‹ Œuvres completes de Bergier (volume 3)Chapitre 201 sur 228 · TOL · texte numérisé non relu

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sexes, doit aussi également les égarer. Souvent l'inclination des femmes les pousse à s'échapper de leur prison, et alors elles en sont toujours tes victimes ; la jalousie entretient entre elles une division constante, et les maris sont continuellement occupés à rétablir la paix. » Mém. sur les Turcs, les Tartareset les Egyptiens, t. I, dise, prélim., p. 52. — 3° Quelques spéculateurs superficiels se sont pe.suadé que la polygamie contribue à la population : c'est une erreur; les hommes instruits attestent le contraire. Il est clair que six femmes, qui ont chacune un mari, donneront plus d'enfants que si t lies n'en avaient qu'un seul en commun; cela est confirmé par l'état de dépopulation des contrées de l'Asie, où la polygamie est permise. Les pauvres, qui ne sont pas en état de nourrir plusieurs femmes, ne peuvent user de cette liberté; et les riches, pour satisfaire leur lubricité, enlèvent les lilics que les pauvres pourraient épouser. Gomme un désordre ne manque jamais d'en entraîner d'autres* chez les peuples polygames les maris sont en possession de tuer leurs femmes et leurs lilles, sans encourir aucun chUiment. — k° La pluralité des femmes n'est pas moins contraire à l'éducation des enfants et à l'union des familles. Il e^t impossible que les enfants de plusieurs mères soient également aimés et soignés par leur père; ii y a nécessairement des prédilections; de là les jalousies et les divisions entre les mères et entre leurs enfants. Alors le mariage ne peut produire entre les maris et les femmes, entre le père et les enfants, entre les parents par alliance, le même attachement que dans les contrées où il est réduit à l'unité. — 5° La polygamie ne [ eut t tic établie chez une nation qu'aux dépens des autres. On connaît le commerce infâme qui, dans les ditférentes contrées de l'Asie, se tait des jeunes gens de 1 un et de l'autre sexe pour peupler les sérails de la Turquie et de la Perse, ta coutume abominable do faire des ennuq es [ our ca être les gardiens, les crimes que produisent la lubricité, la jalousie, le libertinage chez les peuples asiatiques. Ceux de nos écrivains, qui ont imaginé que les femmes et les iillcs éievées uans la retraiie d'un sera 1 devaient avoir les mœurs t'rès-pu .es, se sont grossièrement trompés; plusieurs voyageurs attestent le contraire.

Il est donc certain que Jésus-Christ, en rétablissant le mariage dans son unité et sa sainteté primitives, a mieux pourvu à l'observation du droit naturel et au bien général que tous les autres législateurs. La condamnation qu'il a fuite de la polygamie ne peut être envisagée comme une simple loi positive, susceptible de dispense, de dérogation ou d'abrogation; le bien commun de l'humanité exige absolument cette loi dans l'état de société civile. Tout peuple, chez lequel cette loi sainte est impunément violée, ne sera jamais parfaitement policée De là il s'ensuit que Calvin, qui a taxé d'adultère la polygamie des patriarches, était dans l'erreur; rju« Luther, qui a prétendu qu'elle n'est pas

actuellement contraire au bien général, qui môme a eu la faiblesse de la permettre au landgrave de Hesse, a été encoro plus coupable. On ne pouvait alléguer on faveur de ce prince l'avantage de ses sujets ni aucun motif d'utilité publique; il n'exposa point d'autre raison, en demandant dispense, que la lubricité de son tempérament. Jlist, des Variât., 1. vi, § 1 et suiv. Aucune loi romaine ne permettait la polygamie; il ne fut donc pas difficile aux pasteurs de l'Eglise d'obliger, par les peines canoniques, les fidèles à observer la loi de l'Evangile qui la défendait; les polygames fuient donc condamnés à quatre ans de pénitence publique, Bingham, Orig. ecclés., I. xvi, § 5. Mais, lo;sque les barbares eurent apporté dans nos climats toute la grossièreté et la licence des mœurs de la Germanie, cette discipline reçut souvent des attentes; nous voyons que plusieurs de nos rois de la première race s'obstinèierit à prendre plusieurs épouses, et voulurent les garder. Heureusement la résistance courageuse dos papes lit peu à peu cesser ce scandale. Cette Joi est sujette à des inconvénients, sans doute; elle peut palaitre dure dans certaines circonstances, et plusieurs dissertateurs modernes l'ont fait remarquer; mais ces inconvénients ne seront jamais aussi grands que ceux qui résulteraient de la polygamie. Quand il est question de peser les avantage s et les inconvénients d'une loi, il faut avoir égard à l'intérêt gène; al plutôt qu'à celui d*.s particuliers.

On prétenu qu'au xvr siècle il y eut des hérétiques qui soutinrent que la polygamie pouvait être permise en certains cas. Bernardin Oehin, qui avait été général des capucins, et qui ai ostasia pour embrasser le protestantisme, était de ce nombre; il fut banni de la Suisse en 15+3, à cause de ses sentiments; il se retira en Pologne, où il embrassa les erreurs et la communion des antilrinitaires cl des anabaptistes, et il mourut dans la misère en 156'+. Ses sectateurs furent nommés polygamistes, mais il paraît qu'ils ne furent pas en grand nombre, et qu'ils ne tirent pas beaucoup de bruit. C'est cependant un exemple du libertinage d'esprit et de cœur que la prétendue réforme inspirait à ses | artisans.

POLYGLOTTE, Bible imprimée en plusieurs langues ; c'est la signification de ce terme grec. La première qui ait paru est celle du cardinal Ximénès» imprimée eu 1515, à Alcala de Hénarès, en Espagne; on la nomme communément la Bible de Complute; elle est en 0 volumes in-folio et en quatre langues. Elle contient le texte hébreu, la paraphrase chai laïque d'Onkélos sur le Pentateuquc seulement, la version gi ecque des Septante et l'ancienne veision latine ou italique. On n'y a point mis d'autre traduction latine du texte hébreu que cette dernière, mais on en a joint une littérale au grec des Septante. Le texte grec du Nouveau Testament y est imprimé sans accents, afin de représenter plus exactement les anciens exemplaires grecs où les accents ne sont

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point marqués. On a placé à la fin un apparat des grammairiens, des dictionnaires et des tables. Cette Bible est rare et fort chère. François Ximénès de Cisneros, cardinal et archevêque de Tolède, qui est le principal auteur de ce grand ouvrage, marque, dans une lettre écrite au pape Léon X, qu'il est à propos de donner l'Ecriture sainte dans les textes originaux, parce qu'il n'y a aucune traduction, quelque parfaite qu'el'e soit, qui les représente parfaitement. — La seconde polyglotte est celle de Philippe IL imprimée a Anvers, chez Plantin en 1572, parles soins d'Arias Monlanus. Outre ce qui était déjà dans la Bible de Complute, on y a mis les paraphrases chaldaïques sur le reste de l'Ecriture sainte, avec l'interprétation la'ine de ces paraphrases. Il y a aussi une version latine littérale du texte hébreu, pour l'utilité de ceux qui veulent apprendre la langue hébraïque. A l'égard du Nouveau Testament, outre le grec et le latin de la Bible d'Alcala, on a joint à cette édition l'ancienne version syriaque en caractères syriaques et en caractères hébreux avec des points-voyelles, pour en faciliter la lecture à ceux qui sont accoutumés à lire l'hébreu. On a aussi ajouté à cette version syriaque une interprétation latine composée par Gui Le Fèvrc, qui était chargé de l'édition sjriaque du Nouveau Testament. Enfin l'on trouve dans la polyglotte d'Anvers un plus grand nombre de grammaires et de dictionnaires que dans celle de Complute, et plusieurs petits traités nécessaires pour éclaircir les endroits les plus difficiles du texte. — La troisième polyglotte est celle de Le Jay, imprimée à Paris en 16i5. Elle a cet avantage sur la Bible royale de Philippe II, que les versions syriaque et arabe de Y Ancien Testament y sont avec des interprétations latines. Elle contient de plus sur le Pentateuque le texte hébreu samarita:n, et la version samaritaine en caractères samaritains. Le Nouveau Testament y est conforme à celui de la polyglotte d'Anvers, mais on y a jo nt une traduction arabe avec une interprétation latine. Il y manque un apparat, les grammaires et les dictionnaires qui sont dans les deux autres polyglottes, ce qui rend imparfait ce grand ouvrage, recommandable d'ailleurs par la beauté des caractères. — La quatrième est la polyglotte d'Angleterre, imprimée à Londres en 1G57, et souvent appelée Bible de Walton, parce que Bryan Walton, depuis évoque de Winchester, prit le soin de la faire imprimer. Elle n'est pas, à la vérité, aussi magnifique pour la beauté des caractères ni pour la grandeur du papier que celle de Le Jay, mais elle est plus ample et plus commode. On y trouve la vulgate, selon l'édition revue et corrigée par Clément VIII, au lieu que dans celle de Paris la vulgate est telle qu'elle était dans la Bible d'Anvers avant la correction. Il y a de plus une version latine interlinéaire du texte hébreu, au lieu que dans l'édition de Paris il n'y a point d'autre version latine sur l'hébreu que notre vulgate. Dans la polyglotte d'Angle'.erre, le grec des Septante n'est pas

celui de la Bible de Complute, que l'un a gardé dans les éditions d'Anvers et de Paris, mais le texte grec de l'édition de Rome, auquel on a joint les diverses leçons d'un autre exemplaire grec fort ancien, appelé alexandrin, parce qu'il est venu d'Alexandrie. Voy. Septante. La version latine du grec des Septante est celle que Flacninius Nobilius fil imprimer à Rome par l'autorité du papo Sixte V. Il y a de plus, dans la polyglotte d'Angleterre, quelques parties de la Bible en éthiopien et en persan qui ne se trouvent point dans celle de Paris, des discours préliminaires ou prolégomènes touchant le texte original, les versions, la chronologie, etc., avec un volume de diverses leçons de toutes ces différentes éditions. Enfin l'on y a joint un dictionnaire en sept langues, composé par Castel, en 2 vol., ce qui fait un total de 8 vol. in-folio. — Une cinquième polyglotte est la Bible de Huttcr, imprimée à Nuremberg en 1599, en douze langues; savoir, l'hébreu, le syriaque, le grec, le latin, l'allemand, le saxon ou le bohémien, l'italien, l'espagnol, le français, l'anglais, le danois, le polonais ou esclavon. — On peut aussi mettre au nombre des polyglottes deux Pentatouques, que les Juifs deConstantinople ont fait imprimer en quatre langues, mais en caractères hébreux. L'un, imprimé en 1551, contient le texte hébreu en gros caractèr s, qui a d'un côté la paraphase chaldaïque d'Onkélos en caractères médiocres, de l'autre une paraphrase en persan composée par un juif nommé Jacob, avec le surnom de sa ville. Outre ces trois colonnes, la paraphrase arabe de Saadias est imprimée au haut des pages en petits caractères, et au bas est placé le commentaire de Rasch. L'autre Pentateuque, imprimé en 15V7, a trois colonnes comme le premier. Le texte hébieu est au milieu, à l'un des côtés une traduction en grec vulga're, à l'autre une version en langue espagnole. Ces deux versions sont en caractères hébreux, avec les points-voye.les qui fixent la prononciation. Au haut des pages est la paraphrase chaldaïque d'Onkélos, et au bas le commentaire de Rasch.

De ce même genre est le Psautier que Augustin Justiniani, religieux dominicain et évoque de Nébio, fit imprimer à Gênes, en quatre langues, l'an 1516; il contient l'hébreu, le chaldéen, le grec et l'arabe, avec les interprétations latines et des gloses. On a encore la Bible polyglotte de Vatable, en hébreu, grec et latin. Celle de Volder, en hébreu, grec, latin et allemand. Celle de Polken, imprimée l'an 15V6, est en hébreu, en grec, en éthiopien et en latin. Jean Draconits, de Carlostad en Franconie, donna, l'an 1565, les Psaumes, les Proverbes de Salomon, les prophètes Michéc et Joël, en cinq langues, en hébreu, en chaldéen, en grec, en latin et en allemand. Le premier modèle de toutes ces Bibles ont été les Hcxaples et les Octaples d'Origène, Voy. Hexaples. Le père Lelong de l'Oratoire a traité avec soin des polyglottes dans un volume in-12 qu'il a publié sur ce sujet; il est intitulé : Discours historique

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