‹ Œuvres completes de Bergier (volume 3)Chapitre 221 sur 228 · SG · texte numérisé non relu

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plus claire de la toute-puissance divine; ce n'est pas sans raison que ces deux idées sont réunies dans le symbole : Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, Créateur du ciel et de la terre.

Suivant l'opinion de tous les anciens philosophes, Dieu, pour produire le monde, a eu besoin d'une matière préexistante et éternelle comme lui ; et parce qu'il ne lui a pas été possible d'en corriger les défauts, de là sont venues les imperfections de son ouvrage : voilà donc en Dieu une double impuissance. Mais ces grands génies n'ont pas compris que si la matière est éternelle, nécessaire, incréée, l'état dans lequel elle était avant la formation du monde était aussi éternel et nécessaire, par conséquent essentiel et immuable; Dieu n'aurait donc pas pu le changer, il n'aurait eu aucun pouvoir sur la matière. C'est l'argument que les Pères de l'Eglise ont opposé aux pn losophes, et par lequel ils ont démontré que la toutepuissance divine emporte nécessairement le pouvoir de créer la matière. Saint Justin, Cohort. adgentes, n.23; saint Théophile, ad Autolic, bv. h, n. k, etc. — Marcion, Mânes et leurs disciples, égarés par les philosophes orientaux, raisonnaient encore plus mal; ils faisaient à Dieu une injure plus évidente, en supposant un principe actif du mal, coéternel à Dieu, qui avait gêné la puissance divine et l'avait empoché de produire tout le bien que Dieu aurait voulu faire. Les Pères, qui les ont réfutés, ont fait voir que c'est une absurdité d'admettre deux principes actifs , coéternels , qui se gênent mutuellement dans leurs volontés et dans leurs opérations, desquels par conséquent la puissance est très-bornée, cl le sort très-malheureux, puisque rien n'est plus fâcheux à un être intelligent que de ne pas pouvoir faire ce qu'il veut. Tertull., 1. i, contra Marcion., c. 3; saint Augustin, 1. de Nat. boni, c. 43; adv. Secundin., c. 20, etc.

Les philosophes se jetaient dans ces fausses hypothèses, parce qu'ils ne voulaient pas attribuer à Dieu les maux et les imperfections de ce monde; ils aimaient mieux borner sa puissance que de déroger à sa bonté; mais ils se faisaient une fausse idée de la bonté divine. Ils supposaient que Dieu ne serait pas bon, s'il ne faisait pas à ses créatures tout le bien qu'il peut leur faire : or cela est impossible, puisqu'il peut leur en faire à l'infini. Quelque degré de bien que Dieu leur accorde, il peut toujours l'augmenter à l'infini; et comme nous appelons mal la privation d'un plus grand bien, dans toute supposition possible, il se trouvera toujours dans la créature un mal d'imperfection, c'esl-à-iire la privation d'une perfection plus grande de laquelle elle était susceptible par sa nature. D'ailleurs Dieu, étant l'Etre nécessaire, existant de soimême, est essentiellement libre, indépendant, maître de distribuer ses dons en telle mesure qu'il lui plaît. Or il n'est aucune créature à Inquelle il n'ait accordé quelque dcgié de perfection et de bien-être, à la-

quelle par conséquent il n'ait témoigné cîe la bonté. S'il a pu lui donner davantage, il a pu aussi lui donner moins, sans qu'elle ait aucun sujet de mécontentement ni de plainte. Cette vérit', applicable à chaque particulier, ne l'est pas moins à l'égard de la totalité des êtres ou de l'univers en général.

On dit : Mais Dieu les a faits de manière que le péché règne dans le monde : or le péché est non-seulement un mal relatif ou un moindre bien, mai» un mal absolu et positif; comment le concilier avec la bonté de Dieu, pendant qu'il est le maître de l'empêcher? Nous avons déjà répondu ailleurs que le péché vient de l'homme et non de Dieu; c'est l'abus volontaire et libre d'une faculté bonne en elle-même, qui est le pouvoir de cliosir entre le bien et le mal. L'homme rendu impeccable par nature ou par grJce serait sans doute plus parfait que rhomme capable de pécher; mais on ne prouvera jamais que le pouvoir qu'il a d'être vertueux ou vicieux à son choix, et de se rendre ainsi heureux ou malheureux, est un pouvoir mauvais et pernicieux en luimême, un ma! positif que Dieu a fait à l'homme. Ceux qui ont bien usé de leur librearbitre ont-ils lieu d'être mécontents d'en avoir été doués? ils en béniront Dieu pendant toute l'éternité. Or, Dieu donne à tous les hommes les secours dont ils ont besoin pour bien user de cette faculté; il ne faut pas la confondre avec l'abus que l'homme en fait. Voy. Bien, Mal, Bonueuu, Maliieuii, Optimisme, etc.

De là môme il s'ensuit qu'il ne faut pas raisonner de la bonté divine jointe à une puissance infinie, comme on raisonne de la bonté de l'homme, dont le pouvoir est trèsborné. Pour que l'homme soit censé bon il doit faire tout le bien qu'il peut, et ce bien sera toujours borné, de même que son pouvoir. A l'égard de Dieu, vouloir qu'il fasse tout le bien qu'il peut, c'est une absurdité, puisque encore une ibis il en peut faire à l'infini, que sa puissance n'a point de bornes, et qu'en vertu de sa liberté souveraine il est le maître de choisir entre les divers degrés de bien qu'il peut faire. Une comparaison fautive entre la bonté de Dieu et la bonté de l'homme a trompé les anciens philosophes ; les modernes en abusent encore.

Que les premiers, privés des lumières do la révélation, aient mal raisonné sur la nature et sur les attributs de Dieu, nous n'en sommes pas surpris ; cela démontre la faiblesse d j la raison humaine. Mais que les incrédules modernes ferment volontairement les yeux à la révélation qui les éclaire, et répètent encore les sophismes des anciens, c'est un aveuglement inexcusable. Si Dieu, disentils, est infiniment puissant, il n'a eu nulle raison de ne pas rendre les êtres sensibles infiniment heureux : or il ne l'a pas fait, donc il ne l'a pas pu. Ne lui faisons-nous pas plus d'honneur en disant qu'il a tout l'ail par la nécessité de sa nature, qu'en supposant qu'il pouvait faire mieux et qu'il ne l'a.

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