‹ Œuvres completes de Bergier (volume 3)Chapitre 32 sur 228 · LET · texte numérisé non relu

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les richesses de l'univers ; aucun des objets qui excitent la cupidité des hommes ne mérite de lui être comparé. Ce trésor prolonge la vie, rend l'homme véritablement riche et le couvre do gloire, lui fait couler ses jours dans l'innocence et dans la paix. C'est l'arbre de vie pour ceux qui le possèdent, et la source du vrai bonheur. » (Pràv., c. ni, v. 13.) Nous doutons qu'aucun auteur profane ait fait de la philosophie un éloge plus pompeux. Il est répété cent fois dans le livre de la Sagesse et dans l'Ecclésiastique ; c'est une exhor ation continuelle à l'étude.

Mais ces écrivains sacrés ont grand soin de nous avertir que la sagesse est aussi un don du ciel. Si l'Eccl^siaste, c i et n, semble faire peu de cas de l'étude et des connaissances humaines, c'est qu'il ne consi lérait que l'abus qu'en font la plupart de ceux qui les ont acquises. « Les savants qui enseignent la vertu aux hommes, dit le prophète Daniel, brilleront comme la lumière du ciel, leur gloire sera éternelle comme l'éclat des astres. » (Cap. xii, v. 3.) Lui-même, par ses connaissances, mérita la faveur et laconfiance des rois de Babylone, et servit utilement sa nation.

Jésus-Christ dit que, dans le royaume des cieux ou dans son Eglise, un docteur savant ressemble à un père de famille qui distribue à ses enfants les trésors qu'il a < u soin d'amasser [Matth. , c. xm, 52). Lorsqu'il a choisi des ignorants pour prêcher sa doctrine, il a voulu démontrer qu'il n'avait besoin d'aucun secours humain ; il leur a promis une lumière surnaturelle et les dons du Saint-Esprit. Lui-môme étonnait les Juifs par la sagesse de ses leçons, quoiqu'il n"eût fait aucune étude (Joan., cap. vu, 15).

Lorsque saint Paul a déprimé la philosophie et les sciences des Grecs, il a montré l'abus qu'en avaient fait leurs philosophes; il a révélé le dessein qu'avait la Providence en se servant de quelques hommes sans lettres pour confondre les faux sages : mais lorsque quelques-uns voulurent déprimer le mérite de ses discours, il leur fit observer que, s'il dédaignait les agréments du lan ;age, il n'était pas pour cela un ignorant (// Cor., c. xi, 6). Il exige qu'un évêque ait le talent d'enseigner, et il exhorte Timothée, son disciple, à lire et à étudier, aussi bien qu'à instruire (ITim., c. v, v. 2, 13, 16). Ainsi, le christianisme, loin de détourner ses sectateurs de la culture des lettres et des sciences, leur fournissait un nouveau motif de s'y appliquer, savoir, la nécessité de réfuter les philosophes et le désir de les convenir. Dès le ir siècle, saint Justin, Tatien, Athénagore, Hermias, et d'autres écrivains chrétiens , dont plusieurs ouvrages sont perdus ; au ih% saint Clément d'Alexandrie, Origène et ses disciples montrèrent dans leurs écrits les connaissances les plus étendues en fait de philosophie et d'histoire ; ils remplacèrent dans l'école d'Alexandre Panta-nns et Ammonius Saccas, et la rendirent Célèbre par l'éclat de leurs leçons. Au iv,

saint Athanase , saint Basile, saint Grégoire de Nazianze, saint Grégoire de Nyss?, Arnobe et Lactance, furent regardés comme lcsplus grands orateurs et les meilleurs écrivains de leur temps ; le v' fut encore plus fertile en grands hommes : aucun auteur profane de ce temps-là ne les a égal 's. L'empereur Julien, jaloux de la gloire que répandait sur le christianisme les talents de ses docteurs, défendit aux chrétiens de fréquenter les écoles et d'enseigner les lettres. « Ces genslà, disait-il, nous égorgent par nos propres armes ; ils se servent de nos auteurs pour nous faire la guerre. » Mais la mort de cet empereur rendit bientôt inutile cet actu de tyrannie. Saint Clément d'Alexandrie,. Strom., 1. 1, c 2, p. 327 ; saint Basile, Epist. 175, ad Maqnen. ; saint Jérôme, Epist. ad Nepotianum, recommandent l'étude des lettres aussi bien que celle de l'Ecriture sainte.

Les lumières répandues en Europe au v* siècle seraient allées, sans doute, en croissant toujours, si une révolution subite n'en avait changé la face. Des essaims de Barbares , sortis des forêts du Nord, dévastèrent successivement l'Europe et l'Asie , détruisirent les monuments des sciences et des arts, répandirent partout la désolation ; leurs ravages ont continué pendant plusieurs siècles, et n'ont cessé que quand le christianisme a été établi dans le Nord. Celte religion sainte aurait certainement suce mbé sous des coups aussi terribles, si Dieu ne l'avait soutenue. C'est dans son sein que se sont formées les ressources par lesquel'es laProvidence voulait réparer le mal dans la suitedes temps. Vo\j. Barbares.

Pour échapper au brigandage, un grand' nombre d'hommes embrassèrent la vie monastique ; ils partagèrent leur temps entre le travail des mains, l'étude it la prièro ; ils gardèrent et transcrivirent les livres qui subsistaient encore. D'autre côté, les ecclésiastiques , obligés à l'étude par leur état, conservèrent une faible teinture des sciences; le nom de clerc devint synonyme de celui do lettré. La langue laline, quoique bien déchue de sa pureté, se conserva dans l'office divin et dans les livres ecclésiastiques; il y eut toujours des éco'es dans l'enceinte des églises et des monastères.

Que penserons-nous de certains critiques modernes qui ont écrit que le latin avait été abâtardi par la religion, comme si c'était elle qui fit venir les Barbares, et leur conseilla de mêler leur jargon avec le langage des Bomains? D'autres se sont plaints de ceque nos études et la plupart de nos institutions, dans les bas siècles, ont pris un air monastique. C'est la preuve du fait que nous soutenons, savoir, que les clercs et les moinos ont véritablement sauvé du naufrage les lettres et les sciences. Les clercs furent obligés d'étudier le droit romain et la médecine ; ils se trouvèrent seuls capables de les enseigner, parce que les nobles, livrés à la profession des armes , poussaient la stupidité jusqu'à regarder l'étude comme une marquo de roture , et que les esclaves n'avaient pas

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l,i liberté do s'y appliquer. Telle est , parmi ii. mis, la première source dos privilèges, do

la juridiction temporelle et dos prérogatives accordées au clergé ; il était devenu la seule ressource dos peuples dans les temps malheureux; doit-il en rougir? A la fondation des universités , toutes les places fu.ent remplies par des clercs; ces établissements furent envisagés comme des actes do religion qui doivent se faire sous l'autorité du chef de l'Eglise. Quand on voit un Gerson, chancelier de l'église de Paris, prendre, par charité, le soin des petites écoles, on comprend que la religion seule peut inspirer co zèle pour l'instruction des ignorants. Les anciens Pères en avaient donné l'exemple, mais il n'a pas de modèles parmi les philosophes, et il n'aura point d'imitateurs parmi dos adversaires modernes.

La poésie, dans son origine, avait été consacrée h célébrer la Divinité ; dans les sièdes barbares, elle revint à sa première destination ; les hymnes et le chant liront toujours partie du service divin. Dans les assemblées de noire naton, en présence du souverain et des vassaux, les évoques et les abbés étaient les seuls hommes capables do porter la parole, parce qu'ils étaient obligés par état de faire au peuj le des discours de religion. Les sermons de Fulbert et d'Yves de Chartres , ceux de saint Anselme et de saint Bernard, ne sont pas aussi éloquents que ceux de saint Basile et de saint Jean Chrysostome ; mais on y voit encore des traits de génie et un grand usa.^e de l'Ecriture sainte, source divine qui fournit toujours l'élévation des pensées, la vivacité des sentiments, la noblesse des expressions. A Rome surtout, les études se soutinrent et se ranimèrent par le soin des souverains pontifes. C'est de Rome que Charlemagne lit venir îles maîtres pour rétablir la cultu edes lettres dans son empire ; Alcuin, dont il prit des leçons, avait étudié à Rome. Or, la religion entretenait une liaison nécessaire entre le siège apostolique et toutes les églises de la chrétienté. Les jalousies, l'ambition, le génie oppresseur des petits souverains qui tenaient l'Europe en esclavage, auraient rompu tout commerce entre ses habitants, si la religion n'avait conservé parmi eux la communication et les rapports de société.

Aujourd'hui l'ignorance présomptueuse , décorée du nom de philosophie , déclame contre la domination des papes ; elle ne voit pas que c'a été non-seulement un effet nécessaire des circonstances , mais un des moyens qui nous ont sauvés de la barbarie. On so récrie sur la multitude des fondations pieuses, et l'on oublie que pendant longtemps ce fut le seul moyen possible de soulager les malheureux. On est scandalisé de la iichosse des monastères, parce que l'on ignore qu'ils ont été, pendant plusieurs siècles, le seul asile des pauvres. On exagère les suites funestes des croisades; c'est néanmoins de cette épo ,ue q t'il faut dater le commencement do la liberté civile, du commerce et de la police de nos contrées, et dès lors la puis-

sance dos mahométans a cessé d'être redoutable. On tourne eu ridicu e les disputes qui ont régné entre l'empire et le sacerdoce, mais elles nous ont forcés de consulter l'antiquité, et de reprendre un goût d'érudition. L'on a même cherché à décrier le zèle des missionnaires qui vont prêcher l'Evangile aux infidèles ; cependant ils ont contribué plus que personne h nous faire connaître les nations éloignées de no:s. Ainsi, par un entêtement stupido, les incrédules reprochent au christianisme les secours qu'il leur a fournis pour étendre leurs connaissances. Ils disent qu'au lieu de porter les hommes à l'étude de la nature, de la morale, do la lé gislation, de la politique, le christianisme ne les occupe que do disputes frivoles de religion. Nous leur répondons q 1e, sans ces disputes , les hommes seraient incapables de se porter «a aucune espèce d'étude, et entièrement abrutis. La philosophie, dans son berceau, a commencé par dos recherches sur la cause première, sur la conduite do la Providence , sur la nature et la destinée de l'homme : qu'ils nous citen un seul j eu, le sans religion qui ait fait des étu ios .Les nati ns qui ne sont pas chrétiennes ont-elles fait do plus grands progrès que nous dans 1 s connaissances que nous vantent nos adversaires? Depuis qu'ils ont cessé eux-mêmes d'être chrétiens, ont-ils perfectionné beaucoup la morale et la législation ? Yroici dos faits contre lesquels échoueront toujours Ions conjectures et leurs raisonnements fri oies. Les peuples qui n'ont jamais été chrétiens sont encore à peu [très barbares ; ils sont tous devenus policés dès qu'ils ont embrassé le christianisme, et tous ceux qui l'ont abandonné sont retombés dans leur p emière ignorance. Nous nous en tenons à cette exp/rience. Voy. Art, Science, Philosophie, etc.

Lettiies. 11 est parlé, dans l'histoire ecclésiastique, de dillèrentes espèces de lettres, comme lettres formées ou canoniques ; lettres de communion, de paix, de recommandation ; lettres d'ordre, lettres apostoliques, etc. Au mot Formées, nous avons parlé des premières, et h l'article Indulgence, nous avons fait mention dos lettres que les martyrs et les confesseurs donnaient à ceux qui étaient réduits à la pénitence canonique, et parlesquel es ils demandaient que le temps de cette pénitence fût abfégé. Nous ajoutons que l'on appelait lettres formées ou canoniques, les attestati ns que l'on donnait aux évèques , aux prêtres et aux clercs , lorsqu'ils étaient obligés de voyager,au lieu que Ton appelait lettres de communion, de paix ou de recommandation, celles que l'on donnait aux laïques lorsqu'ils étaient dans le mémo cas. Le concile ne Laodicée de J an 366, celui de Milôve de l'an 402, celui do Meaux de l'an 8'»5, or .onnent aux prêtres et aux clercs obligés de voyager, de demander à leur évê-

2ue des lettres canoniques, et défendent 'admettre à la communion et aux fonctions ecclésiastiques ceux qui n'ont pas pris cette précaution. Un concile de Cartilage de l'an

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3u7 défend aussi aux évoques de passer la mer sans avoir reçu du ; rimai ou du métropolitain des lettres semblables. Cette précaution était nécessaire, surtout dans les ; romiers siècles, soit pendant le temps des persécutions, lorsqu'il était dangereux de se fier a des étrangers qui auraient pu se donner pour chrétiens, sans l'être en effet, soit pour ne pas communiquer avec des hérétiques, soit enfin pour ne pas Être trompé par des hommes qui se seraient attribué faussement les privilèges de la cléricature. Aujourd'hui encore il est d'usage dans les divers diocèses, de ne laisser exercer aucune fonction à un prêtre étranger, s'il n'est pas muni d'un exeat ou d'une attestation de son évoque , à moins qu'il ne soit suilisamment connu d'ailleurs.

On appelle lettre d'ordre, l'attestation d'un évoque par laquelle il conste que tel clerc a reçu tel ordre, soit mineur, soit sacré, et qu'il lui est permis d'en exercer les fonctions. L'on nomme lettres apostoliques les rescriptions du souverain pontife, soit pour la condamnation de quelque erreur, soit pour la collation d'un b'nélicc, soit pour accorder une dispense, soit pour absoudre d'une censure. Voy. Bi\ef.

LÉVIATHAN, mot hébreu qui signifie le monstre des eaux : il parait que c'est le nom de la baleine dans le livre de Job, c, xli. Les rabbins ont forgé des fables au sujet de cet animal ; ils disent qu'il fut créé dès le commencement du monde, au cinquième jour ; que Dieu le tua et le sala pour le conserver jusqu'à la venue du Messie, qui en sera régalé avec les Juifs dans un festin qui leur sera donné. Les plus sages d'entre eux, qui sentent le ridicule de cette fiction, tâchent de la tourner en allégorie, et disent que leurs anciens docteurs ont voulu désigner le démon sous le nom de Léviathan. Samuel Bochart, dans son Hiérocoïcon, a montré que c'est le nom hébreu du crocodile ; et celui-ci peut très-bien être appelé le monstre des eaux. Voy. la dissertation de dom Cahnet sur ce sujet, Bible d'Avignon, tom. VI, p. 505.

LÉVITE, Juif de la tribu de Lévi , à laquelle Dieu avait attribué le sacerdoce et 1 s fonctions du culte divin. Le nom de Lévi fut donné par Lia, femme de Jacob, à un do ses fils, par allusion au verbe hébreu, lavah, être lié, être uni, parce qu'elle espéra que la naissance de ce fils lui attacherait plus étroitement son époux. Les simples lévites étaient inférieurs aux prêtres : ils répondaient à peu près à nos diacres. Us n'avaient point de terres en propre ; ils vivaient delà dîme et des offrandes que l'on faisait h Dieu dans le temple. Ils étaient répandus dans toutes les tribus, qui, chacune, avaient donné quelquesunes de leurs villes aux lévites, av.c quelques campagnes aux environs, pour faire paître leurs troupeaux.

Par le dénombrement que Salomon fit des lévites depuis l'Age de vingt ans, il en trouva trente-huit mille capables de servir. Il en destina vingt-quatre mille au ministère jo .îii.dier sous les prêtres ; six mille pour

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