‹ Œuvres completes de Bergier (volume 3)Chapitre 215 sur 228 · TRI · texte numérisé non relu

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nistes. Sulpice-Sévère, auteur contemporain, dans son Histoire sainte, 1. n, c. 46, et saint Jérôme, Epist. 43, ad Ctesiph., col 476, nous apprennent que ces sectaires réunissaient aux erreurs des manichéens celles des gnostiques.

Ceux môme qui sont le plus portés à les excuser, avouent qu'ils niaient, comme les manichéens, la réalité de la naissance et de l'incarnation de Jésus-Christ ; qu'ils soutenaient que le monde visihle n'était pas l'ouvrage de l'Être suprême, mais celui de quelque démon, ou du mauvais principe. Ils adoptaient la doctrine des gnostiques touchant les éons, prétendus esprits émanés de Ja nature divine. Ils considéraient les corps humains comme des prisons que l'auteur du mal avait construites pour y enfermer les esprits célestes ; ils condamnaient le mariage et niaient la résurrection des corps. Mosheim, Hist. ccclés., iv siècle, n° part., c. 5, § 22. Voilà certainement les principales erreurs des manichéens et des gnostiques; il n'est donc pas étonnant que l'on ait attribué aux priscillianistes les autres opinions fausses de ces deux sectes, savoir, qu'il n'y a pas trois Personnes en Dieu, que les âmes humaines sont de la même substance que Dieu, que l'homme n'est point libre dans ses actions, mais soumis à la fatalité, que l'ancien Testament n'est qu'une allégorie , que l'usage de manger de la chair est criminel et impur. Nous pouvons donc ajouter foi à ceux qui nous disent que ces mêmes hérétiques jeûnaient le dimanche, le jour de Noël et le jour de Pâques, pour attester qu'ils ne croyaient ni la naissance ni la résurrection du Sauveur , qu'ils recevaient dans leurs mains l'eucharistie , mais qu'ils ne la consommaient pas, parce qu'ils ne croyaient pas la réalité de la chair de Jésus- Christ. L'on ajoute qu'ils s'assemblaient la nuit et dans des lieux écartés, qu'ils priaient nus, hommes et femmes, et qu'ils se livraient àl'impudicité, qu'ils gardaient un secret inviolable sur ce qui se passait dans leui s assemblées , et qu'ils n'hésitaient pas de se parjurer pour tromper ceux qui voulaient le savoir. Priscillien et ceux qu'il avait séduits furent d'abord condamnés dans un concile de Saragosse l'an 381, et dans un autre, tenu à Bordeaux, en 385. Cet hérésiarque , ayant appelé de cette sentence à l'empereur Maxime qui résidait à Trêves, fut convaincu par ses propres aveux de la plupart des erreurs et des désordres dont nous venons de parler ; conséquemment il fut condamné à mort et exécuté avec plusieurs de ses partisans. Leur supplice n'éteignit point le priscillianisme ; il en demeura des sectateurs en Espagne, et ils y causèrent des troubles pendant près de deux siècles ; saint Léon fit tous ses efforts pour extirper en Italie et en ïïspagne jusqu'aux derniers restes des manichéens et des priscillianist es; mais il paraît que ces derniers susbsistaient encore au milieu du vi' siècle.

Tillemont, qui a peint ainsi ces hérétiques et leurs erreurs, cite pour garants non-seu-

lement Sulpice-Sévère, saint Ambroise et saint Jérôme, auteurs contemporains; saint Augustin et saint Léon, qui ont vécu immédiatement après ; mais encore les actes îles conciles qui ont condamné ces hérétiques, Mém., t. VIII, p. 491 et suiv.

On a cependant entrepris, dans l'ancienne Encyclopédie , de les justifier, et défaire retomber tout l'odieux du scandale sur leurs accusateurs et sur leurs juges. L'auteur de cet article a copié Beausobre dans son Histoire du Manichéisme, et dans sa Dissertation sur les Adamites ; l'ambition de ce dernier était de disculper tous les hérétiques aux dépens des Pères de l'Eglise. Mais Mosheim, plus judicieux, blâme ceux qui suivent aveuglément Beausobre, sans examiner ce qu'il y a de vrai ou de faux dans ce qu'il dit. Hist. ccclés., iv' siècle, n' part.,c. 5, § 22, note (0).

L'encyclopédiste observe d'abord que Sulpice-Sévère attribue à Priscillien beaucoup de belles qualités, ce l'esprit, de l'érudition, de l'éloquence, l'application au travail, la sobriété, le désintéressement. Mais les talents ni les vertus ne mettent point un homme à couvert de l'erreur, cela est prouvé par l'exemple de plusieurs autres hérésiaiques ; plus leurs principes ont été corrompus, plus ils ont affecté les dehors de la vertu. Sulpice- Sévère reproche aussi à Priscillien beaucoup de vanité et d'orgueil que lui inspirait son habileté dans les sciences profanes; c'était assez de ce vice pour l'égarer. 11 était aussi accusé d'avoir étudié la magie, et dans la suite il le fut d'avoir eu un commerce criminel avec des femmes. - Il observe en second lieu que , suivant l'aveu de saint Augustin, les livres des priscillianistes ne contenaient rien oui ne fût catholique ou très-peu différent de la foi catholique. Comment concilier, dit-il, ce témoignage avec les erreurs des gnostiques et des manichéens que ce même Père leur attribue? Mais cet apologiste charitable en impose sur saint Augustin. Ce Père dit que les priscillianistes prêchent la foi catholique à ceux qu'ils craignent, non pour la suivre, mais pour se cacher sous ce masque; qu'il n'y eut jamais d'hérétiques plus fourbes ni plus habiles à déguiser leurs vrais sentiments. Epist. 237, adCerelium, n. 3. — Plusieurs Pères, continue notre critique, ont cru que l'âme émanait de Dieu, sans la croire consubstantielle à Dieu ; il a pu en être de même des priscillianistes. Autre imposture ; on le défie de citer un seul Père de l'Eglise qui ait enseigné, comme les manichéens, les priscillianistes et les stoïciens, que les âmes humaines sortaient de la substance de Dieu par émanation. Voy. Emanation. — Il ne veut pas que les priscillianistes aient confondu, comme Sabellius, les Personnes divines ; ils croyaient, dit-il, la préexistence du Verbe, mais ils ne le croyaient pas fils de Dieu, parce que ce titre ne lui est pas donné dans l'Ecriture : suivant leur opinion , Jésus- Christ n'était Fils de Dieu qu'autant qu'il était né de la Vierge. Comment cet écrivain n'a-t-il pas vu qu'il se réfute lui-même? Puisque les priscillianistes n'admettaient pas

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la divinité du Verbe, ils n'admettaient donc pas trois Personnes en Dieu, non plus que Sabellius et les autres antitrinitaires. Puisqu'ils ne croyaient point l'incarnation d'une Personne divine, ils étaient donc dans l'erreur sur les deux principaux dogmes du christianisme. Cependant leur apologiste persiste à dire qu'il est fort incertain si ces sectaires soutenaient quelques erreurs, et quelles étaient leurs opinions.

Il ne veut pas croire, non plus que Mosheiin, que ces hérétiques mentaient et se parjuraient sans scrupule pour cacher leurs erreurs et leurs mystères, et qu'ils se livraient à l'impudicité dans leurs assemblées ; cela n'est prouvé, dit-il, que parle témoignage d'un nommé Fronton qui avait feint d'être de leur parti, afin de découvrir ce qui se passait parmi eux. Il se trompe ; les preuves sont, 1° la confession de Priscillien lui-môme, qui se reconnut coupable de plusieurs turpitudes; 2° l'aveu de plusieurs de ses sectateurs qui se convertirent ; S. Aug., ibid.;3"\e jugement de Sulpice-Sévère, qui, très-disposé d'ailleurs à les excuser, lesappelledes hommes très-indignes de vivre, luce indignissimi; 4" la différence des peines qu'ils subirent ; pendant que les plus coupables furent punis ds mort, les autres furent seulement exilés. L'apologiste oppose à ces preuves, 1° le silence de saint Jérôme, qui ne reproche point de crimes à Latronien ni à Tibérien, deux des chefs. Qu'importe, dès qu'il les reproche à la secte en général. Voyez la lettre citée. Saint Ambroise, dit-il, témoigne de la compassion pour le vieux évoque Hyginus qui fut envoyé en exil; soit : ce vieillard pouvait n'avoir eu aucune part aux crimes de la secte. Mais lorsque les priscillianistes condamnés au concile de Saragosse voulurent se justitier auprès du pape Damase, ce pontife ne voulut pas seulement les voir, et saint Ambroise fit de môme, Sulpit. Sever., Lu, c. 49. 11 n'est pas vrai que Sulpice-Sévère ait dit que l'on reconnaissait plutôt les priscillianistes à la modestie de leurs habits et à la pâleur de leur visage qu'à la différence de leurs sentiments. Nos adversaires ne se corrigeront-ils jamais de la mauvaise habitude de falsifier les auteurs? Sulpice-Sévère dit qu'il est moins indigné contre les priscillianistes que contre leurs accusateurs ; cependant il appelle la conduite des premiers une perfidie, leur doctrine, une peste pour VEspagne, leur société, une secte pernicieuse, et ceux qui furent suppliciés , des hommes indignes de vivre. Il observe que Priscillien, Instantius et Salvianus gagnèrent l'Italie avec le cortège très-indécent de leurs femmes et d'autres personnes du sexe de mauvaise réputation ; cela ne convenait guère à trois évoques.

2" L'on cite en leur faveur Latinius Pacatus, orateur païen, qui, dans le panégyrique de Théodose, aprèsla défaite de Maxime, déplore la cruauté avec laquelle ce dernier avait fait supplicier non-seulement des hommes, mais des femmes. 11 dit que Euchrocie, veuve du poète Delphidius, qui eut la tôle tranchée, n'avait point d'autre crime que d'être trop

religieuse et trop attachée au culte de la Divinité. Mais que prouve le témoignage d'un païen trompé par l'extérieur hypocrite de ces sectaires? Convenait-il a une femme honnête et vertueuse de suivre des évoques condamnés pour hérésie en Italie et dans les Gaules, et de mener avec elle sa fille Procula, que l'on accusait d'avoir eu un commerce impudique avec Priscillien? Ce mépris des bienséances était plus propre à confirmer les soupçons qu'à les dissiper. On sait d'ailleurs que les beggards et d'autres, coupables des mômes désordres que les priscillianistes, n'avaient pas un air moins dévot ni moins mortifié.

3° Sulpice-Sévère appelle les témoins qui déposèrent contre Priscillien et contre ses adhérents, des hommes vils; mais ils ne furent pas les seuls, puisque ce chef de parti avoua lui-môme les turpitudes dont il était coupable, et que ceux qui se convertirent dans la suite confirmèrent cet aveu. On dit que la confession de Priscillien lui fut arrachée par la torture. Cela est faux. Sulpice- Sévère dit que les témoins s'accusèrent euxmômes et leurs compagnons avant l'interrogatoire, ante quœstionem ; c'est mal à propos que l'on veut entendre par là les tortures de la question.

4° Les principaux accusateurs, dit l'apologiste, firent Ithace et Idace, évoques espagnols, hommes méchants et très-vicieux, avec deux autres nommés Magnus et Rufus, dont Sulpice-Sévère parle avec horreur et mépris. Nous convenons que ces évoques firent un personnage odieux et indigne do leur confrère, en poursuivant des hérétiques au tribunal d'un prince de mauvais caractère. Ils furent détestés avec raison par leurs confrères, et surtout par saint Martin, qui demanda grâce pour les priscillianistes ; mais la passion des accusateurs ne prouve pas l'injustice de la sentence.

5° Le juge fut un nommé Evode, préfet du prétoire, homme dur et sévère. Cependant ce magistrat si dur, après avoir convaincu les accusés, ne voulut pas prononcer la sentence, il renvoya les pièces du procès à l'empereur. Celui-ci , tout méchant qu'il était, suivit encore les règles de la justice, puisqu'il ne condamna que les plus coupables à la mort ; il se contenta d'exiler les autres, ou pour toujours, ou seulement pour un temps. On dit qu'il en voulait principale- .ment aux biens des priscillianistes, cela peut être; mais il n'était pas nécessaire de les faire périr pour confisquer leurs biens. Après la mort de ce tyran, l'on ne découvrit aucune preuve de leur innocence, et lorsque saint Léon, dans le siècle suivant, recommença les informations contre les priscillianistes, il retrouva parmi eux les mêmes erreurs et les mêmes désordres qui avaient régné parmi leurs prédécesseurs. S. Léo, cp. 93, ad Turibium, c. 1.

6° Dans le concile de Saragosse, on reprocha aux priscillianistes des irrégularités et non des crimes. On voit par les canons de ce concile que parmi eux les laïques et les

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femmes enseignent qu'ils ont des assemblées secrètes dans les lieux écartés, qu'ils jeûnent le dimanche, qu'ils marchent pieds nus, que quelques-uns reçoivent l'eucharistie sans la manger à l'église, quo plusieurs de leurs prêtres quittent leur ministère pour entrer dans l'état monastique. Ce concile aurait-il passé sous silence des crimes capitaux, tels que la prostitution, la nudité, le parjure, etc., si les priscillianistes en avaient été réellement coupables? A cela nous répondons, 1° que nous n'avons qu'une partie des actes du concile de Saragosse, qu'ainsi nous ne savons pas ce que portaient les canons qui ne subsistent plus; 2" que les évoques de ce concile n'ont pu juger que des délits qui leur étaient connus; or, il est probable qu'à la naissance du priscillianisme en Espagne, les partisans de cette hérésie ne se livrèrent pas d'abord aux crimes énormes que l'on vit bientôt éclore parmi eux. Elle aurait d'abord révolté toutes les âmes honnêtes. Mais s'ils se sentaient absolument innocents, pourquoi ne voulurent-ils comparaître ni au concile de Saragosse ni à celui de Bordeaux ? Voyez Sulpice-Sévi- re à l'endroit cité.

7° Les évoques qui renoncèrent au priscillianisme n'abjurèrent que des erreurs; saint Ambroise trouvait bon que l'on conservât dans les bénéfices et les dignités ceux qui se réuniraient à l'Eglise. Dictinnius, l'un d'entre eux, est révéré comme un saint en Espagne. Aussi ne disons-nous pas que tous les priscillianistes étaient coupables des mômes dérèglements; plusieurs s'étaient laissé séduire par les apparences de vertu et de piété qu'afîectaient les hérétiques; ils furent détrompés lorsqu'ils apprirent les turpitudes auxquelles la plupart se livraient. Ils revinrent donc de bonne foi à l'Eglise ; pourquoi les aurait-on dépouillés de leurs dignités? Une erreur innocente à laquelle un homme a renoncé dès qu'il l'a connue, ne peut pas l'empêcher de devenir un saint : tel a été sans doute le cas de Dictinnius.

8* Enfin, on a condamné dans les priscillianistes, dit notre auteur, la doctrine de saint. Augustin ; selon ce Père , l'homme est déterminé invinciblement au mal par la corruption de sa nature, ou au bien par l'action du Saint-Esprit. A la vérité cette doctrine ôte à l'homme la liberté d'indifférence, cependant elle a été solennellement approuvée >ar l'Eglise ; ainsi saint Léon, en réfutant es priscillianistes, ne s'est pas aperçu qu'il réfutait saint Augustin. Cette calomnie des protestants et de quelques autres hérétiques a été mille fois réfutée; jamais saint Augustin n'a dit que l'homme était invinciblement déterminé à une bonne ou à une mauvaise action ; il ne s'est servi du mot invinciblement qu'en parlant du don de la persévérance finale qui renferme la mort en état de grâce; un homme peut-il encore résister à la grâce après sa mort? Le saint docteur a rejeté la liberté d'indifférence, prise dans le sens dès pélagiens, pour un penchant égal au bien et au mal, pour une égale facilité de faire l'un

ou l'autre par les seules forces du libre arbitre. Tout catholique la rejette dans ce sens. Mais deux pouvoirs réels et deux pouvoirs égaux ne sont pas la même chose, saint Léon n'était pas assez ignorant pour s'y tromper.

Puisque le priscillianisme a subsisté en Espagne pendant près de deux cents ans, qu'il y a causé des disputes et des troubles, qu'enfin ceux qui y étaient tombés sont revenus à l'Eglise, les Pères, tels que saint Jérôme, saint Ambroise, saint Augustin, saint Léon, Paul Orose qui vivait en Espagne, les évoques du concile de Brague tenu l'an 5G3, ont été certainement très à portée de le connaître; il nous parait que leur témoignage est d'un tout autre poids que les conjectures et les visions des critiques protestants. Ceuxci d'ailleurs ne s'accordent point dans le jugement qu'ils portent de ces anciens hérétiques. — On voit par la lettre que nous avons citée de saint Léon à Turib us, que cet évoque espagnol l'avait averti de la renaissance du priscillianisme en Espagne; ce même évoque en connaissait si bien les erreurs, qu'il les avait exposées et rangées en dix-se; t articles, sur chacun desquels saint Léon fait des réflexions. Aujourd nui l'on vient nous dire que nous ne savons pas certainement quelles étaient les erreurs des priscillianistes, parce que no ;s n'avons plus leu; s livres; qu'aucun ancien historien ne nous a fidèlement exposé leur doctrine. Que manquait-il donc à l'évêque Turïbius pour la connaître, et quel motif pouvait-il avoir de ne pas l'exposer exactement à saint Léon?

En parlant de l'horreur qu'inspire aux évoques des Gaules, et surtout à saint Martin, la conduite des accusateurs de Priscillien, Mosheim dit que les chrétiens n'avaient point encore appris que ce fût un acte de piété et de justice de livrer les hérétiques aux magistrats pour les faire punir: cette doctrine abominable, continue-t-il, était réservée pour les temps auxquels la leiigion devait devenir un instrument de despotisme, de haine et de vengeance. Ce trait de malignité porte à faux, manque de justesse et d'équité. 1° Longtemps avant la procédure faite contre Priscillien, il y avait eu des lois portées par les empereurs contre les hérétiques, en particulier contre les manichéens et contre les donatistes, et plusieurs avaient été punis. 2° Ce ne sont pas les évoques qui avaient livré Priscillien aux magistrats, c'est lui-même qui avait appelé du jugement des évoques à celui de l'empereur; par le premier il aurait été condamné tout au plus à être dégradé de l'épiscopat et privé de la communion ; par le second il fut condamné à mort. 3° Il y a de la calomnie à insinuer que l'on a livré aux magistrats toutes sortes d'hérétiques ; cela n'a été fait qu'à ceux dont les erreurs ou la conduite intéressaient l'ordre public et le bien temporel de la société. Or, telles étaient les erreurs des manichéens et des priscillianistes. « Les princes ont compris, dit saint Léon, que laisser à ces sectaires la vie et la liberté de dogmatiser,

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c'était détruire loutc honnêteté dans ies mœurs, dissoudre tous les mariages, fouler aux pieds toutes les lois divines et humaines. » Epist. cit. 4° Que signifie livrer les hérétiques aux magistrats pour les punir? C'est laisser aux magistrats le soin déjuger si les hérétiques méritent ou non d'être punis par des peines afllictives; mais par celte expression perfide les protestants veulent faire entendre que les évoques ont saisi les hérétiques par violence, les onteondamnés àmort, et les ont ensuite livrés pieds et poings liés aux magistrats pour exécuter la sentence; c'est ainsi qu'ils en imposent aux ignorants. — A l'article saint Léo\, nous avons justifié ce saint pape contre les calomnies de Beausohre, qui l'accuse d'avoir attribué aux manichéens et aux priscillianistes des erreurs qu'ils ne soutenaient pas, et des désordres desquels ils n'étaient pas coupables.

P1USG1LLIENS. Voy. Montanistes.

PROBABILISME, PROBABILITES. Iï y a eu entre les casuistes une dispute longue et vive pour savoir quelle conduite on doit tenir entre deux opinions plus ou moins probables, dont l'une décide que telle chose est permise, l'autre qu'elle no l'est pas. Sur ce point, comme sur plusieurs autres, l'on a donné dans les deux excès. Quel|ues-uns ont soutenu qu'il est permis de suivre l'opinion la moins probable, et ils entendaient par opinion probable, toute opinion en faveur de laquelle on pouvait citer au moins le sentiment d'un docteur de quelque réputation ; ils ont été appelés probabilisles. Il est aisé de voir que cette morale était absurde et condamnable. D'autres ont prétendu que l'on ne peut, en sûreté de conscience, suivre jamais une opinion, quelque probable qu'elle soit; qu'il faut toujours prendre pour règle une opinion certaine et incontestable; on les a nommés antiprobabilistes. Autre excès qui nous mettrait hors d'état d'agir dans une iniinilé de circonstances dans lesquelles il faut nécessairement prendre un parti, sans pouvoir cependant sortir du doute dans lequel on est touchant ce que la loi prescrit. Le seul milieu raisonnable et le seul approuvé par l'Eglise est qu'entre deux opinions en faveur desquelles il y a des raisons et des autorités, il faut, après un sérieux examen, suivre celle qui paraît la mieux fondée, atin de ne pas s'exposer témérairement au danger de pécher.

Mais il ne faut pas croire que tous les probabilistes ont donné dans le même excès de relâchement; plusieurs ont entendu par opinion probable, non celle en faveur de laquelle on peut citer tout au plus une ou deux autorités, mais celle qui est appuyée sur des raisons, et soutenue par un nombre de docteurs graves et non suspects. Le probabilisme ainsi entendu a été le sentiment commun des casuistesde toutes les écoles, de tous les ordres religieux et de toutes les nations; il y a de l'entêtement à soutenir que ce sentiment était une corrup:ion de la morale, un principe de fausses décisions, un moyen d'excuser et d'autoriser tous les pécheurs.

Cependant, en confondant le probabilisme ainsi conçu avec le probabilisme le plus relâché, on a trouvé le moyen de persuader aux ignorants et aux demi-savants que ce dernier était le sentiment commun des seuls casuistes jésuites, h l'exclusion de tous les autres. C'est ce que Pascal a soutenu avec tout l'esprit et toute la malignité possibles dans les Lettres provinciales ; d'autres se sont efforcés de prouver tout ce qu'il avait dit, et l'on a écrit amplement pour et contre ce fait, qui a paru fort important. Les protestants n'ont pas manqué de venir à l'appui des accusateurs; en dernier lieu, Moslieim a répété contre les jésuites tous les reproches qui leur ont été faits par esprit de cabale et de parti. Hist. ecclés., xviL' siècle, sect. 3, i" part., c. 1, § 35 ; xvir siècle, sect. 2, i" part., c. 1, § 35. Le traducteur a encore enchéri sur l'original. Néanmoins l'un et l'autre avouent que l'on aurait tort d'imputer à tous les jésuites en général les maximes erronées et les pratiques corrompues qu'on leur a reprochées, que plusieurs de leurs casuistes ont enseigné le contraire. Ils conviennent que les adversaires de cette société cé'èbre ont été plus loin qu'ils ne devaient; qu'ils ont exagéré les choses pour donner carrière à leur zèle et à leur éloquence ; que l'on a imputé à ses membres des principes que l'on tirait par induction de leur doctrine, et qu'ils auraient désavoués; que l'on n'a pas toujours interprété leurs expressions dans leur véritable sens; que l'on a représenté les conséquences de leur système d'une manié, e partiale et qui ne s'accorde pas toujours avec l'exacte équité. Puisque tout cela est vrai, pourquoi répéter encore des accusations dictées par la haine et par la malignité, et dont on est forcé d*avouer l'injustice? Voy. Casuistes.

PROCÈS. Jésus-Christ dit à ses disciples, Matth., c. v, v. 38 : Vous savez ce qu'il est dit : On exigera œil pour œil et dent pour dent; pour moi je vous dis de ne point résister au mal (ou au méchant); mais si quelqu'un vous frappe sur une joue, tendez-lui l'autre. Si quelqu'un veut plaider contre vous et vous enlever votre robe, abandonnez-lui encore votre manteau. Saint Paul a répété la même mora'c aux fidèles. 1 Cor., c. vi, v. 6. Parmi vous, dit-il aux Corinthiens, un frère plaide contre son frère, et cela par-devant les infidèles. C'est déjà un mal qiï il y ait entre vous des procès ; pourquoi ne pas plutôt souffrir une injure? pourquoi ne- pas supporter une fraude? Les censeurs de l'Evangile ont blâmé hautement cette morale : el!e défend, disent-ils, la juste défense de soi-même; s'il fallait l'observer, la société ne pourrait subsister.

Plusieurs Pères de l'Eglise ont pris a la lettre les paroles de Jésus-Christ et de saint Paul; Athénagore, Légal, pro Christ., cl, dit aux païens : « Non-seulement nous ne nous défendons pas contre ceux qui nous frappent, et nous n'intentons point de procès à ceux qui nous enlèvent notre bien, mais nous avons; appris à tendre l'autre

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joue, etc. » Laclance, Divin. Instit., 1. vi, c. 18, n. 12; saint Basile, Epist. ad ÂmphiL, can.55; saint Grégoire de Nazianze, Oral. 3, soutiennent que c'est un précepte rigoureux pour un chrétien.

Baibeyrac, occupé à chercher des erreurs de morale dans les Pères de l'Eglise, soutient que c'en est ici une très-grave; il leur reproche de n'avoir p'is pris le sens des paroles proverbiales de Jésus-Christ, et d'avoir ainsi condamné la juste défense de soi-même. Pour justifier sa censure, ce grand moraliste aurait dû nous montrer d'abord en quoi son objection est mieux fondée que celles des incrédules, ensuite nous donner le vrai sens des paroles prétendues proverbiales de Jésus-Christ. Puisqu'il n'a fait ni l'un ni l'autre, nous sommes obligés d'y suppléer, de faire voir que le Sauveur, ni sa nt Paul, ni les Pères, n'ont pas tort.

Dans quelles circonstances Jésus-Christ parlait-il à ses disciples? il leur dit : L h cure vient à laquelle quiconque vous ôtera la vie croira faire une œuvre agréable à Dieu [Joan. xvi, 2). Heureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, parce que le royaume des deux est à eux. Vous serez heureux lorsque vous serez persécutés à cause de moi, elc. {Mat th., v, 18). De quoi aurait-il servi aux premiers fidèles, de poursuivre la réparation d'un tort ou d'une injure par-devant les magistrats déterminés à les meltie à mort? Leur patience poussée jusqu'à l'héroïsme devait être une des preuves de la divinité du christianisme, et un des attraits les plus propres à gagner les païens; c'est ce que l'événement a démontré. Cette patience était donc un devoir rigoureux pour les apôtres et pour les premiers chrétiens ; les paroles de Jésus-Christ ne sont pas plus proverbiales que celles de saint Paul. Athénagore n'a donc pas eu tort de les prendre à la lettre en faisant l'apologie du christianisme au tribunal des magistrats.

La leçon que l'Apôtre faisait aux Corinthiens n'était pas moins sage. S'ils n'avaient pas le courage de supporter un tort ouune injure de lapait de leurs frères, comment pouvait-on espérer qu'ils souffriraient patiemment les outrages et l'injustice des persécuteurs? Quelle idée ceux-ci pouvaient-ils concevoir du christianisme, lorsqu'ils voyaient parmi jes chrétiens le môme défaut de charité, les mômes fraudes, les mêmes vengeances que parmi les païens ? A la vérité, lorsque l.acjance, saint Basile et saint Grégoire de Nazianze ont écrit, les choses étaient changées, le christianisme était dominant, mais il restait encore des païens à convertir ; les catholiques étaient exposés à la persécution des ariens; les Pères avaient donc encore de trèsbonnes raisons de répéter aux fidèles les leçons de l'Evangile, sans entrer dans le détail" des différents cas dans lesquels les procès peuvent être excusés ou blâmés. Aujourd'hui môme il est très-vrai de dire en général que tout procès est ou un crime ou un malheur, un combat dangereux pour la vertu; qu'il est bien difficile de plaider sans que la pas-

sion n'y entre pour quelque chose ; que tout plaideur d'inclination est une peste pour la société ; qu'ordinairement il vaut beaucoup mieux souffrir un dommage ou une insulte que d'en poursuivre la réparation par un procès. Les magistrats les plus sages, les jurisconsultes les plus habiles sont en cela de môme avis que les théologiens et les moralistes. Voyez Défense de soi-même.

PROCESSION, marche solennelle du clergé et du peuple, qui se fait dans l'intérieur de l'église ou au dehors, en chaulant des hymnes, des psaumes ou des litanies. Les processions peuvent avoir tiré leur origine de l'ancien usage dans lequel étaient les évoques de célébrer le service divin, non-seulement dans leur église cathédrale, mais encore dans les autres églises de la ville épiscopale, surtout au tombeau des martyrs le jour de leur fête ; ils y allaient en procession, suivis du clergé et du peuple; c'est ce que l'on nommait aussi station. De même lorsque l'évêque devait célébrer dans l'église cathédrale, le clergé des autres églises y allait en procession avec le peuple pour assister à la messe pontificale. 11 est donc hors de proposde chercher l'usage ùas processions tans le paganisme, comme ont voulu faire certains critiques plus malicieux qu'ins'ruits. L'histoire sainte nous parle des marches solennelles qui se sont faites pour transporter l'arche d'alliance d'un lieuà un autre; c'étaient de vraies processions. Les chrétiens firent de même à la translation des reliques des martyrs; il est parlé dans Y Histoire ecclésiastique de Théodoret, 1. m, c. 10, d'une procession célèbre qui se fit l'an 3G2, lorsque les reliques du martyr saint Babilas furent transportées du faubourg de Daphné dans l'église d'Antioche, et de laquelle l'empereur Julien fut très-irrité. Dans la suite on a fait des processions pour rappeler aux fidèles le souvevenir des voyages du Sauveur dans la Judée, pour implorer la miséricorde divine dans des temps de calamité, pour demander à Dieu quelque grâce particulière ; telles sont les processions des rogations, du jubilé, etc. Voy. Litanies. Le P. Lebrun, Explic. des cérém. de la Messe, t. I, p. 85, a parlé fort au long de celle qui se fait le dimanche avant la messe dans la plupart des églises. Les plus célèbres dans toute l'Eglise catholique sont aujourd'hui celles du Saint-Sacrement, le jour et pendant l'octave de la Eête-Dieu.

Dans les siècles passés, lorsque les mœurs étaient grossières et la piété peu éclairée, il se commettait dans certaines processions des indécences ; l'on y voyait des spectacles très-peu propres à exciter la dévotion. Cet abus avait tiré son origine de la représentation trop naïve de nos mystères, qui se faisait souvent les jours de fêtes. Peu à peu Jes évoques sont venus à bout de les supprimer partout ; mais ce n'a pas été sans éprouver de la résistance de la part des peuples. Voy. Fête.

PROCESSION DU SAINT-ESPRIT. Voy.

Saint-Espwt.

PROCHAIN. Ce terme dans l'Ecriture

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