‹ Œuvres completes de Bergier (volume 3)Chapitre 30 sur 228 · I.EO · texte numérisé non relu

I.EO

législateur pour lui donner , dans cet état , des lois et une forme de religion.

Les législateurs ont fondé les lois, nonseulement sur la notion d'un Dieu et d'une providence* mais encore sur les sentiments de bienveillance mutuelle que la nature a donnés aux hommes, sur l'attachement qu'ils contractent dès l'enfance pour leur famille et pour le sol surlequelils sont nés,, sur le désir de la louange et la crainte du blâme, sur l'amour du bonheur; mais ces sentiments existaient avant eux, ils n'en sont pas les créateurs, et s'ils n'avaient pas trouvé les hommes ainsi disposés par la nature, jamais ils n'auraient pu réussir à les tirer de la barbarie. On ne peut | as plus attribuer aux législateurs les premiers principes de religion, que les autres penchants naturels dont nous venons de parler. Pour se faire écouter, la plupart ont été obligés do feindre qu'ils étaient inspirés, instruits et envoyés par la Divinité ; un peuple , qui ne connaîtrait point de Dieu, ajouterait-il foi à une mission divine ? Nous ne voyons pas, d'ailleurs, quel avantage les incrédules peuvent tirer de leur fausse suppos tion. Tous les législateurs, dans les différentes cintrées de l'univers, ont unanimement jugé que la religion est non-seulement uti'e, mais nécessaire aux hommes ; que, sans elle, il n'est pas possible d'établir ni de faire observer des lois : donc c'est la nature, la raison, le bon sens, qui leur ont donné à tous cette persuasion. A-t-il été plus difficile a la nature de mettre cette opinion dans l'esprit de tous les hommes, que de l'inspirer à tous les législateurs?

Mais ce n'est j as sur des spéculations qu'il faut se fonder pour savoir quol'e a été la première origine de la religion ; l'histoire sainte, plus croyable que les philosophes, nous atteste que Dieu n'a pas laissé aux hommes le soin de se faire une religion ; il l'a enseignée lui-môme à notre premier père, pour que celui-ci la transmit a ses enfants. Dieu a été le premier instituteur aussi bien que le premier législateur du genre humain; il a gravé dans les cœurs les sentiments religieux, en même temps que les principes d'équité, de reconnaissance et d'humanité, et il a daigné y ajouter une révélation positive de ce que l'homme devait croire et pratiquer. Une preuve démonstrative de ce l'ait est la comparaison que nous faisons entre la religion des patriarches et toutes celles qui ont été établies par les législateurs des nations. La première montre la divinité de son origine par la vérité de ses dogmes, par la sainteté de sa morale, par la pureté de son culte ; au lieu que nous voyons dans toutes les autres l'empreinte des erreurs et des passions humaines. Voy. Religion naturelle.

Si, dans l'origine, la religion était l'ouvrage des réflexions, do l'étude, de la politique des législateurs, elle aurait suivi, sans Joute, la marche des autres connaissances humaines ; elle serait devenue meilleure et ;>lus pure, à tuesuro que Les peuples ont fait

des progrès dans les sciences, dans les arts, dans la législation ; le contraire est arrivé : les nations qui ont paru les mieux civilisées, les Egyptiens, les Indiens, les Chinois, les Chaldéens, les Grecs et les Romains , n'ont pas eu une religion plus sensée ni plus parfaite que les Sauvages; tous ont donné dans le polythéisme et dans l'idolâtrie la plus grossière. Leurs législateurs n'ont pas osé y loucher ; s'ils en ont réglé la forme extérieure, ils ont laissé le fond tel qu'il était;: et lorsque les philosophes sont survenus, ils n'ont eu ni assez de capacité ni assez de pouvoir pour réformer des erreurs déjà invétérées ; ils ont été d'avis qu'il fallait suivre la religion établie par les lois, quelque absurde qu'elle pût être.

Enfin, quand on adopierait pour un moment la fausse spéculation des incrédules, il n'y aurait encore rien à gagner pour eux. Les législateurs ont été incontestablement les plus sages de tous les hommes, les bienfaiteurs et les amis do l'humanité ; tous ont jugé que la religion est d'une nécessité indispensable pour fonder les lois et la société civile. Aujourd'hui quelques dissertaleurs,. qui n'ont rien fait, rien établi, rien observé d'après nature, prétendent mieux voir et mieux penser que tous les sages de l'univers ;. ils soutiennent que la religion est une institution pernicieuse, et le plus funeste présent que l'on ait pu faire aux hommes. Qu'ils commencent par fonder un Etat, une république , un gouvernement sa:;s religion,, nous pourrons croire alors que cell"-ci ne sert à rien. Il y a plus de seize cents ans que Plutarque, dans son traité contre Colotès^ se moquait déjà de cet entêtement des ép curions.

L'absurdité de la supposition quo nous venons de détruire a forcé la plupart des incrédules de recourir à une hypothèse directement opposée, à prétendre que les premières notions de religion sont nées de l'ignorance et de la stupidité des peuples, encore barbares. C'est avouer clairement la vérité que nous soutenons, savoir, que la religion est un sentiment naturel à l'homme, puisqu'il se trouve dans ceux même qui sont les moins capables de réflexi n. S'ensuitil de l'a que c'est un sentiment faux et mal fondé? Il s'ensuit plutôt que les incrédules, qui voudraient le détruire, luttent contre la nature et contre les premières notions du bon sens. Voy. Religion.

A l'article Loi, nous prouverons qu'il est impossible de s'en former une idée juste, ni de lui donner aucune force, à moins que Ton ne commence par supposer un Dieu souverain législateur.

LÉON (saint ), pape et docteur de l'Eglise, mort l'an 461, a mérité le surnom de grand par ses talents et par ses vertus. Il nous reste de luiquatre-vin^t-sci/e sermons et cent quarante et une letties; on ne doute plus qu'il ne soit aussil'auteur des deux livres De la vocation des gentils. La meilleure édition de ses ouvrages est celle qu'a donnée le père Qucsncl , en 2 vol. in-'V, imprimée

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