‹ Œuvres completes de Bergier (volume 3)Chapitre 52 sur 228 · LUM · texte numérisé non relu

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prise pour le soleil ; dans saint Marc(c. xiv, v. 5V), elle signifie du feu. Ainsi, lorsqu'il est dit (Gènes, c i, v. 3 ), que D eu créa la lumière, cela signifie évidemment qu'il créa un corps igné et lumineux. Le grec pus et le français feu sont la môme racine. Chez tous les peuples, la lumière est la môme chose que la vie ; voir la lumière, jouir de la lumière, c'est naître et vivre (Job. c. iu,v. 16) ; marcher à la lumière des vivants, signifie jouir de la vie et de la santé, De môme, dans toutes les langues, la lumière exprime la publicité. Jésus-Christ dit à ses apôtres (Mat th., c. x, v. 27) : Ce que je vous dis dans les ténèbres ou en secret, dites-le à la lumière, ou au grand jour.

Dans le sens figuré, la lumière exprime ce qu'il y a de plus parfait. Lorsque saint Jean dit que Dieu est lumière, et qu'il n'y a point en lui de ténèbres (I Joan. c. v, v. 5 ) , il entenJ que Dieu est la souveraine perfection, et qu'il n'y a point en lui do défaut. A peu près dans le môme sens, saint Jacques (c. i, v. 17) appelle Dieu le père des lumières, dans lequel il n'yapoint d'inconstance, ni aucune timbre de changement. Le Fils de Dieu, selon saint Paul (Hcbr. c. i, v. 3), est la splendeur de la lumière, ou de la gloire du Père, c'est-à-dire qu'il lui est égal en perfection. Lorsque le concile de Nicée l'a nommé Dieu de Dieu, lumière de lumière, il a donné à entendre que le Père éternel a engendré son Fils égal à lui-même, sans rien perdre de son être ni do ses perfections, comme un tlambeau en allume un autre sans rien perdre de sa lumière, et que l'un est parfaitement égal à l'autre. De môme (Sap., c. vu, v. 20), il est dit que la sagesse est la splendeur de la lumière éternelle, le miroir sans tache de la majesté de Dieu, et l'image de sa bonté.

La lumière de Dieu exprime souvent eu général les bienfaits de Dieu, les effets de son affection pour nous (Ps.xxxv,v. 10), le psalmistc dit à Dieu : « Dans votre lumière nous verrons la lumière ; » c'est-à-dire lorsque vous nous rendrez votre affection, nous vivrons et nous jouirons de vos bienfaits. (Psalm. lxvi, v. 2) : « Que Dieu nous montre li lumière de son visage, » ou qu'il nous montre un visage serein, signe de bienveillance et de bonté. Conséquemment, la lumière désigne souvent la prospérité et la jo;e (Ps. xcvr, v. 11 ) : « La lumière s'est levée pour le juste, et la joie pour ceux qui ont le cœur droit. » Mais la lumière de Dieu désigne aussi la grâce, parce qu'elle éclaire nos esprits, et allume dans nos cœurs l'amour de la vertu. (Ps. lxxxix, v. 17), David dit à Dieu : « Faites briller, Seigneur, votre lumière sur nous, et dirigez toutes nos œuvres.» Jésus-Christ est appelé la vraie lumière qui éclaire tout homme qui vient en ce monde (Joan.c. i, v. 9) ; et il dit lui-même : Je suis la lumière du monde (c. vm, v. 12; c. ix, v. 5), parce qu'il est l'auteur et le distributeur de la grâce. Par la même raison, la parole de Dieu, la loi de Dieu, est appelée une lumière qui nous éclaire, parce qu'elle nous fait connaître nos devoirs. Jésus-Christ dit à ses apô-

tres : Vous êtes la lumière du monde (Multh. c. v, v. IV), parce qu'ils devaient éclairer les hommes par la prédication de l'Evangile et par l'exemple de leurs vertus. Ainsi, Jésus- Christ appelle les bons exemples une lumière: Que votre lumière brille devant les hommes, afin qu'ils voient vos bonnes œuvres (lbid. 10). Les fidèles sont appelés enfants de lumière ; les bonnes œuvres, des armes de lumière, etc. Enlin, lebonheuréternel est désigné sous le nom de lumière éternelle (Apoc, c.xxn, v. 5, etc.).

Vombre, les ténèbres, la nuit, sont l'opposé de la lumière, et ont à peu près autant de significations contraires. Voy. Ténèbres, etc.

La manière dont Moïse raconte la création de la lumière est remarquable par l'énergie et le sublime de son expression. Dieu dit : Que la lumière soit, et la lumière fut. Le rhéteur Longin, quoique païen, était frappé de la noblesse avec laquelle Moïse exprime le pouvoir créateur de Dieu, qui opère par le seul vouloir. Celse, moins sensé, disait que cette manière de parler semblait supposer dans Dieu un désir impuissant ou un besoin: remarque absurde, puisque c'est un commandement qui est immédiatement suivi de son effet. Les manichéens, de leur côté, trouvaient mauvais que Moïse eut rapporté la création delà lumière, avant celle du soleil ; qu'il eût supposé un jour, un soir et un matin, avant qu'il y eût un soleil. Les incrédules modernes, dont toute la science consiste à copier les anciens, ont répété qu'il n'y a rien de sublime dans la narration de Moïse, qu'il y a même du désordre et de la confusion; qu'il a suivi l'opinion populaire, selon laquelle la lumière ne vient pas du soleil, et q u suppose que c'est un corps fluide distingué de cet astre. Rien n'est moins judicieux que cette censure. Un peu de bon sens suffit pour sent;r que Moïse ne pouvait pas mieux exprimer qu'il l'a fait la création proprement dite, et l'on défie tous les philosophes de mieux rendre cette idée. Pour qu'il y eût un jour, un soir et un matin, il suffisait qu'il y eût un feu, un corps lumineux quelconque qui tournât autour de la terre, ou autour duquel la terre tournât. Or Moïse nous apprend que Dieu créa ce corps , duquel probablement le soleil et les étoiles fur» ni formés trois jours après. Il n'y a donc point ici de confusion.

Croire que la lumière est un fluide trèsdistingué du soleil, ce n'est pas une opinion populaire, mais un système philosophique soutenu par plusieurs anciens, renouvelé par Descartes, suivi encore par un bon nombre d'habiles physiciens. Quand on frappe deux cailloux l'un contre l'autre , dans l'obscurité, les étincelles de lumière qui en sortent ne viennent certainement pas du soleil. Mais Moïse ne dit rien qui favorise ni qui détruise cette opinion, puisqu'il parle simplement d'un feu ou d'un corps lumineux, dont l'effet fut un soir et un matin, par conséquent un jour. Voy. Jour.

Au ive siècle, il y eut une grande dispute pour savoir si la lumière que certains moines visionnaires croyaient voira leur nombril,

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était la môme que celle dont Jésus-Christ fut environné sur le Thabor; si cette lumière tétait créée ou incréée. Cette question trèsabsurde donna lieu à une autre qui était do savoir si les opérations extérieures de Dieu étaient distinguées ou non de son essence ; si elles étaient créées ou incréées. La chose parut assez grave aux Grecs pour assembler quatre conciles, dans trois desquels ils condamnèrent ceux qui soutenaient que les opérations extérieures de Dieu étaient créées et distinguées de son essence. Nous en avons parlé aumotHÉsicHASTES.

LUMINAIRE. Voy. Cierge.

LUTHÉRANISME, sentiments de Luther et de ses sectateurs touchant la religion.

De toutesles hérésies qui ont affligé l'Eglise depuis sa naissance, il n'en est aucune qui ait fait des progrès plus rapides, et qui ait produit d'aussi tristes effets. Celle-ci eut pour auteur Martin Luther, né à Eisleben, ville du comté de Mansfell en Thuringe, l'an 1483. Après ses études, il entra dans l'ordre des Augustins ; en 1508, il alla à Wirtemberg, et y enseigna la philosophie dans l'université qui y avaitété établie quelque temps auparavant. En 1512, ii prit le bonnet de docieur; en 1516, il commença de s'élever contre la théologie s-colastique, et la combattit dans des thèses. En 1517, Léon X ayant fait prêcher des indulgences pour ceux qui contribueraient aux dépenses de l'édifice de Saint- Pierre do Rome, en donna la commission aux dominicains. On prétend qu'ils s'en acquittèrent do la manière la plus odieuse ; que la plupart de leurs quêteurs menaient une vie scandaleuse, et faisaient un indigne trafic des indu'gences ; que ces moines, dans leurs sermons, avançaient des erreurs, des absurdités, et même 'des impiétés, pour faire valoir les indulgences. Il peut y avoir de l'exagération dans ce reproche ; il vient de la part des protestants. Luther, homme violent et emporté, d'ailleurs fort vain et plein de lui-même, trouva bon de prêcher contre eux, et il le lit avec plus de chaleur que n'en inspire le vrai zèle : c'est ce qui a donné des soupçons contre la pureté de ses motifs. Des prédicateurs, il passa aux indulgences mômes, et il déclama également contre les uns et les autres. Il avança d'abord des propositions ambiguës; engagé ensuite dans la dispute, il les soutint dans un sens erroné, et il alla si loin, qu'il fut excommunié parle pape l'an 152;). Avant cette condamnation, il avait ap, elé au pape, et s'était soumis à son jugement ; mais quand il se vit flétri et ses opinions proscrites, il ne garda plus de mesures. Il fut si flatté de se trouver chef de parti, que ni l'excommunication de Rome, ni la condamnation de plusieurs universités célèbres, en particulier de la faculté de théologie de Paris, ne tirent aucune impression sur lui. Ainsi il forma une secte que Ton a nommée le luthéranisme, et dont les partisans sont appelés luthériens.

Pour s'en former une idée juste, il faut voir comment Luther fut entraîné d'une erreur à une autre par les conséquences, avec

quelle rapidité sa doctrine se répandit, quelles furent les causes qui y contribuèrent , quels sont les effets qui en ont résulté. Dans l'article suivant, nous verrons le nombre des sectes qui sont nées de celle de Luther.

I. Lorsque ce novateur déclama contre l'abus des indulgences, il ne prévoyait pas à quels excès il serait conduit par la fougue de son caractère ; s'il l'avait pressenti, il est à présumer qu'il aurait reculé à la vue du chaos d'erreurs dans lesquelles il allait se plonger : rien n'est plus propre que sa conduiteà effrayer ceux qui seraient tentés d'innover en fait de religion. Comme iïous réfutons ses opinions dans les divers articles de ce Dictionnaire qui y ont rapport, nous nous contenterons d'y renvoyer le lecteur.

Pour savoir si l'usage des indulgences était légitime en lui-même, il fallait examiner si l'Eglise a* le pouvoir d'absoudre le pécheur de la peine éternelle qu'il a méritée ; si, après la rémission de cette peine, il est encore obligé de satisfaire à la justice divine par une peine temporelle; si l'Eglise peut l'en dispenser, du moins en partie, en lui appliquant par l'indulgence les mérites surabondants de Jésus-Christ et des saints. Luther ne nia pas d'abord l'efficacité de l'absolution, mais il nia la nécessité de la satisfaction; il dit qu'à la vérité l'Eglise avait pu imposer, par les canons pénitentiaux, des peines médicinales, ou de bonnes œuvres, capables de préserver le pécheur de la rechute; que ces peines étaient une précaution contre les péchés futurs, mais non un remède pour les péchés passés ; que toute l'indulgence de l'Eglise consistait à dispenser le pécheur de la rigueur de cette ancienne discipline purement ecclésiastique et non à le décharger devant Dieu d'aucune obligation. Voy. Indulgence, Satisfaction. — Poussé sur cet article, il prétendit que l'Eglise n'avait pas môme le pouvoir de remettre les péchés pur l'absolution, mais seulement do déclarer que le péché était remis. Voy. Absolution.

Par quel moyen le péché est-il donc remis, si l'absolution n'a pas cette vertu ? Par la foi, répondit Luther, non par cette foi générale par laquelle nous croyons tout ce que Dieu a révélé, mais par une foi spéciale par laquelle nous croyons fermement que Jésus-Cnrist est mort pour nous, et que les mérites de sa mort nous sont appliqués ou imputés. C'est à cette prétendue foi que Luther applique ce qu'a dit saict Paul, que nous sommes justifiés par la foi, et que le juste vit de la foi, etc. ; mais il est évident que saint Paul n'a jamais entendu la foi de la manière dont il a plu à Luther de l'expliquer. Voy. Foi, § 5; Justification, Imputation. Tel est néanmoins le fondement de tout le système de cet hérésiarque, comme on va le voir.

Si c'est par la foi seulement que les péchés nous sont remis, ce n'est donc pas par la contrition. Aussi Luther décida que la contrition, loin de rendre l'homme moins pécheur, le rend plus hypocrite et plus cou-

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