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seuls Juifs : « Vous serez, leur avait dit le Seigneur, ma possession séparée de tous les autres peuples ( Exod. c. xix. v. 5 ). Or, Dieu a déclaré qu'à la venue du Messie toutes les nations seraient appelées a le connaître, à l'adorer, à observer sa loi ; les Juifs en conviennent. 11 est donc impossible qu'à cette époque Dieu ait voulu conserver une loi destinée à séparer les Juifs des autres nations.
Il n'est pas moins absurde de vouloir assujettir tous les peuples à la loi cérémonielle de Moïse. Celle-ci, comme nous l'avons déjà remarqué, n'avait qu'une utilité relative au temps, au climat, à la situation pailiculière des Juifs. Le culte mosaïque fut attaché exclusivement au tabernacle, et ensuite au temple de Jérusalem ; il était défendu de faire des offrandes et des sacrifices ailleurs. La loi réglait le dioit civil et politique des Juifs aussi bien que le culte religieux. Or, il est impossible que ce qui convenait à un peuple renfermé dans la Palestine, convienne aux habitants de toutes les contrées de l'univers ; que toutes les nations du monde aient le môme droit civil et politique, les mômes mœurs et les mômes usages. 11 est impossible que les habitants de la Chine, du Congo, de l'Amérique, des îles du Sud, soient obligés de venir à Jérusalem offrir des sacrifices , célébrer des fôtes, observer des cérémonies. 11 est déjà difficile de montrer l'utilité de la loi cére'monielle pour les Juifs ; comment en prouverait-on l'utilité pour le monde entier? Entinle meilleurinterprète des prédictions et des desseins de Dieu est l'événement. Depuis dix-sept cents ans, Dieu a banni les Juifs de la terre promise ; il a permis que le temple fût détruit ; et aucune puissance humaine n'a pu le reconstruire ; il a rendu impossible le rétablissement de la république juive. Sa constitution dépendait essentiellement des généalogies; or, celles des Juifs sont tellement confondues, leur sang est tellement mêlé, qu'aucun juif ne peut montrer de quelle tribu il est ; aucun ne peut prouver qu'il descend de Lévi, et qu'il a droit au sacerdoce ; le Messie môme, que les Juifs attendent, ne pourrait faire voir qu'il est né du sang de David. Dieu avaitprornis de combler la nation juive de prospérités tant qu'elle serait fidèle à sa loi ; telle est la sanction qu'il lui avait donnée : or, depuis dix-sept siècles, Dieu n'exécute plus celte promesse ; les Juifs en conviennent et en gémissent ; donc Dieu ne leur impose plus la loi qu'il avait donnée à leurs pères. Us ont beau dire
?[ue, selon les livres saints, Dieu a établi la oi à perpétuité, pour toujours, pour jamais, pour toute la suite des générations, pour tant que la nation juive subsistera; qu'il leur a défendu d'y rien ajouter ni d'en rien retrancher : dans le style des écrivains sacrés , tous ces termes ne signifient souvent qu'une durée indéterminée. Ainsi la mère de Samuel le consacra au service du temple pour jamais, c'est à-dire pour toute sa vie (I Req. c. i, v. 22 ) L'esclave auquel on avait percé l'oreille devait demeurer en servitude à perpétuité,
c'est-à-dire jusqu'au jubilé ( Deut. c. xv, v- 17 ). Dieu avait promis à David que sa postérité durerait éternellement ( Ps. lxxxviii, v. 37); elle est cependant éteinte depuis dixsept siècles. Moïse, en disant aux Juifs qu'ils doivent observer leur loi dans la terre que Dieu leur donnera ( Deut. c. xn, v. 1 ), fait assez entendre qu'ils ne pourront plus l'observer lorsqu'ils n'y seront plus. Mais il n'était pas à propos de révéler plus clairement aux Juifs que les lois eérémonielles devaient cesser un jour et faire place à un culte plus parfait ; ils y auraient été moins attachés, et ils n'étaientdéjà que trop enclins à les violer, pour se livrer aux susperstitions de leurs voisins,
V. Est-il vrai que Jésus-Christ n'avait pas dessein d'abolir la loi cére'monielle, qu'il ne l'avait pas témoigné à ses apôtres, que saint Paul est le seul auteur de ce changement ? Quelques juifs lui ont fait ce reproche , et les incrédules l'ont répété avec affectation ; c'est de Jésus-Christ même que nous devons apprendre ce qu'il a voulu faire.
Il dit : La loi et les prophètes ont duré jusqu'à Jean-Baptiste, dès ce moment le royaume de Dieu est annoncé, et tous lui font violence; mais le ciel et la terre passeront plutôt qu'il ne tombera un seul point de la loi (Luc. xvi , 16). Que signifie le royaume de Dieu, qui succède à la loi et aux prophètes, sinon le règne du Messie, et en quel sens est-il roi, s'il n'est pas législateur ? Il dit qu'il est venu , non pour détruire la loi et les prophètes , mais pour les accomplir (Matth. v, 17). Il parlait de la loi morale , et il en développait le vrai sens; il accomplissait en effet tout ce qui était dit de lui dans la loi et dans les prophètes; puisqu'il est annoncé dans la loi comme semblable à Moïse, et dans les prophètes, comme donnant sa loi aux nations. Dans ce sens, il n'a donc pas fait tomber un seul point de la loi. Mais, quand il est question des lois eérémonielles , du sabnat , des ablutions, des abstinences, etc., il reproche aux pharisiens d'y attacher plus d'importance qu'à la loi morale; il déclare qu'il est maître de d spenser du sabbat (Matth. xn , 8) etc., C'est ce qui indisposa le plus contre lui les chefs de la nation juive.
Comment les apôtres, instruits par ce divin Maître, auraient-ils pu penser à conserver les cér'monies judaïques? Ils les observaient comme Jésus-Christ les avait observées lui-môme, pour ne pas troubler l'ordre public ; mais, dans le concile de Jérusalem, ils décidèrent d'une voix unanime que les gentils convertis n'y étaient point obligés (Àct. xv, 10 et 28). Ils ne firent pas un décret positif pour abroger la loi cérémonielle, parce que la république juive subsistait encore ; et que eett ■ loi tenait à l'ordre public, parce que les chefs de la nation n'étaient pas encore dépouillés de leur autorité àcet égard, parce que les apôtres savaient que Dieu rendrait bientôt la pratique de cette loi impossible , par la destruction de Jérusalem que Jésus-Christ avait prédite , par la rui; e ou temple , par la dispersion d s Juifs , par la
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dévastation de la Judée. Sur ce point, il n'y eut aucune dispute entre saint Paul et les autres apôtres. Voy. Saint Paul. C'est donc très-mal a propos que les incrédules, après avoir déprimé tant qu'ils ont pu les lois cérémonielles , se sont réunis aux Juifs pour soutenirque Jésus-Christn'avait jamais pensé à les détruire; il en a prédit assez clairement la destruction , en annonçant celle de Jérusalem et du temple; les apôtres n'ont l'ait que suivre ses instructions , lorsqu'ils ont déclaré que l'observation de ces lois était devenue très-inutile au salut. L'obstination des Juifs à en soutenir la perpétuité , lors même qu'ils ne peuvent plus les observer, ne prouve que leur aveuglement et leur opiniâtreté. Voy. Judaïsams, Judaïsme.