‹ Œuvres completes de Bergier (volume 3)Chapitre 47 sur 228 · I.OI · texte numérisé non relu

I.OI

leur foi, dont l'observation les ferait reconnaître pour Juifs. Arnica collatio, p. 306. Les catholiques ont-ils quoique tradition qui autorise un crime semblable ?

Les traditions des Juifs ne paraissent dans aucun des livres qui ont été écrits pendant seize cent quarante ans , depuis Moïse jusqu'au rabbin Juda; les traditions citées par les catholiques sont couchées dans les écrits cies Pères qui ont succédé immédiatement aux apôtres, et dans les livres de ceux qui sont venus après. 11 est incertain si le dernier des apôtres était mort lorsque l'épître de saint Barnabe et les deux lettres de saint Clément ont été écrites. Celles de saint Ignace et de saint Polycarpe sont venues immédiatement après. Ce sont les écrivains du ivc siècle qui nous ont conservé les extraits et les fragments des ouvrages des trois premiers, qui ont péri dans la suite. Les rites et les usages de ces lemps-là sont consignés dans les canons des apôtres, et dans ceux des conciles tenus pour lors. Il n'y a donc point ici de vide comme chez les Juifs; tout a été écrit , sinon par les apôtres , du moins par leurs disciples ou par les successeurs de ces derniers. Les traditions qu'ils nous ont laissées ne sont pas en assez grand nombre pour surcharger la mémoire ; en quoi ressemblent-elles à celles des Juifs ? Les protestants eux-mêmes ont beau fronder les traditions, ils ont été forcés d'y recourir dans toutes leurs disputes contre les sociniens et contre les anabaptistes. Ils baptisent les enfants, ils observent le dimanche, ils célèbrent la Pâque, ils font le signe de la croix ; les anglicans ont conservé le carême comme une tradition apostolique, ils respectent les canons des apôtres. Peuvent-ils montrer dans l'Ecriture sainte les lois qui ordonnent ces usages? Les sociniens leur ont souvent fait cette question, et les Juifs peuvent la renouveler.Prideaux, bon anglican, ne l'ignorait pas, non plus que Limborch ; le reproche qu'ils font aux catholiques retombe sur eux-mêmes. Voy. Tradition.

Loi chrétienne , Loi de grâce , Loi nouvelle. C'est ainsi que l'on désigne les lois que Dieu a données aux hommes par Jésus- Christ, et qui sont renfermées dans l'Evangile.

Nous avons à examiner si l'Evangile est véritablement une loi, si nous devons et si nous pouvons l'observer, si cette loi divine a contribué en quelque chose à perfectionner les lois humaines. Devrions-nous être obligés d'entrer dans cette discussion ? Nous ne savons pas si les calvinistes sont encore aujourd'hui dans l'opinion de Calvin, qui a refusé à Jésus-Christ la qualité de législateur, et qui a soutenu que ce divin Maître n'a point imposé aux hommes des lois nouvelles. Antid. Synod. Trident., can. 20 et 21. Son dessein était-il de justitier l'entêtement des Juifs? Nous avons prouvé contre eux que le Messie était annoncé sous l'auguste qualité de législateur. Jésus-Christ lui-même a dit à ses apôtres : Je vous donne un commandement nouveau, qui est de vous aimer les uns

les autres comme je vous ai aimés (Joan. cap. xiii, 34). Le commandement d'aimer le prochain est aussi ancien que le monde; mais il n'était formellement ordonné à personne de donner aa vie pour le salut de ses semblables , comme Jésus -Christ l'a fait, et comme tout chrétien est obligé de le faire lorsque cela est nécessaire. 11 leur dit : Vous serez mes amis, si vous faites ce que je vous commande (xv, \k). Lorsqu'il a ordonné à tous les fidèles de recevoir le baptême et l'eucharistie, n'a-t-il pas fait deux lois nouvelles, selon la croyance môme des protestants? Lorsque les apôtres ont décidé, dans le concile de Jérusalem, que les gentils n'étaient point tenus à observer le cérémonial judaïque, ils ont porté par là même une loi qui défendait d'y assujettir les fidèles ; saint Paul le suppose ainsi dans son épître aux Calâtes, et il nomme l'Evangile la loi de Jésus - Christ ( Galat. vi , 2 ; / Cor. , ix , 21, etc.).

Mais les calvinistes n'ont pas encore renoncé tous aune autre erreur soutenue par les chefs de la réforme, et dont la précédente n'est qu'une conséquence. Ils prétendent que l'homme est justifié ou rendu juste par la foi, et non par son obéissance à la loi de Dieu; qu'il est impossible à l'homme d'accomplir parfaitement cette loi ; que toutes ses œuvres , loin d'être méritoires, sont de vrais péchés ; mais que Dieu ne les impute point à ceux qui ont la foi. Ils disent que, selon saint Paul, la loi n est pas imposée au juste, qu'ainsi, à proprement parler, le chrétien n'est pas plus obligé aux lois du Décalogue qu'à toutes les autres lois de Moïse; et c'est en cela qu'ils font consister la liberté chrétienne. Sous ce titre, et au mot Justification, nous avons déjà réfuté cette erreur.

N'est ce pas une impiété de soutenir que Dieu nous impose des lois, ei nous commande des chost s qu'il no nous est pas possible d'observer? Moïse rejetait déjà cette folle pensée, en disant aux Juifs : La loi que je vous impose aujourd'hui n'est ni au-dessus de vous, ni loin de vous,... mais près de vous, dans votre bouche et dans votre cœur, afin que vous l'accomplissiez (Deut. xxx, 11). Certainement Dieu n'impose pas aux chrétiens un joug plus insupportable qu'aux Juifs; Jésus- Christ nous assure que son joug est doux et son fardeau léger (Mat th. xi, 30). Mais cette douceur ne consiste pas en ce qu'il nous affranchit de toute loi. A la vérité, il nous est impossible de le porter par nos forces naturelles, comme le voulaient les pélagiens ; mais il nous est possible de le faire avec le secours de la grâce : or, à l'article Grâce, § 3, nous avons prouvé que Dieu l'accorde par les mérites de Jésus-Christ, afin de nous faire accomplir ce qu'il nous commande. Ce divin Maître dit : Celui qui m aime gardera mes commandements ( Joan. xiv, 21 et 23j. Saint Paul dit dans le même sens : « Celui qui aime le prochain , a rempli la loi ( Rom. xiii, 8). Cela est vrai, répondent les protestants, mais nous ne pouvons aimer Dieu au-

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tant que nous le devons. Nouvelle absurdité de supposer que Dieu nous oblige à l'aimer plus que nous ne pouvons, et qu'il ne nous donne pas la grâce, afin que nous puissions ramier autant que nous le. devons. Saint Paul enseigne le contraire, en disant : « Je puis tout en celui qui me fortifie (Philipp.iv, 13). « Dieu, fidèle à ses promesses, ne permettra pas que vous soyez tentés au-dessus de vos forces » (/ Cor. x, 13).

Que Jésus-Christ n'ait abrogé aucun des préceptes du Décalogue, que les chrétiens soient obligés de l'observer, aussi bien que les Juifs, sous peine de damnation, c'est une vérité si clairement établie dans l'Evangile, que l'on ne peut trop s'étonner delà témérité de ceux qui la contestent. Dans son sermon sur la montagne, le Sauveur rappelle ces préceptes, les explique, les confirme, y ajoute des conseils de perfection; il déclare qu'il n'est pas venu détruire la loi ni les prophètes, mais les accomplir: que celui qui en violera un seul commandement, et l'enseignera ainsi aux hommes, sera le dernier dans le royaume des cieux; que, pour entrer dans ce royaume, ce n'est pas assez de lui dire, Seigneur, Seigneur, mais qu'il faut accomplir la volonté de son Père; que celui qui écoute ses paroles et ne les exécute point, est un insensé dont la perte est assurée, etc. (Matth. c. v, vi, vu,). Quand on lui demande ce qu'il faut faire pour avoir la vie éternelle, il répond : Gardez mes commandements : cette réponse serait absurde, s'il était impossible de les garder. En annonçant ce qu'il fera au jugement dernier, il dit qui appellera au bonheur étemel ceux qui auront pratiqué des œuvres de charité, et qu'il enverra au feu éternel ceux qui auront négligé d'en faire (Matth. c. xxv, v. 3"

Lorsque ses disciples, étonnés de la sévé rite de sa morale, disent : Qui donc pourra être sauvé? il répond que cela est impossible aux hommes, mais que tout est possible avec Dieu (c. xix, v. 2(>). Ainsi il enseigne tout à la fois la nécessité d'observer la loi divine et la possibilité de le faire avec la grâce de Dieu.

11 n'est donc pas vrai que les œuvres ainsi faites soient des pécbés; Jésus-Christ au contraire les nomme justice, et leur promet récompense dans le ciel. Saint Paul (c vi, v. 1) les compare au travail du laboureur, qui est récompensé ou payé par une abondante moisson (II Cor. c. ix, v. G; Galat. c. vi, v. 7, etc.).

A la vérité, cet apôtre dit que la loi ri est pas imposée au juste (I Tim. c. i, v. 7); mais de quelle loi parle-t-il? De la loi ancienne, de la loi qui menaçait et punissait, par des peines aftlictives,*les hommes injustes, rebelles, impies, etc. (Jbid.). C'est celle-là que saint Paul entend ordinairement, lorsqu'il dit simplement la loi. Or, cette loi pénale était abrogée par l'Evangile. iMais il n'en était pas de même de la loi morale; saint Paul, parlant de cette dernière, dit : « Détruisons-nous donc !a loi par la foi?

Non, nous l'établissons au contraire (Rom. c. m, v. 31).

En effet, qu'entend saint Paul par la foi? Il entend non-seulement la docilité à la parole de Dieu, mais la confiance en ses promesses et l'obéissance à ses ordres ; c est ainsi qu'il caractérise la foi d'Abraham et des patriarches; c'est en cela qu'il la propose pour modèle aux fidèles (Ilebr. c. xi et xn). La foi prise dans ce sens, lo;n d'emporter exemption de la loi divine, renferme au contraire la fidélité à l'exécuter: en quel sens clui qui a cette foi peut-il être affranchi de la loi? Saint Paul, loin de concevoir la foi ju-rtilianie à la manière des protestants, réfute complètement leurs erreurs. Voy. OEuvres. Le concile de Trente les a donc justement proscrites, en frappant d'anathème ceux q i disent qu'il est impossible à l'homme justifié et secouru par la grâce d'observer les commandements de Dieu; ceux qui enseignent que l'Evangile ne commande que la foi; que le reste est indifférent; que le Décalogue ne concerne en rien les chrétiens; que Jésus-Christ a été donné aux hommes comme un rédempteur auquel ils doivent se confier, et non comme un législateur auquel ils doivent obéir; que, par le baptême, un chrétien contracte la seule obligation de croire, et non celle d'observer toute la loi de Jésus-Christ, etc., sess. 6, de Justif., can. 18, 19, 21; sess. 7, de Bapt., can. 7.

On ne doit pas être surpris de ce qu'à l'exemple des protestants plusieurs incrédules ont soutenu que la loi évangélique est, dans une infini. é de chos s, d'une s -vérité outrée, et au-dessus des forces de l'humanité ; qu'elle ne convient qu'à des moines ou à quelques misanthropes ennemis d'euxmêmes et de la société. Une preuve démonstrative du contraire, c'est qu'un grand nombre de saints de tous les états, de tous les âges et de tous les sexes, en ont parfaitement accompli tous les préceptes, et que, malgré la corruption du siècle, plusieurs chrétiens fervents les observent encore, sans être pour cela ennemis d'eux-mêmes ni de la société. Yoij. Morale chrétienne.

A l'article Loi mosaïque, § 6, nous avons montré la différence qu'il y a entre cette loi ancienne et la loi nouvelle, la supériorité et l'excellence de celle-ci, soit par rapport au culte qu'elle nous ordonne de rendre à Dieu, soit relativement aux devoirs qu'elle nous prescrit envers le prochain, soit à l'égard des vertus que nous devons pratiquer pour notre propre perfection et notre bonheur.

En comparant les lois de l'Evangile à celles de Moïse et à celles qui avaient été données aux patriarches dans le premier âge du monde, on voit que celles-ci étaient adaptées au besoin et à l'état des familles encore nomades et isolées ; que celles de Moïse étaient destinées à réunir les Hébreux en société nationale et civile; au lieu que Jésus-Christ a donné les siennes pour les peuples déjà civilisés et capables de former entre eux une société religieuse universelle

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