‹ Œuvres completes de Bergier (volume 3)Chapitre 29 sur 228 · LAZ · texte numérisé non relu

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Ainsi les circonstances dont ce miracle fut précédé , la manière dont il fut opéré, les effets qu'il produisit, concourent à en démontrer la réalité : les incrédules auraient dû y faire quelque attention avant d'argumenter pour le faire paraître douteux.

Dira-l-on, commequelques-uns, que toute cette histoire est fausse, que saint Jean l'a forgée dans un temps où il n'y avait plus de témoins oculaires ni contemporains qui pussent le contredire ? Nous n'insisterons point sur le caractère personnel de saint Jean, sur son âge vénérable , sur le ton de candeur qui règne dans tous ses écrits, sur l'inutilité de cette fable pour établir l'Evangile. Mais comment un vieillard centenaire, un écrivain juif, auquel les incrédules n'ont jamais attribué des talents sublimes, a-t-il pu forger une narration si naturelle et si bien circonstanciée, où rien ne se dément, où tout contribue à persuader, s'il n'a pas été lui-même témoin oculaire du fait et de la manière dont il s'est passé ? Avec la critique la plus subtile et la plus maligne, les incrédules n'ont pu y découvrir aucune marque d'imposture. Il est faux qu'alors il n'y eût plus de témoins oculaires. Quadratus, disciple des apôtres , atteste que plusieurs personnes, guéries ou ressuscitées par Jésus-Clirist , avaient vécu jusqu'au temps auquel il écrivait ; c'était sous Adrien, vers l'an 120, par conséquent assez longtemps après la mort de saint Jean (Kusèbe, Hist., 1. iv, cap. 3). Cet évangéliste était donc environné , soit de témoins oculaires ou contemporains, soit de gens qui avaient pu apprendre la vérité de leur bouche.

La résu rection de Lazare n'était point un fait obscur que saint Jean pût forger sans conséquence : il fait remarquer que ce prodige avait fait du bruit dans la Judée ; que, d'un coté , il augmenta le nombre des partisans de Jésus ; que, de l'autre, il aigrit ses ennemis , et leur tit prendre la résolution de le met're à mort. 11 n'était donc pas possible de le publier à faux, sans s'exposer à être contredit, et cette imprudence aurait été d'autant plus grossière que les autres évangélistes n'en avaient pas parlé. 11 faudrait donc toujours supposer (pie sailli Jean a été, d'un côté, un fourbe très-adroit, capable de forger la narration la [il us propre a en imposer ; de l'autre, un imposteur stupide , qui n'a pas vu le danger auquel il s'exposait de nuire à la cause en voulant la servir. Mais le silence des autres évangélistes est justement ce qui inspire des soupçons à d'autres critiques. Il est évident, disent-ils, qu'en fait de résurrections, ces historiens sont allés en augmentant , et ont voulu enchérir les uns sur les autres : sai t Matthieu et saint .Marc n'avaient parlé que île la résurrection de la tille de Jaire, qui venait seulement d'expirer; saint Luc y ajoute le (ils de la veuve de Naïm que l'on portait en terre; cela était plus admirable : saint Jean, pour amplitier, raconte la résurrection de Lazare, mort depuis quatre jours, enterré et déjà infect. Cette progression de

i.az sa

merveilleux sent la fable et le dessein d'en imposer. Aucun écrivain juif n'a parlé de ce miracle, et il n'en est fait mention dans aucun monument public.

Nous soutenons qu'il n'est pas vrai que saint Jean cherche à augmenter le merveilleux des miracles de Jésus-Christ, puisqu'il a passé sous silence non-seulement les deux premières résurrections rapportées par les autres évangélistes , mais encore la transfiguration de Jésus-Christ, de laquelle il avait été témoin oculaire. Ce prodige était pour le moins aussi capable d'exciter l'admiration que la lésurrection de Lazare. En lisant son Évangile, on voit que son dessein était principalement de rapporter les discours et les actions de Jésus-^Christ dont il n'était pas fait mention dans les autres évangélistes ; c'est pour cela qu'il est le seul qui raconte le miracle des noces de Cana. Mais il déclare à la fin de son Evangile que Jésus a fait beaucoup d'autres miracles qu'il ne rapporte point ; et le récit de Quadratus prouve qu'en effet Jésus avait encore ressuscité d'autres morts que ceux dont parlent les évangélistes. Il est évident qu'aucun des quatre ne s'est proposé de faire une histoire complète des miracles, des discours, des actions de Jésus-Christ ; les trois premiers n'ont presque rien dit de ce qu'il a fait depuis la fête des Tabernacles, au mois d'octobre, jusqu'à la p;\que suivante, et c'est dans cet intervalle de temps qu'il ressuscita Lazare.

Dans los Sephcr Tholdoth Jesu , les Juifs ont avoué qu il a ressuscité des morts ; n'est-ce pas assez que cet aveu général de leur part. C'est une absurdité d'exiger qu'ils aient écrit ces miracles en détail ; par la ils auraient rendu leur incrédulité | lus inexcusable, et se seraient couverts d'ignominie. Mais les ennemis du christianisme ne craignent point de se rendre aussi ridicules que les Juifs; parce que l'historien Josèphe leur semble avoir parlé trop clairement des miracles et de la résurrection de Jésus- Christ , ils rejettent son témoignage comme supposé; cet aveu, disent-ils, est trop formel pour un Juif: lorsqu'on leur on allègue d'à ut es qui ne sont pas aussi exprès , ils n'en font point de cas ; ils disent : Cela n'est pas assez formel. Comment fauurait-il donc que les aveux des Juifs fussent conçus pour les convaincre ? 11 aurait fallu , disent-ils , que les Juifs, prétendus témoins de la résurrection, eussent vu Lazare malade, mort, embaumé, qu'ils eussent senti l'odeur de sa corruption, enfin qu'ils eussent conversé avec lui depuis sa sortie du tombeau. Qui leur a dit que cela n'est pas arrivé ? L'Evangile nous donne lieu de présumer tout ce qu'ils exigent. En effet, les Juifs, venus de Jérus déni à Béthanie pour consoler arthe et Marie, étaient les amis de Lazare ; ils l'avaient donc vu malade, et ils avaient assisté à ses funérailles , puisque Béthanie n'était qu'à une demi-] eue de Jérusalem. Lorsque Jésus fit ouvrir le tombeau en leur présence, ils virent Lazare mort et embaumé; ils pu-

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rent donc respirer l'odeur de sa corruption. Ils le virent sortir du tombeau à la voix de Jésus, et ils purent converser arec lui à ce moment môme : quelques-uns d'entre eux allèrent raconter aux chefs de la nation ces faits dont ils avaient été te' moins.

Quand nous aurions leur propre témoignage par écrit , de quoi nous servirait-il contre les incrédules? Ou ces témoins ont cru eii Jésus-Christ, ou ils n'y ont pas cru: s'ils y ont cru , leur témoignage devient suspect comme celui des apôtres , qui sont eux-mêmes des juifs convertis; s'ils n'y ont pas cru, l'argument ordinaire des incrédules reviendra sur la scène : il est impossible , diront nos adversaires , que des hommes raisonnables aient vu un pareil miracle sans croire en Jésus-Christ. Déjà ils nous opposent ce raisonnemen : si ce miracle , disent-ils, eût été incontestable, il n'est pas possible que les Juifs eussent poussé la rage jusqu'à vouloir mettre à mort Lazare aussi bien que Jésus, afin d'arrêter les suites de ce prodige ; il est plus naturel de croire qu'ils les reconnurent tous deux coupables d'imposture.

Tel est l'entêtement de nos adversaires ; ils aiment mieux penser que Jésus, ses disciples, Lazare, ses sœurs, ses domestiques, ses amis, ont été tous à la fois des fourbes et des insensés , qui trompaient sans motif et au péril de leur vie, que d'avouer que les Juifs étaient des forcenés. Mais ils sont peints comme tels par Josèphe lui-même ; la conduite qu'ils ont tenue après la résurrection de Jésus-Christ le démontre, et depuis dixsept cents ans leur postérité porte encore ce caractère. La conduite de Jésus et de ses disciples est-elle marquée au même coin ? L'opiniAtreté même des incrédules nous fait voir jusqu'où les Juifs ont pu la pousser , et ce que produit la passion sur les esprits qui s'y sont une fois livrés.

LAZARISTES. C'est le nom que l'on donne vulgairement aux prêtres de la congrégation de la Mission, parce qu'ils occupent a Paris li maison de Saint-Lazare. Cette congrégation a été instituée par saint Vincent de Paul, en 1617, et confirmée parles papes Alexandre VU et Clément X. Leur destination est de travailler a l'instruction des peuples de la campagne et à l'administration des paroisses, de former les jeunes ecclésiastiques aux fonctions de leur état , de faire des missions dans les pays infidèles, de s'eraplo.er au secours et au rachat des esclaves sur les cotes de Barbarie. L'utilité de leurs travaux a fait promptement multiplier cet institut dans les divers élats de l'Europe; ils sont actuellement chargés des missions que les jésuites avaient établies dans les échelles du Levant , ainsi qu'à Pékin et à Goa.

LEÇON, manière de lire. Dans la Bible, dans les écrits des Pères et des auteurs ecclésiastiques, les différentes leçons ou variantes sont les termes différents dans lesquels le texte d'un même auteur est rendu dans les différents inanuscriis anciens : cette

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diversité vient pour l'ordinaire de l'altération que le temps y a causée , ou de l'inattention des copistes.

Les versions de l'Ecriture portent souvent des leçons différentes du texte hébreu, et les divers manuscrits de ces versions présentent souvent des leçons différentes entre elles. La grande affaire des critiques et des éditeurs est de déterminer laquelle de plusieurs leçons est la meilleure ; ce qui se fait en confrontant les différentes leçons de plusieurs manuscrits ou imprimés, et en préférant celle qui fait un sens plus conforme à ce qu'il paraît que l'auteur a voulu dire, ou qui se trouve clans les manuscrits ou les imprimés les plus corrects. Voy. Variantes.

Leçon, ce qui doit être lu. En termes de bréviaire, ce sont des morceaux détachés, soit de l'Ecriture sainte, soitdes Pères, ou des auteurs ecclésiastiques, qu'on lit à matines. 11 y a des matines à neuf leçons, d'autres à trois leçons: les capitules sont des leçons abrégées. On appelle aussi leçons de théologie, ce qu'un professeur de cette science enseigne à ses écoliers, et chaque séance qu'il emploie à cette fonction. Entin, îeçon signifie quelquefois instruction ; dans ce sens , nous dsons que l'Evangile nous donne d'excellentes leçons.

LECTEUR , clerc revêtu de l'un des quatre ordres mineurs. Les lecteurs étaient anciennement de jeunes enfants que l'on élevait pour les faire entrer dans le clergé ; ils servaient de secrétaires aux évêques et aux prêtres, et s'instruisaient ainsi en lisant et en éc ivant sous eux; conséquemment on choisissait ceux qui paraissaient les plus propres à l'étude, et qui pouvaient être dans la suite élevés au sacerdoce : plusieurs cependant demeuraient lecteurs toute leur vie. La plupart des savants pensent que la fonction des lecteurs n'a été établie qu'au m* siècle, et que Tertullien est le premier qui en ait parlé. Pour prouver que cet ordre est plus ancien, le père Ménard a cité la lettre de saint Ignace aux fidèles d'Antioche, c. 12. Mais cette lettre est supposée. La fonction des lecteurs a toujours été nécessaire dans l'Eglise, puisque l'on y a toujours lu les Ecritures de l'Ancien et'du Nouveau Testament, soit à la messe, soit à l'office de la nuit. On y lisait aussi les actes des martyrs, les lettres des autres évêques , ensuite les homélies des Pères , comme on le fait encore ; il était naturel de préférer pour cette fonction des hommes qui avaient une voix plus sonore, un organe plus agréable, une prononciation plus nette que les autres. Biiïgham, Orig. ecclés , I. m, c. 5, tom. If, pag. 29, observe que dans l'Eglise d'Alexandrie l'on permettait aux laïques, même aux catéchumènes, de lire l'Ecriture sainte en public, mais qu'il ne paraît pas que cette permission ait eu lieu dans les autres Eglises; il pense que tantôt les diacres, tantôt les prêtres, et quelquefois les évêques, s'acquittaient de ('elle fonction : cela peut être; mais il n'est pas prouvé qu'elle ait été

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interdite à ceui des laïques qui en étaient capables.

Les lecteurs étaient chargés de la garde des livres sacrés , ce qui les exposait beaucoup à être inquiétés pendant les persécutions. La formule de leur ordination marque qu'ils doivent lire pour celui qui prêche, chanter les leçons, bénir le pain et les fruits nouveaux. L'évêque les exhorte à lire fidèlement et à pratiquer ce qu'ils lisent, et lus met au rang de ceux q <i administrent la parole d<e Dieu. Comme il leur appartenait île lire l'épîîre et l'évangile, saint Cyprien jugeait que cette fonction ne convenait mieux à personne qu'aux confesseurs qui ■avaient soutfert pour la foi (Epist. 33 et 3»), puisqu'ils avaient confirmé par leur exemple les vérités qu'ils lisaient au peuple.

Dans l'Eglise grecque, les lecteurs étaient ordonnés par l'imposition des mains, mais celte cérémonien'avat pas lieu pour eux dans l'Eglise latine. Le quatrième concile de Cartilage ordonne que l'évêque mettra la Bible «uilre les mains du lecteur en présence du peuple , en lui disant : Recevez ce livre, et soyez lecteur de la parole de Dieu ; si vous remplissez fidèlement votre emploi, vous aurez part avec ceux qui administrent la parole de Dieu. Voy. le Sacrant, de S. Gre'g., p. 233, et les Notes du P. Me'nard, pag. 27k et suiv.

Les personnes de la plus haute considération se faisaient honneur de remplir cette fonction, témoin l'empereur Julien et son frère Ga'ius qui pendant leur jeunesse, furent ordonnés lecteurs dans l'église de Nicoinédie. Par la novelle 123 de Jusiinien, il fut défendu de prendre pour lecteurs des jeunes gens au-dessous do dix-huit ans; mais avant ce règlement l'on avait vu cet emploi rempli par des enfants de sept à huit ans, que leur parents destinaient de bonne heure à l'Eglise, afin que par une étude continuelle ils se rendissent capables des fonctions les plus difficiles du saint ministère.

Il paraît, par le concile de Chalcédoine, qu'il y avait dans quelques églises un archilecteur, comme il y a eu un archiacolyte, un archidiacre, un archiprètre, etc. Le septième concile général permet aux abbés qui sont prêtres et qui ont été bénis par l'évêque , d'imposer les mains h quelques-uns de leurs religieux pour 1 s faire lecteurs.

LECT1CA1KES, clercs qui dans l'Eglise

grecque é. aient chargés de porter les corps

morts sur un brancard nommé lectum ou lec-

Jica, et de les enterrer; on les nommait

aussi copiâtes et doyens. Voy. Funérailles.

* LECTURE DE L'ÉCRITURE SAINTE. Il s'est «'•levé entre les catholiques et les protestants une grande controverse sur la nécessite cl l'utilité de la lecture de l'Ecriture sainte.

Observons, avant d'entrer en matière, que nous ne prétendons pas mettre en question s'il est mile aux pasteurs de lire et d'étudier profondément l'Ecriture sainte; personne ne peut en douter, surtout, que maintenant nos livres saints sont l'objet de tant de violentes attaques. Il ne s'agit donc que des simples lidèles, et c'est d'eux seuls que l'on demande si la 1,'clure de l'Ecriture sainte leur est nécessaire ou si l'on peut même dire qu'elle leur soit toujours utile.

Les protestants prétendent que cette lecture est nécessaire à tous les fidèles, et celte doctrine est étroite lient liée a leur principe de l'examen privé, puisque si l'on refuse de former sa loi sur celle de l'E0'lise , il devient nécessaire à chaque particulier de la forme* par le témoignage de l'Esprit saint qui l'éclairé dans la lecture des livres saints , et lui donne l'intelligence au moins des articles fondamentaux. Une conséquence nécessaire de celle opinion est qu'aucune autorité ne peut interdire à qui que ce soit la lecture des livres saints ; mais que l'on doit au contraire faciliter à chacun les moyens de les lire en lts traduisant en langue vulgaire, et en les répandant parmi le peuple. Les protestants d'aujourd'hui mettent ce système en pratique pour rétablissement des sociétés bibliques destinées à répaudre avec profusion l'Ecriture sainte en langue vulgaire. Nous dirons un mot de ces sociétés qui se sont introduites même chez les catholiques.

Celle doctr.ne des protestants a été adoptée par le Père Qucsncl et par les jansénistes, qui ont enseigné que la lecture de l'Ecriture sainte était nécessaire en tout temps et en tout lieu et à toute sorte de personnes, et que l'interdire à quelqu'un, c'était lui l'aire souffrir une sorte d'excommunication. Co sentiment du Père Quesnel a été condamné dans la constitution (Jniçienilus ( Voy. les propositions 79, 80, 81, 8:2, 83, 8i, 85). Voici deux de ces propositions condamnées dans le Père Quesnel : Leeiio sicrœ Seriplurœ est p>o omnibus.... Utile et ne m .rium et omni tempure, omni 'oco, est omni personnrum geieri siudere et coqnoscere spiritum, jietatem et m ,«teria Scr pLirœ sacroe.

Les théologiens calholiques enseignent que la lecture de l'Ecriture sainte, quelque utile qu'elle soit en elle-même, ne doit èire ni conseillée, ni interdite indistinctement à tout le monde , et qu'on ne peut prescrire à ce sujet sans avoir égard aux personnes, aux temps et aux lieux ; parce que cette lecture utile à ceux qui sont bien disposés , devient dangereuse pour certaines personnes , dans certaines circonstances, etc.

Nous établissons les assertions suivantes :

La lecture de l'Ecriture sainte n'est pas nécessaire à tous les fidèles, ni toujours utile ; car celte lecture ne pourrait être nécessaire, ou qu'autant qu'elle serait un moyen sans lequel on ne pourrait remplir les conditions essentielles au ^alut , ou qu'autant qu'il existerait une loi qui en (il un preeepîe ; necebiilale medt> a«l tucetsitate prucepti, comme disent les théologiens. Or la lecture de l'Ecriture sainte n'est nécessaire aux simples (idoles d'aucune de ces deux manières.

1° Il est certain qu'elle n'est pas nécessaire d'une nécessité de moyen ; en effet , si elle l'était , ce serait, comme l'ont dit les protestants, pour acquérir le.-, connaissances des articles ùe foi nécessaires au salut; ou cette lecture est nulle, car les fidèles peuvent, sans cette lecture, acquérir les connaissances nécessaires au salut, en écoutant les instructions de leurs pasteurs; donc, etc. De plus, on peut ciler, même dans la primitive Eglise , plusieurs exemples qui prouvent invinciblement que la lecture de l'Ecriture sainte n'ejt pas nécessaire aux fidèles, neceitsilate medii. C'est ainsi que saint Jean l'Evangélisîc forma, selon Eusèbe, un grand nombre de disciples sans le secours de l'Ecriture sainte. Saint (renée nous apprend que de son temps il y avait plusieurs nations qui avaient embrassé le christianisme sans le secours de l'Ecriture : q i sine uUume lo et litie- )is Ch'tslum pro.ilfbantur. Saint Alignant nous représente de même les solitaires de son temps. Il serait faede de citer un grand nombre de textes qui prouveraient que l'antiquité était loin de penser comme les protestants ; car si les apôtres eussent pensé que la lecture de l'Ecriture sainte eût été nécessaire de uéecasité de moyen, comment ne Pau-

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raient-ils pas fait traduire dans les tangues vulgaires ?

2° la lecture de l'Ecriture sainte n'est pas nécessaire, nécessitai* ptrcepli. En effet, i° on ne prouvera jamais qu'il y ait un précepte divin OU ecclesi astique, obligeant les simples lidèles à lire l'Ecriture sainte. 2" Il e-l absurde de croire qu'il y ait un précepte de faire une chose qui peut devenir nuisible ; or, ce précepte supposé pur les adversaires sera"! nuisible. Des les ton ps apostoliques, saint Pierre nous apprend qu'il y avait des esprits légers et ignorants, qui abusaient de l'épi tre de saint Paul et de L'Ecriture pour la perle de leurs âmes : qui iadactî ei iiisla Un depruv ni sicul et cecterax s riiituras ad main ip$<»u» perui um(ll Vetr. III, 1G).

D.uis les siècles postérieurs , les peuples n'ayant )*as conservé le respect envers les pasteurs, la lecture des livres saints devint fort dangereuse.

Une décréta le d'Innocent III, donnée en 1 100, nous apprend que la lecture que les laïques faisaient de L'Ecriture sainte produisait le p'us grand abus dans le diocèse de Metz, et donnait occasion de mépriser le clergé et de contredire les décisions de l'Eglise , sous prétexte qu'elles n'clab-m pas conformes a l'Ecriture. C'est aussi ce que faisaient les Vaudois qui parurent vers la même époque. Mais la réforme du xvi' si> cle mit le comble à ces abus, en répandant avec profusion des versions en langue vulgaire des livres saints ; ce qui causa la perversion d'un nombre infini de gens ignorants, qui, incapables de comprendre par eux-mêmes l'Écriture , s'imaginaient y trouver tout ce que les réformateurs voulaient leur faire voir. Tous ces faits prouvent «pie la lecture de l Ecriture sainte ne doit pas être permise indifféremment à toutes sortes de personnes, et qu'elle peut être très-dangereuse. Quels bons effets , par exemple, peut produire sur les gens simples la lecture du Cantique des cantiques, etc. Ne peut-on pas craindre qu'on abuse de quel p:e-i textes obscurs pour lomlier dans l'hérésie ? 11 est donc absurde de supposer quetous les lidèles soient obligés de lire l'Ecriture sainte ; ainsi, c'est avec raison que la doctrine de nos adversaires a été condamnée dans la 4e r< gle de ïindex et dans la bulle liutniniri gnfis.

La principale objection qu'on propose contre l'assertion précédente, se lire de plusieurs textes des SS. PP. que M. Dupin ra semble avec tant de complaisance, qu'on pourrait croire qu'il partage Terreur des jansénistes.

Pour répondra à tous ces textes, il suffit de remarquer la différence immense qui se trouve entre le temps où vivaient ces Pères et le notre. Les saints Pères parlaient a des personnes instruites, dociles, qui reconnaissaient la voix des pasteurs. La lecture de l'Ecriture sainte leur pouvait cire fort utile, tandis qu'elle serait fort nuisible à ceux auxquels le IVre Quesnel a appris que les premiers pasteurs persécutent la vérité. Au reste, il faut remarquer que l'Eglise n'a jamais défendu aux la ques la lecture des textes originaux et des anciennes versions. Si l'on demande pourquoi la même écriture peut être lue dans une langue et non dans une autre, nous répondrons que la lecture des textes et des anciennes versions suppose un lecteur instruit et par conséquent moins exposé à la perversion ; tandis que celle des versions en Langue vulgaire peut être faite par le premier ignorant venu. En France, il n'y a aucune défense de lire les versions en langue vulgaire faites par des auteurs catholiques, et qui ont l'approbation de l'ordinaire. Dans le pays où la Ac règle de Vlndev est reçue, il Tant de plus la permission de son confesseur ; et il est certain qti en France, et même les personnes peu instruites ne doivent pas faire cette» lecture sans la permission de eur confesseur, non en vertu de La i' règle de Vlidex qui n'est pas reçue chez nous, mais parce que le droit naturel défend une Lecture qui peut cire nuisible.

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D'après tout ce que, nous venons de dire, i! est facile de voir ce qu'on doit pense: des sociétés bibliques. Ces sociétés ont po.ir effet de répandie chez les i.ill'erents peuples des versions de l'Ecriture on langue vulgaire, et elles ont travaillé avec tant d'ardeur à remplir ce but, que (elle de Londres, la prin cipale de toutes, a distribué, depuis 1801, époque ('«• son établissement, jusqu'en 1817, 1,557,973 exemplaire* de l'Ecriture en différentes langues vulgaires. Un grand nombre d'autres sociétés se sont formées a l'instar de la société anglaise, et il y en a maintenant en Hollande, en Prusse, en Allemagne, en Pologne, en Suisse, et même à Paris. Il est facile «le juger de ces entreprises d'après les principes que nous venons d'établir : puisque l'Ecriture sainte n'est pas utile à tous, et qu'elle demande certaine» conditions pour être profitable, il s'ensuit qu'on ne doit pas la mettre indistinctement entre les mains de tous. Ce livre étant obscur demande de la foi et de la soumission ; autrement il occasionnera bien des erreurs et des extravagances : d'ailleurs, il doit être interprété d'après la tradition et non d'après le sens particulier de chacun, et par conséquent, il doit égarer la plupart de ceux entre les mains desquels la société biblique le met, puisque la plupart d'entre eux n'ont d'autre secours que leur sens privé pour interpréter l'Ecriture. C'est donc avec raison que Pic VII a désapprouvé ces établissements dans son bref adressé à l'archevêque de Gnesnes, primat de Pologne, ainsi que Léon XII , dans sa lettre enevcliquo rapportée dans l'Ami de a Religion du 2 juillet I82.'i. Plusieurs membres de l'Eglise anglicane se sont, même élevés contre ces sociétés. On peut voir leur témoignage dans l'ouvrage de M. YYeix, ministre an-, glican, qui les regarde comme tout à fait contraires aux vrais intérêts de l'Evangile.

LECTUKES DE BOYLE. Suite de discours publics fondés eu Angleterre par Robert" Boyle, en 1691, dans le dessein de prouverla religion chrétienne contre les inlidèles et les incrédules, et de répondre aux objections de ces derniers, sans entrer dans aucune *\cys controverses et des dispules qui divisent les chrétiens. Ces discours ont été recueillis en anglais par extraits en 3 vol. in-foL, et traduits en français sous le titre de Défense de la religion, tant naturelle que révélée, etc., en G vol. m-12.

11 est fâcheux, sans doute, qu'une pareille fondation ait été nécessaire en Angleterre, et que notre nation môme ait eu besoin do recevoir des remèdes contre la vapeur pestilentielle de l'incrédulité qui nous a été communiquée par les Anglais. Mais nous ne devons pas être moins reconnaissants envers, ceux qui ont travaillé à guérir cette maladio et à en arrêter les progrès. Si les incrédules français avaient été aussi exacts à lire ce qui a été écrit en faveur de la religion chez nos voisins , que ce qui a élé fait contre elle, ils auraient peut-être rougi de copier des impostures et des sophismes qui avaient élé complètement réfutés dans la langue môme dans laquelle ils avaient paru d'abord > et ils auraient été moins hardis à nous donner comme nouvelles des objections très-connues de tous les théologiens instruits..

Pour connaître les écrivains anglais qui ont attaqué la religion et ceux qui l'ont, défendue, il faut consulter l'ouvrage de Jean Lel tnd, intitulé : Vicws of the Deistical Wrilersy etc., ou Tableau des Ecrivains qui ont

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professé le déisme en Angleterre, en 3 vol. ift-8". Cet auteur donne une notice exacte de leurs livres, et de ceux que l'on a composés contre eux- il en fait l'extrait ; il expose les >rincioes et les paradoxes des incrédules, et es réfute sommairement. La plupart des réutations qu'il nous fait connaître ont été traduites en français; l'ouvrage même dont nous parlons l'aurait été , s'il y avait plus d'o. dre et de méthode ; mais il aurait besoin d'êtie entièrement refondu* Il faut que dans ce combat l'avantage soit demeuré aux apologistes du christianisme, puisque ses ennemis ont été réduits au silence et n'ont pas osé répliquer; ee n'est pas par crainte, puisque la liberté de la presse est très-observée en Angleterre ; c'est donc par impuissance. Il en sera de même de ceux qui ont parlé si haut parmi nous, et qui se sont fait une réputation en copiant servilement les Anglais ; leurs plagia's, mis au grand jour, snflisent déjà pour les couvrir d'opprobre. Voy. Incrédules.

LÉGENDAIRE, écrivain des légendes ou des vies des saints. Le premier légendaire grec que l'on connaît est Siméon Métaphraste, qui vivait au x' siècle, et le premier légendaire latin est Jacques de Varase, plus connu sous le nom de Jacques de Voraginc, qui mourut archevêque de Gènes, en 1298, âgé de 96 ans.

La vie des saints par Métaphraste, pour ehaque jour du mois et de l'année, n'est point une fiction de son cerveau, comme le prétendent quelques critiques mal instruits ; eet auteur avait sous les yeux des monuments qui ne subsistent plus; mais il ne s'est pas bornée on rapporter fidèlement les faits, il a voulu les broder et les embellir. On peut s'en convaincre, en comparant les actes originaux du martyre de saint Ignace et quelques autres avec la paraphrase que Métaphraste en a faite.

Jacques de Varase est arteur de la fameuse Légende dorée, qui fut reçu? avec tant d'applaudissement dans les siècles d'ignorance, et que la renaissance des lettres lit s uverainement dédaigner. Voy. ce qu'en pensent Mclchior Cano, dans ses Lieux théologiques, Wicélius et Raillet.

Les ouvrages de Métaphraste et de Varase ne pèchent pas seulement du côté de l'invention, de la critique et du discernement, mais ils sont remplis de contes puérils et ridicules; quelques autres écrivains les ont imités dans les bas siècles, et n'ont pas été plus judicieux. Quels qu'aient été leurs motifs, on ne peut pas les excuser; la religion n'approuve aucune espèce de mensonge; une piété fondée sur des fables ne peut pas être solide. Les Pères de l'Eglise ont formellement réprouvé toutes les fraudes pieuses, toutes les fictions forgées pour se conformer au mauvais goût des lec'eurs. Mais dans les siècles de ténèbres l'on ne lisait plus les Pères de l'Eglise, et l'on n'avait que trop oublié leurs leçons.

Quoique le mépris que l'on a eu pour les

''/rendaires dont nous parlons ait été tres-

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bien fondé, il a eu cependant des suites fâcheuses. A force de rejeter de fausses pièces, on a contracté le goût d'une critique chagrine et pointilleuse, hardie, mais souvent téméraire, qui a refusé toute croyance à des actes dont l'authenticité et la vérité ont été ensuite reconnues et prouvées. Les protestants surtout ont donné dans cet excès, et quelques-uns môme de nos écrivains no s'en sont pas assez préservés. Voy. Critique.

LÉGENDE, vie du martyr ou du saint dont on faisait l'office, ainsi nommée, parce qu'on devait la lire, legenda erat, dans les leçons de matines et dans le réfectoire d'une communauté.

Augustin Valério, évoque de Vérone et cardinal, qui fiorissait dans le siècle passé, a découvert l'une des sources d'où sont venues les fausses légendes. Dans son ouvrage intitulé, de Rlietorica ehristiana, traduit en français, et imprimé à Paris on 175S, in-12, il a remarqué que l'on avait continue dans les monastères d'exercer les jeunes religieux par des amplifications latines qu'on leur donnait à composer sur le martyre d'un saint ; ce travail leur laissait la liberté de faire agir et parler les tyrans et les saints persécutés, dans le goût et de la manière qui leur paraissait vraisemblable, et leur donnait lieu de composer sur ce sujet une espèce d'histoire remplie d'ornements de pure invention. Quoique ces sortes de pièces ne fussent pas d'un grand mérite, celles qui paraissaient les pi s ingénieuses et les mieux faites furent mises à part. Longtemps après, elles se sont trouvées avec les manuscrits dans les bibliothèques des monastères; et comme il était difti; ilo de distinguer ces jeux d'esprit d'avec de véritables histoires, on les a pris pour des actes authentiques, dignes de la croyance des fidèles. Cette source d'erreur, dans son origine, a été très-innocente. Il n'en est pas de môme de l'infidélité réfléchie de Siméon Métaphraste, qui, de propos délibéré, a rempli les vies des saints de plusieurs faits imaginaires et de circonstances romanesques; il ne peur avoir eu d'autres motifs que de se conformer au goût des grecs, pour le merveilleux vrai ou faux. Bellarmin dit nettement que Métaphraste a écrit quelquesunes de ses vies, non de la manière dont les choses ont été, mais telles qu'elles ont pu être.

Cette liberté d'embellir les faits s'était autrefois glissée jusque dans la traduction de quelques livres de l'Ecriture. Saint Jérôme, dans sa préface sur le livre d'Esther, nous apprend que la version vulgate de ce livre qui se lisait de son temps était remplie de ces sortes d'additions.

Mais l'Eglise n'oblige personne à croire tout ce qui est contenu dans les légendes; on retranche aujourd'hui des bréviaires tout ce qui peut paraître douteux ou suspect ; l'on a recherché avec le plus grand soin les titres et les monuments originaux et authentiques, afin de supprimer tout ce

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qu'un zèle mal entendu et une crédulité imprudente avaient fait adapter trop légèrement. Le travail immense et éclairé des bullandi.xt s a contribué beaucoup à cette sage réforme. Voy. Bollandistks.

LÉGION FULMINANTE. On lit dans Eusèbe, Uist. ecclés., I. v, c. 5, et dans d'au- Ires écrivains ecclésiastiques, (pie Marc- Aurèlc, dans une guerre contre les Quades qui habitaient au delà du Danube, se trouva tout à coup environné avec son armée par ces Barbares; que ses soldats, tourmentés de la soif, allaient succomber et auraient péri, s'il n'était survenu un orage qui fournit aux Romains de quoi se désaltérer, et lança la fondre sur l'armée ennemie. Ces mêmes auteurs «joutent que ce prodige fut r'elf t des prières des soldats chrétiens; que Marc-Aurèle l'attesta ainsi lui-môme dans une lettre qu'il écrivit au sénat: qu'en témoignage du fait il donna a la légion mélitine, composée de soldats chrétiens, le nom de légion fulminante ou foudroyante. Le même fait est rapporté, quant à la substance, non-seulement par saint Apollinaire, auteur contemporain, par Tertullien, par E 'sèbe, par saint Jérôme et par saint (îrégoire de Nvssc, écrivains chrétiens, mais } ar Dïo i Cas ius, par Jules Capitolin, parle >oete Claudien, et par ThémistiuS, auteurs •aiens. Il est attesté d'ailleurs par le bas-reief de la colonne d'Antonio qui subsiste encore, où l'on voit la ligure de Jupiter ] luvieux, qui d'un côté fait tombe* la pluie s r les soldats romains, et de l'autre lance la foudre sur leurs ennemis. Cet événement fut constamment regardé comme un miracle; mais au lieu que les chrétiens l'attribuèrent aux prières des sol 'ats de leur religion, les païens en tirent honneur, les uns à quelques magiciens qui étaient dans l'armée de Marc- Aurèle, les autres a ce prince lui-même, et a la protection que les dieux lui accordaient.

La question est de savoir ce qu'en a pensé cet empereur, et s'il a véritablement reconnu que c'était un effet de la prière des chrétiens qui étaient dans son armée. Or, Tertullien cite la lettre que Marc-Aurèle en écrivit au sénat, et la minière dont il en [tarie témoigne qu'il l'avait vue. Saint Jérôme, traduisant la chronique d'Eusèbe, dit positivement que cette lettre existait encore. Tertullien ajoute pour preuve la défense que tit ce prince, sous peine de mort, d'accuser les chrétiens, et de les tourmenter pour leur religion. 11 faut donc que dans cette lettre Marc-Anrèle leur ait attribué le prodige en question, autrement elle n'a;;rait servi de rien pour prouver que c'avait été un effet de leurs prières. Nous convenons que la lettre authentique et originale de cette empereur ne subsiste plus ; celle que l'on trouve à la suite de la première apologie de saint Justin, n. 74, est une pièce supposée; elle n'a été faite qu'après le règne de Justinien; niais, loin de rien prouver contre l'existence de la vraie lettre, elle la suppose plutôt : l'auteur qui l'a forgée a cru pouvoir suppléer

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de génie à celle qui était perdue; il a ru tort, el il a mal réussi : elle est évidemment différente de celle dont parlent Tcrtu.licu et saint Jérôme.

On objecte que le nom de légion fulminante avait été déjà donné, avant le règne de Marc- Aurèle, à la légion mélitine, ou du moins à une autre; cela peut être, quoique ce fait no soit pas trop bien prouvé : il s'ensuivrait seulement que l'empereur confirma ce nom à la légion mélitine, en témoignage du prodige dont nous parlons. C'est un événement certain, puisqu'il est rapporté par plusieurs auteurs contemporains qui avaient des intérêts et des opinions très-opposés, et qu'il est attesté par un monument érigé dans le temps môme. On ne peut pas soupçonner un empereur philosophe, tel que Marc-Aurèle, de l'avoir forgé, ou d'y avoir supposé un faux merveilleux ; toute son armée en avait été témoin et pouvait en juger. Est-ce le hasard qui a servi si à propos l'armée romaine ? Personne ne l'a imaginé pour lors^ Attribuer ce prodige à des magie ens ou aux dieux du paganisme, c'est une absurdité, il faut donc que les chrétiens aient été bien fondés à s'en faire honneur. Voy. Tillemont, Ilist. des Emp., tom. II, p. IWÔ et suiv.

Plusieurs savants critiques, surtout parmi les protestants, ont disputé pour savoir si cet événement a été miraculeux, ou si on doit l'attribuer aux causes naturelles. Daniel de Larroque, protestant converti, a fait une dissertation pour soutenir ce dernier sentiment; Hcrmau Witsus en a fait une autre pour le réfuter* Moyle, savant anglais, a été dans la même op nion que Larroque; Pierre King, chancelier d'Angleterre, a écrit contre lui. Mosheim a traduit en latin et comparé les lettres de ces deux auteurs, dans son ouvrage intitulé : Syntagma Dissert, ad sanctiores disciplinas pcr~ tinentium, p. 639, et il a donné le précis de cette dispute, Uist. christ., seec. 2, § t7. 11 embrasse le parti de Larroque et de Moyle, il conclut que la pluie mêlée de foudres, à laquelle l'armée de Marc-Aurèle dut son salut, fut un phénomène naturel, et il réfute les raisons pour lesquelles on a voulu prouver que c'avait été l'effet de la prière des soldats chrétiens. Il n'a fait que suivre la roule que Le Clerc lui avait tracée, Hist. ecclés., an. 11k, § 1 et suivants.

1° Il soutient, malgré le récit d'Apollinaire rapporté par Eusèbe, Hist. ecclc's., 1. v, c. 5, qu'il n'y eut jamais dans l'armée romaine une légion composée tout entière de chrétiens. Mais Apollinaire ne dit point que la légion fulminante ait été ainsi composée; son récit suppose seulement qu'elle était remarquable par le grand nombre de chrétiens qui s'y trouvaient; il n'en a pas fallu davantage pour lui attribuer principalement le prodige dont nous parlons, quoiqu'il y ait eu dans l'armée d'autres c'irétieus que ceux-là. — 2° 11 est faux, dit-il, que Marc- Aurèle ait attribué aux prières des chrétiens le prodige de sa délivrance, et qu'en témoignage de ce bienfait il ait donné à h

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légion mélitine le nom de légion fulminante ;

elfe portait ce nom Ion ,temps avant le règne de Marc-Aurèle; et ce prince, par la colonne antonine, a témoigné qu'il en était redevable à Jupiter pluvieux : une de ses médailles attribue ce prodige à Mercure. On peut répondre qu'en érigeant un monument public, cet empereur n'a pas pu se dispenser de le rendre conforme au préjugé du paganisme, quoiqu'il fût intérieurement convaincu que les prières des chrétiens étaient la véritable cause de ce qui était an ivé, et qu'il l'eût ainsi déclaré dans un rescrif. Quand il serait vrai que la religion mélitine était déjà nommée fulminante longtemps auparavant, il ne s'ensuivrait pas encore que c'est ce surnom qui a donné lieu de lui attribuer le prodige arrivé sous Marc-Aurèle. — 3" Il est probable, continue Mosheim, que Tertullien, en parlant des lettres de Marc- Aurèle, a voulu parler du rescrit d'Antonin le Pieux, père du précédent, aux communautés d'Asie, par lequel il défend de persécuter davantage les chrétiens. Nous soutenons, au contraire, qu'une bévue aussi grossière de la part de Tertullien n'est pas probable, puisqu'il nomme très-distinctement Marc-Aurèle, et que le rescrit de son père ne faisait aucune mention du prodige en question. — 4-° L'on dit que ces prétendues lettres de Marc-Aurèle, pour faire cesser la persécution, ne s'accordent pas avec l'événement, puisque les chrétiens soulfri rent beaucoup sous son règne, et que trois ans après le prodige prétendu, les tidèles de Lyon et de Vienne furent horriblement tourmentés. Il s'ensuit seulement que les ordres des empereurs à ce sujet étaient fort mal exécutés, que la plupart des orages excités contre les chrétiens venaient de la fureur du peuple et de la connivence des magistrats, plutôt que des ordres du prince; c'est de quoi saint Justin se plaignait dans sa seconde Apologie. On sait d'ailleurs que les Antonins manquèrent souvent de fermeté

Sour réprimer les désordres. — 5° Enfin, losheim observe qu'une pluie orageuse mêlée de foudres, survenue à propos, n'est pas un miracle, mais que les orateurs, les poètes, les écrivains chrétiens, par enthousiasme, ont ajouté à l'événement naturel des circonstances fabuleuses. Il nous parait que des foudres lancées contre les Barbares, et qui épargnent les Romains, ne sont pas un phénomène naturel. En prêtant l'enthousiasme, l'amour du merveilleux, le goût romanesque, à tous les écrivains, on peut introduire fort aisément le pyrrhonisme historique. Par celte méthode, les protestants ont appris aux incrédules à révoquer en doute et à nier tous les miracles rapportés par les auteurs sacrés.

LÉGION THEBAINE OU THÉBEENNE, nOlU

donné à une légion des armées romaines, qui refusa de sacrifier aux idoles, et souffrit le martyre sous les empereurs Dioclétien et Maximien, l'an de Jésus-Christ 302.

Maximien se trouvant à Octodurum, bourg des Alpes Cotticnnes, dans le Bas-Valais,

aujourd'hui nommé Martinaeh, voulut obliger son armée de sacrifier aux fausses divinités. Les soldats de la légion thébéenne> tous chrét ens, refusèrent de le faire : ils étaient pour lors à huit milles de là, dans le lieu nommé Agaunum, et que l'on appelle à présent Saint-Maurice, du nom du chef de cette légion. L'empereur ordonna de les décimer, sans qu'ils fissent aucune résistance. Un second ordre aussi rigoureux essuya de leur part le même refus; ainsi, ils se laissèrent massacrer sans se prévaloir de leur nombre et delà facilité qu'ils avaient de défendre leur vie à la pointe de leur épée. Incapables de trahir la fidélité qu'ils devaient à Dieu, ni celle qu'ils devaient à l'empereur, ils remportèrent tous la couronne du martyre, au nombre de six mille six cents.

La plupart de nos littérateurs modernes ont décidé que cette histoire est une fable, et c'a été l'opinion du plus célèbre incrédule de notre siècle. Il a copié les raisons par lesquelles Dubourdieu a combattu ce fait dans une dissertation à ce sujet, et celui-ci a répété ce qu'avait dit Dodwel dans sa dissertation de Paucitate Martyrum : on peut y joindre Spanheim, Lesueur, Hottinger, Moyle, Burnet, Mosheim, Basnage, de Bochat, Sprcng et d'autres critiques protestants.

Hickes, savant anglais, a réfuté Burnet. Dom Joseph de l'Jsle, bénédictin, abbé de Saint-Léopold de Nancy, a écrit contre Dubourdieu, et a soutenu la vérité du martyre de la légion thébéenne, en 1737 et 174-1. Mosheim, un peu moins prévenu que les autres protestants, convient de la bonté de l'ouvrage de ce religieux, et avoue que la plupart des arguments de ses adversaires ne sont pas sans réplique, Hist. Christ., sœc. 3, § 22, 564 ; il se borne à douter de la vérité de cette histoire, pour deux raisons. La première est le silence de Lactance dans son livre de la Mort des Persécuteurs, où il rapporte les cruautés de Maximien, sans faire mention du massacre de la légion thébéenne. Mais si l'on examine avec soin la narration de Lactance, on verra qu'il ne s'est occupé que de ce qui s'est passé dans l'Orient, et de la grande persécution qui commença l'an 303. La seconde raison de Mosheim est qu'il y eut, dans ce même temps, un Maurice, tribun militaire, martyrisé dans la ville d'Apamée en Syrie, avec 70 soldats, par ordre de Maximien : Théodoret en fait mention dans sa Thérap.,\. 8. Il n'est pas possible, dit-il, de supposer que les Grecs ont emprunté les martyrs d'Agaune pour les transporter dans l'Orient; il est plus probable qu'un prêtre ou un moine d'Agaune aura voulu adapter à son église ou à son monastère la légende des martyrs d'Apamée Mais nous allons voir ce soupçon pleinement réfuté par des faits et des monuments incontestables.

En effet, M. de Rivaz, savant né dans le Valais, a démontré que tous ces écrivains protestants étaient fort mal instruits. Dans un ouvrage intitulé : Eclaircissement sur le

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martyre de la légion thébéenne, imprimé h Paris en 1779, il a prouvé la vérité de ce martyre avec une érudition et une solidité qui peuvent servir de modèle dans ces sortes de discussions. Son travail fermerait désormais la bouche à nos critiques plagiaires des protestants, s'ils cherchaient de bonne foi les lumières dont ils ont besoin. — Jl démontre 1° l'auth. nticité des ados de ce martyre, écrits par saint Euchcr, évoque de Lyon, l'an W2, et fait voir que ce saint évoque, dont les talents sont connus par ses écrits, était très-bien informé. Il prouve que le culte des martyrs thébéens a commencé dans l'église d'Àgaune ou de Saint-Maurice, qui est l'ancien Tornade, dès l'an 351, par conséquent sous les yeux des témoins oculaires, 49 ans après l'événement. AIofs les saints martyrs étaient encore amoncelés sur le lieu môme où ils avai nt été massacrés. — 2° M. de Riva^ montre l'harmonie parfaite qui règne entre ces mêmes actes et les monuments de l'histoire profane. Ce travail, qu'aucun critique n'avait encore entrepris, fa t tomber la plupart des objections. 11 répond à toutes celles que l'on a faites, et prévient même celles que l'on pourrait faire. — 3° il donne les fastes exacts du règne des empereurs Dioclétien et Maximien, conciliés avec tous les monuments, surtout avec la date de leurs lois : il éclaircit ainsi la géographie et la chronologie, et cette exactitude répand un jour infini sur l'histoire de ce temps-là.

Contre ces preuves positives et incontestables, qui se prêtent un appui mutuel, de quel poids peuvent être les conjectures frivoles et toujours fausses des protestants et de leurs copistes ? Ceux-ci ont tous affecté de confondre les actes authentiques écrits par saint Eucher, l'an 4.32 au plus tard, avec la légende composée par un moine d'Agaune, l'an 524. Celui-ci a copié en partie l'écrit de saint Eucher, mais il l'a amplifié, selon la coutume des anciens légendaires ; les objections qui portent contre sa narration n'ont aucune force contre les actes composés par saint Eucher. C'est ce moine, et non l'évêque de Lyon, qui parle de saint Sigismond, mort l'an 523 ; ainsi les prétendues fautes de chronologie que l'on croyait voir dans ces actes sont absolument nulles.

11 est donc faux que les premiers auteurs qui ont parlé des martyrs thébéens, soient Grégoire de Tours et Venance Fortunat, sur la tin du vic siècle. 11 est prouvé, par des faits incontestables, que le culte de ces saints martyrs était répandu dans toutes les Gaules avant la fin du iv' siècle, par conséquent avant qu'il se fût écoulé cent ans depuis leur martyre, et il avait commencé sur le lieu même près de cinquante ans plus tôt. 11 est encore plus faux qu'il n'y ait eu dans les armées de l'empire aucune légion thébéenne, comme a osé l'avancer le célèbre incrédule dout nous avons parlé : il y en avait cinq de ce nom, selon la notice de l'empire; et M. de Riva^ distingue très-

clairement celle dont il est ici question. II pousse l'exactitude jusqu'à suivre, jour par jour, la marche de l'armée de Maximien, et montre que le massacre a dû se faire le 22 septembre de l'an 302.

Cet ouvrage qui satisfait pleinement la curiosité de tout lecteur non prévenu, fait voir la dill'érence qu'il y a entre une critique sage, an inée par le désir de connaître la vérité, et celle qui n'a pour guide qu'une aveugle prévention contre les dogmes et les pratiques de l'Eglise romaine. Le culte des mart, rs d'Agiune, établi quarante-neuf ans après leur mort, et bientôt répandu partout, est un monument contre lequel l'hérésie nil'incré lui, té ne peuvent rien opposer de raisonnable. Le ivc siècle a-t-il été un temps d'ignorance, de ténèbres, de susperstitions et d'erreurs? C'est celui dans lequel ont brillé les plus grandes lumières de l'Eglise. Avaiton conjuré dès lors d'altérer la foi, la doctrine, le culte, les pratiques enseignées par les apôtres? En Orient comme en Occident, Ton avait pour maxime qu'il ne faut rien innover, mais suivre exactement la tradition : nihil innovetur, nisi quod traditum est. 11 serait singulier qu'avec cette règle enseignée parles pasteurs, et suivie par les fidèles, la croyance de l'Eglise primitive eût pu changer. Vog. Martyrs.

LÉGISLATEUR. La religion, en général, est-elle un effet tic la politique des législateurs? est-ce un frein qu'ils ont imaginé pour retenir les peuples sous le joug des lois, et qui n'existerait pas sais eux? C'est l'opinion que soutiennent quelques incrédules ; il n'est pas besoin de réflexions profondes pour démontrer la fausseté de cette supposition. «

L'on a tromé des vestiges de religion et un culte plus ou moins grossier chez des nations sauvages qui n'avaient jamais eu de législateurs, et qui ne connaissaient aucune loi civile. Les premières idées de la Divinité ne viennent donc pas de ceux qui ont fondé les Etats et les républiques, mais de l'instinct de la nature ; or, tout homme qui connaît un Dieu, sent la nécessité de lui rendre un culte; jamais une peuplade ou une famille n'a eu la notion d'un Dieu, sans en tirer cette conséquence : les premières idées de la religion sont donc antérieures à toutes les lois.

Tous les peuples qui ont reçu des lois ont conservé le souvenir de celui qui les leur a uonnées : les Chinois citent Fo-Hi; les Indiens, Bramah; les Egyptiens, Menés; les Perses, Zoroastre ; les Grecs, Minos et Cé*cro(s; les Romains, Numa ; les Scandinaves, Odin; les Péruviens, Manco-Capac, etc. Yat-il un seul de ces peuples qui atteste que celui qui a réuni les premières familles en corps de nalion et de société civile, leur a donné aussi les premières notions de la Divinité, et qu'avant cette époque, elles n'adoraient ni ne connaissaient aucun Dieu? Une peuplade d'athées stupides serait un vrai troupeau d'animaux à deux pieds : nous voudrions savoir comment s'y prendrait un

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