Il est tivs-iacilc lie juger, d'après ce que nous
ayons dit dans notre article Liberté des Eglises,
que les libertés de l'Eglise gallicane peuvent être suivies en conscience. Nous devons observer que le catholique ne doit pas les interpréter dans le sens sebismalique des parlements. Ce qui faisait (lire a Fleurv : « Quelques mauvais Français réiugiés hors du royaume pourraient faire un traité des servitudes de l'Eglise gallicane, comme 0:1 en a fait de ses libertés, et ils ne manqueraient pas de preuves {Discours sur tes libertés de rt'glise gallicane). » Il avait dit encore : « La grande servitude de l'Eglise gallicane, s'il est permis de parler ainsi, c'est l'étendue excessive de la juridiction séculière. » Bossuet ne parlait pas différemment dans sa lettre au cardinal d'Estrée : « Je fus indispensablement obligé ( dans mon sermon sur l'Unité) à parler des libertés de l'Eglise gallicane, et je me proposais deux choses : l'une de le faire sans aucune diminution de la vraie grandeur du saint-siége ; l'autre , de les expliquer de la manière que les entendent les évoques et non pas de la manière que les entendent les magistrats. »
Liberté chrétienne. Luther , Calvin et quelques-uns de leurs disciples, ont prétendu que, par le baptême, un chrétien ne contracte point d'autre ( bligation que d'avoir la foi; qu'en vertu de la liberté qu'il acquiert par ce sacrement, son salut ne dépend plus de l'obéissance à la loi de Dieu, mais seulement de la foi ; qu'il est affranchi de toute loi ecclésiastique, de tous les vœux qu'il a faits ou qu'il peut faire dans la suite. Pour étayer ces erreurs, iis ont abusé de quelques passages dans lesquels saint Paul déclare qu'un baptisé n'est plus assujetti à la loi de Moïse ; mais jouit de la liberté des enfants de Dieu. II est étonnant que les sectaires n'en aient pas encore conclu qu'un chrétien est affranchi de toute loi civile, qu'aucune puissance humaine n'a droit d'imposer des lois à un homme baptisé.
Le concile de Trente a proscrit cette morale absurde et séditieuse, sess. 7, de Bapt., can. 7, 8 et 9. 11 dit anathème à ceux qui soutiennent que par le baptême un fidèle n'est obligé qu'à croire, et non à observer toute la loi de J ^sus-Christ ; à ceux qui disent qu'il est affranchi de toute loi ecclésiastique, écrite ou insinuée par la tradition, qu'il n'y est assujetti qu'autant qu'il veut bien s'y soumettre ; à ceux qui enseignent que tous les vœux faits après le baptême sont absolument nuls, dérogent à ta dignité de ce sacrement et à la foi que l'on y a promise à Dieu.
Comment de prétendus réformateurs, qui faisaient profession de s'en tenir à la lettre de l'Ecriture sainte, ont-ils osé la contredire aussi ouvertement ? Lorsqu'un homme demande à Jésus-Christ ce qu'il faut faire pour avoir la vie éternelle, ce divin Maître ne lui répond pas, croyez, mais gardez les commandements (Matth., c. xix, v. 17). 11 dit qu'au jour du jugement les méchants seront condamnés au feu éternel, non pour avoir manqué de foi, mais pour n'avoir pas exercé la charité et fait de bonnes œuvres (c. xxv, v. 41). Saint Paul répète, d'après le Sauveur, que Dieu rendra à chacun, non selon la mesure de sa foi, mais selon ses œuvres (Matth., C xvi, v. 27 ; Rom., c. 11, v. 6; // Cor., c, ix, v. 10). Saint Jacques enseigne que
l'homme est justifié par ses œuvres (c. 11, v. IV). L'Apôtre ne cesse d'exhorter les fidèles à faire du bien : il dit que l'homme ne moissonnera que ce qu'il aura semé, etc. (Galat., c. G, v. 7). 11 ordonne aux fidèles d'obéir à leurs paslours, et à ceux-ci de reprendre et de corriger ceux qui se conduisent mal (Hebr., c xm, v. 17; // 77m., c. iv, V. 2). Ce n'est encore qu'une répétition des leçons de Jésus-Christ , qui veut (pœ l'on regarde comme un païen et un publicain celui qui n'écoute pas l'Eglise (Matth., c. xvm, v. 17). Nous chercherions vainement dans l'Écriture la dispense accordée aux fidèles d'observer lescommandements de l'Eglise. La loi qui ordonne à tout homme d'accomplir les vœux qu'il a faits, ne peut pas être plus formelle : Si quelqu'un a fait un vœu au Seigneur, ou s'est obligé par serment, il ne manquera point à sa parole, mais il accomplira exactement ce qu'il a promis (Num., c. xxx, v. 3). Nous ne voyons nulle part dans le Nouveau Testament une défense de faire des vœux, ni une permiss on de violer ceux que l'on a faits : un point de morale aussi essentiel aurait bien mérité d'ôtre couché par écrit. Le commandement d'accomplir les vœux n'était point une loi cérémonielle , puisque les patriarches ont fait des vœux longtemps avant la publication de la loi de Moïse (Gen., c. xxvm, v. 20). Plus de douze ans après la décision du concile de Jérusalem, qui exemptait les fidèles d'observer la loi cérémonielle, nous voyons encore saint Paul accomplir un vœu dans le temple (Act., c. xxiv, v. 17). Si la liberté, telle que la veulent les hérétiques et les incréduhs, était un fruit du christianisme, cette religion sainte aurait porté un coup mortel au repos et au bon ordre de la société. Voy. OEuvres, Lois ecclésiastiques, Voeu, etc.
LllJERTÉ DE CONSCIENCE (1), c'est le temiO
duquel se sont servis les calvinistes, lorsqu'ils ont demandé en France le privilège d'exercer publiquement leur religion, d'avoir des temples, des ministres, des assemblées. On voit d'abord l'équivoque de cette expression, et l'abus que les sectaires en ont fait. Il y a bien de la différence entre la liberté que se donnent quelques citoyens ne servir Dieu en particulier comme ils l'entendent, et la liberté que demande un parti nombreux d'établir dans le royaume une religion nouvelle, de l'exercer publiquement, d'élever ainsi autel contre autel. La première ne gêne point la religion dominante, et ne lui porte aucun préjudice ; la seconde est une rivalité qu'on lui oppose, une apostasie publique que l'on autorise, un piège que l'on tend à la curiosité des ignorants, un appât pour l'indépendance des libertins. La rcli-
(1) Nous avons déjà observé qu'une véritable liberté de conscience est plus utile à la religion qu'une protection qu'on peut faire tourner à son détriment. Le devoir d'un sage gouvernement est de protéger la véritable liberté et de réprimer lesécarls de celle qui trouble l'ordre public ou porte atteinle à h» conscience ou à la considération de quelque classe de citoyens.
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g on catholique exige non-seulement des temples et des assemblées, mais un cérémonial pompeux et éclatant, des fêtes, des procession^, l'administration publique des sacrements, des jeûnes, des abstinences, un clergé qui soit respecté ; le calvinisme ne veut rien de tout cela, condamne et rejette ces pratiques comme des abus, des superstitions, des restes de paganisme : c'est ainsi que ses partisans se sont expliqués dès l'origine. S'il y eut jamais deux religions incompatibles, ce sont ces deux-là ; il n'était pas possible ae présumer que les sectateurs de l'une et de l'autre pussent vivre en paix : l'antipathie mutuelle n'est que trop prouvée par plus de deux cents ans d'expérience.
La question est do savoir si la demande des calvinistes était légitime, si le gouvernement était obligé, de droit naturel, à l'accorder ; s'il le pouvait en bonne politique : nous prions qu'on pèse sans partialité les réllexions suivantes.
1° L'on sait quels furent les premiers prédicants du calvinisme, et quelle était leur doctrine; ils enseignaient que le catholicisme est une religion abominable, dans laquelle il n'est pas possible de faire son salut ; que le sacrifice de la messe, l'adoration de l'eucharistie, le culte des saints, des reliques, des images, sont une idolâtrie; que les fêtes, les jeûnes, les abstinences, les cérémonies, sont des superstitions, la confession une tyrannie, que l'Eglise romaine est la prostituée de Babvlone, et le pape l'antechrist ; qu'il fallait abjurer, proscrire , exterminer cette religion par toutes les voies possibles. Ces excès sont aujourd'hui enseignés dans leurs livres, et jamais les calvinistes n'ont eu assez de bon sens pour les désavouer. David Hume convient qu'en Ecosse, l'an 1542, la tolérance des nouveaux prédicants, et le dessin formé de détruire la religion nationale, auraient eu à peu près le même effet ; il le prouve par la conduite fanatique de ces sectaires, Histoire de la Maison de Tudor, tom. III, pag. 9; tom. IV pag. 59 et 104; tom. V, pag. 213, etc. 11 en était de même en France. Partout où les calvinistes ont pu se rendre les maîtres, ils n'ont souffert aucun exercice de la religion catholique : de quel droit voulaient-ils que l'on permît la leur? Un principe qui leur est commun avec tous les incrédules, est qu'il ne faut pas souffrir une religion intolérante : en fut-il jamais de plus intolérante que le calvinisme ? — 2° Il y avait douze cents ans que le catholicisme était en France la religion dominante, et même la seule religion ; la législation, les mœurs, la constitution du gouvernement, y étaient analogues et fondées sur cette base : qui ava»'.t donné mission aux calvinistes pour venir l'attaquer ? C'étaient des séditieux; leur ton, leur langage, leurs principes, leur conduite, annonçaient la révolte. Dans tout gouvernement la sédition est punissable. Une expérience constante prouve que les apostats ne respectent plus aucun engagement; qu'infidèles à Dieu, ils sont incapables de fidélité envers
le souverain : nos rois devaient donc se croire intéressés personnellement à réprimer les attentats des sectaires. Lorsque ceux-ci parurent en France, Luther avait déjà mis l'Allemagne en feu, une partie de la Suisse était en proie au même incendie. François 1er voyait très-bien que le calvinisme ne pouvait s'établir sans causer une révolution qui mettrait sa couronne en danger ; que les principes républicains des calvinistes étaient une peste dans un Etat monarchique. Lui-même fomentait les troubles d'Allemagne atin de susciter des allàires et des embarras à Charles-Quint : il ne pouvait, sans contradiction, se croire obligé à permettre la propagation de l'hérésie. — 3° L'événement ne tarda pas à vérifier l'idée que ce prince avait conçue des calvinistes. A peine eurent-ils entraîné dans leur parti quelques-uns des grands du royaume, qu'ils cabalèrent contre l'Etat, et voulurent se rendre maîtres du gouvernement. Dès qu'ils se sentirent assez forts, ils prirent les armes, et ils obtinrent enfin liberté de conscience l'épée à la main. Nous n'avons aucun dessein de retracer les scènes sanglantes auxquelles ces guerres civiles ont donné lieu pendant près d'un siècle. 11 en résulte qu'en 1598, lorsque Henri IV accorda aux calvinistes l'édit de Nantes, il y fut forcé pour pacifier son royaume, et qu'en cela il ne pécha ni contre la religion, ni contre la saine politique, parce que la nécessité est au-dessus de toutes les lois. Autant François 1er et Charles IX auraient été imprudents en tolérant le calvinisme , autant Henri IV fut sage en cédant aux circonstances. C'est la raison qu'il donna lui-même de sa conduite à l'égard des huguenots, en répondant aux députés de la ville de Beauva:s, l'an 1594. Mais en 1685, lorsque Louis XIV se sentit assez puissant pour n'avoir plus rien h redouter des calvinistes , sur quoi s'appuiera-t-on pour soutenir qu'il n'a pas été en droit de révoquer un édit accordé à regret par ses prédécesseurs, et que les calvinistes n'ont jamais observé? Nous le prouverons dans d'autres articles, et nous ferons voir que cette révocation fut pour le moins aussi sage que l'avait été li concession. — 4° On ne s'est pas donné la peine de comparer la conduite des calvinistes avec celle des premiers chrétiens ; on y aurait vu une énorme différence. Jamais les fidèles persécutés n'ont déclamé contre le paganisme avec autant de fureur que les protestants contre le papisme; jamais ils n'ont dit qu'il fallait exterminer l'idolâtrie par tous les moyens possibles ; qu'il fallait courir sus à tous ceux qui l'exerçaient et la protégeaient : jamais ils n'ont pris les armes contre les empereurs, ils n'ont point élevé de clameur contre leur despotisme, ils ne sont entrés dans aucune des conjurations qui ont éclaté pendant les trois premiers siècles. L'édit de tolérance, eu de liberté de conscience, leur fut accordé par Constantin, sans qu'ils eussent osé le demander, sans que ce prince y fût forcé par aucun motif de crainte : nos
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apologistes s'étaient bornés a représenter ti ne c'était une injustice de vouloir contraindre par les supplices des sujets innocents et paisibles à offrir de l'encens auv idoles.
Lorsque, malgré la teneur des édits, l'empereur Julien entreprit de rétablir le paganisme, et autorisa les païens à vexer les chrétiens, ceux-ci n'excitèrent ni tumulte, ni sédition ; les soldats chrétiens lui furent aussi fidèles que les autres, ils ne tentèrent ni de s'assurer de sa personne, ni de changer le gouvernement, ni d'obtenir dvs villes de sûreté, ni de repousser la violence, ni de se liguer avec des souverains étrangers , comme ont fait les calvinistes; ils se laissèrent égorger avec autant de patience que sous Néron. Ils suivaient en cela les leçons de Jésus-Christ, la morale des apôtres, les instructions des pasteurs ; mais ces leçons divines ont été étrangement oubliées par des prédicants qui avaient toujours la Bible à la main.
Puisqu'un gouvernement ne peut subsister sans religion, lorsqu'un peuple est assez heureux pour avoir reçu du ciel une religion pure et vraie, il doit la chérir comme le plus précieux de tous les biens, punir et réprimer les fanatiques qui veulent la lui ôfer et la changer. Depuis douze cents ans, la monarchie française subsiste sous les lois du catholicisme ; aucun gouvernement connu n'a duré aussi longtemps, et n'a subi moins de révolutions : cette expérience est assez longue pour nous faire désirer de demeurer comme nous sommes.
Personne n'a fait autant de sophismes que Baylc sur la liberté de conscience ; ils ont été fidèlement copiés par Barbeyrac et par la plupart des incrédules. Bayle part du principe que la conscience erronée a les mêmes droits que la conscience droite, que nous sommes aussi obligés d'obéir à l'une qu'à l'autre, que cette obligation est naturelle, essentielle et absolue. C'est une fausseté ; nous l'avons réfutée au mot Conscience.
Une fausse conscience ne peut nous disculper d'une mauvaise action que quand l'erreur est invincible, qu'elle ne vient ni de négligence de s'instruire, ni d'aucune passion, ni d'opiniâtreté ; dans tout autre cas, elle ne diminue point la griôveté du péché. Or a-t-on jamais pu penser que l'erreur des premiers sectateurs du calvinisme était invincible, et que la passion n'y avait aucune part? La légèreté avec laquelle ils avaient prêté l'oreille aux prédicants, la mauvaise foi avec laquelle ils travestissaient les dogmes catholiques, les fureur* auxquelles ils se livraient contre le clergé, le pillage et les violences qu'ils exerçaient, étaient des signes trop évidents d'une passion aveugle. Les déclamations et les sophismes, qui tournèrent les tôtes dans ce temps de vertige, n'ameuteraient peut-être pas aujourd'hui vingt personnes. Si les sectaires étaient absolument obligés de suivre une conscience si mal formée, tout séditieux est dans la même obligation, dès qu'il s'est persuadé que le gouvernement contre lequel il se révolte est
injuste, oppresseur, tyrannique, qu'il est de la justice et du bien public de le détruire. Le principe de Bayle ne tend à rien moins qu'à justifier tous les insensés et tous les scélérats de l'univers. C'est tout au plus aux descendants des premiers calvinistes, élevés dès l'enfance dans l'hérésie, écartés de tous les moyens d'instruction, que l'on peut opposer une erreur moralement invincible.
Bayle, pour prouver que toute contrainte; est injuste à l'égard des errants, dit que tous les partis en jugent ainsi lorsqu'ils s y trouvent exposés, et qu'ils changent de principes selon les circonstances. Cela peut être ; mais cela ne prouve ni que tous ont également raison, ni que tous se trompent. Il est naturel que tout homme croie injuste une loi, un arrêt, une conduite qui le con lamne et le fait souffrir ; mais souvent c'est lui qui est injuste et aveuglé par son intérêt. En fait de religion, comme en matière de politique, il y a des circonstances dans lesquelles la contrainte serait inique et absurde; il eu est d'autres où elle est juste et sage. En général, une secte paisible, dont la conduite est innocente aussi bien que la doctrine, mérite la tolérance : un parti fanatique et turbulent s'en rend indigne, et la sage \ oblique défend do la lui accorder. C'est le cas dans lequel ont été les calvinistes; Bayle lui-même leur a reproché leur fureur djns la Lettre aux Réfugiés et dans d'autres écrits. 11 se trompe encore quand il ne veut pas que l'on mette une différence entre les juifs, les mahométans , les infidèles en général, et les hérétiques : les premiers n'ont été ni élevés, ni instruits dans le sein de l'Eglise, leur ignorance peut donc être {tins excusable que celle des hérétiques. 11 est d'ailleurs prouvé par l'expérience que les apostats sont beaucoup plus furieux contre la religion qu'ils ont quittée, que les i. fidèles qui ne l'ont jamais connue ; comme ils ont déserté par passion uu par libertinage, ils cherchent à couvrir la honte de leur apostasie par une haine déclarée contre l'Eglise; ils font comme les rebelles, qui disent que quand l'on a une fois tiré l'épée contre le gouvernement, il faut jeter le fourreau dans la rivière.
Les catholiques ont usé de contrainte à l'égard des protestants ; ceux-ci, à leur tour, l'ont employée contre les catholiques : la question est toujours de savoir lequel des dejx parus avait le meilleur droit, les possesseurs légitimes enfants de la maison, ou les usurpateurs. Voy. Tolérance, Intolérance, Violence, etc.
Liberté de penser, expression aussi captieuse que la précédente. Qu'un homme pense intérieurement ce qu'ii voudra, aucune puissance sur la terre n'a intérêt de J s'en informer, et n'a aucun moyen de le connaître; les pensées d'un homme, renfermées en lui-même, ne peuvent faire ni bien ni mal à personne. Mais par liberté de penser, les incrédules entendent non-seulement la liberté de ne rien croire et de n'avoir aucune
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religion, mais encore le droit de prêcher l'incrédulité, de parler, d'écrire, d'invectiver contre la religion; quelques-uns y ajoutent le privilège de déclamer contre les lois et contre le gouvernement : ils prétendent que cette liberté est de droit naturel, qu'on ne peut la leur ôter sans absurdité et sans injustice; par conséquent ils ont Irouvé bon de s'en mettre en possession. Comme les prêtres et les magistrats s'opposent à cette licence, les incrédules disent qu'il y a entre les magistrats et les prêtres une conspiration et un dessein firme de mettre les peuples à la chaîne, d'éiouffer toutes les lumières et tous les talents, afin de dominer plus despotiquemcnl.
Mais des philosophes, qui croient avoir toutes les lumières possibles et tous les talents, devraient commencer par s'accorder avec eux-mêmes, et ne pas fournir des armes contre eux. Déjà nous avons réfuté leurs prétentions au mot Incrédules; mais on ne peut bop insister sur l'absurdité de leurs raisonnements. 1° Tous ne pensent pas de même; plusieurs sont convenus que les magistrats ont droit de réprimer ceux qui osent professer l'athéisme, et de les faire périr même, si l'on ne peut pas autrement en délivrer la société, parce que l'athéisme renverse tous les fondements sur lesquels la conservation et la féliché des hommes sont principalement établies. D'autres ont dit qu'il faut punir les libertins, qui n'attaquent la religion que parce qu'ils sont révoltés contre toute espèce de joug, et qu'ils ne respectent ni les lois, ni les mœurs; parce qu'ils déshonorent et la religion dans laquelle ils sont nés, et la philosophie de laquelle ils font profession. Un déiste célèbre a écrit que les ridicules outrageants , les impiétés grossières, les blasphèmes contre la religion, sont punissables, parce qu'ils n'attaquent pas seulement la religion, mais ceux qui la professent; que c'est une insulte qu'on leur fait, et qu'ils ont droit de s'en ressentir. Un autre a soutenu que quand on annonce au peuple un dogme qui contredit la religion dominante, et qui peut troubler la tranquillité publique, le gouvernement a droit de sévir, et le peuple de crier, erucifige. Un philosophe anglais condamne les esprits forts, qui se persuadent que, parce qu'un homme a droit de penser et de juger par lui-même, il a aussi droit de parler comme il pense. La liberté, dit-il, lui appartient en tant qu'il est raisonnable; mais il est gêné par les lois, comme membre de la société. Un autre ne veut reconnaître ni pour bons citoyens, ni pour bons politiques , ceux qui travaillent à détruire la religion, parce qu'en affranchissant les hommes d'un des freins de leurs passions, ils rendent l'infraction des lois de l'équité et de la société plus aisée et plus sûre à cet égard. Enfin, un de nos écrivains pense que l'on doit laisser à la prudence du gouvernement et des magistrats à déterminer en ce genre ce qu'il vaut mieux ignorer que punir. Ainsi, voila la liberté de penser, do parler et d'écrire, condamnée par
ceux même qui en ont fait usage. — 2° Ses partisans les plus outrés sont convenus que les systèmes d'irréligion ne sont pas faits pour le peuple, qu'il a besoin d'un frein pour le contenir et réprimer ses passions, qu'à tout prendre il vaut encore mieux qu'il ait une religion fausse que de n'en point avoir du tout. Quelle est donc la témérité et la démence de ceux qui publient des recueils d'objections contre la religion, qui s'attachent à les mettre à portée du peuple, et à le plonger ainsi dans l'irréligion? — 3° Un des principaux reproches qu'ils font à la religion est de faire naître des disputes et des divisions parmi les hommes; mais en écrivant contre elle, ils fournissent matière à des disputes nouvelles, plus capables qu'aucune autre à mettre les hommes aux prises. Il s'agit de savoir si le christianisme est vrai ou faux, utile ou pernicieux à la société, s'il y a un Dieu ou s'il n'y en a point, une vie à venir ou un anéantissement éternel, etc. Qui peut leur répondre que, si leurs principes venaient à former une secte nombreuse, on ne verrait pas renaître les séditions, les guerres, les massacres, dont ils ne cessent pas de renouveler le souvenir?— h° Ils ont applaudi aux souverains qui n'ont pas voulu permettre l'établissement du christianisme dans leurs Etats, qui ont même employé les supplices pour le bannir, parce qu'd leur a semblé propre à troubler la tranquillité de leurs sujets. Mais si les souverains de l'Europe sont bien convaincus de la vérité, de la sainblé, de l'utilité du christianisme, et des pernicieux effets que peut produire la liberté de penser, ont-ils moins de droit de sévir contre cette liberté, que les souverains infidèles n'en ont de proscrire le christianisme? — 5° L'on a cité cent fois la liberté que laissaient les Romains de parler et d'écrire contre leur religion, de la jouer sur le théâtre, de lancer des sarcasmes contre les dieux, de professer l'athéisme eu plein sénat, etc. D'autie part, on sait avec quelle rigueur ils ont défendu l'introduction de toute religion nouvelle, avec quelle cruauté ils ont persécuté les prédicateurs et les sectateurs du christianisme; ils ont poussé le fanatisme jusqu'à croire qu'ils étaient redevables de leurs victoires et de leur prospérité à la protection des dieux, que le salut de l'empire dépendait de la conservation du paganisme. Voy. l'IIist. de rAcad. des Inscript., t. XVI,in-12, p. 2li2. Mais on sait aussi l'effet qu'a produit cette contradiction ridicule. Polybe et d'autres ont observé que l'irréligion des particuliers, et surtout des grands, étouffa peu à peu les vertus patriotiques, causa la décadence et enfin la ruine totale de l'empire. Cet exemple même doit servir de leçon à tout gouvernement qui serait tenté d'imiter une conduite aussi absurde. Vainement l'on a encore insisté sur la liberté de la presse qui règne en Angleterre; la conduite des Anglais n'a été ni plus conséquente, ni plus sensée que celle des Romains. Dans le temps que le gouvernement laissait publier impunément
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des livres d'athéisme et d'irréligion, si un écrivain avait t'ait un livre pour prouver qu'il fallait rétablir en Angleterre le catholicisme et l'ancienne autorité des rois, il aurait expié cette liberté de penser sur un échat'aud. Enfin, a force de tolérer la licence, le gouvernement s'est trouvé obligé de la réprimer, et de punir les auteurs de livres impies. — 6° Pendant plus de cinquante ans les incrédules français ont joui à peu près de la môme liberté' que les Anglais; il n'est aucune de leurs productions qui n'ait vu le jour : il y a de quoi former une bibliothèque entière d'irréligion. Ils ont prêché successivement le déisme, l'athéisme, le matérialisme; ils se sont emportés avec une fureur égale contre les prêtres, contre les magistrats, contre les lois, contre les souverains : que diront-ils de plus, et quel etï'et ont-ils produit? Ils ont enlevé à la religion quelques esprits faux que le libertinage lui avait déjà débauchés; ils ont augmenté la corruption des mœurs dans tous les états, ils ont multiplié les suicides autrefois inouïs; ils ont donné lieu à des crimes dont les magistrats ont été forcés de punir les coupables. Tels sont leurs exploits et les grands avantages que produit la liberté de penser, d'écrire et de déraisonner. Voy. Tolérance, Intolérance, etc.
Liberté politique. Cet article ne tient que très-indirectement à la théologie; mais, comme il a plu aux incrédules de soutenir que le christianisme est de toutes les religion la moins favorable à la liberté des peuples , il est de notre devoir de prouver le contraire. Après avoir montré, au mol Despotisme, que ce vice du gouvernement ne vient point de la religion, il nous reste encore à faire voir qu'il n'est point de vraie liberté que celle qui est fondée sur la loi divine et sur la religion, qu'aucune religion ne tend plus directement que la nôtre à contenir dans de justes bornes l'autorité du souveiain. La Politique tirée de l'Ecriture suinte, par M. Bossuet, nous fournit des preuves surabondantes ; mais nous ne prendrons que les principales, et les réflexions de nos adversaires mômes achèveront de mettre en évidence le fait que nous soutenons.
Dans l'Ancien et le Nouveau Testament, nous apprenons que tous les hommes sont frères, nés du même sang , destinés tous à jouir des bienfaits du Créateur (Gen.. c. i, v. 28 ; c. xix, v. 7 ; Mat th. c. xxm, v. 8, etc.). Comme la société leur est nécessaire pour leur bien, Dieu les a formés pour vivre ensemble et s'aider mutuellement ; la société ne pouvant subsister sans subordination, il a fallu des lois et un pouvoir souverain pour les faire exécuter. C'est Dieu lui-même qui a donné des lois aux premiers hommes, et qui a fondé la société civile par la société domestique ; afin de rendre les lois civiles plus respectables, Dieu lit placer dans un môme code celles des Juifs avec les lois morales et les lois religieuses. L'Ecriture nous enseigne encore que toute puissance hu-
maine vient de Dieu, que c'est lui qui es a iixé l'étendue et les bornes (llom., c. xm, v. 1 et suiv.). Les rois ne sont donc p*»s les propriétaires du pouvoir souverain, mais seulement les dépositaires : c'est à Dieu qu'ils doivent tn rendre compte. Dieu les nomme pasteurs de son peuple : comme le troupeau n'est point fait pour le pasteur, mais le pasteur pour le troupeau, ce n'est point | our l'avantage personnel des rois que Dieu les a placés sur le trône, mais pour le b en du peuple ; le peuple est à Dieu, et non au roi ; celui-ci doit être l'image de la bonté de Dieu et le ministre de sa providence loujours juste et bienfaisante.
Dieu n'a point dispensé les rois de la loi générale qui ordonne à tout homme de faire aux autres ce qu'il veut qu'on lui fasse (Matth., c. vu, v. 12j, il leur commande, au contraire, d'avoir continuellement sa loi sous les yeux, celte loi éternelle , juste et sainte, qui ne fait point acception des personnes , et qui pourvoit également aux droits de tous (Deut., c. xviii, v. 1G et suiv.). Il les avertit que, quand ils jugent, ce n'est pas leur propre jugement qu'ils exercent, mais celui do Dieu ; qu'il les jugera lui-même, et que s'ils abusent de leur pouvoir, il les punira plus sévèrement que les particuliers (Sap.,c. vi, v. 2,3, 9, etc.). En effet, l'histoire sainte nous montre les rois toujours punis de leurs fautes parla révolte de leurs sujets, par des ennemis étrangers, par les désordres de leur propre famille, par les lléaux que Dieu leur envoie. Si à ces grandes leçons nous ajoutons toutes les vertus que Dieu commande aux souverains, la justice, la sagesse, la douceur , la modération , la clémence , la constance et la fermeté, la piété, la chasteté, l'assiduité aux affaires, la prudence dans le choix des ministres , le soin de soulager les pauvres et de protéger les faibles, de renoncer à toute conquête injuste , d'éviter la guerre, source féconde de désastres et de malheurs : quel prétexte un roi trouvera-t-il dans sa religion pour opprimer les peuples, lour leur ravir le degré de liberté que Dieu eur a laissée , et qui est nécessaire à leur jonheur, pour établir le despotisme sur la ruine des lois? Lorsqu'un philosophe a écrit que la superstition a fait croire aux hommes que les dépositaires de l'autorité publiquo avaient reçu des dieux le droit de les asservir et de les rendre malheureux, Polit, nat., tom. II, dise. 5, § 7, il devait du moins avouer que cette superstition n'est pas née du christianisme. Quel système nos profonds politiques ont-ils imaginé qui soit plus favorable à la liberté des peuples? Us sont forcés d'observer eux-mêmes qu'are libre ce n'est pas avoir le pouvoir de faire tout ce qu'on veut, mais tout ce qu'on doit vouloir; que l'homme étant destiné par la nature à vivre en société, il est par là même assujetti à tous les devoirs qu'exige le bien cummun de la société dans laquelle sa naissance l'a placé. Ibid.
Le degré de liberté légitime est donc relatif au caractère de chaque nation, a la me-