‹ Œuvres completes de Bergier (volume 3)Chapitre 194 sur 228 · PI. A · texte numérisé non relu

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nous interdit toute espèce de plaisir quelconque C'est une fausseté et un abus grossier des termes. En effet, tout ce qui est conforme à nos besoins, à notre goût, à notre inclination, est un plaisir pour nous ; ce qui est un plaisir pour tel homme, serait un ennui mortel et un tourment pour un autre. En vain proposer ez-vous à un homme sensé, laborieux, occupé de choses utiles, les plaisirs bruyants, dispendieux et dangereux que les riches oisifs trouvent nécessaires pour be, cer leur ennui ; ils lui paraissent non-seulement insipides, mais fatigants et dégoûtants ; il les luit au lieu de les rechercher, il en goûte de plus purs dans l'exercice de ses talents. Une âme vertueuse trouve dans la pratique des bonnes œuvres une satisfaction délicieuse que les mondains ne connaissent point ; saint Paul nomme ceplaisir, la joie et la paix dans le Saint- Esprit, la paix de Dieu qui surpasse toute intelligence et tout sentiment. L'Evangile, loin de nous interdire ce plaisir , nous exhorte à nous le procurer souvent. 11 ne nous défend pas non plus les délassements innocents, Jésus-Christ lui-même ne s'y est point refusé : il vou'ut bien assister aux noces de Cana, à la table de Simon le Pharisien , aux repas que lui donnait Lazare, son ami ; il se laissa parfumer par la pèches esse de Naïm et par Marie, sœur de Lazare ; il se promenait avec ses disciples, il conversait cordialement avec eux. Les pharisiens, censeurs austères et hypocrites, lui firent un crime de ces plaisirs honnêtes , qui étaient toujours pour le Sauveur une occasion d'instruire et de faire di bien ; il méprisa leurs reproches. Quant aux plaisirs mondains et dangereux pourles mœurs, tels qu elejeu, les spectacles, le bal, les assemblées nocturnes, les repas somptueux, l'étalage du luxe dans les fêtes, nous soutenons que l'Evangile les a défendus avec raison ; 1° parce que chez les païens tous ces plaisirs étaient très-licencieux , presque toujours infectés d'ido âtrie, et un loyer d'impudicité ; il n'était pas possible d'y prendre part sans être vicieux. 2° Pour modérer un penchant aussi impétueux et aussi

l'Egypte après la sortie des Hébreux. Ses campagnes étaient ravagées, ses animaux détruits, les premiersnés de ses entants mis à mort, son armée engloutie sous les ilôts. Jamais tant de maux n'accablèrent à la fois une seule nation ; et cependant nous la voyons se relever comme par enchantement d'une si profonde misère. Des historiens placent à quelques années de cette grande catastrophe le règne d'un monarque qui éleva la puissance de l'Egypte a son apogée. Vingt-deux ans après commença le grand règne de Sésostris. Comment, dans un si court espace de temps, concilier tant de grandeur avec tant if abaissement? Quoique nous puissions contredire la date du règne de Sésostris, nonobstant les découvertes des Chaïupollion, nous l'acceptons telle qu'elle nous est présentée. Voyons si alors la conciliation est possible entre deux états si différents. Nous observerons d'abord que rien ne prouve que toutes les provinces de l'Egypte furent également atteintes par les fléaux. La haute Egypte put être épargnée aussi bien que la terre de Gessen. Mais donnons aux plaies toute l'étendue qu'on leur suppose; croit-on que 22 ans ne purent suffire pour relever de son abaissement un pays tel «pie l'Egypte? Il était le plus beau de l'uni-

avcugle que l'amour du plaisir, il faut des maximes rigoureuses, la plupart des hommes» n'en rabattront toujours que trop ; tel est le principe sur lequel les philosophes mêmes ont dirigé leur morale ; celle des stoïciens était pour le moins aussi austère que celle de l'Evangile. 3° Jésus-Christ a paru dans un siècle aussi voluptueux et aussi corrompu que le nôtre ; le sadducéisme chez les Juifs, l'épicuréisme chez les païens, étaient La philosophie régnante ; pour décréditer cette doctrine pernicieuse qui nourrissait la volupté, en feignant de la modérer, il fallait poser des maximes directement contraires, et couper le mal à la racine, k" Dans des circonstances où les chrétiens étaient exposés tous les jours au martyre, il fallait les y préparer par un stoïcisme habituel ; ce n'était pas là le moment d'enseigner une morale indulgente. Aussi ïerlullien, fâché contre ceux qui ne voulaient pas renoncer aux spectacles du paganisme , leur demandait si c'est au théâtre que l'on fait l'apprentissage du martyre. Puisque le danger de bépicuréisme se renouvelle dans tous les siècles, une morale austère est la seule qui convienne à tous les temps ; il se trouvera toujours assez de voluptueux prêts àla contredire, et de philosophes accommodants disposés à la mitiger. Voy. Mortification.

PLATONISME, doctrine et système philosophique de Platon. Ce ne devrait point être à nous de développer ce système et d'exposer les sentiments de ce philosophe ; mais nous avons à justifierlesPèresde l'Eglise, accusés de platonisme par les sociniens et par leurs adhérents. Comme ces derniers au raient voulu persuader que les dogmes de la sainte Trinité, de l'Incarnation, de la divinité de Jésus- Christ, sont des opinions purement humaines, inventées depuis les apôtres, ils ont dit que c'a été l'ouvrage des Pères du ne et du iue siècle, entêtés de la doctrine de- Platon. Ce philosophe, disent-ils, a forgé en Dieu une espèce de Trinité, il a personnifié la raison divine qu'il appelle "kôynç, verbe ou parole ; il donne à Dieu le nom de Père, il suppose

vers, le plus abondant par la nature du sol, le mieux cultivé. On sait comment elle a fleuri sous le roi Ainasis après le règne malheureux d'Apriès et de Pharaon Epha. En parcourant les annales des nations , est-il si rare de trouver des révolutions subites dans la fortune d'un peuple? Pour ne parler que d'événements dont nous avons été les témoins, notre France ne nous en offre-t-ellepas un exemple frappant? Qui pourrait compter les milliers de victimes écrasées sous le char révolutionnaire, la multitude de nos soldats enlevés par le fer des ennemis? Qui pourrait calculer les maux que causèrent à la France l'invasion étrangère, l'épidémie qu'elle traîna à sa suite, et la famine qui suivit de si près? En moins de quinze ans toutes ses plaies sont cicatrisées, la France reprend son rang dans la grande famille européenne. Et l'Egypte, en 22 ans, n'aurait pu réparer les désastres et préparer les merveilles du règne de Sésostris? Avouons-le : soit qu'on envisage le fond même du récit de Moïse louchant les plaies d'Egypte, soit qu'on le considère dans ses rapports avec l'histoire profane, de toutesparts il est hors d'atteinte.

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que l'esprit de Dieu estrépandu dans toute la nature. Les Pères de l'Eglise, tous platoniciens et imbus de ces notions, les ont appliquées à ce qui est dit dans l'Evangile, du Père, <!u Fils et du Saint-Esprit, et du Yerb M|uiestappcléZ)teu;ceuxquis'assemblèrent à Nicée, l'an 325, consacrèrent ces mêmes idées en condamnant Arius : ainsi se sont formes les mystères du christianisme auxquels Jésus-Christnik'S apôtres n'ont jamais pensé.

Ce système, ou plutôt ce rêve des sociniens, a été soutenu dans un livre intitulé le Platonisme dévoilé ; il a été embrassé par le Clerc, dans son Art critique, h* pari., sect. 2, n. 11; dans lesprolégomènes desonUisloire ccclés., sect. 2, c 2, et dans leX' tome de sa Bibliothèque universelle. Pourl'établir, il a prodigué l'érudition, les conjectures, les sophismes, et il s'est applaudi plus d'une fois dece travail. Le P. Baltus, jésuite, l'a réfuté dans sa Défense des saints Pères accusés de platonisme, publiée en 1711. Beausobie , Jurieu et d'autres protestants ont formé la môme accusation de^/a/oni'.smecontiel. sanciens docteurs de l'Eglise; Brucker, dans son Histoire critique de la Philosophie, t.I, p. G137, et Mosheim, dans plusieurs ouvrages , l'ont renouvelée ; elle est devenue une espèce de dogme parmi les protestants , et les incrédules en ont fait un de leurs articles de foi. Pour savoir à quoi nous en tenir sur cette question, nous examinerons, 1" quel a été le sentim nt de Platon sur la nature div ne et sur l'origine des choses ; 2° si le P. Baltus a réussi ou non à justifier les Pères contre l'accusation de platonisme ; 3° si les protestants, et surtout Mosheim, sont venus à bout de le réfuter; '*" s'il est vrai que le nouveau platonisme des éclectiques a causé dans l'Eglise autant de troubles que ce derniei le prétend.

I. Quelle a été Vopinion de Platon, touchant la nature divine et la formation du monde ? Les critiques anciens et modernes, qui ont le plus étudié la doctrine d«? ce philosophe, conviennent qu'il est diftiede de découvrir ses véritables sentiments au milieu des ténèbres dont il semble avoir affecté de s'envelopper; de là leurs contradictions fréquentes sur ces^et. Après avoir lu tout ce que Brucker en dit dans son Ilist. critique ae la Philosophie, on n'en sait pas plus qu'après avoir consulté Platon lui-même. C'est surtout dans le Timée et dans le supplément h ce dialogue qu'il a parlé de Dieu et du monde : voici à peu près tout ce que l'on en peut tirer. — 1° Il admet un Dieu éternel, intelligent, actif et puissant, bon et bienfaisant par nature, qui est l'auteur du monde, et qui l'a fait le mieux qu'il a été possible. Nous laissons disputer les critiques pour savoir si Platon a conçu Dieu comme un être purement spirituel ou comme un esprit mélangé de matière ; si, selon lui, Dieu a formé le monde de toute éternité ou avec le temps; cette contestation nous parait consister dans les mots plutôt que dansleschoses. — 2" Il suppose une matière éternelle comme Dieu, douée d'un mouvement confus et déréglé, et que Dieu a mise en ordre pour làbri:

(pier le monde; conséquemment il n'admet point de création, quoique plusieurs de ses disciples aient soutenu qu'il attribuait à Dieu le pouvoir créateur. — 3° 11 appelle logos, verbe ou parole, l'intelligence, la raison, la connaissance avec laquelle Dieu a fait son ouvrage; mais il ne regarde point cette parole mentale comme un être subsistant, comme une personne; il n'y arien dans ses ouvrages qui prouve qu'il en a eu cette notion ; L'S sociniens en imposent quand ils disent le contraire. — k" Il prétend qu'en formant le monde, Dieu a suivi un modèle, un plan, une idée archétype qui lui représentait les qualités, les proportions, les perfections qu'il a mises dans son ouvrage et dans chacune de ses parties. Il a conçu le m dèle commeun être subsisant, éternel, immuab e, il l'appel e un animal ou un être animé éternel, sempiternum animal ; il dit que Dieu y a rendu le monde conforme, autant qu'il a pu. Telles sont ces id^es éternelles de Platon, desquelles on a tant parlé ; il concevait Dieu agissant à la manière d'un homme ; mais il n'a jamais confondu ce modèle avec le logos. — 5° Il nomme Di< u le Père du monde, et le monde le Fils unique ou plutôt V ouvrage unique, le Dieu engendré, V image du Dieu intelligible, mais il n'a jamais donné ces noms ni au logos ni au modèle archétype du monde. Remarque essentielle que la plupart des commentateurs de PI iton n'ont pas faite ; ils ont confondu le /0170s avec ce modèle, quoique Platon les distingue trèsclairemeni. Ils en ont conclu que ce philosophe regardait le logos comme une personne ; qu'il l'appelait Dieu et Fils de Dieu : double erreur qui n'a aucun fondementdans les écrits d s Platon, et de laquelJe les sociniens abusent de mauvaise foi. — G" Il .suppose que Dieu a donné au inonde une cime, et qu'il l'a placée dans le milieu de l'univers; conséquemment il appelle le monde un animal intelligent ou un être animé, doué ce connaissance, mais il ne dit pas précisément où Dieu a pris cette âme, si elle est sortie de lui par émanation, ou s'il l'a tirée du sein de la matière : il y a dans le Timée des expressions qui favorisent l'un et l'amre de ces deux sentiments ; mais il n'est pas vrai que dans aucun endroit il ait nommé cette âme l'Esprit de Dieu, il l'envisageait au contraire comme une substance mélangée d'est;rit et de matière. Après avoir disiingué la 'substance indivisible et immuable d'avec celle qui se divise et change , il dit que Dieu a fut par un mélange une troisième nature, qui est moyenne entre les deux, et qui participe à la nature de l'une et de l'autre. — 7° En effet, il faut qu'il l'ait regardée comme une substance divisible, puisqu'il prétend que b'S astres et tous les globes , sans en excepter la terre, sont autant d'êtres animés, vivants et intelligents, dont lésâmes sont des parties détachées de la grande âme du monde. Conséquemment il appelle tous ces grands corps les animaux divins, les dieux célestes, les dieux visibles; il dit que la terre est le premier et le plus ancien des dieux qui soni

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dans l'enceinte du ciel, que Dieu est l'artisan et le père de tous ces dieux. — 8° Ces dieux visibles, dit-il, en ont engendré d'autres qui sont invisibles, mais qui peuvent se faire voir quand il leur plaît ; ces derniers, plus jeunes que les premiers, sont la troupe des démons ou des génies que les peuples a doraient sous les noms de Saturne, de Jupit t, de Vénus, etc. Quoique nous ne puissions, continuet-il, ni concevoir ni expliquer leur naissance, et quoiqu ■ ce que l'on en rapporte ne soit fondé sur aucune raison certaine ni probable, il faut cependant en croire les anciens qui se sont dits enfants des dieux, et qui devaient connaître leurs parcnîs, et nous devons y ajouter foi, selon les lois. Ainsi, par respect pour les lois, Platon donne la sanction à la théogonie d'Hésiode et des autres mythologues, quoique dans d'autres endroits il fasse profession de mépriser les fables. — 9° C'est a ces dieux de nouvelle date, que Dieu, père de l'univers, a donné la commission de fabriquer les hommes et les animaux. Platon rapporte gravement le discours que Dieu leur adresse à ce sujet, et l'empereur Julien l'a répété comme un oracle ; mais ces ouvriers étant incapables de forger des âmes, Dieu a {iris le soin de leur en fournir, en détachant des parcelles de l'Ame des astres, «t de là sont venues les âmes des hommes et des animaux. Néanmoins dans un endroit du Timée, Platon dit que Dieu, pour former les âmes humaines, a pétri les restes de Ja grande âme du mondi', dans le même vase dans lequel il avait formé celle-ci. C'est une allégorie, disent ses commentateurs ; il ne faut pas la prendre h la lettre : nous y consentons.

11 serait inutile de pousser plus loin le détail des visions de Platon; ce qu'il ajoute sur la préexistence des âmes humaines, sur leur transmigration après la mort des corps, sur le sort éternel des justes et des méchants, est au^si absurde que tout ce qui a précédé. Ce n'est pas sans raison qu'en commençant son dialogue, Platon avait exhorté ses auditeurs à invoquer avec lui l'existence divine, afin de pouvoir parler de Dieu et du monde, et à se souvenir qu'il ne lui était pas possible d'en rien dire de plus certain que ce qu'en avaient débité les autres philosophes. Cet aveu modeste est remarquable, mais le succès de son travail prouve que sa prière ne fut pas exaucée. Nous ne serons donc pas surpris de voir- les Pères de l'Eglise mépriser et tourner en ridicule les rêves de ce grand génie, que Cicéron n'hésitait pas d'appeler le dieu des philosophes. Mais nous ne pouvons assez nous étonner de l'obstination des sociniens et des protestants à soutenir que les Pères de l'Eglise ont puisé dans ce chaos les notions qu'ils ont eues du Verbe div n et des trois Personnes de la sainte Trinité. On n'a q t'a jeter un moment les yeux sur nos Evangiles, sur ce que saint Jean dans son premier chapitre, et saint Paul dans ^es lettres, ont enseigné touchant ce mystère ; on verra si les Pères, après avoir reçu ces divines leçons, ont encore pu être tentés de conserver aucun reste de p'.it omsrne; mais

nous allons apporter des preuves positives du contraire.

II. La défense des saints Pères accusés du platonisme, composée par le P. Baltus, estelle solide ou insuffisante? On conçoit que cet ouvrage ne pouvait être approuvé par les protestants, ennemis déclarés des Pères; il est écrit, dit Mosh dm, avec plus d'érudition que d'exactitude. 11 fallait donc montrer en quoi l'auteur n'a pas été exact. Nous soutenons qu'il l'a été plus que ses adversaires ; ceux-ci n'ont allégué que des conjectures, et il leur oppose des preuves positives : les voici en abrégé. — 1° Les Pères, loin d'avoir été prévenus en faveur de la philosophie païenne en général, l'ont regardée comme fausse et trompeuse, parce qu'elle a é'é le fondement du polythéisme et de l'idolâtrie, et que les philosophes, au lieu de corriger les hommes de cette erreur, ont travaillé à la perpétuer; nous venons de voir que c'a été le crime de Platon en particulier. Les Pères ont protesté qu'en se faisant chrétiens ils avaient renoncé à la philosophie des Grecs, pour embrasser celle des écrivains sacrés que les Grecs ont nommés barbares. — 2° Loin d'avoir été plus attachés à la doctrine de Platon qu'à c; lie des autres écoles, les Pères l'ont atta juée et combattue par préférence, à cause de la haute opinion que les païens avaient des lumières et de la sagesse de ce philosophe. 11 n'en est aucun duquel les Pèrvs aient dit plus de msl, et auquel ils aient reproché autant d'erreurs. Us ont regardé ses écrits comme la source des égarements de tous les anciens hérétiques. — 3* Au lieu d'avoir emprunté de lui aucun dogme théologique, ils ont attaqué même ses opinions purement philosophiques touchant l'éternité de la matière, la formation du monde, la nature et la destinée de l'âme, etc., et ils en ont démontré la fausseté. — 4° C'est principalement sur la nature, les attributs, les opérations de Dieu, que les Pères ont reproché à Platon les erreurs les plus grossières; comment donc auraient-ils pu emprunter de lui les notions de la Trinité ? Nous verrons ailleurs que la prétendue Trinité platonique n'a rien de commun avec celle (jue nous croyons; que la première est l'ouvrage non de Platon, mais des nouveaux platoniciens. Voxj. Trinité. — 5° Les Pères ont accusé Platon d'avoir pris dans Moïse ou chez les Juifs ce qu'il a dit de raisonnable touchant la Divinité, mais de l'avoir gâté et corrompu par ses propres imaginations ; il est donc absurde de penser qu'à leur tour ils en ont fait un mélange avec la doctrine des livres saints. — 6° L'un des articles fondamentaux de la philosophie de Platon était, suivant ses propres disciples, que les êtres spirituels et intelligents sont sortis de Dieu par émanation, quoiqu'il ne le dise pas positivement ; les Pères, au contraire, ont soutenu que tous les êtres distingués de Dieu ont reçu l'existence par création, dogme qui sape par le fondement tout le système philosophique. Voy. Emanation. Le P. Baltus a prouvé tous ces faits par les passages les

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plus formels des Pères qui ont vécu dans les cinq premiers siècles. — 7° Dans un moment nous verrons d'habiles protestants soutenir que les Pères de l'Eglise ont été éclectiques, c'est-à-dire qu'ils ont t'ait profession de n'être attachés à aucune secte particulière de philosophie; donc il n'est pas vrai qu'ils aient été platoniciens plutôt que stoïciens ou pythagoriciens.

Ces raisons nous paraissent plus que suffisantes pour écarter de tous les Pères en général l'accusation de platonisme ; mais il en est d'autres qui regardent particulièrement les Pères des trois premiers siècles. D'abord il faut etfacer du nombre des platoniciens les Pères apostoliques, puisque, suivant nos adversaires mêmes, ces saints hommes n'ont été ni éloquents, ni savants, ni philosophes, non plus que les apôtres leurs maîtres : cependant ils ont distingué trois Personnes en Dieu. Pour leurs successeurs, on est forcé de convenir qu'ils étaient lettrés et instruits. Or, en premier lieu, les Pères disputant contre les païens, pour leur prouver l'unité de Dieu, ont allégué l'opinion de Platon, qui n'admettait qu'un seul Dieu, mais ils ont ajouté que ce philosophe s'est contredit et a méconnu la véiité, en admettant des dieux secondaires. Si quelques-uns disent qu'il a parlé du Verbe divin, ils ajoutent qu'il n'a pas pu le bien connaître, parce que cette connaissance ne peut être acquise que par la révélation : nous citerons ciaprès leurs propres paroles. En secon i lieu, plusieurs des Pères ont soutenu qu'Ariiis et ses partisans avaient pris dans Platon leur erreur opposée à la divinité du Verbe ; comment nous persuader que c'a été au contraire le crime de ceux qui ont condamné ces hérétiques ? En troisième lieu, Le Clerc dit que les Pères se sont trompés en croyant voir dans Platon la Trinité telle que nous l'admettons, que sur ce point la doctrine du philosophe est très-différente de celle de l'Ecriture sainte ; nous avouons qu'elle est trèsdifférente, mais il est faux que les Pères y aient été trompés; nous ferons voir le contraire. En quatrième lieu, quoi qu'en disent les sociniens, la foi chrétienne touchant la Personne du Verbe, sa coéternité avec le Père, et sa divinité, est enseignée plus clairement dans l'Evangile de saint Jean que dans Platon; donc les Pères ont pris cette doctrine dans l'évangéliste et non dans le )hilosophe. 11 est absurde de supposer qu'ils 'ont puisée dans une source très- trouve plutôt que dans une eau très-claire. Le Clerc, dans son commentaire sur le premier chapitre de saint Jean, avait avancé que cet apôtre avait dans l'esprit les idées platoniques de Philon. Les incrédules, qui enchérissent toujours sur les protestants, ont dit que le commencement de l'Evangile de saint Jean a été évidemment écrit par un platonicien ; ainsi les accusations des protestants contre les Pères retombent toujours sur les écrivains sacrés.

Pour justifier pleinement les Pères du h* et du nr siècle, le P. Baltus ne s'est pas

borné a des raisons générales ; il prouve !a fausseté de l'accusation à l'égard de chacun en particulier. Ces Pères sont saint Justin, Tatien, Athénagore, Hermias, saint Théophile d'Antioche, saint Irénée, Clément d'Alexandrie, Tertullien et Origène.

Or, saint Justin, qui avait été platonicien avant sa conversion, ne l'était plus après son baptême; il ne connaissait plus d'autre philosophie que celle des livres saints : il lo déclare, Dialog. cum Tripk., n. 7 et 8.11 soutient que Platon ni Aristote n'ont pas été capables de nous expliquer les choses du ciel, puisqu'ils ne connaissaient pas seulement celles d'ici-bas, qu'ils ne se sont jamais accordés sur l'origine et sur les principes des choses ; Cohort. ad Grœcos, n. 6, 7 et 8. Il pense que Platon a pris dans Moïse ce qu'il a dit du Dieu suprême, du Verbe et de l'.Esprit de Dieu, mais qu'il Va mal entendu. « Nous ne pensons donc pas comme les philosophes, ajoute saint Justin ; ce sont eux qui copient ce que nous disons. Chez nous les ignorants mêmes connaissent la vérité, preuve qu'elle ne vient pas de la sagesse humaine , mais de la puissance de Dieu. » Àpol. 1, n. 60. Est-ce là faire beaucoup de cas des idées de Platon ? — Tatien commence son discours contre les Grecs par tourner en ridicule les philosophes, leur doctrine, leurs contradictions , leur ignorance ; il n'épargne pas plus Platon que les autres ; en parlant du Verbe divin, de sa génération éternelle, de la création du monde qu'il a opérée, Tatien ne montre pas le moindre soupçon qu'il y en ait rien dans Platon. Contra Grœc. Orat., n. 2, 5. Il déclare qu'il a renoncé à toute la philosophie des Grecs et des Humains et à toutes leurs opinions, pour embrasser celle du christianisme, n. 35. — Athénagore, Légat, pro Christ., n. G et 7, reconnaît que Platon a cru l'existence d'un seul Dieu formateur du monde, mais il ne lui attribue point la connaissance du Verbe créateur. 11 dit que les philosophes n'ont pas eu assez de lumières pour trouver la vérité touchant la nature divine, parce qu'ils n'étaient pas éclairés par l'esprit de Dieu. Le discours d'Hermias n'est qu'une dérision des philosophes païens, et Platon n'y est pas plus épargné que les autres ; Hermiœ irrisio gentilium philosophorum. Saint Théophile d'Antioche, 1. h, ad Autolyc, n. 4, 9 et 10, leur reproche l'opposition qui se trouve entre leurs divers sentiments, les erreurs qu'ils ont mêlées avec les vérités ; il soutient que les prophètes seuls ont connu le Verbe divin, créateur et gouverneur du monde. — Saint Irénée, adv. Hœr., 1. u, c. 14, n. 1 et 3, dit que les valentiniens ont pris de côté et d'autre chea les philosophes qui ne connaissaient pas Dieu, et nommément dans Platon, toutes leurs erreurs. Aucun des Pères n'a professé plus clairement la coéternité et la coégalité des trois Personnes divines ; mais il avertit qu'aucun homme ne peut connaître Dieu le Père ni son Verbe que par une révélation formelle, 1. iv, c. 20, n. » et 5. Il était donc

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