‹ Œuvres completes de Bergier (volume 3)Chapitre 216 sur 228 · IC-29 PRO PKO 1G3Ô · texte numérisé non relu

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sainte signifie quelquefois un proche parent, servira d'attestation jusqu'à la fin des sièclesd'autres fois un homme du môme pays, de la Rien de semblable n'a eu lieu à l'égard des même tribu; souvent il désigne un voisin ou prodiges de l'antiquité païenne, un ami. Mais lorsque Dieu nous commande L'auteur de ce mémoire le termine par d'aimer le prochain comme nous-mêmes, il une réflexion très-sage, et que l'on ne peut veut quenous ayons delà bienveillance pour remettre trop souvent sous les yeux des intous les hommes sans exception, et que nous crédules. «La philosophie moderne, dit-il, leur fassions du bien. C'est ainsi que Jésus- en même temps qu'elle a éclairé et perfec- Christ l'a expliqué par la parole du Samaritain tionné les esprits, les a néanmoins rendus charitable, Luc, c. x, v. 30. Cela n'empô- quelquefois trop dogmatiques et trop décisifs, che pas qu'il ne puisse y avoir de bonnes Sous prétexte de ne se rendre qu'à l'évidence, raisons de faire du bien par préférence à ils ont cru pouvoir nier l'existence de toutes ceux qui paraissant le mériter le mieux. Voy. les choses qu'ils avaient peine à concevoir, Amour du prochain. sans faire réflexion qu'ils ne devaient nier PRODIGE, événement surprenant dont on que les faits dont l'impossibilité est évidemignore la cause, et que l'on est tenté de re- ment démontrée, c'est-à-dire qui impliquent

garder comme surnaturel. Il y a dans les contradiciion Le parti le plus sage,

Mémoires de V Académie des Inscriptions , lorsque la vérité ou la fausseté d'un fait qui t. VI, in-12, p. 70, des réflexions très-sensées n'a rien d'impossible en lui-même n'est pas sur les prodiges rapportés par les écrivains évidemment démontrée, serait de se contendu paganisme. L'auteur , qui n'était rien ter de le révoquer en doute, sans le nier moins que crédule, en distingue de deux absolument. Mais la suspension et le doute espèces : les uns sont des faits qui ne peu- ont toujours été et seront toujours un état vent avoir été produits par aucune cause violent pour le commun des hommes, môme physique, et que l'on serait forcé d'attri- pour les philosophes. La même paresse buer à l'opération de Dieu ou à celle du dé- d'esprit qui porte le vulgaire à croire les faits mon, s'ils étaient bien constatés. Mais aucun les plus extraordinaires sans preuves suflide ces faits n'est suffisamment attesté, aucun sautes, produit un effet tout contraire dans n'est rapporté par des témoins oculaires; les philosophes. Ils prennent le parti de nier ce sont simplement des bruUs adoptés par les faits les mieux prouvés, lorsqu'ils ont la crédulité des peuples, et que les histc- quelque peine à les concevoir, et cela pour riens n'ont jamais prétendu garantir. Les s'épargner la peine d'une discussion et d'un autres, qui sont mieux prouvés, sont des phé- examen fatigant. C'est encore par une suite nomènes naturels, mais qui ont été regardés de la môme disposition d'esprit, qu'ils aff'eccomme miraculeux, parce que l'on n'en tent de faire si peu de cas de l'étude des connaissait pas la cause, et que l'on n'était faits et de l'érudition. Us trouvent bien plus pas accoutumé à les voir. En effet, ces pro- commode de la mépriser que de travailler à rf/grspiétendus se ré.iuisent, 1° k des pluies l'ac juérir , et ils se contentent de fonder ce extraordinaires, comme des pluies de pier- mépris sur le peu de certitude qui aecompares, de briques, de terre, de cendres, de gne ces connaissances, sans penser que les métaux, ou couleur de sang; et ce sont des objets de la plupart de leurs recherches phifaits naturels , causés par l'éruption de losophiques ne sont nullement susceptibles quelque volcan : l'auteur le prouve par plu- de l'évidence mathématique, et ne donnesieurs exemples anciens et modernes; 2Q à ront jamais lieu qu'à des conjectures plus des météores aperçus au ciel tels que les au- ou moins probables, de môme genre que rores boréales, les* feux nocturnes, etc. Ces celles de la critique et de l'histoire, et pour phénomènes n'ont aujourd'hui plus rien lesquelles il ne faut pas une plus grande sad'eifrayant, depuis que, par une savante théo- gacité que pour celles qui servent à éclaircir rie, l'on en a découvert la cause ; mais autre- l'antiquité. D'ailleurs ils devraient faire réfois l'on ne manquait jamais de les envisager flexion que, pour l'intérêt même de la phycomme des signes de la colère du ciel, qui sique, et peut-être encore de la métaphysiannonçaient quelque malheur extraordinai- que, il importerait aux philosophes d'être re, et le peuple le croit encore ainsi. instruits de bien des faits rapportés parles C'estdonc fort mal à propos que les incré- anciens, et des opinions qu'ils ont suivies. dules veulent faire une comparaison de ces Les hommes ont eu à peu près autant d'esprétendus prodiges avec les miracles qui prit dans tous les temps; ils n'ont différé que sont rapportés dans Y Histoire de l'ancien ou par la manière de l'employer ; et si noûanouveau Testament, ou par les écrivains ec- tre siècle a acquis une méthode inconnue à clésiasti |ues. Ceux-ci sont ordinairement at- l'antiquité, comme le prétendent quelqueslestes par des témoins oculaires ou par des mo- uns, nous ne devons pas nous flatter d'avoir numents authentiques qui ne laissent aucun donné parla une étendue assez grande à doute sur la réalité de ces faits, et ils sont de notre esprit, pour qu'il doive absolument telle nature que l'on ne peut les attriDuer à mépriser les connaissances et les réflexions aucune cause physique. Ils ont été opérés de ceux qui nous ont précédés. » Voy. Mid'ailleurs dans des circonstances où ils étaient racles.

nécessaires pour intimer aux hommes les PROFANATION , PROFANE. Ces deux

volontés de Dieu, pour leur imposer de nou- termes viennent de fanum, temple ou lieu

veaux devoirs, pour établir un nouvel ordre sacré ; profanus signifie par conséquent ce

!e choses ; et l'effet qui en e*t résulté leur qui est hors du lieu sacré, ce qui n'est point

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destiné au culte de la Divinité: quand iî est dit d'un homme, il désigne celui qui n'est pas initié aux mystères, celui qui ne les connaît pas. Profaner une chose sainte, c'est en faire un usage qui n'a plus de rapportai! culte de Dieu. Ainsi l'on profane une église lorsqu'on y commet un crime, ou que l'on s'en sert pour des usages qui n'ont rien de respectable; on profane les vases sacrés lorsqu'on les emploie comme des vas* s communs ; c'est une profanation d'abuser des paroles de l'Ecriture sainte pour exprimer des obscénités ou pour l'aire des opérations magiques, etc. Dans le style des écrivains sacrés, un profane signilie quelquefois un impie, celui qui ne fait aucun cas des choses saintes; ainsi il est dit qu'Esaù fut un profane, parce qu'il lit moins de cas de la bénédiction attachée à son droit d'aînesse que d'un potage de lentilles. On lit dans le Lévitique, chap. xix, v. 7, que si quelqu'un mange ne la victime d'un sacrifice le troisième jour, il sera profane et coupable d'impiété. Dieu voulait que la chair des victimes fut mangée promptement, afin qu'elle ne fût pas exposée à se corrompre. Voyez Sacrilège.

PROFESSEUR DE THÉOLOGIE. Voy.

Théologie.

PROFESSION DE FOI, déclaration publique de ce que l'on croit : lorsqu'elle est couchée par écrit, on l'appelle aussi symbole ou confession de foi. Voyez ces mots. L'Eglise n'admet personne à recevoir le baptême sans qu'il ait fait sa profession de foi ; lorsqu'on baptise les enfants, les parrains et les marrant s la font au nom du baptisé ; on l'exige encore des hérétiques qui veulent se réconcilier à l'Eglise. La plus ancienne profession de foi que nous connaissions est îe symbole des apôtres. Aux mots Arianisme, Ariens, nous avons remarqué la multitude des professions ou confessions de foi dressées par ces hérétiques, sans qu'ils aient su jamais se conlenter d'aucune et s'y fixer : il en a été de même des protestants ; nous en avons cité au moins douze ou quinze : l'Eglise catholique, plus constante dans sa croyance, conserve encore aujourd'hui le symbole de Nice'e, qui n'est que le développement decelui des apôlres.

PROFESSION RELIGIEUSE. Voy. Voeu.

¥ PROGRÈS (Doctkine pu). Au mot Choyaxces catholiques (progrès des) nous avons exposé comment le christianisme entend le progrès. Nous nous contentons de rapporler ici l'appréciation que les Conférences de Saint-Flour ont faite de la doctrine du progrès. < Le mot progrès, grammaticalement pris, signifie changement de place, mouvement en avant; ce mot, appliqué aux vérités révélées ellesmêmes, n'aurait donc de sens qu'autant que ces vérités seraient mohiles, changeantes. Or, le mot de vérité, à lui seul, implique l'immutabilité, parce que la vérité repose sur l'essence des choses qui est immuable; mais, déplus, l'origine divine des vérités révélées leur imprime un caractère nouveau d'immutabilité en les marquant du sceau de l'intelligence et île la véracité infinies. Prétendre que ce qui est reconnu vrai par la raison humaine peut cesser de l'être et devenir faux, c'est nier la réalité de l'objet même qui est reconnu vrai, ou plutôt l'existence de

la certitude dans la raison humaine. Lt toutefois, il tant bien admettre que, si ce qui est vrai ne peut jamais cesser de l'être, il est tout un ensemble de connaissances dans les sciences morales et physiques, qui, étant fondé sur l'expérience, peut et doit grandir avec elle ; mais affirmer que les vérités reconnues révélées peuvent changer eu même être complétées par l'esprit humain, c'est d'abord leur ôler leur titre de révélées, puisque, élaborées de nouveau par l'intelligence de l'homme, elles ne seraient plus l'œuvre de Dieu, mais la sienne et le produit de son esprit; c'est ensuite assujettir l'intelligence divine au contrôle de la nôtre ; c'est dire que le soleil peut emprunter sa lumière aux rayons qui émanent de lui. Mais, en outre, on ne peut pas dire du christianisme, comme des sciences morales et surtout physiques, dont l'expérience perfectionne les théories en ajoutant incessamment aux données sur lesquelles elles portent, que ses enseignements peuvent aussi être plus étendus ou mieux adaptés aux besoins variables de l'humanité, à ses différents âges; car, 1° Il faudrait montrer que quelque chose manque au christianisme, indiquer les développements, les modifications que l'on voudrait y faire, et faire voir que ces développements et ces modifications seraient un perfectionnement véritable ; or, c'est ce qu'on n'a pu faire après de bien longs et de bien durs travaux. Lo génie n'a pas manqué à l'ouvre ; des siècles lui ont été donnés pour l'accomplir, et tout cela n'a servi qu'à démontrer l'impuissance absolue de l'homme à perfectionner l'œuvre de Dieu. 2° Celle impuissance résulte encore, non-seulement du fait de l'origine divine du christianisme, mais de sa perfection intrinsèque, que la publicité de sa doctrine et Papplication qui en est faite depuis son origine à toutes les sciences et à tous les intérêts pratiques de l'humanité, rendent évidente, et pour ainsi dire palpable. Quelque différence que puissent établir entre les divers âges des sociétés le mouvement des idées et les changements qu'il délermine dans les mœurs, il n'y aura rien à modifier dans les vérités révélées pour les adapter aux besoins respectifs des temps; il suffira d'en modifier l'application selon ces besoins mêmes. Le mol progrès appliqué aux vérités révélées ellesmêmes n'a donc pas de sens; maiss'agit-il de la connaissance de ces vérités, du mode de les exposer et de les défendre, il est admissible, il est nécessaire. « Pour résoudre cefte question, distinguons avesoin deux choses bien différentes, et que néanmoins on confond souvent, savoir, 1° l'exposé des preuves qui établissent la divinité du christianisme, et de la société qui en a le dépôt, et encore des différentes vérités qu'il embrasse ; 2° la controverse. Eh bien! nous disons de la première de ces deux choses qui forme la partie positive et, pour ainsi dire, constituante de l'enseignement religieux, 1° qu'elle ne doit pas changer pour le fonds des preuves, dont la force repose à la fois sur les vérités mêmes qu'elles prouvent et sur les lois premières de notre esprit, immuables comme ces vérités. Il en est de même, et pour la même raison, du mode de les exposer. Il en est un qui, les présentant dans leur point de vue le plus lumineux, le plus en harmonie avec les lois premières et communes de notre esprit, est dès lors le plus propre à y porter la conviction, cl ce mode, on le comprend, ne doit pas changer. Sans examiner s'il a jamais été parfaitement compris et appliqué, il est logique de penser qu'il a dû l'être, au moins dans ce qu'il a de plus essentiel, pour cela seul qu'il est fondé sur la nature. On doit conclure de cela qu'il est sage de tenir à la méthode reçue généralement jusqu'à évidence d'une amélioration à introduire. 2° Ce que nous venons de dire, toutefois, doit être entendu avec quelque restriction ; en effet, si la raison est la même dans tous les hommes, dans ce qu'elle a de fondamental, il y a d'un homme à un homme, d'une nation à une nation, d'un siècle enfin à un autre

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siècle, des différences accessoires indéfiniment multipliées et variables. Il suit de là que telle preuve et telle manière de présenter cette preuve, excellentes pour un temps, pour un homme, pour une nation, sont moins bonnes pour un autre temps, pour un autre homme, pour une autre nation; évidemment il faut tenir compte de ces différences. La seconde partie de renseignement religieux est, avons-nous dit, la controverse; à elle se rattachent toutes les considérations qui ont pour but de préparer les esprits à écouter la démonstration proprement dite, et à en saisir la force : elle consiste donc principalement à dissiper les préjugés et à combattre les erreurs qui obscurcissent ou attaquent les vérités qu'il appartient à la démonstration d'établir. Or, évidemment c'est à des erreurs vivantes, à des erreurs qui aient cours dans les esprits, et non à des fantômes inutilement évoqués, qu'elle doit s'attaquer, et cela avec le genre de considérations et le mode de les présenter qui s'adaptent le mieux aux dispositions de ceux à qui l'on a affaire.

4 Voici donc en quoi le progrès est admissible et nécessaire dans le mode d'exposer et de défendre les vérités révélées : 1° la partie polémique de l'enseignement religieux doit être modifiée dans son objet, selon les erreurs et les préjugés essentiellement variables qu'on a à détruire ; 2° la forme, soit de l'exposé des vérités, soit de la polémique proprement dite, doit êirc mise en rapport avec les dispositions des esprits, dans le choix des raisonnements, cl plus encore dans la manière de les présenter. Ces principes semblent incontestables : pour prévenir l'abus qu'on pourrait en faire, qu'il suffise d'ajouter que l'appréciation des erreurs de son temps et des tendances caractéristiques d'une époque demandent de fortes études ; encore la prudence veut-elle généralement qu'on attende, pour marcher dans des roules quelque peu nouvelles, qu'on y soit précédé par le gros des hommes sages et compétents. Il ne serait guère moins dangereux de s'exposer trop facilement comme le représentant du savoir et de l'expérience, et de rejeter à ce titre toute modification nouvelle, que d'introduire ces modifications avant que l'utilité en soit bien établie. Cela posé, l'histoire de l'enseignement chrétien à tous les âges vieni confirmer la vérité de ces principes dont il n'a été qu'une exacte application. 1° A mesure que des erreurs surgissent et se répandent, apparaissent des réfutations qui prennent bientôt place dans les auteurs élémentaires, pour disparaître a leur tour et faire place à une controverse nouvelle. De toute cette partie de la théologie il n'y a et ne peut y avoir de fixe que le lien de famille qui unit toutes les erreurs. 11 est bon, toutefois, de mettre toujours ce lien en évidence ; c'est le meilleur moyen de bien entendre la nature des erreurs nouvelles, et de donner à leur réfutation plus de profondeur et de solidité. Ce point est trop clair pour nous y arrêter davantage. 2° Ce que nous avons a dire sur la forme de la polémique mérite plus de développements.

< Pour se former une idée des progrès que nous présente l'histoire de la polémique dans ses formes, il suffit de prendre pour terme de comparaison, d'une part, les meilleurs ouvrages de l'antiquité chrétienne contre les hérétiques, ceux de Tertullien, par exemple, ou de S. Augustin, et d'autre part, les écrits que Bossuet et Nicole ont publiés contre les prolestants touchant l'autorité de 1 Eglise. Les premiers, supérieurs, à quelques égards, aux seconds, leur sont inférieurs sous le rapport de la précision et de la clarté du langage; la pensée se reproduit dans ceuxci sous des formes plus rigoureusement déterminées: on remarque le même progrès dans des ouvrages modernes qui traitent la question de l'autorité en général. Cela doit paraître d'autant plus naturel que, suivant l'opinion commune, notre langue philosophique, moins variée que celle des anciens, la surpasse

par son caractère éminemment logique; avantage qui vient en partie de ce qu'elle réunit et i\\o, sous certains mots fondamentaux, des groupes d'idées autrefois flottantes dans les périphrases arbitraires, et aussi de l'ordre des mots dans la phrase que le christianisme a rendu plus analogue à l'ordre intrinsèque des idées, par cela même qu'il a détruit toute erreur et enseigné toute vérité morale. Ce que nous disons de l'expression des idées s'applique également à la méthode qui les combine. Le génie gréco-romain des Pères a une marche moins régulière que le génie catholique des temps modernes, et semble avoir retenu dans sa course plus de celte liberté propre au génie oriental, source primitive du grand fleuve des conceptions humaines. Les Pères appartenaient ou touchaient à celte époque où l'antique Orient, apparaissant avec toutes ses doctrines sur la scène du monde occidental, y modifia sensiblement l'état de l'esprit humain. Le génie moderne au contraire s'est préparé lentement dans le gymnase de la scolastique du moyen âge. Si celle première éducation lui a communiqué une disposition à une sorte de rigorisme logique qui gène la puissance et la liberté de ses mouvements, il a contracté au^si, sous celle rude discipline, des habitudes sévères de raison, un tact admirable pour l'ordonnance et l'économie des idées, une supériorité de méthode dont les trois derniers siècles portent particulièrement l'empreinte. C'est une époque bien remarquable de I esprit humain que celle qui produisit les Erigène, les Abeilard, les S. Anselme, les Guillaume de Paris, les S. Thomas d'Aquin, les S. Bonaventure; mais les travaux de cet âge diffèrent essentiellement de ceux des premiers siècles. Les grands esprits du moyen âge, au lieu de s'occuper à prouver le christianisme que personne n'attaquait, cherchaient à construire une science concordant essentiellement avec la foi catholique, en saisissant 1 harmonie de toutes les vérités.

« Luther donne le signal d'une ère nouvelle. Bossuet, marteau des protestants, les écrase; avec lui Nicole et Pélisson, par la force irrésistible de leur logique, les poussent à leurs dernières conséquences. Au secours du protestantisme accourt la philosophie du xviuc siècle. J.-J. Rousseau et Voltaire renouvellent contre le christianisme les mêmes objections qu'avaient faites les philosophes des premiers siècles. Bergier, Nonnote, B.illet et Guénée les réfutent en reproduisant les preuves que les Pères avaient opposées aux philosophes de leur temps, mais conformément au caractère de l'esprit moderne, sous des formes plus logiques, plus précises et plus rigoureuses.

« La logique et l'érudition de trois siècles ayant ainsi préparé les voies, il est impossible que de ce grand travail il ne sorte pas un nouveau développement de la vérité. Tous les points de la doctrine révélée ont passé par le crible du raisonnement et de l'expérience, et le raisonnement et l'expérience les ont entourés d'un éclat nouveau. Un grand ouvrage est à faire, qui résume tous ces travaux, qui fasse refluer toutes les eaux des connaissances humaines vers leur source divine, qui réunisse les mille voix de la science en un concert immense de louanges à Dieu et à son Christ. Quel sjue soit le te.nps où cette œuvre sera accomplie, le clergé a la sienne, et celle œuvre est belle et pressante à la fois. Autour de lui tout s'agite d'une incroyable ardeur de savoir. Qu'il s'inspire de la sublimité de son caractère et de sa mission ! Que chacun de ses membres s'efforce de faire fructifier le talent qu'il a reçu, et alors d'injustes reproches tomberont, et rien ne manquera à la milice sainte pour la conquête du monde, lorsque chacun sera prêt à y marcher avec la triple armure de la foi, de la science et de la vertu. »

« Tel est l'esprit humain, ajouterons-nous avec M. Newman, qu'il ne saisit pas immédiatement une idée

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sous toutes sos faces, et même plus elle a d'étendue et de profondeur, plus il seul que sa débile intuition a besoin des secours de la réflexion et du temps. Ce nui est vrai d'une idée est bien autrement vrai d'une doctrine, c'est-à-dire d'un ensemble d'idées dont il tant voir les aspects divers, les applications variées, et dont la valeur et la portée précises n'apparaissent jamais si bien qu'au milieu des contradictions et des épreuves que le temps fait subir à tout. De plus, ce qui est vrai d'une doctrine humaine est bien autrement vrai, sous le rapport qui nous occupe, d'une doctrine divine et mystérieuse : on peut délier qui que ce soit d'arriver à l'idée du christianisme, sinon par une succession de concepts, de vues, de propositions qui se prêtent une lumière et une force réciproques, se corrigent et s'expliquent mutuellement, et concourent ainsi à représenter, d'une manière plus ou moins exacte et intégrale, ce fait si complexe, qu'on nomme la religion chrétienne. L'humanité, prise en masse, n'échappe pas à cette loi d'un mouvement graduel dans la connaissance explicite de la vérité. Placez-la, par supposition, en présence d'une doctrine, elle ne peut tout de suite ni en appliquer tous les principes ni en formuler toutes les conséquences, parce qu'elle ne comprend et n'agit qu'avec des forces collectives, dont chacune s'ébranle et apporte son concours en vertu d'idées progressivement acquises. Ce que l'humanité fait aussitôt, le voici : elle proclame, avec une tranquille autorité, soit l'ensemble, soit quelques détails de la doctrine reçue; vous en niez un point, elle l'aflirme contradictoirement après s'être interrogée; vous en faites des applications, elle les condamne ou les ralilie d'une manière expresse, après avoir examiné; et ainsi, chaque jour, elle applique à des cas particuliers sa croyance générale; elle arrive à une conscience plus dinstincte et plus précise des choses qu'elle admettait réellement, mais vaguement; elle réduit en formules lixes et nettes ce qui est la substance et l'âme de ses convictions et le résultat de ses expériences. L'avènement du christianisme n'a pas changé, en ceci, la condition naturelle de l'humanité : c'était chose impossible, à moins de donner à l'humanité tout entière une existence simultanée et de la précipiter immédiatement dans salin. Il résulte de là que, a Iravers dix-huit siècles, l'idée du christianisme a nécessairement reçu un développement quelconque, si on la considère dans sa plus minutieuse exactitude, et, s'il est permis de dire, dans les linéaments qui en accusent à nos yeux les proportions et les formes.

« Que les rationalistes se calment; il n'y a rien là qui doive les faire triompher d'aise, comme il n'y a rien non plus qui puisse alarmer les catholiques. Le développement que nous admettons n'est pas de ceux qui transforment les doctrines, en les attaquant dans leur essence, mais bien de ceux qui annoncent la force et la fécondité d'un principe toujours identique à lui-même. Car, 1° le dogme catholique, considéré objectivement, est tout d'une pièce, et il est sorti des mains de Dieu, qui lui a donné pour mission de conquérir le monde. 11 a passé de la bouche de Jésus-Christ sous la plume des apôtres et dans leur enseignement oral, d'où il a continué sa marche, au moyen de la parole et des écrits, pour arriver pur et intègre, sans rien acquérir ni rien perdre, jusqu'à nous, hommes du xix' siècle. Quand donc on dit qu'il se développe, cela n'indique pas qu'il reçoive du ciel quelque vérité supplémentaire, bien moins encore qu'il ramasse quelque idée, s'il y en a, sur le chemin suivi par les opinions humaines ; cela marque simplement qu'il lire de sa plénitude un rayon de sa lumière originelle, pour en frapper comme d'un glaive l'erreur qui se dresse contre lui, ou bien pour en répandre le salutaire éclat sur les consciences qui tremblent dans quelque obscurité. Ainsi, lorsqu'au milieu du m* siècle, à la suite d'une controverse en-

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tre le pape saint Etienne et saint Cyprien, la validité du baptême régulièrement conféré par les hérétiques fut proclamée vérité de foi, il n'y eut ni conquête opérée par l'esprit humain, ni nouvelle révélation de Dieu, il y eut seulement exposition nette et authentique d'une doctrine certainement acquise, mais que l'enseignement commun n'avait pas mise en relief, en un mot, l'on imposa la croyance explicite d'un point resté jusque-là l'objet d'une croyance implicite. 2° Le développement de la doctrine et des pratiques du culte, de quelque façon qu'il commence et se produise, n'est réellement accompli que sous le contrôle et par l'autorité de l'Eglise. Nous pourrions établir ici la nécessité d'un juge infaillible en matière de foi ; nous pourrions faire voir qu'un livre ne s'explique pas de lui-même quand il plaît au premier venu d'en fausser ou d'en nier le sens; qu'il faut une magistrature vivante pour interpréter un code, surtout lorsqu'il est étendu et profond comme l'Evangile, et qu'enfin la nature même de l'acte de foi suppose l'infaillibilité dans l'autorité qui le réclame. Mais ce serait un travail superflu ; nous défendons la théorie du développement doctrinal, non pas telle que les rationalistes voudront l'imaginer, mais telle que les théologiens l'admettent et que l'histoire du christanisme nous la montre appliquée. Or, tout le monde sait que, selon les principes du catholicisme, l'Eglise est la dépositaire et l'interprète infaillible de la révélation et la gardienne incorruptible de la pureté du culte. C'est seulement sous le bénéfice de cette condition qu'il y a légitime et vrai développement. Ainsi une double assertion constitue la théorie catholique du développement ; c'est que, 1° il se fait graduellement une manifestation plus expresse do la vérité révélée, et que, 2° cette manifestation doit s'opérer et s'opère en effet au nom et sous le contrôle souverain de l'Eglise.

« C'est l'unanime enseignement des Pères que la révélation l'aile au premier homme, renouvelée par le ministère de Moïse et des prophètes, agrandie et développée par Jésus-Christ, recevra dans le ciel un suprême accroissement; que c'est toujours la même vérité, la même lumière s'êpanouissant d'une manière progressive, en rayons plus étendus et plus brillants, selon les conseils de Dieu et les besoins variables de l'humanité. On comprend aussitôt que ces graves autorités ne peuvent dès lors regarder la loi du développement doctrinal comme contradictoire à l'esprit du christianisme. Et, en effet, « le Vieux Testament, dit un docteur, annonçait ouvertement le Père, plus obscurément le Fils ; le Nouveau Testament nous a montré le Fils avec clarté, laissant dans une sorte de demi-jour (subobscure quodammodo) la divinité du Saint-Esprit. Mais maintenant le Saint-Esprit est au milieu de nous, et il se découvre plus nettement à nous. Car il n'était pas sage de promulguer la divinité du Fils avant que celle du Pérc fût admise, ni de surcharger, pour ainsi dire noire foi par la doctrine sur le Saint-Esprit, de peur qu'une nourriture trop abondante, une lumière trop vive ne dépassât ce que nous avions de force.» (Greg. Nazian., Orat. 5.) On connaît la doctrine analogue de saint Vincent de Lcrins : « Gardienne vigilante et fidèle des dogmes qu'elle a reçus, jamais l'Eglise du Christ n'y fait aucun changement, aucune suppression, aucune addition Qu'a-t-elle voulu par les décrets

des conciles, sinon imposer une foi plus expresse en ce qui d'abord était cru d'une foi moins expresse? sinon consigner par écrit ce que les anciens avaient reçu de la tradition, présenter beaucoup de choses en peu de mots, et faire comprendre un sens antique par la propriété d'un terme nouveau! > (Vincent. Lirin., lib. contra profan. vocum novitat. Vid. ejusdem Commonit., c. 27 et seqq.) Je pense qu'on ne pourrail guère s'exprimer plus énergiqueinenl sur ce point (pie ne l'a fait saint Grégoire pape : « Le Saint-Esprit, dit-il, instruit peu a peu son Eglise. > (llomil. 26

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in EzechieL Ci. Pclav. de Incarnat., lib. xiv, cli. ~2: de ïiinit , lil». u, ch. 7.) Los grands théologiens des iiMiips modernes, résumant les pensées des Pères et suivant les traces de leur illustre aïeul, saint Thomas, ont formulé avec précision la doctrine de l'Eglise sur la question présente. Ils établissent trois choses : la première, qu'il n'y a pas d'autre source (Ks vérités de foi catholique que la Révélation; la seconde, qu'il n'appartient qu'à l'Eglise de transmettre, d'interpréter, de déterminer et de définir ces vérités; la troisième, que celle définition se produit par un progrès lent, au fur cl à mesure des besoins du peuple fidèle, t 11 est avéré, dit l'un d'eux, que l'on croit maintenant de loi explicite des choses (pie précédemment on ne croyait pas ainsi, bien qu'elles lussent implicitement contenues dans la doctrine antique... Beaucoup d'exemples pourraient être apportes en preuves, et certainement l'Eglise a le droiL de faire de telles définitions. II n'est pas besoin en ce cas d'une révélation nouvelle; il suffit de l'assistance infaillible du Saint-Esprit pour interpréter et rendre explicite ce qui était contenu dans la révélation d'une manière seulement implicite.) (Suarez, De fuie, disput. 2, sert. 0. Cf. Bellarm., de verbo Dei non scriplo, c. 9.) Puis l'écrivain l'ail voir qu'il exisle une distinction entre les articles du symbole, proposés dès le commencement à la foi explicite de tous les < hréiiens, et les points de foi que les docteurs catholiques doivent connaître, exposer et défendre en raison des nécessités que le temps amène, c Ainsi, dil un autre théologien, ni les conciles, ni les souverains Ponliles, ni les saints interprètes de l'Ecriture ne produisent des choses nouvellement révélées; mais ce que l'Eglise a reçu des Apôtres, ils le transmettent pur et intègre, ou bien ils l'interprètent et l'expriment, ou bien ils l'affirment comme conséquence directe et nécessaire. > (Mclch. Cano, de Locis theoL, lib. xii, c. 3. Cf. Vasqucz, de Locis theoL, disp. 12.) « Au surplus, quoique cette discussion soil bien abrégée, on peut la resserrer et la clore en quelques mots : 1° La doctrine chrétienne admet-elle un développement? Oui. Nous le prétendons, comme on vient de le voir ; les rationalistes le pensent, puisqu'ils le soutiennent comme la thèse contre le catholicisme. 2° En quoi consiste ce développement ? Dans une simple expansion du dogme révélé, expansion qui se fait sous le contrôle infaillible et par l'autorité de l'Eglise. Cela se prouve par la doctrine unanime des théologiens et par l'histoire exacte de nos doctrines. 5° Y a-t-il bien loin de ce développement ainsi entendu et pratiqué à un rationalisme quelconque? Il y a tout un monde. Pour les catholiques, la révélation exclusivement est la source des vérités religieuses, l'Eglise en est l'organe; pour les rationalistes, l'organe et la source des vérités religieuses, c'est exclusivement la raison. Pour les catholiques, la révélalion est une manifestation extérieure el surnaturelle de Dieu; l'Eglise est une autorité extérieure el divine; la loi, le tribunal, le juge, tout est placé hors des atteintes de l'homme. Pour les rationalistes, la raison est bien une manifestation de Dieu, mais manifestation intime et naturelle; par suite elle reste autorité intérieure, naturelle et, en définitive, humaine et individuelle; caria loi, le tribunal, le juge, c'est la conscience de chaque homme qui joue à la fois tous ces rôles. Il résulte de là que, pour les uns, la vérité est objective dans son développement comme dans sa première apparition, et douée d'un mouvement régulier qui entraîne et maintient les esprits dans le plan d'une incorruptible unité, tandis que pour les autres elle est, à tous égards et constamment, subjective et soumise à une mobilité qui la rend personnelle et variable. D'un système à l'autre il y a donc aussi loin que du séjour lumineux d'où fut renverse l'archange jusqu'aux profondeurs incommensurables où il tomberait encore, comme dit le poêle, si la main de Dieu ne l'avait retenu dans sa chute. >

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PROLÉGOMÈNES DE IÉCRITDRE SAIN- TE. Votiez. Critique sacuée.

PROMESSES DE DIEU. Un des attributs de la Divinité que l'Ecriture sainte nous inculque le plus souvent est la fidélité de Dieu à tenir ses promesses, fidélité qu'elle exprime par le mot vérité. C'est le sens des passages où il est dit que la vérité de Dieu demeure éternellement, qu'il juge avec justice et vérité, que la miséricorde et la vérité se sont rencontrées, etc. Mais il faut se souvenir que les promesses de Dieu sont toujours conditionnelles, qu'elles supposent que nous ferons de notre part ce que Dieu exige de nous; il le déclare formellement, Ezcch., c. xxxm, v. 13. Lorsque j'aurai dit au juste qu'il vivra, s'il vient à faire le mal, je ne me souviendrai plus de sa justice, il mourra dans son iniquité. Dans les écrits des prophètes et ailleurs, Dieu reproche souvent aux Juifs qu'ils ont rompu son alliance : or celte alliance consistait dans les promesses que Dieu leur avait faites et dans l'obéissance qu'il exigeait d'eux.

Voila ce que les juifs ne veulent pas reconnaître depuis dix-sept cents ans, et c'est pour cela qu'ils s'obstinent à espérer un autre Messie que Jésus-Christ, qui remplira dans la plus grande exactitude et à la lettre les promesses pompeuses que Dieu a faites à leurs pères. Ces promesses, disent-ils, sont absolues ; elles ne renferment aucune condition ; elles n'ont pas été accomplies après le retour de la captivité de Bab\ lotie, encore moins à l'avènement du Messie des chrétiens ; donc elles le seront un jour par le Messie qui nous est promis. En cela les juifs s'aveuglent volontairement. 1° Il est de la nature même des promesses divines de renfermer une condition, puisqu'il est absurde de supposer que Dieu n'a aucun égard au mérite des hommes, qu'il destine les mômes bienfaits aux justes et aux impies : cent fois Moïse a dit aux Juifs tout le contraire ; et en leur faisantdela part de Dieu lesplus magnifiques promesses, il leur a lait aussi les menaces les plus terribles. 2° Ce sont eux-mêmes qui ont mis obstacle à l'accomplissement parfait des prédictions concernant le retour de la captivité de Babylone. Un grand nombre de Juifs ne voulurent pas profiter de la liberté que Cyrus leur donnait de retourner dans la Judée ; la seule tribu do Juda, avec une partie de celles de Lévi el de lîenjamin revinrent dans leur patrie ; les autres se fixèrent sur les bords du Tigre et de l'Euphrate. Ceux même qui se rétablirent dans leurs anciennes possessions, ne furent pas fort exacts à suivre leur loi ; on le voit par les reproches d'Aggée, de Zacharie et de Malachie, par les livres d'Esdras et des Machabées. 3" Us conviennent eux-mêmes que l'accomplissement des promesses est retardé depuis dix-sept cents ans, à cause de leurs péchés ; pourquoi ne veulent-ils pas croire qu'il a été diminué par la même raison ? '*" L'accomplissement de ces promesses, dans le sens qu'ils leur donnent, serait absurde et indigne de Dieu ; il exigerait des miracles

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