‹ Œuvres completes de Bergier (volume 3)Chapitre 218 sur 228 · PROPAGATION DU CHRISTIANISME · texte numérisé non relu

PROPAGATION DU CHRISTIANISME

Voy. Christianisme.

* Propagation de la foi (Œuvre de la). Sur ce globe arrosé du sang de Jésus-Christ, il est encore des myriades d'hommes qui ne le coanaissent pas, et qui, comme autrefois nos pères, se prosterneat devant d'ignobles et stupides divinités, et se livrent sans remords comme sans frein, à tous les monstrueux excès de l'état sauvage. Voilà ce qui reste à gagner à l'empire de Jésus-Christ. Voilà la tache immense que s'est imposée et que poursuit sans relâche V Association pour la propagation de la foi. Trois moyens sont mis en œuvre à celte fin : les missions, les prières et une faible contribution pécuniaire. L'association travaille à former et à secourir ces hommes qui, favorisés d'une vocation sublime, s'en vont porter la bonne nouvelle aux deux extrémités du monde ; qui, sourds à ces deux mots si puissants surtout cœur d'homme, famille et patrie, abandonnent généreusement le sol nalal et le toit paternel pour aller, à travers les périls des fleuves et les ennuis de la solitude, chercher une nouvelle patrie, se créer une nouvelle famille au delà des mers.

Tandis que ces hommes généreux combattent au loin les combats du Seigneur, les associés les soutiennent par la prière. Il n'est pas un missionnaire qui ne réclame ce secours. Le plus illustre de tous, saint François Xavier, écrivait du fond de l'Asie à ses frères de Rome : « Je ne suis qu'un pécheur et je ne mérite pas de servir d'instrument aux miséricordes de Dieu sur les Indiens, cependant souvenezvous de moi dans vos prières, et je ne désespère pas que Dieu m'emploie à planter sa foi sur ces terres idolâtres. » Les associés à l'œuvre de ia Propagation de la foi sont invités à dire tous les jours un Pater et un Ave. Qui oserait refuser un si faible tribut de prières? A ce tribut quotidien de la prière, l'Eglise demande d'ajouter le tribut non moins facile de cinq -centimes par semaine. Autrefois elle suffisait seule à ces vastes entreprises, parce que de tous les points

DlOTIONN. DE TnÉOL. DOGMATIQUE. IJJ.

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de la terre, les nations venaient mettre leurs trésors à ses pieds, et que les rois eux-mêmes se faisaient gloire d'être ses nourriciers. La riche et nom*breuse milice des ordres religieux fournissait chaque année de précieuses recrues à cette armée d'apôtres et de martyrs. Privée aujourd'hui de ces puissants appuis, l'Eglise est obligée de deman^- <\cr l'obole du pauvre. Le pauvre a répondu à l'appej de sa mère, elle a produit des sommes énormes. L'association delà propagation de la foi fera un éter^nel honneur à la noble et généreuse ville de Lyon, q'ii l'a établie vers 1818.

PROPHÈTE, homme qui prédit l'avenir par l'inspiration de Dieu. Dans l'Ecriture sainte, ce terme n'a pas toujours le même sens ; quelquefois il signifie : 1° Un homme doué de connaissances supérieures, soit divines, soit humaines : voilà pourquoi l'on avait donné d'abord le nom de voyants, ou d'hommes éclairés, à ceux qui dans la suite furent nommés prophètes, I Reg., c. ix, v. 9, Dans ce sens, saint Paul, Tit., c. i, v. \% appelle prophète des Cretois, un homme de leur nation qui les avait peints au naturel, et 1 Cor., c. xiv, v. 6, il appelle don de la prophétie les connaissances supérieures que Dieu donnait à quelques-uns d'entre les fidèles pour instruire et édifier les autres, et il préfère ce don à celui des langues. Ce qu'a dit Notre-?eigneur, Matlh., c. ira, v. 57, qu'aucun prophète n'est privé d'honneur que dans sa patrie, peut avoir le même sens. 2° Celui qui a une connaissance surnaturelle des choses cachées, soit pour le pressent, soit pour le passé : ainsi Samuel prophétisa, ou fit connaître à Saiil que les ânesses qu'il cherchait étaient retrouvées. Les soldats qui maltraitaient notre Sauveur dans le prétoire de Pilate, lui disaient : Prophétise qui est celui qui t'a frappé. 3° Un homme inspiré que Dieu fait parler, même sans qu'il comprenne tout le sens de ce qu'il dit : ainsi saint Jean observe dans son Evangile que Caïphe prophétisa en disant, au sujet de Jésus-Christ , qu'il était expédient qu'un homme mourût pour le peuple, Joan., c. xi, v. 51. Josèphe nomme prophètes^ c'est-à-dire inspirés, les auteurs des treize premiers livres de l'Ecriture sainte, k" Celui qui porte la parole au nom d'un autre; Exod., c. vu, Dieu dit à Moïse : « Ton frère Aaron sera ton prophète, il parlera pour toi. » Jésus- Christ et saint Etienne reprochent aux Juifs d'avoir persécuté tous les prophètes, tous ceux qui leur parlaient de la part de Dieu. Nathan fit cette fonction en reprochant à David l'enlèvement de Bethsabée et le meurtre d'Urie, de même que saint Jean-Baptiste, lorsqu'il reprit Hérode d'avoir un commerce criminel avec sa belle-sœur. 5" L'on appelait encore prophètes, ceux qui composaient et chantaient des hymnes ou des cantiques à la louange de Dieu, avec un enthousiasme qui paraissait surnaturel. Saul ayant rencontré une troupe de ces chantres se joignit à eux, et l'on fut étonné de le voir parmi les prophètes, 1 Reg., c. x, v. 6; et lorsque, saisi d'un accès de mélancolie, il chantait dans sa maison, l'historien sacré dit qu'il prophétisait, c. xviii, v. 10. David^

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Asaph et d'autres étaient prophètes dans le môme sens, et les jeunes gens que Ton exerçait à ce talent sont appelés les enfants des prophètes, IV Reg., c. h. 6° Ce nom désignait encore un homme doué d'un pouvoir surnaturel, du don des miracles ; nous lisons, Eccli., c. lxviii, que le corps d'Elisée prophétisa après sa mort, parce que l'attouchement de ce corps ressuscita un mort qui avait été mis dans le môme tombeau : à la vue des miracles opérés par Jésus-Christ, les Juifs disaient : Un grand prophète s'est élevé parmi nous, et Dieu a visité son peuple (Luc. xvi, 7). 7° Enfin, dans le sens propre, tin prophète est un homme à qui Dieu a révélé l'avenir, auquel il a fait connaître les événements futurs que la sagesse humaine ne peut pas prévoir, et lui a donné ordre de les annoncer. Ce don surnaturel est un signe certain de mission divine; il prouve que celui qui en est doué est envoyé de Dieu. C'est dans ce sens qu'Isaïe, Jérémie, Ezéchiel, etc., ont été prophètes, et leurs prophéties sont une partie de l'Ancien Testament.

En confondant ces différentes significations, les incrédules ont cherché à dégrader les fonctions des prophètes; ils ont dit que c'était un art que l'on pouvait apprendre, puisqu'il y en avait des écoles chez les Juifs. Si par prophète l'on entend seulement un homme plus instruit que le commun du peuple, un orateur, un poëte ou un musicien, ce talent pouvait s'acquérir suis doute, et il y avait des écoles pour y former les jeunes gens. Mais, si l'on prend le nom de prophète dans un sens plus propre, pour un homme inspiré de Dieu, doué du pouvoir de faire des miracles, de prévoir et de prédire l'avenir, ce n'était plus un art, mais un don surnaturel que Dieu seul pouvait accorder. Pour peu que l'on veuille examiner les prédictions des prophètes juifs, l'on verra évidemment que l'art, les prestiges ni l'imposture n'y ont pu avoir aucune pari. Vainement ces mêmes incrédules ont observé qu'il y a eu de prétendus prophètes chez presque toutes les nations, que les uns ne sont pas plus inspirés ni plus respectables que les autres, que tous ont été des fanatiques visionnaires dont le peuple a été la dupe. La multitude des prophètes vrais ou faux, la confiance que tous les peuples ont eue en eux, prouvent seulement que toutes les nations se sont accordées à croire que la connaissance de l'avenir est un apanage de la Divinité, que Dieu peut la donner aux hommes, et qu'en effet il en a doué quelques personnages privilégiés : dans tout cela il n'y a aucune erreur. De savoir si tel ou tel homme qui s'attribue ce don, le possède en etïet, c'est une autre question qui demande le plus sérieux examen, et sur laquelle il est vrai que la plupart des peuples ont poussé trop loin la crédulité.

Mais est-il vrai qu'il n'y a aucune différence entre les prophètes juifs et les devins ou les oracles des autres nations? Les incrédules ne se sont pas donné la peine d'en

faire la comparaison. 1° Les prophéties n'ont pas commencé à éclore chez les Juifs : ce don que Dieu a fait aux hommes est aussi ancien que le monde; à peine Adam fut-il créé, qu'en voyant la compagne que Dieu lui avait donnée, il prophétisa l'étroite union qui régnerait entre les époux; il n'avait pas encore eu le temps de le sentir par expérience. Dès qu'il fut tombé dans le péché, Dieu lui annonça un Rédempteur futur, qui cependant ne devait venir au monde qu'après quatre mille ans. Dieu avertit Noé du déluge universel cent vingt ans avant qu'il arrivât; il instruisit Abraham du sort futur de sa postérité; Jacob, au lit de la mort, dévoila distinctement à chacun de ses enfants la destinée réservée à sa famille; c'est par l'esprit prophétique que Joseph devint premier ministre du roi d'Egypte, etc. L'on peut dire en quelque manière que, dans les premiers âges du monde, la Providence divine l'a gouverné par des prophéties ; mais les Juifs seuls en ont été dépositaires. — 2° Ces hommes doués de l'esprit prophétique ne sont point do simples particuliers sans autorité et sans considération ; ce sont los personnages les plus respectables de l'univers, des patriarches chefs de familles ou plutôt de peuplades nombreuses: Abraham père de plusieurs peuples, Jacob tige des douze tribus de sa nation, Moïse fondateur d'une république et auteur d'une législation qui devait durer quinze cents ans; ce sont les juges ou les chefs souverains de ce mémo peuple : David qui en était roi, I?aïe né du sang royal, Ezéchiel de race sacerdotale, Daniel premier ministre et revêtu de toute l'autorité du roi d'Assyrie, etc. Osera-t-on comparer ces grands hommes aux vils jongleurs qui, chez les autres nations, faisaient le métier de devin pour gigner leur vie? 3° Les prophètes dont l'Histoire sainte fait mention étaient respectables non-seulement par le rang qu'ils tenaient dans le monde, mais encore davantage par leurs vertus, par leur courage, par leur amour pour la vérité, par leur soumission aux ordres de Dieu. Ils n'ont pas abusé des lumières surnaturelles qu'ils avaient reçues, pour flatter les passions des rois, des grands ni du peuple; ils leur ont reproché hautement leurs vices; ils leur ont annoncé les châtiments de Dieu avec autant de fermeté que ses bienfaits. Plusieurs ont été victimes de leur zèle, et ils l'avaient prévu; ils ont bravé les tourments et la mort pour dire la vérité. Les incrédules euxmêmes ont senti les conséquences de cette destinée, et ils l'ont tournée en dérision; ils ont dit que la profession de prophète était un mauvais métier : mauvais sans doute pour ce monde; c'est ce qui prouve que personne n'a pu être tenté de l'usurper. Si de nos jours le métier de philosophe avait été sujet aux mêmes épreuves, il aurait été moins recherché par nos beaux esprits. 11 y a eu de faux prophètes, la même histoire sainte nous l'apprend : mais ils prêchaient l'idolâtrie, ils n'annonçaient que des prospérités, ils décriaient les vrais prophètes du Seigneur;

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c'étaient des hommes sans conséquence, et toutes leurs prédictions se sont trouvées fausses. 11 n'est pas difficile d'appliqurr ce portrait à ceux qui ont prophétisé de nos jours l'anéantissement prochain du chris'ianisme. 4° Les prophéties de l'Ancien Testament et du Nouveau n'ont point pour ohjet les vils intérêts des particuliers; elles ne flattent les passions, les goûts, la curiosité de personne, comme les faux oracles des païens. Par la houche des prophètes Dieu parle comme maître et juge souverain des nations, comme arbitre do leur sort pour ce monde et pour l'autre. Elles annoncent les destinées non-seulement du peuple juif, mais leur principal objet est la venue du Rédempteur, la vocation générale de tous les peuples à la connaissance de Dieu, le salut éternel de tous les hommes. Ces grands événements méritaient sans doute d'occuper la Providence divine et d'exciter l'attention du genre humain tout entier. Pour rabaisser l'importance des prophéties, les incrédules affectent de les isoler, de les concentrer dans un coin de la Judée, de fermer les yeux sur la relation qu'elles ont avec l'intérêt général du monde : juges aveugles et infidèles, ils ne nous empêcheront pas de voir ce que contiennent les livres des prophètes. Ce ne sont point quelques phrases ambiguës, quelques sentences énigmatiques, comme les oracles de Delphes ; ce sont des discours entiers et suivis, et les mêmes objets y sont souvent tracés sous vingt images différentes. A la vérité, les Juifs, les manichéens , les sociniens , les incrédules en contestent le sens ; mais tous agissent par intérêt de système. Depuis dix-sept siècles l'Eglise chrétienne y voit les mêmes objets, Jésus-Christ, ses mystères, la vocation des naiions à la foi, le plan de la rédemption et du salut du monde; et les anciens docteurs juifs y ont vu la même chose que les chrétiens. Que prouvent contre cette antique tradition, confirmée par Jésus-Christ et par ses apôtres, des objections dictées par l'ignorance ou par le désir de s'aveugler? — 5° Ces prophéties font une suite continue et une chaine qui s'étend depuis Adam jusqu'à Jésus-Christ : la race de la femme qui doit écraser la tête du sérient ; le chef né de Juda, qui rassemblera es peuples ; le descendant d'Abraham, dans equel seront bénies toutes les nations de la terre; le prophète semblable à Moïse, que l'on doit écouter sous peine d'encourir la vengeance divine ; le prêtre éternel selon l'ordre de Melchisédech , duquel David a parlé ; l'enfant né d'une vierge, dont Isaïe a prédit la naissance, et l'homme de douleur duquel il a peint les tourments ; l'oint du Seigneur, saisi pour les péchés du peuple, qui excitait les gémissements defJérémie ; le Christ, chef des nations, duquel Daniel annonce l'avènement et en fixe l'époque; le désiré des naiions, l'ange de la nouvelle alliance, que les derniers prophètes Aggée et Malachie ont vu arriver dans le second temple, sont-ils un personnage différent de l'Agneau de Dieu que Jean-Baptiste a montre

au doigt, et auquel il avait préparé les voies ? L'une do ces prophéties confirme l'autre ; elles deviennent plus claires a mesure que les événements sont plus prochains, jusqu'à ce qu'enfin leur accomplissement en dévoile pleinement le sens. Quiconque ne voit point là un plan réfléchi et dirigé par la Providence, cherche à s'aveugler de propos délibéré. - 6° Enfin les prophètes n'ont point fait en secret leurs prédictions, ils ne les ont point consignées dans des mémoires cachés ; ils les ont publiées au grand jour, à la face des rois et des peuples, et souvent ils les leur ont données par écrit , afin qu'ils pussent les examiner à loisir, et que les incrédules eussent le temps de se convaincre de la vérité. Elles ont été soigneusement conservées par la nation même qui y a vu ses propres crimes et la source de tous ses malheurs ; nous les avons telles qu'elles ont été écrites, et plusieurs le sont depuis plus de trois mille ans. Il faut donc qu'elles aient été d'une toute autre importance que les oracles mensongers et frivoles dont les sectateurs de l'idolâtrie se sont plu autrefois à repaître leur crédulité.

A présent nous demandons à nos adversaires s'ils ont bonne grâce à placer les unes et les autres au môme rang, à prétendre que les prophètes juifs étaient, aussi bien que ceux des païens , de vils jongleurs, des hommes de néant et sans honneur, qui faisaient un métier de la divination, des imposteurs qui abusaient le peuple, ou des ambitieux qui voulaient se donner de l'importance et du crédit, des séditieux, gagés par les prêtres pour inquiéter les rois et troubler la nation, des fanatiques insensés qui ont été la cause de tous les malheurs dans lesquels elle est tombée, parce qu'ils les lui avaient prédits. C'est sous ces traits odieux que les incrédules de notre siècle ont trouvé bon de les représenter. Nous n'en sommes pas surpris. Cette suite de prophéties est, selon l'expression de saint Pierre, Ep. II, c. i, v. 19, un trait de lumière qui dissipe toutes les ténèbres ; elle démontre une révélation divine, une religion que Dieu luimême a enseignée aux hommes depuis le commencement du monde, qu'il a confirmée de siècle en siècle par de nouvelles preuves, et qu'il veut perpétuer jusqu'aux dernières générations de la race humaine. Entrer dans la discussion de ces divins oracles, c'est une tâche de laquelle les incrédules se sentent incapables ; il leur était plus aisé de tourner en ridicule et d'avilir les prophètes. La différence qu'il y a entre les mœurs des anciens Orientaux et les nôtres, leur a fourni des traits de satire sanglante; c'est en cela surtout que brille leur capacité. Sous le nom de chacun des prophètes, nous répondons aux reproches personnels que nos adversaires leur ont faits.

Dodwel, dans ses Dissertations sur saint Cypricn, a employé la quatrième à prouver que l'esprit prophétique a continué parmi les chrétiens au moins jusqu'au règne de Constantin , ou jusqu'au iv* siècle ; que

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soupçonner de l'illusion, et nie saint Paul avait prescrit aux fidèles 1 s précautions les plus sages, pour distinguer avec certitude la véritable inspiration d'avec je fanatisme, et :a vérité d'avec l'erreur. Nous donnerons un extrait de cette savante dissertation au mot Vision prophétique. Mosheim, dans les siennes sur Yllistoire ecclésiastique, t. II, p. 132, en a fait aussi une pour prouver qu'il y a eu des prophètes dans l'Eglise chrétienne, en prenant ce terme dans le sens le plus rigoureux, pour des hommes qui avaient le don de connaître et de prédire l'avenir. En effet, nous lisons dans les Actes des apô res, c. xi, v. 28, qu'un prophète nommé Agabus annonça une famine qui régna dans la Palestine,'' sous le règne de l'empereur Claude ; etc. xxi, v. 10 et 11, il assura les fidèles de Césarée, en présence de saint Paul, que cet apôtre serait enchaîné à Jérusa'em et livré aux gentils par les Juifs. Saint Pierre, Ep. Il, c. n,v. 1 et 2, pré. lit aux fidèles qu'il s'élèvera parmi euxdefaux79rop/tr^s,qui séduiront plusieurs personnes et formeront des seetespernicieuses. Saint Paul fait de même dans plusieurs deseslettres, et ses prophéties n'ont été que trop bien accomplies. Act., c xxvn, v. 22, il assure ceux qui étaient dans le mémo vaisseau que lui, qu'aucun d'eux ne périra, malgré la violence de la tempête pa- laq leîle ce vaisseau était tourmenté ; et l'événement justifia la prédiction. L'Apocalypse (ie saini Jean est une prophétie presque continuelle. Ce critique n'a eu dessein (iue de confirmer les preuves de Dodwcl. Mais il fait voir que dans le grand nombre de passages du Nouveau Testament où il est parlé de prophètes et de prophéties, il n'est pas question seulement d'hommes qui avaient reçu de Dieu le don de prédire l'avenir, mais d'hommes suscités et inspirés de Dieu pour expliquer parfaitement la doctrine chrétienne, pour annoncer aux fidèles les volontés divines, pour découvrir même les plus secrètes pensées des cœurs, en un mot, pour instruire, reprendre, corriger avec une sagesse surnaturelle. Saint Paul distingue cette fonction d'avec celle des simples docteurs, Rom., c. xn, v. G; / Cor., c. xn, v. 10; Ephcs., c. iv, v. 11, etc. Ainsi le nom de prophète y est pris, comme dans l'Ancien Testament, dans le sens le plus étendu, pour un homme inspiré de Dieu, et éclairé d'une lumière surnaturelle.

Plusieurs critiques protestants ont soutenu que le don de prophétie dans ces passages, signifie seulement une capacité singulière pour entendre et pour expliquer les prophéties de l'Ancien Testament. Mosheim prouve contre eux qu'il s'agit non d'une capacité naturelle ou acquise, mais d'un don surnaturel de Dieu, puisque saint Paul le met sur la môme ligne que le don des langues et celui de guérir les maladies ; que ce don était accordé à certaines personnes, non-seulement pour entendre les anciennes prophéties, mais pour en faire de nouvelles au besoin, môme [jour opérer des miracles. Saint irénée et Origène attestent que de leur

temps ce don subsistai! dans l'Eglise; Dodwel et d'autres auteurs prétendent qu'il y a duré jusqu'à la conversion de Constantin, par conséquent jusqu'au commencement du ive siècle.

Nous savons bon gré au docteur Mosheim d'avoir soutenu cette vérité ; mais nous ne voyons pas comment on peut la concilier avec ce qu'd dit ailleurs, que, dès le temps des apôires la doclrine chrétienne a commencé de s'altérer par le défaut de capacité et par la témérité de plusieurs dot leurs Nous ne pouvons pas comprendre comment Dieu, qui a daigné conserver pen iant trois siècles les dons miraculeux dans son Eglise, et l'inspiration divine, n'a cependant rien fait pour prévenir et empêcher l'altération de la doctrine chrétienne; comment tous ces prophètes dont il est parlé dans le Nouveau Testament, n'ont pas fait tous leurs elforts pour remédier à cette altération prétendue? A quoi servait donc le don de prophétie? Les deux suppositions de Mosheim nous para ssent contradictoires ; il est étonnant que ce docteur, dont la sagacité est prouvée, no s'en soit pas aperçu. Dodwel a raisonné plus conséquemment, parce que les anglicans admettent l'autorité de la tradition, au moins pour les trois premiers siècles de l'Eglise.

PuopiiÈTF.s (faux). Il est'souvent parlé dans l'Ecriture sainte de faux prophètes qui se disaient envoyés et inspirés de Dieu , et qui ne Fêlaient pas; qui faisaient de fausses prédictions pour plaire aux rois et aux peuples, qui contredisaient et décriaient les vrais prophètes du Seigneur. Moïse, DeuL, c. xm, avait défendu aux Juifs d'écouter un prétendu prophète qui aurait voulu les entraîner dans l'idolâtrie ; il avait ordonné qu'un tel homme fût mis à mort. Les prêtres de Baal se donnaient pour prophètes ; ils trompaient Achab, en no lui annonçant que des prospérités. Michée, prophète du Seigneur, dit à ce roi que Dieu a envoyé un esprit de mensonge dans la bouche de tous ces faux prophètes, III Reg., c. xxn, v. 23. Dieu dit par Ezéchiel, c. xiv, v. 9: Lorsqu'un prophète s'égare, c'est moi qui l'ai trompé. Les incrédules font grand bruit de ces passages. Dieu peut-il tromper un prophète? peut-il envoyer un esprit de mensonge dans sa bouche?

Quel signe nous restera-t-il pour distinguer un vrai d'avec un faux prophète, pour savoir si nous devons croire ou non à un homme qui prétend nous parler de la part de Dieu? — Réponse. Dans cetle circonstance le signe était palpable : les prophètes d'Achab étaient des idolâtres; Michée adorait le vrai Dieu et prophétisait en son nom : Moïse avait donné ce signe aux Israélites , pour distinguer un vrai d'avec un faux prophète (l)eul. xm). Quand au discours que Michée adresse au roi, il est évident que c'est une parabole allégorique, et il y aurait de la folie à vouloir la prendre à la lettre. Dieu y est représenté assis sur un trône, qui tient conseil avec les anges, comme un roi avec ses ministres, qui converse avec l'esprit de mensonge, etc.: tout cela pouvait-il s'entendre dans

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le sens littéral ? Quoique Dieu dise à l'esprit malin : Va et fais ce que tu veux ; ce n'< st point un ordre positif, ou une commission expresse que Dieu lui donne, mais une simple permission qu'il lui accorde. Cela ne signifie donc rien, sinon que Dieu permit aux faux prophètes de s'aveugler eux-mêmes et de tromperie roi; ces méchants hommes voulaient gagner les bonnes grâces d'Achat), et ce prince voulait être trompé : Dieu ne les empêcha pas de le faire. De même, lorsqu'il est dit que Dieu trompe les prophètes, cela signifie qu'il ne les empêche pas de se tromper, et qu'en certaines cire nstances il ne leur donne pas les lumières surnaturelles dont ils auraient besoin pour connaître et pour dire la vérité. Aux mots Cause, Endurcissement, Permission, nous avons fait voir que dans toutes les langues l'usage est de représenter comme cause d'un événement ce qui n'en est (pic l'occasion; d'appeler également permission le consentement positif donné à une chose, et l'inaction dans laquelle on se tient en la laissant faire : équivoques sur lesquelles on peut multiplier les objections à l'infini. Dans Ezéchiel même, c. xnr, v. G et 7, Dieu se plaint de ce que les faux prophètes osent parler en son nom, quoiqu'il ne les ait pas envoyés, et qu'il ne leur ait rien dit. Dica n'avait donc aucune part aux faussetés qu'ils débitaient. C'est dans ce sens qu'il dit, c. xiv, v. 9, qu'il les a trompés, en envoyant aux idolâtres des châtiments, au heu des bienfaits que les imposteurs leur prometta cnt. Il a permis qu'il y eût de faux prophètes, comme il permet qu'il y ait de faux docteurs, de mauvais philosophes, des prédicants incrédules, qui trompent leurs lecteurs par de faux raisonnements, comme les prophètes infidèles trompaient les Juifs par de fausses promesses.

Prophètes, hérétiques enthousiastes q :i ont paru en Hollande, où on les nommait propketantes ; il y a lieu de croire que c'étaient des quakers. La plupart s'appliquaient à l'étude du grec et de l'hébreu ; tous les premiers dimanches de chaque mois ils se rassemblaient dans un village près de Leyde, ils y [lassaient tout le jour à la lecture de l'Ecriture sainte, à former différentes questions et à disserter sur le sens de divers passages. On dit qu'ils affectaient une exacte probité , qu'ils avaient horreur de la guerre et du métier des armes, qu'en beaucoup do choses ils étaient dans les sentiments cies arminiens ou remontrants. On ne les accuse pas cependant d'avoir prophétisé ; probablement on les appelait prophelantes , parce qu'ils se croyaient inspirés et illuminés comme les quakers.

Mais Mosheim convient que, dans le cours du siècle dernier, il parut parmi les protestants une foule prodigieuse de fanatiques qui se donnaient pour prophètes et se mêlaient de prédire l'avenir ; quelque absurdes que fussent leurs prédictions, ils trouvèrent des partisans et des apologistes. Il nomme Nicolas Drabicius, Christophe Kottcr, Christine Poniatovia et plusieurs autres moins

célèbres, Il isl. ecclésiast., xvu" siècle, sect. 2, part, il, chap. 1, § 41. Cette maladie de cerveau est aussi ancienne que la réforme, et n'a pas peu contribué à ses progrès. Luther, dès le commencement de ses prédications, prophétisa la chute prochaine de l'empire papal et la ruine de Babylone, c'està-dire de l'Eglise romaine, il voyait clairement cette révolution dans le prophète Daniel et dans saint Paul, et il se servait de cet artifice pour exciter la haine des peuples contre le catholicisme ; le désir d'accomplir les oracles de Luther a mis plus d'une fois les armes à la main de ses sectateurs : Hist. des variât., 1. xiii, § 12; Défense de cette histoire, 1" dise, § 53; V Jnstruct. past. sur les promisses de V Eglise, § 44. Il en a été de même chez les calvinistes: le célèbre Jurieu crut voir dans l'Apocalypse les mêmes événements (pic Luther avait découverts dans Daniel et dans saint Paul ; il osa fixer l'époque précise de l'anéantissement du papisme. Malheureusement pour lui et pour les protestants, rien n'arriva de ce qu'il avait prédit. Mais s'il ne communiqua pas aux calvinistes des Cévennes et du Vivarais l'esprit prophétique, il leur inspira le fanatisme fur:eux et sanguinaire, il leur mit les armes h la main. On ne peut lire qu'avec effroi la multitude de meurtres, d'incendies, de cruautés , de profanations, de crimes de toute espèce, qu'ils ont commis pendant plus de vingt ans. Il fallut mettre des troupes en campagne, employer les supplées et les exécutions miLtaires pour mettre à la raison ces forcenés, et les réduire enîin à plier sous le joug des lois et de l'obéissance. Le souvenir de ces désordres ne peut être de longtemps effacé ; ils duraient encore en 1710. Voy. ïllistoire du fanatisme de notre temps, par Brueys.

A la honte de notre siècle, on a vu renouveler une partie de cette frénésie parmi les partisans des convulsions; l'exemple des protestants aurait dû corriger les visionnaires plus récents; mais l'esprit de vertige sera toujours le même chez tous ceux qui se révoltent contre l'Eglise. Dieu, dit saint Paul, les livrera tellement à l erreur, qu'ils ne croiront p.' us (pi au mensonge; et ainsi seront condamnés tous ceux qui résistent à la vérité et consentent à l'injustice (II Thess. n, 10).

PROPHÉTIE , prédiction des événements futurs, faite par inspiration divine. Par événements futurs l'on n'entend point les effets naturels et nécessaires des causes physiques: un astronome prédit les' éclipses, un pilote prévoit une tempête, un médecin annonce les crises d'une maladie, sans être pour cela prophète. Un politique habile qui connaît par expérience le jeu ordinaire des passions humaines, le caractère et les intérêts de ceux qui sont à la tète des affaires, peut présager de loin certaines révolutions, et en parler avec une espèce de certitude sans être inspiré de Dieu. Une prophétie proprement dite est la prédiction des actions libres que les hommes feront dans telle ou telle circonstance. Dieu seul peut les connaître, surtout loisqu'il est question d'hommes qui n'eus-

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tent pas encore ; lui seul peut les révéler (1). Une prophétie est encore plus frappante et plus évidemment divine, lorsqu'elle annonce des événements surnaturels et miraculeux. Dieu seul sait ce qu'il a résolu de faire par sa toute-puissance dans les temps à venir ; lorsqu'un homme les a prédits de loin, et qu'ils sont arrivés comme il l'avait dit, nous ne pouvons plus douter qu'il n'ait été un vrai prophète, et qu'il n'ait parlé par inspiration divine. Ainsi, lorsque Dieu fit connaître au patriarche Abraham, que ses descendants seraient un jour esclaves en Egypte, mais qu'ils seraient délivrés par des prodiges, et cela quatre cents ans avant l'événement, Gen., c. xv, v. 13 et suiv., cette prophétie, exactement accomplie au temps marqué, portait un double caractère de divinité. Puisque Dieu seul pouvait faire ces miracles, lui seul pouvait aussi les annoncer. 11 en est de môme de la promesse que Jésus-Christ fit à ses apôtres de convertir les nations par les mir.icles qu'ils opéreraient en son nom : il était également impossible a l'esprit humain de prévoir cette conversion, et aux forces humaines de l'accomplir. Or, tel est le caractère delà plupart des prophéties de l'Ancien Testament.

Les incrédules, de concert avec les sociniens, pensent que Dieu ne peut ni prévoir ni prédire les actions libres des hommes ; nous avons prouvé le contraire au mot Prescience ; et au mot Prophète, nous avons fait voir la différence infinie qu'il y a entre les prophéties contenues dans l'Ecriture sainte, et les prétendues prédictions auxquelles les païens donnaient leur confiance.

Quelques déistes ont fait contre la preuve que nous tirons des prophéties une objection spécieuse : « Pour que cette preuve, disentils, fût convaincante, il faudrait trois choses dont le concours est impossible. Il faudrait que j'eusse été témoin de la prophétie, que je fusse aussi le témoin de l'événement, et qu'il me fut démontré q :e cet événement n'a pu cadrer fortuitement avec la prophétie ; car enfin la clarté d'une prédiction faite au hasard n'en rend pas l'accomplissement impossible. «Nous soutenons que cet argument renferme trois faussetés : il est faux que pour être certain qu'une prophétie a été faite longtemps avant l'événement, il soit nécessaire d'en avoir été témoin ; il suffit d'en être assuré par l'histoire et par des monuments incontestables ; il en est de même de la certitude de l'événement et de sa conformité avec la prédiction, et il est faux que l'accomplissement d'une prophétie claire et chargée d'un grand nombre de circonstances puisse se faire par hasard, surtout lorsque Dieu seul peut opérer ce qui est prédit.

Il est aisé défaire l'application des règles contraires. Dieu assure Abraham que dans quatre cents ans il donnera la Palestine à sa postérité, non à celle qui descendra d'ismaël, mais aux descendants d'Jsaac. Dieu renouvelle cette promesse à Isaac lui-même, en

(i) Le cardinal de la Luzerne a traité ce sujet dans sa savante Dissertation sur les prophéties (dans \esDemotist. étang ,éd. Mi^ne). Nousy renvoyons le lecteur.

faveur des enfants de Jacob, à l'exclusion de ceux d'Esaû. Mais il est dit que cette postérité sera réduite en esclavage et opprimée par les Egyptiens, mais qu'elle sera mise en liberté par une suite de prodiges. C'est sur cette prophétie que ces patriarches dirigent leur conduite. Jacob, près de mourir en Egypte, la laisse par testament àses enfants, il assigne d'avance les diverses contrées de la terre promise que chaque tribu doit occuper; il veut y être enterré avec ses pères ; Joseph mourant rappelle ce souvenir à ses neveux : Dieu vous visitera, il vous reconduira dans la terre qu'il a promise à Abraham, à Isaac et à Jacob ; emportez mes os avec vous lorsque vous partirez. Tout cela s'exécute. Les Israélites s'en souviennent lorsque Moïse vient leur annoncer leur délivrance de la part du Seigneur, et ils l'adorent. Par une suite de prodiges, les Egyptiens sont forcés de les mettre en liberté ; après quarante ans de séjour dans le désert, ils se mettent en possession de la Palestine, et ils se conforment aux dernières volontés de Jacob et de Joseph. 11 est impossible que Moïse ait forgé cette prophétie en même temps que toute l'histoire de la postérité d'Abraham, qui en est l'accomplissement. Les faits principaux en sont attestés par l'histoire profane, aussi bien que par les livres des Juifs. Il est encore plus impossible que cet accomplissement se soit fait par hasard, puisqu'il a fallu une suite de miracles. L'ordre dans une longue suite de faits ne peut pas plus être l'effet du hasard, que l'ordre dans les ouvrages de la nature.

Nous pourrions fairevoir la même authenticité et la même vérité dans les prophéties qui regardent Jésus-Christ et la conversion du monde dont il est l'auteur , et dans les prédictions qu'il a faites lui-même. Mais jamais les incrédules ne se sont donné la peine de comparer les événements avec ces prédictions, de considérer la suite des prophéties et le rapport qu'elles ont aux circonstances dans lesquelles elles ont été faites.

Il est incontestable que c'est cet examen qui a contribué, autant que les miracles de Jésus-Christ et des apMres , à la conversion des Juifs. Ce divin Maître lui-même , après leur avoir dit: Mes œuvres rendent témoignage de moi, ajoute aussitôt : Approfondissez les Ecritures, elles rendent aussi témoignage de moi (Joan. y, 36). Il es' dit, Act., c. xvm, v. 28, que saint Paul et Apollo convainquaient les Juifs, en ne disant rien que ce qui est écrit dans les prophéties. Cap. xxvm, v. 23, nous lisons qu'à Rome, les Juifs vinrent trouver l'Apôtre, que pendant tout un jour il leur prouva la foi en Jésus-Christ par la loi de Moïse etpar les prophètes, etqueplusieurs crurent. Saint Pierre, dans sa IIe Epitre, c. i, v. 18, après avoir cité le miracle de la transr figuration, dit -.Nous avons quelque chose de plus ferme dans les paroles des prophètes, que vous faites bien de regarder comme un flambeau qui luit dans un lieu obscur.

Mais certains critiques , trop hardis et suivis par les incrédules, ont prétendu que les prophéties alléguées aux Juifs par les

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apôtres et par les docteurs chrétiens, ne peuvent pas être appliquées à Jésus-Christ dans le sens propre, littéral et naturel, mais seulement dans un sens figuré, typique et allégorique ; qu'elles ont été accomplies littéralement dans un autre personnage qui était le type ou la figure de Jésus-Christ, et ensuite vérifiées dans ce divin Sauveur d'une minière plus sublime. Nous soutenons au contraire (pie le très-grand nombre de ces prophéties regardent directement et littéralement Jésus- Christ, et non un autre objet ; qu'elles n'ont été accomplies qu'en lui ; qu'ainsi cette nreuve est très-solide, non-seulement contre les juifs, mais contre les païens et conre toute espèce d'incrédules; et nous nous sommes attachés à le démontrer dans plusieurs articles de ce Dictionnaire. Nous mettons au rang de ces prophéties directes et littérales : 1° Les paroles que Dieu adressa au tentateur après la chute d'Adam, par lesquelles il lui prédit que la race de la femme lui écraserait la tôte, Gen.,c.ni, v. 15. Voy,. Protkvangile. 2° La promesse que Dieu fit au patriarche Abraham de bénir toutes les nations dans un de ses descendants, Gen., c. xxii, v. 18. Voy. Race. 3° La prédiction que Jacob fit à son fils Juda , que le Messie naîtrait de sa race. Voy. Juda. Ce que Moïse dit aux Juifs, Dent., c. xvm, v. 15, que Dieu leur suscitera un prophète semblable à lui, et que s'ils ne l'écoutent pas , Dieu en sera le vengeur. 5° Le psaume cix, où David parle d'un piètre selon l'ordre de Melchisédech, dont le sacerdoce sera éternel. Voy. Melciiisédéciens. 6° Le psaume xxi, dans lequel sont représentées les souffrances du Messie, et duquel Jésus-Christ lui-même se fit l'application sur la croix. Voy. Psaume. 7° La prophétie d'Isaïe, c. vu, v. 14, qui annonce qu'un enfant naîtra d'une vierge, et sera nommé Emmanuel, Dieu avec nous. Voy.

Emmanuel. 8° Le chapitre lui du môme prophète, qui peint les souffrances du Sauveur. Voy. Isaie. 9* Le passage de Daniel, c. ix,v. 2k, où il est prédit que le Christ sera mis h mort soixante-dix semaines , ou quatre cent quatre-vingt-dix ans après la reconstruction de Jérusalem. Voy. Daniel. 10" Les prophéties d'Aggée, c. ii, v. 7, et deMalachie, c. m, v. 1, par lesquelles ils assurent que le Messie viendra dans le second temple que les Juifs rebâtissaient pour lors. Voy. Aggée et Malachie.

Nous ne prétendons point que ce soient là les seules prophéties de l'Ancien Testament , qui regardent Jésus-Christ dans le sens propre , direct et littéral ; mais cellesci, qui sont les principales, et sur lesquelles les juifs disputent avec le plus d'opiniâtreté, suffisent pour réfute;' la prétention des incrédules et des critiques téméraires dont nous avons parlé. Nous convenons qu'outre ces prédictions directes , il est d'autres prophéties que l'on appelle typiques et allégoriques, qui regardent un autre personnage, mais qui n'ont point été accomplies en lui dans toute l'énergie des termes dans lesquels elles sont conçues, et que les écri-

vains du Nouveau Testament ont appliquées à Jésus-Christ. Ainsi saint Matthieu, c. n, v. 15, applique à Jésus enfant, rapporté du l'Egypte, ce que le prophète Osée avait dit du peuple juif : Tai appelé mon Fils de VEgypte ; et v. 17, il représente le massacre des innocents comme l'accomplissement des paroles de Jérémie , touchant la désolation de la Judée , lorsque ses habitants furent emmenés en captivité : Rachel pleure ses enfants et ne veut j)as se consoler, parce qu'ils ne sont plus, etc.

Est-ce mal à propos et sans raison que les apôtres et les évangélistes ont fait ces applications des prophéties? Non, sans doute. 1° Us ont aussi fait usage des prophéties littérales et directes dont nous avons parié ; il n'en est presque point qui ne soit répétée dans le Nouveau Testament; les autres ne sont donc ajoutées que par surcroit. 2° C'était la méthode des anciens docteurs de la synagogue : nous le voyons encore aujourd'hui par les Pa.aphrases chaldaïques et par le Talmud ; c'était donc un argument personnel contre les juifs attachés à la tradition de leurs docteurs ; et cette preuve n'est pas moins forte aujourd'hui contre les juifs modernes, puisqu'ils font encore profession de s'en tenir à leur ancienne tradition. C'est ce qui a autorisé les Pères de l'Eglise à s'en servir.

Quoique cette preuve ne paraisse ] as au premier coup d'oeil devoir faire la même impression sur le païen et sur l'incrédule , elle est cependant encore suffisante pour les convaincre , parce qu'il est impossible qu'il se trouve tant de rapport entre l'objet de ces prophéties et Jésus-Christ , sans que ce divin Sauveur en soit la fin et le terme. Nous avouons qu'il résulte plus de lumière des prophéties dont le sens direct et littéral regarde uniquement Jésus-Christ et l'établissement de son Eglise ; nous ne citons dans le même sens que les anciens docteurs juifs. On peut en voir les preuves dans Galatin , de Arcanis cathol. veritatis , 1. v, etc. Pour en pervertir le sens et en éluder les conséquences, les juifs modernes les entendent tout autrement que leurs anciens maîtres. Entêtés d'un Messie roi, conquérant, glorieux, et de la prospérité temporelle qu'ils espèrent sous son règne , ils veulent que toutes les prophéties soient accomplies à la lettre , quelque absurde que soit le sens qu'ils y donnent. Us attendent un fils de David, lorsque la race. de ce roi est anéantie ; un guerrier, qui est cependant appelé le prince de la paix ; un destructeur des nations, pendant que le Messie est annoncé comme l'auteur de leur salut ; un vainqueur, mais qui doit subir la mort pour les péchés de son peuple ; un règne temporel et en même temps éternel sur la terre ; tous les plaisirs sensuels , au lieu que le libérateur promis doit faire régner la justice éternelle et la sainteté parfaite. Toutes ces idées sont certainement contradictoires.

Dieu, disent-ils, a promis par ses prophètes que le Messie reconduira dans la Judée

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tes douze tribus d'Israël, Ezech. , c. xxxvn, V. 16. C'est une fausseté. A la fin de la captivité de Babylone , Zorobabel reconduisit dans la Judée tous les Juifs qui voulurent y retourner ; mais il n'est point question là du Messie ; le prophète n'en a pas parlé ; et à présent les douze tribus sont tellement confondues , qu'aucun juif ne peut montrer de quelle tribu il est. Suivant le même prophète, c. xxxviii et xxxix , Gog et Magog doivent périr avec leurs armées sur les montagnes d'Israël. Les juifs ont rêvé que Gog et Magog sont les chrétiens et les mahometans, et ils se promettent d'en faire une boucherie sanglante , lorsqu'ils auront le Messie à leur tète. Cependant Ezéchiel n'a pas dit un seul mot du Messie dans ces deux chapitres , et il paraît qu'il a voulu désigner , dans l'endroit cité , la défaite des armées envoyées contre les Juifs sous les Macbabées.

Ils disent que , suivant la prédiction de Zacharie , c. iv , les montagnes doivent s'abiisser, les vallées s'aplanir, l'Euphrate et le Nil se dessécher pour laisser passer les Juifs; que le mont des01ivesserafenduendeux,etc.

Mais Dieu ne fait pas des miracles ridicules et superflus, uniquement pour satisfaire l'orgueil d'une nation. Le sens de la prophétie est évident : Quand il faudrait abaisser les montagnes , aplanir les vallées et bouleverser la nature entière, Dieu le ferait pour ramener son peuple de la captivité de Baby- Jone ; sa promesse s'accomplira malgré tous les obstacles. Le temple de Jérusalem, continuent les juifs , doit être rebâti suivant la forme, le plan et les dimensions tracées par Ezéchiel, c. xl et suiv. Aussi le temple a-til été rebâti après la captivité de Babylone, et les juifs ne peuvent pas prouver que l'on n'a pas suivi la forme et le plan tracés par Ezéchiel.

Il est dit par le même prophète, c. xxxvn, et par Daniel, c. xn, etc. , que tous les peuples doivent venir à Jérusalem célébrer les fêles juives, que l'idolâtrie et tous les crimes doivent être détruits par toute la terre , que le prophète Elle doit revenir, que la résurrection des morts doit se faire sous le règne du xMessie. Rien de tout cela , disent les juifs, n'est arrivé, ni après la captivité de Babylone , ni sous le règne du prétendu Messie adoré par les chrétiens. Donc tout cela s'accomplira dans les siècles futurs , lorsque Dieu l'aura résolu. C'est ainsi que les juifs se bercent de fausses espérances. Quoi qu'ils en disent, après la captivité de Babylone , les Juifs , dispersés dans les différentes contrées de l'Orient , sont revenus à Jérusalem célébrer leurs fêtes; ils ne se sont plus livrés à l'idolâtrie dans la Judée comme auparavant; et par les différentes réformes que fit Esdras , leurs mœurs furent moins corrompues. Quand cette révolution serait annoncée en termes encore plus pompeux , il ne s'ensuivrait pas que la prédiction n'a pas été suffisamment accomplie.

Ezéchiel ne prédit point la résurrection des morts, mais il compare la délivance des âuifs captifs à Babylone à la résurrection

des morts , et il ne parle point du Messie. Quant au retour d'Elie , ce prophète est revenu au monde dans la personne de Jean- Baptiste , et il y a paru de nouveau à la transfiguration de Jésus -Christ. Les Juifs doutèrent si Jean -Baptiste ou Jésus luimême n'était pas Elie ressuscité. Mat th. , c. xvi, v. IV; c. xvn, v. 3 et 12, etc.

Les Juifs , en confondant les événements qui devaient arriver au retour de la captivité de Babylone, et qui sont annoncés avec emphase par les prophètes , avec les prodiges spirituels qui devaient être opérés par le Messie , ont fait des prophéties un chaos inintelligible ; et c'est sur cette confusion que les incrédules argumentent : comme si c'étaient les prophètes eux-mêmes qui ont fait ce mélange , et qui ont induit les Juifs en erreur. Mais quand on cherche sincèrement le vrai , l'on distingue aisément ce qui doit être pris à la lettre d'avec ce qu'il faut entendre dans un sens figuré ; ce qui a dû arriver au retour des Juifs dans la Judée , d'avec ce qui s'est accompli quatre ou cinq cents ans après.

Il est vrai qu'il y a encore aujourd'hui dans le christianisme un nombre de figuristes dont le système est très-propre à nourrir l'entêtement des juifs , puisqu'il est fondé sur le même préjugé. Lorsqu'une prophétie ne leur semble pas avoir été suffisamment accomplie sous l'Ancien Testament ou à la venue de Jésus-Christ , ils concluent qu'elle le sera à la fin du monde, au second avènement du Sauveur, lorsqu'il viendra juger les vivants et les morts. En mêlant ensemble toutes les prophéties qui leur semblent pouvoir désigner le même objet, celles des anciens prophètes avec celles de l'Evangile, celles de saint Paul et celles de l'Apocalypse, ils forment un tableau d'imagination, mais qui peut être détruit aussi aisément qu'il est composé. Comment prouvera-t-on aux juifs qu'ils ont tort de transporter à l'avénement futur de leur Messie les prédictions qui ne leur paraissent pas suffisamment accomplies, pendant qu'on se donne la liberté de les appliquer à un second avènement du Sauveur? Le plus sur est donc de nous en tenir au sens littéral des prophéties, suffisamment fixé par la tradition de l'Eglise, puisque l'on ne peut tirer aucune conséquence des explications mystiques, et qu'une infinité d'écrivains de toutes les sectes en ont abusé pour débiter des visions. Voy. Fi-

GURISME.

PROPICE , PROPITiATION , PROPITIA- TOIRE. Ces termes, dérivés du laùu prope, proche, auprès, sont une métaphore. Comme nous disons que le péché nous éloigne de Dieu ou éloigne Dieu de nous , nous disons aussi que la pénitence nous en rapproche. Ainsi Dieu nous est propice lorsqu'il se rapproche de nous pour nous accorder ses grâces et ses bienfaits. Lorsque le publicain disait à Dieu : Seigneur , soyez propice à moi, pauvre pécheur, cela signifiait, Seigneur , rapprochez-vous de moi , et pardonnez-moi les péchés qui m'éloignent de vous. Saint

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Jean, Epist. 1 , c. iv , v. 2 , dit que Jésus- Christ est la victime de propitiation pour nos péchés y non-seulement pour les nôtres , mais pour ceux du monde entier, parce que sa mort, qu'il a offerte à Dieu pour les péchés de tous les hommes , a satisfait à la justice divine , les a réconciliés tous avec elle , a mérité pour eux tous la grâce et la gloire éternelle dont le péché les rendait indignes. Dans l'ancienne loi , les sacrifices offerts pour les péchés sont appelés sacrifices propitiatoires , pour la môme raison ; et le jour de l'expiation générale est nommé le jour do la propitiation, Lerit. , c. xxm, v. 28. L'Eglise catholique tient pour article de foi que la messe est un sacrifice de propitiation pour les vivants et pour les morts, parce que c'est le sacrifice mémo de Jésus-Christ renouvelé et offert à Dieu pour effacer les péchés des vivants et des morts , par conséquent pour leur appliquer les mérites de ce divin Sauveur. Voy. Messe. — C'était une espèce de serment parmi les juifs de dire : Dieu me soit propice pour que je ne fasse point telle action, c'est-à-dire Dieu me préserve de la faire. — Le couvercle de l'arche d'alliance était nommé propitiatoire, à cause de sa forme. 11 était plat et surmonté de deux chérubins ou anges, tournés l'un vers l'autre, et dont les ailes étendues formaient une espèce de trône. Lcvit. , c. xvi , v. 2. C'est là que Dieu daignait rendre sa présence sensible, sous la forme d'une nuée ou autrement, et qu'il donnait ses réponses au grand prêtre , lorsqu'il était consulté. Ce trône était donc appelé le propitiatoire , à cause que Dieu s'y rapprochait de son peuple et daignait se rendre accessible. Exod. , c. xv , v. -i-2; Nain., c. vu , v. 89. Cette présence divine est nommée par les docteurs juifs schékinah, demeure, habitation, séjour. Aussi, dans le grand jour des expiations, le grand prêtre , tenant à la main le sang de la victime immolée pour les péchés du peuple, se présentait devant le propitiatoire , s'approchait ainsi de la Divinité, intercédait et faisait propitiation pour toute la naîion. Par celte môme raison, les Juifs pieux et fidèles à observer la loi, quelque éloignés qu'ils fussent du tabernacle ou du temple, se tournaient de ce côté-là pour faire leurs prières, parce que e'élait là que Dieu da;gnait habiter et répandre ses grâces. III Reg. , c. vm, t. 48; Dan. , c. vi , v. 10; Prideaux, Hisl. des Juifs , 1. m , § 1. Par analogie à l'arche d'alliance , quelques auteurs chrétiens ont nommé propitiatoires les dais ou baldaquins qui couvraient l'autel, ouïes ciboires suspendus sous ces dais, clans lesquels on conserve l'eucharistie : c'était un témoignage de la foi à la présence réelle de Jésus-Christ dans le saint sacrement.

PROPOS. On appelle communément bon propos la résolution formée par un pénitent de ne plus retomber dans le péché , et d'en éviter les occasions. Ce bon propos est nécessairement renfermé dans la contrition , sans cela, elle ne serait pas nécessaire. On ne peut pas dire avec vérité que l'homme se

repent d'avoir offensé Dieu , et qu'il déteste son péché , à moins qu'il ne soit dans la ferme résolution de changer de conduite, et d'éviter, autant qu'il le pourra, tout sujet de tentation. C'est la décision du concile de Trente, sess. 14, c. 4. Elle est fondée sur l'Ecriture sainte ; Dieu dit aux pécheurs , Ezech. , c. xviii, v. 31 : Rejetez loin de vous toutes les prévarications (pie vous avez commises ; faites-vous un esprit et un cœur nouveau... Revenez à moi, et vous vivrez. Se faire un cœur nouveau , c'est changer d'inclinations, d'attachements et d'habitudes, ne plus aimer, ne plus rechercher ce qui a été la cause du péché.

PROPOSITION. L'on appelait pains de proposition ou d'offrande les pains qui étaient présentés à Dieu , et renouvelés chaque semaine par les prêtres dans le tabernacle , et ensuite dans le temple de Jérusalem. Le prêtre de semaine, tous les jours de sabbat, mettait ces pains sur une table d'or destinée à cet usage dans le sanctuaire. Ils étaient au nombre de douze , et désignaient les douze tribus d'Israël. Charme pain était d'une grosseur assez considérable , puisqu'on y employait deux affarons de farme , ou environ six pintes. On les plaçait tout chauds sur la table , et l'on ôtait les vieux qui avaient été exposés pendant toute la semaine. Les prêtres seuls pouvaient en manger; et si David en mangea une fois avec ses gens , ce fut par nécessité. Cette offrande était accompagnée d'encens et de sel, et l'on brûlait l'encens sur la table , lorsque l'on y mettait des pains nouveaux. Les rabbins ont beaucoup disserté sur la forme de ces pains, sur la manière dont ils étaient pétris , cuits et arrangés ; mais ce qu'ils en disent n'est rien moins que certain. Dès le commencement du monde , Dieu a voulu que les hommes lui présentassent les aliments dont ils se nourrissaient, parce que ce sont les plus précieux de tous les biens. Il voulait par là les ftire souvenir que c'est lui seul qui les leur fournit, qu'ils en sont redevables à sa bonté, qu'ils doivent en être reconnaissants , en user avec modération , et en faire part à leurs frères. Cette offrandeétaitdonc une trèsbonne leçon , et non une cérémonie frivole et ridicule, comme le prétendent les incrédules.

* PROPRIÉTÉ ( Droit de ). Dans noire Dictionnaire de Théologie morale, nouS avons examiné le droit de propriété dans son principe et dans ses conséquences, nous nous contentons d'ajouter ici quelques considérations de M. l'abbé Barran.

i Dans l'état actuel de l'homme, il lui faut, pour l'exciter au travail, au développement de son industrie, un autre mobile que l'intérêt général de la grande société dont il ferait partie, dit M. l'abbé Barran, Exposition raisonnée des dogmes et delà morale du christianisme, t. II, p. 2i7. Aussi y verrait-on nécessairement l'un ou l'autre de ces abns , peut être les deux à la fois ; le despotisme des chefs pesant sur les membres pour en obtenir la tache journalière, ou l'homme actif, laborieux, s'épuisant de fatigue pour le négligent et le paresseux , membre comme lui do celle association dont son oisiveté ne l'empêcherait pas de recueillir les avantages. Sans parler d'une fo.de d'autres inconvénients qui en seraient la suite

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inévitable, que ferail-on des enfanls? Puisque les parents n'auraient aucune propriété à leur préparer, à leur laisser, il faudrait que ces enfants leur devinssent étrangers dès qu'il serait possible de les agréger à la communauté. Peut-être même les leur arracherail-on , comme à Sparte , pour les faire élever suivant le bon plaisir ou l'intérêt des magistrats de la république. Où serait alors la famille avec ses devoirs et ses affections sacrées ? Elle n'existerait plus: on n'aurait, comme cbez les animaux, que des mères et des petits, qui, une fois séparés* ne conserveraient aucun rapport avec ceux dont ils auraient reçu la vie; ils seraient pour eux des étrangers. Voilà où aboutiraient les théories de nos communistes modernes, s'il était possible de les réaliser.

« Mais, dira-t-on, n'avons-nous pas aujourd'hui le christianisme avec sa puissante moralisation? Les peuples modernes seront donc plus propres à ce régime de communauté sociale qu'on ne l'était dans les temps anciens. On s'exagère évidemment l'influence du christianisme, si l'on va jusqu'à lui attribuer une modification complète, radicale de la nature humaine , en pensant qu'il fait de l'homme un être accompli qui ne puisse plus faillir. Il n'en est pas ainsi, comme nous en faisons tous les jours la bien triste expérience. Ainsi les partisans de ce système se jetteraient dans une grande erreur, s'ils prétendaient établir leurs théories sur la perfection essentielle des chrétiens. Je conviens qu'une communauté peu nombreuse pourra se former parmi eux avec plus de facilité que chez les Spartiates , parce qu'ils s'aimeront les uns les autres ; qu'ils se supporteront avec patience et charité; que, d'un autre côlé, leurs chefs se montreront en tout des modèles , comme des guides; que ce seront plutôt des pàrei occupés du bonheur de leurs enfanls, ainsi qu'on Ta vu autrefois dans le Paraguay. Cela sera possible, je le répète, dans une société peu nombreuse ; mais , tenter de l'établir dans une grande nation, ce serait une folie. Dieu n'a pas imposé celte condition sociale comme une conséquence de sa religion. Le divin législateur des chrétiens n'a changé nulle part l'état politique des peuples pour les astreindre à la communauté des biens. Au contraire , nous le voyons sanctionner de son autorité le respect de la propriété : Rendez à César ce qui appartient à César (Matth. xxn), disait-il aux Pharisiens. Ailleurs, Jésus-Christ parle de la propriété de l'ouvrier avec lequel le père de famille fait une convention , comme salaire du travail qu'il attend de lui, et le soir venu ce père de famille dit à l'ouvrier : Mon ami , prenez ce qui vous appartient (Matth. xx). Enlemiez encore Jésus-Christ plaçant le vol à côté de l'homicide , qu'apparemment on n'a pas l'intention de justifier aujourd'hui. Un jeune homme s'approche du Sauveur et lui dit : Bon maître , que faut-il que je fasse pour acquérir la vie étemelle ? — Cardez les commandements , lui répond Jésus-Christ. — Quels commandements ? — Ceu.t ci : Vous ne tuerez point.... vous ne déroberez point (Matth. xix). El saint Paul nous assure que ni les voleurs ni les avares n'entreront dans le royaume céleste (/ Cor. vi). Voici enfin comment saint Jean décrit l'impénitence de certains hommes dans les derniers temps : Et ils ne firent point pénitence, ni de leurs meurtres , ni de leurs empoisonnements, ni de leurs impudicités, ni de leurs vols (Apoc, c. ix).

« Qu'on ne se serve donc pas du christianisme comme d'un prétexte , qu'on ne dénature point sa charité, pour niveler les conditions sociales et proclamer la loi agraire. La religion impose aux riches l'obligation rigoureuse de faire l'aumône et de prêter à celui qui est dans un besoin passager; elle le menace de la colère divine, des châtiments qui en seront la suite, s'il méconnaît ses devoirs sacrés : mais, en même temps, elle défend au pauvre de porter atteinte à la propriété d'aulrui ; il se rendrait

coupable d'une injustice qui l'exclurait , lui aussi , du royaume du ciel. D'ailleurs, la plupart des communistes de nos jours ne peuvent invoquer celle influence chrétienne sur les esprits pour les rendre plus propres à la viephalansléiïeime ( Voy. Fouriérisme, Saint - Simomsme) ; eux qui repoussent nos principes pour se jeter dans le panthéisme ou le matérialisme le plus abject, voilà leur dogme ; eux dont la morale est la plus obscène volupté et le cynisme le plus dégoûtant. Vous savez que les saint-simoniens ont aussi tâché d'expérimenter leurs théories d'harmonisation sociale, et que bientôt le désordre s'est introduit dans la famille : les fils et les filles ont réclamé contre le Père commun, en lui reprochant de ne pas conformer assez sa gestion aux capacités, et de s'être permis certaines irrégularités contre la justice comniutative, bien qu'ils l'eussent fait et acclamé Dieu. »

Objection des communistes : « A la bonne be:irer qu'il y ait un droit de propriété : pour le légitimer, il faudrait que les biens fussent partagés également ; sans cela , vous ne protégez qu'une injustice sous l'apparence d'un droit. » iM. l'abbé Barran leur répond : «Je conviens qu'à l'époque où les familles étaient peu nombreuses, elles durent s'établir avec une possession proportionnée aux membres qui les formaient; du moins chacun put satisfaire ses goûts d'extension territoriale. Mais l'inégalité de fortune ne larda pas à s'introduire, tantôt par des causes indépendantes de toute volonté humaine, comme des épidémies, des dérangements de saisons et autres accidents funestes; tantôt par inconduite, négligences ou fausses spéculations , ce qui a dû faire passer les fortunes clans d'autres familles plus heureuses et mieux réglées. Or, qui pourra dire que l'injustice a amené ces changements, et que la violence ou les préjugés les ont sanctionnés et maintenus? On aurait pu établir, comme chez les Juifs, que le premier possesseur rentrerait dans ses droits chaque cinquantième année, et qu'ainsi il n'existerait nulle part une aliénation perpétuelle : mais celle règle n'a pas eu lieu ailleurs, nous concevons combien elle aurait pu nuire au zèle pour le travail et l'industrie, qui n'est efficacement encouragée que par le droit réel de propriété perpétuelle. D'ailleurs, tel est l'ordre établi, ordre qu'on ne peut déclarer avec vérité injuste ni oppressif , que les fortunes accumulées sont aussi une propriété légitime qui a un droit sacré au respect , à l'inviolabilité ; et y porter atteinte aujourd'hui ou à une autre époque, ce serait une véritable injustice, une spoliation. Le divin législateur des chrétiens recommande aux riches d'être miséricordieux et charitables envers le pauvre, mais sans faire entendre une seule parole de doute sur le droit de leurs propriétés, et sans leur imposer l'obligation de partager leur fortune avec leurs fermiers et leurs voisins. Et puis, à quoi aboutirait cette répartition d'inégalité? Combien de temps pensez-vous qu'elle pût se maintenir ? L'homme est si faible, si mobile, si passionné, que, le jour même du partage territorial et mobilier, l'égalité aurait disparu par les ventes, les dons , le jeu, les prodigalités , et par mille transactions qui se font dans le commerce de la vie. Ce serait donc à recommencer tous les mois, ou au moins à la lin de chaque année , comme un règlement de comptes. Malgré tant de belles théories et de discours à grand effel, il faut se résigner à l'inégaliié de fortunes , comme à une nécessité de notre condition sur la terre. Dès lors, une immense possession doit être respectée de tous, comme le petit patrimoine du cultivateur ou les épargnes de l'artisan : elle est protégée par le même principe, le droit sacré de la propriété. >

PROSE, hymne composée de vers sans mesure, niais ijui n'ont qu'un certain nombre de syllabes, avec des rimes, qui se chante

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aux messes solennelles , après le graduel et V alléluia, et qui en est censée la suite. C'est pour cela que, dans plusieurs missels, les proses sont nommées séquences , sequentia. On en attribue l'invention à Notker, moine de Saint-Gall, qui écrivait vers l'an 880; mais il dit, dans la préface du livre où il en parle, qu'il en avait vu dans un antiphoriaire de l'abbaye de Jumiéges, qui fut brûlée par les Normands l'an 841. D'autres en firent à sou exemple, et bientôt il y en eut pour toutes les fêtes et les dimanches de l'année, excepté depuis la Septuagésime jusqu'à IV.ques. Mais la plupart furent composées avec tant de négligence, (pie l'on a loué les cbartreux et les bernardins de ce qu'i's n'ont point admis de proses dans leurs missels. Il y a quelques diocèses où l'usage est établi de dire une prose, au lieu d'une hymne, aux secondes vêpres des fêtes doubles.

L'Eglise romaine n'en admet que quatre principales, celle de Pâques, Victimes Paschali; celle de la Pentecôte, Veni, Sancte Spiritus ; celle du saint Sacrement, Lauda, Sion, et celle qui se dit pour les morts, Dies irœ. La première est d'un auteur inconnu ; la seconde est attribuée par Durand au roi Robert, qui vivait au commencement du xie siècle; mais il est plus probable qu'elle a été faite parHermanle Raccourci, Hermanus contractas, qui écrivait vers l'an 1040, et que le roi Robert fut l'auteur d'une autre plus ancienne qui commençait par Sancti Spiritus adsit nobis gratia, et qui a été dite dans l'ordre de Cluny, dès le xic siècle. La troisième est de saint Thomas d'Aquin, auteur de l'oftice du saint Sacrement. Cel e qui se dit pour les morts a été composée par le cardinal Frangipani, appelé aussi Malabrancha, docteur de Paris, de l'ordre des dominicains, qui mourut à Pérouse, l'an 1294. Mais elle n'a commencé à être d'un usage commun qu'au commencement du xvir siècle. Depuis ce temps-là l'on en a composé qui sont d'un style plus poétique et d'un meilleur goût que les anciennes. Lebrun , Explic. des Cérém. de la messe, tom. 1, iic part., art. 6, pag. 209.

PROSÉLYTE. Terme grec, qui répond parfaitement au latin advenu, étranger, homme arrivé d'ailleurs : les Juifs donnaient ce nom aux étrangers qui s'établissaient parmi eux, et qui embrassaient leur religion ou en tout ou en partie. Conséquemment ils en distinguaient de deux espèces : ils nommaient les uns prosélytes de la porte, les autres prosélytes de la justice. Les premiers étaient des étrangers qui avaient renoncé à l'idolâtrie, et faisaient profession d'adorer le seul vrai Dieu, article fondamental de la religion judaïque, sans la profession duquel ils n'auraient pas été soufferts parmi les Juifs. Ceux-ci, persuadés que la loi de Moïse n'était imposée qu'à leur nation, permettaient à un étranger d'habiter parmi eux, pourvu qu'il s'abstint de toute idolâtrie, qu'il adorât le vrai Dieu, et qu'il observât les sept préceptes de la loi naturelle imposés aux enfants de Noé. Voy. ce mot. 11 lui

était permis de rendre ses hommages à Dieu dans le temple ; mais il ne pouvait y entrer que par la première porte, et dans la première enceinte, qui était appelée le parvis des gentils, atrium gentium ; de là vint le nom de prosélytes de la porte, que l'on donna aux étrangers de cette espèce. On croit communément que Naaman le Syrien, et Corneille le centenicr étaient de ce nombre. Les seconds étaient des païens qui avaient embrassé toute la religion juive, et s'étaient obligés à l'observer aussi exactement que les Juifs de naissance ; ils étaient appelés prosélytes de la justice, parce qu'ils s'étaient engagés à vivre dans la sainteté et la justice prescrites par la loi. Les Juifs recevaient volontiers ces sortes d'étrangers ; nous voyons même dans l'Evangile , Matth., c. xxm , v. 15, que, du temps de Notre-Seigneur, ils se donnaient de grands mouvements pour convertir des païens, et les attirer à la profession du judaïsme. Ces prosélytes étaient initiés par la circoncision ; dès ce moment ils étaient admis aux mêmes rites et aux mêmes privilèges que les Juifs naturels. Par analogie, l'on a aussi nommé prosélytes les juifs et les païens convertis au christiame. Prideaux. Hist. des Juifs, tome II, liv. xin, pag. 145.

PROSEUCHE. Voy. Oratoire.

PROSPER (saint), né en Aquitaine vers l'an 4C5, et mort l'an 463, a passé une partie de sa vie en Provence et à Rome. Quoique simple laïque il a mérité d'être mis au rang des Pères de l'Eglise. C'est lui qui avertit saint Augustin de la naissance du semipélagianisme dans les Gaules. En 428 ou 429, de concert avec un nommé Hilaire, il écrivait au saint docteur que son livre de Correptione et Gratia causait beaucoup de bruit à Marseille parmi un nombre de personnages respectables par leur dignité et par leurs vertus ; la doctrine qu'ils y opposaient était le semi-pélagianisme. Pour réponse, saint Augustin adressa à tous les deux ses livres de la Prédestination des saints et du Don de la Persévérance. Pour connaître exactement les sentiments des semi-pélagiens, il faut comparer ces deux ouvrages avec la lettre de saint Prosper et avec celle d'Hilaire, précaution que n'ont pas toujours prise ceux qui ont écrit sur celte matière.

Saint Prosper prit la défense des écrits de saint Augustin contre les fausses interprétations des semi-pélagiens ; ceux-ci lui attribuaient les opinions des prédestinations, qui sont les mêmes que celles de Calvin; saint Prosper lit voir qu'elles sont fort différentes de celles du saint docteur, et il répondit à toutes les objections. Il écrivit encore plusieurs autres ouvrages contre ces nouveaux ennemis de la grâce de Jésus- Christ. En 1711, l'on en adonné à Paris une bonne édition in-fol. Plusieurs critiques ont attribué h saint Prosper les deux livres de la Vocation des gentils, d'autres les attribuent à saint Léon avec plus de vraisemblance ; mais on convient que ni l'un ni l'autre de

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