‹ Œuvres completes de Bergier (volume 3)Chapitre 223 sur 228 · IG · texte numérisé non relu

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blasphème contre le Fils de l'homme, il pourra ' en obtenir le pardon ; mais s'il blasphème contre le Suint-Esprit , ce péché ne lui sera remis ni dans le siècle présent ni dans le siècle futur. De là nous concluons qu'il y a donc des péchés qui sont remis dans le siècle futur, autrement l'expression du Sauveur ne signifierait lien : or comme le péché ne peut être remis dans le siècle futur, quant a la coulpe et à la peine éternelle, il peut donc y être remis quant à la peine temporelle.

Pour détruire cette conséquence , Daillé fait une dissertation de douze énormes pages in-4», et il s'efforce de tirer cinq ou six conséquences absurdes du sens que nous donnons à ce passage; mais, comme sa logique est fausse et sophistique, elle ne vaut pas la peine d'une longue réfutation ; son grand principe est qu'il est absurde que l)icu remette une partie de la peine du pécb ;, sans la remettre tout entière ; que ce pardon serait illusoire ; qu'un créancier n'est pas censé remettre une dette, s'il n'en quitte réellement qu'une partie. A cola nous répondons que si le péché est une dette, il faut le comparer à celle qui porte intérêt: or un créancier peut très-bien remettre à son débiteur le capital, sans lui quitter les intérêts. 'Mais dans le fond cette comparaison arbitraire ne prouve rien. Nous convenons que la peine temporelle due au péché ne peut pas être remise, sans que la coulpe et la peine éternelle ne le soient déjà. Daillé

au contraire nous accuse de croire que la peine temporelle peut être remise dans le siècle futur, lorsque la peine éternelle no l'est pas encore ; c'est ainsi qu'il donne le change à ses lecteurs. 11 prétend que, dans le passage de saint Matthieu, Jésus-Christ, par le siècle futur, entend, comme les juifs, le règne du Messie, et, par le siècle présent, le temps quia précédé. Suivant ce commentaire, le Sauveur a voulu dire : Si quelqu'un blasphème contre le Saint-Esprit, il ne sera pardonné ni sous la loi de Moïse qui est une loi de rigueur, ni sous le règne de Jésus- Christ et de l'Evangile qui est une loi de grAce. Mais est-il bien certain que Dieu pardonnait plus difficilement à un juif qui avait moins de connaissances et de lumières, qu'à un chréten qui en a davantage ? Cela paraît formellement contraire à la doctrine de saint Paul, qui enseigne qu'un chrétien prévaricateur est plus punissable qu'un juif, Jhbr., c. x, v. 28 et 21). Aussi Daillé, peu content de cette explication, en donne une autre : il dit que, par le siècle présent, l'on peut entendre tout le temps qui précède la résurrection générale et le,,ug ment (]■■ rnier, et par le siècle futur, le temps qui doit suivre ce grand jour. Mais, sans parler des divers inconvénients de cette explication, il est certain que, par le siècle présent, les écrivains sacrés entendent ordinairement le temps qui précède la mort, et par le siècle futur le temps qui la suit ; donc si un péché grief qui n'a pas été entièrement pardonné ou effacé dans cette vie peut l'être dans le

siècle futur, ce ne peut être qu'en vertu d'une expiation qui se fait après la mort. Daillé a cité lui-même le passage dans lequel saint Paul dit d'Onésiphore : Que Dieu lui fasse trouver miséricorde dans cejour(IITim., i, 18), c'est-à-dire au jour du jugement dernier; et par là il prouve (pie Dieu pardonne des péchés dans ce grand jour. Mais si un péché iirief, tel que le blasphème contre le Saint-Esprit, n'avait pas été remis avant la mort quant à la coulpe et à la peine éternelle, pourrait-il être pardonné après la mort? 2° 'Act., cap. ii, v. 24, saint Pierre dit que Dieu a ressuscité Jésus-Christ, en le délivrant des douleurs ou des souffrances de l'enfer ou du tombeau, parce qu'il était impossible qu'il y fût retenu. Quoi qu'en disent Daillé et ses pareils, les d mlcurs dont parle saint Pierre ne sont pas celles do la mort, puisque Jésus- Christ 1 s avait endurées dans toute la rigueur ; ni celles du tombeau, puisque le corps de Jésus-Christ, placé dans le tombeau et séparé de son âme, ne pouvait pas souffrir ; ni celles des damnés, Jésus-Christ ne les a jamais méritées ; il serait ridicule de dire que Dieu l'en a délivré ou préservé. Donc noussommes forcés d'entendre les douleurs qu'enduraient les Ames qui n'étaient ni dans le ciel ni dans l'enfer. Jésus-Christ ne les a point ressenties ; au contraire, ii a consolé ces Ames soutirantes et les a assurées de leur délivrance prochaine; Dieu l'en a donc préservé en le ressuscitant, comme le dit saint Pierre, il y a donc après cette vie des peines qui ne sont point celles des damnés, et l'on ne peut en supposer d'autres que des peines expiatoires ; c'est précisément ce que nous appelons le purgatoire. Peu nous importe que plusieurs interprètes aient entendu autrement ce passage ; le sens que nous lui donnons est littéral, simple et naturel, au lieu que nos adversaires lui font violence. 3° 1 Cor., c. ni, v. 13, saint Paul dit que le jour du Seigneur fera connaître l'ouvrage de chacun, et que le feu éprouvera ce qu'il est; que si l'ouvrage de quelqu'un demeure, il en recevra la récompense ; que si son ouvrage est brûlé, il en recevra du dommage, mais qu'il sera sauvé comme par le feu. Daillé a encore employé seize pages pour éclaircir ou plutôt pour embrouiller ce passage. 11 soutient qu'il est là question du travail ou de la doctrine des ouvriers évangéliques ; soit : on doit juger de même de tout autre ouvrage relatif au salut. 11 dit que le texte grec ne porte point le jour du Seigneur, mais un jour quelconque ; nous répliquons qu'.l serait ri.ucule de dire qu'un jour le feu brûlera en ce munie l'ouvrage des prédicateurs de l'Evangile, et que l'ouvrier sera sauvé comme par le feu. En recourant ainsi à des métaphores, à des comparaisons a bitrair. s, il n'est aucun passage de l'Ecriture sainte duquel on ne puisse tordre le sens à son

e. il nous parait plus simple d'onten :re lui— c: de l'épreuve que subissent dans l'au-

tre vie les œuvres de chaque homme en particulier, et du feu expiatoire dont il s'est sauvé, lorsqu'il a travaillé solidement pour le

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ciel. - liellarmin a cité j)lusieurs autres passages de l'Ecriture eu laveur du dogme du purgatoire; Daillé use toujours de la même méthode pour eu esquiver les conséquences ; il serait inutile de le suivre plus longtemps dans cette discussion.

La seconde preuve que nous alléguons de oc môme dogme est la tradition de l'Eglise, tradition attestée par l'usage dans lequel elle a toujours été de prier pour les morts, et l'Eglise s'est fon léc sur les passages de l'Ecriture sainte dont les protestants détournent aujourd'hui le sens. La manière dont ils les expliquent nous démontre la cause pour laquelle ils ont posé pour principe que l'Eeriture sainte est la seule règle do foi; c'est qu'ils savaient bien que cette règle ne les gênerait jamais. Au reste, c'est de leur part nue supercherie palpable, puisquils preni! 'lit pour règle, non le texte de l'Ecriture, mais l explication arbitraire qu'ils y donnent. Le catholique, plus sincère, prend pour sa règle le sens qui a toujours été donné à cette même Ecriture par toutes les sociétés de chrétiens qui vivent en communion de loi et qui font profession de s'en tenir à ce que les apôtres ont enseigné. Il en est instruit par le témoignage des Pères qui ont été les pasteurs et les uoetcurs de ces sociétés, par les décisions que les conciles ont faites contre ceux qui attaquaient l'ancienne doctrine, par les usages et les pratiques qui ont toujours servi d'explication à cette même doctrine , ou écrite ou enseignée de vive voix.

Or un de ces usages a été dès le commencement de prier pour lesmo;ts ; l'Eglise a donc supposé (pie les morts pouvaient être dans un état de souif;ancc et recevoir du soulagement par les prières des vivants. Voy. Prières pour les morts. Déjà plusieurs protestants sont convenus que cet usage a commencé l'an 2i>8 ou immédiatement après ; mais cela ne prouve pas, disent-ils, que l'on croyait déjà le dngme du purgatoire ; on priait pour les morts, parce que L'on pensait (pue les âmes des justes n'allaient pas prendre possession de la gloire immédiatement après la mort, mais qu'elles étaient détenues dans un lieu particulier que l'on appelait le paradis ou le sein d Abraham, jusqu'au jugement dernier ; on demandait à Dieu d'accélérer le moment de leur bonheur. Telle a été l'opinion des anciens Pères. — liéponsc. Accordons pour un moment cette supposition. Ces âmes connaissaient sans doute le bonheur qui leur était destiné, et le temps que devait durer leur captivité; or d leur était impossible de le connaître, sans désirer ardemment de le posséder, sans éprouver par conséquent du regret de ne pas en jouireneore. On le supposait ainsi, puisque l'on demandait à Dieu d'abréger le retard de ce bonheur. Donc l'on jugeait (pie ces âmes étaient dans un état d'épreuve et d'anxiété ; elles ne pouvaient y être qu'afin qu'elles fussent purifiées davantge; donc un les supposait dans le purgatoire.

Longtemps avant l'an 200, saint Justin,

dans son Dialogue avec Trgphon , n. 105, parlant de l'âme de Samuel, évoquée par la pythonissc, disait: « Il paraît que les âmes des justes et dos. prophètes tombent sous le pouvoir des esprits tels que cette femme en avait un. C'est pour cela que Dieu nous a enseigné, par l'exemple de son Fils, à désirer et à demander, au sortir de cette vie, que nos âmes no tombent point sous ce mémo pouvoir. Aussi le Fils de Dieu, près d'expirer sur la croix, dit : « Mon Père, je remets mon esprit entre vos mains. » On a traité d'erreur grossière cette rétlcxion de saint Justin, parce que l'on a cru que, suivant l'opinion de ce saint martyr, les esprils dont il parle avaient sur les âmes des justes le même empire que les démons exercent sur les damnés ; mais on lui attribue celte pensée mal à propos. Autant qu'il nous paraît, il a seulement entendu que ces esprits pouvaient punir les âmes des fautes qui n'étaient pas suffisamment expiées, et les retenir du moins pendant quelque temps dans l'état que nous appc'ons le purgatoire. Saint Cl 'ment d'Alexandrie, Sir.,], vi, c. 17*, p. 704, dit qu'un fidèle qui meurt après avoir quitté ses vices, doit ell'acer encore par un supplice les péchés qu'il a commis après le baptême. Liv. vu, c. 10, p. 865, et c. 12, p. 870, il ajoute qu'un gnostique ou un chrétien éclaré a pitié de ceux qui, châtiés après leur mort, avouent leurs fautes malgré eux par le supplice qu'ds endurent. Origène, dans dix ou douze passages , enseigne la mémo doctrine ; nous ne les citons pas : l'autorité de ce Père est suspecte aux protestants, parce qu'il a été perte à croire que toutes les peines de l'autre vie, mômes celles de l'enfer, sont expiatoires. Tertuilien, lib. de Anima, c. 35 et 38, prouve par les paroles de l'Evangile, Malt., c. v, v. 26, qu'il y a dans l'autre vie une prison de laquelle on ne sort point que l'on n'ait payé jusqu'à la dernière obole.

Sai nt Cy prien , Kp ist . 52, ad A nton ian . , p. 72. « Autre chose est, dit-il, d'attendre le pardon, et autre chose d'entrer dans la gloire : l'un, mis on prison, n'en sort qu'après avoir payé "usqu'à la dernière obole ; l'autre reçoit d'a-

ord la récompense de sa foi et de son courage : on peut, ou être purifié du péché par des souffrances et en supportant longtemps la peine du feu, ou les effacer tous par le martyre-. Eniin, autre chose est d'attendre la sentence du Seigneur au jour du jugement, et autre chose d'en recevoir incontinent la couronne. » On ne peut pas distinguer avec plus de soin les divers étals dans lesquels peut se trouver une âme juste en sortant de cette vie ; mais saint Cyprien n'était pas l'inventeur de celte doctrine, elle n'a excité la réclamation de personne. Il serait inutile de citer les Pères du ivc siècle.

Ce qui a fait croire aux protestants que le d igiiie que nous soutenons est nouveau , qu'il est né postérieurement aux apôtres, c'est qu'ils n'ont pas vu dans les écrits du i" siècle le mot de feu purifiant ni de purgatoire. Mais, encore une fois, l'Eglise n'a pas défini que le purgatoire est un [cm que, Içs

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protestants professent le fond du dogme, en leur permettra, s'ils le veulent, de trouver un autre terme pour exprimer ce que nous entendons par le purgatoire.

Une troisième preuve de la doctrine catholique sur ce point est la croyance des Juifs; il est constant que, cinq cents ans au moins avant Jésus-Christ, les Juifs croyaient que des aumônes faites pour les morts leur étaient profitables. C'est ce qui introduisit parmi eux la coutume de placer des aliments sur la sépulture de leurs parents, afin do nourrir les pauvres. Tobie dit à son fils, c iv , v. 18 : Mettez votre pain et votre vin sur la sépulture du juste, et gardez-vous d'en manger ou d'en boire avec les pécheurs. L'auteur de Y Ecclésiastique fait la même leçon , c. vu, v. 37 : La libéralité, dit-il, est agréable à tous ceux qui vivent ; n empêchez pas quelle ne s'étende sur les morts. Rien de plus connu que la réllexion de l'auteur du second livre des Machabées, c. xu, v. 4G : C'est une sainte cl salutaire pensée de prier pour les morts, afin

f'uils soient délivrés de leurs péchés. Les Juils e croient encore. — Quand même les protestants seraiei t bien fondés à nier la canoî.icilé de ces livres des Juifs, ils seraient néanmoins obligés d'en admettre le témoignage , du moins comme historique , et d'avouer le fait qui y est rapporté ou supposé. Or, où les Juifs ont-ils puisé cette croyance ? Les protestants diront sans doute que les Juifs l'avaient empruntée des Chaluéc-ns, que c'est une des rêveries de la philosophie orientale. Pour le croire, il faudrait oublier, 1" la haine que les Juifs devaient naturellement avoir contre les Chaldéensqui les retenaient en captivité ; 2° la défense que Jérémie leur avait faite d'adopter en aucune manière les usages et les opinions desChaldéens, Baruch, c. vi ; 3° le l'ait incontestable attesté par l'histoire, savoir : que les Juifs n'ont jamais été plus en garde ton Ire tout ce qui venait des païens, que depuis la captivité. S'il était ici question d'une erreur, il serait fort singulier que les prophètes postérieurs à la captivité n'en eussent pas averti les Juifs, que Jésus-Christ et les apôtres n'eussent rien dit pour en prévenir les chrétiens ; cela eût été plus nécessaire que de les détourner des cérémonies légales.

La quatrième preuve que nous opposons aux prolestants est l'inconstance et la variété de leurs opinions sur le dogme dont nous parlons, et les aveux que plusieurs d'entre eux ont été forcés de faire. Calvin lui-môme était plus circonspect que ses disciples ; dans son Instit., I. ni, c. 25, § 6, il dit qu'il ne faut pas nous informer avec trop de curiosité de l'état des âmes après la mo:t et avant la résurrection, puisque Dieu ne nous l'a pas révélé ; qu'il faut nous contenter de savoir que les âmes des fidèles sont dans un état de repos, où elles attendent avec joie la gloire promise, et que tout demeure ainsi en suspens jusqu'à l'arrivée de Jésus-Christ en qualité de rédempteur. Voilà un état mitoyen entre la gloire éternelle cl la damnation, qui ressemble beaucoup au purgatoire;

et c'est la croyance commune des calvinistes.

Les anglicans ont conservé l'office des morts, ils en ont seulement retranché les oraisons par lesquelles on implore la miséricorde de Dieu envers les défunts ; mais les autres protestants détestent cet office comme un reste de papisme. 11 est dit dans Y Apologie de la confession dWugsbourg, § 33 : « Nous savons que les anciens ont parlé de la prière pour les morts, et nous ne l'empêchons pas. » Grotius était dans le même sentiment. Luther a dit que ce n'est pas un crime de demander à Dieu pardon pour les morts. Wiclet' et Jean Hus ne rejetaient pas Je purgatoire. D'où est donc venue l'horreur que les protestants plus modernes ont conçue contre ce dogme ?

Reausobre commence par avouer que la nécessité de la purification des âmes avant d'entrer dans le ciel est un sentiment qui ne fait point déshonneur à la raison, qui a paru conforme à l'Ecriture, qui a été embrassé par plusieurs Pères, et qui a four, i à la superstition le prétexte d'inventer le purgatoire ; ensuite il soutient que la transmigration des âmes, qui est le purgatoire philosophique, vaut mieux que le purgatoire catholique; Histoire du Munich., t. II, 1. vu, c. 5, § G. Mais le purgatoire catholique est-il donc autre chose que la purification des aines avant d'entrer dans le ciel ? Si c'est un sentiment conforme à la raison , à l'Ecriture sainte, à la croyance de plusieurs Pères, comment peut-il être une superstition ? Voilà ce que nous ne concevons pas. Pour rendre notre croyance odieuse et ridicule, il nous renvoie aux dialogues de saint Grégoire Je Grand, et aux légendes où l'on a rapporté des fables et de vaines imaginations touchant le purgatoire. Mais ces fables, s'il y en a, sont-elles notre croyance ? 11 faut l'attaquer telle que le concile de Trente l'a exposée, et non telle que des esprits crédules ou mal instruits J'ont rêvée.

Enfin, une cinquième preuve est l'idée que l'Ecriture sainte nous donne de la justice de Dieu, en nous disant que Dieu donnera à chacun selon ses œuvres. INous demandons s'il est juste qu'un pécheur qui a vécu dans le désordre pendant toute sa vie, qui est rétabli dans l'état de grâce par une pénitence sincère, soit aussi abondamment récompensé, et jouisse du bonheur été. nel aussi promptemi nt qu'un juste qui a persévéré pendant toute sa vie dans la pratique de la vertu , et qui meurt dans les sentiments d'un parfait amour pour Dieu ? Jamais ce plan de justice divine n'entrera dans un esprit sensé.

Suivant l'opinion commune des protestants, toutes lis âmes sorties de ce monde dans l'état de justification sont, jusqu'au jour du jugement dernier, dans l'attente de la gloire éternelle, mais dans un état de paix, de repos, exemptes d'inquiétude et de souffrance. Si le monde, après avoir déjà duré six mille ans, en dure encore autant ou davantage, où sera la différence et l'inégalité entre le sot du juste Abel et celui de Gain

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mort pénitent? Nous ne connaissons aucun protestant qui ait daigné faire celle réflexion. La plupart des objections de Daillé cl des autres contre le purgatoire ne sont (pie des arguments négatifs , et encore portent-ils souvent sur une fausse supposition. Les Pères, disent-ils, les conciles des premiers siècles ne parlent point du purgatoire dans les circonstances mêmes dans lesquelles ils auraient dû en parler; ils n'y croyaient donc pas. Lorsque le sixième concile général condamna Oiigène, qui soutenait que toutes les peines de Tautre vie sont expiatoires, qu'un jour les damnés et les démons seront purifiés de leur crimes et pardonnes, c'était la le cas de distinguer lespeinesde l'enfer d'avec celles du purgatoire ; le concile n'en a pas dit un mot. Il n'en est pas quest'on dans l'exposition de la foi donnée par sont Kpiphane, ni dans la réfutation qu'il a faite des erreurs d'Aérius, qui blâmait la prière pour les morts; le dogme du purgatoire lui était donc inconnu. Les autres Pères de l'Eglise, qui ont eu occasion d'expliquer les passages do l'Ecriture (pie nous alléguons en faveur de ce dogme, leur ont donné un autre sens. — Réponse. Nous avons déjà dit que si, pour contenter les protestants, il faut absolument leur montrer dans les Pères et les conciles le nom de purgatoire , nous renonçons à la gloire de les convaincre ; mais qu'importe le nom, si nous y trouvons la chose ? Il importo encore moins de savoir si les conciles et les Pères ont parlé de ce dogme précisément dans les endroits où il plail aux protestants de vouloir qu'ils l'aient traité , pourvu qu'ils l'aient enseigné ailleurs. Or on peut voir dans les frères de Wallcmbourg , t. II, tract, v, de Purgat., les passages de Tertullien , de *saint Cypricn , de saint Jean Chrysostome, de saint Kpiphane, de saint Ambroise, de saint Jérôme, de saint Augustin, de saint Fulgence , qui parlent les uns de l'état des âmes qui ont besoin d'expiation dans l'autre vie ; les autres de l'utilité des prières et des aumônes que l'on fait pour les so dager; on y trouve même un passage de saint Augustin, Enehir., cap. 69, dans le quel le saint docteur doute si cette purification des Ames se fait par un feu purgatoire, per ignem quemdam purgatorium, ou autrement.

Ces mômes controversistes ont cité un passage du quatrième concile général tenu à Chalcédoino , un du troisième concile de Carthage, un du quatrième e' un du premierconcile de Brague, où il est question de l'usage de faire des offrandes, des sacrilices, des suffrages pour les morts. On est étonné de voir Dadlé, plus téméraire que tous ses confrères, assurer gravement que saint Grégoire pape a été au vr siècle l'auteur du dogme du purgatoire.

Mosheim, mieux instruit, convient qu'il a commencé dès le nc siècle, par conséquent peu de temps après la mort du dernier des apôtres; Ilist. ecclés., ir siècle, nc partie, c. 3, § 3.

Etait-il donc nécessaire que le concile de Chuleédoine, en condamnant l'origénisme,

sur la fin du vnc siècle, proscrivit encore une doctrine qui avait été réprouvée par toute l'Eglise, au iv, dans Aérius et ses sectateurs? Il est faux que saint Epiphane, en la réfutant, ne dise rien du purgatoire ; il dit, Ifœr. 75, § 7 : « Les prières que l'on fait pour les morts leur sont utiles, quoiqu'elles n'effacent pas tous les péchés... Nous faisons mention des pécheurs et des justes : des pécheurs, afin d'implorer pour eux la miséricorde du Seigneur; des justes..., afin d'honorer Jésus-Christ, etc., §8 : L'Eglise observe nécessairement cette pratique qu'elle a reçue des anciens. » Voilà donc des morts qui ont des péchés à effacer et qui ont besoin que l'on implore pour eux la miséricorde de Dieu; c'est ce que nous entendons par des morts en purgatoire.

Daillé avance avec trop de confiance que les Grecs et les autres se< tes de chrétiens orientaux ne croient point le purgatoire; il était fort mal instruit, le contraire est prouvé d'une manière incontestable, Perpél. de la foi, tom. V, p. 610. Les Pères, dit-il, et les conciles qui ont condamné et réfuté les pélagiens, ont décidé qu'il n'y a point de lieu ni d'état mitoyen entre le ciel et l'enfer ; tous ont enseigné qu'après la mort il n'est plus question de mérites, de pénitences, ni de purification. — Réponse. Pour prendre le sens des décisions portées contre les pélagiens, il faut connaître l'erreur de ces hérétiques ; ils prétendaient que les enfants morts sans baptême n'entraient pas dans le royaume des cieux, mais qu'en vertu de leur innocence ils jouissaient de la vie éternelle. Les Pères et les conciles, en décidant que ces enfants sont morts avec le péché originel, ont rejeté avec raison ce lieu ou cet état mitoyen entro le ciel et l'enfer, qu'il plaisait aux pélagiens d'appeler la vie éternelle, comme s'il pouvait y avoir une vie éternelle hors du royaume des cieux. Mais ce lieu ou cet état prétendu éternel n'a rien de commun avec l'état passager des aines qui ont des péchés à expier, et qui, après leur purification, sont sûres de jouir de la gloire éternelle (1).

Nous ne disons point, non plus que les Pères, que ces âmes acquièrent de nouveaux mérites: entre expier le péché et mériter, il y a une très-grande différence; leurs souffrances ne sont pas non plus une pénitence proprement dite, celle-ci consiste dans le regret du péché et dans la résolution de ne plus le commettre : or, les- âmes en purgatoire savent bien qu'elles ne peuvent plus pécher. Elles ne peuvent pas enfin se purifier comme en cette vie, par la pénitence, par les bonnes œuvres, par les sacrements; mais elles portent la peine temporelle due aux péchés véniels et aux péchés déjà etlà-

(I) Il n'y a rien de défini sur la nature des peines du purgatoire. On croit communément qu'on y endure la peine du l'eu, et beaucoup de théologiens pensent, avec saint Thomas, que les peines du purgatoire surpassent tout ce qu'on peut souffrir en cette vie : Pœna purgatorii, quantum ad pœnam damni et sensus, excedil omnem pœnam istius vilœ.

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ces en cette vie quant à la eouftpe cl. à la peine éternelle. Nos adversaires brouillent t n;t, no veulent entendre ni expliquer aucun dogme , parce qu'ils veulent donner k toute notre croyance une tournure condamnable.

Mosheim, non moins injuste, dit que la purification dos âmes après la mort est une doctrine des païens, qu'elle fut mieux: expliquée et mieux, établie au v sièel • qu'auparavant, que ce fut dans la suite une source de richesses, intarissable pour le clergé, qu'elle continue encore aujourd'hui d'en»ichir l'Eglise romaine. jSist. cccle's., vc siècle, ii" partie, c. 3, § 2. Il ajoute qu'au xe on craignait le feu du purgatoire beaucoup plus que le feu de l'enfer, parce que l'on espérait d'être à couvert de ce'ui-ei par la médiation des saints et par les prières du clergé, au lieu que l'on ne connaissait aucun moyen de se soustraire au feu du purgatoire. Le clergé ne manqua pas de nourrir celte crainte superstitieuse pour augmenter ses richesses et son autorité, xe siècle, ne part., c. 3, ^ 1.

Avant de lancer ces traits de satire fausse et maligne, Mosheim aurait dû faire une réllexion : -c'est que les socinions elles déistes soutiennent aussi que la divinité de Jésus- Christ est une doctrine des païens, qu'elle ne fut expliquée et établie qu'au ivc siècle, et pour l'intérêt du clergé, parce qu'il importait aux prêtres, déjà censés ministres de Jésus-Christ, d'être regardés comme ministres d'un Dieu. Mais Mosheim est beaucoup plus ami tics sociniens et dos déistes que des catholiques. 11 savait bien que l'usage de prier pour les morts est boa coup plus ancien que le ve siècle, puisqu'il est convenu que le dogme du purgatoire a commencé dès le nc; Tertullien et saint Cyprien en ont parlé au mc comme d'un usage établi avant eux, pratiqué par conséquent dans un temps auquel il ne pouva t être d'aucun prolit pour le clergé, puisque pour lors il ne recevait aucune rétribution manuelle pour ses fondions. Mosheim n'ignorait pas que, quand saint Jean Chrysostome el les autres Pères du iv" siècle exhortaient les fidèles à faire des aumônes pour les morts, ils entendaient des aumônes faites aux pauvres et non au clergé. Il est donc incontestable que, dans l'origine, l'intérêt du clergé n'a pu entrer pour rien dans les prières et les orf. andes laites pour les morts. Il n'est pas moins certain qu'au xe siècle, après les ravages faits dans toute l'Europe par divers essaims de barbares, les principales richesses du clergé ne sont pas venues des fondations faites pour les morts, mais de l'abandon qui lui a été fait de terres incultes qu'il a mises en valeur, et qui étaient censées pour lors appartenir au p. entier occupant, il l'est entinque, dans les fondations mêmes qui ont été faites pour les morts, dans l'érection des abbayes et des monastères, la formule pro remedio animœ mecê et animœ patris mei, etc., signifiait trèssouvent pour satisfaire à une restitution que mon père ou mes aïeux auraient dû faire,

puisque alors Us grands s"é! i.u.t enrichis par le pillage des biens de l'Eglise ni de eux dos particuliers, qu'ainsi l'on pensait à éviter l'enfer encore plus que le purgatoire.

C'est d'ailleurs prêter aux hommes du xc siècle une absurdité trop grossière, que de supposer qu'ils ont cru que les aumônes» les dotations d'églises, les messes, les prières des prêtres et dos religieux, ne contribuaient en rien a leur faire éviter l'enfer. Un auteur aussi instruit que Mosheim a dû savoir qu'au xe siècle on ne croyait pas, comme les protestants, que les bonnes œuvres en générai ne contribuent en rien au salut; jamais cette doctrine n'a régné dans l'Eglise, jamais aucun membre du clergé n'a enseigné ni rêvé que les mêmes pratiques qui peavent soulager les souiïrances des morts ne sont d'aucun mérite pour les vivants.

Jurieun'apas laissé de se permettre la môme calomnie. 11 dit que chez les catholiques l'on fait tout pour éviter le purgatoire, rien pour se sauver de l'enfer : suivant eux, dit-il, un acte de contrition sauve de l'enfer, mais toute la contrition de tous les pénitents qjn emble ne ferait rien contre les peines du purgatoire. Nous délions les protestants de citer un seul écrivain catholique qui ait soutenu ou seulement proposé cette doctrine absurde. D'un côté, il nous accuse de faire un trop grand usage de la terreur poaramen r les âmes à la sainteté, d'user de cruauté en leur faisant envisager les peines du purgatoirecomme inévitables, lors mèmequ'ehcs cro ent être sauvées de l'enfer par une vraie p niteuce. De l'autre, il suppose que parmi nous la crainte de l'enfer est étouffée par la terreur du purgatoire. Mais la frayeur d'une peine éternelle est-elle' dune moins cruelle que celle d'une peine temporelle? Il y a là en vérité du vertige et du uél re.

Enfin, Jurieu soutient que quand le dogme du purgatoire ne ferait plus de mal aujouid'hui, il fau Irait encore le bannir à cause de celui qu'il a fait : C'a été là, dit-il, la soui'ce de toutes les superstitions de l'Eglise romaine, Préservatif contre le changement de religion, art. 8. Nous lui disons à notre tour que quand ce dogme aurait produit tout le mal qu'il prétend, il ne nous serait pas enco.e permis d'en étouffer la croyance : (lès que c'est une vérité, il ne nous appartient pas de vouloir corriger par le inonsonge ou par le silence les prétendus abus produits par des dogmes que Dieu a révélés. À la vérité les protestants, qui se sont cru plus sages que Dieu, ont fait main basse sur tous les articles d • croyance et de pratique dans lesquels il a plu à leur fanatisme de voir des abus; mais nous nc sommes pas tentés d'imiter leur témérité (1J.

(1) M. de Trevern, Discussion amicale sur l'Eglise anglicane et en général sur la réformation, t. M, lettre iZ, p. 1 UG, s'exprime ainsi, sur le purgatoire : « lKs le temps de la Synagogue, l'Ecriture nous apprend qu'on offrait des sacrilices pour les morts. A l'armée de Judas Slachabce, plusieurs soldats avaient, contre la défense de Dieu, enlevé dans les temples de Jk&uia

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