‹ Œuvres completes de Bergier (volume 3)Chapitre 42 sur 228 · I.OI 5 H · texte numérisé non relu

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gence, une inclination violente a rechercher son propre bien , et le besoin de vivre en société avec ses semblab'es, sans doute il a voulu que l'homme fit ce qui lui est avantageux, sans nuire au bien des autres ; il lui a défendu de chercher ses intérêts aux dépens des leurs : autrement D'eu aurait voulu l'impossible ; il aurait voulu que l'homme vécût en société, sans vouloir qu'il fit ce qui est absolument nécessaire pour former la société; il serait tombé en contradiction. Cette volonté ou cette loi de Dieu est donc prouvée par la constitution même de l'homme. D'autre part, Dieu n'a pas pu consentir que l'homme fût le maître de braver impunément cette volonté suprême, aussi bien que celle de ses semblables ; autrement cette volonté serait en Dieu une simple velléité ; il n'aurait pas suffisamment pourvu au bien de la société dont il est l'auteur. Il a donc établi des récompenses pour ceux qui accomplissent la loi, et des châtimcnis pour ceux qui la violent. De là viennent le dictamen de la conscience , les remords causés par le crime, la satisfaction secrète attachée aux actes de vertu. Ce sont là les signes qui nous avertissent de la loi ou de la volonté de notre souverain Maître, mais qui ne sont pas cette loi.

Les anciens philosophes, plus sensés que les modernes, avaient sur ce point la même idée que les théologiens. Selon Cicéron, qui copiait Platon, la vraie loi, la loi primitive, source de tous les autres, est, non la raison humaine, mais la raison éternelle de Dieu, la sagesse suprême qui régit l'univers ; tel est, dit-il, le sentiment de tous les sages, de Legib., 1. n, n. 14 ; Platon, de Legib. lib. iv ; c'était celui de Socrate ; Brucker, Hist. Philos., tom. I, pag. 561. Les pythagoriciens posaient de même pour fondement de toutes les lois la croyance d'une divinité qui punit et récompense, Prologue des lois de Zaleuchus, Ocellus Lucan., c. k, etc. — Leland, Demonstr. évang., t. III, p. 3i2 et suiv.,a cité d'autres passades des anciens. Mais nous avons une meilleure preuve de celte théorie dans nos livres saints. Immédiatement après la création de l'homme, Dieu exerça l'auguste fonction de législateur; il imposa une loi à notre premier père, et le punit ensuite pour l'avoir violée. Après avoir averti Caiti que sa conscience serait le juge de ses actions et le vengeur de ses crimes, il le punit d'y avoir résisté en commettant un homicide ( Gen. iv, 7 et il ). il exerça la même justice envers le genre humain, en le faisant périr par le déluge. Toute l'histoire sainte est le tableau de cette Providence juste et sage, qui récompense la vertu par des bienfaits, et punit le crime, même en ce monde, sans préjudice de ce qui lui est réservé pour une autre vie.

Les incrédules, qui ne veulent point qu'un Dieu gouverne le monde, disent que nous ne connaissons pas assez la nature divine, ni les volontés de Dieu, pour deviner ce qu'il ordonne et ce qu'il défend ; que, pour s'être fait une fausse idée de la Divinité, tous les

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peuples lui ont attribué des lois absurdes ; qu'il faut fonder les lois sur la nature de l'homme, sur ses besoins sensibles, sur l'intérêt général de la société, choses qui nous sont beaucoup mieux connues. Sophisme grossier. Ces mômes raisonneurs, qui prétendent si bien connaître la nature de l'homme, commencent par la défigurer, en supposant que l'homme n'est qu'un corps et un pur animal ; avec une pareille notion, peut-on le supposer soumis à d'autres lois qu'à celles des brutes?

C'est par la nature môme de l'homme, non telle qu'ils la conçoivent, mais telle qu'elle est, que nous voyons ce que Dieu a ordonné et ce qu'il a défendu. 11 y aurait contradiction à supposer que Dieu, en donnant à l'homme tel besoin, telle inclination, tel degré de ra;son et d'intelligence, ne lui a pas prescrit des lois analogues a cette constitution. Mais si l'homme était l'ouvrage du hasard, ou d'une nécessité aveugle, quelles lois morales pourrait-on fonder sur sa nature?

Les peuples ignorants et stupides n'ont argumente ni sur la nature de Dieu, ni sur la nature de l'homme, pour attribuer à Dieu ou pour établir eux-mêmes des lois absurdes. Ils ont cru faussement les fonder sur les intérêts de la société ou des particuliers, qu'ils entendaient très-mal. Que l'on interroge tous les peuples qui ont de pareilles lois, ou ils diront qu'ils les suivent, parce qu'elles ont été faites par leurs pères, ou ils les justifieront par des raisons d'utilité apparente et d'intérêt mal entendu, ou ils argumenteront sur de prétendus principes de justice qui n'ont aucun rapport à la Divinité. A la vérité, la plupart des anciens législateurs se sont donnés pour inspirés, afin de soumettre plus aisément les peuples aux lois qu'ils leur proposaient. Ils sentaient qu'aucun homme ne peut avoir par lui-même l'autorité d'imposer des lois h ses semblables. Les erreurs dans lesquelles ils sont tombés ne sont cependant pas venues de ce qu'ils concevaient mal la nature de Dieu, mais de ce qu'ils entendaient mal les intérêts des hommes, ou de ce quïls cherchaient leur intérôt particulier plutôt que celui des peuples.

Jamais on n'a tant parlé qu'aujourd'hui de l'esprit des lois, de l'esprit des coutumes et des usages des différents peuples; pour saisir cet esprit, il faudrait se mettre à la place du législateur, voir les circonstances dans lesquelles il se trouvait, le caractère, les besoins, les idées, les habitudes de ceux pour lesquels telle loi a été faite ; par conséquent il faudrait savoir parfaitement l'histoire de chaque nation dans son origine. Cela n'est tas aisé, puisque, chez la plupart des peu- ;les, la législation est plus ancienne que 'histoire. 11 est donc très-permis de douter si les philosophes, qui ont cru prendre l'esprit des lois et des coutumes, y ont parfaitement réussi. Le peuple juif est le seul dont les lois soient incorporées à son histoire, et dont le législateur ait montré le véritable esprit de ses lois ; et la plupart des moder-

nes qui en ont parlé n'ont pas pris la peine de consulter cette histoire, avant de raisonner sur les lois qu'elle renferme.

Selon notre manière de concevoir, toute loi vient de Dieu, comme premier et souverain législateur : mais on n'appelle lois divines que celles que Dieu a portées ou immédiatement par lui-même, ou par des hommes spécialement envoyés de sa part. Ainsi la loi divine se divise en loi naturelle et en loi positive ; celle-ci se sous-divise en loi ancienne et loi nouvelle. Dans la loi ancienne ou mosaïque, on distingue les lois morales d'avec les lois cérémonielles et les lois politiques. Sous la loi nouvelle, il y a des lois divines et des lois ecclésiastiques. Ces dernières sont censées lois humaines aussi bien 3ue les lois civiles. Nous sommes obligés e parler de ces différentes espèces de lois, parce qu'il n'en est aucune qui ne donne lieu à des questions théologiques.

Loi NATURELLE OU Loi DE NATURE. On

nomme ainsi la loi que Dieu a imposée à tous les hommes, et qu'il a dû leur imposer en conséquence de la nature qu'il leur a donnée, c'est-à-dire de leurs besoins, de leurs inclinations, de leurs qualités bonnes ou mauvaises. Pour [trouver l'existence de cette loi et les devoirs qu'elle nous proscrit, il nous suffit de nous examiner nous-mêmes, et de voir la manière dont nous sommes constitués. — 1° Le sentiment d'une loi naturelle est aussi général dans tous les hommes que la notion d'une Divinité. Si l'on excepte un petit nombre d'épicuriens, qui se parent du nom de déistes, quiconque admet un Dieu, fût-il sauvage et presque stupide, l'envisage non-seulement comme l'auteur de son être, mais commeun maitrequilui impose des devoirs, qui peut le récompenser et le punir. C'est ce qui rend tout homme religieux, qui le porte à tacher, par des respects et des offrandes, de se concilier les faveurs de son Dieu, et lui fait craindre de provoquer sa colère. Une persuasion aussi générale ne peut pas venir du hasard; c'est donc un instinct de la nature, par conséquent l'ouvrage de Dieu. Or, un Créateur infiniment sage n'a pas pu faire d'un sentiment faux l'instinct général de la nature (1). — 2° L'nomme est

(1) < Loin de nous, dit M. Frayssinons (Conférence sur la loi naturelle), loin de nous la puérile pensée qu'il fut un temps où le genre humain vivait sans Dieu, sans aucun sentiment religieux, sans aucun principe de morale ; comme s'il avait commencé par être athée et entièrement brute, et que, par des progrès insensibles, il fût passé de cet état complet d'athéisme et d'abrutissement à celui de quelque croyance religieuse, et qu'il eût enfin découvert Dieu, la providence, la vie future, la morale, ainsi qu'après bien des efforts et des expériences multipliées on a découvert l'algèbre ou la chimie. L'homme est un être naturellement raisonnable, moral, religieux : vous le trouveriez, plutôt dépouillé de toute intelligence, que dépourvu de toute notion de justice et de vertu. Si haut que vous remontiez dans l'antiquité, vous verrez toujours les hommes en possession de croire à quelques maximes de religion et do morale. Ici la nature a devancé l'industrie : tandis ■ pic la faible raison s'est égarée s;ir tout ecl ' en de

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né avec un fonds de pitié pour son semblable; il n'aime point a le voir souffrir ; sans réflexion môme, il tend le bras à celui qu'il voit près de tomber. A moins qu'il ne soit dominé par un mouvement de colère ou de vengeance, il est porté à secourir un malheureux, et il goûte un contentement intérieur lorsqu'il lui a fait du bien. D'autre part, l'homme s'aime lui-même, recherche son bien-être, craint de souffrir, désire de se conserver : ce sentiment domine en lui sur tous les autres, est le mobile de la plupart de ses actions. Ainsi, respect envers Dieu, bienfaisance envers les hommes, amour de soi-même, voilà trois penchants certainement innés dans l'humanité. Mais l'homme éprouve des passions capables d'étouffer ces penchants ou de les pervertir, de le rendre irréligieux, méchant et malfaisant, cruel même envers soi. Dieu lui permet-il également de céder aux uns ou aux autres ? L'at-il rendu susceptible de religion, de bienfaisance, d'amour bien réglé de soi, sans lui en faire un devoir? Dans ce cas, Dieu n'aurait voulu ni le bien général de l'humanité, ni l'avantage de chaque particulier ; il aurait destiné l'homme à la société, et il aurait rendu la société impossible. Ces suppositions répugnent à l'idée d'un Etre souverainement bon. Puisque Dieu a fait l'homme capable de discerner entre le bien et le mal moral, de choisir l'un ou l'autre avec une pleine liberté, il lui a certainement imposé l'obligation de pratiquer l'un et d'éviter l'autre : il n'a pu créer un être susceptible de lois, sans lui donner aucune loi. — L'homme est convaincu de l'existence d'une obligation morale par le sentiment intérieur que nous appelons la conscience. Le malfaiteur se cache pour commettre un crime, lors même qu'il n'a rien à

redouter de la part do ses semblables; lorsqu'il l'a commis, il éprouve île la honte et des remords : ainsi, il est averti par la nature qu'il y a un souverain vengeur dont il dot craindre la justice. On dit que, par l'habitude du crime, le méchant vient à bout d'étouffer les remords et la honte : quand le fait serait vrai, il ne prouverait encore rien ; à force de s'endurcir aux souffrances, l'homme peut émousser la sensibilité physique ; il ne s'ensuit pas delà qu'elle ne lui est pas naturelle. Un malfaiteur, pris pour juge des actions d'un autre, blâme sans hésiter ce qui est mal, et approuve ce qui est bien ; il prononce ainsi contre lui-même, et rend hommage à la loi, lors même qu'il ne veut pas la suivre. — k' Les philosophes païens, Ocellus Lucanus, Platon, Théophraste, Cicéron et d'autres, ont très bien aperçu toutes ces vérités, et ils en ont conclu comme nous l'existence d'une loi naturelle. Ils disent que toute loi est émanée de l'intelligence divine ; que la loi suprême, fondement de toutes les autres, est la raison et la sagesse du Dieu souverain. Plat., deLegib., 1. iv, In Crit. et Polit.; Cic., de Legib , 1. h, n. lk. et sui.; Lact , 1. vi, c. 8, etc.

Vainement les matérialistes ont voulu fonder la morale et les devoirs de l'homme sur son intérêt temporel ; ils ont confondu le sentiment moral avec la sensibilité physique : absurdité révoltante. Est-il donc besoin de vertu ou de force d'àme pour agir par un molif d'intérêt? Quel est le motif intéressé d'un homme qui meurt pour sa patrie ? Sans une loi naturelle, émanée de la volonté de Dieu, il n'y a plus ni bien ni mal moral, ni vice ni veitu. Voy. Bien et Mal moral, Devoir, etc.

Mais ce n'est pas assez pour un théologien de prouver l'existence de la loi naturelle par

vaines recherches, ou que même elle n'a enfanté que des systèmes très-ridicules, nos livres saints nous font assister en quelque sorte à l'œuvre de la création, et nous apprennent comment les choses se sont passées. Ce que les sages de l'antiquité avaient ignoré, les enfants le savent parmi nous. Le premier homme sortit des mains de son créateur dans l'état de maturité : il ne naquit pas enfant, dans la faiblesse et l'ignorance du premier âge ; il parut sur la terre homme fait, jouissant, dès le moment de son existence, de toutes les facultés du corps et de l'esprit; il arriva à la vie avec des connaissances toules formées dans son esprit, avec des sentiments religieux dans son cœur, avec une langue toute faite pour exprimer ses idées : il trouva en lui la connaissance de Dieu son créateur, des notions d'ordre et de vertu, l'amour du bien, une intelligence qui s'élevait jusqu'à l'auteur de son être, une volonté animée du désir de lui plaire; et sans doute son premier sentiment fut celiri de la reconnaissance et de l'amour. Ce qu'il avait reçu de Dieu même, ce qu'il savait, il le transmit à ses enfants, qui, à leur tour, le laissèrent comme un héritage aux généralions suivantes : la tradition se conserva, s'étendit avec l'espèce humaine ; et voilà comme, de famille en famille, d'âge en âge, de contrée en contrée, les nolions primitives se sont conservées plus ou moins pures dans le genre humain. Ainsi toutes les croyances religieuses et morales ont une source commune ; mais ce sont des ruisseaux dont les uns ont conservé la pureté de leurs eaux, et dont le?

autres se sont plus ou moins altérés à travers la corruption des siècles. C'est de là que sont venus ces principes communs à tous les hommes, que l'ignorance ou les passions affaiblissent, mais n'anéantissent pas ; celle lumière qui, pour bien des peuples, a été obscurcie des nuages du mensonge, mais qui laissa toujours échapper quelques rayons. Or, ces règles universelles, invariables, dont le sentiment se trouve partout, ces notions communes de bien et de mal, qui gouvernent l'espèce humaine , et sont comme la législation secrète du monde moral, voilà ce qu'on appelle lot naturelle : dénomination trèslégitime. Elle est naturelle, parce qu'elle est fondée sur la nature des choses, sur des rapports primitifs entre l'homme et Dieu, entre l'homme et ses semblables; naturelle, parce que les principes en sont tellement conformes à notre nature raisonnable, qu'il suffit de les exposer pour en faire sentir la vérité; naturelle, parce qu'on en trouve des vestiges partout où se trouve la nature humaine, ce qui a fait dire qu'elle est gravée dans le cœur; naturelle enfin, parce qu'il fallait la distinguer de toute autre loi donnée à l'homme depuis la création, et qu'on appelle positive. Aussi la dénomination de loi naturelle est-elle autorisée par les livres saints, et notamment par saint Paul, par tous les docteurs de l'Eglise, par tous les moralisies de toules les nations et de tous les siècles, par le langage universellement reçu de tous les hommes ; en sorte que proscrire le mot de loi naturelle, ce serait se mettre en révolte contre le genre humain. »

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la constitution même de l'humanité; il doit encore montrer que Dieu a confirmé, par la révélation, les leçons delà nature.

Dans le temps que Cain, fds aîné d'Adam, était rongé de jalousie, Dieu lui dit : Si tu fais bien, nen recevras-tu pas le salaire? Si tu fais mal, ton péché est à la porte, est toujours avec toi (Gen., c. iv, v. 7). Dieu le renvoie au témoignage de sa conscience. Ce reproche suppose que Cain sentait ce qui est mal, ce qu'il voulait faire et ce qu'il devait éviter. Job, après avoir dit que Dieu est le souverain législateur, ajoute que tout homme le voit et l'envisage comme de loin (Job, c. xxxvi, v. 22 et 25). Il avait dit ailleurs : Interrogez qui vous voudrez parmi les étrangers, vous verrez qu'il sait que les méchants sont réservés à un cruel avenir, et marchent continuellement à leur perte (c. xxi> v. 29). Le psalmiste compare la loi du Seigneur à la lumière du soleil, de laquelle aucun homme n'est entièrement privé (Ps. xvm, v. 7 et 8). Saint Paul dit que, quand les nations qui nont point de loi (positive ou écrite), font naturellement ce que la loi commande, elles sont à elles-mêmes leur propre loi; elles montrent que les préceptes de la loi sont gravés dans leur cœur, et que leur conscience leur en rend témoignage (Rom., c. Il, v. lk). Rien de plus formel que ce passage (1).

Mais, pour intimer la loi naturelle à tous les hommes, Dieu n'a pas attendu qu'ils parvinssent à la connaître par leurs propres réflexions ; il l'a enseignée de vive voix, et par une révélation expresse, a nos premiers parents. Nous lisons dans VEcclésiast., c. xvn, v. 5, que non-seulement Dieu leur a donné l'esprit, l'intelligence, le sentiment , pour connaître le bien et le mal, mais qu'il y a ajouté des instructions ; qu'il les a rendus dépositaires de la loi de vie ; qu'il a fait avec eux une alliance éternelle ; qu'il leur a montré les arrêts de sa justice; qu'ils ont tu l'honneur d'entendre sa voix ; qu'il leur a dit, gardez-vous de toute iniquité, et a donné à chacun d'eux des préceptes à l'égard du prochain, v. 9 et suiv. En effet, nous voyons dans l'histoire même de la création que Dieu a commandé expressément aux premiers hommes la fidélité mutuelle des époux, le respect envers les pères, l'amitié entre les frères ; qu'il a défendu le meurtre, etc.; c'étaient là autant de devoirs de la loi naturelle. Il leur a enseigné la manière de l'adorer, puisqu'd a sanctifié le septième jour, et que les enfants d'Adam lui ont offert des sacrifices.

Ainsi, quand on dit que, depuis la créalion jusqu'à Moïse, les hommes ont vécu sous la toi de nature, cela ne signifie pas qu'ils n'ont reçu de Dieu aucune loi positive ou révélée ; l'histoire sainte nous apprend le contra. re : la sanctification du sep-

(1) Nous if adoptons pas complètement les noies des diverses éditions de Besançon sur ce passage. Nous avons suffisamment indiqué notre pensée sur la promulgation de la loi naturelle dans notre Diet. de Théol. nior.

tième jour, la défense de manger du fruit de l'arbre de vie, la défense de manger du sang, étaient des lois positives. Voy. Révélation PRIMITIVE.

Pour nous convaincre que Dieu a daigné instruire les premiers hommes par des leçons positives, il suffit de comparer la morale suivie par les patriarches à celle qu'ont enseignée, dans la suite des siècles, les philosophes les plus célèbres. Les premiers, nés dans l'enfance du momie, avant que l'on eût fait des études et des réflexions sur les devoirs de la loi naturelle, aura ent dû avoir une morale plus imparfaite que celle des philosophes qui ont pu profiter de l'expérience des siècles précédents, qui ont f lit une élude particulière de la morale et de la législation. C'est néanmoins tout le contraire. Dans le seul livre de Job, on peut puiser des maximes de morale plus claires et plus saines que dans les écrits de Socrate et do Platon. Les patriarches ont donc eu de meilleures leçons de morale que les philosophes, savoir : les instructions de Dieu même. Aussi la connaissance des préceptes de la loi naturelle ne s'est bien conservée que dans les familles et les peuplades qui ont fidèlement gardé le souvenir delà révélation prinrlive : partout ailleurs, les législateurs, les philosophes, les nations entières ont méconnu plusieurs vérités de morale qui nous paraissent delà dernière évidence ; elles ont établi des lois et des usages injustes, cruels, absurdes. Les Chaldéens, les Egyptiens, les Grecs, les Romains, qui ont passé pour les peuples les plus éclairés et les plus sages, ont été plongés dans le même aveuglement. Les Chinois et les Indiens, qui ont cultivé, dit-on, la morale, depuis quatre mille ans, ne l'ont pas rendue plus parfaite qu'elle était parmi eux il y a vingt siècles. Aujourd'hui encore, dès que les philosophes modernes fe ment les yeux à la lumière de la révélation, ils enseignent une morale aussi fausse et aussi corrompue que celle des païens. Voy. Nouv. Démonst. Evang., par Leland, lom. III, c. i, etc.

Lorsqu'ils disent qne\&loinaturelle eslccUa que l'homme peut connaître par les seules lumières de la raison et par la voie de la conscience, ils jouent sur des équivoques, et ils s'accordent bien mal avec les faits. Il faudrait dire, du moins, par les lumières d'une raison éclairée et cultivée, et par la voie d'une conscience droite. Car enfin, lorsque la raison est obscurcie par les passions, par des erreurs reçues dès l'enfance, par la stupidité, par des usages et des coutumes absurdes, par des lois vicieuses, à quoi se réduisent alors ses lumières, et que! peut être le dictamen de la conscience ? Comment n'ont-elles pas dit à. tous les peuples et à leurs législateurs, qu'il ne faut adorer qu'un seul Dieu; que l'idolâtrie est un crime; que l'usage d'exposer ou de tuer les enfants outrage la nature ; que le droit de vie et de mort sur les esclaves est barbare. On dira, sans doute, que sur tous ces points les hommes n'ont consulté ni la ras n ni la conscience; nous en convien-

tirons suris peine : mais il en résultera toujours que, pour savoir en quoi les hommes ont écoulé ou n'ont pas écouté la raison, nous n'avons point d'autre guide certain que la révélation. Que l'on demande a quel peuple on voudra, quelles sont les lois et les mœurs les plus sages et les plus raisonnables, il jugera toujours que ce sont les siennes; c'est la réflexion d'Hérodote, et l'on ne peut pas en douter.

La loi naturelle est gravée dans le cœur de tous les hommes, nous le reconnaissons après saint Paul ; mais il faut en lire les caractères, et cela n'est pas toujours aisé : les passions, les préjugés de naissance, les habitudes invétérées, troublent la vue, et alors on ne voit plus rien : l'exemple de toutes les nations en est une preuve palpable. La loi naturelle est évidente dans les premiers principes; mais il est facile de se tromper dans les conséquences, cela est arrivé aux hommes les plus clairvoyants d'ailleurs. Un moyen de connaître ce que cette loi ordonne ou défend, est, sans doute, d'examiner ce (jui est conforme ou contraire au bien général de la société; mais où est le peuple, où est le sage qui ait su connaître ce bien général, qui ne l'ait pas souvent confondu avec un intérêt momentané et mal entendu? Si nous en ci oyons nos politiques modernes, ce bien général est encore très-peu connu : et de là viennent, selon eux, la législation imparfaite, la politique aveugle, la mauvaise conduite de toutes les nations. L'intérêt général, ou bien commun, a certainement varié dans les divers états du genre humain; il n'était p. s absolument le même dans l'état de société domestique que dans l'état de société civile et nationale. Lorsque les peuples, encore peu policés, se croyaient toujours en état de guerre l'un contre l'autre, ils ne faisaient aucune attention au bon général de l'humanité ; conséquemment le droit des gens était très-mal connu : il ne l'a été mieux que depuis que l'Evangile est venu apprendre aux hommes qu'ils sont tous frères, et les a réunis dans une société religieuse universelle. Dieu, d nt la sagesse ne se dément jamais, a révélé successivement aux hommes ce que la loi naturelle exigeait d'eux dans ces étais divers. 11 a toléré chez les patriarches des usages qui ne pouvaient produire du mal dans l'état de société domestique, mais qui devaient devenir péril cieux dans l'état de société civile; telle était la polygamie : il n'a pas condamné l'esclavage , parce qu'il était inévitable. Voy. Polygamie, Esclavage. Pour disculper les patriarc! es sur ces deux chefs, plusieurs auteurs ont pensé que Dieu les avait dispensés de la loi naturelle; il nous parait que cette loi n'admet point de dispense, et qu'il n'en est pas besoin lorsque la loi n'oblige pas.

On ne peut donc pas raisonner plus mal que le font les déistes, lorsqu'ils s,qiitiennent que la loi naturelle sutlit à l'homme pour régler ses actions; qu'il n'a besoin que de consulter sa raison et sa conscience, pour savoir ce qu'il doit faire ou éviter. Cela pour-

rait être vrai, si la raison de tous les hommes était toujours éclairée, et leur conscience toujours droite ; mais le contraire n'est que trop prouvé par une expérience générais et constante. Quand un homme, né avec un esprit très-pénétrant, avec un cœur s nsible et généreux, avec des talents cultivés par une excellente éducation, serait capable de discerner sûrement ce qui est conforme ou contraire à la loi naturelle, il n'en serait pas ainsi de l'homme sauvage, à peu près stupide ou dépravé par de mauvaises leçons et de mauvais exemples. Un homme aûra-t-il jamais plus d'esprit, de sagacité, de droiture, que Platon, Socrate , Aristote et Cicéron ? Tous se sont trompés sur des devoirs naturels, parce que les mœurs publiques avaient corrompu la morale.

Si l'on dit, comme quelques déistes, que quand l'homme est incapable de connaître par lui-même ses devoirs naturels, il est dispensé de les remplir, il faudra soutenir aussi qu'il n'est pas obligé de prêter l'oreille aux leçons de l'éducation, aux conseils des sages, à la voix des lois humaines. Puisque, selon les déistes, il est en droit de se refuser aux lumières de la révélation et aux instructions positives de Dieu, à plus forte raison est-il bien fondé à résister à celles des nommes. De ces réflexions il résulte que la loi naturelle n'est pas ainsi nommée, parce qu'elle peut être parfaitement connue de tous les nommes, par les seules lumières naturelles de la raison, mais parce qu'elle est fondée sur la constitution de la nature humaine, telle que Dieu l'a faite. Lorsque l'homme, instruit par la révélation, connaît sa propre nature et les relations que Dieu lui a données avec ses semblables, il en déduira très-bien ses devoirs par des raisonnements évidents; mais s'il méconnaît sa propre nature et son auteur, comme ont fait tous les païens, il raisonnera fort mal sur les obligations que la nature lui impose.

Aujourd'hui, avec le secours des lumières que l'Evangile a répandues dans le monde sur les vérités de la morale, nos philosophes sont en état de distinguer ce que les anciens ont écrit de bien ou de mal touchant les devoirs de la loi naturelle ; fiers de leur capacité, ils en font honneur à la nature ; ils décident que tout homme peut en faire autant ; que la révélation n'est pas nécessaire. Ils n'ont qu'à jeter un coup d'œil sur la morale qui règne chez les nations qui ne connaissent pas l'Evangile, ils verront de quoi la nature est capable, et à quoi ont servi vingt siècles de dissertations sur la loi naturelle 11 ne s'ensuit pas de là que les infidèles soient absolument excusables, ni qu'ils l'aient été autrefois, lorsqu'ils ont méconnu et violé la loi naturelle. Saint Paul a décidé que du moins les philosophes ont été inexcusables (Rom. c. i, v. 20). De savoirjusqu'à quel point la stupidité, l'ignorance, le défaut d'éducation, le vice des mœurs publiques, ont pu excuser le commun des païens, c'est une question que Dieu seul peut résoudre, et sur laquelle nou> n'avons pas besoin d'être fort instruits : U

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nous suffit de savoir que Dieu, souverainement juste, ne commande l'impossible à personne, et ne demande compte à chacun que de ce qu'il lui a donné ; que celui qui a reçu davantage sera jugé plus sévèrement que celui qui a moins reçu {Luc. c. xii, v. kS).

Nous ne voyons pas pourquoi il est nécessaire de supposer dans tous les hommes un si haut degré de capacité naturelle pour connaître et remplir leurs devoirs, pendant que nous ignorons quels sont les secours surnaturels que Dieu daigne y ajouter Si, en reconnaissant toute la faibless > des lumières de la raison, l'on craint de fournir une excuse aux crimes des infidèles, on se trompe. L'Ecriture sainte nous assure que Dieu n'abandonne aucune de ses créatures ; que ses miséricordes éclatent sur tousses ouvrages; q le le Verbe divin est la lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde, etc. Les Pères de l'Eglise, et en particulier sa nt Augustin, entendent ce passage de la lumière de la grâce; ils appliquent à Jésus-Christ ce qui est dit du soleil, que personne n'est privé de sa chaleur : ils enseignent que les actions vertueuses, faites par les païens, étaient un effet delà grâce de Dieu. Yoij. Grâce, § 3. Qu'impoite à la théologie que tout infidèle soit coupable pour avoir résisté aux lumières de la raison, ou à la lumière surnaturelle de la grâce ? Ne voir ici que la nature, c'est donner dans l'erreur des déistes. Voy. Keugion naturelle.

Si l'on demande en quoi consistent les devoirs prescrits par la loi naturelle à l'égard de Dieu, de nos semblables et de nous-mêmes, on en trouvera l'abrégé dans le Décalogue. Voy. ce mot.

Loi divine positive. On entend sous ce nom une loi que Dieu a intimée aux hommes par des signes extérieurs, et par un acte libre de sa volonté. Souvent par des lois positives, Dieu a commandé ou défendu ce qui l'était déjà par la loi naturelle, comme lorsqu'il imposa aux Juifs le Décalogue avec tout l'appareil de la majesté divine : souvent aussi il a, par ces sortes de lois, imposé aux hommes des devoirs qui ne leur étaient pas prescrits par la loi naturelle ; ainsi U voulut qu'Abraham reçût la circoncision : il ordonna aux Juifs d'offrir au Seigneur les prémices des fruits de la terre, etc. Une loi divine positive ne peut d ne être connue que par la révélation, ou plutôt cette loi même est une révélation de la volonté de Dieu. Dans l'article précédent, nous avons fait voir que Dieu a imposé aux hommes des lois positives dès le commencement du monde; il en porta de nouvelles pour les Juifs par le ministère de Moïse; enfin, il en a fait publier de plus parfaites polir tous les hommes pir Jésus- Christ : ce sont là les trois époques de la révélation.

11 est évident que, par la loi naturelle , nous sommes obligés d'obéir à Dieu , lorsqu'il commande, quelle que soit la manière dont il lui plaît de nous faire connaître ses volontés ; dès qu'il a porté des lois positives, c'est i>our nous un devoir naturel de

nous y soumettre et de les accomplir ; ce n'est point à nous de lui demander raison de ce qu'il juge à propos d'ordonner et de défendre.

Telle est cependant la prétention des déistes : ils soutiennent que Dieu ne peut imposer à l'homme des lois positives ; que ces lois seraient inutiles, injustes, pernicieuses, contraires à la loi naturelle ; que, quand il serait vrai que Dieu en a porté, l'homme est toujours en droit de ne pas s'en informer. Si leurs arguments étaient solides, ils prouveraient, à plus forte raison, que toute loi humaine quelconque e^t inutile , injuste , pernicieuse, contraire à la liberté naturelle de l'homme : car enlin, si les hommes peuvent avoir droit de nous imposer des lois positives , nous voudrions savoir pourquoi Dieu n'a pas le même privilège. — 1° Ils disent que Dieu, souverainement bon, ne peut donner aux hommes que des lois qui contribuent au bien de tous ; or, tels sont, selon eux, les seuls principes de la loi naturelle ; ceux mêmes qui les violent, désirent qu'ils soient observés par les autres hommes : il n'en est pas ainsi des préceptes positifs. Qu'importe au bien général du genre humain , que le dimanche soit fêté plutôt que le sabbat ? Il ne servirait à rien de dire que les préceptes positifs contribuent à la gloire de Dieu ; sa principale gloire <*st de faire du bien aux hommes. La fausseté de ce principe des déistes saute aux yeux. De même (pic D eu peut accorder à un seul homme un bienfait naturel ou surnaturel qu'il n'accorde pas aux autres, il | eut aussi lui imposer un précepte positif qui ne fera ni bien ni mal aux autres , et qui ne leur sera pas connu. Ainsi, Dieu ordonna au patriarche Abraham de quitb r son pays, do recevoir la circoncision , d'offrir son fils en holocauste, etc. Ces préceptes étaient un bienfait pour Abraham, puisque c'était pour lui l'occasion de mériter une grande récompense, et que Dieu lui d mna les grâces dont il avait besoin pour les accomplir. C'est une absurdité de soutenir que ces préceptes étaient inutiles ou injustes, parce qu'ils ne procuraient aucun b:en aux Chaldéens, aux Egyptiens, aux Chananôens. Ce que Dieu peut faire à un seul homme, il peut le faire à un peuple entier, pour la même raison ; ainsi, pour que les lois positives, imposées à la seule nation juive, aient été utiles et justes , il n'est pas nécessaire que Dieu en ait fait autant aux Chinois et aux Indiens ; il suffit que cette faveur, accordée au peuple juif, n'ait porté aucun préjudice aux autres nations, n'ait diminué en rien la mesure des bienfaits naturels ou surnaturels que Dieu voulait leur accorder. D.eu n'est pas plus obligé de faire à tous les mêmes grâces surnaturelles, que de départira tous les mêmes dons naturels. II est encore faux que les préceptes positifs ne tournent pas au bien de tous; ils contribuent à faire mieux observer la loi naturelle, et ceux qui les accomplissent donnent à leurs semblables un grand exemple de vertu. La défense po-

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