‹ Œuvres completes de Bergier (volume 3)Chapitre 197 sur 228 · L"!3 PL A · texte numérisé non relu

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ma/., il* pari., c. 5, § 5; or les gnostiquos dataient du temps des apôtres. A la vérité Ammonius a eu pour disciple immédiat Plo^ tin, païen zélé ; mais est-il prouvé que celui-ci a conservé fidèlement la doctrine de son maître ? Avant d'écouter les leçons d' Ammonius, Plotin avait entendu plusieurs Autres philosophes; après onze ans de séjour dans l'école d'Alexandrie , il a'ia dans la Perse pour consulter les philosophes orientaux ; il est donc probable que Ammonius ne connaissait point leur doctrine, que c'est Plotin plutôt que Ammonius qui a fait le mélange bizarre de la philosophie orientale avec la doctrine de Platon et des autres philosophes grecs. Mais, encore une fois, cet artifice est plus ancien que tous les personnages dont nous parlons ; d'ailleurs ce système éclectique ne s'est formé que peu à peu, aucun de ceux qui l'ont embrassé ne s'est astreint à suivre les sentiments de ses maîtres ; Plotin, Porphyre, Jamblique, lîiéroclès, etc, l'ont arrangé chacun a sa manière ; il est donc absurde de juger des opinions d'Ammonius par celles de Jamblique, qui a vécu cent cinquante ans après lui, et de nous donner le sentiment d'un seul éclectique comme celui de toute la secte ; c'est cependant ce qu'a fait Mosheim, Hist. ecclés., loco cit., § 9.

Au reste, peu nous importe que ce soit Ammonius, Plotin ou un autre qui ait formé le système des éclectiques anlichrétiens ; nous ne traitons cette question que pour montrer le faible des conjectures et des raisonnements de Mosheim. Nous avons une faute plus grave a lui reprocher, c'est d'avoir donné à entendre que les Pères de l'Eglise ont adopté ce système avec tout ce qu'il avait de mauvais. Après en avoir tracé le plan, tel qu'il le suppose conçu par Ammonius, il ajoute : « Cette nouvelle espèce de philosophie, que Origène et d'autres chrétiens eurent l'imprudence d'adopter , fut très-préjudiciable a la cause de l'Evangile et h la simplicité de la doctrine de Jésus- Christ, etc. » Ibid., § 12. Est-il vrai que ces chrétiens ont adopté l'éclectisme païen ; que, plus attachés au philosophisme qu'à la religion , ils ont entrepris d'assujettir la doctrine de l'Evangile à celle des philosophes, et non au contraire ; qu'ils ont voulu persuader que l'une était à peu près la môme que l'autre, etc. ? Nous avons vu plus haut que l'on a fait ce reproche à Origène, mais luimême a protesté le contraire. « Après m'ôtre livré tout entier, dit-il, à l'élude de la parole de Dieu, et voyant venir à mes leçons tantôt des hérétiques, tantôt des hommes curieux d'érudition grecque, et surtout des philosophes, je résolus d'examiner les dogmes des hérétiques et les vérités que les philosophes se vantent de connaître. » Voij. Eusèbe, Hist. ecclés., 1. vi, c. 19. Ce n'était donc pas par amour pour la philosophie païenne que Origène s'y était appliqué, mais par le désir d'instruire les hérétiques et les philosophes ; sa principale étude avait été celle de l'Ecriture sainte ; les éclectiques

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païens n'avaient ni le môme motif ni la même méthode. Il commence ses livres des Principes, qui sont son ouvrage le plus philosophique, en disant que tous ceux qui croient que Jésus-Christ est la vérité même, ne cherchent point ailleurs que dans sa parole et dans sa doctrine la science do la vertu et du bonheur ; or cette science est précisément ce que l'on nomme philosophie. Dans ce môme ouvrage il prouve nos dog mes, non par des raisonnements philosophiques, mais par l'Ecriture sainte. Lorsqu'il avoue que quelques philosophes grecs ont connu Dieu, il ajoute avec saint Paul qu'ils ne l'ont pas glorifié comme Dieu, qu'ils se sont égarés dans leurs pensé'S, etc. Contra Cels., 1. iv, n. 30. Voilà ce que les éclectiques païens n'ont jamais avoué. Nous avons vu plus haut ce qu'en pensait Clément d'Alexandrie.

Aussi Mosheim a cru devoir adoucir ailleurs l'amertume du reproche qu'il avait fait aux Pères. Dans sa dissert, de Turbala, etc., n. 5, il dit que les philosophes chrétiens, trompés par de légères ressemblances, prirent pour autant de vérités chrétiennes ce qui n'en avait que l'apparence ; que la cause de leur erreur fut d'une part l'amour de la philosophie, de l'autre l'ignorance et la faiblesse d'esprit ; que faute d'examen ils transportèrent dans la doctrine chrétienne des dogmes et des usages qui n'y avaient aucun rapport. Conséquemment ils embrassèrent la morale des stoïciens, plus austère que celle de l'Evangile, les subtilités de la logique d'Aristote, la plupart des opinions de Platon touchant Dieu, les anges et les âmes humaines, et ils crurent que ce philosophe les avait prises dans les livres des Juifs. Mosheim prouve ces faits importants par le témoignage de saint Augustin, qui dit que si les anciens platoniciens revenaient au monde, ils se feraient chrétiens en changeant peu de choses dans leurs expressions et leurs sentiments : Paucis mutai is verhis atque sententiis, lib. de vera Relig., c.%, n. 6. Mais dans et endroit même saint Augustin s'est suffisamment expliqué : 1° il met une restriction à l'égard du grand nombre des platoniciens, s'ils étaient, dit-il, tels quon le prétend. 2° 11 parle de ceux qui enseignaient que pour trouver le vrai bonheur, il faut mépriser ce monde, purifier l'âme par la vertu, et l'assujettir au Dieu suprême. Or ces philosophes auraient eu peu de choses à changer dans leurs sentiments touchant le vrai bonheur ; il ne s'agissait que de cet article. 3° Ils auraient eu peu de choses à changer en comparaison des philosophes des autres sectes, tels que les épicuriens, les stratoniciens , les pythagoriciens , etc. Mosheim donne aux paroles de saint Augustin un sens forcé, en les séparant de ce qui précède. 11 y a trop de hardiesse à traiter d'ignorants et d'esprits faibles Origène , admiré comme un prodige par tous les philosophes de son temps; Clément d'Alexandrie, dont les ouvrages attestent encore l'érudition; Athénagore, l'un de nos plus habiles apologistes, etc. ; mais tout est permis aux pro-

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testants pour déprimer les Pères. Quant à l'amour excessif de la philosophie, nous avons l'ail voir plus haut que les Pères en ont dit plus de mal que. de bien. Il est faux qu'ils aient enseigné une morale plus sévère <pie celle de l'Evangile; nous avons réfuté ce reproche en traitant des différents points de morale sur lesquels les protestants ont attaqué les Pères. Voy. Abstinesîge, Bigamie, Célibat, Momification, Virginité, etc. 11 est encore faux que ces saints docteurs aient adopté les opinions de Platon touchant la Divinité, les anges et les âmes humaines; il n'est au contraire aucun de ces objets sur lesquels les Pères n'aient reproché à ce philosophe des erreurs grossières ; et lorsqu'ils ont dit que Platon avait puisé quelques vérités dans les livres saints, ils ont ajouté qu'il les avait mal entendues et altérées dans ses écrits. Pour les subtilités de logique les Pères, en disputant contre des hérétiques qui en faisaient un usage continuel, ont été forcés de s'en servir à leur tour ; personne n'en a autant abusé que les protestants; ce sont les plus habiles sophistes qu'il y eut jamais : nous allons en voir des exemples.

IV. Le nouveau platonisme des éclectiques a-t-il causé dans V Eglise autant de trouble que Mosheim le prétend? D. Maraud, dans sa Préface sur saint Justin, 11e part., c 1, § 1, avait dit que Mosheim a débité des sornettes dans sa dissertation de Turbata, etc.; celui-ci, piqué de c reproche, lui a répliqué avec beaucoup d'aigreur dans la préface du IIe tome de ses Dissertations sur l'Histoire ecclésiastique. 11 soutient qu'il a eu raison d'avancer que l'Eglise a été troublée par les nouveaux platoniciens, et que les Pères ont adopté le nouveau platonisme, autant que ses opinions n'attaquent et ne détruisent point les premiers éléments du christianisme. Voila, déjà une restriction qu'il n'avait pas mise dans sa dissertation. Or, si les Pères avaient adopté ce que Platon a dit dj Dieu, des anges et des âmes, ils auraient certainement détruit les premières preuves du christianisme. Pour première preuve il cite Tertullien, qui affirme que Platon a été le précepteur de tous les hérétiques ; il pouvait ajouter encore que Tertullien a censuré vivement ceux qui introduisaient un christianisme sioique ou platonique. Mais le repiochc que Tertullien fait aux hérétiques regarde-t-il aussi les Pères? Mosheim n'ose le soutenir. « Cependant il ne s'ensuit pas moins, dit-il, que l'Eglise a été troublée par les nouveaux platoniciens. » Fourberie pure; la seule question est de savoir si les Pères ont été complices du crime des nouveaux platoniciens hérétiques; le passage de Tertullien ne le prouve pas, et leur doctrine démontre le contraire. La seconde preuve est celui de saint Augustin, où il dit que les platoniciens, pour se faire chrétiens, n'auraient besoin que de changer un petit nombre d'expressions et de sentiments. Nous avons fait voir que Mosheim en a mal rendu le sens. La troisième est l'exemple de Synésius,

évèque de Ptolérnaïde, au vr siècle; suivant l'aveu du P. Petau, cet évèque, dans ses hymnes, parlait de la Trinité en vrai platonicien, il la concevait précisément comme Proclus prétend que Platon l'a entendue. Or on conçoit, dit Mosheim, que ce christianisme platonique a dû se répandre non-sculeinent dans le diocèse de Synésius, mais dans toute l'Egypte, et même chez les aut. es nations. A entendre raisonner ce critique, il semble que Synésius, évoque d'une petit;1 ville de la Cyrénaïque, sur le bord des déserts de la Libye, ait eu autant d'autorité et de crédit (Lins l'Eglise que saint Jean Cbrysostome, saint Augustin ou saint Léon; c'est une pure rêverie do sa part. Il aurait dû faire rôllexion qu'en poésie il est impossible de s'exprimer avec autant d'exactitude que dans un traité théologique; que les hymnes de Synésius, poète avant son épiscopat, ne sont pas la profession de foi do Synésius évèque ; que celui-ci n'a sûrement pas été assez insensé pour donner à son troupeau ses hymnes au lieu de catéchisme. Au vc siècle, le nouveau platonisme et la secte des éclectiques étaient déchus dans l'empire romain; Mosheim l'avoue, Dissert., n. 11. Saint Jean Chrysostome, saint Jérôme, saint Isidore dcDamielte, saint Cyrille d'Alexandrie, éclairaient l'Orient de leurs lumières ; il est absurde de prétendre que, précisément dans ce temps-là, un évoque d'Egypte a établi le platonisme dans l'Eglise. Mais notre habile sophiste confond les époques, brouille les faits, prête aux Pères du IIe et du ur" siècle les idées et les vues des philosophes païens, afin de faire illusion à ses lecteurs. Ce qu'il dit de saint Justin va [dns directement au but; il soutient, contre dom Ma-and, que ce Père a cru voir la Trinité chrétienne dans Platon, puisqu'il assure que ce philosophe parle du Père, du Verbe et du Saint-Esprit, et qu'il pense que Platon a tiré ce dogme de quelques expressions de Moïse qu'il a mal entendues, Apoi. I, n. 90. Nous ne disputerons point sur ce fait; il s'ensuit seulement qu'un esprit préoccupé d'un dogme ou d'une opinion, croit aisément l'apercevoir partout où il trouve des expressions tant soit peu analogues à ses idées ; mais nous soutenons avec dom Marand, que si saint Justin n'avait pas été instruit du dogme de la sainte Trinité par l'Evangile et par la croyance chrétienne, il n'aurait certainement pas cru le trouver dans Platon. Souvenons-nous de ce que saint Justin a dit ailleurs, Cohort. ad Grœcos, n. 8 : « Nous ne pensons pas comme les philosophes; ce sont eux qui copient ce que nous disons. Voy. Trinité platonique, § 3.

Mais l'essentiel est de voir ce que Mosheim conclut des preuves sur lesquelles il se fonde. Il s'ensuit, dit-il, de deux choses l'une, ou que les Pères ont été trompés par une légère ressemblance entre les expressions de Platon et celles de l'Ecriture sainte, ou au'ils ont feint exprès cette ressemblance, afin de tromper les païens. Pour y réussir, ou ils ont reçu la doctrine de Jésus-

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Christ suivant les idées de Platon, ou ils ont conformé les opinions de celui-ci à la croyance chrétienne : quelque parti que l'on prenne, il s'ensuivra toujours que les Pères ont été platoniciens, qu'ils ont introduit le platonisme dans l'Eglise, qu'ils ont ainsi corrompu la pureté de la foi chrétienne. Fausses conséquences : Mosheim est le seul coupable de la mauvaise foi qu'il voulait attribuer aux Pères. Ces saints docteurs n'ont eu envie de tromper personne, et s'ils se sont trompés eux-mêmes, leur erreur n'a été ni grave ni pernicieuse. Que voulaient les Pères? montrer aux païens entêtés de philosophie que la doctrine chrétienne touchant la Trinité des Personnes en Dieu, n'est ni absurde ni contraire à la lumière naturelle, puisque Platon a dit quelque chose à peu près semblable. Pour que les Pères eussent droit de raisonner ainsi, il n'était pas nécessaire que la ressemblance entre les idées et les expressions de Platon et celles des écrivains sacrés fut complète et parfaite, il suffisait qu'elle fût du moins apparente ; c'était l'affaire des païens de voir s'il y avait ou non beaucoup de différence. Les Pères n'avaient donc besoin ni de corriger Platon par l'Evangile, ni de réformer l'Evangile par les i 'ées de Platon ; ils y ont si peu pensé , qu'ils ont dit que ce philosophe avait mal entendu , ou qu'il avait corrompu ce qu'il avait lu dans les livres saints. Ont-ils pu avoir le dessein d'introduire dans l'Eglise une doctrine qu'ils ont jugée mal entendue, mal comprise et mal rendue par un philosophe païen ? N'importe, Mosheim les en accuse formellement, Ilist. christ., sec. 2, § 3'*. « Ils expliquaient, dit-il, ce que disent nos livres saints, du Père, du Fils et du Saint-Esprit ; de manière (/us cela s'accordât avec les trois natures en Dieu, ou les trois hypostases admises par Platon , par Parménide et d'autres. » La fausseté de cette calomnie est déjà évidente par ce que nous venons de dire. 11 est faux d'ailleurs que Platon, Parménide, ni aucun autre ancien philosophe ait admis en Dieu trois hypostases ou trois Personnes. Voy. Trinité platonique.

Mais il ne plaît pas aux ennemis des Pères de voir ni d'avouer le vrai dessein de ces saints docteurs , qui était d'inspirer aux païens moins d'éloignement pour la foi chrétienne. Ils supposent que les Pères, par un attachement aveugle à la philosophie, et en particulier a celle de Platon, par entêtement pour les opinions qu'ils avaient embrassées avant d'être chrétiens, par envie de duper les païens, ont entrepris d'introduire le platonisme dans l'Eglise; que ce projet les a fascinés au point de leur faire méconnaître la différence qu'il y avait entre la doctrine do Platon et celle de Jésus-Christ, ou leur a inspiré la malice de vouloir les concilier ensemble. Que les éclectiques païens aient tenu cette conduite pour nuire au christianisme, cela se conçoit ; mais que les Pères aient fait de même pour les servir utilement, qu'ils aient eu ainsi moins d'esprit et de prudence que les éclectiques païens, cela estirop

fort. Nous avons beau remontrer à nos adversaires que l'attachement prétendu des Pères à la philosophie païenne est faux, puisqu' 1s l'ont décriée tant qu'ils ont pu, et qu'ils ont protesté d'y avoir renoncé en se faisant chrétiens; que leur prévention en faveur de Platon est faussement supposée, puisqu'ils ont relevé les erreurs de ce philosophe aussi bien que celles des autres, et qu'ils lui ont reproché d'avoir gâté ce qu'il avait pris dans nos livres saints : n'importe , les censeurs des Pères ne démordent pas.

Supposons pour un moment ce que Mosheim ne veut pas contester, que loin d'altérer la doctrine chrétienne par le platonisme* les Pères ont corrigé celui-ci par la croyance chrétienne, nous demandons en quoi ce platonisme, ainsi réformé, a pu corrompre la pureté de la foi; voilh ce que Mosheim n'a pas expliqué. Saint Justin, par exemple, a dit que Platon admettait Dieu, qu'il nomme le Père, le Verbe par lequel il a tout fait, et l'Esprit qui pénètre toutes choses ; mais tout le monde, excepté les sociniens, convient que Platon ne donne point ces trois êtres pour trois Personnes subsistantes, coéternelles et consubstantielles, mais comme trois aspects ou tro;s opérations de la Divinité; c'est encore la manière dont l'entendent les sociniens. Saint Justin, au contraire, regarde le Père, le Fils et le Saint-Esprit comme trois Personnes distinctes , égales et coéternelles; il attribue à chacune des opéra ions propres, et il soutient qu'elles sont un seul Dieu. Nous demandons si, en exposant ainsi sa foi, saint Justin corrige l'Evaih gile par les notions de Platon, ou s'il réforme celui-ci par le langage de l'Evangile, en quel sens cette doctrine, ainsj changée, est encore du platonisme, et quel mal elle a causé dans l'Eglise. Pour nous, il nous parait qu'ici les vrais platoniciens sont les sociniens, et non les Pères.

Dans sa dissertation, n. 13, Mosheim dit que les éclectiques païens contribuèrent à réfuter les gnosliques; c'est un mensonge de Porphyre : on n'a jamais eu besoin d'un pareil secours. Les nouveaux platoniciens n'ont écrit ni contre les marcionites, ni contre les manichéens qui soutenaient, comme les gnostiques, que Je monde a été fait par un ou par plusieurs êtres inférieurs h Dieu. 11 ajoute que ce prétendu remède fut pire que le mal : voyons donc la chaîne des malheurs que l'éclectisme a produits. — 1" Co système affaiblissait la preuve que nos apologistes tiraient des erreurs grossières, des contradictions, des disputes qui se trouvaient dans les écrits des divers philosophes; les éclectiques se tiraient de cet argument, en disant que la vérité était éparse dans les différentes sectes, qu'il fallait l'y chercher, et qu'en prenant le vrai sens de leurs opinions il était possible de les concilier ; mais nos apologistes étaient-ils fort embarrassés de détruire ce subterfuge? Mosheim avoue que cette conciliation prétendue était absurde; comment accorder Aristote, qui soutenait le monde éternel, avec Platon qui ie

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supposait fabriqué d'une matière informe, etc., etc? D'ailleurs qui avait assez de lumière pour démêler quelques étincelles de vérité au milieu de ce chaos ? Fallait-il que l'homme consumât sa vie à comparer les systèmes avant de savoir ce qu'il devait croire? Enfin, c'était à la lueur du christianisme que les éclectiques tâchaient de faire cette conciliation, puisqu'ils se rapprochaient de nos dogmes, de notre morale et des leçons de l'Evangile; Mosheim en convient encore, Dissert., n, 14, 15, 16, 18. Donc c'est à cette source de lumière qu'il fallait avoir recours, et non ailleurs. N'éta t-ce pas là confirmer l'argument de nos apologistes, au lieu de l'affaiblir? — 2° Ceux-ci reprochaient aux anciens philosophes d'avoir raisonné de tout, excepté de Dieu, de la destinée de l'homme et de ses devoirs; les éclectiques tournèrent leurs études de ce côté-là, ibid., n. 17. Tant mieux : cette correction supposait la vérité de la faute, et c'est encore une obligation que l'on ava'.t à l'Evangile de l'avoir aperçue. En adoptant la morale de Jésus-Christ en plusieurs choses, les éclectiques lui rendaient un hommage non suspect, puisqu'ils furent forcés d'avouer que ce divin Maître était un sage qui avait enseigné d'excellentes choses , n. 18 , et qu'ils ne pouvaient lui reprocher aucune erreur, il s'ensuivait clairement qu'il méritait mieux d'être écouté que tous les philosophes; Celse, au ne siècle, n'avait eu garde de faire un pareil aveu. Vainement les éclectiques prétendaient que la doctrine de Jésus avait été mal rendue par ses disciples, on pouvait leur demander : L'cntendez-vous mieux que ceux qui ont été instruits par Jésus lui-même? Jusqu'ici nous ne voyons pas en quoi l'éclectisme affaiblissait les arguments de nos apologistes. — 3" Les deux preuves principales employées par ces derniers étaient la sainteté de la morale chrétienne, les vertus et les miracles du Sauveur; les éclectiques n'osèrent contester ni l'un ni l'autre, ibid., n. 23; mais ils copièrent celte morale, ils attribuèrent des miracles et des vertus à Apollonius de Thyane, à Pythagore, à Plotin, etc.; ils soutinrent que parla théurg;e on pouvait commander aux génies ou démons, et opérer des pro;!iges par leurs secours ; n. 25, 23, 27. Malheureusement il ne se trouvait point de témoins oculaires qui pussent attester les miracles ni les vertus des philosophes théurgistes, au lieu que ceux de Jésus-Christ étaient publiés par ses disciples mêmes, et non contestés par ses ennemis : Celse avait eu déjà recours au même expédient avant les éclectiques, et il lui avait fort mal réussi.

Faisons ici quelques réflexions. En premier lieu , Mosheim nous paraît contredire ici ce qu'il a soutenu ailleurs ; Hist. ecclés., n* siècle, iie part., c. 3, § 7 et 8, il dit que les premiers défenseurs du christianisme ne furent pas toujours heureux dans le choix de leurs arguments , que les raisons dont ils se servent, pour démontrer la vérité et la divinité de notre religion, ne sont pas aussi con-

vaincantes que celles qu'ils emploient pour prouver la fausseté et l'impiété du paganisme. Dans sa dissertation , il suppose que tous ces arguments étaient péremptoires avant que les éclectiques n'eussent réussi à les affaiblir; en second lieu, il n'est pas question de savoir quels efforts , quelles ruses, quels sophismes les éclectiques ont mis en usage pour énerver les preuves du christianisme et pour en retarder les progrès, mais de savoir s'ils y ont réussi ; car enfin si leurs efforts n'ont rien opéré , s'ils n'ont abouti qu'à mieux faire éclater la puissance divine qui soutenait notre religion, où est le malheur qui en est résulté? Or, nous en jugeons par l'événement; avec tous leurs artifices ils n'ont pu empêcher ni le christianisme de devenir la religion dominante, ni leur secte de déchoir et de s'anéantir enfin avecle paganisme. En troisième lieu, Mosheim nous donne ici le change; il avait à prouver principalement le mal qu'a fait à l'Eglise l'éclectisme des Pères, et il emploie quatorze ou quinze articles de sa dissertation à montrer le mal qu'a produit l'éclectisme des philosophes païens; c'est de l'érudition prodiguéeà pure perte, uniquement pour détourner l'attention du lecteur du vrai point de la question. Brucker a fait de même dans tout son ouvrage. Mosheim prétend, n. 28 et 29, que 1 s artifices des éclectiques retinrent plusieurs païens dans leur religion; cela peut être, mais cela n'est pas prouvé ; ils firent, dit-il , apostasier plusieurs chrétiens; cependant il n'en cite qu'un seul exemple positif, savoir, l'empereur Julien. Or, il est certain que cet esprit vain, léger, ambitieux, enclin aufana!isme, fut entraîné à l'idolâtrie par une curiosité efïrén'e de connaître l'avenir et d'opérer des prodiges par la thourg;c; c'est ce qui lui fit ajouter foi aux promisses de Maxime et des autres philosophes païens qui l'obsédaient : il n'y a aucune preuve qu'il ait été séduit par des arguments philosophiques. Saint Basile et saint Grégoire de Nazianze , qui avaient étu lié avec lui , le jugèrent dès sa jeunesse; ils prévirent que ce serait un fort mauvais prince; S. Greg. Naz., Orat. 4, n. 122. D'autres, d t Mosheim, n. 30, demeurèrent comme neutres entre les deux religions; tels furent Ammien-Marccl lin, Chalcidius , Symmaque et Thémistius. Soit. Connaissons-nous les motifs qui les retinrent dans cette indifférence, et sommes-nous certains que ee furent les arguments des éclectiques ? Puisque, dans le se;n même du christianisme, il se trouve des hommes trèsindifférents sur la religion , par caractère et sans motifs raisonnes, il n'est pas fort étonnant qu'il y en ait eu aussi parmi les hommes élevés dans le paganisme. Combien n'en viton pas de cette trempe à la naissance du protestantisme ? Enfin notre critique, n. 33, dé voile les torts des Pères entichés du nouveau platonisme. Quelques-uns, dit-il, se firent une religion mélangée de philosophie et de christianisme, comme Synésius, qui niait la fin du monde et la résurrection future. Quand cela sera, t vrai, ce serait encore une ridiculité de dire

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