‹ Œuvres completes de Bergier (volume 3)Chapitre 199 sur 228 · POE · texte numérisé non relu

POE

POL

Hébreux. Ce dernier, après avoir exposé les sentiments divers des écrivains, finit par juger que l'on ne peut montrer avec certitude, dans le texte hébreu, ni vers cadencés, ni strophes, ni rimes; il n'a pas pu avoir connaissance de l'ouvrage de Lowth et de Miehaëlis, qui n'a paru qu'après sa mort; probablement il aurait changé d'avis s'il l'avait lu. En effet, ces deux critiques, très-habiles dans la langue hébraïque , ont fait voir que les livres dont nous venons de parler sont non-seulement écrits dans le style le plus poétique, mais remplis de figures hardies, de métaphores, de prosopopées , d'images, de comparaisons et d'allégories ; que l'on y trouve le sublime des pensées, du sentiment, de l'imagination et des expressions. A la réserve du poème épique, ils nous montrent, dans ces mêmes livres, toutes les espèces de poëmes, des idylles, des élégies, des odes de tous les genres, des ouvrages didactiques et moraux , même des espèces de drames , tels (pie le cantique de Salomon et le livre de Job. Enfin, ils font sentir combien celle poésie est supérieure à celle des auteurs profanes. « Dans l'origine, dit un académicien trèsinstruit , le but de la poésie fut d'inspirer aux hommes l'horreur du vice , l'amour de la vertu et le désir du ciel ; ce fut même cède union étroite qu'elle eut d'abord avec la religion , qui la rendit dans la suite si amie des fables, parce qu'alors cet amas de fables ridicules composait le corps de la religion, qui , dans tout l'univers, excepté chez les Hébreux, était entièrement corrompue. La noésie eut le même sort, et tandis que chez le peuple de Dieu elle restait toujours pure et fidèle à la vérité, parmi toutes les autres nations elle servit le mensonge avec d'autant plus de zèle , que ce mensonge y tenait la

place de la vérité môme Quel homme

doué d'un bon goût, quand il ne serait pas plein de respect pour les livres saints , et qu'il lirait les cantiques de Moïse avec les mêmes yeux dont il lit les odes de Pindare, ne sera pas contraint d'avouer que ce Moïse, que nous connaissons comme le premier historien et le premier législateur du monde, est en môme temps le premier et le plus sublime des poètes ? Dans ses écr.ts, la poésie naissante parait tout d'un coup parfaite, parce que Dieu même la lui inspire , et que la nécessité d'arriver à la perfection par degrés n'est une condition attachée qu'aux arts inventés par les hommes. Cette poésie, si grande et si magnifique, règne encore dans les prophètes et dans les psaumes : là brille dans son éclat majestueux cette véritable poésie, qui n'excite que d'heureuses passions , qui touche nos cœurs sans nous séduire, qui nous plaît sans profiter de nos faiblesses, qui nous attache sans nous amuser par des contes ridicules , qui nous instruit sans nous rebuter, qui nous fait connai're Dieu sans le représenter sous des images indignes de la Divinité, qui nous surprend toujours sans nous promener parmi des merveilles chimériques : agréable et toujours utile, noble par ses expressions hardies, par ses vives ligu-

res, et plus encore par les vérités qu'elle annonce, elle seule mérite le nom de langage divin. » Mém. de VAcad. des Inscrip., t. V11I, in-12 , p. 392 et W%. Cet auteur en donne pour exemple le cantique d'isaïe, c. xiv, v. h et suivants , qu'il traduit en vers français, ibid., p. 415.

« Pour ne point nous flatter, dit 5 ce sujet l'abbé Fleury , toute notre poésie moderne est fort méprisable en comparaison de cellelà ; elle ne vaut pas mieux que chez les païens. Les principaux sujets , qui occupent nos beaux esprits, sont encore l'amour profane et la bonne chère : toutes nos chansons ne respirent autre chose. Malgré toute l'antiquité que l'on prétend imiter, l'on a trouvé le moyen de fourrer l'amour avec toutes ses bassesses et ses folies dans les tragédies et les poëmes héroïques, sans respecter la gravité de ces ouvrages , sans craindre de confondre les caractères de ces poëmes divers, dsnt les anciens ont si religieusement observé la distinction. Pour moi, je ne puis me persuader que ce soit là le véritable usage du bel esprit, que Dieu ait donné à quelques hommes une belle imagination, des pensées vives et brillantes, de l'agrément et de la justesse dans l'expression , et tout le reste de ce qui fait des poètes, afin qu'ils n'employassent tous ces avantages qu'à badiner, a flatter leurs passions criminelles, et à les exciter dans les autres. . . Pourquoi employer le génie, l'étude et l'art de bien écrire, à donner aux jeunes gens et aux esprits faib'es dés mets soigneusement assaisonnés, qui les empoisonnent et qui les corrompent, sous prétexte de flatter leur goût ? 11 faut donc ou condamner tout à fait la poésie, ou lui donner des sujets dignes d'elle , et la réconcilier avec la véritable philosophie , c'est-à-dire avec la bonne morale etla solide piété. Je crois bien que la corruption du siècle et l'esprit de libertinage qui rognent dans le grand monde, y mettent un grand obstacle ; mais avec des talents et du courage, pourquoi ne viendrait-on pas à bout de le vaincre ? Ne serait-il donc pas possib'e de faire d'excellents po ;mes sûr les mystères de la loi nouvelle, sur son établissement et ses progrès, sur les vertus de nos saints, sur les bienfaits que notre nation, notre pays, notre ville, ont reçus de Dieu, sur des sujets généraux de morale, comme le bonheur des gens de bien, le mépris des richesses, etc. ? Si cela est très-difficile, du moins le dessein en est beau ; et si l'on désespère de pouvoir l'accomplir, il ne faut pas diminuer la gloire de ceux qui y ont réussi. 11 faut estimer et admirer la poésie des Hébreux, quand même elle ne serait pas imitable. » Discours sur la Poésie etc. p. 116.

POLÉMIQUE ( théologie ). Voy. Contho-

Page 1