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ères de
0° A l'égard de l'autorité des P 1 Eglise, il observe que leur sentiment, lorsqu'il n'est pas unanime, ou du moins suivi par le très-grand nombre, ne fait qu'un argument probable. A cette occasion, il s'élève contre les théologiens qui ont voulu fa re du seul saint Augustin un cinquième évangile, et donner à ses ouvrages une autorité égale à celle des livres canoniques. Voy. Saint Augustin. Mais il soutient qu'en fait de matières dogmatiques, lorsque le trèsgrand nombre des Pères enseignent unt»
môme doctrine, on doit regarder ce consentement comme une marque certaine de vérité. En elfet, si presque tous avaient adopté une môme erreur, il s'ensuivrait qu'.ls y ont entraîné l'Eglise entière, puisqu en général les fidèles ont toujours suivi avec docilité la doctrine des Pères, et les ont regardés comme leurs maîtres et leurs
(1) Nous avons combattu l'opinion gallicane dans nos art. Déclaration du clergé ue Frange, de 1682, Ct Infaillibilité du p\pe.
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guides. D'ailleurs, comment un grand nombre d'hommes recommandables par leurs lumières et par leurs vertus, qui ont vécu en différents temps et en différents lieux, entre lesquels il ne peut y avoir eu de collusion, auraient-ils embrassé tous la même opinion sans fondement, sans intérêt contre toute apparence de vérité ? L'unanimité ou la presque unanimité de leurs sentiments sur une question dogmatique n'a pas pu se former par hasard : on ne peut en imaginer une autre cause que la solidité des preuves. Voy. Pères de l'Eglise. — 7° Après avoir allégué les reproches et les invectives que les hérésiarques et leurs partisans ont vomis contre les théologiens, l'auteur, sans dissimuler les déiauts dans lesquels plusieurs scolasliques sont tombés, lait voir qu'on ne doit pas les attribuer à la théologie, de même que l'on ne rend point la philosophie responsable des défauts des philosophes, fl convient que, quand les théologiens disputent et ne sont point d'accord sur une question, leur avis ne fait pas preuve; mais lorsque le très-grand nombre sont de même sentiment, il y a de la témérité à le contredire et a le taxer d'erreur. En effet, nonseulement le commun des fidèles se trouve dans la nécessité de s'en rapporter à "eux qui sont shargés d'enseigner, mais les pasteurs môme de l'Eglise, assemblé? en concile, n'ont jamais manqué de consulter les théologiens et de prendre leur avis. Il en est de môme des canonist s en matière do lois et de discipline. On voit aisément que /es calomnies des hérétiques contre les théologiens leur ont été dictées par la passion; il leur et it nilurel de haïr et de décrier des adversaires qu'ils redoutaient, et qui souvent les couvraient de confusion. Voy. Théologie, Scolastique. — 8° Sur l'usage que l'on doit faire du raisonnement dans les matières théologiques, Cano conj\i nt qu3 les scolastiques des derniers siècles en ont abusé, lorsqu'au lieu de fonder les dogmes de la foi sur l'Ecriture sainte et sur la tradition, ils se sont attachés à les prouver principalement par des raisonnements philosophiques. Mais il n'approuve pas non plus ceux qui aura ent voulu bannir de la théologie l'usage de la dialectique et des autres sciences humaines. Puisque les hérétiques et les incrédules s'en servent pour attaquer les vérités de la foi, un théologien, pour les défendre, est obligé de recourir aux mêmes armes; et cela n'a jamais été plus nécessaire que dans notre siècle, puisque l'on y a fait usage de to .tes es sciences pour attaquer l'Ecriture sainte ut les preuves de notre religion. Une étude indispensable est celle de la critique pour apprendre à distinguer les monuments authentiques d'avec ceux qui ne le sont pas. Voy. Critiqie, Métaphysique. — 9" En parlant des philosophes, notre auteur ne dissimule pas que, dans l'origine du christianisme, ils en ont été les plus mortels ennemis, et que, selon les observations des Pères de l'Eglise, les hérésies ont été enfan-
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tées par dos hommes qui ont voulu assujettir les dogmes révélés de Dieu aux opinions philosophiques. Les Pères ont donc été obligés de connaître ces opinions, et ils s'en sont servis avec avantage, soit pour réfuter les erreurs, soit pour défendre les vérités chrétiennes. Aujourd'hui on leur en fait un crime, sans vouloir considérer les circonstances dans lesquelles ils étaient, le caractère et le génie de leurs adversaires. Nous nous trouvons encore dans le même cas que les Pères, et nous sommes forcés de les imiter. Mais, loin de fonder les vérités révélées sur les opinions philosophiques, nous nous servons des premières pour discerner ce qu'il y a de vrai ou de faux dans les secondes. Celles-ci méritent d'autant moins de croyance, qu'elles changent de siècle en siècle/ 11 n'en est peut-être aucune qui n'ait déjà été successivement suivie et abandonnée, défendue et réfutée deux ou trois fois depuis la naissance de la philosophie. A la première apparition d'un système qui est ou qui paraît nouveau, les esprits superficiels l'embrassent avec enthousiasme; mais bientôt il se trouve des raisonneurs qui le détruisent de fond en comble. Nous pourrions en citer plusieurs exemples. Yoy. Philosophie.
Selon la remarque judicieuse de notre auteur, c'est un abus de vouloir que les auteurs sacrés, qui parlaient pour tout le monde, se soient servis du langage philosophique plutôt que du style populaire : leurs expressions ne peuvent donc servir ni à prouver ni à combattre les opinions spéculatives des philosophes; mais on doit rejeter celles-ci, lorsqu'elles paraissentimaginées exprès pour attaquer nos livres saints. L'évèque des Canaries dit deux mots des jurisconsultes, et montre jusqu'à quel point un théologien doit avoir connaissance du droit civil, dans quel cas l'Eglise a dû conformer ses lois à celles des souverains. Voy. Lois ecclésiastiques.
Le dixième, et le dernier des lieux théologiques, est le témoignage des historiens. Comme la plupart des preuves de la révélation sont des faits, la connaissance de l'histoire est absolument nécessaire à un théolo gien; il en a besoin pour concilier l'histoire sainte avec l'histoire profane : il ne doit donc négliger ni l'étude de la chronologie, ni celle de la géographie, qui sont les deux yeux de l'histoire, et ces deux sciences sont portées aujourd'hui à un grand degré de perfection. Mais ce serait une erreur de prétendre, comme font les incrédules, que la narration d'un auteur profane, souvent mal instruit, peut faire preuve contre un fait articulé distinctement par les écrivains sacrés. Plus on consulte les anciens monuments, plus on est convaincu que ces derniers méritent mieux notre confiance que tous les autres. Jusqu'à présent les incrédules, malgré toutes leurs recherches, n'ont encore pu montrer dans nos livres saints aucune erreur en fait d'histoire. Voy. Histoire sainte.
Cano examine, en détail, qui sont, parmi
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les historiens profanes ceux gui méritent Je pi js de crovance; et ce point de critique n'est pas facile à décider. 11 y a tant de variété entre eux sur les faits de l'histoire ancienne, que l'on ne sait souvent auquel on doit plutôt s'en rapporter. 11 fait la môme chose à l'égard des historiens ecclésiastiques; il ne dissimule aucun des reproches qu'on leur a faits; il déplore surtout l'imprudente crédulité de ceux qui ont dressé les légendes ou les- vies des saints, qui ont adopté, sans examen et sans critique, les fables populaires; qui ont rapporté une multitude de prodiges dénués de preuves ; mais inutilement les incrédules ont voulu en tirer avantage pour rendre douteux tous les faitsfavorables à notre religion. Voy. Légende. C'est de leur part un préjugé très-injuste de préférer toujours le témoignage des écrivains ennemis du christianisme à celui des Pères de l'Eglise et des apologistes de notre religion, de supposer qu'un auteur est indigne'de foi dès qu'il croit en Dieu. Voy. Histoire ECCLÉSIASTIQUE.
L'ouvrage dont nous faisons l'extrait est terminé par quelques discussions relatives aux objets qui y sont tra tés. Après avoir expliqué ce que c'est que la théologie, quel est son objet, sa fin, le degré de certitude qu'on doit lui attribuer, l'auteur distingue deux sortes de vérités de foi; les unes sunt celles que Dieu a expressément enseignées à son Eglise par une révélation écrite ou non écrite; les autres en sont une conséquence évidente : les unes ni les autres ne peuvent être niées ni révoquées en doute sans errer contre la foi. Sur cette matière, il est bon de consulter Holden, de Resolutione fidei. — Il examine ensuite les divers degfés t. 'erreur; il donne la notion d'une hérésie proprement dite; il montre en quoi elle es', différente d'une simple erreur; quelles règles l'on doit suivre pour imprimer à une proposition la note d'hérésie; ce que l'on entend par une proposition erronée, qui sent l'hérésie, qui offense les oreilles pieuses, qui est téméraire ou scandaleuse, etc. Voy. Censure. Enfin, il expose les précautions que l'on doit prendre, en faisant usage des divers Lieux théologiques dont il a parlé : en quels cas les arguments que l'on en tire peuvent être plus ou moins certains. Il donne lui-même l'exemple, en traitant trois questions théologiques selon la méthode qu'il a prescrite, savoir, le sacrifice de l'eucharistie, le degré de connaissance dont l'âme de Jésus-Christ a été douée dès l'instant de sa création, l'immortalité de l'âme.
LIGATURE. On donne quelquefois ce nom aux amulettes ou préservatifs, parce qu'on les porte suspendus au cou, ou attachés à quelque partie du corps. Voy. Amulette.
Chez les théologiens mystiques, ligature s'gnifie une suspension totale des facultés supérieures ou des puissances intellectuelles de l'âme; ils prétendent que quand l'Ame est livrée à une parfaite contemplation, elle reste privée de toutes ses opérations, et cesse d'agir, afin d'être mieux disposée à recevoir
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les impressions et les communications de la grâce divine. Cet état, selon eux, est purement passif; mais comme il peut venir d'une cause physique et d'une certaine constitution de tempérament, il est dangereux de s'y tromper, et l'on ne peut prendre trop de précautions avant de décider si cet état dans telle personne est naturel ou surnaturel. Voy. Extase.
LIMBES. Dans l'origine, limbus, en latin, est le bord ou la bordure d'un vêtement ; aujourd'hui, limbes est un mot consacré parmi les théologiens, pour signifier le lieu où les Ames des saints patriarches étaient détenues, avant que Jésus-Christ y fût descendu après sa mort et avant sa résurrection, pour les délivrer et les faire jouir de la béatitude. Le nom de limbes ne se lit ni dans l'Ecriture sainte, ni dans les anciens Pères, mais seulement celui d'enfers, inferi, les lieux bas. Il est dit de Jésus-Christ, dans le symbole, descendit ad inferos, et saint Paul (Ephcs., c. iv, v 9), dit que Jésus-Christ est descendu aux parties inférieures delà terre; tous les Pères se sont exprimés de môme. Dans ce sens, il est vrai de dire que les bons et les méchants étaient dans les enfers, lorsque Jésus-Christ y est descendu ; mais il ne s'ensuii pas que tous aient été dans le môme lieu encore moins que tous aient enduré les mômes tourments. Dans la parabole du mauvais riche, Luc, c. xvi, v. 26, il est dit qu'entre le lieu où étaient Abraham et le Lazare, et celui dans lequel souffrait le mauvais riche, il y a un vide immense qui empêche que l'on ne puisse passer de l'un dans l'autre. Ainsi les Pères ont eu soin de distinguer expressément ces deux parties des enfers. Voy. Petau, Dogm. Théol., tome IV, ii' part. 1. xm, c 18, § 5.
Quelques théologiens pensent que les enfants morts sans baptême sont dans les limbes, ou dans le même lieu dans lequel les Ames des patriarches attendaient la venue de Jésus-Christ; mais cette conjecture ne peut pas s'accorder avec le sentiment de saint Augustin et des autres Pères, qui ont soutenu, contre les pélagiens, qu'entre le séjour des bienheureux et celui des damnés, il n'y a point de lieu mitoyen pour les enfants. Au reste, peu importe dans quel lieu soient ces enfants, pourvu qu'ils n'endurent pas les supplices des réprouvés. — On ne sait pas quel est le premier qui a employé le mot limbus, pour désigner un séjour particulier des âmes; on ne le trouve pas en ce sens dans le Maître des Sentences; mais ses commentateurs s'en sont servis. Comme le terme tïenfer semblait emporter l'idée de la damnaiion et d'un supplice éternel, ils en ont employé un autre plus doux. Voy. Durand, in quart. Sent., dist. 21, q. 1, art. 1 ; D. Bonavent. ibid., dist. 15, art. 1, q. 1, etc.
LINGES SACRÉS. L'Eglise a jugé convenable que les linges sur lesquels on dépose IV;ucharistie pendant le saint sacrifice fussent consacrés à cet usage par une bénédiction particulière. Tels sont les nappes d'autel, les corporaux, la palle. Dans l'ancienne
loi, Dieu avait ordonné de consacrer tous les ornements du tabernacle et du temple; à plus forte raison convient-il que la même chose soit observée à l'égard des autels du christianisme, sur lesquels le Fils de Dieu daigne se rendre réellement présent, et renouveler son sacrifice. On ne peut apporter trop de soin pour inspirer un profond respect pour tout ce qui sert à cet auguste mystère; une trop grande familiarité avec le culte divin diminue insensiblement la foi et ne manque pas de conduire aux profanations. — Cette bénédiction des linges d'autel est ancienne, puisqu'elle se trouve dans le Sacramcntaire de saint Grégoire ; et Optât de Milève, au ve siècle, parle de ces linges. Voy. les notes du père Ménard, p. 197. C'est ainsi que l'Eglise atteste sa croyance par tous ses rites extérieurs. Si elle ne croyait pas la présence réelle de Jésus-Christ dans l'eucharistie, elle n'aurait pas autant de respect pour tout ce qui sert à ce mystère. En renonçant à cette foi , les protestants ont supprimé toutes 1rs cérémonies qui l'expriment : chez eux, la cène se fait avec aussi peu d'appareil qu'un repas ordinaire. Ils traitent nos cérémonies de superstition, et les incrédules répètent aveuglément les mêmes reproches. Ils ne comprennent pas le sens de ces professions de foi qui parlent aux yeux des plus ignorants. Il faudrait donc commencer par prouver que l'Eglise est fausse, avant de conclure que ses rites sont superstitieux. Voy. Autel, Vases sacrés.
* LINGUISTIQUE. Voy. Ethnographie.
LITANIES. Ce terme, dans l'o.igine, est le grec A«-aveî«, prière, supplication, rogalion; dans la suite il a désigné certaines prières publiques accompagnées de jeûnes ou d'abstinence et de processions, que l'on a faites pour apaiser la colère de Dieu, pour détourner quelque fléau dont on était menacé, pour demander à Dieu quelque bienfait, ou le remercier de ceux que l'on avait reçus. Les auteurs ecclésiastiques et l'ordre romain nomment aussi litanies les personnes qui composent Ja procession et qui y assistent ; mais ce terme signifie proprement les prières que l'on y fait et qui se disent à deux ou plusieurs chœurs qui se répondent.
Vers l'an 470, saint Mamert évêque de Vienne, à l'occasion des tremblements de terre , des incendies et des autres fléaux dont son diocèse était affligé, institua les processions des Rogations qui sefontles trois jours avant l'Ascension; elles furent nommées les grandes litanies, et devinrent bientôt un usage général dans toutes les Gaules. On sait assez que le ve et le vr siècle fui ent marqués par de fréquentes calamités publiques. Voy. Rogations.
L'an 590, à l'occasion d'une peste qui ravageait la ville de Rome, saint Grégoire, pape, indiqua une litanie ou procession à sept bandes, qui devaient marcher au point du jour le mercredi suivant, et sortir de diverses églises pour se rendre toutes à Sainte-Marie- Majeure. La première troupe était composée du clergé, la seconde des abbés avec leurs
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moines, la troisième des abbcsses avec leurs religieuses, la quatrième des enfants, la cinqu ème des hommes laïques, la sixième des veuves, la septième des femmes mariées. On croit que de cette procession générale est venue celle qui se fait le jour de saint Marc. Elle fut aussi appelée h Rome la grande litanie, à cause de sagranJe solennité ; mais elle n'a été mise en usage dans les églises des Gaules que longtemps après ; et le nom de grandes litanies est demeuré aux prières des Rogations. Saint Charles Borromée montra un grand zèle à rétablir dans l'église de Milan ces différentes litanies ; il ranima par ses discours et par ses exemples la piété du peuple. Dans plusieurs églises, les litanies des Rogations et de saint Marc étaient accompagnées d'abstinence et de jeûne ; aujourd'hui l'on se borne à l'abstinence, parce que ce n'est pas la coutume de jeûner dans le temps pascal.
Les courtes formules des prières, dont 1rs litanies sont composées, ont été faites afin que le clergé et le peuple pussent prier plus commodément sans interrompre la marche des processions. Dans les notes du père Mé~ nara sur le Sacramentaire de saint Grégoire, p. 136, on trouve la formule des litanies qui se chantaient dans les églises des Gaules aux ix* et x' siècles ; il les a tirées d'un ancien manuscrit de l'abbaye de Corbie. A l'exemple de ces litanies des Saints, l'on a composé d'autres litanies particulières, comme celles du saint Nom de Jésus, du saint Sacrement, de la sainte Vierge , etc.; mais elles sont moins anciennes. Voy. Ringham, t. V,l. xm, g. 1, § 10 ; Thomassin, Traité du jeûne, p. 174, &J3, etc.
Basnage, dissertant sur les litanies et les rogations, Hist. de l'Egl. liv. xxi, c 3, prétend que, dans l'origine, il n'était point question des saints dans les litanies; que l'on s'y adressait à Dieu seul ; il n'en apporte aucune preuve positive ; il se contente de citer les auteurs qui ont écrit que l'on y priait Dieu, que l'on implorait sa miséricorde et son secours , etc. Qui en douta jamais ? Il observe lui-même que nous disons seulement aux saints, priez pour nous, au lieu que nous disons à Dieu, ayez pitié de nous, secoureznous, pardonnez-nous ; donc toutes ces prières se rapportent à Dieu, les unes immédiatement et directement, les autres indirectement et par l'intercession des saints. Ainsi l'ont entendu les anciens; ainsi l'Eglise catholique l'entend encore ; la remarque de Basnage ne prouve donc rien.
LITURGIE (1) Le mot grec y.utovpyla., suivant les grammairiens, signifie ouvrage, fonction, ministère public ; il est composé de/c^ô,-, public, etde é'pyov, ouvrage, action. Mais puisquece terme est principalement consacréà désigner le culte (iivin et les cérémonies qui en
(1) Nous avons consacré un long article à la liturgie dans notre Dict. de Théol. mor. Il servira de complément à celui de Bergier. Voyez aussi le Dictionnaire de Liturgie par M. l'abbé Pascal, et celui des Cérémonies et des liites sacrés, par M. l'abbé Boissonnet, publiés tous deux par M. l'abbé Aligne.
font partie, il est plus naturel de le dériver de W«è, qui se trouve dans Hésychius, au lieu de XiT«i, prières, supplications, vœux adressés à la Divinité, d'où est venu le latin litare, prier, sacrifier.
A proprement parler, la liturgie n'est autre chose que le culte rendu publiquement à la Divinité ; il est donc aussi ancien que la religion, puisque c'est une des premières leçons que Dieu a données à l'homme en le créant. Dans l'histoire même de la création, il est dit que Dieu bénit le septième jour et le sanctifia (Gen., h, 2 et 3) ; il destina donc ce jour à son culte, et sûrement il ne laissa pas ignorer à nos premiers parents la manière dont il voulait être honoré. Mais nous avons assez parlé ailleurs du culte rendu à Dieu par les patriarches et par les Juifs. Voy. Culte, Judaïsme, Lois cékémonielles , etc. Nous devons donc nous occuper seulement ici de la liturgie chrétienne ou du culte divin, tel qu'il a été institué par Jésus-Christ et par les apôtres.
Jésus-Christ, qui est venu au monde pour apprendreaux hommes àadorer Dieu en esprit et en vérité, a dû faire cesser le culte grossier pratiqué par les Juifs ; mais il n'a pas supprimé pour cela toutes les cérémonies, comme certains dissertateurs ont voulu le persuader. 11 en a même institué plusieurs, et après son ascension, il a envoyé le Saint- Esprit à ses apôtres pour leur enseigner toute vérité, et leur faire comprendre parfaitement tout ce que leur divin Maître leur avait dit (Joan. xiv, 26; xvi, 13). Ils ont donc exactement suivi ses intentions, en réglant le culte divin ; saint Paul assure les Corinthiens qu'il a reçu du Seigneur tout ce qu'il leur a dit touchant la consécration de l'eucharistie (/ Cor. xi, 23). C'est cette consécration même que l'on nomme proprement liturgie, parce que c'est la partie la plus auguste du service divin. Nous traitons des autres parties de l'office de l'Eglise sous leur nom particulier.
Déjà, dans l'Apocalypse de saint Jean, nous trouvons le tableau d'une liturgie pompeuse. Il rapporte une vision qu'il eut le dimanche, jour auquel les fidèles s'assemblaient pour célébrer les saints mystères (Apoc. i, 10). L'apôtre peint en effet une assemblée à laquelle préside un pontife vénérable , assis sur un trône, et environné de vingt-quatre vieillards ou prêtres (iv, 2, 3, k). Nous y voyons des habits sacerdotaux, des robes blanches, des ceintures des couronnes, des instruments du culte divin, un autel, des chandeliers, des encensoirs , un livre scellé (ibid., et v, 1) ; il y est parlé d'hymnes, de cantiques, d'une source d'eau qui donne la vie (y, 11 et 12; vu, 17). Devant le trône, et au milieu des prêtres, est un agneau en état de victime, auquel sont rendus les honneurs de la divinité. C'est donc un sacrifice auquel Jésus-Christ est présent ; s'il y est en état de victime, il faut aussi qu'il en soit le pontife principal (v, 6, 11 et 12). Sous l'autel sont les martyrs qui demandent que leur sang soit vengé (vi, 9 et 10). On sait
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que l'usage de l'Eglise primitive a été d'offi i r les saints mysières sur le tombeau et sur les reliques des martyrs Un ange présente à Dieu de l'encens, et il est dit que c'est l'emblème des prières des saints ou des fidè- . les (vm, 2; Fleury, Mœurs deschrét., n° 39).
Comme il est de l'intérêt des protestants de persuader que, dans les trois premiers siècles de l'Eglise, on n'a rendu aucun cwlle religieux à l'eucharistie, aux anges, aux saints, ni aux reliques des martyrs, ils ont senti les conséquences que l'on peut tirer contre eux de ce tableau, et ils ont cherché à les détourner. Ils ont dit que l'Apocalypse est une vision et non une histoire; que l'autel, le trône, etc., vus par saint Jean, étaient dans le ciel et non sur la terre. Mais si l'on rapproche de ce tableau ce que dit saint Ignace dans ses lettres, touchant la manière dont l'eucharistie doit se faire par l'évêque au milieu des prêtres et des diacres; c qui est rapporté dans les actes de son martyre et de celui de saint Poiycarpe , concernant l'usage des fidèles de s'assembler sur le tombeau et sur les reliques des martyrs ; le récit que fait saint Justin de ce qui se passait dans les assemblées des chrétiens (Apol. i, n° 65 et suiv.), on verra qu'au ne siècle, et très-peu de temps après la mort de saint Jean, l'on faisait exactement sur la terre ce que cet apôtre avait vu dans le ciel. Bingham, Orig. ecclés., I. xin, c. 2, §1, est convenu que dans le chapitre 8 de l'Apocalypse, l'Eglise chrétienne est représentée dans le ciel et sur la terre ; en cela il a été de meilleure foi que les autres protestants. Ainsi, de deux choses l'une : ou saint Jean a représenté la gloire éternelle sous l'image delà liturgie chrétienne, ou celte liturgie a été dressée selon le plan tracé par saint Jean : dans l'un et l'autre cas elle vient de la tradition apostolique. Saint Irénée, adv. Hœr., \ib. iv, c. 17, n° 5, et c. 18, n°6, le suppose ainsi ; et cela n'a pas pu être autrement. Quel personnage aurait pu avoir assez d'autorité pour faire recevoir par toutes les églises une liturgie uniforme, si le modèle n'en avait pas été tracé par les apôtres ? Or, lorsque nous comparons cette liturgie apostolique avec l'explication qu'en a donnée saint Cyrille de Jérusalem dans ?es Catéchèses, l'an 3V7 ou 3V8, avec la liturgie placée dans les Constitutions apostoliques avant l'an 390, avec les autres liturgies écrites au commencement du ve siècle, nous y trouvons une conformité si parfaite, que l'on ne peut y méconnaître une même origine.
Quoi qu'en disent les protestants et leurs copistes, cette liturgie apostolique n'est point telle qu'ils le prétendent ; on n'y voit point cette extrême simplicité qu'ils se tlattent d'avoir imitée ; on y trouve même une doctrine très- différente de la leur : nous le prouverons en détail. Ils se sont imaginé que, dans les premiers siècles, chaque évoque était le maître d'arranger comme il lui plaisait la liturgie de son église : c'est une fausse supposition. Après l'ascension du Sauveur , les apôtres sont restés réunis à Jérusalem pendant quatorze ans, avant de
se disperser pour aller prêcher l'Evangile. Eusèbej iffist . ecclés., 1. v, c. 18, à la fin. Ils ont donc célébré ensemble l'office divin, ou la liturgie, pendant tout ce temps-là (Act., xin , 2 ). Ils ont eu par conséquent une formule fixe et uniforme ; et il n'y a aucune raison de croire qu'ils l'ont changée lorsqu'ils ont été séparés. On a donc tout lieu de penser que la liturgie de saint Jacques , suivie dans l'Eglise de Jérusalem, était celle que les apôtres y avaient, établie. Qui aurait osé réfo mer ce que ces saints fondateurs du christianisme avaient réglé ?
Ce n'est donc pas des protestants que nous devons apprendre ce qu'il faut penser des liturgies suivies par les différentes Eglises de l'Orient et de l'Occident ; si elles sont authentiques ou supposées; quel degré d'autorité on doit leur attribuer; quelles conséquences on peut en tirer : nous sommes forcés de chercher des lumières ailleurs.
Jusqu'au xvne siècle l'on s'était fort peu occupé de ces liturgies; les théologiens en avaient rarement fait usage pour prouver la doctrine chrétienne : mais lorsque les protestants eurent la témérité d'assurer que 1 s sectes des chrétiens orientaux , séparés de l'Eglise romaine depuis douze cents ans , avaient la même croyance qu'eux sur l'eucharistie, sur l'invocation des saints, sur la prière pour les morts , etc., il fallut examiner les monuments de la foi de toutes ces sectes , et particulièrement leurs liturgies. C'est ce qu'ont fait les auteurs de la Perpétuité de la foi, surtout dans le quatrième et ie cinquième volume : ensuite l'abbé Ilenaudot a donné une ample Collection des liturgies orientales, en 2 vol. in-V, avec des notes et une savante préface. En 1080 , le cardinal Thomasius a publié à Rome les anciens Sacramentaires de l'Eglise romaine, c'est de là que dom Mabillon a tiré , en 1685, la liturgie gallicane, qu'il a fait imprimer après l'avoir confrontée avec un manuscrit du vi" siècle, et avec deux autres missels anciens. Déjà le père Ménard avait publié , en 16i0, le Sacramentaire de saint Grégoire avec de savantes notes ; et l'on a réimprimé depuis peu le missel mozarabique. Le P. Lebrun a rassemblé toutes ces liturgies , et celles que l'abbé Itenaudot n'avait pas pu se procurer; il les a comparées entre elles et avec celles des protestants : il ne nous manque plus rien pour juger de ces divers monuments avec conna ssance de cause. Voy. Explic. des cérém. de la messe, t. III et suiv. (1).
Pour mettre un peu d'ordre dans cette discussion, nous examinerons, 1° quelle est l'antiquité et l'autorité des liturgies en général ; 2° nous parlerons en particulier de celles des cophtes eu chrétiens d'Egypte , auxquelles on doit rapporter celles des Abyssins ou chrétiens d'Ethiopie; 3" des liturgies syriaques, suivies, tant par les Syriens ca-
(1) L'ouvrage du P. Lebrun que cite souvent Bergier dans cet article, a été reproduit in extenso dans le Diction aire des Cérémonies et des Rttes sacré-, par M. l'abbe Boissonnef, 3 vol. grand in-8', édit. Mignc.