‹ Œuvres completes de Bergier (volume 3)Chapitre 49 sur 228 · I.OL · texte numérisé non relu

I.OL

{Exod. c. x\n, v. 28). Ces lois n'étaient point des ordonnances arbitraires; l'oWigalion d'y ob'ir ne venait pas seulement de ce que le gouvernement des Juifs était théoeratique; elle dérivait de la loi naturelle. En effet, un des premiers principes de justice est que tout homme qui jouit des avantages de la société, doit aussi en supporter les charges : or, c'est sous la protection des lois civiles au un citoyen jouit en sûreté de ses biens, de ses droits, de son étal, de sa vie môme; rien de tout cela ne sorait assuré dans l'anarchie; on le voit dans les dissensions civiles. Il est donc juste qu'il supporte aussi la gêne, les inconvénients, les privations que lui imposent ces mêmes lois. C'est une absurdité de prétendre concilier la liberté de chaque particulier avec la sûreté générale. Si chacun avait le droit de décider de la justice ou de l'injustice des lois, les gens de bien seraient de pire condition que les malfaiteurs; les hommes sages et (pacifiques seraient à la merci des insensés. Tel qui disserte et déclame contre l'injustice d'une loi quelconque, juge qu'elle est sage, dès qu'elle tourne à son avantage; si les circonstances venaient à changer, il serait casuiste d'autant plus sévère à l'égard de son prochain, qu'il est plus relâché pour lui-même.

Nous n'avons donc pas besoin d'examiner s'il y a des lois purement pénales, dont l'infraction est censée innocente, pourvu que l'on puisse se soustraire à la peine. S'il y en avait, ce serait sans doute les lois fiscales, et nous voyons que Jésus-Christ et saint Paul ordonnent d'y satisfaire : celui qui les viole est toujours coupable. L'exemple qu'il donne est un piège pour les autres, et ordinairement il n'échappe à la peine que par une suite de fraudes contraires à la droiture que Dieu prescrit à tous les hommes. S'il n'y avait pas une loi divine, naturelle et positive, qui ordonne au citoyen d'être soumis aux lois civiles, parce que le bien de la société l'exige ainsi, toute loi civile serait purement pénale et réduite à la seule force coactive : mais Dieu, fondateur de la société, veut que ses membres en observent les lois. Par ce motif, un chrétien se soumet sans murmure, soutfre patiemment le préjudice momentané qu'il peut ressentir d'une loi quelconque, en considération des avantages durables que la société lui procure.

Les anciens philosophes pensaient donc très-sensément, lorsqu'ils rapportaient à la Divinité l'origine de toutes les lois, et en regardaient les infracteurs comme des impies. Les modernes, bien moins sages, déclament à l'envi contre notre législation. Si on les en croit, c'est un amas confus de lois disparates et absurdes, un mélange bizarre des lois romaines et des institutions barbares, des lois qui n'ont point élé faites pour nous, qui n'ont aucune analogie avec notre caractère national, etc. (1).

(!) Les lois de Minos, de Zalcucus, celles des douze Tables, reposent entièrement sur la crainte des dieux. Ciccron, dans son traité des lois, pose la providence connue la base de toute législation. Muma

Quoique cette discussion ne nous regarde point, on nous permettra d'observer, l°qu'une législation en vertu de laquelle notre monarchie subsiste depuis treize siècles, sans avoir essuyé aucune révolution générale, ne peut pas être aussi mauvaise qu'on le prétend : cela n'est arrivé à aucune autre nation de l'univers. Si nos lois étaient contraires au génie national, elles n'auraient pas duré aussi longtemps chez un peuple auquel on a toujours reproché beaucoup d'inconstance et de légèreté. 2° Lorsque nos rois ont réuni plusieurs de nos provinces à la couronne, le premier article de la capitulation a toujours été que les habitants conserveraient leurs lois et leurs coutumes particulières. C'est donc sur la parole de nos rois, qui doit toujours être sacrée, qu'est fondée la diversité des lois, des coutumes, des poids, des mesures, de la monnaie de compte, etc. 3° Est-ce dans un siècle corrompu et très-peu sage que se trouveront les hommes les plus propres à refondre la législation et à faire un nouveau code? Des philosophes chargés de ce soin commenceraient par disputer selon leur coutume; au bout de dix ans, ils ne seraient peut-être pas d'accord sur une seule loi. Les grands magistrats, les jurisconsultes consommés, sont timides; ils voient de loin les inconvénients d'une loi nouvelle, ils ne la proposent qu'en tremblant; les ignorants, qui ne prévoient rien, se croient capables de tout réformer. Au reste, nous ne prétendons blâmer que les déclamations indécentes contre les lois; il peut y avoir, sans doute, dans les nôtres des défauts à réparer : c'est le sort de tous les ouvrages des hommes, et nous avons cet inconvénient de commun avec tous les autres peuples. Le moyen d'obtenir une réforme sage est de l'attendre avec respect des puissances qui gouvernent.

Concluons que quand un peuple est fidèle à observer ses anciennes lois, il n'a pas besoin et il n'est pas tenté d'en faire de nouvelles; que quand il est indisposé contre elles, c'est une marque qu'il n'est pas capable d'observer ni de souffrir aucune loi : il peut d re de lui-même ce que Tite-Live disait des Romains : Nous sommes parvenus à une période où nous ne pouvons plus supporter ni nos vices, ni les remèdes nécessaires pour les guérir.

LOLLARDS, nom d'une secte qui s'éleva en Allemagne au commencement du xiv' siècle; elle eut, dit-on, pour auteur un

avait fait de Rome la ville sacrée, pour en faire la ville éternelle. Otez la religion à la masse des hommes, par quoi la remplacerez-vous ? Si on n'est pas préoccupé du bien, on le sera du mal : l'esprit et le cœur ne peuvent demeurer vides. Quand il n'y aura plus de religion, il n'y aura plus ni patrie, ni société pour les hommes, qui, en recouvrant leur indépendance, n'auront que la force pour en abuser. C'est surtout dans les Etats libres que la religion est nécessaire. C'est là, dit Polybe, que, pour n'être pas obligé de donner un pouvoir dangereux à quelques hommes, la plus forte crainte doit être celle des dieux. (Portatis, Discours sur l'organisation des cultes.)

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