PI. A
une secte aussi ennemie du christianisme que l'étaient les éclectiques, ni que ceux-ci aient voulu le reconnaître pour maître. » Soit : d'autre part, si Ammonius avait été apostat et ennemi déclaré du christianisme» est-il probable que Origène et Clément d'Alexandrie, chrétiens très-zélés, eussent voulu être ses disciples? Or, l'on suppose que ces deux Pères ont eu pour maître Ammonius, quoique cela ne soit prouvé que par la narration de Porphyre. Nous sommes donc forcés par l'évidence de distinguer deux sortes d'éclectiques, que Mosheim a malicieusement confondus. Les premiers se bornaient à penser que, pour convertir les païens lettrés et entêtés de philosophie, et pour combattre avec avantage les hérétiques qui se donnaient pour philosophes, il était utile de connaître les sentiments des différentes sectes de philosophie, de ne s'attacher à aucune, de choisir dans chacune les opinions qui paraissaient les plus vraies, et de montrer que ces vérités n'étaient point contraires aux dogmes du christianisme ; que par conséquent l'on pouvait être bon chrétien sans cesser d'être philosophe. Tel fut l'éclectisme de Pantène, de Clément d'Alexandrie, d'Origène et d'autres Pères ; nous soutenons que ce système n'a rien de blâmable; que loin d'avoir été pernicieux à la religion, il lui a été très-utile, et qu'il a contribué en effet à réfuter les hérétiques ot à convertir plusieurs hommes instruits. Voy. Philosophe , Philosophie. L'autre espèce d'éclectiques étaient ces philosophes malicieux et fourbes, qui, pour arrêter les progrès du christianisme, s'attachèrent à choisir dans les différentes écoles de phi'osophie les opinions qui, à force de palliatifs, pouvaient ressembler en apparence aux dogmes du christianisme, afin de persuader aux esprits superficiels que les philosophes avaient aussi bien découvert la vérité que Jésus- Christ lui-même; qu'il n'y avait aucune nécessité de renoncer à leur doctrine pour embrasser celle de l'Evangile. Y a-t-il de fortes preuves pour démontrer que Ammonius a embrassé cette seconde espèce d'éclectisme et non la première, qui était plus ancienne que lui? Mosheim lui-même nous fournit un frit qui semble disculper ce philosophe, Ilist. christ., sec. 2, § 53, pag. 373 ; il nous apprend que les gnostiques avaient puisé leur système chez les philosophes orientaux ; que Valentin, en l'adoptant, s'efforça de le fonder sur quelques endroits de l'Evangile expliqués dans un sens mystique : voilà donc déjà la fourberie des éclectiques mise en usage par cet hérésiarque au commencement du ne siècle de l'Eglise. Or, Valentin était mort avant que Ammonius ait pu tenir l'école d'Alexandrie ; il serait aisé de le démontrer par un calcul certain. Celse, encore plus ancien, avait déjà employé le même manège pour attaquer le christianisme ; il n'avait pas eu besoin des leçons de l'école d'Alexandrie. Enfin Mosheim nous apprend que c'était l'artifice des gnostiques en général; Insti't. Hist. cltrist.