‹ Œuvres completes de Bergier (volume 3)Chapitre 22 sur 228 · LA · texte numérisé non relu

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Un critique moderne, qui n'est pas ordinairement heureux dans sesconjcctures, dit que les patriarches de Constantinoplc imitèrent celte pratique, et s'arrogèrent le même droit ; quede là vraisemblablement est venu l'usage de porter des bougeoirs devant les évoques lorsqu'ils officient : il pense que. cette coutume, quelque interprétation favorable qu'on puisse lui donner, n'est ['as le fruit des préceptes du christianisme.

Il se trompe; Jésus-Christ, dans l'Evangile, a dit à ses disciples : Ayez toujours des lampes ardentes à la main; imitez les serviteurs vigilants , qui attendent le moment auquel leur maître viendra frapper à la porte, afin de la lui ouvrir promptement. Luc, c. xn, v. 35. Vous êtes la lumière du monde...; faites-la toujours briller devant les hommes, de manière quils voient vos bonnes œuvres, etc. Matth., e. v, v. 14. La bougie allumée devant les évoques est évidemment destinée à les faire souvenir de cette leçon de Jésus-Christ; il n'y a pas là de quoi flatter l'amour-propre. 11 était très-convenable d'inculquer la même vérité aux maîtres du monde, surtout lorsqu'ils étaient au pied des autels : ils ne sont pas moins obligés que les pasteurs à donner bon exemple aux hommes. C'est dans le môme dessein que l'on mettait un cierge allumé à la main de ceux qui venaient de recevoir le baptême.

Mais à quoi bon ces couronnes d'or autour d'une bougie ? C'étaient les signes de la dignité impériale. Si l'on imagine qu'il est bon de faire perdre de vue aux souverains les signes de leur dignité, l'on se trompe encore ; ces signes ont été établis, non-seulement pour leur concilier le respect, mais pour les faire souvenir de leur devoir. Lorsqu'ils écartent ces symboles trop énergiques, et qu'ils atfectent de se confondre avec le peuple, ce n'est pas ordinairement dans le dessein de l'édifier. Défionsnous d'une fausse philosophie qui tourne en ridicule tout ce que l'on appelle étiquette, bienséance du rang, marque de dignité ; parce qu'elle ne veut porter aucun joug : les mœurs, la vertu, la police, le bien public, n'y gagnent certainement rien.

LAMPÉTIENS, secte d'hérétiques qui s'éleva, non dans 'e vne siècle, comme le disent plusieurs critiques, mais sur la fin du ive. Pratéole les a confondus mal à propos avec les sectateurs de Wiclef, qui n'ont paru qu'environ mille ans plus tard. Les lampétiens adoptèrent en plusieurs points la doctrine des ariens; mais il est fort incertain s'ils y ajoutèrent quelques-unes des erreurs des mareionites. Ce que l'on sait de plus précis, sur le témoignage de saint Jean Damascène, c'est qu'ils condamnaient les vœux monastiques, particulièrement celui d'obéissance, qui était, disaient-ils, contraire à la liberté des enfants de Dieu. Ils permettaient aux religieux de porter tel habit qu'il leur plaisait, prétendant qu'il était ridicule d'en fixer la couleur et la forme, pour une

profession plutôt que pour une autre, et ils affectaient de jeûner le samedi.

Selon quelques auteurs, ces lampétiens étaient encore appelés marcianistes, massaliens , euchites, enthousiastes, choreutes, adalphiens et eustathiens. Saint Cyrille d'Alexandrie, saint Flavien d'Anliocho, saint Amphiloque d'Icône, avaient écrit contre eux; ils étaient donc bien antérieurs au vu' siècle. Voy. la note de Cotelier sur les Const. Apost., 1. v, c. 15, n. 5. Il paraît que l'on a confondu le nom des marcianistes avec celui des mareionites, quand on a dit que les lampétiens avaient adopté les erreurs de ces derniers. Ce que l'on peut dire de plus probable, c'est que les différentes sectes dont nous venons de parler ne faisaient point corps, et n'avaient aucune croyance fixe ; voilà pourquoi les anciens n'ont pas pu nous en donner une notice plus exacte.

Il n'est pas étonnant que les vœux monastiques aient trouvé des adversaires et des censeurs , ne fût-ce que parmi les moines dégoûtés de leur état ; mais ils ont été défendus et justifiés par les Pères de l'Eglise les plus respectables. Il y a du moins un grand préjugé en leur faveur, c'est qu'ordinairement ceux qui se sont dégoûtés de la vie monastique et l'ont quittée pour rentrer dans le monde, n'étaient pas d'excellents sujets.

LAMPROPHORES, surnom que l'on donnait aux néophytes pendant les sept jours qui suivaient leur baptême, parce qu'ils portaient un habit blanc dont on les avait revêtus au sortir des fonts baptismaux.

C'était le symbole de l'innocence et de la pureté de l'âme qu'ils avaient reçues par ce sacrement. Lamprophore est formé de y.apnpôç, éclatant, et de fipv, je porte. Quand on baptise des adultes, l'on observe encore aujourd'hui l'usage de les revêtir d'un habit blanc ; mais l'on se contente de mettre sutla tête des enfants baptisés un bonnet de toile blanche que l'on nomme crémeau. Voy. ce mot.

Les Grecs donnaient encore le nom de lamprophore au jour de Pâques, tant à cause que la résurrection de Jésus-Christ est une source de lumière pour les chrétiens, que parce qu'en ce jour les maisons étaient éclairées par un grand nombre de cierges. La lumière est le symbole de la vie, comme les ténèbres désignent souvent la mort; de là on regarde le cierge pascal comme l'image de Jésus-Christ ressuscité.

LANFRANC , né en Lombardie, se fit moine à l'abbaye du Bec en Normandie, devint abbé de Saint-Etienne de Caén, et mourut archevêque de Cantorbéry, l'an 1089. Il a laissé plusieurs ouvrages qui ont été publiés par D. Luc d'Achery, en 1648, à Paris, in- fol. Le plus connu de tous est son Traité du corps et du sang du Seigneur, dans lequel il établit la foi de l'Eglise sur l'eucharistie, et combat les erreurs de Bérenger. Cet auteur se sent moins que ses contemporains de la rudesse du siècle dans lequel il écrivait; il montre une grande cou-

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naissance de l'Ecriture sainte, de la tradition et du droit canonique : on trouve dans ses écrits plus de naturel, d'ordre et de précision que dans les autres productions du xi' siècle. Les protestants, qui ont témoigné en faire peu de cas, parce qu'il était moine, avaient oublié que son mérite seul le fit placer sur le premier siégo d'Angleterre, qu'il gagna la confiance de Guillaume le Conquérant; que, pendant l'absence de ce prince, Lan franc gouverna plusieurs fois le royaume avec toute la sagesse possible. Il no faut donc juger des hommes ni par l'habit qu'ils ont porté, ni par le siècle dans lequel ils ont vécu; le cloître fut et sera toujours le séjour le plus propre pour se livrer à l'étude, pour acquérir tout à la fois beaucoup de connaissances et de vertus. On n'a qu'à confronter ce qu'a écrit Lanfranc pour établir le dogme de l'eucharistie, avec Ce que les plus habiles ministres protestants ont fait pour l'attaquer; on verra de quel côté il y a le plus de justesse et de solidité. Voy. Rékengkr.

LANGAGE, LANGUE. — Il est dit dans l'Ecclésiastique, c. xvn, v. 5, que Dieu a donné à nos premiers parents la raison, une langue ou un langage, des yeux, des oreilles, le sentiment et l'intelligence. Dans l'histoire de la création, Dieu parle à Adam et lui présente les animaux pour leur donner un nom; Adam et Eve conversent ensemble; Dieu est donc l'auteur du langage. Les spéculations des philosophes modernes, sur la manière dont les hommes ont pu le former, sont non-seulement contraires au respect dû à la révélation, mais un tissu de Visions que Lactance réfutait déjà au ive siècle. Divin. Instit., 1. vi, c. 10. Il suffit d'avoir du bon sens, dit-il, pour concevoir qu'il n'y eut jamais d'hommes sortis de l'enfance, et qui fussent rassemblés sans avoir l'usage de la parole; Dieu, qui ne voulait pas que l'homme fût une brute, a daigné lui parler et l'instruire en le créant (1).

(1) Convaincu, dit J.-J. Rousseau, de l'impossibilité prcs^ifedémontréequelcs langues aient pu naître et s'établir par des moyens purement humains, je laisse à qui voudra l'entreprendre la discussion de ce difficile problème... La parole nie parait avoir été fort nécessaire pour inventer la parole. (Disc, sur Vlnfqnlilé.)

« Il aurait fallu, dit M. Me Bonald, pour celte invention, toute la force, toute l'étendue, toute la sagacité de réflexion et d'observation dont l'esprit de l'homme peut être capable, et les plus profondes combinaisons de la pensée. Aussi les partisans de l'invention du langage ne manquent pas de dire que les hommes s'observèrent, réfléchirent, comparèrent, jugèrent, etc. ; car il fallait tout cela pour inventer l'art de parler. Mais je le demande : de quelle nature, je dirais presque de quelle couleur étaient les observations, les réflexions, les comparaisons, les jugements de ces esprits qui n'avaient encore, en cherchant le langage, aucune expression qui put leur donner la conscience de leurs propres pensées ? Philosophes, essayez de réfléchir, de comparer, de juger, sans avoir présents et sensibles à l'esprit aucun mot, aucune parole... Que se passe-t-il dans votre esprit, 61 'i'i'y voyez-vous? llicn, absolument rien ; et Vous

II n'est pas besoin d'une dissertation pour prouver que la connaissance des langues anciennes est très-utile et même nécessaire à un théologien. L'hébreu est la langue originale dans laquelle ont été écrits les livres de l'Ancien Testament ; aucune version ne peut en rendre parfaitement et partout le sens et l'énergie. Quelques-uns de ces-livres ne nous restent plus que dans la version grecque; c'est la langue de laquelle se sont servis les évangélistes, les apôtres et leurs disciples , les Pères de l'Eglise les plus anciens et les plus respectables. Le latin est la langue ecclésiastique de tout l'Occident. Mais les protestants se trompent, lorsqu'ils imaginent que la connaissance des langues les rend beaucoup plus capables d'entendre l'Ecriture sainte que n'étaier.t les anciens Pères , et lorsqu'ils prétendent que ceux-ci en général sont de mauvais interprètes, parce qu'ils ne savaient pas l'hébreu. Origène et saint Jérôme l'avaient appris; cependant ils n'ont pas vu dans l'Ecriture sainte d'autres dogmes ni une autre morale que leurs contemporains, qui étaient bornés à consulter la version grecque.

Sans avoir besoin d'un grand appareil d'érudition, les Pères ont été instruits et guidés par la tradition des Eglises fondées par les apôtres, par l'enseignement commun des différentes sociétés orthodoxes; et cet enseignement est beaucoup plus infaillible que les savantes conjectures des modernes. Si ces derniers nous ont satisfait sur plusieurs articles de peu d'importance, ils ont aussi fait naître des doutes sur d'autres choses plus nécessaires. Les nouveaux commentaires, loin de terminer les anciennes disputes, en ont souvent excité de nouvelles : parmi les explications des Pères, il y a beaucoup moins d'oj (position qu'entre celles des critiques de nos derniers siècles.

Nous sommes bien éloignés de blâmer ou de déprimer l'étude des langues ; nous en reconnaissons volontiers la nécessité : mais

ne pouvez pas plus percevoir vos propres pensées, lorsqu'elles s'appliquent à des objets incorporels, comparer les unes avec les autres, et juger entie elles, sans des expressions qui vous les représentent, que vous pouvez voir vo; propres yeux, et prononcer sur leur forme et leur couleur, sans un corps qui en réfléchisse l'image.

« Et, en effet, ce ne sont pas ici des objets physiques, des objets particuliers ou composés de parties qu'on peut voir et toucher, et dont il suffit de se retracer la figure, opération de la faculté d'imaginer qui s'exécute dans la brute comme dans l'homme ; ce sont des relations de convenance, d'utilité, de nécessité ; ce sont des idées morales, sociales ou générales, des idées de rapports de choses et de personnes, d'où dériveront bientôt des lois et des devoirs. Ce sont même des rapports intellectuels entre des cires physiques ou entre ces êtres et l'homme, rapports qui deviennent l'objet de tous les arts et même des plus hautes sciences. Ce sont, en un mot, des vérités, et non simplement des faits qu'il faut exprimer ; c'est-à-dire des objets incorporels qui ne fou point image, et ne peuvent, qu'à l'aide du discours, être la matière et la forme du raisonnement. Mais de toutes les combinaisons ou compo^iiions d'idées et

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si h ec secours, quelque utile qu'il soit, l'on n'ajoute pas la soumission à l'Eglise et la fidélité a suivre la tradition, l'Ecriture sainte,

de rapports, la plus vaste, la plus compliquée, la plus intellectuelle et, si l'on peut le dire, la plus déliée, est précisément le langage qui renferme toutes les idées et tous leurs rapports, et qui est l'instrument nécessaire de toute réflexion, de toute comparaison, de tout jugement. C'était donc le moyen de toute invention qu'il fallait commencer par inventer ; et comme la pensée n'est (prune parole intérieure, et la parole une pensée rendue extérieure cl sensible, il fallait, de toute nécessité, que l'inventeur du langage pensât, inventât l'expression de sa pensée, lorsque, faute d'expression, il ne pouvait avoir même la pensée de l'invention.

« Familiarisés, dès le berceau, avec le langage, que nous entendons avant de pouvoir l'écouler, que nous répétons avant de pouvoir le comprendre, que nous parlons sans cesse ou avec nous-mêmes ou avec les autres, nous ne faisons pas plus d'attention à cet art merveilleux, devenu pour l'homme sa propre nature, qu'au jeu de nos poumons ou à la circulation de noire sang. La parole est pour nous comme la vie, dont nous jouissons sans connaître ce qu'elle est et sans réfléchir à ce qui L'entretient. Et cependant l'être, la société, le temps, l'univers, tout entre dans cette magnilique composition : l'être, avec toutes ses modifications et toutes ses qualités ; la société, avec ses personnes, leur rang, leur nombre et leur sexe ; le temps, avec le passé, le présent et le futur ; l'univers, enfin, avec tout ce qu'il renferme. Tout ce que la langue nomme est ou peut «Ire ; seuls, le néant et l'impossible n'ont pas de nom. Lumière du monde moral qui éclaire ton' homme venait en ce tnotide, lien de la société, vie des intelligences, dépôt de toutes les vérités, de toutes les lois, de tous les événements, la parole règle l'homme, ordonne la société, explique l'univers. Tous les jours elle tire l'esprit de l'homme du néant, comme aux premiers jours du inonde une parole féconde tira l'univers du chaos; elle est le plus profond mystère de notre être ; et loin d'avoir pu l'inventer, l'homme ne peut pas même la comprendre. > {Recherches philosophiaues, loin. I, chap. 2).

M. Laurentie a donné à cette thèse des développements que nous rapportons : « Voyez, dit M. Laurentie, cet homme vivant au milieu d'une société, sans avoir aucune des notions qui constituent la société des intelligences. Nul doute que l'aspect de l'ordre moral qui se manifeste dans les dehors de la société humaine ne fasse sur son esprit une certaine impression d'étonnement , et ne le porte, par une sorte d'instinct naturel, jusqu'à une imitation imparfaite des actes, même moraux, des autres hommes. Cependant cet homme reste sans notion de ce qui est bien ou de ce qui est mal. Il a des sentiments, sans doute, parce qu'il a des sensations ; mais il ne compare pas, il ne déduit pas, il ne raisonne pas, il n'a pas d'idées. 11 y a des hommes d'une philosophie religieuse, mais peu réfléchie, dont l'imagination se refuse à concevoir des intelligences vides ainsi de toute notion. Ils ne peuvent pas surtout supposer qu'il y ait des créatures assez cruellement traitées par la nature pour que la pensée de Dieu soit absente de leur esprit. Mais en supposant que le spectacle merveilleux du monde et l'aspect même de tous les hommes, accoutumés à proclamer par leurs adorations silencieuses l'existence d'un être mystérieux, puissent jeter dans l'âme d'un sourd-muet la pensée de cet être et le sentiment de sa puissance, quelle distance infinie de celle pensée vague et indéfinie, sorte de terreur inexplicable, à la notion claire et positive de la Divinité, telle qu'elle existe dans une intelligence développée par la parole ! Cette impression confuse n'a rien qui lui donne le plus léger rap-

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loin do concilier les esprits, sera toujours une pomme de discorde jetée parmi eux; chaque nouveau docteur y trouvera ses

port avec l'idée, entendue dans sa perfection complète. Et cependant je parle du sourd-muet qui vit parmi les hommes dont les actes extérieurs peuvent faire pénétrer, à son insu, dans son esprit des impressions morales, et lui tenir lieu, jusqu'à un certain point, de propres réflexions. Mais que serait-ce si le sourd-muet vivait dans une société d'hommes dont les habitudes seraient purement animales ? L'intelligence du sourd-muet resterait alors inanimée ; et quelque idée que l'on se fasse de ses perceptions intimes, jamais on ne pourrait comprendre que ces perceptions pussent ressembler à des notions claires et précises ; il serait enfin, si j'ose le dire, une brute véritable, douée seulement du don, mais du don enfoui de la pensée, et dont la destinée intellectuelle se révélerait tout au plus par son imitation parfaite des aclcs extérieurs de la vie de l'homme intelligent.

< Dans le dernier siècle, des hommes bien intentionnés, voulant répondre à la philosophie téméraire qui osait penser que Dieu était une invention des prêtres, ou qui répétait, après d'anciens athées, que sa croyance était le résultat de la peur, allèrent consulter aussi la conscience du sourd-muet, pour y trouver, si c'était possible, cette pensée empreinte, et pour venjer ainsi l'existence de la Divinité et la conscience du reste des hommes. Celte expérience était inutile ; aujourd'hui il suffit de dire qu'elle eût été désespérante pour la cause de la vérité, si la vérité eût eu besoin, pour éclater à tous les regards, des révélations arrachées à la conscience de ces êlres incomplets. En effet, ceux qui, après avoir été instruits par les méthodes récemment pratiquées, furent interrogés sur leurs anciennes notions, ne firent jamais que témoigner que leurs notions étaient vagues et confuses, et leurs sentiments indéfinissables. Cette expérience peut être répétée à chaque moment depuis que les méthodes, devenues d'une application plus universelle et plus facile, nous montrent des sourds-muets parvenus à une instruction assez développée pour pouvoir rendre compte de leurs perceptions présentes et de leurs anciens souvenirs. Or, chaque expérience nouvelle montrera que le sourd-muet, c'est-à-dire l'homme sans parole, l'homme sans communication avec les intelligences, vit sans idées ou sans notions, même sans l'idée ou la notion de Dieu, bien qu'il y ait dans son âme une singulière disposition à soupçonner, à deviner, peutêtre à chercher et à vouloir l'existence d'un Etre supérieur à tous les autres, leur auteur et leur conservateur. Il ne faut pas imaginer que nos observalions ne soient qu'une opinion particulière et capricieuse de noire esprit ; elles sont le résultat de l'expérience des hommes qui se sont le plus étudiés à connaître l'existence intellectuelle du sourd muet.

«Les Mémoires de l'Académie des Sciures font mention d'un sourd de Chartres qui, ayant été guéri de sa surdité, déclara, lorsqu'il fut instruit, qu'il avait mené jusque-là une vie. purement animait;. Les théologiens et les physiologistes s'empressèrent d'interroger cet être à qui la parole venait de rendre l'intelligence ; et toujours il désespéra ceux qui s'attendaient à truiver en lui des idées innées, ou des idées produites par la sensation. Il est curieux de voir comment le cardinal Gerdil, grand partisan des idées innées, s'efforce de mettre ce fait en harmonie avec son système : Le sourd, dit-il, avait réellement (tes idées ; seulement Un en avait pas fait usage. Voilà, il faut en convenir, un moyen commode de tout expliquer, et il n'est pas de système qu'on ne pfil justifier avec des distinctions aussi raffinées.

« Un ouvrage assez rare, intitulé : Anlilogiet plu-

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rêveries, et les appuiera sur vingt passages entendus à sa manière : l'expérience de dix-sept siècles n'en est qu'une trop bonne preuve. Depuis que les novateurs en ont tous appelé à l'Ecriture sainte , sont-ils mieux d'accord entre eux qu'avec l'Eglise catholique? Aucune secte n'a autant travaillé sur l'Ecriture que les sociniens, et aucune n'en a fait un abus plus intolérable. Au m* siècle , Tertullien s'élevait df'jà contre cette licence des hérétiques ; il leur reprochait leur témérité de vouloir prendre d'eux-mêmes le sens de l'Ecriture, sans consulter l'Eglise, à laquelle seule Dieu en a confié la lettre et en a donné l'intelligence.

Langues (confusion des). Voy. Babel.

Langage typique. Voy. Type.

Langue vulgaihe. Il y a une grande dispute entre les catholiques et les protestants, pour savoir si c'est un usage louable, ou un ahus, de célébrer l'office divin et la liturgie dans une langue qui n'est pas entendue du peuple. C'est un des principaux reproches que les conlroversistes hétérodoxes ont faits a l'Eglise romaine; ils l'accusent d'avoir changé en cela l'usage de l'Eglise primitive,

losoplriqurs, renferme un riialogue entre un sourdmuet instruit par les méthodes nouvelles et un de ses amis. On voit clairement que le sourd-muet, M. le chevalier d'Etavigni, dont la première vie avait pu être moins matérielle que celle des sourds-muets ordinaires, à cause des habitudes distinguées dont il avait dû puiser l'imitation dans sa famille, fait des eflorts pour retrouver dans ses souvenirs quelque trace de notions intellectuelles. Mais on voit aussi que ses efforts sont vains, et qu'il n'y retrouve que des images vagues et confuses qui ne durent jamais ressembler le moins du monde à des idées.

« Moi-même, dit M. Laurentie , j'ai interrogé des sourds-muets instruits et désintéressés dans leurs explications. Tous m'ont assuré qu'avant le moment de leur instruction ils n'avaient aucune idée, même de Dieu. Le docte M. Jamet, recteur de l'Académie de Caen, et fondateur d'une école illustre de sourds-muets, m'a fait part de sa longue expérience et m'a confirmé dans mes convictions. En d'autres lieux, et principalement à Angers, j'ai pu voir les difficultés qu'on éprouve pour faire entrer une idée bien nette de Dieu dans la tète d'un sourd-muet. On m'a cité un élève de la maison de la Chartreuse, auprès de Yannes, qui disait qu'il n'avait pas peur d'être frappé par le bras de Dieu, parce que Dieu n'avait pas de bras, et qu'd était rond. Il croyait que c'était le soleil qui était Dieu, parce que le signe de l'adoration de Dieu consiste à lever les mains et les yeux au ciel ; et il y en a qui croient longtemps, pour cela même, qu'il y a deux dieux, le dieu du jour et le dieu de la nuit. Mais j';ti à citer des autorités qui sont plus imposantes que mes faibles observalions.

< J'ai sous les yeux un mémoire rempli de faits curieux, et composé par un homme qui a vu de trèsprès les élèves de l'école des sourds-muets de Paris. Ce mémoire établit clairement que le sourd-muet, seul dans l'univers, vivrait dans une éternelle enfance, sans le bienfait de l'instruction... II est certain, d'après les observations d'expérience dont je parle, que le sourd-muet, tel qu'il vil, et grandit, et végète parmi les hommes, est un être purement animal, sans idées, eans notions de ce qui est bien ou mal, machine vivante, et se mouvant par tous les ressorts organiques qui servent d'instrument à l'in-

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de cacher au peuple les choses qu'il a le plus grand intérêt de connaître, de le forcer à louer Dieu sans rien comprendre à ce qu'il dit.

Nous convenons que, du temps des apô-tres et dans les premiers siècles, le service divin se fit en langue vulgaire dans la plupart des Eglises ; savoir, en syriaque dans toute l'étendue de la Palestine et de la Syrie, en grec dans les autres provinces de l'Asie et de l'Europe où l'on parlait cette langue, en latin dans l'Italie et dans les autres pariies occidentales de l'empire. Il y a même lieu de présumer qu'en Egypte, pendant que l'on se servait du grec dans la ville d'Alexandrie, on célébrait en coplite dans les autres églises de cette contrée; mais on ne sait pas précisément en quel temps cette diversité a commencé. C'est inutilement que Bingham a pris beaucoup de peine pour prouver le fait général , puisqu'il n'est contesté par personne. Orig. ecclés., 1. xm, c h.

Mais il y a aussi des exceptions qu'il ne fallait pas dissimuler. Lorsque saint Paul alla prêcher en Arabie, est-il certain qu'il y ait célébré la liturgie en arabe? Quoique le

telligence humaine, mais incapable de donner un motif moral à ses actions; simplement imitateur enfin des actes des autres hommes, dont il était destiné, sans une disgrâce cruelle de la nature, à partager les destinées intellectuelles, et toutefois placé à une distance infinie au-dessus de l'animal, par le don tout divin de l'intelligence dont l'usage lui est interdit, et qu'il doit retrouver un jour libre des imperfections des sens et des vices grossiers de la matière. C'est ainsi que les plus savants instituteurs des sourds-muets ont considéré ces êtres malheureux, c Les sourds-muets, dit M. l'abbé de l'Epée, sont réduits en quelque sorte à la condition des bêles. > Il parle ici des sourds-muets par rapport à la connaissance de la religion ; mais M. Sicard est plus absolu, et ce qu'il dit parait encore plus désolant, puisqu'il l'applique à toutes sortes de notions morales. « C'est une grande erreur, dit-il, de confondre le sourd-muet avec un enfant ordinaire... Borné aux seuls mouvements physiques, il n'a pas même, avant qu'on ait déchiré l'enveloppe sous laquelle sa raison demeure ensevelie, cet instinct sûr qui dirige les animaux. Le sourd-muet est seul dans la nature, sans aucun exercice possible de ses facultés intellectuelles, qui demeurent sans action, sans vie... à moins qu'une main bienfaisante ne parvienne à le tirer de ce sommeil de mort... Quant au moral, il n'en soupçonne pas même l'existence. Rapporter tout à lui, obé'r avec impétuosité à tous les besoins naturels, satisfaire tous ses appétits... s'irriter contre les obstacles... renverser tout ce qui s'oppose à ses jouissances... voilà toute la morale de cet infortuné. Il n'a des yeux que pour le monde physique ; cl encore quels yeux '! Il voit tout sans intérêt... Le monde moral n\xi te pas pour lui, et les vertus comme les vices sont sans réalité. Tel est le sourd-muet dans son état naturel ; le voilà tel que l'habitude de l'observation, en vivant avec lui, m'a mis à même de le dépeindre. > En un mol, et pour nous résumer, le sourd-muet n'a pas d'idées, puisqu'il ne parle pas ; donc, sans la parole, l'homme ne pouvait inventer la parole ; donc l'invention de h parole était impossible ; donc la parole ou le langage est nu don Ce Dieu. » Voyez l'Introduction de la philosophie, etc., par M. Laurcntir, ch. n, art 1.

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christianisme ait subsisté au moins pendant quatre cents ans dans cette partie du monde, il n'y a dans toute l'antiquité aucun vestige d'une liturgie arabe. 11 a duré au moins aussi longtemps dans la Perse, et l'on n*a jamais entendu parler d'un service divin fait en langue persane. Du temps de saint Augustin, la langue punique était encore la seule qui fét entendue par une bonne partie des chrétiens d'Afrique; il nous l'apprend dans ses écrits ; mais il n'a jamais été question de traduire dans cette langue les prières de la liturgie. Lorsque le christianisme pénétra dans les Gaules, le la: in n'était pas plus la langue vulgaire du peuple que le français ne l'est aujourd'hui dans nos provinces éloignées de la capitale; il l'était encore moins chez les Espagnols, chez les Anglais et chez les autres peuples du Nord: cependant l'on a constamment célébré la liturgie en latin dans tout l'Occident. Il n'est donc pas universellement vrai que dans les premiers siècles le service divin ait été fait en langue vulgaire, puisque les Irois langues dans lesquelles il a été célébré d'abord n'étaient point vulgaires dans une grande partie du monde chrétien.

Dans la suite des temps, lorsque le mélange des peupl.s a changé les langues et a multiplié les jargons à l'infini, soit dans l'Orient, soit dans l'Occident, l'Eglise ne s'est point assujettie à toutes ces variations; elle a conservé constamment dans l'office divin les mêmes langues dans lesquelles il avait été célébré d'abord : nous prouverons dans un moment (pie cette conduite a été très-sage.

Parce que les protestants ont lu que les Grecs font leur office en grec, les Syriens en syriaque, et les Egyptiens en cophte, ils se sont imaginés que ces langues sont encore populaires, comme elles l'étaient autrefois dans ces contrées. C'est une erreur grossière. Le grec vulgaire d'aujourd'hui est un langage corrompu, très-différent du grec littéraire ; la langue vulgaire des Syriens n'est plus le syriaque, mais l'arabe qui est aussi parlé par les chrétiens d'Egypte. L'éthiopien a été presque entièrement effacé chez les Abyssins par une langue nouvelle

3u'un roi d'extraction étrangère y a introuite; l'arménien moderne n'est plus celui dans lequel la liturgie arménienne a été écrite : la liturgie syriaque a été portée chez les Indiens de la côte de Malabar, qui n'ont jamais eu l'usage de cette langue : elle j-est en usage chez les nestoriens qui ne ! l'entendent plus. Assémani, Biblioth. Orient., tom. IV, c. 7, § 22. Tous ces peuples sont donc obligés de faire des études pour entendre le langage de leur liturgie, tout comme nous sommes forcés d'apprendre le latin. C'est, de la part des protestants, une injustice de reprocher à l'Eglise romaine seule une conduite qui est la même que celle de toutes les autres sociétés chrétiennes ; mais les prétendus réformateurs n'étaient pas assez instruits pour juger de ce qui est bien ou mal. Voy. Liturgie.

Ils auraient eu quelque raison de se plaindre, si l'Eg'ise avait décidé qu'il faut absolument célébrer l'office divin dans une langue inconnue au peuple; mais loin de le faire, elle n"a donné l'exclusion à aucune langue; elle a même permis l'introduction d'une langue nouvelle dans le service, toutes les fois que cela s'est trouvé nécessaire pour faciliter la conversion d'un peuple entier : ainsi, outre le grec, le latin et le syriaque, qui datent du temps des apôtres la liturgie a été célébrée en cophte de trèsbonne heure. Au iv" siècle , lorsque les Ethiopiens et les Arméniens se convertirent, elle fut traduite en éthiopien et en arménien; au v% elle fut mise par écrit dans ces six langues. Au i\" et au x'-, on la traduisit en esclavon jxmr les Moraves et pour les Russes, et il leur fut permis de la célébrer dans cette langue. Mais lorsque tous ces langages ont changé, on a conservé la liturgie telle qu'elle était, et nous soutenons que l'on a bien fait.

1° L'unité de langage est nécessaire pour entretenir une liaison plus étroite et une communication de doctrine plus facile entre les différentes Eglises du mon le, et pour les rendre plus fidèlement attachées au centre de l'unité catholique. Que les différentes sociétés protestantes, qui n'ont entre elles rien de commun, ne se soient pas mises en peine de conserver un même langage dans le service divin, cela n'est pas étonnant; c'est autre chose pour l'Eglise catholique, dont le caractère est l'unité et l'uniformité. Si les Grecs et les Latins n'avaient eu qu'une même langue, il n'aurait pas été aussi aisé à Photius et à ses adhérents d'entraîner toute l'Eglise grecque dans le schisme, en attribuant à l'Eglise romaine des erreurs et des abus dont elle ne fut jamais coupable. Dès qu'un protestant est hors de sa patrie, il ne peut plus participer au culte public; un catholique n'est dépaysé dans aucune des contrées de l'Eglise latine. On a dit que l'empressement des papes h introduire partout la liturgie romaine était un effet de leur ambition et de l'envie de dominer; dans la vérité, c'a été un eifet de leur zèle pour la catholicité, qui est le caractère de la véritable Eglise. — 2° Une langue savante, qui n'est entendue que des hommes instruits, inspire plus de respect que le jargon populaire. La plupart de nos mystères paraîtraient ridicules, s'ils étaient exprimés dans un langage trop familier.

Nous le voyons par la traduction des psaumes en vieux français, qui avait été faite par Marot pour les calvinistes : le style n'en est plus supportable. Les Bretons, les Picards, les Auvergnats, les Gascons, avaient autant de droit de faire l'office divin dans leur patois, que les calvinistes de Paris en avaient de le faire en français : pourquoi les réformateurs, si zélés pour l'instruction du bas peuple, n'ont-ils pas traduit la liturgie et l'Ecriture sainte dans tous ces jargons ? Cela aurait-il contribué beaucoup à rendre la religion respectable ? — 3° L'insta*

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