‹ Œuvres completes de Bergier (volume 3)Chapitre 40 sur 228 · VI. Des liturgies de l'Occident. L'Eglise la · texte numérisé non relu

VI. Des liturgies de l'Occident. L'Eglise la

tine ne connaît que quatre liturgies anciennes : savoir, celles de Rome, de Milan, des Gaules, de l'Espagne. On n'a jamais douté à Rome que la liturgie de cette Eglise ne vint, par tradition, de saint Pierre; ainsi le pensaient, au ivc siècle, saint Innocent I", Epist* ad Décent., et au vr le pape Vigile, Epist. ad Profut. Mais il ne faut pas la confondre avec une prétendue liturgie de saint Pierre, qui n'est connue que depuis deux cents ans; celle-ci n'est qu un mélange des liturgies grecques avec celle de Rome : elle n'a été à l'usage d'aucune Eglise.

On ne connaît point de liturgie latine écrite avant le sacramenlaire que dressa le pape Gé- Jase, vers l'an 496. Le cardinal Thomasiusle fit imprimer à Rome, en 1G80, sous le titre de Liber Sacramentorum romance Ecclesiœ : ce savant cardinal pense que saint Léon y avait eu beaucoup de part, mais que le fond est des premiers siècles. Environ cent ans après Gélase, saint Grégoire le Grand y retrancha quelques prières, en changea d'autres, y ajouta peu de chose. Le canon de la messe, qui se trouve à la page 19G de Thomasius, est le même que celui dont nous nous servons encore ; il ne renferme aucun des saints postérieurs au ive siècle, preuve de son antiquité. C'est ce que nous appelons la liturgie grégorienne, et c'est la plus courte de toutes ; elle est trop connue pour qu'il soit nécessaire d'en parler plus au long. L'exactitude avec laquelle on la suit depuis plus de douze cents ans, doit faire présumer qu'on ne l'observait pas moins scrupuleusement avant qu'elle fût écrite. Cette réflexion aurait dû engager les protestants à la respecter davantage ; on les djfie de montrer aucune différence, pour la doctrine, entre cette liturgie et celles des Eglises orientales.

Une preuve frappante de l'attachement des Eglises à leur ancienne liturgie, est la fermeté avec laquelle celle de Milan a conservé la sienne, malgré les tentatives que l'on a faites en différents temps pour y introduire celle de Rome. Les Milanais croient en être redevables à saint Ambroise, el ce saint docteur avait composé en effet des hymnes et des prières pour l'oftice divin ; mais on ne peu! pas prouver qu'il ait touché au fond de la liturgie qui était suivie avant lui. Cela paraît évidemment par la comparaison qu'a fade le P. Lebrun de la messe ambrosienne avec la messe romaine ou grégorienne, t. III, p. 208 ; il n'y a que des différences légères entre le canon de l'une et celui de l'autre, mais aucune dans la doctrine. Voy. Ambrosien.

La messe gallicane, qui a été en usage dans les Kglises des Gaules jusqu'à l'an 758, a beaucoup plus de ressemblance avec les liturgies orientales qu'avec l'ordre romain. On pense, avec assez de probabilité, que cela est venu de ce que les premiers évêques qui ont prêché la foi dans les Gaules, comme saint Pothin de Lyon, saint Trophime d'Arles , saint Saturnin de Toulouse, etc., étaient Orientaux. Ils ont établi, sans doute, dans les Eglises qu'ils ont fondées, une liturgie

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semblable à celle à laquelle ils étaient ac coutumes. Dans les monuments qui nous l'ont conservée, nous retrouvons les mêmes expressions et les mêmes cérémonies , par conséquent la même doctrine que dans toutes les autres liturgies dont nous avons parlé jusqu'à "présent. Voy. Gallican ; Lebrun , t. 111, pag. 241. Cette conformité est encore plus sensible par l'examen de la messe gothique ou mozarabique , qui était en usage en Espagne au vc siècle et dans les suivants, et qui est, dans le fond, la même que la messe gallicane. Le P. Le Brun les a, comparées et a noté tout ce qui était commun à l'une ou à l'autre, t. III , p. 334. Le P. Leslée, jésuite, qui a fait réimprimer à Rome, en 1755, le missel mozarabique, a fait la môme comparaison ; il prétend que c'est le mozarabique qui a servi de modèle au gallican, mais il ne parait pas avoir eu connaissance des raisons par lesquelles le P.

Lebrun a prouvé le contraire, du moins il ne les réfute pas. D. Mabillon pense aussi que l'ordre gallican est plus ancien que le mozarabique, de Lilurgia gallicana.

En ctfet, le P. Lebrun a montré que, pendant les quatre premiers siècles, l'ordre romain fut suivi en Espagne ; au v\ les Goths s'y établirent. Or , avant de tomber dar s l'arianisme,les Goths avaient reçu del'Orient, et surtout de Constantinople, la foi chrétienne, par conséquent la liturgie grecque. Martin, archevêque de Brague ; Jean, évêquo de Gironne ; saint Léandre, archevêque de Séville, qui tous contribuèrent à la conversion des Goths sur la lin du vie siècle, avaient été instruits dans l'Orient. Ils étaient donc portés à conserver la liturgie gothique qui eu était venue, et qui se trouvait conforme à la liturgie gallicane suivie dans la Gaule narbonaise, où les Goihs dominaient aussi bien qu'en Espagne.

De là même il s'ensuit que saint Léandre et saint Isidore de Séville, son frère, en dressant la liturgie d'Espagne, n'ont point touché -au fond qui existait avant eux ; ils n'ont fait qu'ajouter des prières, des collectes, des préfaces relatives aux évangiles et aux différents jours de l'année. Mais le sens des prières, les rites essentiels, loblation, la consécration, l'adoration de l'eucharistie, la communion, etc., sont les mêmes; les conséquences qui en résultent ne sont pas différentes.

Cette liturgie gothique a été conservée en Espagne par les chrétiens, qui s'y maintinrent après l'invasion des Maures ou Arabes, jusqu'à l'an 1080, et c'est ce mélange des chrétiens avec les Maures qui fit nommer les premiers mozarabes. Il a fallu que les papes travaillassent pendant plus de trente ans consécutifs pour établir en Espagne l'usage <ie\n liturgie romaine. Voy. Mozarabes. Tous ces faits démontrent qu'il n'a été aisé dans aucun siècle, ni dans aucun lieu du monde, d'introduire des changements dans la liturgie.

VIL Conséquences qui résultent de la comparaison des liturgies. Par le détail abrégé que nous venons de faire, on voit que le sens, la

marche, l'esprit de toutes les liturgies connues sont d'une uniform té frappante, malgré la diversité des langues et du style, la distance des lieux, et les révolutions des siècles. En Egypte et dans la Syrie, dans la Perse et dans la Grèce, en Italie et dans les Gaules, la liturgie fut toujours célébrée par des prêtres, et non par des laïques, avec des cérémonies augustes, et non comme un repas ordinaire. Partout nous voyons des autels consacrés et des habits sacerdotaux, le pain et le vin offerts à Dieu comme destinés à devenir le corps et le sang de Jésus-Christ, l'invocation par laquelle on demande à Dieu ce changement, la consécration faite par les paroies du Sauveur, l'adoration rendue au sacrement, exprimée par des prières, par des gestes, par des encensements, la communion envisagée comme la réception du corps et du sang de Jésus-Christ, les noms de victime, de sacrifice, d'immolation, etc. Ce phénomène serait-il arrivé, si, lorsqu'on a écrit des liturgies au vc siècle, il n'y avait pas eu un modèle ancien et respectable auquel toutes les Eglises se sont crues obligées de se conformer? Ce modèle peut-il avoir été fait par d'autres que parles apôtres ? D'autre part, dans les différentes parties du monde, les rédacteurs des liturgies ont-ils pu s'accorder à se servir tous d'un langage équivoque et abusif, à prendre les termes autel, sacrifice, immolation, victime, changement, etc., dans un sens impropre et captieux? Ou il faut supposer que dans aucun lieu de l'univers on n'a pas pris le vrai sens du langage le plus ordinaire, ou il faut soutenir que tous les écrivains, sans s'être concertés, ont cependant conçu le projet uoiforme de changer la doctrine des apôtres et de tromper les fidèles. Une illusion générale est aussi impossible qu'une mauvaise foi universelle. 11 y a eu des schismes , des disputes, des jalousies entre les évoques et les Eglises, ce malheur a été commun à tous les siècles : les intérêts, les préjugés, I s affections, les mœurs, le langage, n'étaiei.t pas les mêmes ; ces causes n'ont donc pu produire ni une erreur semblable, ni un projet uniforme.

Les hérétiques, en se séparant de l'Eglise, ont encore respecté la liturgie à laquelle k's peuples étaient accoutumés ; ils n'y ont glissé leurs erreurs que quand ils ont été sûrs que leur troupeau, imbude leur doctrine, la verrait paraître sans étonnement dans les prières publiques. Ils n'ont altéré qu'un petit nombre de liturgies, et le modèle original, conservé par les catholiques, a toujours servi de témoignage contre les novateurs. Chez les catholiques même les différentes Eglises ont été jalouses de conserver leur ancienne liturgie ; celle de Milan garde la sienne depuis son origine ; les Eglises d'Espagne n'ont quitté la leur qu'à l'occasion de l'irruption des Goths, et sont demeurées attachées à la messe gothique jusque dans le xi' siècL- ; il a fallu toute l'autorité de Charlemagne pour introduire dans les Gaules l'oih>e romain au lieu du gallican, quoique l'un no renferme rien de contraire à l'autre.

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Saint Augustin voulut établir dans son Eglise l'usage de réciter, pendant la semaine sainte, la passion de Jésus-Christ selon les quatre évangélistes, comme l'on fait aujourd'hui, au lieu qu'avant lui on ne lisait que celle qui est dans saint Matthieu; cette nouveauté excita un murmure : lui-môme nous l'apprend, Serm. 144 de Temp. 11 est certain que depuis douze cents ans la liturgie romaine n'a pas changé; y a-t-.l des preuves pour faire voir que l'on y était moins attaché pendant les cinq premiers siècles ?

Malgré ces faits incontestables , les prolestants ont soutenu que la croyance de l'Eglise avait changé touchant l'eucharistie; nous leur opposons un raisonnement fort simple : la croyance ne peut changer sans que le langage et les cérémonies de la liturgie ne changent ; vous l'avez prouvé par votre exemple : or ce dernier changement ne s'était pas fait avant vous; la confrontation des liturgies en dépose : donc avant vous la croyance touchant l'eucharistie n'a jamais changé.

Dans presque tous les siècles, on a vu naître des erreurs sur ce point essentiel de doctrine ; nous les rapportons au mot Eucharistie : ce mystère a donc toujours tenu les esprits attentifs, parce qu'il est étroitement lié à celui de l'incarnation et au dogme de la divinité de Jésus-Christ. lia donc toujours été question du sens qu'il fallait donner aux paroles de la liturgie ; il n'était pas possible aux fidèles de l'oublier, ni aux pasteurs de le. changer.

VIII. Liturgie des protestants. Ce que nous soutenons touchant l'immutabilité de la foi de l'Eglise a été mis en évidence par la conduite des protestants. Dès qu'ils ont nié la présence réelle, et n'ont plus voulu que la messe fût un sacrifice, il leur a fallu supprimer les paroles et les cérémonies de la messe qui attestaient la croyance contraire : ils ont ainsi reconnu malgré eux l'énergie de ces signes usités dans toutes les Eglises du monde, et ont fait profession de rompre avec elles.

La première chose que fit Luther, fut d'abolir, à Wirtemberg, le canon de la messe; il n'en conserva que les paroles de la consécration. Quoiqu'il continuât de soutenir la présence réelle, il supprima tout ce qui pouvait donner l'idée de sacrifice. 11 conserva cependant l'élévation de l'hostie, en «aissant la liberté de la faire ou de la retrancher; cet article causa du trouble dans son parti; enfin il trouva bon de la supprimer.

Zwingle et Calvin, qui niaient la présence réelle, ne retinrent pour la cène que l'oraison dominicale et la lecture des paroles de l'institution de l'eucharistie; ils abolirent toutes les paroles et les cérémonies que Luther avait conservées avant et après la consécration.

En Angleterre, Henri VIII n'avait pas touché à la liturgie ; mais en 1549 , sous Edouard VI, l'on en fit une nouvelle, dans laquelle on retrancha les prières du canon et l'élévation de l'hostie; l'on y représenta

encore la communion comme l'action de manger la chair et de boire le sang de Jésus Christ, et l'on y permit de faire la cène dans les maisons particulières. On y conserva les habits sacerdotaux, les noms de messe et d'autel, le pain azyme; mais on y changea plusieurs prières, et l'on y déclara que le corps de Jésus-Christ n'est que dans le ciel. En 1553, sous la reine Marie, qui était catholique, la messe romaine fut rétablie. En 155W , la reine Elisabeth, qui était protestante, fit remettre en usage la liturgie d'Edouard VI; elle voulut que le dogme de la présence réelle n'y fût ni enseigné ni combattu, mais laissé en suspens. On n'y toucha presque pas sous Jacques 1er, mais les troubles survenus sous Charles I", au sujet de la liturgie, servirent de prétexte pour le faire périr sur un échafaud, et ces troubles continuèrent sous Cromwell. En 1(502, Charles il fit retoucher cette môme liturgie d'Edouard; l'on y déclara que le corps de Jésus- Christ n'est que dans le ciel; on y mit la prière pour les morts en termes ambigus : plusieurs savants anglais écrivirent contre cette liturgie.

Les disputes ne furent pas moins vives en Ecosse ; mais comme les puritains ou calvinistes rigides y ot.t prévalu, ils ont retranché les cérémonies ; ils observent à peu près la môme manière de célbrer la cèi c que Calvin établit à Genève; c'est aussi celle que suivirent les calvinistes de France. En Suède, le luthéranisme s'établit d'abord sous Gustave Ier, et la messe y fut abolie; après bien des disputes et des incertitudes, l'on y publia, en 1576, une liturgie qui se rapprochait beaucoup de la messe romaine ; on y prescrivait l'élévation de l'hostie, et l'on y déclarait que l'on reçoit le corps et le sang de Jésus-Christ dans Vusage. Le P. Lebrun a donné cette liturgie, tom. VII, page 162 et suiv. Dans la suite, le luthéranisme a repris le dessus en Suède ; mais les luthériens des divers pays du Nord n'ont entre eux aucune forme de liturgies fixe et immuable.

Depuis que les esprits se sont calmés, et que l'on a comparé les liturgies des protestants avec celles de toutes les autres Eglises du monde, plusieurs d'entre eux sont convenus que les prétendus réformateurs se sont trop écartés de l'ancien mo jèle ; maiscomment en conserverie langage et la forme, lorsqu'on en avait abandonné l'esprit et la doctrine? Ceux qui ont voulu s'en rapprocher, comme on a fait à Neuchâtel, n'ont réussi qu'à se donner un ridicule de plus. Cette bizarrerie môme démontre que, si les anciennes Eglises avaient pensé comme les protestants, leurs liturgies n'auraient jamais pu être telles que nous les voyons.

Pour faire adopter les liturgies des hérétiques, il a fallu, dans plusieurs pays, des lois, des menaces, des peines, des supplices ; on n'avait rien vu de semblable autrefois : la messe romaine, contre laquelle les protestants ont tant déclamé, n'a point fait répandre de sang. Dès qu'un peuple a été chrétien, il a reçu sans résistance une liturgie qui

était l'expression fidèle de la doctrine des apôtres ; jamais il n'a touché à la liturgie sans avoir changé de croyance, et l'époque de ce changement a toujours été remarquée. C'est donc aujourd'hui un Irès-gran 1 avantage pour les théologiens de pouvoir consulter et comparer les liturgies de toutes les communions chrétiennes ; il n'est aucune preuve plus convaincante de l'antiquité, de la perpétuité, de l'immutabilité de la foi catholique, non-seulement touchant les dogmes coniestés par les protestants, mais à l'égard de tout autre point de croyance. Voy.

]\ÏESSE.

LIVRE. Un sentiment de vanité a pu persuader aux littérateurs du xvie siècle que toute vérité se trouve dans les livres ; qu'il n'est aucun autre monument certain des connaissances humaines, aucune autre règle de croyance ni de conduite à laquelle on puisse se lier. Cette prétention, qui aurait paru absurde dans toute autre matière, a été cependant soutenue avec beaucoup de chaleur en fait de religion, et l'est encore par des sectes nombreuses. On pourrait leur demander d'abord comment ont pu iaire les premiers philosophes, qui n'avaient pas de livres; ils ont cependant acquis des connaissances, puiqu'ils ont formé des écoles nombreuses, et que leur doctrine s'est perpétuée parmi leurs disciples.

Pour nous, qui pensons que Dieu a établi la religion pour les ignorants aussi bien que pour les savants, et qu'il n'est ordonné à personne de savoir lire, sous peine de dam nation, nous présumons qu'il y a d'autres moyens d'instruction; que quand il n'y aurait jamais eu de livres, la vraie religion au rait cependant pu s'établir et se perpétuer sur la terre. C'est ainsi qu'elle y a duré [tendant près de deux mille ans; c'est ainsi que les fausses religions subsistent encore chez plusieurs nations ignorantes, depuis un grand nombre de siècles ; c'est ainsi enfin que les hérétiques môme transmettent leur doctrine au très-grand nombre de leurs secta;eurs qui n'ont aucun usage des lettres. De même qu'un ignorant n'a pas besoin de livres pour être convaincu de la vérité et de la diviniié de la religion chrétienne , nous concluons qu'il n'en a pas besoin non plus pour savoir certainement ce qu'enseigne cette religion et quede en est la uoetrine.

Le christianisme était professé , et il y avait des Eglises fondées avant que la plupart des livres du Nouveau Testament fussent écrits, et qu'ils fussent connus des simples tidôles. « Quand les apôtres, dit saint irénée, ne nous auraient rien laissé par écrit, ne faudrait-il pas toujours suivre la tradition que nous ont laissée les pasteurs auxquels ils ont confié le soin des Eglises? C'est la méthode que suivent plusieurs nations barbares qui croient en Jésus-Christ sans écritures et sans livres, mais qui ont la doctrine du salut gravée dans leur cœur par le Saint-Esprit, et qui gardent avec soin

l'ancienne tradition Ceux qui ont ainsi

reru la foi sans écritures nous paraisseut

barbares; mais, dans le fond, leur foi est trèssage, leur conduite très-louable, leurs vertus sont très-agréables à Dieu. » Adv. Hœr., 1. m, cap. k, n. 1 et 2.

Parmi les sujets d'un grand royaume, il n'y en a pas un millième qui aient lu le texte des lois, la plupart ne son* pas seulement capables délire leurs titres ; aucun cependant n'ignore ses droits et n'est inquiet sur ses possessions. Les usages civils, les devoirs de la société, les mœurs, en un mot, ne sont couchés dans aucun code ; est-on pour cela moins instruit de ce que l'on doit faire ': Avant notre siècle, il en était de même du procédé des arts les plus compliqués, et qui exigent le plus d'industrie ; y avait- 1 pour cela moins d'artistes habiles ? Vainement l'on se bornerait à donner des livres à ceux qui étudient les sciences et les arts ; s'ils n'ont pas un maître pour leur expliquer les termes, pour leur montrer l'ordre des procédés, pour leur faire éviter les méprises, ils ne seront jamais fort instruits.

Par le laps des siècles, par le changement des langues, par la différence des mœurs, par les disputes des savants, etc., les anciens //très deviennent nécessairement très-obscurs et souvent inintelligibles ; il faut donc que la tradition vivante, l'usage journalier et les pratiques, les maîtres chargés d'enseigner, viennent à notre secours pour nous en donner l'intelligence. De là nous concluons que Jésus-Christ aurait très-mal pourvu à la perpétuité et à l'immutabilité de sa doctrine s'il n'avait donné à son Eglise que des livres pour tout moyen d'enseignement. Ce n'est pas la lettre d'un livre qui nous guide , c'est le sens : or, comment pouvons-nous être sûrs que nous en prenons le vrai sens, lorsqu'une multitude d'hommes, qui paraissent sages et instruits, soutiennent qu'il faut entendre autrement le texte ? Si nous nous flattons que Dieu nous donne une inspiration qu'il leur refuse, nous tombons dans le fanatisme. Si nous pensons qu'alors l'erreur ne peut être ni imputable, ni dangereuse, c'estavouerque, dans lefond, il n'y a ni foi certaine, ni doctrine constante à laquelle nous soyons obligés de nous fixer, et qu'après avoir consulté un livre que nous prenions pour règle de notre foi, nous ne sommes pas plus avancés qu'auparavant.

Inutilement on nous dit que l'Ecriture est claire sur tous les articles de foi nécessaires au salut ; que quand un dogme n'est pas révéléclairement, il n'est pas nécessaire, puisqu'il n'en est aucun qui n'ait été contesté, et sur lequel on n'ait cité l'Ecriture pour et contre. Osera-t-on dire que, pour être chrétien et dans la voie du salut, il n'est pas nécessaire de savoir si Jésus-Christ est Dieu, ou s'il ne l'est pas ; si on doit l'adorer comme un Dieu, ou seulement le respecter comme un homme? C'est comme si l'on disait qu'il n'importe en rien au salut de croire un seul Dieu, ou d'en admettre plusieurs, d'être chrétien ou idolâtre. Or, la divinité de Jésus-Christ a été contestée depuis la naissance du christianisme; elle l'est encore,

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et il n'est aucun article suclequel on ait autant allégué les passages do l'Ecriture sainte de part et d'autre. Chez les sectes même les plus obstinées à rejeter toute autre règle de foi que l'Ecriture sainte, est-ce véritablement le texte du livre qui règle la foi des particuliers? Avant de lire l'Ecriture sainte, un protestant est déjà prévenu par son catéchisme, parles sermons des ministres, par la croyance de sa famille. Delà un luthérien ne manque jamais de voir dans l'Ecriture les sentiments de Luther, un calviniste ceux de Calvin, un anabaptiste ou un socinien ceux de sa secte, tout comme un catholique y trouve ceux de l'Eglise romaine, il est donc évident que tous sont également guidés par la tradition, ou par la croyance de la société dans laquelle ils ont été élevés.

Sur cette importante question, les protestants d'un côté, les déistes de l'autre, ont donné dans les excès les plus opposés, et se sont réfutés mutuellement. Les premiers persistent à soutenir qu'il faut chercher les vérités de la foi dans les Livres saints, et non ailleurs ; que tout ce qu'il faut croire y est clairement révélé ; que s'en rapporter à la tradition et à l'enseignement (Je l'Eglise, c'est soumettre la parole de Dieu à l'autorité des hommes, etc. Les déistes ont dit : Il ne faut point de livres ; tous sont obscurs, et sont entendus différemment par les divers partis; c'est une source intarissable de disputes; les peuples qui n'ont point de livres ne disputent point. Entre ces deux excès, l'Eglise catholique garde un sage milieu; elle dit aux protestants : Depuis dix-sept siècles, toutes les contestations survenues entre les sociétés chrétiennes ont eu pour objet de savoir comment il faut entendre certains passages des Livres saints; toutes en ont allégué en faveur de leurs opinions. Non-seulement c'est le sujet des disputes entre vous et les catholiques, mais entre vous et les différentes sectes nées parmi vous. Dans vos contestations avec les sociniens, vous avez éprouvé qu'il était impossible de les convaincre par l'Ecriture sainte, et, contre vos principes, vous avez été forcés de recourir à la tradition pour leur faire voir qu'ils abusaient du texte sacré. Vous êtes donc convaincus, par votre expérience, queles Livres saints ne sufusent pas pour terminer les disputes en matière de foi. Elle dit aux déistes : 11 n'est pas vrai que les Jures soient inutiles ou pernicieux par eux-mêmes ; l'abus que l'on en fait ne prouve rien. Quelque obscurs qu'on les suppose, on peut en découvrir le sens pa.la manière dont ils ont été entendus dès l'origine ; par la croyance d'une grande société, qui les a toujours respectés comme parole de Dieu ; par le sentiment des docteurs, qui ont eu pour maîtres les auteurs mômes de ces livres ; par les usages religieux qui en représentent la doctrine ; par la condamnation de ceux qui ont voulu en pervertir le sens. Ainsi l'on cherche le sens des anciennes lois dans les écrits des jurisconsultes et dans les arrêts des tribunaux, et les senti-

DlCTIOMN, JUS ÏHÉOL. DOUMATigUE. III.

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ments d'un ancien philosophe dans les ouvrages soit de ses disciples, soit de ceux qui ont fait profession de les réfuter.

Entre doux méthodes d'enseigner, il est à présumer que Jésus-Christ a choisi celle qui est non-seulement la plus solide et la plus sûre, mais encore la plus à portée des ignorants, puisque ceux-ci forment la plus grande partie du genre humain. Or, il est évident qu'un ignorant n'est pas capable de juger par lui-môme si tel livre est inspiré de Dieu ou non, s'il est authentique et s'il a été lidèlement conservé, s'il est bien traduit dans sa langue, s'il faut entendre tel passage dans le sens littéral ou dans le sens figuré, etc. Mais il ne lui est pas plus difficile de se convaincre que les pasteurs de l'Eglise catholique sont les successeurs des apôtres, que do s'assurer que Louis XVI est le successeur légitime du fondateur de la monarchie française. Les mômes preuves qui établisse!) 's la mission des apôtres, établissent aussi la mission de leurs successeurs.

On ne doit pas être surpris de ce que nous répétons ces mêmes vérités dans plusieurs articles de ce Dictionnaire ; c'est ici la contestation fondamentale et décisive entre l'Eglise catholique et les différentes sectes hétérodoxes qui sont soi tics de son sein, et ont levé l'étendard contre elle. Voy. Autorité, Examen, Foi, Tradition, etc. '

Livres saints ou sacués. Tous les peuples lettrés ont nommé livres sacrés les livres qui contenaient les objets et les titres de leur croyance ; il est naturel d'avoir un grand respect pour des livres que l'on croit émanés de la Divinité. Quand une nation est persuadée que certains hommes ont été envoyés de Dieu pour annoncer ses volontés et pour prescrire la manière dont il veut ôtre adoré, elle doit conclure que Dieu n'a pas permis que ces hommes enseignassent des erreurs ; autrement il aurait tendu à ce peuple un piège inévitable : elle doit donc regarder les livres de ces envoyés comme la parole de Dieu môme, comme la règle de foi et de conduite qu'elle doit suivre. Toute la question se réduit à savoir si les divers personnages, qui ont été regardés comme envoyés de Dieu, ont eu véritablement les signes qui peuvent caractériser une mission divine. Or, nous prouvons que Moïse, les prophètes, Jésus-Christ et ses apôtres, eu ont été certainement revêtus : c'est donc à juste titre que nous regardons leurs livres comme saints et sacrés. Voy. Mission , Moïse, etc.

D'autre part, nous prouvons qu'aucun fondateur des fausses religions n'a montré les mômes caractères, mais plutôt des signes tout opposés; conséquemment c'est mal à propos, et sans aucune preuve, que les Chinois, les Indiens, les parsis, les mahométans, nomment sacrés les livres qui contiennent leur croyance. Nous ne craignons pas que les docteurs de ces fausses religions entreprennent de tourner contre nos Livres suints les arguments que nous faisons contre les'eurs; aucun d'entre eux ne l'a jamais entrepris.

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C'est donc, de la part des incrédules, une injustice dédire que le respect que nous portons à nos Livres saints n'est pas mieux fondé que celui que les autres peuples témoignent pour les leurs. Aucun incrédule n'est encore venu à bout de faire voir que les preuves sont les mêmes de part tt d'autre. Voy. Chinois, Indiens, etc.

Déjà nous avons parlé de nos Livres saints dans les articles Bible, Canon, Ecriture sainte, etc., et nous en donnerons une courte notice au mot Testament.

Jamais ces divins écrits n'avaient été attaqués avec autant de fureur que de nos jours; non-seulement les incrédules modernes ont répété tout ce qu'avaient dit autrefois les marcionites, les manichéens, Celse, Julien, Porphyre, pour rendre ces livres méprisables, surtout l'Ancien Testament ; mais ils ont enchéri sur tous ces anciens ennemis du christianisme; ils ont mis, pour ainsi dire, à contribution toutes les sciences, pour trouver des reproches à faire contre les écrivains sacrés. Ils ont voulu prouver que ces (ivres prétendus inspirés sont des écrits apocryphes, faussement attribués aux auteurs dont ils portent les noms, et d'une date très-postérieure; que les livres de religion des autres nations portent des marques plus apparentes d'authenticité et de vérité que les nôtres. On a cru y trouver des erreurs contre la chronologie, la géographie, l'astronomie, la physique et l'histoire naturelle ; des laits contredits par des auteurs profanes très-lignes de toi, des exemples môme pernicieux aux mœurs. On a censuré le langage, les expressions, le style de l'Ecriture sainte, aussi bien que la doctrine ; il n'est presque pas un verset qui n'ait donné matière aux invectives et uux sarcasmes de nos prétendus philosophes. Une critique plus décente et plus modérée aurait sans doute fait plus d'impression, et en aurait imposé plus aisément aux lecteurs; mais on a vu que les libelles de nos adversaires étaient marqués au coin de l'impiété et du libertinage, on y a remarqué tant de traits d'ignorance, de mauvaise foi et de malignité, que la plupart ont été méprisés dès leur naissance.

Pour juger sensément de nos Livres saints, il fallait un degré de lumière et de capacité que n'avaient pas nos adversaires, une grande connaissance des langues, des opinions, des mœurs, des usages civils et religieux des nations anciennes, du sol et de la température dos différentes contrées de l'Orient, des révolutions qui y sont arrivées, des circonstances dans lesquelles se trouvaient les auteurs sacrés. Les vrais savants, loin de mépriser ces anciens monuments, en ont fait l'objet de leurs recherches et la base de leur érudition; nous voyons tous les jours le récit des historiens de l'Ancien Testament confirmé par le témoignage des voyageurs les plus sensés ; plus on avance dans la connaissance de la nature, plus on est convaincu que Moïse et ceux qui l'ont suivi ont été intruits et sincères. Aussi la critique téméraire des incrédules a fait éclore de nos jours

plusieurs ouvrages estimables, dans lesquels leurs vaines imaginations ont été pleinement réfutées. On leur a fait voir que nos Livres saints n'ont pas été aussi inconnus qu'ils le prétendent aux nations voisines des Juifs ; que les auteurs égyptiens, phéniciens, chaldéens, assyriens, en ont parlé avec estime ; qu'il en a été de même des Grecs, lorsque ces livres ont été traduits dans leur langue.

Que prouve, d'ailleurs, L'ignorance des nations anciennes les unes àl'égard des autres; le peu de curiosité qu'elles ont eu de se connaître, le peu de commerce qui régnait entre elles ? Jusqu'à nos jours, les livres des Chinois, des Indiens, des parsis, étaient presque inconnus aux savants européens.

Mais depuis que l'on a pris la peine de les aller chercher et de les traduire, nous ne redoutons plus la comparaison que l'on en peut faire avec les nôtres. Soit que l'on examine les preuves de leur authenticité, soit que l'on en considère la doctrine, les lois, la morale, tout l'avantage nous reste ; on voit la vanité des conjectures de nos adversaires qui en avaient parlé au hasard et sans en avoir la moindre notion.

Quand il y aurait des difficultés insolubles dans la chronologie, cela ne serait pas étonnant à l'égard de livres si anciens ; mais il est aujourd'hui démontré qu'en comparant les chronologies des Egyptiens, des Chaldéens, des Chinas, des Indiens, avec celle du texte sacré, elles ne sont rien moins qu'opposées ; qu'elles se concilient aisémei.t à l'égard des principales époques, quand ou connaît la manière dont chacune de ces nations supputait les temps. Voy. ÏLIistoire de V Astronomie ancienne, par M. Bailly. Les conjectures de quelques modernes touchant l'antiquité du monde, fondées sur des systèmes de physique, aussi aisés à détruire qu'à édifier, ne prévaudront jamais sur des preuves de fait et sur le témoignage réuni de tous les peuples lettrés.

Comment a-t-on trouvé des fautes de géographie dans nos Livres saints? En confondant un peuple avec un autre, en prenant de travers des noms hébreux dont on ignorait le sens, ou qui étaient mal traduits dans les versions. Mais ces critiques hasardées ferontelles oublier les travaux du savant Bochart sur la géographie sacrée, et les lumières qu'il y a répandues? De nos jours, en montrant la vraie signification d'un mot hébreu, qui n'avait pas été aperçue par les commentateurs, M. de Gébelin a fait voir la justesse d'un passage d'Ezéchiel, qui nous apprend que Nabuchodonosor avait conquis l'Espagne. 11 concilie heureusement la chronologie et la géographie sur une partie considérable de l'histoire sainte, qui, jusqu'à présent, avait été regardée comme un chaos. Monde primit., t. VI ; Essai dldst. orient.

A l'égard de l'astronomie, un autre savant, qui a examiné de près le livre de Daniel, fait voir que ce prophète s'est servi du cycle astronomique le plus parfait que l'on ait encore pu imaginer, et que, par le moyen do

ce CjCle, on pont résoudre plusieurs problèmes très-diffieiles. Hem. astronom. sur la

prophétie de Daniel, par M. de Cheseaux.

Aujourd'hui c'est principalement sur la physique des Livres saints que les censeurs se flattent de triompher. Mais, avant de s'attribuer la victoire, il faudrait qu'ils fussent convenus ensemble d'un système général de physique et qu'ils l'eussent démontré dans toutes ses parties : l'ont-ils fait? Jusqu'à présent ils n'ont fait que passer d'un système à un autre, rajeunir les vu illes opinions pour les abandonner ensuite, disputer et se réfuter mutuellement. Les nouvelles cosmogonies, dont on nous amuse, auront-elles un rè^ne plus long que les antiennes? Déjà M, de Luc vient de les détruire dans ses Lettres sur l'histoire de la terre et de l homme ; il prouve que la cosmogonie tracée par Moïse est la seule conforme à la structure du globe, et que toutes les autres sont réfutées par les observations. L'unique dessein des physiciens modernes semble avoir été de nous faire oublier Dieu, et d'établir le matérialisme ; les auteurs sacrés, au contraire, n'ont écrit que pour nous montrer la puissance, la sagesse, la bonté de Dieu dans ses ouvrages.

On a fait de savantes dissertations pour découvrir ce que c'est que Béhémoth et Léviathan dans le livre de Job, pour savoir si l'animal dont parle Salomon dans les Proverbes est la fourmi ou un autre insecte, s'il y a une espèce de poisson qui ait pu engloutir Jonas et le laisser vivre dans ses entrailles ; si les coquillages qui se trouvent dans le sein de la terre viennent de la mer ou d'ailleurs; combien il a fallu de siècles pour former les couches de lave qu'ont vomies les volcans, (te. Nous attendrons que tous les dissertatcurs soient d'accord, avant de convenir que les auteurs sacrés étaient des ignorants en fait d'histoire naturelle. Lorsque nous aurons comparé ensemble Hérodote, Ctésias, Xénophon, Strabon, Diodore de Sicile , les fragments de Bérose, d'Abydène, de Manéthon, d'Eratosthène, de Sanehoniathon , etc., formerons-nous une histoire ancienne aussi complète, aussi exacte , aussi suivie que celle que nous fournissent nos Livres saints? Sans eux, il ne nous reste plus de til pour nous conduire dans ce labyrinthe ; nous ne trouvons plus que des ténèbres. Voij. Histoire SAINTE.

Des littérateurs superficiels , qui ne connaissent que leur siècle et leur 1 ation, qui sont persuadés que nos mœurs sont la règle de l'univers entier , sont étonnés des usages qui ODt régné dans les premiers âges du monde ; tout leur y paraît absurde, grossier, détestable ; ils ne peuvent concevoir comment Dieu a daigné instruire et gouverner des hommes si différents de ceux d'aujourd'hui. Mais le genre humain, dans son enfance, a-t-il donc dû être le même que dans sa maturité? Trouverons - nous mauvais qu'il y ait encore aujourd'hui des Arabes scéintes, des Tartares errants et des Sauvages? Ce- sont cependant des hommes, quoiqu'ils

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ne nous ressemblent pont. Quand on veut que Dieu ait fait régner dans tous les temps les mômes idées, les mômes lois, les mômes vertus, c'est comme si l'on se plaignait dé ce qu'il n'a pas établi la môme température, le môme degré do fertilité et d'agrément dans tous les climats.

Loin de nous scandaliser des abus que Dieu a soufferts, des désordres qu'il a permis, des crimes qu'il a pardonnes, des bienfaits qu'il a répandus sur des hommes toujours ingrats et rebelles, insensés et vicieux, nous devons bénir sa miséricorde infinie, nous féliciter de pouvoir espérer pour nous la môme indulgence, et d'avoir reçu par Jésus-Christ des leçons capables de nous rendre meilleurs. C'est ce que les auteurs sacrés veulent nous faire comprendre, lorsqu'ils font le tableau des mœurs primitives du monde ; cette réflexion vaut mieux que les spéculations creuses des incrédules : c<lles-ci tendent à nous ôter non-seulement toute notion de la Divinité, mais encore à étouffer toute espèce d'érudition. Si Dieu n'avait pas conservé l'étude des Livres saints au milieu de la barbarie, nous serions peutêtre aussi stupides et aussi abrutis que les Sauvages. Voy. Lettres (1).

Livres défendus. Dès les premiers siècles de l'Eglise, le zèle des pasteurs pour la pureté de la foi et des mœurs leur ht sentir la nécessité d'interdire aux fidèles les lectures capables d'altérer l'une ou l'autre ; conséquemment il fut défendu de lire les litres obscènes, ceux des hérétiques et ceux des païens. Celte attention était une conséquence nécessaire de la fonction d'enseigner, de laquelle les pasteurs étaient chargés. 11 n'est pas besoin de longues réflexions pour comprendre qu'à l'égard des livres obscènes rien ne peut excuser ni la licence des écrivains, ni la curiosité des lecteurs. Saint Paul ne voulait pas que les fidèles prononçassent une seule obscénité ; il leur aurait encore moins permis d'en lire ou d'en écrire (Ephes. v, k; Coloss., m, 8). La multitude de ces sortes d'ouvrages sera toujours u n

(1) Parmi les livres sacrés des nations, disent les ailleurs de l'édition Lefort, on ne peut ranger VEdda, ni le livre de Lao-tseu, encore moins le Coran. Delà comparaison du Pentateuque avec le Zend-Avesta, les y édas, les Kings, ressort sa supériorité sous le triple rapport de l'authenticité, de l'ancienneté, du tond : aussi y a-t il lieu de s'étonner de l'engouement de quelques savants pour certaines productions exotiques, notamment pour les livres de l'Inde. Cependant, la science, à force de traiter ces matières, a mis en relief quelques faits généraux. Le plus marquant, c'est le déluge. Au delà du déluge, le nuage s'épaissit. On entrevoit néanmoins quelques traits saillants de l'histoire primitive : le monde sortant du chaos, le genre humain issu d'un seul couple, infraction et malheurs à la suite, luUe des deux principes, bons cl mauvais génies en opposition, idée vague du l'établissement de l'ordre un jour ! mais tout cela est noyé dans des fables absurdes. Qui n'aurait pas lexemplairc original, en altération duquel toutes ces fables furent fabriquées, ou qui l'aurait, mais le dédaignerait , ne sortirait pas de ces labyrinthes.

triste monument de la corruption du siècle qui !e« a vus naître; la défense générale d'en lire aucun, portée par les prélats délégués r du concile de Trente, est juste et sage. Reg. 7. On ne serait pas surpris de voir cette licence poussée à l'excès chez les païens; mais les poètes môme de l'ancienne Rouie, Ovide, Juvénal et d'autres, en ont reconnu les pernicieux effets, et la nécessité d'en préserver surtout la jeunesse. Qu'auraient dit les Pères de l'Eglise qui ont déclamé contre cette turpituJe , s'ils avaient pu prévoir qu'elle renaîtrait chez les nations chrétiennes ?

Bayle, qui ne passera jamais pour un moraliste sévère, est convenu du danger attaché à la lecture des livres contraires à la pudeur ; il a môme répondu aux mauvaises raisons (pie certains auteurs de ces livres alléguaient pour pallier leur crime (Dict. crit. Guarini, Rem. C. et D. Nouv. lettres crit. sur l'hist. du Calvin., OEuv. tom. Il, lettre 19). Quand il a voulu justifier les obscénités qu'il avait mises dans la première édition de son Dictionnaire, il n'a rien trouvé de mieux a faire que de promettre qu'il les corrigerait dans la seconde édition (OEuv. tom. IV, Réflex. sur un imprimé, n. 33 et 34). Il s'est donc formellement condamné lui-môme.

Une fatale expérience ne prouve que trop les pernicieux effets des mauvaises lectures; c'est par là que se sont corrompus la plupart de ceux qui se sont livrés au libertinage, et qu'ils ont augmenté le penchant vicieux qui -les y portait. Plus les auteurs des livres obscènes y ont mis d'esprit et d'agrément, plus ils sont coupables ; ils ont imité la scélératesse d'un chimiste qui aurait étudié l'art d'assaisonner les poisons pour les rendre plus dangereux. Pour s'excuser, ils disent que ces lectures font moins d'effet que les tableaux obscènes, les spectacles, les conversations trop libres des deux sexes : cela peut être ; mais parce qu'elles font moins de mal, il ne s'ensuit pas qu'elles soieit innocentes : il n'est pas permis de commettre un crime, parce que d'autres en commettent un plus grand. Us disent que la plupart des lecteurs savent déjà ou apprendraient d'ailleurs ce qu'ils trouvent dans un ouvrage trop libre ; cela est faux, en général. Ce livre peut, tomber entre les mains de jeunes gens qui n'ont pas encore le cœur gâté et jeter en eux les premières semences du vice : mais quand môme le mal serait déjà commencé, ce serait encore un crime de l'augmenter. Us allèguent enfin la multitude de ceux qui ont écrit, publié ou commenté de ces sortes d'ouvrages, et auxquels on n'en a fait aucun reproche. C'est justement parce que l'on a souffert souvent trop de licence sur ce point, qu'il est plus nécessaire de la réprimer ; la multitude des coupables est un motif de plus de sévir contre les principaux , afin d'épouvanter et de corriger les autres. Voy. Obscénité, Roman.

Quant aux livres des hérétiques qui donnent atteinte à la pureté de la foi, l'Eglise les a également proscrits, parce que le danger est le môme; souvent, pour les supprimer,

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