‹ Œuvres completes de Bergier (volume 3)Chapitre 43 sur 228 · S;Î5 KO · texte numérisé non relu

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sitive de manger du sang tondait à inspirer de l'horreur pour le meurtre ; le sabbat était destiné à procurer du repos aux esclaves et aux animaux; c'était une leçon d'humanité, etc. Nous ne prendrons pas pour juges de l'impoi tance des lois positives les déistes ; qui les violent; mais leur conduite même ' prouve contre eux. Quoiqu'ils ne veuillent se soumettre à aucune des lois positives de la religion, ils ne'sont cependant pis fâchés que leurs femmes , leurs enfants , leurs domestiques y soient fidèles ; ils savent bien que la désobéissance aux lois positives n'a jamais contribué à rendre un homme plus exact observateur de la loi naturelle, mais au contraire. Sans recourir à la gloire de Dieu, l'utilité des préceptes positifs est assez prouvée par l'intérêt de la société. — 2° Les déistes objectent que ceux à qui Dieu imposerait des lois positives seraient de pire condition que ceux qui connaissent les seules lois naturelles ; après avoir observé celles-ci, ils pourraient encore être damnés pour avoir violé celles-là. Dieu n'a pas besoin de mettre notre obéissance à l'épreuve, et il n'y a point de meilleure épreuve que la loi naturelle ; gêner notre liberté sans raison, ce serait nous tenter et nous porter au mal.

Nouveau tissu d'absurdités. Dieu n'a pas plus besoin de nous éprouver par la loi naturelle que par des lois positives , puisqu'il sait ce que nous ferons dans toutes les circonstances possibles; mais nous avons besoin nous-mêmes d'être mis à cette double épreuve, alin de réprimer nos passions par l'obéissance, de no s juger par le témoignage de notre conscience, de nous élever à des actes héroïques de vertu que la loi na'urelle n'exige point, mais dont la pratique nous est très - avantageuse , et dont l'exemple est très-utile à la société.

Il faut avoir le cœur dépravé pour envisager les lois de Dieu comme un joug qui nous est désavantageux : il s'ensuit de ce faux préjugé que celui qui connaît tous les devoirs naturels est de pire condition que celui qui les ignore par stupidité ; que toute loi qui gêne notre liberté est une tentation

3 ni nous porte au mal ; comme si la liberté e mal faire était un privilège fort précieux. Le plus grand bonheur pour l'homme est d'avoir une parfaite connaissance de tout ce que Dieu exige de lui, des vertus qu'il peut pratiquer , des vices qu'il doit éviter ; d'avoir des motifs et des secours puissants pour faire le bien ; d^ trouver de fortes barrières contre l'abus de sa liberté. Tel est le sort du chrétien en comparaison de celui d'un païen ou d'un sauvage. Les déistes semblent craindre que l'homme ne soit t;op instruit et trop vertueux , ou que Dieu ne soit pas assez puissant pour le récompenser du bien qu'il lui ordonne de faire ; mais ceux qui ont tant de peur de pratiquer des œuvres de subrogation , sont très-sujets à manquer aux plus nécessaires. — 3° Ils disent que Dieu ne peut pas commander pour toujours des rites, des usages, des pratiques qui

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peuvent devenir nuisibles avec le temps ; or, telles sont, continuent-ils, loutes les choses ordonnées par des lois positives. Vu la variété des climats, des mœurs, des événements, rien ne peut être constamment utile que les devoirs prescrits par la loi naturelle. C'est donc toujours la raison qui doit nous servir de règle pour savoir ce qu'il faut faire ou évitor. Un précepte positif peut avoir été abrogé ou changé ; ce n'est point à nous de le savoir. Les lois imposées aux Juifs sont conçues en termes aussi absolus que celles de l'Evangile ; cependant elles ont été abrogées : celles du christianisme peuvent donc l'être à leur tour. Pour donner quelque apparence de solidité à cette objection, il aurait fallu citer au moins un rite, une pratique, un acte de vertu commandé par l'Evangile, quipuisse devenir nuisible avec le temps ou dans certains climats ; aucun déiste n'a pu le faire. Il en résulte seulement que, dans certains cas, il y a des lois positives qui sont susceptibles de dispense , et nous en convenons ; hors de ces cas, l'on est obligé d'y obéir jusqu'à ce que l'on soit sûr que Dieu a trouvé bon de les absoger, et c'est ce qu'il ne fera jamais.

Il est faux que les lois mosaïques aient été conçues en termes aussi généraux et aussi absolus que celles de l'Evangile ; les premières n'étaient imposées qu'à la nation juive, étaient relatives au climat et à l'intérêt exclusif de cette nation ; les secondes sont prescrites à toutes les nations, pour tous les lieux, et jusqu'à la consommation des siècles. En faisant profession de consulter toujours la raison pour voir ce qui est utile ou nuisible, les déistes ont donné atteinte à plusieurs articles essentiels de la loi naturelle. Ils ont jugé que la polygamie, le divorce , la prostitution , l'exposition et le meurtre des enfants n'étaient pas des usages absolument mauvais; que l'on pourrait encore les permettre aujourd'hui : ils ont soutenu que la morale des philosophes, qui approuvaient tous ces désordres , était meilleure que celle de l'Evangile. En prétendant toujours suivre le même guide, tous les peuples jugent que leurs lois et leurs coutumes sont très-raisonnables , quoique la plupart soient réellement absurdes et injustes : où est donc l'infaillibilité de la raison, pour juger de ce que Dieu a dû commander, défendre ou permettre ? L'exemple des quakers, qui prennent à la lettre plusieurs préceptes de l'Evangile susceptibles d'explication, ne prouve pas qu'il faut s'en tenir au dictamen de la raison pour prendre le vrai sens des lois positives, puisque ces sectaires font profession de la consulter ; il est beaucoup plus sûr de s'en rapporter au jugement de l'Eglise, à laquelle Jésus-Christ a promis son assistance pour enseigner fidèlement sa doctrine. — 4° Toutes les nations, poursuivent les déistes , se flattent d'avoir reçu de Dieu des lois positives ; elles ne sont cependant pas moins vicieuses les unes que le3 autres. Occupées d'observances superflues, elles sont moins attachées aux devoirs es-

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sentiels do la morale ; plus elles sont corrompues , plus elles mettent leur confiance dans les pratiques extérieures pour calmer leurs remords. Tel qui vole sans scrupule ne voudrait manquer ni à l'abstinence , ni à la célébration d'une fête. On se flatte d'expier tous les crimes par le zèle pour l'orthodoxie. Païens, juifs, mahométans, chrétiens, tous sont coupables de ce délaut; mais il domine surtout dans l'Eglise romaine: partout où il y a plus de superstition, il y a moins de religion et de vertu. Si celte satire est vraie, les sectes qui ont fait profession de renoncer aux superstitions de l'Eglise romaine, sont devenues beaucoup plus vertueuses ; cependant leurs écrivains so plaignent de la corruption qui y règne. Les sauvages , qui n'ont jamais ouï parler de lois positives, doivent observer la loi naturelle beaucoup mieux que nous ; on sait ce qui en est. Les déistes surtout , guéris de toute superstition, doivent être les plus religieux de tous les hommes ; affranchis du joug des lois positives, ils ne doivent être occupés que des devoirs de la loi naturelle. Mais cette loi défend de calomnier, et l'objection des déistes est une calomnie. Où régnent, parmi les chrétiens, la corruption et les désordres que l'on nous reproche? Dans les grandes villes, à Rome , a Londres, à Paris ; mais de tout temps ces capitales ont été le cloique des vices de l'humanité : ce n'est pas par là qu'il faut juger des mœurs d'une nation. D'ailleurs , malgré l'énorme corruption qui y règne, les préceptes de l'Evangile y inspirent encore , à un trèsgrand nombre de personnes, des vertus dont on ne trouve point d'exemples chez les païens ni chez les mahométans, et dont les déistes ne seront jamais capables.

Quand un homme coupable de vol violerait encore toutes les lois religieuses, en serait-il mieux disposé à se repentir et à réparer son injustice? Tant qu'il lui reste de la religion , il n'est pas vrai qu'il vole sans scrupule, puisque l'on suppose qu'il a des remords et qu'il cherche à les calmer par des pratiques de piété : or, les remords peuvent le conduire à résipiscence, et les pratiques de religion, loin de les calmer, doivent plutôt les augmenter. Il y a donc lieu d'espérer sa conversion plutôt que celle d'un homme qui ajoute l'irréligion aux autres crimes dont il est coupable, afin d'étouffer ainsi les remords. Les observances religieuses ne sont donc pas superflues, puisqu'elles sont commandées par des lois positives , et qu'elles peuvent servir directement ou indirectement à rendre un homme plus fidèle aux devoirs de la loi naturelle. Lorsque les athées et les déistes se vantent d'être plus vertueux que les autres hommes , ils sont aussi hypocrites que les superstitieux ; ceuxci voudraient cacher leurs injustices sous le voile de la piété ; ceux-là s'efforcent de pallier leur impiété sous un masque de zèle pour la loi naturelle ; nous ne sommes pas plus dupes des uns que des autres.

Par une expérience aussi ancienne que

le monde, il est prouvé que les peuples qui ont reçu de Dieu des lois positives, ont mieux connu et mieux observé la loi naturelle que les autres ; tels ont été les patriarches et les Juifs à l'égard des nations idolâtres, et tels sont encore les chrétiens en comparaison des peuples infidèles. Quoi qu'en disent les incrédules, les lois civiles, la police , les mœurs sont meilleures chez nous que chez tous les peuples qui ne sont pas chrétiens. C'est donc une absurdité de soutenir que les lois divines positives ne servent à rien , et ne contribuent en rien au bien de l'humanité. Si un philosophe faisait sérieusement, contre les lois civiles, les mêmes arguments que les déistes font contre les lois divines positives ; s'il disait que les lois civiles de telle nation sont injustes, p.irce qu'elles ne peuvent pas tourner à l'avantage des autres nations, ni contribuer à l'observation du droit des gens ; s'il soutenait que tout peuple soumis à des lois civiles est de pire condition que les sauvages, parce que sa liberté est plus gênée ; s'il prétendait que ces lois sont inutiles, puisqu'il faut souvent les abroger et les changer, et que ce qui était utde dans un temps devient nuisible dans un autre; s'il voulait persuader que ces lois sont pernicieuses, parce que le peuple, plus occupé des devoirs civils que des devoirs naturels, croit avoir rempli toute justice lorsqu'il a satisfait aux premiers, etc., on ne daignerait pas lui répondre.

En un mpt, Dieu a donné des lois positives aux patriarches, aux juifs, aux chrétiens ; ce fait est invinciblement prouvé: donc elles ne sont ni inutiles, ni injustes, ni pernicieuses : à un fait incontestable , il est absurde d'opposer des raisonnements spéculatifs. Ce n'est point là le seul article sur lequel nos philosophes modernes ont mal raisonné au sujet des lois divines positives. Ils disent que les lois humaines statuent sur le bien, et les lois divines sur le meilleur ; cela n'est pas exactement vrai : la loi positive, par laquelle Dieu a défendu le meurtre, a pour objet le bien , et non le mieux ; il en est de même de toutes les lois du Décalogue. Il n'est donc pas vrai non plus que ce qui doit être réglé par les lois humaines peut rarement l'être par les lois de la religion ; Dieu, pour de bonnes raisons, avait ordonné aux Juifs , par principe de religion, ce qui semblait devoir être plutôt réglé par des lois humaines ou civiles. Enfin, il n'est pas absolument vrai que les lois de la religion aient plus pour objet la bonté de chaque particulier que celle de la société; tout particulier, fidèle aux lois de la religion , en est mieux disposé à être bon citoyen ; l'homme, au contraire, qui méprise les lois religieuses, ne sera pas pour cela plus soumis aux lois civiles: tous ceux qui dissertent contre les premières ne manquent presque jamais d'invectiver contre les secondes.

Quand on dit qu'd ne faut pas opposer les lois religieuses à la loi naturelle, ce principe est équivoque et captieux. Si l'on entend auo Dieu ne peut pas défendre, pu-

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une loi religieuse , ce qu'il a commandé par la loi naturelle, ou au contraire, cela est vrai. Si l'on veut dire qu'il ne peut pas défendre par l'une ce qui était permis ou n'était pas défendu par l'autre, cela est faux. Il n'était pas défendu à 1 homme, par la loi naturelle, de manger du sang: mais Dieu l'avait défendu àNoé par une loi positive, etc.

Loi ancienne ou mosaïque. C'est le recueil des lois que Dieu donna aux Hébreux par le ministère de Moïse , après qu'il les eut tirés de l'Egypte, et pendant les quarante ans qu'ils passèrent dans le désert; selon le texte hébreu, ce fut après l'an du monde 2513. Ce code de lois en renferme de plusieurs espèces ; on y distingue les lois morales ou naturelles, dont l'abrégé est nommé le Dc'calogue ; les lois cére'monielles, qui réglaient le culte que les Juifs devaient observer ; les lois judiciaires , c'est-à-dire civiles et politiques , par lesquelles Dieu pourvoyait aux intérêts temporels de la nation juive. Ces dernières ne sont point proprement l'objet de la théologie ; mais nous sommes obligés de les défendre contre plusieurs reproches injustes que les incrédules ont faits contre ces lois. Dans l'article Judaïsme, § 2, nous avons montré que les lois morales de Moïse étaient trèsbonnes et irrépréhensibles à tous égards, et nous justifierons de môme les lois cérémonielles dans un article séparé ; il s'agit ici d'envisager la totalité de cette législation.

Nous examinerons , 1° pourquoi Moïse avait réuni, et, pour ainsi dire, confondu les différentes espèces de lois; 2° quelle sanction il leur avait donné»; 3° par quel motif les Juifs devaient les observer; 4.° l'effet qui en résulte ; 5° en quel sens saint Paul oppose la loi à l'Evangile, et semble déprimer la première; 6° quelle différence il y a entre ce i deux lois ; 7° en quel sens et jusqu'à quel point la loi ancienne était figurative ; 8° si elle a dû toujours durer, comme les Juifs le prétendent. Il n'est presque aucune de ces questions qui n'ait donné lieu à des erreurs ; nous ne pouvons les traiter que fort en abrégé (1).

(1) Mais auparavant nous devons examiner si Moïse a emprunlésa législation à un peuple étranger, et s'il pouvait tirer de son propre fonds un code de lois aussi parfait.

1° Pour peu que l'on compare la législation de Moïse avec celle des nations anciennes, il est facile d'apercevoir qu'elles sont loin d'être semblables et identiques. Le parallèle ne larde pas à montrer entre elles une différence telle que l'on est bientôt convaincu que le chef des Hébreux n'a pas puisé ses lois dans les codes étrangers. Comparons d'abord les lois religieuses de Moïse avec celles des nations même les plus célèbres.

Moïse reconnaît un Dieu unique, source nécessaire de tous les êtres, esprit pur, immense, infini. Il a créé l'univers parsa puissance, il le gouverne par sa sagesse, il en règle tous les événements par sa providence, et comme il est le principe de tout, c'est aussi à lui qu'il faut tout rapporter. Un culte pompeux est établi en son honneur ; un tabernacle magnifique est érigé; des autels sont dressés; des prêtres consacrés ; de nombreux sacrilices sont prescrits. Mais toute cette pompe, tout cet éclat, ne sont rien à ses yeux, si tes sentiments du cœur n'en forment la partie

I. Quelques censeurs de Moïse trouvent fort mauvais que ce législateur n'ait pas rais plus d'ordre dans ses lois, qu'il les ait mêlées ensemble et avec les faits qu'il rapporte. Cette critique est-elle sensée ?

Nous pourrions remarquer d'abord que les anciens écrivains n'ont jamais observé la méthode dont nous sommes aujourd'hui si jaloux; mais il y a des réflexions plus importantes à faire. Dans les livres de Moïse, c'est la liaison in'irae des lois avec les faits qui donne à ces derniers un degré de certitude qui ne se trouve point dans les autres histoires, et qui démontre la sagesse et la nécessité de ces lois. Une preuve qu'il n'agissait point par son propre génie, mais par ordre du Ciel et par zèl i pour le bien de son peuple, c'est qu'il n'a point formé de plan comme fait un auteur qui est m.iître de sa matière; il a écrit les faits à mesure qu'ils se sont passés, les lois à mesure qu'elles se sont trouvées nécessaires, et que les faits y ont donné occasion. Tout se tient et forme une chaîne indissoluble. Les Juifs ne pouvaient lire leurs lois sans apprendre leur histoire, et ils ne pouvaient se rappeler celleci sans concevoir du respect pour leurs lois ; aucune ne venait de la volonté arbitraire du législateur; toutes avaient été amenées par les circonstances. Les deux premières qui leur furent imposées furent la cérémonie de la paque et l'oblation des premiers-nés; ils étaient encore en Egypte, et ces deux rites devaient servir d'attestation de la mort miraculeuse des premiers-nés des Egyptiens et de la délivrance des Israélites (Exode, c. xii et xiii.) La loi du sabbat leur fut intimée à l'occasion du miracle de la manne (xvi, 23), pour leur rappeler que le monde avait été créé par le Seigneur; la publication du Décalogue ne se lit que quelque temps après ,

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