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bien éloigné d'attribuer cette connaissance à Platon. — Clément d'Alexandrie est celui des anciens que Le Clerc a calomnié avec le plus de hardiesse ; il dit que ce Père était, non pas platonicien, mais éclectique ; qu'il prenait de toutes les sectes ce qu'd jugeait a propos, qu'il transcrivait tous les dogmes des philosophes qui lui paraissaient avoir quelque rapport avec la doctrine chrétienne. De là il prend occasion pour accuser Clément d'avoir môle à la théologie toutes les opinions de la philosophie païenne ; mais transcrire des dogmes ou des opinions, ce n'est pas les adopter ; autrement il faudrait encore attribuer à ce môme Père toutes les contradictions des anciens philosophes, pusq î'il les rapporte. La seule raison sur laquelle Le Clerc l'on le son accus ition, c'est que Clément cite les dogmes des différentes sectes sans les réfuter et sans les blAmer ; il croit môme que la plupart ne sont fondés que sur des passages ne l'Ecriture sainte mal entendus. Donc ce Père a jugé fausses toutes ces opinions, puisqu'il ne les a crues fondées que sur un malentendu. Il les a suffisamment réfutées d'ailleurs, lorsqu'il a fait profession de ne reconnaître pour vraie philosophie que celle qui a été enseignée par Jésus-Christ, ni pour philosophes sensés que ceux qui ont été inspirés de Dieu, Strom., I. vi, c. 7, etc. ; 1. v, c. lk, pro. 730, il dit que les Grecs ne connaissent ni comment Dieu est Seigneur, ni comment il est Père et Créateur, ni l'économie des autres vérités, à moins qu'ils ne les aient apprises de la vérité môme. Si l'on veut savoir ce que p msait Teitullien touchant les philosophes païens et leur doctrine, on n'a qu'à lire les premiers chapitres de ses Prescriptions contre les hérétiques ; il y soutient que toutes les hérésies viennent des différentes sectes de philosophie, et en particulier de Platon ; il se moqm de ceux qui ont forgé un christianisme stoïque ou platonique; il ne veut pas qu'il y ait rien de commun entre l'Eglise et l'académie, etc. — Origène, moins circonspect, a donné lieu à des plaintes mieux fondées, puisque les autres Pères de l'Eglise lui ont reproché son goût excessif pour l'étude de la philosophie; il en est convenu lui-môme, et il en a donné de. bonnes raisons. Op. tom. 1, pag. '* ; aussi l'on est déjà obligé de reconnaître qu'il fut éclectique et non platonicien, qu'il recommandait à ses élèves de ne s'attacher à aucune secte de philosophie, mais de chercher parmi toutes les opinions cel es qui paraissaient les plus vraies ; Origenian. 2, cap. 1, n. 4. On ne doit donc pas s'en rapporter au sentiment du savant Huet, qui accuse Origène d'avoir voulu assujettir les dogmes du christianisme aux opinions de Platon, au 1 eu île faire le contraire, ibid. A la vérité, en . crivant contre Celse, I. vi, n 8, il dit que Platon a parlé ilu Fils de Dieu dans le premier livre des Principes, ch. 3; il dit que les philosophes ont eu quelque notion du Verbe de Dieu ; mais en même temps il ajoute que personne ne peut en discourir d'une ma-
nière conforme à la vérité, q<;e ceux qui ont été instruits par la révélation, par les prophètes, par les apôtres et les évangéiistes : or il n'a certainement pas accordé ce privilège à Platon. En expliquant les premiers versets de l'Evangile de saint Jean, où il est question du Verbe divin, il ne s'est pas avisé de citer en rien le sentiment d • ce philosophe. Rien n'est donc plus mal fondé ni plus injuste que l'accusation de platonisme forgé au hasard contre les Pères des trois premiers siècles; elle est encore absurde quand elle tombe sur les Pères postérieurs au concile de Nicée, tels que Lactance, Eusèbe, saint Augustin ; le P. Baltus en a pleinement Justine ce saint docteur en particulier : quelques louanges données à Platon par les Pères ne suffisent pas pour les placer au rang de ses disciples.
111. Les protestants ont-ils opposé quelques raisons solides aux preuves du P. Baltus? AJosheim, non moins prévenu contre les Pères que Le Clerc, a changé l'état de la question. 11 ne s'agit pas, dit-il, de savoir si les Pères ont embrassé toute la philosophie de Platon, jamais personne ne l'a prétendu, mais de savoir s'ils n'en ont pas emprunté plusieurs choses : or on ne peut pas le nier, puisque les Pères ont suivi les opinions des éclectiques , et que ceux-ci avaient adopté une partie de la doctrine de Platon ; c'est pour cela même qu'ils ont été appelés les nouveaux platoniciens. Mais il ne sert à rien de dire au hasard que les Pères ont pris de Platon plusieurs choses, si l'on ne nous montre précisément ce qu'ils ont pris ; en attendant qu'on nous le fasse voir, nous nions cet emprunt, pour les raisons que nous avons apportées ci-dessus. Lorsqu'un dogme quelconque est enseigné dans 1 Ecriture sainte, il est absurde ue prétendre que les Pères l'ont reçu de Platon, et non des écrivains sacrés, pendant que ces saints docteurs protestent le contraire. 11 est évident que la question entre Le Clerc et le P. lîaltus était de savoir si les Pères ont emprunté de Platon les notions qu'ils ont eues di s trois Personnes divines et du mystère de la sainte Trinité ; nous avons fait voir qu'il n'en est rien : donc l'accusateur des Pères est pleinement confondu. Aiosheim devait faire attention qu'en persistant à soutenir que les Pères ont emprunté de Platon plusieurs choses, il donne toujours lieu aux sociniens de dire que lesPèresont pris dansce philosophe ce qu'ils ont dit du Verbe divin et du mystère de la sainte Trinité ; mais ce critique paraît plus ami des sociniens que des Pères. Brucker a poussé l'entêtement encore plus loin que lui, il a traite le P. lialtus avec une hauteur et un mépris intolérables , Hist. crit. philos., tom. 111, pag. 272, 336, etc. Il reste à savoir si les Pères ont véritablement embrassé le système des éclectiques, en quel sens et jusqu'à quel point ils l'ont suivi : cette discussion se; a plus longue que nous ne voudrions.
L'éclectisme, dit Mosheim, eut pour auteur Ammonius Saccas, qui enseignait dans l'e-
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cole d'Alexandrie sur la fin dun' siècle. Porphyre l'accuse d'avoir apostasie , Eusèbe soutient qu'il vécut et mourut chrétien. Pour concilier ces deux sentiments, d'autres ont distinguo deux Ammonius, l'un païen et l'autre chrétien : nous verrons dans un moment si Mosheim a eu raison de piéfércr l'opinion de Porph .re, apostat lui-même, à celle d.'Kusèbe. Il nous paraît que Celse faisait déjà profession de l'éclectisme longtemps avant Ammonius. Quoi qu'il en soit, le système des éclectiques était qu'il ne faut s'attacher à aucune secte particulière de philosophie, mais choisir dans les différentes écoles les opinions qui paraissent les plus vraies. Leur dessein était non-seulement de concilier les dogmes de la philosophie avec ceux du christianisme, en les rapprochant et en les corrigeant l'un par l'autre, mais encore de persuader que le christianisme n'enseignait rien de plus que les philosophes ; que ceux-ci avaient découvert les mêmes vérités que Jésus-Christ, mais que ses disciples les avaient mal entendues et mal expliquées. Ce projet perfide ne tendait pas à moins qu'à mettre les dogmes révélés dans l'Evangile au niveau des opinions humaines, et à laisser aux hommes la liberté d'en prendre ou d'en rejeter ce qu'ils jugeraient à propos. 11 est aisé de concevoir les suites funestes que dut avoir une doctrine aussi insidieuse; Mosheim a eu grand soin de les développer et de les exagérer. C'est ce qu'il a fait non-seulement dans son ïfist. ecclés. du h* siècle, W ] art., cap. 1, § i et suivants, mais surtout dans une dissertation sur le trouble que les nouveaux platoniciens ont causé dans l'Eglise ; De (urbain per recentiorrs Platonicos Ecclcsia. C'est une de celles qu'il aïe plus travaillées, et où il a étalé le plus d'érudition ; il serait à souhaiter qu'il y eût mis autant de bonne foi. B rocker, dans son IJist. crit. de la Philosophie, t. II, page 387, n'a pas manqué d'adopter presque toutes les idées de Mosheim ; il a é!é réfuté en détail par l'auteur de YHistoire de l'éclectisme, en 2 vol., qui a paru en 17GG. Voy. Eclectisme.
Mosheim nous paraît d'abord injuste à l'égard d'Ammonius, en l'accusant, sur la parole de Porphyre , d'avoir renoncé au christianisme, et d'avoir été l'auteur du système malicieux des éclectiques. « Porphyre (dit-il) devait mieux connaître Ammonius que Eusèbe. » Mais Eusèbe ne se contente pas d'affirmer que Ammonius vécut et mourut chrétien, il le prouve par les ouvrages que ce philosophe avait laissés. Porphyre a certainement calomnié Origène, en disant qu'il était né et qu'il avait été élevé dans le paganisme ; il est constant que ses parents étaient chrétiens, et que Léonide son père fut martyr de la foi chrétienne; il ne serait donc pas étonnant que Porphyre eût aussi calomn é Ammonius, en disant qu'il embrassa le paganisme dès que l'âge l'eut rendu sage; Eusèbe, Ilist. codés., 1. vi, c. 19. « H n'est pas probable, dit Mosheim, qu'un chrétien sincère et constant ait fondé
Diction*, de Théol. dogmatique. Iiï.