‹ Œuvres completes de Bergier (volume 3)Chapitre 34 sur 228 · I.EV · texte numérisé non relu

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Ugcux que celui des lévite» chez les Juifs, cl le sacerdoce chez les Romains donnait encore plus (io prérogatives à ceux qui en étaient revôtus.

Les incrédules ont fait jjrand bruit au sujet d'une guerre que s'attirèrent les Benjainites, pour n'avoir pas voulu punir l'outrage fait chez eux à la femme d'un lévite ; nous en narîonsau mot Pkêtke des Juifs. Reland, Aniiq. héb.^ p. 115.

LÉV1T1QUE. C'est le troisième des cinq livres de Moïse. 11 est ainsi appelé, parce qu'il traite principalement des cérémonies u i culte divin qui devaient être faites par les lévites : c'est comme le rituel de la relig on juive.

On demande, et cette question a été faite par plusieurs incrédules, comment et pourquoi Dieu avait commandé avec tant de soin et dans un aussi grand détail des cérémonies minutieuses, indifférentes à son culte, et qui paraissent superstitieuses. Nous répondons, 1° que toute cérémonie est indifféren'e en elle-même, que c'est l'intention qui en fait toute la valeur; mais elle cesse d'être indifférente dès que Dieu l'a commandée ; elle sert à son culte dès qu'elle est observée par un motif de religion ou d'obéissance à la loi de Dieu; elle ne peut dune alors être su-

Serstitieuse dans aucun sens. 2° Pour que 'ieu commande une pratique, il n'est pas nécessaire qu'elle soit par elle-même un acte d'adoration, d'amour, de reconnaissance, etc.; il a pu ordonner ce qui contribuait à la propreté, à la santé, à la décence, ce qui servait à détourner les Israélites de l'idolâtrie et des mœurs corrompues de leurs voisins, ou qui avait une autre utilité quelconque. On ne prouvera jamais que, parmi les choses commandées aux Juifs, il y en ait aucune absolument inutile. De même il était à propos de leur défendre, non-seulement toute pratique mauvaise et criminelle en elle môme , mais tout us.ige dangereux relativement aux circonstances. 3° Un peuple tel que les Juifs, qui n'était pas encore policé, qui avait eu en Egypte de très-mauvais exemples, qui allait être environné d'idolâtres, ne pouvait être contenu et civilisé que par les motifs de religion : nous défions les incrédules d'en assigner aucun autre capable do faire impression sur les Juifs. 11 fallait donc que tout leur fût prescrit ou défendu dans ie plus grand détail, afin de leur ôter la liberté de mêler dans leur culte et dans leurs mœurs les usages absurd s ou pernicieux de leurs voisins. Cette nécessité n'a été que trop prouvée p.ir le penchant invincible que ce peuple a montré à suivre l'exemple des nations idolâtres. 11 n'est donc aucune des loispoitées dans le Lévilique qui "j'ait eu une utilité relative aux circonstances et au caractère national des Juifs. Voy. Loi céuémonielle.

Lévitiques, branche des nicoJaïtes et dos gnostiques , qui parut au second siècle de l'Eglise. Saint Epiphane en a fait mention, sans nous apprend e s'ils avaient quelque dogme particulier.

LIBATION. Voy. Eau.

L1BKLLAT1QUES. Dans la pesécution de Dèce, il y eut des chrétiens qui, pour n'être point obl:gés de sacrifier aux dieux en public, selon les édits de l'empereur, allaient trouver 1rs magistrats, et obtenaient d'eux, par grâce ou par argent, des certificats par lesquels on attestait qu'ils avaient obéi aux ordres de l'empereur, et on défendait de les inquiéter davantage sur le fait de la religion. Ces certifies' s se nommaient en latin libelli, d'où l'on fit le noiu de libellatiquea.

Les centuriateurs de Magd. bourg, et Tillemont, tom. III, p. 318 et 702, pensent que ces Lchcs chrétiens n'avaient pas réellement renoncé a la foi, ni sacrifié aux idoles, et que le certificat qu'ils obtenaient était faux. Les libellatiques, dit ce dernier, étaient ceux qui allaient trouver les magistrats, ou leur envoyaient quelqu'un, pour leur témoigner qu'ils étaient chrétiens, qu'il ne leur était >as permis de sacrifier aux dieux de l'empire ; qu'ils les priaient de recevoir d'eux de 'argent, et de les exempter de faire ce qui eur était défendu. Us recevaient ensuite du magistrat, ou lui donnaient un billet qui portait qu'ils avaient renoncé à Jésus-Christ, et qu'ils avaient sacrifié aux idoles, quoique cela ne fût pas vrai : ces billets se lisaient publiquement. Baronius, au contraire, pense que les libellatiques étaient ceux qui avaient réellement apostasie et commis le crimo dont on leur donnait une attestation : probablement il y en avait des uns et des autres, comme le pei.se Bingliam, Orig. ceclés., 1. xvi, c. 4, § G. Mais, suit que leur apostasie fût réelle ou seulement simulée, ce crime était très-grave ; aussi l'Eglise d'Afrique ne recevait à la communion ceux qui y étaient tombés, qu'après une longue pénitence. Cette rigueur engagea les libellatiques à s'adresser aux confesseurs et aux martyrs qui étaient en prison ou qui allaient à la mort, pour obtenir, par leur intercession, la relaxation des peines canoniques qui leur restaient à subir ; c'est ce qui s'appi lait demander la paix. L'abus que l'on lit de ces dons de paix causa un schisme dans l'Eglise deCarthage, du temps de saint Cyprien : ce saint évêque s'éleva avec force contre cette facilité à remettre de telles prévarications, comme on peut le voir dans ses lettres 31, 52 et G8, et dans son traité de Lapsis. Le onzième canon du concile de Nicée, qui règlo la pénitence de ceux qui ont renoncé à la foi sans avoir souffert de violence, peut regarder les libellatiques. Voy. Lapses.

LIBELLE DIFFAMATOIRE, écrit par lequel on noircit la réputation de quelqu'un. Le concile d'Elvire, tenu vers l'an 300, prononça la peine d'excommunication contre ceux qui auraient la témérité de publier des libelles diffamatoires, et l'empereur Valenlinien voulut qu'ils fussent punis de mor',. Saint Paul accuse les anciens philosophes d'avoir été détracteurs et insolents (Rom , c. i, v. 30); mais il ne leur reproche pas d'avoir été auteurs de libelles diffamatoire*. Celso, Julien, Porphyre, ont attaqué les chré-

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tiens en général, mais ils n'ont calomnié personne en particulier. Les incrédules de notre siècle ont été moins modérés ; ils ont noirci, dans leurs écrits, les vivants et les morts ; ils n'ont épargné personne : jamais la licence des libelles diffamatoires n'a été poussée aussi loin qu'elle l'est aujourd'hui, signe trop évident de la perversité des mœurs. Bayle accuse les calvinistes d'avoir été les premiers auteurs de cet affreux désordre : quelle pesto plus pernicieuse pouvaient-ils introduire dans la société. Avis aux réfugiés, I" point.

LIBÉRATEUR. Voy. Médiateur.

LIBÈRE, pape, élevé sur la chaire de saint Pierre l'an 352, mort l'an 3G6. 11 est devenu célèbre par la faiblesse qu'il eut pour les ariens, après leur avoir résisté d'abord avec fermeté, et par l'affectation avec laquelle plusieurs théologiens ont exagéré sa faute. Ils ont prétendu que ce pape avait signé i'arianisme : cela n'est pas prouvé. Libère, exilé pour la foi catholique par l'empereur Constance, vaincu par les rigueurs qu'on lui faisait souffrir, affligé de ce que l'on avait mis un anti-pape à sa place, crut devoir céder au temps. Il souscrivit à la condamnation de saint Athanase et à la formule du concile de Sirmich, de l'an 358, dans laquelle le terme de consubstantiel était supprimé, sous prétexte que l'on en abusait pour établir le sabellianisme ; mais il dit en môme temps anathème à tous ceux qui enseignaient que le Fils n'est pas semblable au Père, en substance et en toutes choses. Ainsi, loin designer Tarianisme, il lecondamnait(l).

Nous convenons que supprimer le terme de consubstantiel, c'était donner aux ariens sujet de triompher ; mais ce n'était pas enseigner ni embrasser formellement leur erreur. Saint Athanase n'était point condamné

(1) Il y a eu trois assemblées à Sirmich. Les professions de foi de la première et de la deuxième, sans être assez explicites, ne contenaient rien de contraire à la foi. Celle de la deuxième élait hérétique. Il est certain (pie Libère ne signa pas celle-ci. Voici comment Cellier s'exprime à cet égard :

« Quelques critiques prétendent que le pape Libère souscrivit à la seconde formule de Sirmium, composée par les ariens en 357. Cette formule était si mauvaise qu'ils se repentirent dans la suite de l'avoir l'aile, et qu'ils firent leur possible pour en retirer tous les exemplaires. Mais il nous paraît comme hors de doute, que ce fut à la première profession de loi de Sirmium, dressée en 351, contre Pholin, que Libère souscrivit. Car il est certain par saint liilaire, (pie celle que ce pape signa avait été faite par vingtdeux évèques, du nombre desquels était Démophilc. Or, il ne parait par aucun endroit qu'un si grand nombre d'evèques se soient un lés de la seco :de formule de Sirmium. Valens, Ur^ace et Gerininius y sont dénommés seuls ; et le texte latin de cette formule, tel qu'il est rapporté par saint Hilairc, ne donne pas lieu de conjecturer qu'il y en ait eu d'autres, à moins qu'on y ajoute Osius et Potamius, dont les noms se trouvent à la tele de cette formule. Libère lui-même, dans sa Lettre uni évèifies d'Orient, leur dit qu'il a souscrit à leur profession de foi, qui lui a été présentée par Démophile, et qu'il l'a approuvée comme catholique. On ne peut donc douter que la profession qu'il signa et qu'il approuva, n'ait été de la façon des Orientaux ; autrement Libère n'aurait pu lu leur attribuer. Or, il est certain qu'ils n'eurent

par les ariens comme hérétique, mais comme perturbateur de la paix ; abandonner sa cause, c'était trahir le parti de la vérité, mais ce n'était pas professer expressément l'hérésie. La faute de Libère fut très-grave, sans doute ; aussi lorsqu'il fut de retour à Rome, et qu'il vit l'avantage que les ariens tiraient de sa condescendance, il la désavoua, reconnut sa faiblesse etlapleura.il estfort singulier que de prétendus zélateurs de l'orthodoxie aient moins d'indulgence pourla faute de Libèreque saint Athanase, plus intéressé qu'eux dans cette affaire et mieux instruit des faits. 11 excuse ce pape et Osius d'avoir enfin cédé à la violence, et soutient que leur conduite fait son apologie. Histor. Arianor., n. ki, Ap. 1. 1, p 368, n. 45,p. 372, n. 4G , p. 378. Cet exemple prouve qu'avec les hérétiques il n'y a point de ménagements à garder ; que les prédicateurs de la tolérance, en pareil cas, sont les ennemis les plus dangereux de la vérité et de la religion. Voy. Sozomène, Hist. ecclés., t. IV, c. 15 ; Pelau, Dogm. ThéoL, t. II, p. 45 ; Tillemont , tom. VI, p. 420.

* Liberté. Dans notre Dictionnaire de Théol. mor. nous avons donné une notion complète de la liberté. Nous allons consacrer ici une suite d'articles à la liberté des anges, des bienbeureux, des damnés , de Dieu, de Jésus-Christ et de l'homme.

* Liberté des Anges. On appelle anges, les créatures intelligentes supérieures à l'homme, desquelles il est fait mention dans les saintes Ecritures. A la différence de l'âme humaine, les anges n'ont aucun union hypostatique avec la matière ; ce sont de purs esprits : telle est du moins la croyance commune, surtout depuis le quatrième concile général de Latran, qui parait l'avoir adoptée. Parmi les anges, les uns demeurèrent fidèles à Dieu, les autres lui désobéirent. Les premiers méritèrent la béatitude, telle est la tradition générale ; ce qui est encore plus cer-

aucune part à la seconde de Sirmium. Les Occidentaux seuls la composèrent : encore étaient-ils en très-petit nombre, au plus cinq ou six ; au lieu que celle «pie Lib ère approuva avait été dressée par plusieurs évèques, savoir, par vingt-deux, ainsi que le dit saint liilaire. Le titre de catholique que Libère donne à la formule qu'il souscrivit, marque encore que ce n'a pu cire la seconde de Sirmium, qui eut à peine vu le jour, que ceux qui l'avaient composée lâchèrent de l'ensevelir dans les ténèbres, tant elle avait causé de scandale, même parmi les ennemis de la vérité. Au contraire la première de Sirmium, en 551, pouvait passer pour orthodoxe ; car, excepte le terme de consubblamtel qui ne s'y trouvait pas, elle n'avait rien qui fût réprehemible. Saint liilaire la trouvait nette, exacte et précise, propre à éloigner toutes les ambiguïtés ; et si dans la suite il la traita de perfidie, c'est qu'elle en avait fourni l'occasion, les évèques ariens s'en étant servis, soit pour faire tomber la foi du consubstantiel, qui n'y était pas exprimé, soit pour détacher les évoques orthodoxes de la communion de saint Athanase. Enfin, selon Sozomène, Libère étant venu à Sirmium en 558, y signa la condamnation de tous ceux qui ne reconnaissaient pas le Fils semblable au Père en essence et en toutes choses. Est-il à présumer qu'il en aurait agi ainsi, s'il avait signé quelque temps auparavant la seconde formule de Sirmium, dans laquelle il est défendu de parler de l'unité ni de la ressemblance de substance, sous prétexte qu'il ne nous est pas possible de connaître la génération du Verbe. > (Dom Cellier, l.it . g n. dis auteurs ticr. et tccié».t l. Y.)

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tain, c'est que les mauvais anges méritèrent leur damnation. Et comme des êtres dépourvus de liberté ne peuvent mériter ni récompense ni punition, les lions et les mauvais anges ont donc reçu de Dieu un libre arbitre et même un libre arbitre moralement flexible au bien et au mal. Si les bons anges n'eussent pas été soumis à la tentation, s'ils eussent toujours été plus enclins au bien qu'au mal, où serait le mérite de leur persévérance. Quant aux anges qui ont pécbé, leur chute démontre qu'ils éprouvèrent dans leur for intérieur une sollicitation à faire ce qu'ils devaient omettre ou à omettre ce qu'ils devaient faire : sans cela ils eussent persévéré dans le devoir, leur cbute n'eût pas eu lieu, car jamais l'être intelligent ne s'écarte sciemment du devoir que par la difficulté qu'il trouve à le suivre. Plus sollicité intérieurement à considérer sa propre excellence que Dieu dont il la tenait, l'ange a pu concentrer ses regards en lui-même, cesser de voir et de sentir Dieu comme auparavant : dès lors, épris de l'amour de lui-même, l'ange a pu s'oublier jusqu'à vouloir vivre indépendant de son créateur. On doit appliquer à nos premiers parents ce que nous disons ici de la liberté et de la cbute des anges. Puisque nos premiers parents ont pécbé, ils étaient libres et ils furent tentés. Jamais Eve n'eût écouté le serpent, jamais Adam n'eût cédé à son épouse, si l'un et l'autre n'eussent été sollicités à cette fatale condescendance par une tentation véritablement intérieure. Sans doute la concupiscence n'existait pas dans l'état d'innocence. L'homme et l'ange innocent ne portaient pas comme nous en eux-mêmes une source permanente de tentations ; mais il pouvait arriver que par l'effet de certaines circonstances ils fussent momentanément plus inclinés vers les créatures que vers le créateur, et sentissent quelque difficulté à garder la loi divine : cela suffit et même, selon nous, est nécessaire pour bien expliquer comment les uns sont tombés dans le péché, et comment les autres ont vraiment mérité de devenir impeccables. Nous dirons plus bas ce qu'est devenue la liberté dans les anges confirmés en grâce et dans les anges prévaricateurs. (V'oy. Lib. des bienh. et lib. des damnés.) Une seule question demande à être traitée ici brièvement. L'ange adhère-t-il immuablement à ce qu'il a choisi une lois ? Oui, répondent saint Thomas et ses disciples : « Comme donc, conclut le docteur angélique, comme les bons anges en adhérant une fois à la justice ont été conlirmés en grâce, ainsi les mauvais en péchant ont été obstinés dans le péché. » (Sum. , la part., q. 74, a. 2.) Saint Thomas entend que l'impeccabililé suive de l'acte bon comme l'obstination suit de l'acte mauvais, naturellement et sans une intervention particulière de Dieu, il s'écarte de la tradition qui nous présente l'impeccabililé des saints anges comme un don spécial de Dieu et accordé en vue de leurs mérites. Et cependant n'est-il pas vraisemblable que les bons anges ont pris au moins une fois la résolution d'obéir en tout à Dieu : or, s'ils l'ont prise et que de leur nature ils y persévèrent immuablement, comme cette résolution est essentiellement opposée à tout péché, ils sont devenus impeccables naturellement et non par l'action surnaturelle de Dieu qui voulait les récompenser. Cette objection contre le système des thomistes nous paraît plus forte que les preuves dont ils relayent. En conséquence, nous rejetons ce système et préférons croire, avec la plupart des théologiens , que l'ange de sa nature n adhère pas immuablement à un parti pris et peut revenir sur une première résolution.

* Libekté des BiKiMiEcitEiix. Nous appelons bienheureux les anges et les âmes humaines qui voient Dieu et jouissent de la béatitude surnaturelle. Toute la théologie est d'accord, avec saint Augustin, pour proclamer la liberté des bienheureux et la dire plus parfaite que celle des voyageurs, des créatures encore sur la voie et. non au terme du bonheur. « La première

DlCTJONN dv, Théol. dogmatique. Hl.

liberté, dit saint Augustin, a été de pouvoir ne pas pécher ; la dernière, beaucoup plus grande, sera de ne pouvoir pas pécher * (De Correp. et Grat. cap.,n); mais la liberté des bienheureux est-elle exempte de nécessité; consiste-t-clle dans le pouvoir d'agir et de n'agir pas. Sauf un très-petit nombre de docteurs qui paraissent le nier, tous s'accordent à l'affirmer. Il est de foi que les bienheureux ne commettront jamais de péché qui les exclut du ciel. Mais sont-ils dans une impuissance ahsolue de pécher? Oui, selon un grand nombre de théologiens. Plusieurs même restreignent aux choses indifférentes ou d'égale bonté le libre arbitre des bienheureux qui, selon eux, font nécessairement tout ce qu'ils savent être le plus agréable à Dieu. Pour nous, nous préférons le sentiment des scolisles : nous croyons avec eux que les bienheureux peuvent, rigoureusement parlant, s'abstenir de ce qu'ils font, même d'aimer Dieu, encore peut-être qu'ils soient dans une impossibilité absolue de faire le contraire. Car si les bienheureux sont nécessités à faire le meilleur ou à accomplir les ordres de Dieu, dès lors ils les accomplissent sans dignité morale, comme simples instruments de Dieu, comme le soleil les accomplit, et la béatitude a rétréci la sphère de leur liberté, bien loin de l'agrandir. Il est bien plus digne des bienheureux, et conséquemment de la bonté divine, que Dieu les détermine infailliblement au bien, mais non pas nécessairement. Pour que les saints obéissent toujours à Dieu, il n'est pas nécessaire de leur ôter le pouvoir absolu de désobéir, il suffit que l'obéissance leur soit rendue toujours plus facile et plus agréable que la désobéissance : ou, si l'on aime mieux, il suffit que Dieu leur accorde la grâce efficace pour chacune de leurs actions. Comment, dira-l-on, supposer qu'en voyant le souverain bien, les saints ne ressentent pas invinciblement de l'amour pour lui ? Sans doute la vue de Dieu cause inévitablement aux bienheureux une joie ineffable et un désir véhément de s'unir à lui; et jusquelà le bienheureux n'a pas à exercer sa liberté; mais il peut consentir librement à cette joie et à ce désir produit en lui ; il peut se porter librement vers Dieu, non en tant que béatifiant actuellement, mais en tant que parfait et de soi aimable. Ainsi les bienheureux aiment Dieu librement par un motif rationnel et désintéressé, ils exécutent librement les ordres de Dieu, et cependant ils sont impeccables.

* Liberté des Damnés. Nous entendons par damnés seulement les anges et les âmes humaines qui sont condamnés aux châtiments éternels à cause de leurs propres péchés. Nous n'avons pas à nous occuper de l'état où se trouvent les âmes privées pour toujours de la vision béalihque pour le seul péché originel : nous dirons cependant qu'elles n'ont pas la liberté de gagner le ciel, que probablement elles jouissent de la liberté, au moins dans la sphère du bien naturel, et qu'on irait contre toute vraisemblance si l'on supposait qu'elles blasphèment Dieu sans cesse. Quant aux damnés proprement dits, il est de fait qu'ils ne feront jamais une pénitence qui les délivre de l'enfer, et tons les théologiens s'accordent à dire qu'ils sont privés de tout secours surnaturel, et par là dans l'impuissance absolue de faire aucune bonne action de l'ordre surnaturel. Relativement aux bonnes actions de l'ordre naturel, ils ne peuvent pas non plus en faire selon le sentiment le plus commun, et ils pèchent en toutes leurs actions, soit parce qu'ils sont seulement dans l'impuissance morale d'éviter le péché, soit aussi parce qu'ils sont libres d.aus la sphère du mal, comme les bienheureux le sont dans celle du bien : pouvant s'abstenir de l'acte individuel et mauvais qu'ils font, ils pèchent véritablement, mais ne méritent pas un accroissement de peines parce qu'ils îe sont plus à l'état d'épreuve. ( Voy. Suarès, de Angelis; Bellarmin, de Crut, et l b.arbit., etc., qui adoptent cette opinion). Nous admettons volontiers que les damnés pèchent librement et qu'ils pèchent

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