RÉDEMPTION
PROTHÈSE, mot grec qui signifie préparation. Les Grecs appellent autel de Prothèse un petit autel sur lequel ils préparent tout ce qui est nécessaire pour le saint sacrifice, Je pain, le vin, les vases, etc. ; ensuite ils portent le tout en procession et avec beaucoup de respect, sur l'autel principal sur lequel on doit célébrer. Ce respect avec lequel les Grecs préparent et portent le pain et le vin destinés au sacrifice, a paru excessif à quelques théologiens latins ; ils en ont fait un reproche aux Grecs, comme si ces derniers rendaient un culte religieux aux symboles eucharistiques avant la consécration ; mais les Grecs n'ont pas eu de peine à justifier leur pratique. Elle prouve qu'ils ont la même croyance que nous, touchant le sacrement de l'eucharistie et le sacrifice de la messe; s'ils pensaient comme les protestants, ils n'auraient aucun respect pour ces symboles.
PROTOCANONIQUES. On nomme ainsi les livres de l'Ecriture sainte qui ont été reconnus de tout temps pour canoniques, soit par les Juifs pour l'Ancien Testament, soit par l'Eglise chrétienne pour le Nouveau, et sur la canonicité desquels il n'y a jamais eu de doute ni de contestation ; et l'on appelle deutérocanoniques ceux desquels on a douté pendant quelque temps. Voy. Canon et Deutérocanonique.
PROTOCT1STES. Hérétiques erigénisles qui soutenaient que les âmes avaient été créées avant le corps; c'est ce que leur nom signifie. Vers le milieu du vr siècle, après la mort du moine Nonnus, chef des origénistes, ils se divisèrent en deux branches, l'une des protoctistes dont nous parlons, l'autre des isochristes dont nous avons fait mention sous leur nom. Les premiers furent aussi nommés tetradites, et ils eurent
pour chef un nommé Isidore. Voy. Okigénistes.
PROTOMARTYR , premier témoin , titre donné à saint Etienne, parce qu'il est le premier qui ait souffert la mort pour Jésus- Christ et pour l'Evangile. Quelques auteurs ont aussi donné ce nom à Ahel, mais improprement; quoique ce fils d'Adam soit mort innocent, l'Ecriture ne dit point qu'il a souffert pour la défense de la religion.
PROTOPASCH1TES. Dans YHistoire ecclésiastique, ceux qui célébraient la pâque avec les juifs, et qui usaient comme eux de pain sans levain, sont appelés prolopaschites, parce qu'ils faisaient cette fête le quatorzième jour de la lune de mars, par conséquent avant les orthodoxes, qui ne la faisaient que le dimanche suivant. Les premiers furent aussi nommés sabbathiens ou quartodécimans. Voy. ce mot.
PROTOPLASTE, premier formé; c'est un surnom d'Adam.
PROTOSYNCELLE. Voy. Syncelle.
PROTOTHRONE. On appelait ainsi dans l'Eglise grecque le premier évoque d'une province ecclésiastique, ou celui qui tenait la première place après le patriarche ou après le métropolitain. Ces sortes de distinctions n'avaient pas été introduites par ambition ni par orgueil, mais pour établir un ordre constant dans la discipline, et afin que l'on pût savoir, dans le cas de la vacance du siège patriarcal ou métropolitain, auquel des évoques la juridiction était dévolue.
PROVERRE. Dans l'Ecriture sainte ce mot signifie, 1" une sentence commune et populaire, et môme une chanson ; Num., c. xxi, v. 27 : Dicelur in proverbio, venite in Hesebon , etc. 2° Une raillerie , une dérision ; Dent. , c. xxvm, v. 27 : Erit Isracl in proverbium, Israël sera le jouet de tous les peuples. 3° Une énigme, une sentence obscure ; il est dit du sage, Eccli., c xxix, v. 3 : Occulta proverbiorum exquiret, il recherchera le sens caché des bonnes maximes. Une parabole, un discours figuré; Joan., c. x, v. 6 : Hoc proverbium dixit eis Jésus.
PROVERRES (livre des). C'est un des livres de l'Ancien Testament; il est ainsi nommé, parce que c'est un recueil de sentences morales et de maximes de conduite )our tous les états de la vie, que l'on attribue à Salomon. En effet, son nom paraît à a tête de l'ouvrage , il est encore répété dans le corps du livre, c. x, v. 1, et c. xxv, v. 1. Dans le IIIe livre des Rois, il est dit que ce prince avait composé trois mille paranoles, c. iv, v. 32. Les anciens Pères ont appelé ce recueil Panarète, c'est-à-dire trésor de toutes les vertus. Les docteurs juifs, aussi bien que l'Eglise chrétienne, en ont toujours fait honneur à Salomon, et l'ont toujours mis au rang des livres saints.
Cependant quelques critiques hardis, à la tète desquels est Grotius, ont douté si Salomon en est l'auteur. Ils ne nient point que ce prince n'ait fait faire un recueil des maxii mes de morale des écrivains de sa nation;
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mais ils prétendent que sous Ezéchias, Eliaeim, Sobna et Joaké y ajoutèrent ce qui avait été écrit de meilleur depuis Salomon ;
qu'ainsi cette compilation est partie de différentes mains. Grotius en donne pour preuve la différence de style qu'il a cru y remarquer. Les neuf premiers chapitres, dit-il, sont écrits en forme de discours suivis ; mais au chap. x jusqu'au cliap. xxn, v. H), le sty.eest coupé, sententieux, rempli d'antithèses. Au v. 17 et suivants, il ressemble davantage au commencement du livre ; mais au ch. xxiv, v. 23, il redevient court et sans liaison; c. xxv, on lit ces mots : Voici les paroles recueillies par les (jens d'Ezéchias, roi de Juda; ch. xxx : Discours d'Agur, fils de Joaké ; enfin le c. xxxi a pour titre : Discours du roi Lamuel. Mais des conjectures aussi faibles ne peuvent pas prévaloir sur la tradition constante qui a toujours attribué ce livre à Salomon. La différence de style prouve seulement que ce livre n'a pas été composé de suite, mais par morceaux détachés, comme se font ordinairement les recueils. Si la variété du style prouvait quelque chose, il faudrait soutenir que les Proverbes, l'Ecclésiaste et le Cantique ne peuvent être de la môme main, puisque le style de ces trois ouvrages est fort différent. Le chapitre xxv, v. 1, porte : Voici les paraboles de Salomon, recueillies par les gens d'Ezéchias, roi de Juda ; mais les recueillir, ce n'est pas en être l'auteur. 11 n'est pas sûr que, c. xxx, v. 1, Agur et Joaké soit deux noms d'hommes ; la Vulgate les prend pour deux noms appellatifs, dont l'un signilie celui qui amasse, l'autre celui qui rend, ou qui vomit. Enfin, puisque l'histoire ne fait mention d'aucun roi nommé Lamuel, ce peut être un surnom ou une épithète donnée à Salomon.
Parmi les anciens , Théodore de Mopsueste, pirmi les modernes l'auteur des Sentiments de quelques théologiens de Hollande, sont les seuls qui aient révoqué en doute l'inspiration de ce livre, et qui aient prétendu qu'il a été composé par une industrie purement humaine.
Les anciennes versions, la grecque et la latine contiennent quelques add. lions et quelques transpositions qui ne sont point dans l'hébreu, mais saint Jérôme a rendu la Vulgate plus exacte qu'elle n'était auparavant. Voy. Bible d'Avignon, t. VIII, p. 1.
PROVIDENCE, attention et volonté de Dieu de conserver l'ordre physique et moral qu'il a établi dans le monde en le créant. Si Dieu ne prenait aucun soin des choses de ce monde, surtout des créatures intelligentes, il serait nul pour nous, et il nous serait fort indifférent de savoir s'il existe ou n'existe pas. La bonté, la sagesse, la justice, la sainteté que nous lui attribuons seraient des mots vides de sens, la morale ne serait qu'une vaine spéculation, et la religion serait une absurdité. C'est ce que l'on a dit autrefois aux épicuriens, qui admettaient des dieux sans vouloir leur attribuer une providence : on a soutenu avec raison qu'E-
picure admettait la Divinité en apparence, et qu'il la détruisait en effet.
Aussi la première leçon que Dieu a donnée à l'homme en le mettant au monde, a été de lui apprendre que son créateur était aussi son maître, son père, son législateur et son bienfaiteur ; Dieu ne s'est pas seulement fait connaître à lui comme un être d'une nature supérieure, mais comme l'auteur et le conservateur de toutes choses, comme le rémunérateur de la vertu et le vengeur du crime. C'est par là que Moïse commence son histoire, et cette histoire sainte n'est autre que l'histoire de la Providence. Suivant le tableau qu'elle fait de la création, Dieu, en tirant du néant le monde, n'a point agi avec l'impétuosité aveugle d'une cause nécessaire, mais avec l'intelligence d'un être libre, avec réflexion, avec prévoyance, avec attention à la perpétuité de son ouvrage et au bien-être de ses créatures. Il a dit, et tout a été fait, mais il a vu aussi que tout était bien. Après avoir formé deux créatures humaines, il leur ordonne de se multiplier, de peupler la terre, de la soumettre à leur empire; il les bénit, afin qu'elles prospèrent. Bientôt il leur donne une loi, et il les punit pour l'avoir violée. 11 en agit de môme à l'égard de leurs enfants ; il se conduit envers les premiers hommes comme un père dans sa famille : après avoir exercé pour eux sa sagesse et sa bonté, il fut éclater sa justice en punissant le crime ; et de siècle en siècle ses leçons deviennent plus frappantes. Les égarements dans lesquels les hommes ne tardèrent pas de tomber, ne nous font que trop sentir combien elles étaient nécessaires; mais il est bon de remarquer la sagesse avec laquelle la divine Providence les a dirigées.
Les événements arrivés dans l'enfance du monde, que nous appelons Vélat de nature, tendaient principalement à convaincre les hommes de l'attention que Dieu donne à l'ordre physique de l'univers; tels furent le déluge universel, la confusion des langues et la dispersion des peuples, l'embrasement de Sodome, les sept années de famine en Egypte, etc. Dieu savait que les hommes aveugles allaient bientôt attribuer à d'autres qu'à lui le gouvernement de la nature, en supposant que les astres, les éléments, les phénomènes du ciel, les productions de la terre, étaient dirigés par des génies, des démons ou de prétendus dieux inférieurs et secondaires; que telle serait l'origine du polythéisme et de l'idolAtrie. Il était donc nécessaire que Dieu frappât de grands coups sur la nature pour apprendre aux hommes qu'il en est le seul maître, et qu'il la conduit seul par sa providence. Les instructions qu'il donna aux Hébreux par Moïse, les prodiges qu'il opéra en leur faveur, eurent pour objet principal de faire voir non-seulement à eux, mais à tous leurs voisins, qu'il est l'arbitre souverain du sort de toutes les nations ; que c'est lui seul qui leur accorde la prospérité ou leur envoie des malheurs,
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qui les établit dans une contrée ou les transplante ailleurs, qui leur donne la paix ou fi guerre, etc. Alors s'intro luisait chez les différents peuples le culte des dieux tulél lires et nationaux, et le culte des héros; chaque peuple voulait avoir le sien et en être seul protégé. C'était tout à la fois un effet des préventions et des haines nationales, et une cause propre à les perpétuer. Dieu voulait les faire cesser, et cela serait arrivé si les hommes avaient été moins aveugles et moins obstinés dans leur erreur; en adorant tous un seul Dieu, ils auraient été mieux disposés à fraterniser. Au mot Judaïsme, nous avons fait voir qu'il n'est pas vrai que les Juifs aient pensé sur ce sujet comme les autres peuples, qu'ils aient regardé le Créateur du ciel et de la terre comme un Dieu local et particulier. Quant aux leçons de Jésus-Christ dans l'Evangile, elles" ont un objet encore plus sublime, c'est de nous apprendre que cette môme Providence divine conduit seule et comme il lui plaît l'ordre surnaturel; que depuis le commencement du monde elle a eu pour obj<jt le salut du genre humain; que tel a été dans tous les siècles le but de sa conduite; mais qu'elle exécute ce grand dessein par des moyens impénétrables à nos faibles lumières, qu'elle éclaire telle nation par le flambeau delà foi, pendant qu'elle en laisse telle autre dans les ténèbres de l'infidélité; sans que celle-ci ait droit de se plaindre, ni l'autre de s'enorgueillir; qu'à chaque particulier môme Dieu accorde telle mesure de grâce et de dons surnaturels qu'il le juge à propos, sans que personne ait droit de lui demander raison de sa conduite.
Ainsi nous pouvons dire que dans tous les siècles la providence de Dieu s'est rendu témoignage à elle-même, parles leçons qu'elle a faites aux hommes et par la manière dont elle les a gouvernés, leçons et gouvernement toujours analogues aux besoins de l'humanité, qui ne peuvent être par conséquent l'ouvrage du hasard, mais le plan d'une sagesse infinie. Les incrédules ne peuvent l'atîaquer qu'en objectant qu'il n'a pas réussi ; mais il n'a tenu qu'aux hommes de le faire réussir, et il ne tient encore qu'aux incrédules de contribuer au succès, en ouvrant les yeux à la lumière, en prêchant la religion et la vertu, au lieu de professer l'impiété. Ils ne font, aujourd'hui que répéter les sophismes des anciens philosophes contre la Providence, et retomber dans les mêmes préjugés. En effet, pourquoi un si grand nombre de raisonneurs ont-ils méconnu cette grande vérité? Nous le voyons par leurs écrits. Les uns pensaient qu'il était impossible qu'une seule intelligence pût voir toutes choses dans le dernier détail et y donner son attention ; les autres jugeaient que ces soins minutieux seraient indignes de la majesté divine, dégraderaient sa sagesse et sa puissance; d'autres prétendaient qu'une telle administration troublerait son repos et son bonheur. Une preuve, disaient la plupart, que ce n'est point un Dieu sou-
verainement puissant et sage qui a fait le monde, c'est qu'à plusieurs égards il y a de grands défauts dans cet ouvrage; et ur.e preuve que ce n'est pas lui qui le gouverne, c'est qu'il y arrive continuellement du désordre ; en est-il un pus grand que d'y laisser la vertu sans récompense et le vice s:ms châtiment? Déjà, quatre mille ans avant nous, les amis de Job raisonnaient ainsi, et ce saint homme soutenait contre eux la cause de la Providence.
Conséquemment, parmi les philosophes païens, les uns, comme les épicuriens, soutinrent que dans le monde tout est l'effet du hasard; que les dieux, endormis dans un profond repos, ne s'en mêlaient en aucune manière. Les autres, surtout les stoïciens, imaginèrent que tout était décidé par la loi du destin, loi à laquelle la Divinité môme était soumise. D'autres enfin, dociles aux leçons de Platon, imaginèrent que le monde avait été fait et qu'il était gouverné par des esprits, génies, démons ou intelligences inférieures à Dieu ; que ces ouvriers impuissants et malhabiles n'avaient pas su corriger les imperfections de la matière, et ne pouvaient pas empêcher les désordres de ce monde.
Aucun de ces systèmes n'était ni honorable à la Divinité, ni consolant pour les hommes; voilà cependant tout ce que la raison humaine, cultivée par cinq cents ans de spéculations philosophiques, avait trouvé de mieux. ïl est clair que ce chaos d'erreurs était fondé sur quatre notions fausses : la première, touchant la création, que les p ilosophes ne voulaient pas admettre; la seconde, touchant le bien et le mal, qu'ils prenaient pour des termes absolus, pendant que ce sont seulement des termes de comparaison; la troisième, à l'égard de la puissance infinie, qu'ils comparaient à la puissance bornée des hommes; la quatrième enfin, concernant la justice divine, qu'ils supposaient faussement devoir s'exercer en ce monde. 11 est de notre devoir de le démontrer. 1° Si les philosophes avaient compris que Dieu a le pouvoir créateur, qu'il opère par le seul vouloir, qu'à sa seule parole, au seul acte de sa volonté, tout a été fait, ils auraient conçu de môme que le gouvernement de l'univers ne peut pas coûter davantage à Dieu, ni plus dégrader sa majesté souveraine, que la création. Ici les philosophes comparaient déjà l'intelligence et la puissance divine à l'intelligence et à la puissance humaine; et parce qu'un roi serait fat'guô et dégradé s'il entrait dans les plus minces détails du gouvernement de son empire, ils en concluaient qu'il en serait de même de Dieu. Conséquence ridicule et fausse. C'est donc l'idée du pouvoir créateur qui a élevé l'esprit et l'imagination des écrivains sacrés, et qui leur a inspiré, en pariant de la puissance de Dieu, des expressions si supérieures à toutes les conceptions philosophiques. Dieu, selon leur style, n'a fait qu'appeler du néant les êtres, et" ils se sont présentés; il tient les eaux des mers et il pèse le globe
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dans le creux de sa main; les cieux sont l'ouvrage de ses doigts, c'est lui cjui dirige les astres dans leur course majestueuse; d'un mot il peut abîmer le ciel et la terre, les faire rentrer dans le néant, etc. 11 lui sul'iit de connaître sa puissance, pour voir non-seulement tout ce qui est, mais tout e; qui peut être. — 2J Sous les mots Bien et Mal, nous avons fait voir qu'il n'y a dans le monde ni bien ni mal absolu, mais seulement par comparaison; que quand on soutient qu'il y a du mal, cela signifie seulement qu il y a moins de bien qu'il ne pourrait y en avoir. Nous avons observé qu'il n'est aucune créature à laquelle Dieu n'ait fait du bien, quoiqu'il eût pu lui en faire davantage, et quoiqu'd lui en ait fait moins qu'à d'autres. Or c'est une absurdité de prétendre que tout est mal, par.ee (pie tout est moins bien qu'il ne pourrait être ; c'en est une autre de supposer qu'un être créé, par conséquent essentiellement borné, peut cire absolument bien et sans défauts à tous égards ; il serait comme Dieu la perfection infinie. — 3° L'on se fait une fausse notion de l'infini, quand on suppose que Dieu, paire qu'il est tout-puissant, doit faire tout le bien qu'il peut; cela est impossible, puisqu'il en peut faire à l'infini. Celte supposition renferme une contradiction, puisque c'en est une de vouloir que Dieu tout-puissant ne puisse pas faire mieux. Ici revient encore la comparaison fausse entre la puissance de Dieu et la puissance humaine ; l'homme doit faire tout le bien, ou le mieux qu'il peut, parce que son pouvoir est borné; il n'en est pas de même à l'égard de Dieu, parce que son pouvoir est intini. — k" Les philosophes ne raisonnaient pas mieux lorsqu'ils étaient scandalisés de ce que Dieu ne punit pas toujours les crimes en ce monde ; une conduite contraire serait trop rigoureuse à l'égard d'un être aussi faible et aussi inconstant que l'homme, elle lui ôterait le temps et les moyens de faire pénitence. Quelquefois ce qui parait un crime aux yeux des hommes est une action louable ou innocente ; bien plus, souvent ce qui leur semble être un acte de vertu vient d'une intention criminelle ; la Providence serait donc injuste, si elle se conformait au jugement ties hommes. D'autre part, les récompenses de ce monde ne sont pas un prix suffisant pour une âme vertueuse, immortelle de sa nature ; il faut que la vertu soit éprouvée sur la te.re pour mériter un bonheur éternel. Si les philosophes païens en avaient eu connaissance, ils auraientraisonné tout différemment ; leurs reproches contre la Providence n'étaient fondés que sur leur ignorance. Ce sont néanmoins ces notions fausses qui ont le plus indisposé les païens contre le christianisme, qui ont fait éelore les premières hérésies, qui servent encore aujourd'hui de fondement aux divers systèmes d'incrédulité. « Les chrétiens, dit Cécilius dans Minulius Félix, prétendent que leur Dieu, cuiieux, inquiet, ombrageux, imprudent, se trouve partout, sait tout, voit
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tout, même les plus secrètes pensées des hommes; se mêle de tout, même de leurs crimes; comme si son attention pouvait suftirc, et au gouvernement général du monde, et aux soins minutieux de chaque particulier. Folle prétention. La nature suit sa marche éternelle, sans qu'un Dieu s'en môle-, les biens et les maux tombent au hasard sur les bons et sur les méchants; les hommes religieux sont souvent plus maltraités par la fortune que les impies; si le monde était gouverné par une sage Providence , les choses sans doute iraient tout autrement. » Voilà ce que les athées et les matérialistes d'sent encore tous les jours. C'dse et Julien étaient indignés de ce que les Juifs si» croyaient plus chéris et plus favorisés de Dieu que les autres nations, de ce que les chrétiens à leur tour se tlattaient d'être plus éclairés que les païens. Ils comparaient l'état obscur, abject, malheureux, dans lequel les Juifs avaient toujours vécu, à la prospérité, aux victoires, à la célébrité dont les Grecs et les Romains pouvaient se glorifier; ils regardaient tout cet éclat extérieur comme la preuve d'une prédilection particulière de la Providence, et comme une récompense du culte que ces peuples avaient rendu .;ux dieux. A présent les déistes soutiennent que la prédilection de Dieu envers les juifs, si elle était vraie, serait un trait de partialité, d'injustice, de malignité, qu'ainsi les écrivains sacrés, qui la supposent, nous donnent une fausse idée de la Divinité et de sa providence. — Les marcioniles et les manichéens argumentaient à peu près de même; la différence qu'ils trouvaient entre la loi de Moïse et celle de l'Evangile, entre la conduite de Dieu envers les premiers hommes, et celle qu'il a tenue dans la suite, leur paraissait prouver que ces deux plans de providence ne pouvaient pas êtie du môme Dieu; que l'auteur de l'ancienne loi était plutôt un être méchant qu'un génie ami des hommes. Ils ne voyaient pas que le genre humain, dans son enfance, ne pouvait et ne devait pas être conduit de la môme manière que dans son âge mûr. La plupart des objections des manichéens contre l'Ancien Testament ont été renouvelées de nos jours par les déistes; ils ont poussé l'aveuglement jusqu'à objecter contre la Providence les faits mêmes qui la prouvent, qui en démontrent la sagesse et la bonté.
La plupart des sectes des gnostiques ne purent se persuader que Dieu eût voulu s'abaisser jusqu'à s'incarner dans le sein d'un© femme, éprouver les misères et les faiblesses de l'humanité, souffrir et mourir sur une croix; ainsi les effusions de la bonté de Dieu et les rigueurs de sa justice, les bienfaits et les châtiments, ont servi tour à tour aux hommes insensés et indociles, de prétexte pour blasphémer contre la Providence. Leur manie a toujours été dédire : Si fêtais Dieu, f agirais tout autrement; Dieu pouvait leur répondre; Et moi aussi f agirais différemment si fêtais homme. En examinant de près l'esprit qui a dicté d'un côté le prédestinatianis-
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me, de l'autre le pélagianisme,nous verrions qu'il a été relatif au caractère personne] des acteurs : les uns ont attribué à Dieu le despotisme des mauvais princes, les au'res la conduite indulgente et douce des bons rois : il fallait s'en tenir à ce que Dieu lui-môme a daigné nous révéler dans l'Ecritu.e sainte touchant la conduite adorable do sa providence, toujours juste sans cesser d'être bonne et bienfaisante , et toujours b nue sans déroger à sa justice. Voy. Bonté, Justice, etc.
Un des ouvrages modernes les plus propres à nous faire admirer la Providence divine dans l'ordre physique du monde est intitulé: Etudes de la nature, et les objets sur lesquels l'auteur présente ses réflexions , sont les plus dignes d'occuper les méditations d'un philosophe; mais un théologien doit principalement étudier la conduite de cette môme Providence dans l'ordre moral, surtout dans l'ordre surnaturel, tel que la révélation nous le fait connaître : à l'aide du flambeau de la foi, nous voyons que cette Providence divine est encore plus admirable dans le gouvernement des esprits que dans la conduite des corps, dans l'effusion des dons de la grâce que dans la distribution des bienfaits de la nature.
PRUDENCE , l'une des vertus que les moralistes nomment cardinale , et qui , suivant l'Ecriture sainte, est un don de Dieu. Sous le nom de prudence, les anciens philosophes entendaient principalement l'habileté de l'homme a connaître ses véritables intére s pour ce monde, à prévoir les dangers pour l'avenir, à éviter tout ce qui peut lui causer du dommage; l'Evangile, au contraire, entend par la prudence l'attention de prévoir et de prévenir tout ce qui pourrait nuire à notre salut ou à celui des autres. Aussi, Jésus- Christ distingue la prudence des enfants du siècle d'avec celle des enfants de lumière, Luc, c. xvi, v. 8 , et il nous ordonne de joindre à la prudence du serpent , la simplicité de la colombe , Matth., c. x, v. 16. Saint Paul nous apprend qu'il y a une prudence de la chair qui est ennemie de Dieu, Rom., c.viu, v. 7. Telle était la disposition de ceux qui ne voulaient pas embrasser l'Evangile , dans la crainte de s'exposer aux persécutions : il fait remarquer que ceux qui ont le plus de prudence et de capacité pour les affaires de ce monde, sont souvent les plus aveugles et les plus téméraires à l'égard de l'aifaire du salut, / Cor., c. i, v. 19.
PRUDENCE, poète chrétien, dont le vrai nom était Aur clins Prudent lus Clcmens, naquit en Espagne l'an 3^8 ; il a par conséquent écrit sur la lin du ivc siècle et au commencement du v'. 11 n'y a rien de profane dans ses poésies, tout y respire la vertu et la piété. Quoiqua la langue laitue fût déjà beaucoup déchue de son temps, il y a dans ce poète plusieurs morceaux dignes du siècle d'Auguste, et l'on chante encore dans l'office divin quelques-unes des hymnes qu'il a composées. Comme il était très-instruit de la doctrine chrétienne, plusieurs savants n'hé-
sitent point de le ranger parmi les docteurs de l'Eglise ou parmi les témoins do la tradition. Le Clerc, quoique protestant, ou plutôt socinien , convient que ceux qui ont voulu soutenir qu'au ive siècle l'on n'invoquait pas encore les saints, peuvent être réfutés par plusieurs morceaux des poésies de Prudence; en ell'et cet auteur atteste dans plusieurs endroits l'invocation des saints, le culte rendu à la croix et à leurs reliques, et la coutume de placer leurs images sur l'autel. On trouvera une notice exacte des ouvragi s de ce poëte dans les Vies des Pîres et des Martyrs, t. XII, p. 117 et suiv.
PSÀLM1STE, PSALMODIE. Voy. Psaumk.
PSATYR1ENS, nom qui fut donné, au iv siècle, à une secte do purs ariens; on n'en sait pas l'origine. Dans le concile d'Antioche , l'an 360, ces hérétiques soutinrent que le Fds de Dieu avait été tiré du néant de toute éternité; qu'il n'était pas Dieu, mais une créature ; qu'en Dieu la génération ne différait point de la création. C'était la doctrine qu'Arius avait enseignée d'abord , et qu'il avait prise dans Platon. Théodo:ct, Hier. Fab., 1. iv, p. 3S7.
PSAUME , cantique ou hymne sacré. Le livre des psaumes est nommé en hébreu Tkeillim (louange) , parce que ce sont des chants destinés à louer Dieu; le grec ^a).^«i vient de ^«.lUiv , toucher légèrement ou pincer un instrument de musique, parce que le chant des psaumes était accompagné du son des instruments. Ils sont au nombre de cent cinquante; les Hébreux n'en ont jamais compté davantage, quoiqu'ils ne les partagent pas absolument comme nous; mais cette variété est légère, elle ne mérite pas attention. Il n'est aucun livre de l'Ecriture sainte dont l'authenticité soit mieux établie; c'est un fait constant que, depuis David jusqu'à nous, les Juifs n'ont pas cessé défaire usage des psaumes dans leurs assemblées religieuses. Ce pieux roi les lit chanter dans le tabernacle , dès qu'il l'eût fait placer à Jérusalem sur le mont deSion; il régla les fonctions des lévites à cet égard; il établit quatre mille chantres, auxquels il donna des instruments, et il chantait lui-même avec eux; / Par., c. xxin , v. 5. Salomon son lils conserva le même ordre dans le temple lorsqu'il l'eut fait bâtir, et l'on continua de l'observer jusqu'à ce que ce temile fût détruit par Nabuchodonosor. Pendant la captivité de Babylone, un des plus vifs regrets des Juifs était de ne plus entendre chanter les cantiques deSion; mais dès qu'il furent de retour, Zoroba:iel, leur chef, et Jésus, tils de Josédecii, grand prêtre , firent dresser un autel pour y offr.r des sacrifices , et rétablirent le chant d s psaumes tel qu'il était auparavant; I Esdr., c. m, v. 2 et 10.
C'est une question de savo'r si David est le seul auteur des 150 psaumes sans exception, ou s'il y en a quelques-uns qui ont é.é composés par d'autres écrivains hébreux, tels que Asaph, Idilhun , Eman , les enfants de Coré, etc., comme le titre de plusieurs psaumes semble l'indiquer. L'un et l'autre de ces
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sentiments est soutenu par dos Pores de l'Eglise et par d'habiles interprètes; niais il n'est pas nécessaire d'en embrasser un, puisque l\Eg*!sê n'a rien décidé sur ce point : en lisant attentivement ces divins cantiques, on voit que tous ont été composés par le même esprit, c'est-à-dire par l'esprit de Dieu. Il est certain, par une multitude de passag s de l'Kcriture sainte, et par le sujet même de la plupart d.*s psaumes , que David est l'auteur du très-grand nombre; si d'autres que lui en ont fait, ils l'ont pris pour guide et pour modèle. 11 n'y a pas lieu non plus d'assurer que c'est Esdras ou un autre qui en a fait la collection : ceda n'a pas été nécessaire. Probablement les prêtres et les lévites en avaient chacun un recueil , puisque c'était à eux de les chanter; ils l'emportèrent sans doute à IJahvlone , afin de les enseigner et d'y exercer leurs enfants; ils n'avaient pas moins besoin ce ce livre que du Lévitique, qui renfermait le détail de leurs fonctions, et ils étaient assurés que leur famille reviendrait dans la Judée au bout de soixante-dix ans. Ce x qui revinrent en effet durent rapporter ce livre avoc eux aussi bien que leur généalogie, afin de rentrer en possession d;i sacerdoce; I Esdr., c. n , v. 62. Comme Esdras était prêtre , il avait sans doute un recueil ùe psaumes, mais ce n'était pas le seul, puisque soixante-treize ans avant son arrivée, et avant même la fondation du second temple, Zorobabel avait rétabli les sacrifices, le chant des psaumes et les fêtes, c. ni, v. 2-10. Rien de tout cela ne fut interrompu , si ce n'est pendant les (rois années de la persécution d'Anliochus ; mais tout fut réparé par les Machabées. Josèphe, Antiq. Jud., 1. xir, c. 11. Le même ordre continua jusqu'à la destruclion du second temple, faite par les Romains, et les Juifs l'ont repris autant qu'ils ont pu, dès qu'ils ont eu des synagogues ou des lieux d'assemblée pour exercer leur religion.
11 est d.fticilc d'apercevoir dans le psautier un ordre quelconque, et d'en faire une division relative, soit à la chronologie , soit aux divers sujets , puisque le même psaume fraite souvent de plusieurs objets différents. La division que les juifs en ont faite en cinq parties est purement arbitraire et ne sert à rien.
La matière ou le sujet des psaumes en général a donné lieu à des erreurs; les nicolaïtes , les gnostiqms , les marcionites , les manichéens , qui rejetaient ['Ancien Testament, eureut la témérité de regard ..t ces cantiques sacrés comme des chansons purement profanes. Saint Philastre les a réfutés dans son Catalogue des Hérésies, c. 126. « lis ont eu, dit saint Léon, l'audace et l'impiété de rejeter les psaumes qui se chantent dans l'Eglise universelle avec la plus grande dévotion. » Serin. 8, col. 4, t. Il, p. 117. Ils en composèrent de plus analogues à leurs opinions. Les anabaptistes n'avouent point que ce soient des cantiques inspirés de Dieu.
L'Eglise chrétienne, aussi bien que l'Eglise judaïque, a toujours cru le contraire; il suffît d'avoir du bon sens et un peu de con-
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naissance des saintes Écritures, pour apercevoir (pie dans les psaumes l'esprit de Dieu a élevé le génie et conduit la plume de l'auteur. David y célèbre les grandeurs de Dieu et toutes les perfections divines, la vérité et la sainteté de sa loi, la magnificence de ses ouvrages, les bienfaits dont il comble les hommes , les vertus des anciens justes , les grâces que le Seigneur accorde à ceux qui suivent leur exemple , le bonheur éternel qu'il leur prépare, les châtiments dont il punit les méchants. En louant leurs faux dieux , les païens excitaient et fomentaient les passions et les vices qu'ils leur attribuaient : les cantiques composés à l'iionneu? du vrai Dieu ne sont que des leçons de vertu
Où pouvons-nous trouver, dit le savant Bossuet , dos monuments plus authentiques de notre foi, des motifs plus solides d'espérance, des moyens plus puissants pour allumer en nous le feu do l'amour divin ? Ces chants religieux rappellent les principaux faits de l'Histoire sainte : on sait que la coutume des anciens était de célébrer par des cantiques les événements intéressants dont ils voulaient transmettre la mémoire à la postérité ; l'usage en fut établi chez les Hébreux depuis Moïse , et continué constamment. A l'exemple de ce législateur, Débora, Anne, mère de Samuel, Ezéehias, lsaïe, Hahacuc, Jouas, Tobie , Judith, l'Ecclésiastique, etc.; sous le Nouveau Testament, la sainte Vierge Marie, le prêtre Zacharie , le vieillard Siméon, composèrent des cantiques pour exalter les bienfaits de Dieu; David célébra dans les siens presque tous les faits qui intéressaient son peuple. Ces monuments qui accompagnent l'histoire, et dont la plupart ont été faits à la date même des événements, en attestent la certitude. Par les récits de David, nous sommes convaincus que les écrits de Moïse et les autres livres historiques existaient de son temps : il n'aurait pas été possible de conserver un souvenir exact de tant de choses par la seule tradition.
Plusieurs psaumes sont évidemment prophétiques et regardent le Messie. Jésus-Christ lui-même s'en fait l'application, il y a renvoyé plus d'une fois les juifs incrédules ; ses apôtres leur ont opposé la même preuve, ils ont montré le vrai sens des expressions du roi prophète. Plusieurs en effet ne peuvent convenir qu'à Jésus-Christ ; il faut faire violence aux termes, pour les adapter à un autre personnage. Les juifs eux-mêmes ont toujours cru y voir le Messie futur ; nous avons encore les explications de leurs anciens docteurs. Enfin, c'est le sentiment des Pères de l'Eglise qui ont succédé immédiatement aux apôtres, aussi bien que de ceux qui sont venus à la suite ; c'est donc une tradition de laquelle il n'est pas permis de s'écarter. David annonce la génération éternelle et la naissance temporelle du Fils de Dieu , ses miracles , ses humiliations , ses souffrances, sa mort, sa résurrection , sa gloire, son sacerdoce éternel, l'établissement de son règne, malgré les efforts de toutes
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les puissances do la terre, la réprobation des juifs, la vocation des gentils. A 1 i vue de tant de prédictions si claires, pouvons-nous douter que Dieu n'ait voulu préparer et confirmer d'avance notre foi aux mystères de son Fils? — Nous trouvons dans ces cantiques de quoi affermir notre espérance, non-seulement par la vivacité avec laquelle ils peignent le bonheur sublime que Dieu réserve aux justes, mais en nous montrant l'exactitude avec laquelle Dieu exécute ses promesses à l'égard de ses serviteurs. David répète continuellement que Dieu est bon, juste, saint, lidèle à sa parole ; et que sa miséricorde est éternelle ; il atteste que Dieu a fidèlement gardé l'alliance qu'il avait faite avec Abraham, Isaac, Jacob et leur postérité ; qu'il a exécuté tout ce qu'il leur avait promis ; Ps. civ, v. 8 et suiv. Il excite ainsi n Ave confiance aux nouvelles promesses que Dieu nous a faites par Jésus-Christ, l'espérance d'obtenir le bonheur du ciel par les mérites de ce divin Sauveur. — En répétant les expressions enflammées par lesquelles David témoigne à Dieu son amour, il est difficile de ne pas sentir quelques étincelles de ce leu divin. Il exalte les perfections infinies de Dieu, sa puissance, sa sagesse, sa justice, sa bonté, son amour pour les créatures, sa patience, sa douceur à l'égard des pécheurs, et la facilité avec laquelle il leur pardonne. Personne n'en fit jamais une plus douce expérience q :e ce roi pénitent : aussi en parleî.-il avec un cœur pénétré. Après l'exemple de Jésus-Christ, il n'en est aucun plus capable que le sien de nous apprendre à aimer nos frères, à tout pardonnera nos ennemis. Pour obtenir de Dieu un entier oubli de ses fautes, il lui expose la patience avec laquelle il a souffert la haine, les persécutions, les opprobres des méchants, le silence profond qu'il a gardé, en considérant ses afllictions comme des châtiments et des épreuves qui lui venaient de la main de son souverain maître. Où puiser ailleurs que dans \espsaumes les sentiments d'une piété plus tendre? Tout ce qui tenait au culte du Seigneur affectait le cœur de David ; il ne parle qu'avec enthousiasme de la montagne sainte , du tabernacle, de l'arche d'alliance, de la loi, des chants des lévites , des sacrifices et des solennités de Sion; il y invite tous les peuples, il gémit dans son exil d'en être éloigné. Le respect pour la majesté de Dieu, la crainte de ses jugements, l'admiration, la reconnaissance, l'aveu de sa propre faiblesse , la confiance, l'amour, le désir d'être désormais fidèle au Seigneur, animent toutes ses expressions. Cela n'a pas empêché les incrédules de chercher dans les psaumes des sujets de scandale; ils disent que ce roi y montre à tout moment des sentiments de vengeance, qu'il lance des malédictions et des imprécations contre ses ennemis, qu'il demande à Dieu de l'S punir, de les faire périr avec toute leur postérité. Au mot Imprécation, nous avons fait voir que ce sont là des prédictions et rien de plus ; saint Augustin l'a remarqué, de Sermonc Domini in monte, lib. i, n. 72,
serra. 5G, n. 3 ; David proteste au contraire qu'il ne s'est vengé d'aucun ennemi. D'ailleurs les Pères de l'Eglise ont observé que sous le nom de ses ennemis ce roi entend les ennemis de Dieu et de Jésus-Christ, principalement les juifs incrédules et réprouvés, et qu'il annonce les vengeances du Seigneur qui tomberont sur eux ; cela paraît évidemment par le psaume xxi, que Jésus- Christ s'est appliqué sur la croix , Matth., c. xwii. v. kQ ; ce qui y est dit des méchants nepeut pas s'entendre des ennemis de David.
Les imitateurs de leur incrédulité ajoutent que ce roi montre peu de foi à la vie future : il demande si les morts loueront le Seigneur, s'ils annonceront ses miséricordes dans le tombeau ; il appelle l'état des morts, les ténèbres, le séjour de l'oubli et de la perdition, etc. Mais dans combien d'autres passages David ne parle-t-il pas de la vie future, du bonheur éternel des justes, de la fin déplorable des méchants ? Il dit qu'ébranlé quelquefois par la prospérité temporelle de ces derniers, il a été tenté de douter si lcsjustes ne travaillent pas en vain ; mais qu'il a pénétré dans ce mystère de la Providence, en considérant la fin dernière des impies: il conclut en disant : Dieu sera mon partage pour l'éternité (Ps. lxxii, 12 et suiv.). 11 exhorte les justes à ne pas envierle sort des pécheurs en ce monde, il les assure que Dieu sera leur héritage pour jamais, Ps. xxxvi , v. 7. Il espère que Dieu ne laissera pas son âme dans le séjour des morts, mais lui rendra une nouvelle vie qui ne finira plus, Ps. xv, v. 10, etc. Ce n'est donc que par comparaison avec ce que nous faisons sur la terre, qu'il demande si les morts loueront le Seigneur comme les vivants.
Quant au style des psaumes , personne ne doute aujourd'hui que ce ne soit une vraie poésie, c'est-à-dire des vers cadencés et mesurés ; mais comme nous ne connaissons plus la vraie prononciation de l'hébreu, nous ne pouvons pasensentirl'harmonie. Josèphe, Oiigène, Eusèbe, saint Jérôme parmi les anciens ; Le Clerc, Bossuet , Fleury, doin Calmet, et d'autres parmi les modernes, ont été de ce sentiment. Mais personne ne l'a mieux prouvé que Lowth dans son traité de sacra Poesi Hebrœorum, et Michaëlis dans ses notes sur cet ouvrage. Ils font voir que les psaumes sont en vers , non de la même mesure, mais les uns plus courts et les autres plus longs. Le style en e-t sententieux, coupé en paraboles et en maximes, plein de figures hardies, relatives au génie, aux mœurs, aux usages des Orientaux. Les métaphores y sont fréquentes, de même que les images et les comparaisons empruntées des choses naturelles, de la vie commune , surtout de l'agriculture, de l'histoire et de la religion des Juifs. Ce style poé.ique est vif, énergique, animé par la passion et par le sentiment, sublime dans les objets, dans les pensées, dans les mouvements de l'àme et dans les expressions; tout y est personnifié, tout y vit et y respire, rien n'est plus capable d'émouvoir ; les poésies profanes sont
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froides en comparaison do celles de David.
Lowth soutient qu'il y a souvent dans les psaumes un sens mystique et figuré; que plusieurs désignent le Messie sous le nom de David ou d'un autre personnage. Michaëlis rejette ce double sens : il prétend que si un psaume regarde David, il ne sert à rien de l'appliquer au Messie; que si celui-ci en est l'objet, on ns doit pas y en chercher un autre, Prœlect. 11, p. 221. Mais en cela il contredit non-seulement les interprètes juifs et les chrétiens, mais encore ïes apôtres et les évangélistes, qui ont appliqué à Jésus-Clirist, dans le sens allégorique, plusieurs passages tirés des psaumes et ues autres livres saints, qui semblent désigner d'antres personnages dans le sens littéral. Yoy. Allégorie, Figure, etc. 11 ne nie pas cependant que plusieurs psaumes ne soient prophétiques.
Ces deux critiques ont distingué dans le psautier des poëines de presque toutes les espèces, des idylles, des élégies, des p:èces didactiques et morales, mais surtout des odes de tous les genres et de la plus grande beauté, lis ajoutent que, sans la connaissance de la poésie hébraïque, il est impossible d'entendre parfaitement les psaumes et les autres livres saints écrits à peu près dans le môme style. Aussi personne ne disconvient que les psaumes ne soient souvent obscurs, soit à cause du style figuré et poétique, soit à raison de ce que le texte hébreu n'est pas toujours correct, parce qu'il a été souvent copié, soit enfin à cause de la variété des versions, parmi lesquelles il n'est pas toujours aisé de distinguer la meilleure, quoiqu'elles soiei.t en grand nombre.
La plus ancienne est celle des Septante, mais elle est souvent peu d'accord avec les aures versions grecques qu'Origène avait rassemblées dans ses Hexaples. La paraphrase cbaldaïque passe pour être du rab- >in Josèphe l'Aveugle; elle est beaucoup plus moderne et moins exacte que celle des autres livres hébreux, composée par Onkélos et par Jonaîhan. La traduction syriaque est très-ancienne, el.e a été faite sur l'hébreu. 11 y a deux versions arabes des psaumes, dont l'une a été faite sur le texte origii al, l'autre sur le syriaque, suivant l'opinion commune. Celle des Ethiopiens a été tirée du cophte des Egyptiens, qui a été emprunté des Septante. Voy. Bible, Version.. — L'ancienne Vulgate latine ou italique a été prise sur les S ptante, avant que leur version eût été corrigée par Origène, par Hésychius et par le prêtre Lucien; elle est d'une si haute antiquité, que l'on n'en connaît ni la date ni l'auteur. On convient que le style n'en est pas élégant; mais les premiers chrétiens, à l'exemple des apôtres, faisaient beaucoup plus de cas du sens et des choses que de la pureté du langage. Cependant, lo"sque saint Jérôme eut retouché deux fois cette version en la comparant au texte hébreu, on adopta bientôt dans l'Eglise romaine ses corrections, et c'est de
celte version ainsi corrigée que nous nous servons encore aujourd'hui. Lorsque ce Père eut fait dans la suite une version latine entièrement nouvelle sur le texte hébreu, il jugea lui-même qu'il fallait continuer à chauler dans l'Eglise la précédente, à laquelle les fidèles étaient accoutumés, mais que, pour en avoir 1 intelligence, il faut souvent recourir au texte original ; Epistola ad Suniam et Fretelam, Op. tom. II, col. 6V7. Plusieurs savants prétendent que, dans le x* et le xi" siècle, la plupa:t des églises de l'Italie et des Gaules avaient adopté la dernière version latine de saint Jérôme faite sur le texte hébreu; mais au xvi% Pie. V y fit rétablir l'usage du psautier romain. Cependant il n'empêcha point que l'on ne continuât de chanter l'ancienne italique non corrigée, dans l'église du Vatican, dans la cathédrale de Milan, à Saint-Marc de Ven'se et dans la chapelle de Tolède, où l'on suit le lite mozarabique, parce que cet usage n'y ava t jamais été interrompu. •
La multitude des commentaires faits sur h s psaumes est infinie; parmi le grand nombre des interprètes, les uns se sont principalement a: tachés au sens littéral, les autres au sens figuré et allégorique; plusieurs ont réuni l'un et l'autre. En général on ne doit pas blâmer ceux qui ont eu pour principal objet d'en tirer des réflexions propres à confirmer la foi et à régler les mœurs, qui ont cherché à nourrir la piété des fidèles plutôt qu'à les rendre habiles dans l'intelligence du texte. Les protestants désapprouvent cette méthode, mais leur goût ne fait pas règle; quelque estimable que soit la science, la vertu nous paraît encore préférable. Nous ne savons pas comment ils peuvent concilier l'usage qu'ils font des psaumes avec l'aversion qu'ils témoignent pour les explications allégoriques et mystiques de l'Ecriture sainte. Car enfin il est évident qu" la plupart de ces cantiques, entendus dans le sens littéral, seraient des prières absurdes. Prenons seulement pour exemplo le psaume l% qui convient si bien aux pécheurs pénitents. Que signifient dans le sens littéral les v. 16, 20 et 21. Délivrez-moi, Seigneur, du sang.... Répandez vos bienfaits sur Sion, afin que les murs de Jérusalem soient
rebâtis Alors les peuples chargeront vos
autels de victimes. Nous ne pensons pas que les protestants s'intéressent beaucoup à la reconstruction des murs de Jérusalem, ni qu'ils soient tentés d'offrir au Seigneur des sacrifices sanglan'.s. Que veulent-ils donc dire à Dieu, si en chantant ces paroles ils les entendent à la lettre? On pourrait citer cent autres exemples.
Après ce que nous avons dit de l'excellence de ces divins cantiques, on ne doit pas être étonné de ce que l'Eglise chrétienne,. dès son origine, en a introduit le chant dans sa liturgie, Constit. apost., liv. n, cap. 65. Saint Paul exhorte les fidèles à s'édifier les uns les autres par ce saint exercice, Ephes.t c. Y, v. 19; Coloss., c. m, v. 16. Les soh-
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laires et les cénobites y employaient les moments qu'ils ne donnaient pas au travail, et lorsqu'ils s? trouvèrent rassemblés dans un monastère en nombre suffisant, ils y établirent la psalmodie continuelle pour lejour et pour la nuit. Voy. Acoemétes. Les Pères de .'Kglise, les saints de tous les siècles en ont fait le sujet habituel de leur méditation, plusieurs en avaient continuellement les paroles h la bouche. ïl est consolant de répéter encore aujourd'hui les mômes cantiques qui ont été consacrés à louer le Seigneur depuis près de trois mille ans.
On nomme psaumes graduels le cxix" et les suivants jusqu'au cxxxiv'; les interprètes ont donné plusieurs explications de ce nom qui paraissent pou probables. Dom Calmet a pensé que canticum graduum, cantique de la montée, signifie cantique du retour de la captivité de Babylone, parce que ces psaumes semblent composés pour demander à Dieu ce bienfait ou pour l'en remercier. Lowth et Michaëlis nous paraissent avoir mieux rencontré, en disant que ces psaumes avaient été faits pour être ebantés pendant que le peuple montait au temple pour célébrer quelque solennité. Le sentiment de ceux qui prétenJent que le trèsgrand nombre (les psaumes font allusion à la captivité de Babylone ne paraît pas encore avoir acquis beaucoup de partisans. Voy. Poésie hébraïque.
PTOLÉMAITES, sectateurs d'un certain Ptolémée, l'un des cbefs des gnostiques, qui avait ajouté de nouvelles rêveries à leur doctrine. Dans la loi de Moïse il distinguait des choses de trois espèces; selon lui, les unes venaient de Dieu, les autres de Moïse, les autres étaient de pures traditions des anciens docteurs. S. Epiphane, l b. i, t. Iï, lhrr. 33.
PUBLICA1N. C'est ainsi que se nommaient, chez le*s Romains, les receveurs des impôts. Comme les Juifs ne supportaient qu'avec beaucoup de répugnance le joug des Romains et ne leur payaient tribut que trôsma.lgré eux, ils avaient horreur de la profession des publicains; nous en voyons des exemples sensibles dans l'Evangile. La loi de Moïse leur avait défendu do prendre pour roi un homme qui ne fût pas de leur nation, Deut., c. xvn, v. 15; conséquemment ils détestaient la domination étrangère sous laquelle ils étaient forcés de vivre : Nous n'avons, disaient-ils, jamais été asservis à personne. Ncmini servivimus unquam (Joan.vm, 33). En cela ils ne disaient pas la vérité, puisqu'ils avaient été plusieurs fois réduits en servitude par des princes étrangers; mais les galiléens, les hérôdiens, les judaïtes ou sectateurs de Judas le Gaulonite, les pharisiens en général, n'en étaient pas moins infâmes de leur ancienne liberté. Pour tendre un piège à Jésus-Christ, ils lui demandèrent s'il était permis ou non de payer le tribut à César, Matlh., c. xxu, v. 17.
Après les Samaritains, les publicains ënient les hommes que la commun des Juifs délestait le plus; il les regardait en gé-
néral comme des fripons et des hommes sans honneur ; il les mettait dans le même rang que les païens : Sit tibi siçut etlwieus et publicanus {Matlh. xvm, 17). II y en avait néanmoins plusieurs qui étaient Juifs, témoin Zachée qui est appelé chef des publicains; et saint Matthieu qui renonça à sa profession pour s'attacher à Jésus-Christ. Aussi les Juifs ne pardonnaient point au Sauveur la société dans laquelle il vivait avec ces gens-là; ils le nommaient l'ami des publicains et des pécheurs, ils lui reprochaient de boire cl de manger avec eux. L'on sait que Jésus-Christ leur répondit : Je ne suis point venu appeler les justes, mais les pécheurs à la pénitence (Luc. v, 32). — II nous paraît néanmoins que Crotius et d'autres ont trop exagéré, lorsqu'ils ont dit que l'on ne pet mettait pas aux publicains d'entrer dans le temple ni dans les synagogues, que l'on ne recelait pas leurs offrandes non plus que celles des prostituées, et que l'on ne voulait pas prier pour eux. Dans saint Luc, c. xvn:, v. 10, Jésus-Christ nous représente un pharisien et un publicain qui pria'cnt tous deux dans le temple, l'un avec beaucoup d'orgueil, et l'autre avec beaucoup d'humilité. — Le nom de publicains ou poblicains fut aussi donné en France et en Angleterre aux albigeois. Voy. ce mot.
PUISSANCE DE DIEU, attribut de la Divinité que l'on exprime par le mot de toutepuissance, afin de donner à entendre que Dieu peut non-seulement tout ce qu'il veut, mais tout ce qui est possible, tout ce qui ne renferme point de contradiction, et que sa puissance n'a point de bornes. Cette vérité pe t se démontrer par la notion même de Dieu : il est l'Etre nécessaire, existant de .«oi-môme; il n'a point de cause, et il est lui-même la cause de tous les êtres; comment donc l'Etre divin serait-il borné? Bien n'est b rné sans cause. Les êtres contingents et créés sont bornés parre qu'ils ont une cause; Dieu, en les créant, leur a donné tel degré d'être ft de facultés qu'il lui a plu; mais Dieu, qui n'a point de cause, ne peut être borné par aucune raison. Sa nécessité d'être est abso'ue : or une nécessité absolue et une nécessité bo née seraient une contradiction. Puisque l'Etre divin n'est pas borné, aucune des facultés, aucun des attributs qui lui conviennent, n'est borné; tous ces atl.ibuls tiennent à son essence; ils sont infinis comme cette essence même: ainsi la puissance divine est infinie comme toutes les autres perfections de Dieu. Voy. Infini. Il faut cependant convenir que cette vérité, quoique démontrable, n'a été bien connue que par la révélation, S'il y a quelques anciens philosophes qui aient attribué à Dieu la toute-puissance, ils n'ont pas compris toute l'énergie de ce terme; ils ont réellement borné cette puissance souveraine, en niant la possibilité delà création. Y a-f-il un p mvoir plus grand que celui de créer, de produire des êtres par le seul vouloir? C'est donc l'idée de la création reçue par révélation qui nous a donné la notion la
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