‹ Œuvres completes de Bergier (volume 3)Chapitre 41 sur 228 · I.ÏV 55G · texte numérisé non relu

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les empereurs ont appuyé par leurs lois les cens ires de l'Eglise. Après la condamnation d'Ariis par le concile de Nicée , Constantin ordonna que les livres de cet hérésiarque fussent brûlés; il défendit à toutes personnes de les cacher, sous peine de mort. Socrate, Hist. ecclés.,]. i, c. 9. Arcadius etHonorius portèrent la même loi contre ceux des eunomiens, Cod. Théod., 1. xvi, tit. 5, leg. 34. Théodose le Jeune la renouvela contre ceux de Nestorius, ibid., leg. 66. Le quatrième concile de Carthage ne permit, môme aux évoques, la lecture des livres hérétiques, qu'autant que cela serait nécessaire pour les réfuter; les prélats délégués par le concile de Trente ont prononcé la peine d'excommunication contre tous ceux qui retiennent ou qui lisent les livres condamnés par l'Eglise , ou mis à l'instar.

Saint Paul défend aux fidèles d'écouter les discours artificieux des hérétiques, et même de les fréquenter (Rom., c. xvi, v. 17; Tit., c. m, v. 10, etc.). Il n'y avait pas un moindre danger à lire leurs livres. Voy. Bellarm., tome II, Controv. 2, 1. 3, c. 20. Quiconque fait cas de la foi, et la regarde comme un don de Dieu, ne s'expose pas témérairement à la p; rdre.

La sévérité de l'Eglise sur ce point a été blâmée par les auteurs, qui sentaient que leurs propres livres mérita ent d'être proscrits ; mais que prouvent les clameurs des coupables contre la loi qui les condamne? La délense de lire les livres hérétiques ne regarde point les docteurs chargés d'enseigner, capables de montrer le faible des sophismes des ennemis de l'Eglise et de les réfuter. Quant aux simples fidèles, mus ne voyons pas pourquoi il leur serait permis de chercher des doutes, des tentations, des pièges d'erreur, ni en quoi consiste l'avantage de satisfaire une vaine curiosité. Le nombre de ceux qui ont fait naufrage dans la foi par cette imprudence, devrait retenir tous ceux qui sont tentés de s'exposer au môme danger.

Dans tous les temps, les artifices des hérétiques ont été les mêmes ; Tertullien les dévoilait déjà au in' siècle. « Pour gagner, dit-il, des sectateurs, ils exhortent tout le monde à lire, à examiner, à peser les rai- « sons pour et contre ; ils répètent continuellement le mot de l'Evangile, cherchez et vous trouverez. Mais nous n'avons plus besoin de curiosité après Jésus-Christ, ni de recherche après l'Evangile ; un des points de notre croyance est d'être persuadé qu'il n'y a rien à trouver au delà. Ceux qui cherchent la vérité ne la tiennent pas encore, ou ils l'ont déjà perdue ; celui qui cherche la foi n'est pas encore chrétien, ou il a cessé de l'être. Cherchons, à la bonne heure, mais dans l'Eglise, et non chez les hérétiques; selon les règles de la foi, et non contre ce qu'elle nous prescrit. Ces hommes qui nous invitent à chercher la vérité ne veulent que nous attirer è leur parti; lorsqu'ils y ont réussi, ils soutiennent d'un ton d'autorité ce qu ils avaient fait semblant d'abandonner à nos te-

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cherches. » De Prœsc. adv. hœret., c. 8. Les

sectaires clos derniers siècles n'ont pas agi autrement que ceux des premiers; pour séduire les enfants de l'Eglise, ils les ont invites à lire leurs livres, à raisonner sur la loi, à disputer; mais ils déclama eut avec fureur contre quiconque n'embrassait pas leur avis à la fin do l'examen. Lorsqu'ils ont eu un grand nombre de sectateurs, ils leur ont défendu de lire les livres des controversistes catholiques; c'était, selon eux un piège dangereux : après avoir reproché à l'Eglise de vouloir dominer sur la foi de ses enfants, ils ont pris eux-mêmes un empire despotique sur la croyance de leurs sectateurs.

On dit que la prohibition des livres hétérodoxes n'aboutit qu'à leur donner plus de célébrité et à piquer la curiosité des lecteurs ; cela fait soupçonner que ces livres renferment des objections insolubles. Mais quand une loi produirait ce mauvais effet par l'opiniâtreté des infracteurs, il ne s'ensuivrait pas encore qu'elle est injuste et pernicieuse par elle-même. Toute défense irrite les passions par le frein qu'elle leur oppose; faut-il supprimer tout s les lois prohibitives, parce que les insensés se font un plaisir de les braver? Si, en défendant de lire les livres des hérétiques, l'Eglise n'avait pas soin d'instruire les fidèles, de faire réfuter les premiers par ses docteurs, de mettre au grand jour la fausseté des reproches qu'on lui fait, sa conduite serait blâmable, sans doute. Mais il n'a jamais paru un livre hétérodoxe digne d'attention qui n'ait été réfuté par les théologiens catholiques, et ceux-ci n'ont jamais dissimulé les objections de leurs adversaires. Nous avons toutes celles de Marcion dans Tertullien , celles d'Arius dans saint Athanase, celles des manichéens, des donatistes, des pélagiens dans saint Augustin, etc. Une preuve que ces arguments sont rapportés dans toute leur force, c'est que les incrédules et les sectaires qui les ont renouvelés n'y ont rien ajouté et ne les ont pas rendus meilleurs.

Ceux qui accusent les Pères de l'Eglise et les théologiens, de supprimer, d'affaiblir, de déguiser les objections des mécréants, sont des calomniateurs, puisque ordinairement les premiers ont la bonne foi de rapporter les propres termes de leurs antagonistes. Où sont les difficultés auxquelles on n'ait jamais répondu! Si un argument paraît plus fort dans le livre d'un hérétique, c'est que la réponse n'y est pas : il paraîtra faible, dès qu'un réiutateur instruit en fera sentir la faiblesse. C'est donc très-mal à propos que des esprits légers, curieux, soupçonneux, se persuadent que les livres supprimés ou détendus renferment des objections insolubles. Si ces livres ne contenaient que des raisonnements, ils Déferaient [tas grande impression; mais les impostures, les calomnies, lesanecdotesscandaleuses,lesaccusationsatroces,les déclamations, les sarcasmes, en sontles principaux matériaux; c'est de quoi la malignité aime à se repaître: est-il fort nécessaire de voir toutes ces infamies dans les originaux?

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On dit que pour être solidement instruit do la religion, il faut savoir le pour et le contre. Soit; d'abord, le pour et le contre se trouvent dans les théologiens catholiques. Mais la maxime est fausse. Un tidèle convaincu de sa religion par de bonnes preuves n'a pas plus besoin de connaître les sophismes par lesquels on peut l'attaquer, que d'être au fait de toutes les fourberies par lesquelles on peut éluder les lois. Cette seconde science est bonne pour les jurisconsultes; la première est faite pour les théologiens. Ne peut-on pas croire solidement un Dieu, sans avoir lu les objections des athées ? N'avons -nous droit de nous fier au sentiment intérieur, au témoignage de nos sens, aux preuves de fait, qu'après avoir discuté les sophismes des sceptiques et des pyrrhoniens? Si sur chaque question il faut examiner le pour et le contre avant d'agir, notre vie se passera comme celle des sophistes, a. disserter, à disputer, à déraisonner, et à ne rien croire. Nos adversaires suivent-ils eux-mêmes leur propre maxime ? Ils n'en font rien; jamais ils n'ont lu ni étudié les livres des orthodoxes qui les ont réfutés.

Beausobre, Hist du Manich., tom. 1, pag. 218, blâme hautement les papes sa;nt Léon, Gélase, Symmaque, Hoimisdas, d'avoir fait brûler les livres des manichéens, et les lois des empereurs qui l'ordonnaient ainsi. Il fait observer que les chrétiens se plaignirent lorsque les empereurs païens ordonnèrent de brûler nos livres, et lorsqu'ils défendirent la lecture des livres des sybilles et de ceux d'Hystaspes, parce que ces ouvrages favorisaient le christianisme. Les écrits des manichéens, dit-il, ne pouvaient inspirer que du mépris, s'ils contenaient toutes les absurdités qu'on leur attribue. Cependant. Beausobre convient qu'il y a des livres qui sont dignes du feu, tels que sont ceux qui corrrompent les mœurs, qui sapent les fondements de la religion , de la morale et de la société. Voilà déjà une décision de laquelle les incrédules ne lui sauront pas bon gré et sur laquelle ils auront droit d'argumenter. Si la loi fait partie essentielle de la religion, les livres qui en attaquent la pureté sont-ils moins dignes du feu que ceux qui en sapent les fondements? La question est de savoir si les livres des manichéens n'étaient pasde cette dernière espèce ; or, nous soutenons qu'ils en étaient. Malgré les absurdités qu'ils renfermaient, ils n'étaient pas universellement méprisés, puisque les manichéens faisaient des prosélytes. Mais il ne convient guère aux descendants des calvinistes incendiaires de bibliothèques, de se plaindre de ce que les papes ont fait brûler les livres- des manichéens. On ne peut alléguer contre cette conduite aucune raison de laquelle les incrédules ne puissent se servir pour mettre à couvert du feu leurs propres livres.

Ce que nous disons à l'égard des livres hérétiques est encore plus vrai à l'égard de ceux des incrédules. Dans les premiers siècles, nous ne voyons point de lois qui interdisent la lecture de ces derniers, parce que

les philosophes ne firent pas un grand nomhre d'ouvrages pour attaquer le christianisme. A la réserve de ceux de Celse, de Porphyre, de Julien, d'Hiéroclès, nous n'en connaissons aucun qui ait eu queîque célébrité. Mais l'avis général que saint Paul avait donné aux fidèles : « Prenez garde de vous laisser séduire par la philosophie et par de vaines subtilités (Coloss. ,u, 8),» suffisait pour les détourner de toute lecture capable d'ébranler leur foi. Le seizième canon du quatrième "concile de Carthage, qui défend aux évoques de lire les livres des païens sans nécessité, semhle désigner plutôt les fables des poètes, les livres d'astrologie, de magie, de divination, etc., que les livres de controverse. Lorsque Origène a écrit contre Celse, et saint Cyrille contre Julien, ils ont copié les propres termes de ces deux philosophes; nous présumons que les Pères qui avaient réfuté Porphyre avaient fait de môme. Rien n'est donc plus injuste que le reproche souvent répété parles incrédules contre les Pères de l'Eglise, d'avoir supprimé tant qu'ils ont pu les ouvrages de leurs ennemis ; les Pères, au contraire, se sont plaints de l'injustice des païens à cet égard, parce que la lecture de nos livres ne pouvait produire que de bons etfets pour les mœurs et pour le bon ordre de lasociété. Dioclétien fit rechercher et brûler tant qu'il put les livres des chrétiens. « J'entends avec indignation, dit Arnobe, murmurer et répéter que, par ordre du sénat, il faut abolir tous les livres destinés à prouver la religion chrétienne et à combattre l'ancienne religion.... Faites donc le procès à Cicéron, pour avoir rapporté les objections des épicuriens contre l'existence des dieux. Supprimer les livres, ce n'est pas défendre les dieux, mais craindre le témoignage de la vérité (Adv. Gent., 1. ni, p. 46). Aussi Julien remerciait les dieux de ce que la plupart des livres des épicuriens et des pyrrhoniens étaient perdus, Frag., p. 301, et il souhaitait que tous ceux qui traitaient de la religion des galiléens ou des chrétiens fussent détruits, Epist. 9, ad Ecdicium, p. 378. Ce n'est pas ainsi qu'en ont agi les Pères: /oin de supprimer les écrits de Celse, de Julien, d'Hiéroclès contre le christianisme, ils en ont conservé les propres paroles ; si ceux de Porphyre sont perdus, c'est que ceux de saint Méthodius et d'autres Pères qui l'avaient réfuté ne subsistent plus. On n'a pas détruit ce que Lucien, Tacite, Libanius, Zozyme, Rutilïus, Numalianus, etc., ont dit au désavantage de notre religion, puisqu'on le retrouve encore dans leurs ouvrages. Plusieurs livres très-avantageux au christianisme ont péri ; il n'est pas étonnant que ceux de ses ennemis aient eu le môme sort. Si l'on a livré aux flammes des livres de divination, d'astrologie judiciaire, de magie, ou des livres obscènes, il n'y a aucun sujet d'en regretter la-perte. Or ies manichéens avaient des Vivres de magie. Lorsque Anastasc le Bibliothécaire dit que le pape ■Symmaque fit brûler leurs simulacres, Bcausohrc répond qu'il ne sait ce quec'est que ces simulacres: c'étaient éyideni-

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ment des caractères et des figures magiques.

La question est de savoir si ce que les Pères ont dit au sujet de la fureur des païens contre nos livres, peut autoriser les incrédules à écrire impunément contre la religion : c'est ce que nous allons examiner (1).

Livres contre la Religion. La licence de publier de ces sortes d'ouvrages n'a été dans aucun siècle poussée aussi loin que dans le nôtre ; aucune nation n'en a vu éclore autant qu'il s'en est fait en France ; ce crime est sévèrement défendu par nos lois : plusieurs portent la peine de mort. Voy. Code de la religion et acs mœurs, tom. I, tit. 8. 11 est bon de voir si ces lois sont injustes ou imprudentes, et si les incrédules ont des raisons solides à leur opposer.

La maxime qu'Arnobe opposait aux païens, savoir, que supprimer les livres ce n'est pas défendre les dieux, mais craindre le témoignage de la vérité, n'est point applicable au cas présent. 1° Les païens ne connaissaient pas les preuves du christianisme ; ils le proscrivaient sans examen ; nous connaissons depuis fort longtemps les objections des incrédules, ils n'ont fait que les répéter. 2° Les païens n'ont jamais pris la peine de répondre aux apologistes du christianisme, au lieu que les arguments des incrédules ont été réfutés cent lois. 3° En proscrivant le christianisme, on rejetait uue religion dont on n'osait pas attaquer la morale, puisque ses ennemis même prétendaient qu'elle était la même que celle des philosophes ; nos incrédules nous prêchent celle de l'athéisme et du matérialisme, la morale des brutes et non celle des hommes. 4° L'on ne pouvait montrer, dans les livres d^s chrétiens, aucun principe séditieux capable de troubler l'ordre public ou de révolter le peuple contre les lois; les livres des incrédules, au contraire, sont aussi injurieux au gouvernement que furieux contre la religion : c'est pour cela même que les magistrats ont sévi contre plusieurs. lln'y a donc aucune comparaison à faire entre les uns et les au res.

Les incrédules disent qu'il doit être permis à tout homme de proposer des doutes ; que c'est le seul moyen de s'instruire. Principe faux. Sous prétexte de proposer des doutes, est-il permis à tout homme de soutenir publiquement que notre gouvernement est illégitime et tyrannique, nos lois injustes et absurdes, nos possessions des vols et des usurpations? Tout écrivain coupable dô cette démence serait punissable comme séditieux ; il ne l'est pas moins lorsqu'il attaque une religion prolégée par le gouvernement, autorisée par les lois, à laquelle tout bon citoyen attache son repos et sa tranquillité. Pour s'instruire, ce n'est pas au public, aux ignorants, aux jeunes gens, aux hommes vicieux, qu'il faut proposer des doutes; c'est aux théologiens et aux hommes capables de les résoudre. Professer le déisme, le matérialisme, lepyrrhonisme en fait de religion, ce n'est pas proposer des doutes, c'est vou-

(1) Voy. le Dict. de Tliëol. mor.. art. Livres, où

nous avons précisé ce qui c^t permis et <!c.emiu.

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loir en donner h ceux qui n*en ont point. Selon la loi naturelle, tout, homme dont les incrédules ont ébranlé la foi, troublé le repos, empoisonné les mœurs, serait en droit de les attaquer personnellement, de les traduire au pied des tribunaux, de leur demander réparation du dommage qu'ils lui ont causé ; à plus forte raison tous ceux qu'ils ont insultés, tournés en ridicule et calomniés. Ils disent que leurs livres ne peuvent produire du mal ; que, s'ils sont mauvais, ils tomberont dans le mépris ; que, s'ils sont bons, ce serait une injustice de punir les auteurs. Autre principe faux. Dans ce genre de livres, la plupart des lecteurs sont incapables de discerner le bon du mauvais ; il est toujours un grand nombre d'esprits pervers et de coeurs gAtés qui vont au-devant de la séduction, qui cherchent à se tranquilliser dans le crime par les principes d'irréligion; leur fournir des sophismes, c'est les armer contre la société. Les incrédules ont saisi le moment dans lequel ils ont vu la contagion prête à se répandre, pour divulguer le venin qui devait l'augmenter : ils méritent d'être traités comme des empoisonneurs publics. Nous espérons, à la vérité, que leurs livres tomberont dans le mépris, et déjà nous en avons un grand nombre d'exemples ; leurs derniers écrits ont fait profondément oublier les premiers. Tous ont été annoncés dtns le temps comme des ouvrages victorieux, terribles, décisifs, auxquels les théologiens n'auraient rien à répliquer ; et il n'en est pas un seul dont on n'ait fait voir le faux et l'absurdité. Mais la chute et le mépris de ces ouvrages de ténèbres ne réparera pas le mal qu'ils ont fait. S'il n'était pas permis d'attaquer toutes les religions, continuent nos philosophes, les missionnaires qui vont prêcher chez les infidèles seraientpunissables.llsleseraient,sans doute, s'ils voulaient établir l'athéisme, parce qu'il vaut encore mieux pour un peuple avoir une fausse religion que de n'en avoir point du tout. Ils le seraient, s'ils allaient prêcher pour corrompre les mœurs, pour soulever les peuples contre les prêtres et contre le gouvernement, comme font les incrédules : mais est-ce là Je dessein des missionnaires? Convaincus de la vérité, de la sainteté, de l'utilité du christianisme, revêtus d'une mission divine qui dure depuis dix-sept siècles, ils bravent tout danger pour aller inslruire des hommes qui en ont réellement besoin : lorsqu'ils ont uu succès, ils parviennent à les civiliser et à les rendre plus heureux. Ce ne sont là ni les desseins, ni la morale, ni le talent des incrédules; ils se cachent et désavouent leurs livres ; ils ne se montrent que quand ils sont sûrs de l'impunité : plusieurs ont fait fortune et ont acquis de la réputation ; dès que cette espérance cesse, ils n'écrivent plus. Quelques-uns ont poussé l'ineptie jusqu'à dire que de droit naturel nos pensées et nos opinions sont à nous, et sont la plus sacrée de nos propriétés; que c'est une injustice et une absurdité de vouloir empêcher un homme de penser comme il lui

ilaît et de le punir pour ses opinions. Et qui es empêche de penser et de rêver connue il eur plaît? Des écrits rendus publics, des nvectives, des impostures, des calomnies, ne sont plus de simples pensées, ce sont des délits soumise l'inspection delà police; s'ils attaquent un particulier, il a droit de s'en plaindre ; s'ils troublent la société, elle a raison de sévir. Lorsque les théologiens ont avancé des opinions douteuses, on les a réprimés, et les philosophes ont applaudi à la punition : par quelle loi sont-ils plus privilégiés que les théologiens ? Quand on leur demande de quel droit ils se mêlent du gouvernement, de la religion, de la législation, ils répondent : Par le même droit qu'un passager éveillé donne des avis au pilote endormi qui tient le gouvernail du navire dans lequel il se trouve lui-même. Mais si ce passager est un somnambule qui rêve et qui trouble sans sujet le repos de tout l'équipage, il nous paraît que l'on fait bien de le garrotter, afin qu'il nedonne plusl'alarmemal à propos. Tout écrivain de génie, disent-ils encore, est magistrat-né de sa nation : son droit est son talent. Pourquoine pas ajouter qu'ilenestle législateur et le souverain. Ainsi la fatuité d'un discoureur qui lui persuade qu'il est écrivain de génie suffit, selon nos nouveaux politiques, pourluidonnerl'autoritéderendredesarrêts.

L'absurdité de toutes ces prétentions suffit pour démontrer quel serait le sort des nations, si elles avaient l'imprudence de se livrer à l'indiscrétion de pareils docteurs. S'ils étaient les maîtres, ils proscriraient cette liberté d'écrire qu'ils demandent; ils ne souffriraient pas que personne osAt combattre leurs principes ; ils feraient brûler tous les livres de religion ; ils détruiraient les bibliot èques, comme ont fait les fanatiques d'Angleterre au xvi* siècle, afin d'établir despoiiquement le règne de leurs opinions. De tout temps l'onavu que ceux qui réclamaient le plus hautement la liberté pour eux-mêmes, étaient lesplus ardents à en dépouiller les autres. On ne peut les méconnaître au portrait que saint Paul a tracé des faux docteurs : « 11 y aura, dit-il, des hommes remplis d'euxmêmes , ambitieux , orgueilleux et vains , blasphémateurs, ingrats et impies, ennemis de la société et de la paix, calomniateurs, voluptueux et durs , sans affection pour personne, etc. : il faut les éviter. Ces hommes dangereux s'introduisent dans les sociétés , cherchent à captiver les femmes légères et déréglées , sous prétexte de leur enseigner la vérité. » (// Tim. m, 2.)

LOI. Selon les théologiens , la loi est la volonté de Dieu intimée aux créatures intelligentes , par laquelle il leur impose uneobligaîion , c'est-à-dire Les met dans la nécessité de faire ou d'éviter telle action , sinon d'être punies. Ainsi, selon cette définition, il est évident que , sans la notion d'un Dieu et d'une providence, il n'y a point de loi ni d'obligation morale proprement dite. C'est par analogie que nous appelons lois les volontés des hommes qui ont l'autorité de nous récompenser et de nous punir; mais-

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si cette autorité ne venait pas de Dieu , si elle n'était pas un effet dosa volonté suprême, elle serait nulle et illégitime ; elle se réduirait h la force ; elle pourrait nous imposer une nécessité physique, et non une obligation morale. Telle est l'équivoque sur laquelle se sont fondés les matérialistes , lorsqu'ils ont voulu établir une morale indépendante de toute notion de la Divinité ; ils ont dit que la loi estla nécessité dans laquelle nous sommes de faire ou d'éviter telle action, sinon d'êtro blâmés, haïs et méprisés de nos semblables, et de nous condamner nous-mêmes.

Getle définition est évidemment fausse ; elle suppose, 1* que tout homme assez puissant ou assez fourbe pour se faire louer, estimer et servir par ses semblables, sans faire aucune bonne action , n'est pas obligé d'en faire ; que s'il y réussit par des crimes , il n'est pas coupable. Combien n'y a-t-il pas d'hommes qui ont obtenu les éioges , l'estime, l'admiration de leur na'ion , par des actions contraires à la loi naturelle et au droit des gens ? Ces actions sont-elles devenues des actes de vertu, parce qu'elles ont été louées et approuvées par une nation stupide et barbare? Celui qui les faisait n'était certainement pas obligé d'aller consulter les autres peuples pour savoir s'ils en pensaient de môme. D'autres ont été blâmés, condamnés et punis pour avoir fait des actes de vertu. Rien n'est plus absurde que de faire dépendre les notions du bien et du mal moral de l'opinion des hommes. 2° 11 s'ensuit cpie quand un homme est assez puissant ou endurci dans le crime pour braver la haine et le mépris des autres, et pour étouffer les remords, il est affranchi de toute loi, et qu'il ne peut plus être coupable. L'absurdité de toutes ces conséquences démontre la fausseté du système de morale des matérialistes.

Plusieurs anciens philosophes et quelques littérateurs modernes ont dit que la loi en général est la raison humaine, en tant qu'elle gouverne tous les peuples de la terre. Cette définition n'est pas juste. La raison, ou la faculté de raisonner, peut nous indiquer ce qu'il nous est avantageux de faire ou d'éviter, mais elle ne nous impose aucune nécessité de faire ce qu'elle nous dicte ; elle peut nous intimer la loi, mais elle n'a point par elle-môme force de loi. Si Dieu ne nous avait pas ordonné de la suivre , nous pourrions y résister sans être coupables. Le flambeau qui nous guide et la loi qui nous oblige ne sont pas la même chose. D'ailleurs la raison ne nous guide avec sûreté que quand elle est droite : or, dans combien d'hommes n'ost-elle pas obscurcie et dépravée par les passions , par une mauvaise éducation , par les lois et les coutumes de la nation dans !e sein de laquelle ils sont nés? Supposer qu'elle est encore la loi de l'homme, c'est toujours faire dépendre le crime et la vertu de l'opinion des peuples.

11 faut donc nécessairement remonter plus li.Tut. Puisque Dieu, en créant l'homme, lui a donnl tout à la fois la raison et l'inle-li-

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