XII
1° Lazare était un homme riche et considéré ebez les Juifs : cela est prouvé par la manière dont l'Evangile en parle, par la quantité de parfums que sa sœur répandit pour faire honneur h Jésus, par la manière dont il fut embaumé après sa mort ; par l'attention des principaux Juifs de Jérusalem, qui vinrent consoler Marthe et Marie de la mort de leur frère, etc. Un homme de cette condition aurait-il voulu se déshonorer et se rendre odieux à sa nation par une fraude concertée avec Jésus? Que pouvait-il en espérer, et que n'avait-il pas à craindre? Il aurait fallu que les deux sœurs et les domestiques de Lazare fussent du complot. Comment feindre la maladie, la mort, les funérailles, l'embaumement d'un homme de considération à une demi-lieue de Jérusalem , sans danger d'être découvert ? — 2° Lacrainte du ressentiment des Juifs devat en détourner les complices : il y avait une excommunication prononcée par le conseil des Juifs contre tous ceux qui reconnaîtraient Jés. s pour le Messie; ses ennemis avaient déjà tenté plus d'une fois de l'arrêter : essa,er une fourberie dans ces circonstances, c'était accélérer la perte de Jésus et s'y envelopper avec lui. Jésus lui-môme auraitil osé la proposer h une famille qui lui témoignait de l'affection et de l'estime, et dont l'amitié pouvait lui être utile? Il ne faut pas s'obstiner, comme font les incrédules, à peindre Jésus, tantôt comme un fanatique imbécile et imprudent, tantôt comme un fourbe assez adroit pour en imposer à toute la Judée : ces deux caractères ne s'accordent pas, et ni l'un ni l'autre ne peuvent être attribués à Lazare. — 3° Jésus n'était pas à Bélhanie lorsque Lazare tomba malade, mourut et fut enterré ; il était à Bétharaba, au delà du Jourdain, à plus de douze lieues de distance de Bétbanie : on lui envoya un messager pour l'avertir. 11 se passa au moins cinq jours depuis le départ de cet envoyé jusqu'à l'arrivée de Jésus, qui affecta de ne pas se presser. S'il y avait eu de la fraude, il faudrait supposer que Lazare et ses complices avaient pris sur eux tout l'odieux du complot, et avaient ménagé à Jésus un prétexte très-apparent pour se disculper, en disant qu'il était absent, et qu'il avait été trompé lui-même. — '*° La douleur des deux sœurs, après la mort deLazare, avait toutes les marques possibles de sincérité ; les Juifs venus de Jérusalem croient que Marie, qui sort pour aller au-devant de Jésus, va pleurer au tombeau de son frère. Le discours qu'elles adressent successivement à Jésus, les larmes que répand Marie, celles que Jésus verse lui-môme, la réponse qu'il fait Dicnoxtf. de Tuéol. dogm^ti^ue. III.
aux deux sœurs, l'étonnement des assistants, qui disent : Cet homme, qui a guéri un aveugle-né, ne pouvait-il donc pas empêcher son ami de mourir ? tout annonce la sincérité et la bonne foi. - 5° C'est en présence des deux sœurs, des Juifs de Jérusalem, de ses disciples, que Jésus se fait conduire à la caverne dans laquelle est inhumé Lazare : on ne prend pas tant de témoins pour jouer une imposture. Il ordonne d'ôter la pierre qui fermait le tombeau : Seigneur, lui dit Marthe, il sent déjà mauvais, il y a quatre jours qu'il est enseveli : cette circonstance est répétée deux fois. Jésus lève les yeux au ciel, invoque son Père, appelle Lazare, et lui commande de sortir dehors ; le mort se lève, on lui ôte les bandes sépulcrales ; il est plein de vie. Plusieurs Juifs, témoins de ce prodige, crurent en Jésus-Christ. Une narration si naturelle et si bien circonstanciée ne peut pas être un ouvrage d'imagination.— 6° L'usage des Juifs d'enterrer les morts dans des cavernes est certain ; il venait des patriarches : on voit encore dans la Judée plusieurs de ces tombeaux anciens, et l'on sait que les Juifs avaient changé peu de chose h la manière d'embaumer des Egyptiens. Ils enduisaient d'aromates les corps. Nicodème apporta environ cent livres de myrrhe et d'aloès pour embaumer lu corps de Jésus, selon la coutume des Juifs. Lorsque Marie répandit des parfums sur Jésus : Elle me rend déjà, dit-il, les honneurs de la sépulture. Après avoir saupoudré do ces drogues desséchantes les membres du mort, ils les liaient de bandelettes qui en étaient imbibées ; ils environnaient de môme la tête et le couvraient d'un suaire. C'est ainsi que Lazare avait été enseveli; l'évangéliste le fait rema quer en parlant des bandelettes dont ses mains et ses pieds étaient liés, etdusuaire qui était sur sa tête. Si Lazare n'avait pas été mort, il lui aurait été impossible de demeurer pendant plusieurs heures ainsi emmaiilolté, le visage couvert do drogues, dins un tombeau couvert par une pierre, sans être suffoqué ; et s'il n'avait pas été ainsi enseveli comme l'étaient les morts de sa condition, les Juifs présents à la résurrection n'auraient pas été dupes d'une sépulture simulée : ils auraient accusé Jésus, Lazare et ses sœurs d'imposture. — 7° Tout au contraire, il est dit que plusieurs crurent en Jésus-Christ, que les autres allèrent avertir les Juifs de ce qui s'était passé. Là-dessus ils délibèrent : «Que feronsnous, disent-ils ? Cet homme fait beaucoup de miracles ; si nous le laissons continuer, tout le monde croira en lui ; les Romains viendront détruire notre ville et notre nat on. » Ils prennent la résolution de fairo mourir Jésus. Plusieurs vinrent exprès à Bétbanie pour voir Lazare ressuscité. Le bruit que ce miracle fit à Jérusalem valut à Jésus l'entrée triomphante qu'il y fit quelques jours avant la pâque. Les Juifs, furieux de cet éclat, résolurent de se défaire aussi de Lazare, parce que sa résurrection augmentait le nombre des partisans de Jésus.