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Ihoihues nommés maronites, que par les jacobltes ou eutychiens ; k° de celles des nestoriens et des arméniens ; 5° des liturgies grecques; 6° de celles des latins, suivies par les Eglises de Rome, de Milan, des Gaules, ue l'Espagne ; 7° nous verrons les conséquences qui résultent de la comparaison de tous ces monuments; 8° nous jetterons un cou)) d'œil sur les liturgies des protestants. 1. De l'antiquité et de l'autorité des liturgies. Le P. Lebrun a très-bien prouvé qu'aucune liturgie n'a été mise par écrit avant le ve siècle, excepté celle qui se trouve dans les Constitutions apostoliques , et qui date au moins de l'an 390. Il ne faut cependant pas en conclure , comme ont fait les protestants et d'autres, que les liturgies qui
Îortent les noms de saint Marc, de saint acques, de saint Pierre, etc., sont des pièces apocryphes et sans autorité. Les mêmes raisons qui prouvent que la liturgie n'a pas été d'abord mise par écrit, prouvent aussi«qu'elle a é.é soigneusement conservée par tradition dans chaque < glise, et fidèlement transmise par les évoques à ceux qu'ils élevaient au sacerdoce. C'était un mystère, ou un secret que l'on voulait cacher aux païens, mais que les pasteurs se confiaient mutuellement; ils apprenaient par mémoire les prières et les cérémonies ; cela était d'autant plus aisé , que c'étaient des pratiques d'un usage journalier ; mais ils étaient persuadés qu'il ne leur était pas permis d'y rien changer. Les Pères de l'Eglise nous font remarquer cette instruction traditionnelle : leur fidélité à garder ce dépôt est attestée par la conformité qui s'est trouvée, pour Je fond, entre les liturgies des différentes églises du monde , lorsqu'elles ont été mises par écrit. Le style des prières est souvent différent, le sens est partout le même, et il y a peu de variété dans l'ordre des cérémonies. Dans toutes l'on retrouve les mêmes parties , la lecture des Ecritures de l'Ancien et du Nouveau Testament , l'instruction dont elle était suivie, l'oblationdes dons sacrés faite par le prêtre, la préface ou exhortation, le sanclus, la prière pour les vivants et pour les morts, la consécration faite parles paroles de Jésus-Christ, l'invocation sur les dons consacrés, l'adoration et la fraction de l'hostie , le baiser de paix , l'oraison dominicale,] ) communion, l'action de grâces , la bénédiction du prêtre. Telle est la marche à peu près uniforme des liturgies, tant en Orient qu'en Occident; cette ressemblance pourrait-elle s'y trouver, si chacun de ceux qui les ont rédigées avait suivi son goût dans la manière de les arranger? En rassemblant ce qu'en ont dit les Pères des quatre premiers siècles, on voit que de leur temps les liturgies étaient déjà telles qu'elles étaient mises par écrit au cinquième.
Plusieurs sectes d'hérétiques, en se séparant de l'Eglise catholique , ont conservé la liturgie telle qu'elle était avant leur schisme, et n'ont pas osé y toucher, tant on était persuadé que cette altération était un attentat : pendant les quatre premiers siècles, aucun n'a eu cette témérité; Nestorius est le pre-
mierauquel on l'ait reprochée. Leont. Byzayu. contra Nest. et Eutych. , I. m. C'est, sans doute, une des raisons qui firent sentir la nécessité d'écrire les liturgies. Depuis ce moment, il ne fut plus possible de les altérer sans exciter la réclamation des fidèles, puisqu'alors elles étaient en langue vulgaire.
Bingham a voulu en imposer, lorsqu'il a soutenu que, dans les premiers siècles, chaque évoque avait la liberté de composer une liturgie pour son église, Orig. eccl., 1. n, c. G, § 2, et d'y arranger le culte divin comme il le trouvait bon, 1. xm, c. 5, § 1. Pour prouver cette prétendue liberté, ce n'était pas assex d'alléguer quelque légère diversité entre les liturgies, puisqu'il reconnaît lui-même que do temps en temps l'on y a fait quelques additions; la variété aurait été beaucoup plus grande, si chaque évêque s'était cru en droit de l'arranger selon son goût. Croit-on q e les fidèles , accoutumés à entendre la même liturgie pendant tout l'épiscopat d'un saint évêque, auraient soutïVrt aisément que sou successeur la changeât ? Souvent ils ont été prêts à se mutiner pour des sujets moins graves. Les protest nts ont donc très-mal raisonné , lorsqu'ils ont dit que les liturgies connues sous les noms de saint Marc, de saint Jacques ou d'un autre apôtre, sont des pièces supposées, qui n'ont été écrites que plusieurs siècles après la mort de ceux dont elles portent les noms. Qu'importe la date de leur rédaction par écrit , si , depuis les apôtres , elles ont été conservées et journellement mises en usage par des Eglises entières? Il a été naturel de nommer liturgie de saint Pierre , celle dont on se servait dans l'Eglise d'Antioche; liturgie de saint Marc, celle qui était suivie dans l'Eglise d'Alexandrie; liturgie de saint Jacques, celle de Jérusalem; liturgie de saint Jean Chrysostome , celle de Constantinople , et ainsi des autres. On ne prétendait pas pour cela que c s divers personnages les eussent écrites, mais qu'elles venaient d'eux par tradition , et il nous paraît que, dans cette question , la tradition d'une Eglise entière mérite croyance. On a pu , sans doute , ajouter de temps en temps à ces liturgies quelques termes destinés à professer nettement la foi de l'Eglise contre les hérétiques, comme le mot consubstantiel, après le concile de Nicée, et le titre de Mère de Dieu donné à la sainte Vierge, après le concile d'Ephèse. Cela prouve que la liturgie a toujours été une profession de foi; mais l'on sait à quelle occasion et par quel motif ces additions ont été faites, et on ne les trouve pas dans toutes les liturgies; au lieu que l'on trouve dans toutes, sans exception, les prières et les cérémonies qui expriment les dogmes rejetés par les protestants. Il ne faut donc pas raisonner sur l'authenticité de ces monuments comme sur l'ouvrage particulier d'un Père de l'Eglise; aucun écrit de cette dernière espèce n'a été appris par cœur et récité journellement dans les églises, comme les liturgies. L'authenticité de celle-ci est prouvée par eur uniformité; ce n'est point dans des manuscrit*
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épars qu'il a fallu les chercher, mais dans les archives des églises qui les suivaient. 11 e^t fAcheux que des savants , respectables d'ailleurs, n'aient pas fait cette réflexion, et soient tombés dans la même méprise que les protestants. Voy. Yllist. de lAcad. des Inscript., tom. XII!, in-12, p. 163.
Le degré d'autorité des liturgies est encore très-différent de celle de tout autre écrit : quel que soit le nom qu'elles portent, c'est moins l'ouvrage de tel auteur, que le monument de la croyance et de la pratique d une Eglise entière : il a l'autorité non-seulement d'un saint personnage, quel qu'il soit, mais la sanction publique d'une société nombreuse de pasteurs et de fidèles qui s'en est constamment servie. Ainsi, les liturgies grecques de saint Basile et de saint Jean Chrysostome ont non-seulement tout le poids que méritent ces deux saints docteurs, mais le suffrage des Eglises grecques qui les ont suivies et qui s'en servent encore. Jamais les Eglises ne s'y seraient attachées si elles n'y avaient pas reconnu l'expression fidèle de leur croyance. Par une raison contraire, la liturgie insérée dans les Constitutions apostoliques n'est presque d'aucune autorité , quoiqu'elle ait été écrite la première, parce qu'on ne connaît aucune Eglise qui s'en soit servi. Quand les objections que Daillé a faites contre les écrits des Pères seraient solides, elles n'auraient aucune force contre les liturgies. Ici, c'est la voix du troupeau jointe à celle du pasteur : c'est tout un peuple qui, par la forme de son culte et par les expressions de sa piété , rend témoignage de sa croyance. Or, la plupart des anciennes Eglises avaient reçu leur croyance des apôtres mômes. Aucune n'a jamais été sans liturgie, et aucune n'a été assez insensée pour exprimer, par ses paroles et par ses actions, une doctrine qu'elle ne croyait pas ou qu'elle re- * gardait comme une erreur. Les liturgies des Orientaux prouvent aussi évidemment leur foi, que celles des protestants expriment leur doctrine.
S'il se trouve quelque ambiguïté dans le langage des prières, le sens en est expliqué par les cérémonies, et ces deux signes réunis ont une toute autre énergie que de simples paroles. Quand celles de la consécration, ceci est mon corps, seraient équivoques, l'invocation du Saint-Esprit, par laquelle on le prie de changer 1 -s dons eucharistiques, et d'en faire le corps et le sang de Jésus-Christ, l'élévation et l'adoration de l'hostie, l'usage de porter l'eucharistie aux absents , attesteraient la présence réelle d'une manière invincible. Les protestants l'ont si bien compris, qu'en changeant de dogme, ils ont été forcés de supprimer les cérémonies : c'était une condamnation trop sensible de leur doctrine. Aussi, dès les premiers siècles , on a opposé aux hérétiques ces monuments de la foi de l'Eglise. Selon le témoignage d'Eusèbe, Histoire ecclés., liv. v, c. "28, un auteur du IIe siècle, pour réfuter Artéinon, qui prétendait que Jésus-Christ était un pur homme, lui citait les cantiques composés par les fidèles
dès le commencement, par lesquels ils louaient Jésus-Christ comme Dieu. Paul de Samosate, qui pensait comme Artémon, fit supprimer ces cantiques dans son église, ibid., hv. vu, c. 30. Nous apprenons de Théodoret, qu'Arius changea la doxologie que l'on chante à la fin des psaumes, parce qu'elle réfutait son erreur : il aurait voulu changer aussi les paroles de la forme du baptême, mais il n'osa pas y toucher. Théodoret, Hœret. Fab., 1. iv, c. 1.
Au v" siècle , saint Augustin prouvait aux p'iagiens le péché originel par les exorcismes du baptême; la nécessité de la grâce et la prédestination, par les prières de l'Eglise, Epist. 95 , 217 , etc. Le pape saint Célestin proposait cette règle aux évoques des Gaules, lorsqu'il leur écrivait : « Faisons attention au sens des prières sacerdotales, qui, reçues par tradition des apôtres dans tout le monde, sont d'un usage uniforme dans toute l'Eglise cat'iolique; et parla manière dont nous devons prier, apprenons ce que nous devons croire. » Ainsi ce pontife attestait l'authenticité et l'autorité des liturgies; elle n'est pas diminuée depuis douze cents ans : jusqu'à la fin des siècles elle sera la même.
IL Des liturgies cophtes. On sait, par une tradition constante , que l'Eglise d'Alexandrie, capitale de l'Egypte, fut fondée par sa nt Marc ; et l'on ne peut pas douter que ce saint évangédiste n'y ait établi une forme de liturgie. Elle s'y conserva , comme ailleurs , par tradition, jusqu'au V siècle , et , selon l'opinion commune, ce fut saint Cyrille u'Alexandrie qui rédigea pour lors et mit par écrit la liturgie de son Eglise. 11 l'écrivit en grec, qui était alors parlé en Egypte; delà cette liturgie a été nommée indifféremment liturgie de saint Marc et liturgie de saint Cyrille. Mais comme une bonne partie du peuple de l'Egypte n'entendait pas le grec, et ne parlait que la langue cophte,il paraît qu'au ve siècle l'usage était déjà établi, dans ce royaume, de célébrer l'office divin en cophte aussi bien qu'en grec, et que la liturgie grecque de saint Cyrille fut aussi écrite en cophte pour l'usage des naturels du pays.
Lorsque Dioscore, son successeur, partisan d'Eutychès, et condamné par le concile de Chalcédoine, en 451, se sépara de l'Kgliso catholique, il entraîna dans son schisme la plus grande partie des Egyptiens natifs. Ces schismatiques continuèrent à célébrer en cophte, pendant que les Grecs d'Egypte, attachés à la foi catholique et au concile de Chalcédoine, conservèrent de leur côté l'usage du grec dans le service divin. Cette diversité a duré pendant deux cents ans, et jusque vers l'an 660, temps auquel les mahométans se rendirent maîtres de l'Egypte. Alors les Grecs d'Egypte, fidèles aux empereurs de Constantinople, furent opprimés ; les cophtes schismatiques, qui avaient favorisé la conquête des mahométans, obtinrent d'eux l'exercice libre de leur religion, et l'ont conservé jusqu'aujourd'hui. Voy.
Cophtes.
Us ont trois liturgies : l'une, qu'ils nom-
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ment de saint Cyrille; c'est la môme, pour le fond, que celle dont nous venons de parler ; la seconde est celle de saint Basile ; la troisième, de saint Grégoire de Nazianze, surnommé le Théologien. Dans ces deux dernières, les cophtes eutychiens, ou jacobites, ont placé avant la communion une confession de foi conforme à leur erreur, mais ils n'ont pas touché à celle de saint Cyrille, nommée aussi de saint Marc. L'abbé Renaudot l'a traduite non-seulement du cophte, mais l'a confrontée avec le texte grec, duquel elle est originairement tirée. L'on ne peut pas douter que ce ne soit la liturgie qui était en usage dans l'Eglise d'Alexandrie, au ve siècle, avant le schisme de Dioscore, puisque les catholiques avaient continué de s'en servir encore depuis cette époque. Le P. Lebrun l'a aussi rapportée. On n'y trouve aucune erreur, mais une conformité parfaite avec la croyance catholique sur tous les points contestés entre les protestants et nous. De quel droit dira-t-on que cette liturgie de saint Marc est une pièce apocryphe et supposée, qui n'a aucune autorité ? Dans les deux autres liturgies des cophtes, on ne trouve rien de changé ni d'ajouté, que la profession de l'eutychianisme. Depuis que l'arabe est devenu la langue vulgaire de l'Egypte, les cophtes n'ont pas laissé de célébrer en cophte, quoiqu'ils n'entendissent plus cette langue.
Comme les Abyssins ou chrétiens d'Ethiopie ont été convertis à la foi chrétienne par les patriarches d'Alexandrie, et sont demeurés sous leur juridiction, ils ont aussi adhéré à leur schisme, et ils y persévèrent. Outre les trois liturgies dont nous venons de parler, ils en ont encore neuf autres ; ce qui semble prouver qu'autrefois elles étaient au nombre de douze en Egypte : mais le fond et le plan sont les mêmes : toutes ont été traduites en éthiopien. A la réserve de l'eutychianisme, qui se trouve professé dans plusieurs, elles ne renferment rien de contraire à la foi catholique. C'est contre toute vérité que Ludolf, La Croze et quelques autres ont voulu persuader que la croyance des Abyssins était plus conforme à celle des protestants qu'à celle de l'Eglise romaine ; le contraire est évidemment prouvé, soit par leur liturgie, que l'abbé Renaudot a donnée sous le nom de Canon universus jEthiopum, soit par celle qui porte le nom de Dioscore, et que l'on trouve dans le P. Lebrun, t. IV, pag. 5U4-. Voy. Éthiopiens.
111. Liturgie des Syriens. Après la condamnation d'Eutychès au concile de Chalcédoine, on vit en Syrie à peu près la même chose qu'en Egypte : cet hérétique y trouva un grand nombre de partisans ; il y eut môme différents schismes parmi eux, et beaucoup de disputes entre eux et les catholiques. Ceux-ci furent nommés melchites par leurs adversaires, c'est-à-dire royalistes, parce qu'ils suivaient la croyance de l'empereur. Mais les uns et les autres conservèrent en syriaque la même liturgie qu'ils avaient eue auparavant. Elle était communément ap-
iclée liturgie de saint Jacques, parce qu'on a suivait à Jérusalem, de même que dans toutes les Eglises syriaques du patriarcat d'Antioche. On ne peut pas douter de l'antiquité de cette liturgie, lorsqu'on la confronte avec la cinquième Catéchèse mystagogique de saint Cyrille de Jérusalem. L'an 347 ou 348, ce saint évêque en expliquait aux nouveaux baptisés la partie principale qui commence à l'oblation, et il en suit exactement la marche. Probablement au ve siècle elle fut d'abord écrite en grec, puisque. dans le syriaque, l'on a conservé plusieurs termes grecs. On y ajouta le mot consubstanticl, adopté par le concile de Nicée, et Marie y est nommée Mère de Dieu, comme l'avait ordonné le concile d'Ephèse : il ne s'ensuit pas de là que cette liturgie ait été inconnue avant cette addition. L'an 692, les Pères du concile ?» Trullo la citèrent sous le nom de saint Jacques, pour réfuter l'erreur des arméniens qui ne mettaient point d'eau dans le calice. Au ix' siècle, Charles le Chauve voulut voir célébrer la messe selon cette liturgie de saint Jacques usitée à Jérusalem, Epist. ad Clerc. Jiavennat. Jamais les Orientaux n'ont douté qu'elle ne fût effectivement de saint Jacques. Dans la suite, lorsque les patriarches de Constantinople ont eu assez de crédit pour faire supprimer, dans l'étendue de leur juridiction, toutes les liturgies, à l'exception de celles de saint Basile et de saint Jean Chrysostome, ils ont cependant souffert que dans les églises de Syrie l'on se servît de celle de saint Jacques, au moins le jour de sa fôte. Elle a donc toute l'authenticité que donne à un monument l'autorité des églises. Vainement Rivet et d'autres protestants ont voulu l'attaquer, à cause de l'addition dont nous venons de parler, et du trisagion qui n'a commencé, disent-ils, qu'à la fin du v siècle. Mais ces critiques ont confondu le trisagion tiré de l'Ecriture sainte, et la formule Agios, 6 Theos, etc., qui a commencé à être chantée à Constantino|ile l'an 446, avec une addition que Pierre le Foulon, chef des théopaschites, fit à cette formule après l'an 463. Cette addi^tion est de la fin du V siècle ; mais le sanctus ou trisagion de la liturgie est tiré de l'Apocalypse. 11 est ridicule, d'ailleurs, de supposer que les Eglises n'ont pas dû ajouter à leurs prières les formules nécessaires pour attester leur foi contre les hérétiques, lorsque ceux-ci voulaient y en faire eux-mêmes pour professer leurs erreurs, ou que ces additions, toujours remarquées, uérogent à l'authenticité des liturgies.
Celle de saint Jacques fournit un argument invincible contre les protestants, puisque l'on y trouve la profession claire et formelle des dogmes qu'ils ont osé taxer de nouveauté, et les cérémonies qu'ils reprochent à l'Eglise romaine comme des pratiques superstitieuses ; la présence réelle et la transsubstantiation, le mot de sacrifice, la fraction de l'hostie, les encensements, la prière pour les morts, l'invocation des saints, etc. Les Syriens eutychiens ou jacobites n'y ont point inséré leur erreur; les orthodoxes et les hé-
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rétiques ont conservé un égal respect pour ce monument apostolique.
La liturgie de saint Basile a été aussi traduite en syriaque pour les Eglises de Syrie, et l'on compte près de quarante liturgies h leur usage ; mais elles ne varient que dans les prières, comme chez nous les collectes et les autres oraisons de la messe relativement aux différentes fêtes : la liturgie de saint Jacques, qui contient tout l'ordre de' la messe, est la plus commune parmi les Syriens, et elle a servi de modèle à toutes les autres : on peut s'en convaincre par la confrontation.
IV. De la liturgie des nestoriens et de celle des arméniens. Lorsque Nestorius eut été condamné par le concile d'Ephèse, Van 431, ses partisans se répandirent dans la Mésopotamie et dans la Perse, et y formèrent un grand nombre d'Eglises : souvent on les a nommés chalde'ens. Ils continuèrent de se servir de la liturgie syriaque, et ils l'ont portée dans toutes les contrées où ils se sont établis, même dans les Indes, à la côte du Malabar, où ils subsistent encore sous le nom de chrétiens de saint Thomas. Leur missel contient trois liturgies : la première intitulée des apôtres, la seconde de Théodore i Interprète, la troisième de Nestorius. L'abbé Renaudot, qui les a traduites, observe que la première est l'ancienne liturgie des Eglises de Syrie, avant Nestorius, et qu'elle est comme le canon universel auquel les deux autres renvoient. Le P. Lebrun l'a comparée avec celle dont se servaient les nestoriens du Malabar, avant que leur missel eût été corrigé par les Portugais qui travaillèrent a leur conversion. Ainsi, l'on ne p ut douter de l'antiquité de cette liturgie: elle n'est différente de celle des Syriens dans aucune chose essentielle.
La Croze, dans son Histoire du christianisme des Indes, avait osé avancer que les nestoriens ne croyaient ni la présence réelle, ni la transsubstantiation, qu'ils ignoraient la doctrine du purgatoire, etc. Le P. Lebrun prouve le contraire , non-seulement par leur liturgie, mais par d'autres monuments de leur croyance, tom. VI, pag. 417 et suiv. Ceux qui se sont laissé séduire par le ton de confiance de La Croze auraient bien fait d'y regarder de plus près. Yoy. Nestoriens, Saint Thomas. Quant aux arméniens, ils furent entraînés, l'an 525, dans l'erreur d'Eutychès par Jacques Baradée ou Zanzale, d'où est venu le nom de jacobites, et ils se séparèrent de l'Eglise catholique. Plusieuis d'entre eux s'y sont réunis en différents temps, mais leur schisme n'est pas encore entièrement éteint. Comme saint Grégoire l'Illuminateur, qui les convertit à la foi chrétienne au ive siècle, avait été instruit à Césarée en Cappadoce, et que saint Bas le, évêque de cette ville, prit soin des Eglises d'Arménie, en pense qu'ils leçurent d'abord la liturgie grecque de saint Basile, de même que les moines arméniens se rangèrent sous sa règle. On ne leur a point reproché d'y avoir fait des change-
ments depuis leur schisme, si ce n'est qu'ils adoptèrent l'addition que Pierre le Foulon avait faite au trisagion, en 463, et qu'ils cessèrent de mettre de l'eau dans le calice. Cette omission leur fut reprochée par le concile in Trullo, l'an 692.
L'abbé Renaudot n'avait pas pu avoir la liturgie originale des arméniens schismaliques; mais le P. Lebrun s'en procura une traduction latine authentique : il l'adonnée dans son cinquième tome, pag. 52 et suiv., avec d'amples remarques. On y voit la présence réelle, la transsubstantiation, l'élévation et l'adoration de l'hostie, l'inrocation des saints , la prière pour les morts, etc. Il est prouvé, d'ailleurs, par des titres incontestables , que les arméniens n'ont jamais pensé sur nos dogmes comme les sectaires du xvi* siècle, lbid., p. 26 et suiv. Voy. Arméniens.
V. Liturgies grecques. Les deux principales liturgies dont se servent les Grecs soumis au patriarcat de Constantinople, sont celle de saint Basile et celle de saint Jean Chrysostome. On ne doute pas que saint Basile ne soit véritablement auteur ou rédacteur de la première ; pour la seconde, elle n'a été attribuée à saint Jean Chrysostome que 300 ans après sa mort. Il paraît que c'est l'ancienne liturgie de l'Eglise de Constantinople, qui fut nommée liturgie des apôtres jusqu'au vi' siècle. Celle-ci sert toute l'année, et contient tout l'ordre de la messe ; l'autre, dont les prières sont plus longues, n'a lieu qu'à certains jours marqués. Il y en a une troisième que l'on nomme messe des présanctifiés , parce que l'on n'y consacre point, et que l'on se sert des espèces consacrées le dimanche précédent; de même que dans l'Eglise romaine, le jour du vendredi saint , le prêtre ne consacre point, mais communie avec les espèces consacrées la veille. Voy. Présanctifiés. Les prières de cette messe paraissent être moins anciennes que celles des précédentes.
Le Père Lebrun, tom. IV, pag. 384 et suiv-, a rapporté les prières et l'ordre des cérémonies de la liturgie de saint Jean Chrysostome. Elle est suivie dans toutes les Eglises grecques de l'empire ottoman qui dépendent du patriarcat de Constantinople, et dans celle de Pologne et de Russie. Quant aux Grecs qui ont des églises en Italie, ils y ont fait quelques changements. Les patriarches de Constantinople sont même venus à bout de !a faire adopter dans les pa triarcats d'Aiilioche, de Jérusalem et d'Alexandrie, par les chrétiens melchites, qui, dans le v" siècle, se préservèrent de l'erreur des eutychiens. Quoique dans tous ces pa... s l'on n'entende plus le grec, on y suit cependant la liturgie grecque ; mais à cause du petit nombre de ceux qui sont capables de la lire, on est souvent obligé de célébrer en langue arabe. Depuis que toutes ces liturgies cophtes, éthiopiennes, syriaques, grecques, ont été publiées, confrontées et examinées par les savants de toutes les nations, munies de toutes les attestations possi-
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bies, personne n'oserait plus soutenir, comme taisait le ministre Claude, que les Grecs schismatiques ont sur l'eucharistie et sur les autres dogmes contestés par les protestants, des sentiments différents de ceux de l'Eglise romaine.
Mais à l'égard de la croyance des premiers siècles, l'entêtement des protestants est inconcevable. Bingham, dans ses Origines ecclésiastiques, ouvrage très-savant, ï:v. xv, c. 3, expose l'ordre et les prières de la liturgie grecqu.' insérée dans les Constitutions apostoliques, avant l'an 390, 1. vm, c. 12. 11 rapporte les paroles de l'oblation et de la consécration, l'invocation du Saint- Esprit, auquel on demande qu'il descende sur ce sacrifice, qu'il fasse du p un le corps, et du calice le sang de Jésus-Christ, la formule sancta sanctis, la réponse du peuple : Le seul Saint est le Seigneur Jésus-Christ : béni soit celui qui vient au nom du Seigneur, c'est Dieu lui-même, notre souverain Maître, qui s'est montré à nous, etc. Toutes ces paroles n'ont pas pu lui dessiller les yeux. Il dit que l'on supplie le Saint-Esprit de changer les dons eucharistiques, non quant à la substance, mais quant à la vertu et à l'eflicacité. Que signifient donc ces pa oies, béni soit, etc., si Jésus-Christ n'est pas réellement présent? Lorsque le prêtre présente la communion, il ne dit point : C'est ici la vertu et l'efficacité du corps de Jésus-Christ, mais c'est le corps de Jésus-Christ, et le fidèle répond amen, je le crois. Le fidèle, sans doute, prend les paroles du prêtre dans leur sens naturel, il ne vient à l'esprit de personne de croire que du pain et du vin ont la même vertu et la même efficacité que le corps et le sang de Jésus-Christ.
Le prêtre dit à Dieu : Nous vous offrons pour tous les saints qui ont été agréables à vos yeux, pour tout ce peuple, etc.; en quel sens, si ce n'est que du pain et du vin? Si c'est le corps et le sang de Jésus- Christ, nous concevons qu'ils sont offerts à Dieu pour lui rendre grâces du bonheur des saints, pour le salut du peuple et de l'Eglise, etc. ; c'est alors un vrai sacrifice. Le prêtre ajoute : Faisons mémoire des saints martyrs, afin démériter de participer à leur triomphe ; pourquoi cette mémoire, sinon pour les honorer et obtenir leur intercession? Il dit : Prions pour ceux qui sont morts dans la foi. Tout cela se trouve dans la liturgie de saint Jacques, de laquelle Bingham semble reconnaître l'antiquité , et dans toutes les liturgies du monde. L'Eglise romaine ne fait donc que répéter dans la sienne des expressions desquelles on se servait déjà il y a treize cents ans. Une preuve qu'elles signifient la présence réelle , la transsubstantiation, la nature du sacrifice, le culte des saints, la prière pour les morts, c'est que quand les anglicans ont cessé de croire ces dogmes, ils ont cessé aussi de tenir ce langage : donc l'anrienne Eglise ne s'en serait pas servie, si elle avait pensé comme les anglicans.