‹ Œuvres completes de Bergier (volume 3)Chapitre 222 sur 228 · PU · texte numérisé non relu

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)as voulu? Cette nécessité tranche toutes ! es difficultés et finit toutes les disputes. Nous n'avons pas le front de dire, Tout est bien; nous disons, Tout est moins malqiiil se pouvait. N'en déplaise à ces raisonneurs, Ja nécessité supposée sans raison, ou plutôt contre toute raison, ne tranche aucune difficulté et ne fait que prolonger les disputes. Il est absur !e de supposer qu'un Etre existant do soi-même , indépendant de tou!e cause et créateur de tous les êtres, est sous le joug d'une nécessité quelconque; d'où viendrait-elle ? qui la lui aurait imposée ? Il n'y a dans Dieu d'autre nécessité que d'être ce qu'il est, par conséquent souverainement indépendant, libre, maître absolu de ses volontés et de ses actions. A la vérité, il ne peut agir contre ce qu'exige la s uveraine perfection ; il agirait contre sa nature, il ne serait plus ce qu'il est. Mais comment prouvera-t-on que cette perfection exigeait qu'il fit plus de bien aux créatures sensibles, et qu'il les rendît plus heureuses et plus parfaites qu'elles ne sont ?

Une autre absurdité est de dire qu'il les aurait rendues infiniment heureuses ; un bonheur infini est celui de Dieu, aucune créature n'en est capable ; celui des saints dans le ciel n'est point actuellement infini, puisque les unsjouissent d'un plus grand bonheur que les autres; il est infini seulement en puissance, parce qu'il ne finira jamais. Nous avons donc raison de dire dans un sens, Tout est bien, c'est-à-dire, il y a dans toutes choses un cerîain degré de bien ; si nous entendions, comme les optimistes, que tout est absolument bien, nous aurions autant de tort que ceux qui prétendent que tout est absolument mal. Par la même raison, nous soutenons que tout pourrait être moins mal, et que Dieu pouvait faire mieux, puisque enfin bien et mal no sont que des termes de comparaison dans ce que Dieu a fait. Voyez Mal, Optimisme.

On nous dit : Puisqu'il n'y a dans ce monde qu'un degré de bien très-borné , à quel titre jugez-vous que Dieu est tout-puissant ? Vous ne devez lui supposer que le degré de puissance qu'il a fallu pour ce qu'il a fait ; un ouvrage fini et borné ne vous donne pas droit de supposer unepmssan.ee infinie. Aussi ne jugeons-nous pas de l'infinité de ^puissance divine par la perfection de son ouvrage, mais parce que Dieu est le créateur : or la création suppose une puissance infinie. Nous tirons encore celte notion de celle de l'Etre existant de soi-même, indépendant de toute cause, seul éternel et cause de tous les êtres ; et, encore une fois, ces notions nous sont venues de la révélation, puisque la raison des anciens philosophes ne s'est jamais élevée jusque-là, et que celle des philosophes modernes retombe dans les mêmes ténèbres, dès qu'elle tourne le dos aux lumières de la foi. Ainsi, lorsque nous disons que la toutepuissance de Dieu ou sa puissance infinie est démontrable, nous entendons qu'elle l'est avec le secours de la nouvelle lumière que JU fui nous a donnée. En nous fixant à celte

règle, nous ne sommes pas tentés d'affirmer que Dieu peut faire ce qui renferme contradiction, changer l'essence des choses, faire qu'unechose soit ei ne soit pas. Dieu, dit saint Augustin, est tout-puissant avec sagesse, Deus est sapienter omnipotens. Par conséquent , il l'est aussi avec bonté et avec justice, parce que ses perfections ne lui sont pas moins essentielles que la puissance. Par conséquent, l'on doit s'abstenir de tout système qui tend à exalter une de ses divines "qualités au préjudice de l'autre , et de tout raisonnement qui ne s'accorde point avec les vérités qu'il a plu à Dieu de nous révéler, soit dans l'Ecriture sainte, soit par l'enseignement général de l'Eglise.

Quelques Pères de l'Eglise semblent avoir enseigné que Dieu ne peut rien faire de plus que ce qu'il veut en effet, d'où certains théologiens ont conclu que la puissance de Dieu ne s'étend pas plus loin que sa volonté, et que tout ce qu'il ne veut pas faire lui est impossible. Mais le P. Pétau, Dogm. theol., t. I, 1. v, c. 6 , a fait voir que ces Pères ont seulement entendu que Dieu ne peut jamais vouloir malgré lui, être forcé dans ses volontés, ni vouloir ce qu'il ne peut pas faire. L'Ecriture sainte nous enseigne clairement que Dieu aurait pu faire des choses qu'il n'a pas voulu faire, créer d'autres mondes que celui-ci, anéantir toutes les créatures, etc.

PUISSANCES CÉLESTES. L'on appelle ainsi les anges en général, et plus particulièrement ceux d'entre les esprits bienheureux, desquels Dieu se sert pour faire éc'ater sa puissance sur la terre, pour faire des miracles, soit afin de récompenser les justes, soit afin de punir les méchants. Voy. Anges.

PUISSANCE PATERNELLE, ECCLÉSIAS- TIQUE, POLITIQUE. Voy. Autorité.

PUNITION. Voy. Justice de dieu.

PUR, PURETÉ. Dans l'Ancien Testament, ces termes expriment plus ordinairement la netteté du corps que la saint< té de l'âme. La loi de Moïse ne se bornait pas à prescrire les pratiques du culte de Dieu et les devoirs de religion. Comme les Juifs habitaient un pays assez borné, très-peuplé, et qui aurait été malsain si l'on n'avait pas pris des précautions pour prévenir toute infection, Moïse fit des lois très-détaillées sur la pureté et l'impureté du corps, sur la propreté à l'égard des hommes et des animaux ; et il prescrivit di férentes purifications pour remédier à toute espèce de souillure. C'était un plan très-sage que d'établir comme une peine ce qui était un remède contre la transgression de la loi. Nous ne devons pas être surpris de ce que ce législateur fonda toutes ces observances sur le motif de la religion ; tout autre motif aurait fait peu d'impression sur les Hébreux , peuple encore très-peu policé, et dont les mœurs étaient devenues trèsgrossières pendant l'espèce d'esclavage auquel ils avaient été réduits en Egypte. La sagesse de cette conduite est suffisamment prouvée par l'effet qui s'ensuivit; Tacite reconnaît que les Juifs en général étaient

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sains et vigoureux, Corpora hominum salabria et ferentia laborum.

Parmi les chrétiens qui vivent sous des climats moins sujets àla contagion que celui de la Palestine, il n'est plus question d'impureté légale ; la pureté consiste dans l'innocence du cœur, et on ne regarde comme impur que ce qui peut souiller l'âme. Mais on se tromperait beaucoup, si l'on se persuadait que la pwrefeintérieure n'était point commandée aux Juifs ; la loi leur défendait toute espèce de crime ; elle leur ordonnait d'aimer Dieu de tout leur cœur, d'accomplir sa loi avec exactitude, et de ne s'en écarter en rien ; un juif qui s'en acquittait avait certainement l'àme pure, exempte de péché.

Plusieurs, à la vérité, se bornaient à l'extérieur ; mais Dieu leur a souvent reproché cette hypocrisie par ses prophètes ; Jsaï., c. i, v. 16; c. lviii, v. 5 ; Jcrem., c. vu, v. 5 ; Amos., c. v, v. 11, etc.

PURGATOIRE, lieu ou plutôt état dans lequel les Ames des justes, sorties de ce monde sans avoir suffisamment satisfait à la justice divine pour leurs fautes, achèvent de les expier avant d'être admises à jouir du bonheur éternel. Voici quelle est sur ce point la doctrine de l'Eglise catholique décidée par le concile de Trente, sess. (), de Justif., can. 30: « Si quelqu'un dit que, par la grâce de la justification, Ja coulpe et la peine éternelle sont tellement remises au pénitent qu'il ne lui reste plus de peine temporelle à souffrir, ou en ce monde ou en l'autre dans le purgatoire, avant d'entrer dans le royaume des cieux, qu'il soit anathème. Sess. 22, can. 3 : Si quelqu'un dit que le sacrifice de la messe n'est pas propitiatoire, qu'il ne doit point être offert pour les vivants et pour les morts, pour les péchés, les peines, les satisfactions et les autres nécessités, qu'il soit anathème. » Sess. 25, le concile ordonne aux docteurs et aux prédicateurs de n'enseigner sur ce point que la doctrine des Pères et des conciles, d'éviter toutes les questions de pure curiosité, à plus forte raison tout ce qui peut paraître incertain ou fabuleux, capable de nourrir la superstition et de favoriser un gain sordide (1).

R en de plus sage que ces décrets. Le concile ne décide point si le purgatoire est un lieu particulier dans lequel les âmes

(i) « Nous déclarons que les âmes des vérilables pénitents, moris dans la charité de Dieu avant que d'avoir t'ait dedignes fruits de pénitence, pour expier leurs péchés de commission ou d'omission, sont purifiées après leur mort par les peines du purgatoire, et qu'elles sont soulagées de ces peines par les suffrages des fidèles vivants comme sont : le sacrifice de la messe, les prières, les aumônes et les autres œuvres de piété, que les fidèles font pour les autres fidèles, suivant les r.gles de l'Eglise ; et que les âmes de ceux qui n'ont point péché depuis leur baptême, ou celles de ceux qui, étant tombés dans des péchés, en ont été purifiés dans leurs corps, après en être sortis, comme nous venons de dire, entrent aussitôt dans le ciel et voient la Trinité, les uns plus parfaitement que les autres, selon la différence de leur mérite; enfin, que les âmes de ceux qui sont morts en état de péché mortel actuel, ou dans !e seul poché originel, descendent

sont renfermées , de quelle manière elles sont purifiées, si c'est par un feu ou autrement, quelle est la rigueur de leurs peines ni quelle en est la durée, jusqu'à quel point elles sont soulagées par les prières, par les bonnes œuvres des vivants, ou par le saint sacrifice de la messe ; si ce sacrifice opère leur délivrance ex opère operato ou autrement ; s'il profite à toutes en général, ou seulement h celles pour lesquelles il est nommément offert, etc. Les théologiens peuvent avoir chacun leur opinion sur ces différentes questions ; mais elles ne sont ni des dogmes de foi ni d'une certitude absolue, et personne n'est obligé d'y souscrire. Holden, de Resol. fui. 1. n, c. 6, § 1 et 2 ; Véron, Regui. fid. cathoL, c. 2, § 3, n. 5, et § 5 ; Rossuet, Expos, de la foi cathoL, art. 8.

La définition du concile de Trente suppose ou renferme quatre vérités qu'il ne faut pas confondre : la première, qu'après la rémission de la coulpe du péché et de la peine éternelle, obtenue de Dieu dans le sacrement de pénitence, il reste encore au pécheur une peine temporelle à subir; nous prouverons cette vérité au mot Satisfaction ; la seconde, que quand on n'y a pas satisfait en ce monde, on peut et on doit la sub'r après la mort, et c'est la question que nous allons traiter ; la troisième que les prières et les bonnes œuvres des vivants peuvent être utiles aux morts, soulager et abréger leurs peines, nous l'avons prouvé dans l'article Prières pour les Morts ; la quatrième, que lo sacrifice do la messe est propitiatoire, qu'il a par conséquent la vertu d'effacer les péchés et de satisfaire à la justice divine pour les vivants et pour les morts ; nous l'avons fait voir au mot Messe.

Daillé, ministre protestant de Charenfon, dans son traité de Pœnis et Satisfactionihus humanis, a combattu de toutes ses forces contre ces quatre points de la doctrine catholique : aucun autre protestant n'a rien pu dire de plus fort. Si nous faisons voir qu'il n'a pas détruit les preuves du dogme du purgatoire, et que celles qu'il y a opposées sont nulles, nous ne craindrons pas de trouver un adversaire plus redoutable. Or nous prouvons l'existence d'un purgatoire après cette vie, 1° par l'Ecriture sainte. Mutth., c. xn, v. 32, Jésus-Christ dit : Si quelqu'un

aussitôt en enfer pour y être toutes puni s, quoique inégalement > (Conc. de Florence, an. Môd, sess. 10, décret d'union des Grecs avec les Latins).

« Les évoques auront un soin particulier que la foi et la créance des fidèles touchant le purgatoire soit conforme à la saine doctrine qui nous eu a été donnée p^r les saints Pères, et qu'elle leur soit prédire suivant leur doctrine et celle des conciles précédents; quMs bannissent des prédications qui se l'ont devant le peuple grossier, les questions difficiles et trop subtiles sur celte matière, qui ne servent à rien pour l'édification; qu'ils ne permettent point non plus qu'on avance ou qu'on agile sur ce sujet des choses incertaines, ou tout ce qui tient d'une certaine curiosité ou manière de superstition, ou qui ressent un profit sordide et messéant. > (Conc. de Trente, sess. 25.)

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