‹ Œuvres completes de Bergier (volume 3)Chapitre 37 sur 228 · SOS LIB · texte numérisé non relu

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sure d'intelligence et de sagesse qu'elle a pour se conduire, de vertu à laquelle elle est parvenue , ou de corruption dans laquelle elle est tombée. Un peuple léger, frivole, inconstant, perverti par le luxe et par un goût effréné pour le plaisir, auquel il ne reste ni mœurs, ni patriotisme, ni respect pour les lois, est-il capable d'une grande liberté? Plus il la désire, moins il la mérite ; plus il semble redouter l'esclavage, plus il fait de pas pour y tomber; ses clameurs contre le despotisme avertissent le gouvernement de bander tout ses ressorts et de renforcer son pouvoir : c'est parle despotisme môme que Dieu menace de punir une nation vicieuse (lsaï., xix, k).

Nos politiques incrédules, qui ne veulent ni Dieu ni loi divine, commencent par supposer que l'homme est libre par rature, affranchi de toute loi , maître absolu de luimême et de ces actions ; (pie sa liberté ne peut être gênée qu'autant qu'il y consent pour son bien ; que la société civile est fondée sur un contrat par lequel l'homme s'est soumis aux lois et au souverain, afin d'en être protégé ; que, quand il sent qu'il est mal gouverné, il peut rompre son engagement et rentrer dans l'indépendance.

Au mot Société nous réfuterons ce système absurde ; il est bien étrange que des philosophes, qui nous refusent la liberté naturelle ou le libre arbitre, veuillent pousser si loin la liberté politique. C'est une contradiction d'affirmer que l'homme est destiné à la société par la nature, que cependant il est libre par nature et affranchi de toute loi. La société peut-elle donc subsister sans loi, et y a-t-il des lois lorsque personne n'est tenu de les observer? La nature ne signifie rien, si par ce terme l'on entend autre chose que la volonté du Créateur; la nature, prise pour la matière, ne veut rien , n'ordonne rien, ne dispose de rien ; maisDieu, créateur de l'homme, est aussi l'auteur de ses besoins et de sa destinée, par conséquent de la société et des lois sociales ; c'est lui qui , sans consulter l'homme , lui a imposé pour son bien les devoirs de société. C'est donc une absurdité de supposer que l'homme, qui a Dieu pour maître , est cependant son propre maître, qu'il peut disposer de lui-même contre la volonté de Dieu , qu'il faut un contrat pour limiter sa liberté, lorsque Dieu y a mis des bornes. La liberté du citoyen est-elle donc mieux eu sûreté sous sa propre garde (pie sous celle de Dieu? S'il peut à son gré rompre ses engagements, la force seule peut l'assujettir; un souverain qui compte sur un autre moyen pour retenir ses sujets sons le joug des lois, est un insensé; dès qu'il n'est pas despote, il n'est plus rien. Ainsi, en voulant outrer la liberté politique, on l'anéantit,

Mais la religion y a mieux pourvu : en rapportant a Dieu la société "civile, aussi bien que la société naturelle, elle a fondé sur une base inébranlable l'autorité des rois, l'obéissance des peuples et les bornes légitimes de l'un ot de l'autre. La loi divine,

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source de toute justice, le bien général de la société dont Dieu est le père, voilà les deux règles desquelles il n'est jamais permis de s'écarter. Ce bien général exige que le peuple ne soit 'jamais blessé dans les droits qui lui sont attribués parles lois; mais il exige aussi que le souverain ne soit pas gêné dans l'exercice de son autorité par un pouvoir plus grand que le sien : le bien général ne demande point que le peuple soit le juge et l'arbitre de l'étendue de sa liberté, ni des bornes du pouvoir du souverain : l'expérience ne prouve que trop les abus qui résulteraient de cette constitution.

Nos adversaires n'ont pu les méconnaître ; plusieurs ont avoué qu'en général le peuple est incapable de se former une vraie notion de la liberté. « Pour peu, dit l'un d'entre eux, que l'on consulte l'histoire des démocraties, tant anciennes que modernes, on voit queledélire et la fougue président communément aux conseils du peuple Une

multitude jalousa et ombrageuse croit avoir à se venger de tous les citoyens que le mérite, les talents ou les richesses lui rendent odieux ; c'est l'envie et non la vertu qui est le mobile ordinaire des républiques. » 11 le prouve par l'exemple des Athéniens, des autres peuples de la Grèce et des Romains; il montre le ridicule des Anglais, qui, par une crainte puérile de l'esclavage, ne font régner aucune police chez eux. « Est-ce donc jouir d'une vraie liberté, dit-il, que d'être exposé sans cesse aux insultes, aux boutades, aux excès d'une populace effrénée, qui croit par sesdésordres exercer sa liberté ? » Polit, nat., tome II, dise. 7, § kl ; dise. 9, § 6, etc. Un autre a pensé de même : « Dans la démocratie, dit-il, bientôt le peuple, qui ne raisonne guère, qui ne distingue nullement la liberté de la licence, se vit déchiré par des factions; étourdi , inconstant , impétueux dans ses passions, sujet à des accès d'enthousiasme, il devint l'instrument de l'ambition de quelque harangueur, qui s'en rendit le maître et

bientôt le tyran Ainsi la démocratie, en

proie aux cabales, à la licence, à l'anarchie , ne procure aucun bonheur à ses citoyens, et les rend souvent plus inquiets de leur sort que les sujets d'un despote ou d'un tyran. » Système soeial, ne part. c. 2, pag. 1k, 31, etc. Un troisième n'a pas conçu une idée plus avantageuse de la liberté prétendue des Grecs et des Romains sous le gouvernement républicain ; il pense qu'il y a plus de liberté populaire aujourd'hui même dans les monarchies, qu'il n'y en avait dans les anciennes républiques. De la félicité publique, tom. Il , c k. David Hume' avait déjà fait celte observation ; et l'auteur, qui a recherché l'origine du despotisme oriental, semble l'avoir adoptée. Mais ces divers auteurs ne nous ont pas instruits des causes de cette heureuse révolution ; nous soutenons que l'Europe en est redevable au christianisme , puisqu'elle ne s'est faite que chez les nations chrétiennes. On a fait un crime à M. Bossuet d'avoir prouvé que le pouvoir des rois doit être absolu, Polit, tirée de l'Ecriture sainte, tom. I,

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liv. îv, art. 1". L'on a, pour rendre cette doctrine odieuse , affecté de confondre le pouvoir absolu avec le pouvoir illimité et arbitraire. Mais Bossuet lui-même s'est récrié contre cette injustice ; il a soigneusement distingué ces deux choses. Par le pouvoir absolu, il entend, 1° que le prince n'est pas obligé de rendre compte à personne de ce qu'il ordonne ; 2° que quand il a jugé, il n'y a point de tribunal supérieur auquel on puisse en appeler ; 3° qu'il n'y a point de force coactive contre lui. Sans cela, dit-il, le prince ne pourrait faire le bien, ni réprimer le mal ; il faut que sa puissance soit telle que personne ne puisse espérer de lui échapper : a seule défense des particuliers contre la puissance publique doit être leur innocence. Jbid. jMais il faut observer que les rois ne sont pas affranchis pour cela des lois, encore moins d'écouter les représentations et les remontrances; il prouve que les lois fondamentales de la monarchie doivent être sacrées et inviolables; qu'il est même trèsdangereux de changer sans nécessité celles qui no le sont pas, tom. I, liv. i, art. k. Après avoir fait voir en quoi consiste le gouvernement arbitraire, il dit que cette l'orme est odieuse et barbare, qu'elle ne peut avoir lieu chez un peuple bien policé ; que sous un Dieu juste il n'y a point de pouvoir purement arbitraire, tom. II, liv. vin, art. 1, prop. 4; art. 2, prop'. 1. C'est donc très-mal à propos qu'on l'accuse d'avoir favorisé le despotisme. — Ce sont plutôt nos adversaires qui travaillent à l'établir, en délivrant les rois du frein de la religion. Un souverain, qui envisagerait les hommes comme un vil troupeau de brutes sorties par hasard du sein delà matière, serait-il plus porté à respecter leur liberté et à s'occuper de leur bien-être, que celui qui les regarde comme les créatures d'un Dieu juste et sa.^e, comme une grande famille dont Dieu est le père, comme des âmes rachetées par le sang d'un Dieu, comme les héritiers futurs d'un royaume éternel, etc. — Ils disent que la religion ne fait point d'impression sur les rois; que s'ils étaient athées, ils ne pourraient pas être pires; que le seul moyen de les forcera être justes, est la raison : déclamation fougueuse et absurde. La crainte agitelle plus puissamment sur les despotes que la religion? Un sultan ne peut ignorer qu'à tout moment il peut être détrôné, emprisonné et étranglé : il ne faut pour cela qu'une sentence du mufti, ou une révolte des soldats : on en connaît plusieurs exemples ; ont - ils produit beaucoup d'effet ? La Chine a essuyé vingt-deux révolutions générales; elles n'y ont pas allégé le joug du despotisme. Rome n'a été opprimée par un plus grand nombre de mauvais empereurs, que dans le temps qu'ils étaient massacrés impunément : on en compte trentedeux en moins d'un sièele. Nous cherchons vainement dans l'histoire ce que les peuples y ont gagné.

Nous convenons qu'un roi athée, s'il était né bon, ferait moins de mal que s'il

DlCTIONN. DE ÏHÉOL. DOGMATIQUE. 111

était né méchant; mais comme nous n'en connaissons aucun qui ait fait profession d'athéisme, nous ne savons pas jusqu'à quel point un tel monstre serait capable de porter la cruauté. Peut-on prouver que parmi les princes chrétiens, ceux qui ont été les plus religieux et les plus pieux, ont été les plus mauvais? La plus grande grâce que l'on puisse faire aux incrédules est d'oublier les invectives séditieuses auxquelles ils se sont livrés. Voy. Autorité, Gouvernement, Roi.

LIBERTINI. Voy. Affranchis.

LIBERTINS, fanatiques qui s'élevèrent en Flandre vers l'an 15*7. Ils se répandirent en France : il y en eut à Genève, à Paris, mais surtout à Rouen , où un cordelier infecté du calvinis ne enseigna leur doctrine. Ils soutenaient qu'il n'y a qu'un seul esprit de Dieu répandu partout, qui est et qui vit dans toutes les créatures; que notre âme n'est autre chose que cet esprit de Dieu, et qu'elle meurt avec le corps : que le péché n'est rien, et qu'il ne consiste que dans l'opinion, puisque c'est Dieu qui fait tout le bien et tout le mal; que le paradis est une illusion et l'enfer un fantôme inventé par les théologiens. Ils soutenaient que les politiques ont forgé la religion pour contenir les peuples dans l'obéissance, que la régénération spirituelle ne consiste qu'à étoulfer les remords de la conscience; la pénitence, qu'à soutenirque l'on n'a fait aucun mal; qu'il est permis et même expédient de feindre en matière de religion et de s'accommoder à toutes les s.jctes. — ils ajoutaient à tout cela des blasphèmes contre Jésus-Christ, en disant que ce personnage était un je ne sais quoi, composé de l'esprit de Dieu et de l'opinion des hommes. Ces principes impies leur tirent donner le nom de libertins que l'on a toujours pris depuis dans un mauvais sens. Ils se répandirent aussi en Hollande et dans le Brabant. Leurs chefs furent un tailleur de Picardie, nommé Quintin, et un nommé Coppin ou Choppin, qui s'associa à lui et se fit son discipl1.

On voit que leur doctrine est en plusieurs articles la même que celle des incrédules d'aujourd'hui; le libertinage d'esprit, qui se répandit à la naissance du protestantisme, devait naturellement conduire à ces excès tous ceux dont les mœurs étaient corrompues. — Quelques historiens ont rapporté autrement les articles de croyance des libertins dont nous parlons, et cela n'est pas étonnant; une secte, qui professe le libertinage d'esprit et de cœur, ne peut pas avoir une croyance uniforme.

On dit qu'un des plus grands obstacles que Calvin trouva, lorsqu'il voulut établir à Genève sa réformation, fut un nombreux parti de libertins, qui ne pouvaient souffrir la sévérité de sa discipline; et l'on conclut de là que le libertinage était le caractère dominant de l'Eglise romaine. Mais ne s'estil plus trouvé de libertins dans aucun des lieux où la prétendue réforme était Lien établie et le papismo profon lément oublié?

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Jamais le nombre d'hommes pervers, perdus de mœurs et de réputation n'a été plus grand que depuis l'établissement du protestantisme; on pourrait le prouver par l'aveu même de ses plus zélés défenseurs. 11 est évident que les principes des libertins n'étaient qu'une extension de ceux de Calvin. Ce réformateur le comprit très-bien, lorsqu'il écrivit contre ces fanatiques ; mais il ne put réparer le mal dont il était le premier auteur. (Hist. de l'Eglise gallicane, t. XV1I1, an. 1549.)

LIBRE. Dans le xvie siècle on donna ce nom à quelques hérétiques qui suivaient les erreurs des anabaptistes, et qui secouaient le joug de tout gouvernement, soit ecclésiastique, soit séculier. Ils avaient des femmes en commun , et ils appelaient union spirituelle les mariages contractés entre frère et sœur; ils défendaient aux femmes d'obéir à leurs maris lorsqu'ils n'étaient pas de leur secte. Ils se prétendaient impeccables après le baptême, parce que , selon eux , il n'y avait que la chair qui péchât ; et dans ce sens, ils se nommaient des hommes divinisés. Ce n'est pas ici la seule secte dans laquelle le fanatisme se joint à la corruption des mœurs ; plusieurs autres ont eu recours au même expédient pour étoulfer les remords et satisfaire plus librement les passions. Gauthier, Chronique, sect. 10, c. 70.

* Libres penseurs. Il y a eu de tout temps des libres penseurs, des esprits forts, qui ont dédaigné les routes battues et se sont frayé des sentiers inconnus du vulgaire. La maladie d'innover est aussi ancienne que l'homme ; elle a son fondement dans l'orgueil de notre nature. Quoi de plus agréable que de se dire : c Le monde avant moi marchait dans les ténèbres, j'ai fait luire la lumière '! » Il s'en faut cependant que les effets répondent à de telles prétontions. Que sont toutes les inventions religieuses, philosophiques, politiques, sociales, qui s'étalent chaque matin sous nos yeux, sinon de vieilles idées condamnées par l'expérience et flétries par l'histoire? Nous avons vu le mal que les libres penseurs du x\e et du xviii' siècle ont fait à la religion. Nous voyons le tort que les libres penseurs font à la société et aux gouvernements établis. Leurs belles théories amoncellent des ruines et rien que des ruines.

Il y a eu en Angleterre une société religieuse connue sous le nom de Libres penseurs. Ils ne reconnaissaient ni divinité de Jésus-Christ, ni péché originel, ni baptême, ni cène, ni chant. Leurs réunions consistaient en banquets fraternels qui rappelaient ceux des premiers chrétiens. Ils n'avaient d'autres livres sacrés que l'Evangile qu'ils expliquaient d'une manière tout humaine. On voit que ce n'étaient des chrétiens que de nom, et en réalité, de ces prétendus philosophes qui se sont multipliés pour le malheur du monde. Les libres penseurs existent encore en Angleterre comme association religieuse.

LICENCE, LICENCIE. Dans la faculté de théologie, on nomme licence le cours d'études de deux ans qui se fait depuis qu'un étudiant a reçu le degré d-e bachelier, jusqu'à ce qu'il obtienne celui de licencie'. Un bachelier en licence es', celui q*". fait ce cours d'études ; il est obligé d assister à toutes les thèses qui se soutiennent, d'y argumenter, de subir plusieurs examens et de soutenir

des thèses. Le degré de licencié est ainsi nommé, parce que celui qui l'obtient reçoit non-seulement la licence ou la permission de se retirer, mais le privilège de lire et d'enseigner publiquement la théologie. Voy. Degré.

Comme le goût dominant de notre siècle est de changer tout ce qui s'est fait autrefois, il s'est trouvé des censeurs qui ont blâmé ceUe manière d'exercer les jeunes gens à la théologie. Us ont dit que les études de licence n'étaient bonnes qu'à faire des disputeurs, à perpétuer les subtilités de la scolastique, à dégoûter du travail paisible du cabinet ; que de fréquents examens à subir, et la lecture assidue des bons auteurs seraient plus capables de donner aux ecclésiastiques les connaissances dont ils ont besoin pour servir utilement l'Eglise.

On nous permettra de prendre la défense de l'usage établi. 1° Il farut un aiguillon puissant pour exciter à l'étude des jeunes gens souvent paresseux, dissipés, trop confiants à leur capacité naturelle. Le plus puissant de tous est certainement l'émulation ou le désir de se distinguer parmi des compagnons d'étude ; un jeune théologien ne connaît bien ses forces ni sa faiblesse que quand il s'est mesuré avec ceux qui courent la môme carrière. Le désir de mériter l'approbation et les suffrages des examinateurs ne sera jamais aussi vif que l'ambition de l'emporter sur des concurrents. Une preuve de cette vérité, c'est que plusieurs négligent l'étude après leur licencey parce qu'ils n'ont plus le même motif d'émulation.— 2° Quoi qu'on en dise, la méthode scolastique est nécessaire : nous le prouverons en son lieu. Les hérétiques l'ont décriée, parce qu'elle aguerrit contre eux les théologiens catholiques, et il est fort aisé d'en corriger les défauts, s'il s'y en trouve encore. Se flattera-t-on de créer aujourd'hui, par une méthode nouvelle, des théologiens plus habiles que Bossuet, Fénelon, Tournély, etc., qui avaient fait leur licence? — 3° Rien n'empêche les évêques d'établir pour les ecclésiastiques, après leur licence, des examens sur les questions de morale et de pratique, sur l'explication de l'Ecriture sainte, sur la discipline de l'Eglise, etc. Autrefois la maison épiscopale était le séminaire des clercs, et l'évêque lui-même leur premier maître ; aucun ecclésiastique ne refuserait de se soumettre à ce nouveau cours d'études en sortant de dessus les bancs ; l'émulation y serait entretenue par l'espérance d'être plus promptement et plus avantageusement placé qu'un autre. 11 faudrait donc commencer par essayer quelque part la méthode que l'on juge être la meilleure ; si elle réussissait mieux que l'ancienne, il serait permis alors de raisonner d'après ce succès : jusqu'à ce que l'épreuve soit faite, il faut se défier beaucoup du jugement des réformateurs.

* LIEUX SAINTS. Rien au monde n'est plus digne de fixer l'attention de l'homme que tout ce qui tient au culte de la Divinité. Il puise de profonds enseigne-

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wenlS dans l'élude des dogmes qui sont le fondement de loulo religion, dans la connaissance des cérémonies qui doivent en manifester l'esprit, dans l'idée de ses ministres qui doivent l'honorer. Il n'y a pas même jusqu'aux lieux consacrés par les peuples pour honorer la Divinité, qui ne doivent parler au cœur de l'homme. Ces lieux méritent de devenir l'objet de

notre étude. ,.,,.. ... ,

Les hommes ont-ils eu, des 1 origine, des lieux plus •spécialement consacrés au service divin ? L'homme a besoin d'un culte public ; notre nature et l'histoire du genre humain en attestent la nécessité. Il est donc aussi ancien que lemonde. Mais, dans nos idées, un culte public, et des lieux plus spécialement consacrés à la Divinité sontcorrélatifs. Nous croyons donc que, dès l'origine, les hommes ont eu des lieux plus spécialement consacrés au culte de la Divinité.

Le Pentaleuque nous révèle que tes premiers enfants de la terre, aussi simples dans leurs rites que dans leurs mœurs, rendaient partout, sans distinction de lieux, leurs hommages au Créateur de toutes choses. Un autel de pierre élevé au fond de la vallée, des fruits offerts au pied de l'arbre qui les avait portés, par la main peut- être qui les avait détachés, des animaux immolés dans le champ qui les avait nourris, la prière sur la montagne, où il était permis de sacrifier, voilà quels furent les lieux sacrés à l'origine.

Abraham, afin sans doute d'environner de plus de respect l'autel qu'il avait dressé à Bersabée, planta tout autour un bois, où il se rendait lui et ses enfants avec l'assiduité la plus louable. Cet usage se répandit rapidement, et toutes les hauteurs furent à la fois plantées de bocages». — Les païens consacrèrent des arbres à leurs divinités. Ils placèrent au milieu de» sombres forêts les temples des divinités farouches. Un bois de myrte environnait la demeure des dieux des plaisirs. Leurs adorateurs pouvaient s'égarer dans les sentiers tortueux et se livrer à la volupté sous la garde du dieu tulélaire. Peut-on s'étonner, après cela, que le Seigneur ait ordonné aux Israélites d'abattre les forêts desChananéens, de détruire leurs statues ? C'était un devoir prescrit par la morale ; c'était une nécessité pour un peuple qui éprouvait un si violent penchant pour les divinités étrangères. H leur fallait un culte sévère qui leur rappelât sans cesse l'unité de Dieu. C'est ce que faisait très-bien le tabernacle, le seul qu'il fût permis d'élever au Seigneur.

Lieux théologiques. Ce sont les sources dans lesquelles les théologiens puisent des preuves pour appuyer les vérités qu'ils veulent établir. Dans le même sens, Cicéron a nommé lieux oratoires les sources qui fournissent des preuves aux orateurs.

Melchior Cano, dominicain, évoque des Canaries, qui avait assisté au concile de Trente, a lait un très-bon traité des Lieux théologiques. Il serait à souhaiter que la forme en lût aussi agréable que le fond en est solide ; mais il s'est trop attaché à la méthode scolastique ; c'est ce qui rend la lecture de cet ouvrage peu attrayante. L'auteur est mort au milieu du xvi* siècle, dans un temps auquel les études de théologie n'avaient pas encore pris la bonne route qu'elles suivent aujourd'hui. Après avoir remarqué que la théologie est une science de tradition, et non d'invention, d'autorité et non de raisonnements, il distingue dix espèces de preuves ou de lieux théologiques : ll i'Ecriturc sainte, qui est la parole de Dieu; 2" la tradition conservée de vive voix depuis les apôtres jusqu'à nous; 3° l'autorité do

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'Eglise catholique ; h" les décisionsdes roncil es ;énéraux qui la représentent; 5" l'autorité

gêné

de l'Eglise romaine ou des souverains pontifes; G" le témoignage des Pères de l'Eglise; 7° le sentiment des théologiens qui ont succédé aux Pères dans la fonction d'enseigner, et auxquels on peut joindre les canonistes ; 8° les raisonnements par lesquels on tire des conséquences de ces différentes preuves ; 9° l'opinion des philosophes et des jurisconsultes ; 10° le témoignage des historiens touchant les matières de fait. On trouvera dans ce Dictionnaire des articles particuliers sur chacun de ces chefs.

1° Pour établir l'autorité de l'Ecriture sainte, l'évèque des Canaries observe que Dieu, dont elle est la parole, ne peut nous induire en erreur, ni par lui-même, ni par l'organe de ceux qu'il a inspirés, et auxquels il a donné mission pour déclarer ses volontés aux hommes. Il prouve que le discernement des livres que l'on doit recevoir comme parole de Dieu ne peut se faire que par le jugement de l'Eglise. Il réponl aux raisons des hérétiques qui ont prétendu que l'on peut discerner ces livres par eux-mêmes, et découvrir sans autres secours s'ils sont inspirés ou non. Quant aux livres dont la canonicité a été révoquée en doute pendant quelque temps, il montre que l'on ne doit pas les rejeter. Il établit l'autorité de la version Vulgate, sans contester l'utilité des textes originaux, ni de l'étude des anciennes langues ; il fait voir que cette version fait preuve et doit être reçue pour authentique dans le sens que Fa 'déclaré le concile de Trente. Il traite ensuite la question do savoir jusqu'à quel point l'on doit étendre l'inspiration et f assistance que Dieu a donnée aux auteurs sacrés ; il soutient que ces écrivains n'ont pu se tromper en rien, qu'il n'y a aucune erreur dans leurs écrits, qu'il n'a cependant pas été nécessaire que Dieu leur dictât jusqu'aux mots et aux syllabes. Voy. Canon, Ecriture sainte, Inspiration, etc. — 2° Sur le second chef, Melchior Cano s'attache à prouver que les apôtres, outre les vérités quils ont mises par écrit, en ont enseigne d'autres que l'Eglise a soigneusement conservées, et que l'on doit y croire comme à celles qui sont consignées dans l'Ecriture sainte. Il observe que l'Eglise de Jésus-Christ était formée avant que le Nouveau Testament eût été écrit, à plus forte raison avant que l'on eût pu le traduire dans les différentes langues des peuples convertis. 11 fait voir que la virginité perpétuelle de Marie, la descente de Jésu^- Chnst aux enfers, la validité du baptême des enfants, etc., qui sont des dogmes de la foi chrétienne, ne se trouvent pas clairement et formellement révélées dans les Ecritures; qu'il en est de même de plusieurs usages qui viennent certainement des apôtres. Il n'y a d'ailleurs aucune raison de croire que les apôtres ont mis par écrit tout ce qu'ils ont enseigné de vive voix; celles que les protestants ont alléguées pour le prouver ne sont pas plus solides : notre auteur y répond;

il donne dos règles pour discerner les traditions que l'on doit regarder comme apostoliques. Voj/. Tradition. — 3° En troisième lieu, touchant l'Eglise, après avoir fixé le sens de ce terme, et après avoir montré qui sont les membres de cette société sainte, Cano prouve qu'elle ne peut ni tomber dans l'erreur, ni y entraîner les fidèles, conséquemrnent que le corps des pasteurs chargé d'enseigner ne peut ni se tromper, ni égarer le troupeau : il discute les autorités, les faits, les raisonnemenfs que les hérétiques ont opposés à cette vérité. Voy. Eglise, Infaillibilité.— k" Ce qui est vrai à l'égard de l'Eglise universelle s'applique naturellement aux conciles généraux qui la représentent ; l'Eglise môme ne peut professer et déclarer sa foi d'une manière plus authentique ni plus éclatante que dans une assemblée générale de ses pasteurs. Conséquemment Cano soutient que dans les matières qui concernent la foi et les mœurs, un concile général est infaillible ; mais, comme tous les théologiens ultramontains, il fait dépendre cette infaillibilité de '.à convocation, de la présidence et de la confirmation qu'en fait le souverain pontife, tellement que si une de ces choses manque, le concile n'a plus aucune autorité : doctrine à laquelle nous ne souscrivons point, et qui est conlraire à celle du clergé de France. Voy. Concile, Infaillibilité. — 5° De même , en traitant de l'autorité du souverain pontife en matière de foi, l'évêque des Canaries fait son possible pour la rendre égale à celle d'un concile général; il allègue les passages d î l'Ecriture sainte, des conciles, des Pères de l'Eglise, surtout des papes, qui semblent favorables à celte opinion. Mais M. Bossuet, dans sa Défense ae la Déclaration du clergé de France de 1682, a solidement répondu à toutes ces autorités ; il a fait voir que les ultramontains en poussent trou loin les conséquences, et il leur appose des preuves auxquelles Cano ne satisfait point. Voy. Pape, Infaillibilité (1

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