on puisse rendre à la divinité consiste à l'imiter, et non à faire un éloge stérile de ses grandeurs. » Cette morale a besoin de correctif. On peut pratiquer des actions bienfaisantes sans penser à Dieu ; quand on les fait par un motif de vaine gloire, est-ce un hommage rendu à la Divinité? Si l'auteur s'était borné à dire qu'une des manières d'honorer Dieu, qui lui est la plus agréable, est de faire du bien aux hommes pour l'amour de lui, il n'aurait fait que répéter ce qu'enseigne l'Evangile. Jésus-Christ nous ordonne d'être parfaits comme notre Père céleste, qui répand ses bienfaits sur les justes et sur les pécheurs. Il nous avertit que si un de nos frères a lieu de se plaindre de nous, il faut aller nous réconcilier avec lui avant d'apporter notre offrande à l'autel. 11 dit qyic Dieu veut la miséricorde plutôt que le sacrifice, et c'est une leçon que les prophètes faisaient déjà aux Juifs. Mais il ne faut pas conclure de là que les œuvres de charité, de miséricorde, de bienfaisance, d'humanité, nous dispensent de faire des
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actes de religion et de piété, puisque Jésus- Christ dit expressément qu'il faut faire les uns et ne pas omettre les autres. Lui-même, après avoir employé les jours entiers à l'aire du bien, passait encore les nuits à prier Dieu. Dans la concurrence de deux devoirs, l'un de charité, l'autre de piété, il faut sans doute donner la préférence au premier; mais si l'on peut les accomplir tous les deux, il ne faut pas omettre le second. L'éloge des grandeurs de Dieu et de ses perfections, de sa bonté, de sa libéralité, de sa miséricorde, de sa justice, nous fait souvenir de nos devoirs envers lui et à l'égard de nos frères. Défions-nous d'une morale hypocrite qui tend à nous détourner de quelqu'une de nos obligations , sous prétexte d'une plus grande perfection.
Saint Paul a dit (/ Tim. iv, 8), que la piété a les promesses de la vie présente et de la future : par celles de la vie présente il n'entend certainement pas les grandeurs, les richesses et les autres biens de ce monde, Dieu ne les a jamais promis à la piété; mais il a oromis de proléger les fidèles, de pourvoir à leurs besoins, de les soutenir et de les consoler dans les peines de celte vie. « Soyez sans avarice , dit-il aux Hébreux, c. xiu, v. 5, et contents de ce que vous possédez à présent ; car Dieu lui-même a dit : Je ne te délaisserai point ni ne t'abandonnerai jamais. Ainsi nous pouvons dire avec assurance : Le Seigneur est mon aide, je ne craindrai point ce que l'homme peut me faire. » Le Sauveur lui-même {Matth. vi, 25 et 3k) veut que ses disciples n'attendent de Dieu que sa protection et les choses nécessaires à la vie ; il ne leur promet rien au delà. Que l'on ne dise donc plus que souvent les gens de bien sont malheureux; le bonheur ne consiste point dans la possession des honneurs , des richesses, ni dans la prospérité temporelle; souvent ce prétendu bonheur est trompeur, et n'est rien moins que durable; il ne peut satisfaire le cœur de l'homme; mais un juste est protégé de Dieu à proportion du besoin qu'il a de son secours ; sa confiance en Dieu et la paix intérieure dont il jouit, le consolent dans les traverses qu'il éprouve; l'espérance d en être récompensé lui donne une véritable joie; il dit avec saint Paul : Je ressens une joie surabondante dans toutes mes tribulations (// Cor. vu, k); au lieu que l'on entend dire aux prétendus heureux de ce monde, je suis malheureux.
PIÉT1STES. On a donné ce nom à plusieurs sectes de dévots fanatiques qui se sont élevées parmi les protestants d'Allemagne, surtout parmi les luthériens, pendant le siècle dernier; il y en a aussi en Suisse parmi les calvinistes. Quelques hommes frappés de voir la piété déchoir de jour en jour, et le vice faire des progrès rapides parmi ceux qui se vantent d'avoir réformé l'Eglise de Jésus-Christ, formèrent le projet de remédier à ce malheur; ils prêchèrent et ils écrivirent contre le relâchemont des mœurs, ils l'imputèrent principalement au clergé protestant; ils firent des
disciples et formèrent des assemblées particulières. Ainsi en agirent Philippe-Jacques Spéner à Francfort, Schwenfeld et Jacques Rohm en Silésie, Théophile Broschbandt et Henri Muller en Saxe et en Prusse, Wigler dans le canton de Berne, etc. Le môme motif a fait naître en Angleterre 1 1 secte des quakers ou trembleurs; celle des hernutes ou frères moraves, et celle des méthodistes. Nous avons parlé de chacune en particulier.
Mosheim, qui a faitassez au long l'histoire des piétistes, convient qu'il y eut parmi les partisans de cette nouvelle réforme plusieurs fanatiques insensés, conduits plutôt par une humeur chagrine et caustique que par un vrai zèle ; que, par la chaleur et l'imprudence de leurs procédés, ils excitèrent des disputes violentes, des dissensions et des haines mutuelles, et causèrent beaucoup de scandale. Cet aveu nous donne lieu de faire
usieurs réflexions qui ne sont pas favorables au protestantisme. — 1° Les reproches que les piétistes ont faits contre le clergé luthérien, sont précisément les mêmes que les auteurs du luthéranisme avaient élevés dans le siècle précédent contre les pasteurs de l'Eglise romaine ; ils en ont censuré nonseulement les mœurs et la conduite, mais la doctrine, le culte extérieur et la discipline ; plusieurs piétistes voulaient tout réformer et tout changer, ou ils ont eu raison, ou Luther et ses partisans ont eu tort. De là il résulte déjà que la prétendue réforme établie par Luther elles autres n'a pas opéré des effi ts fort salutaires, pu sque des hommes dont. Mosheim loue d'ailleurs loes mœurs, les talents et les intentions, en ont été fort mécontents, et se sont crus obligés de faire bande à part pour travailler sérieusement à leur salut. — 2° Le résultat de l'une et de l'autre de ces prétendues réformes a été précisément le même; le faux zèle, l'humeur caustique, le style emporté de plusieurs piétistes, ont fait naître des querelles théologiques, des dissensions parmi les pasteurs et parmi les peuples ; souvent il a fallu que les magistrats et le gouvernement s'en mêlassent pour arrêter les effets du fanatisme. Puisque la même chose est arrivée à la naissance du protestantisme, il s'ensuit que ses fondateurs n'ont eu ni un zèle plus pur, ni une conduite plus sage, ni des motifs plus louables que les piétistes les plus emportés; que les uns comme les autres ont été des fanatiques insensés, et non des hommes suscités de Dieu pour réformer l'Eglise. Mosheim parlant d'un piétiste fougueux, nommé Dippélius, dit : « Si jamais les écrits informes, bizarres et satiriques de ce réformateur fanatique parviennent à la postérité, on sera surpris que nos ancêtres aient été assez aveugles pour regarder comme un apôtre un homme qui a eu l'audace de violer les principes les plus essentiels de la religion et du bon sens. » N'avons-nous pas droit de dire la même chose de Luther ? — 3° Nous n'avons pas tort de reprocher aux protestants qu'ils enseignent une doctrine scandaleuse et pernicieuse aux mœurs, lorsqu'ils sou-
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tiennent que les bonnes œuvres ne sont pas nécessaires au salut, que la foi nous justifie indépendamment des bonnes œuvres, puisque plusieurs piétistes, quoique nés protestants, en ont été révoltés aussi bien que nous, et ont opiné à bannir ces maximes de la chaire et de l'enseignement public. D'autres théologiens ont pensé à peu près de môme. — h° Comme il n'y a ni autorité ni règles pour maintenir l'ordre et la décence dans les sociétés de piétistes, et que chacun croit être en droit d'y faii e valoir ses visions, il est impossible que plusieurs ne donnent dans des travers dont le ridicule retombe sur la société entière, avilit ce qu'il peut y avoir de bon d'ailleurs, et ne cause bientôt la dissolution des membres dans un corps si mal construit. Ainsi la piété peut prendre difficilement racine parmi les protestants, elle s'y trouve transplantée comme dans une terre étrangère ; comment pourrait-elle se conserver parmi des hommes qui ont retranché la plupart des pratiques capables de l'exciter et de la nourrir? Mosheim, Hist. ecclés., xvir siècle, section 2, 11e part., c. 1, § 26 et suiv.
PILATE ( actes de ). Saint Justin, dans sa première apologie, n. 35, dit aux empereurs et au sénat romain : « Que Jésus ait été crucifié, et que l'on ait partagé ses habits, vous pouvez l'apprendre par les actes dressés sous Ponce-Pilate; n. 48, que le Christ ait opéré des miracles, vous pouvez en être informés par les actes dressés sous Ponce-Pilate. » Tertullien, dans son Apologétique, c. 5, par'e de ces mêmes actes. « Un personnage, dit-il, ne peut être dieu à Rome, s'il ne plaît au sénat... Tibère, sous le règne duquel lenomde chrétien est entré dans le monde, informé de la Palestine même, des faits qui caractérisaient un personnage divin, en fit le rapport au sénat, et l'appuya de son suffrage. Le sénat le rejeta, parce qu'il n'avait pas vérifié lui-même la chose. Tibère demeura dans son sentiment et menaça de punir ceux qui accuseraient les chrétiens. » Ch. 21, après avoir parlé des miracles, de la mort, de la résurrection et de l'ascension de Jésus-Christ, il ajoute :« Pilate, partisan de Jésus-Christ dans sa conscience, manda les faits qui concernaient ce personnage à l'empereur Tibère. Les césars même auraient cru en Jésus-Christ, s'ils n'étaient pas nécessaires au siècle, ou si des chrétiens pouvaient être césars. » Eusèbe, Hist. ecclés., 1. n, c. 2, confirme l'existence de la relation de Pilate, parle récit de Tertullien; mais il ne dit pas qu'il l'a vue, non [dus que les deux témoins.
Plusieurs critiques protestants, après Tanegui Lefèvre, ont regardé ce fait comme fabuleux, en particulier Le Clerc, Hist. ecclés., an. 29, p. 32k. Ils disent, 1° qu'il n'est pas croyable que Pilate, écrivant à l'empereur, ait voulu faire l'éloge d'un homme qu'il venait de condamner à mort. 2° 11 l'est encore moins que Tibère, prince sans religion, ait voulu taire mettre Jésus-Christ au nombre des dieux ; 3° il ne l'est pas que le sénat, asservi comme il Tétait aux caprices de Tibère, a;l osé rejeter uâe proposition appuyée de
son suffrage ; i° Tibère haïssait les Juifs; il no lui est donc pas venu dans l'esprit de vouloir faire rendre les honneurs divins à un Juif. Enfin, sous Tibère, le nom de chrétien ne peut pas encore avoir été connu à Rome, et il ne pouvait pas encore y avoir eu des accusations formées contre eux. Vingt auteurs ont copié ces objections, et les incrédules en ont conclu que saint Justin avait forgé les actes de Pilate. Pour savoir si ces arguments sont fort solides, il faut se souvenir que Tibère mourut l'an 37 de notre ère, que Pilate fut rappelé à Rome et envoyé en exil la même année, par conséquent quatre ans après la mort de notre Sauveur. Pendant cet intervalle, il fut témoin des progrès que faisait l'Evangile, du nombre de ceux qui se convertissaient, de l'inquiétude que cela causait aux Juifs, du meurtre de saint, Elienne, etc. Il se peut très-bien faire que le bruit de ces mouvements ait pénétré jusqu'à Rome, et que Pilate ait été obligé de rendre compte à l'empereur de la conduite qu'il avait tenue à l'égard de Jésus et de ceux qui croyaient en lui ; rien ne nous oblige de supposer que sa relation fut envoyée longtemps avant son rappel. Dans cette supposition, qui est très-probable, nous ne voyons pas pourquoi Pilate aurait hésité de rapporter ce que la renommée avait publié dans la Judée, touchant les miracles et la résurrection de Jésus, et sur l'effet que ces faits produisaient. Ce n'est pas lui qui avait condamné Jésus a la mort, il n'avait fait que le livrer à la fureur des Juifs, par la crainte d'exciter une émotion populaire. En second lieu, Tibère, quoique très-peu religieux, a pu vouloir, par caprice ou par quelque autre motif, feindre d'avoir de la religion pour ce moment-la ; puisqu'il haïssait les Juifs, il ne pouvait les mortifier davantage qu'en faisant rendre les honneurs divins à un personnage qu'ils avaient fait crucifier, et qu'ils poursuivaient encore api es sa mort, dans la personne de ceux qui croyaient en lui. Le sénat, quoique asservi aux volontés de Tibère, a pu lui représenter des inconvénients et des motifs de ne pas faire ce qu'il proposait. L'on a tort de supposer que ce prince mit beaucoup de chaleur et d'intérêt à faire exécuter le projet qu'il avait formé. On sait qu'il y avait une ancienne loi romaine qui ôtait aux empereurs le pouvoir de créer de nouveaux dieux sans l'approbation du sénat. Tertull., Apoloqét., c. 5.
Puisque les miracles, la mort et la résurrection de Jésus faisaient du bruit dans la Judée, lui attiraient tous les jours de nouveaux sectateurs, donnaient de l'ombrage et de l'inquiétude aux Juifs, il ne serait pas fort étonnant que déjà sous Tibère ils eussent po;té à Rome des plaintes contre cette nouvelle religion naissante, et contre ceux qui l'embrassaient, et qu'en conséquence Pilate eût été obligé d'en écrire à l'empereur ; dans ce cas, il est vrai de dire que le nom de chrétien était déjà connu à Rome, et que les chrétiens y avaient déjà des accusateurs. Puisque les incrédules ne. nous