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pàble. Voy. Contrition. II fut néanmoins d'avis de conserver la confession, à cause des salutaires effets qu'elle peut produire : c'est un des articles de la confession d'Augsbourg ; mais, dans la suite, les luthériens l'ont supprimée. En effet, qui pourrait se résoudre à une pratique aussi humiliante et aussi pénible , dès qu'il serait persuadé qu'elle ne contribue en rien à la rémission du péché, et que, sans elle, les péchés nous sont remis par la foi ? Voy. Confession. — Conséqucmment tout ce que nous nommons œuvres satisfactoires, le jeûne, la pénitence, la continence, les macérations, l'aumône, etc., sont très-superflus; Luther n'hésita point do l'affirmer et de condamner ainsi les saints de tous les siècles, saint Paul et tous les apôtres. Les vœux monastiques, par lesquels on s'oblige h toutes ces pratiques sont, selon lui, un abus. 11 donna l'exemple d'en secouer le joug, en épousant une religieuse, et il déclama contre le célibat des prêtres.
On doit faire, sans doute, des œuvres de charité et de religion, des aumônes, des prières, puisque Jésus-Christ les commande; mais, selon Luther, elles ne contribuent ni à effacer les péchés, ni à nous rendre agréables à Dieu, ni à nous mériter une récompense; et Ton ne sait pas trop pourquoi Dieu nous les commande. Luther soutint môme absolument que nous ne pouvons rien mériter, que tous nos mérites consistent en ce que ceux de Jésus-Christ nous sont imputés par la foi. Il poussa l'entêtement jusqu'à enseigner, d'un côté, que l'homme pèche dans toutes ses œuvres, et de l'autre, que l'homme, justifié par la foi, ne peut commettre des péchés, parce que Dieu ne les lui impute point. M. Bossuet fait sentir toute l'absurdité de cette contradiction, Hist. des Variât., 1. i, n. 9 et suiv. Voy. OEuvres, Mérites, Voeux, etc.
Mais si l'homme pèche nécessairement dans toutes ses œuvres, en quoi consiste donc le libre arbitre ? Luther prétendit que le libre arbitre est nul; que Dieu fait tout dans l'homme, le péché aussi bien que la vertu; que le libre arbitre, tel que les théologiens l'admettent, est incompatible avec la corruption de l'homme et avec la certitude de la prescience divine. Cette doctrine scandaleuse fut adoucie dans la confession d'Augsbourg, et aucun luthérien n'oserait aujourd'hui la soutenir dans les termes révoltants dont se servait Luther.
Dès que les péchés ne nous sont point remis par les sacrements, mais par la foi, il s'ensuit que toute l'efficacité des sacrements consiste en ce que ce sont des signes ca[.ables d'exciter la foi : telle fut l'opinion de Luther. Comme il jugea que les deux seules cérémonies capables de produire cet effet sont le baptême et l'eucharistie ou la cène, il ne retint que ces deux sacrements; la confessiond'Augsbourg y ajouta la pénitence: mais il ne paraît pas que les luthériens soient demeurés fermes dans ce dernier article de leur confession.
Du principe de Lulher touchant les sacrements, les anabaptistes et les sociniens ont conclu que les enfants étant incapables d'avoir la roi, il ne faut pas les baptiser après leur naissance, mais qu'il faut attendre qu'ils soient parvenus à l'âge de raison. Voy. Sacrement, etc.
11 y avait dans la doctrine de ce novateur une difficulté par rapport à l'eucharistie. Si les paroles sacramentelles prononcées par les prêtres ne produisent rien, quel peut être l'effet do la consécration? Ici Luther, f eu d'accord avec lui-même , a soutenu constamment qu'en vertu des paroles de la consécration , Jésus-Christ est réellement présent dans l'eucharistie, mais que la substance du pain et du vin y demeure; il rejeta donc la transsubstantiation. Mais Carlostadt, son collègue dans l'université, soutint contre lui que la substance du corps de Jésus-Christ ne pouvait pas subsister avec celle du pain et du vin ; que s'il fallait admettre la présence réelle, il fallait admettre aussi la transsubstantiation comme les catholiques. Carlostadt eut des sectateurs qui furent nommés sacramentaires ; leur sentiment sur l'eucharistie a été suivi par Zwingle et par Calvin. Luther no recula point; il persista jusqu'à la mort à enseigner le dogme de la présence réelle; mais il le fit plutôt par esprit de contradiction contre les sacramentaires que par respect pour les paroles de Jésus-Christ, ou par habitude de raisonner conséqueramont, et l'on ne sait pas trop ce qu'il entendait par cotte présence réelle. Après lui , lorsqu'il fallut expliquer comment le corps de Jésus-Christ peut être dans une hostie avec le pain , quelques luthériens dirent que c'était par importation, d'autres par ubiquité, d'autres par concomitance, Ou par une union sacramentelle. Voy. Imivanation, Transsubstantiation, Ubiquité-
Si Jésus- Christ est réellement présent dans l'eucharistie, il doit y être adoré. Luther hésita sur ce point; il avait d'abord conservé l'élévation de l'hostie à la messe, en dépit de Carlostadt qui la désapprouvait ; ensuite il la supprima, et ne voulut plus que Jésus-Christ, présent sur l'autel, y fût adoré: conséquemment il défendit de garder du pain consacré, et il exigea la communion sous les deux espèces. — Pourquoi Jésus- Christ, présent sur l'autel , ne pourrait-il pas être offert en sacrifice à son Père ? Luther y aurait peut-être consenti; mais comme les mérites de Jésus-Christ pourraient aussi nous être appliqués par le sacrifice, cet hérésiarque , qui ne voulait point admettre d'outre application de ces mérites que. par la fui, nia que la messe fût un sacrifice. Il n'avait blâmé d'abord que les messes privées; mais bientôt après il retrancha l'oblation , l'élévation et l'adoration de l'eucharistie. Voy. Sacrifice, Messe, Elévation, Communion, etc.
De tout temps cependant ce sacrifice a été offert pour les vivants et pour les morts; mais selon la doctrine de Luther, le péché, une fois remis par la foi, n'a h 'us besoin
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d'être expié ni en ce momie ni en l'autre : ii n'y a donc point de purgatoire; la prière pour les morts est superilue. Dans toutes les liturgies chrétiennes ou a fait mémoire des saints ; mais l'invocation des saints, selon Luther, leur suppose des mérites indépendants de ceux de Jésus-Christ. En vertu de cette fausse conséquence qu'il prêtait malicieusement aux théologiens , il rejeta l'invocation et l'intercession des saints. Voy. Morts , Purgatoire , Saints, etc.
Puisque , selon lui , les sacrements et toutes les cérémonies n'ont point d'autre effet que d'exciter la foi, l'ordination des prêtres ne peut leurdonner aucun caractère, aucun pouvoir surnaturel; il n'y a point de vrai sacerdoce ni d'hiérarchie ; c'est aussi le sentiment de Luther. Dès qu'il ôtait au mariage la dignité de sacrement, ou no doit pas Être surpris de ce qu'il a donné atteinte a l'indissolubilité de ce lien, de ce qu'il a permis la polygamie au landgrave de liesse, et de ce qu'il a été très-r. 'lâché sur l'adultère; on le lui a reproché plus d'une fois. Voy. Okdination, Hiérarchie, Mariage, etc.
Furieux d'avoir été condamné et excommunié par le pape, il décida que le pape était l'antechrist ; il nia que l'Eglise eût le pouvoir de porter des censures et de condamner des erreurs ; il soutint que la seule règle de foi des fidèles est l'Ecriture sainte. Mais, par une contradiction révoltante, luimême condamnait les sacramentaires et les anabaptistes , s'attribuait parmi ses sectateurs toute l'autorité d un souverain pontife, ne voulait pas que l'on fit usage d'une autre version de l'Ecriture sainte que de la sienne , excommuniait et aurait voulu exterminer tous ceux qui ne pensaient pas comme lui. Il avait rejeté du canon des Ecritures l'épitre de saint Jacques, parce qu'elle enseigne trop clairement la nécessité des bonnes œuvres; mais les luthériens ont adouci sur ce point la docirine de leur patriarche, et ont remis cette épître dans le canon, de même que l'Apoca'ypse, qui n'est pas reçue par les calvinistes. Voy. Clergé, Pape, etc.
Le même principe sur lequel il rejetait toutes les lois et les institutions de l'Eglise, comme autant d'inventions humaines, le conduisit à soutenir qu'en vertu de la liberté des enfants de Dieu, acquise par le baptême, un chrétien n'était assujetti à aucune loi humaine. Aussi, lorsqu'il eut fait paraître son livre De la Liberté chrétienne, les paysans d'une partie de l'Allemagne se révoltèrent contre les seigneurs, l'an 1525, prirent les armes, et se livrèrent aux plus grands excès. Voy. Liberté chrétienne.
Il est donc évident que le luthéranisme ne s'est formé que peu à peu, et par pièces; c'a été l'ouvrage des circonstances, du hasard, de l'intérêt du moment, mais surtout des passions, plutôt que de la force du génie de son auteur. La multitude des disputes qu'il a causées, des erreurs et des désordres auxquels il a donné lieu, des sectes qui en sont sorties du vivant même de Luther, ont
dû convaincre ce novateur de l'énormité du crime qu'il avait commis, en levant le premier l'étendard de la révolte. 11 a vécu dans le trouble, dans la crainte, dais les fureurs de la haine; à moins qu'il n'ait été frappé d'un aveuglement stu^'ide , il n'a pas pu mourir sans remords. — Vainement ses sectateurs font de lui les éloges les plus outrés, et le peignent comme un apôtre suscité de Dieu pour réformer l'Eglise. Ce n'était dans le fond qu'un moine brutal et grossier , qui n'avait d'autre mérite que d'avoir passé sa vie à disputer dans une université. Ses panégyristes mêmes sont forcés de convenir (pie, quand il rompit avec l'Eglise romaine, en 1520, il n'avait point encore formé de système théologique, et qu'ii ne savait encore ce qu'il devait enseigner ou rejeter dans la croyance catholique. Ce n'est point en tâtonnant ainsi, que les apôtres ont dressé le symbole delà foi chrétienne. Les calvinistes et les anglicans ne conviennent point du mérite éminent que les luthériens attribuent à leur fondateur. Voy. les Notes du traduct. de Vhist. ecclés. de Moshcim, tom. IV, p. 59, Gl, etc.
(1) Yoici le jugement que l'auleur des Discussions amicales porte des principaux réformateurs. D'abord Luther témoigne qu'étant catholique « il avait passé sa vie en austérités, en veilles, en jeûnes, en oraisons, avec pauvreté, chasteté et obéissance. » Une fois réformé, c'est un autre homme ; il dit « que comme il ne dépend pas de lui de n'être point homme, il ne dépend pas non plus de loi d'être sans femme, el qu'il ne peut pus plus s'en passai que de subvenir aux nécessités naturelles les plus viles. » (Tom. V, in cup. 1 ad Galat., v. 4, et Set m. de Mauim , fol. 119.)
« Je ne m'esmerveille plus, ô Luther, lui écrivait Henri YIH, comment tu n'es honteux ;i bon escient, el comme lu oses lever les yeux et devant Dieu et devant les hommes, puisque tu as été si léger el si volage de L'être laissé transporter par l'instigation du diable à tes folles concupiscences. Toi, frère de l'ordre de Saint-Augustin, as le premier abusé d'une nonain sacrée, lequel péché eût été, le temps passé, si rigoureusement puni, qu'elle eût été enterrée vive, el toi fouetté jusqu'à rendre l'àme. Mais tant s'en faut que tu ayes corrigé la faute, qu'encore, chose exécrable ! tu l'as publiquement prise pour femme , ayant contracté avec elle des noces incestueuses et abusé de la pauvre et misérable p...., au grand scandale du inonde, reproche et vitupère de ta nation, mépris du saint mariage, très-grand déshonneur et injure des vœux faits à Dieu. Finalement, qui est encore plus détestable, au lieu (pie le déplaisir el honte de ton incestueux mariage te dût abattre el accabler, ô misérable! lu en fais gloire; au lieu de requérir pardon de Ion malheureux forfait, tu provoques tous les religieux débauebés, par les lettres, par les écrits , d'en faire de même. » ( Dans Flora». p. 299.)
c Dieu, pour châtier l'orgueil et la superbe de Luther, qui se découvre dans tous ses écrits, dit un des premiers sacramentaires, retira son esprit de lui, l'abandonnant à l'esprit d'erreur et de mensonge, lequel possédera toujours ceux qui ont suivi ses opinions, jusqu'à ce qu'ils s'en retirent. » (Coura.l. Ileis., sur la cène du Seiaueùr, B. "2.) i Luther nous traite de secte exécrable et damnée ; mais qu'il prenne garde qu'il ne se déclare lui-même pour archi-hérétique, par cela même qu'il ne veut el ne peut s'associer avec ceux qui confessent le Christ. Mais que cet homme se laisse étrangement emporter par ses de.
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II. .Mais ce fougueux réformateur fut ébioui par un succès auquel il ne s'était pas attendu. Les premiers qui embrassèrent le
nions! que son langage est sale, et. que ses paroles sont pleines des diables d'enfer ! Il dit que le diable habite maintenant et pour toujours dans le corps des /.wingliens, que les blasphèmes s'oxhalent de leur sein ensatanisé, sursalanisé et persatanisé; que leur langue n'est qu'une langue mensongère, remuée au gré de Satan, infusée, perfusée et transfusée dans son venin infernal. Vit-on jamais de tels discours sortis d'un démon en fureur? Il a écrit tous ses livres par l'impulsion et sous la dictée du démon, avec lequel il cul affaire, et qui, dans la lutte, parait l'avoir terrassé par des arguments victorieux. » (L'église de Zurich, contre la Votif, de Luther, p. 01.)
« Voyez-vous, s'écriait Zwingle , comme Satan s'efforce d'entrer en possession de cet homme? » (lîép. à la Conf. de Luther.) t II n'est point rare, disait-il encore, de voir Luther se contredire d'une page à l'autre... ; cl, à le voir au milieu des siens, vous le croiriez obsédé d'une phalange de dénions. » (Ib d.) Indigné de l'accueil que Luther avait fait à sa version des Ecritures, il tempête à son tour contre celle de Luther, l'appelant « un imposteur qui change et rechange la sainte parole. »
i Véritablement Luther est fort vicieux, disait Calvin ; plût à Dieu qu'il eût soin de réfréner davantage l'intempérance qui bouillonne en lui de tout côté ! plût à Dieu qu'il eût songé davantage à reconnaître ses vices ! > ( Schlusseniberg, Théol. Catv., liv. il, fol. f"2G.) i Calvin disait encore que Luther n'avait rien fait qui vaille ; qu'il ne faut point s'amuser à suivre ses traces, être papiste à demi ; qu'il vaut mieux bâtir une église tout à neuf... Quelquefois, il est vrai, Calvin donnait des louanges à Luther, jusqu'à l'appeler le restaurateur du christianisme. > (Florim.)
< Ceux, disent les disciples de Calvin, qui mettent Luther au rang des prophètes, et constituent ses livres pour règle de l'Eglise, ont très-mal mérité de l'Eglise de Christ, et exposent soi et leurs églises à la risée et coupe-gorge de leurs adversaires. » (In. Admon. de lib. Cottcord., c. G.)
< Ton école, répondait Calvin au luthérien Wcs-
phal, n'est qu'une puante élablc à pourceaux
m'enlends-tu, chien ? m'entends-tu, frénétique? m'entcnds-lu, grosse bête? >
Carlostadt, retiré à Orlamunde avec sa femme, s'y était tellement fait goûter des habitants, qu'ils faillirent lapider Luther, accouru pour le gourmander sur ses mauvaises opinions touchant l'eucharistie ; Luther nous l'apprend dans sa lettre à ceux de Strasbourg : « Ces chrétiens me chargèrent à coups de pierres, me donnant telle bénédiction: Va-t'en à tous les mille diables ! te puisses-tu rompre le col avant d'être de retour chez toi ! »
MéLnchlon. Voici le jugement qu'en ont porté ceux de sa communion. Les luthériens déclarent en plein synode « qu'il avait si souvent changé d'opinion sur la primauté du pape, sur la justification par la foi seule, sur la cène, sur le libre arbitre, que toutes ses incertitudes avoient fait chanceler les faibles dans ces questions fondamentales , empêché un grand nombre d'embrasser la confession d'Augsbourg ; qu'en changeant et rechangeant ses écrits, il n'avait donné que trop de sujet aux pontificaux de relever ses variations, et aux fidèles de ne savoir plus à quoi s'en tenir sur la véritable doctrine. » Us ajoutent « que son fameux ouvrage sur les Lieux théologiques pourrait plus convenablement s'appeler Traité sur les jeux théologiques. > ( Coll >q. Allenb., fol. 502, 505, an. 1508.) Schlussemberg va même jusqu'à déclarer i (pic, frappé d'en-haui par un esprit d'aveuglement et de vertige, Mélanchlon ne fit plus ensuite que .tomber d'erreur en erreur, et finit par ne plus savoir ce
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luthéranisme furent ceux de Mansfeld et de Save; il fut prêché à Kraichsaw, en 1521; à Goslar, à Rostoch, à Riga en Livonie, a
qu'il fallait croire lui-même, i II dit encore» que manifestement Mélanchlon avait contredit la vérité divine, à sa propre honte, et à l'ignominie perpétuelle de son nom. > (Le). 2, p. 91, etc.) En effet, peut-on imaginer quchpie chose de plus contraire à la foi, au christianisme, que cette proposition de Mélanchlon : Le* articles d foi d ivent être souvent changée et être calqués sur les te».p< cl les i irconsiai.ces. (/'»/)•. philos, du baron de Slarck, ministre protestant, c!e.)
CE ot mp ide. Les luthériens ont écrit, dans 1\4polo fie de 1er cène, qu'OEcolampade, fauteur de l'opinion sacramentaire, parlant un jour au landgrave, lui dit : « J'aimerais mieux qu'on m'eût coupé la main, que non pas qu'elle eut rien écrit contre l'opinion de Luther en ce qui regarde la cène. » Ces paroles, rapportées à Luther par un homme qui les avait entendues, parurent adoucir un instant la haine du patriarche de la réforme; il s'écria en apprenant sa mort : c Ah ! misérable et infortuné OEcolampade, tuas été le prophète de ton malheur, quand tu appelas Dieu à prendre vengeance de loi si tu enseignais une mauvaise doctrine. Dieu le pardonne, si lu es en tel état qu'il le puisse pardonner, » ( t oy. Florim., p. 175.) Pendant que les habitants de Iiàle plaçaient dans leur cathédrale cette épitaphe sur son tombeau : « Jean OEcolampade, théologien , premier auteur de la doctrine évangélique dans colle ville, et véritable évèque de ce temple, » Luther écrivait, de son côté, que « le diable , duquel OEcolampade se servoil, l'étrangla de nuit dans son lit. — C'est ce bon maître, dit-il encore, qui lui avait appris qu'en l'Ecriture il y avait des contradictions. Voyez à quoi Satan réduit les hommes savants. » (De Missa privait.)
Carlostadt. En voici le portrait tracé parle modéré Mélanchton : » C'était, dit-il, un homme brutal, sans esprit, sans science et sans aucune lumière du sens commun ; qui, bien loin d'avoir quelque marque de l'esprit de Dieu, n'a jamais su ni pratiqué aucun des devoirs de la civilité humaine. Il paraissait en lui des marques évidentes d'impiété ; toute sa doctrine était ou judaïque ou séditieuse. Il condamnait toutes les lois faites par les païens ; il voulait que l'on jugeât selon la loi de Moise, parce qu'il ne connaissait point la nature de la liberté chrétienne; il embrassa la doctrine fanatique des anabaptistes, aussitôt que Nicolas Slork commença de la répandre. Une partie de l'Allemagne peut rendre témoignage que je ne dis rien en cela que de véritable. » (Florim.) Il fut le premier prêtre de la réforme qui se maria. Dans la messe de nouvelle fabrique qui fut composée pour son mariage, ses fanatiques partisans allèrent jusqu'au point de qualifier de bienheureux cet homme qui portait des marques évidentes d'impiélé. L'oraison de cette messe était ainsi conçue : Dees, qui pi si tant longam etimpiam sacerdotum luorum cœcitatem, bealum AndrceamCarlostatlitun ea gratta dunare dignatus es, ut primus, titilla habita n;t one papistici juris, uxorem ducere auws fuerit; da, quœsnmus, ut vtnnes sacerdotes, recepla sanu mente, ejis vestigia sequemes, ejeclis concubini* aul eisdcn ductis, ad legitimi consortium thori conrertantur ; Ver Dominum noslrum, etc. (Citée dans Florim.)
« On ne peut nier, nous disent les luthériens, que Carlostadt n'ait été étranglé du diable, vu tant de témoins qui le rapportent, tant d'auteurs qui l'ont mis par écrit, et les lettres mêmes des pasteurs de Baie. » ( Hisl. de Cœn. Attgusl., fol. 41.) Il laissa un fils, llans Carlostadt, qui, détaché des erreurs de son pèie, se rangea à l'Eglise catholique.
Tels furent les apôtres de la prétendue réforme : or, que pouvait-on attendre de pareils hommes? Que
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Reutlinge et à Halle en Souabe, à Augsbourg, a Hambourg, en 1522 ; en Prusse et dans la Poméranie, en 1523; à Eimbecli, dans le duché de Lunebourg, à Nuremberg, en 1525; dans la Hesse, en 1526 ; à Altembourg, à Brunswick et à Strasbourg, en 1528; a Gottingue, à Lemgou, à Lunebourg, en 1530; à Munster et à Paderborn en Westphalie, en 1532; à Etlingue et à Ulm, en 1533 ; dans le duché de Gubenhaguen, à Hanovre et en Poméranie, en 153i; dans le duché de Wirtemberg, en 1535; à Cotbus, dans la Basse-Lusace, en 1537; dans le comté de la Lippe, en 1538; dans l'électoral de Brandebourg, à Brème, à Hall en Saxe, à Leipsick en Misnie, et à Quedlimbourg, en 1539; à Embden dans la Frise orientale, à Hailbron, à Halberstat, à Magdebourg, en 15'*0; au Palatinat dans le duché de Neubourg, a Bagensbourg, et à Wismar, en 15il ; àBuxtende, cà Hildesheim et à Osnabruck, en 1543; dans le Bas-Palatinat, en 15V6; daris le Mecklembourg, en 1552; dans le marquisat de Dourlach et de Hochberg, en 155G ; dans le comté de Benteheim, en 15GV;
pouvait-on espérer de Ictus prédications? Quels en furent les résultais? Eux-mêmes vont nous l'apprendre. « Le monde, dit Luther, empire tous les jours, et devient plus méchant. Les hommes sont aujourd'hui plus acharnés à la vengeance, plus avares, dénués de toute miséricorde, moins modestes et plus incorrigibles; enfin plus mauvais qu'en la papauté. > ( Luther, in Poslilla, sa,). I. Dom. Advent.)
« Une chose aussi étonnante que scandaleuse, est de voir que depuis que la pure doctrine de l'Evangile vient d'être remise en lumière, le monde s'en aille journellement de mal en pis. k (Luther, in Serm. lonvv. Germain., fol. 55.)
Luther avait coutume de dire « qu'après la révélation de son Evangile, la vertu avait été éteinte, la justice opprimée, la tempérance garrottée, la vérité déchirée par les chiens, la foi devenue chancelante, la dévotion perdue. >
« Les nobles et les paysans en sont venus à se vanter sans façon, qu'ils n'ont que faire d'être prêches; qu'ils aiment mieux qu'on les débarrasse tout à fait de la parole de Dieu, et qu'ils ne donneraient pas une obole de tous nos sermons ensemble. Eh ! comment leur en faire un crime, dès qu'ils ne tiennent nul compte de la vie future? Ils vivent comme ils croient; ils sont et restent des pourceaux, croient en pourceaux et meurent en vrais pourceaux. » (Le même, sur la irc Ep. aux Corinthiens, chap. 15.)
C'était alors un proverbe en Allemagne, pour annoncer qu'on allait pisser joyeusement la journée en débauche : llodie lulheranice vivemus; nous nous en donnerons aujourd'hui à la luthérienne.
« Que si les souverains évangélisanls n'interposent leur autorité pour apaiser toutes ces contestations, nul doute que les églises de Christ ne soient bientôt infectées d'hérésies qui les entraîneront ensuite à leur ruine... Par tant de paradoxes, les fondements de notre religion sont ébranlés, les principaux articles mis en doute, les hérésies entrent en foule dans les églises de Christ, et le chemin s'ouvre à l'athéisme. (Sturm., lialio ineundœ con.ord., p. 2, an. 1579.)
< Nous en sommes venus à un tel degré de barbarie, dit Mélanchton, que plusieurs sont persuadés que s'ils jeûnaient un seul jour, on les trouverait morts la nuit suivante. » ( Sur le chap. G de saint Matthieu.)
« L'Elbe, écrivait-il confidemment à un ami, l'Elbe avec tous ses Ilots n'a pu me fournir assez, d'eau
à Haguenau et au bas marquisat de Bade, en 1508, et dans le duché de Magdebourg, en
Vers Fan 1525, deux disciples de Luther portèrent en Suède les premières semences de ses opinions. Gustave Vasa, qui venait d'y être [lacé sur le trûne, jugea qu'une révolution dans la religion abaisserait la puissance du clergé et affermirait la sienne; il favorisa le luthéranisme , l'embrassa luimême, le rendit bientôt dominant dans ses Etats, et s'empara des biens ecclésiastiques. Chrisliern III, roi de Danemark, entra dans les mêmes vues, par les mêmes motifs; aidé par les conseils et parles armes de Gustave, il se rendit maître absolu en 1536 , et fit recevoir dans son royaume la confession d'Augsbourg pour règle de foi. — Mosheim avait fait son possible pour pallier dans son histoire ecclésiastique les violences don'. Cbristiern usa pour écraser le clergé; mais son traducteur est convenu que ce roi, en détruisant le corps épiscopal avec une espèce de fureur, détrubit l'équilibre du gouvernement. — Cette hérésie n'avait encore
pour pleurer les malheurs de la réforme divisée. >— < Vous voyez les emportements de la multitude et ses aveugles désirs, i écrivait-il encore à son ami Camérarius.
« L'autorité des ministres est entièrement abolie, dit Capiton a son ami Farell; tout se perd, tout va en ruine, il n'y a parmi nous aucune église, pas même une seule où il y ait de la discipline... Le peuple nous dit hardiment : Vous voulez faire les tyrans de l'Eglise qui est libre, vous voulez établir une nouvelle papauté. » — < Dieu me fait connaître ce que c'est qu'être pasteur, et le tort que nous avons fait à l'Eglise par le jugement précipité et la véhémence inconsidérée qui nous a fait rejeter le pape. Carie peuple, accoutumé et comme nourri à la licence, a rejeté tout à fait le frein... ; il nous crie : Je sais assez l'Evangile; qu'ai-je besoin de voire secours pour trouver Jésus-Christ? Allez prêcher ceux qui veulent vous entendre. » Bucer, collègue de Capiton à Strasbourg, faisait les mêmes aveux en 1549, et ajoutait qu'on n'avait rien tant recherché, en embrassant la réforme, que lepiaitir d'y vivre à »a fantaisie. Mycon, successeur d'Œcolampade dans le ministère de Baie, fait entendre les mêmes plaintes. « Les laïques, dit-il, s'attribuent tout, et le magistrat s'est fait pape. > (lmer. hp. Calv.)
Il en était de même parmi les calvinistes. Calvin, après avoir déclamé contre l'athéisme qui régnait surtout dans les palais des princes, dans les tribunaux et les premiers rangs de sa communion : « Il est encore, ajoute-t-il, une plaie plus déplorable. Les pasteurs, oui, les pasteurs eux-mêmes, qui moulent en chaire... sont aujourd'hui les plus honteux exemples de la perversité et des autres vices. De là vient que leurs sermons n'obtiennent ni plus de crédit ni plus d autorité que les fables débitées sur la sci ne par un histrion. Et ces messieurs pourtant osent bien encore se plaindre qu'on les méprise et les montre au doigt pour les tourner en ridicule ! Quanta moi, je m'étonne de la patience du peuple; je m'étonne que les femmes et les enfants ne les couvrent pas de boue et d'ordure. » ( Liv. sur les Scandales, p. 12S.)
11 n'y a nullement a s'étonner, dit Smideliu, qu'en Pologne, en Transylvanie, en Hongrie et autres lieux, plusieurs passent à l'arianisme, quelques-uns à Mahomet : la doctrine de Calvin mené à ces impiétés. (Préface contre VApol. de Danœus.) — Voyez 1j Discussion amicale, etc., t. 1.
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eu Pologne que des sectateurs cachés sous le règne de Sigismond l"r, mort en 1548; mais son (ils SigismondkAuguste, connu par sa faiblesse pour les femmes, laissa pleine liberté aux seigneurs polonais. Bientôt on vit dans ce royaume des luthériens, dos hussites, des sacramentaires calvinistes, Cu^ anabaptistes, des unitaires ou socinicns, "' des grecs schismaliques.
Le luthéranisme a a ssi pénétré en Hongrio et en Transylvanie, à la laveur des troubles qui ont agité ces deux royaumes : mais il y est moins puissant depuis que l'un et l'autre sont entrés sous la domination de la maison d'Autriche. En France, les émissaires de Luther firent d'abord quelques piosélytes, mais ils furent réprimés; ceux dcCalvin eurent plusde succès, et vinrent à bout de bouleverser le royaume. 11 en fut de même en Angleterre : Luther ni ses disciples n'eurent aucune part au schisme de Henri VIII; ce prince, encore catholique, avait fait un livre contre Luther; il persista jusqu'à La mort dans sa haine contre le luthéranisme; la forme qu'il donna à la religion anglicane ne fut pas plus approuvée par les
Ërotestants que par les catholiques. Sous douard VI , ce furent Pierre Martyr et Bernardin Ochin qui furent appelés pour l'aire la réformation; l'un et l'autre étaient dans les opinions de Calvin.
III. On est moins étonné des progrès rapides du luthéranisme, lorsqu'on en examine les causes. En 1521, Charles-Quint, dans la diète de Worms, avait mis Luther au bande l'empire, et avait ordonné de poursuivre ses adhérents ; mais Frédéric, duc de Saxe, qui avait goûté les opinions de Luther, le prit sous sa protection, et ce décret n'eut aucun effet. De retour à Wittemberg, Luther attira dans son parti l'université dans laquelle il avait déjà enseigné plusieurs de ses erreurs ; il fit abolir les messes privées, prit le litre d'ecclésiaste de Wittemberg, s'attribua une autorité plus absolue que celle du pape, et vanta ses succès comme une preuve incontestable de sa mission. En 1523, il quitta entièrement l'habit religieux. Lorsque le nonce du pape se plaignit à la diète de Nuremberg de l'impunité dont jouissait ce novateur aussi bien que ses partisans, les princes laïques répondirent par un long mémoire qu'ils intitulèrent : Centum gravamina, dans lequel ils se plaignaient des vexations, des extorsions et des entreprises des ecclésiastiques sur la juridiction séculière.
En 1525, Luther séduisit une religieuse nommée Catherine de Bore et l'épousa ensuite publiquement (1). Les deux diètes assemblées à Spire, l'une cette même année, et l'autre en 1529, ne furent pas moins favorables au luthéranisme, malgré les instan-
(1) Cette conduite de Luther, imite en ceci partons les réformateurs, faisait dire à Erasme : « C'est donc ainsi qu'ils se crucifient! La rélbrmation semble n'avoir eu d'autre but (jue de transformer en épouseurs et épouseuses les moines et les nonnes; et celle grande tragédie va finir comme les comédies, où tout le monde se marie au dernier acte. » (Epiit. 7 et 41.)
Diction n. de Tuéol. dogmatique. III.
< es et les décrets de Charles-Quint, riusieur.princes qui avaient embrassé les sentimentdo Luther protestèrent contre ces décrets : de là le nom de protestants qui fut donné aux luthériens. En 1530, à la diète d'Augsbourg, ces mêmes princes présentèrent leur confession de foi, qui, pour cette raison, a été nommée Confessioji (VAugsbourg ; ils promettaient de se soumettre à la décision d'un concile tenu par le pape ; mais ils ne tinrent pas parole. Voy. Algsbouhg. Us s'assemblèrent ensuite à Smalcalde, et y tirent une ligue contre l'empereur. Luther l'approuva, et fut d'avis de faire la guerre au pape et à tous ses adhérents, Les luthériens profitèrent des guerres auxquelles Charles- Quint fut occupé, de ses dissensions avec le pape et avec François Ier, [tour faire de nouveaux progrès. En 1539, le landgrave do Hessc obtint de Luther et des théologiens protestants la permission d'avoir deux femmes à la fois : pour récompense, le landgrave leur avait promis de leur accorder les biens ecclésiastiques.
L'an 15V2, le pape Paul III, de concert avec l'empereur et lo roi de Franco, convoqua le concile de Trente pour terminer les contestations de religion qui divisaient l'Empire et les Etats voisins ; la première session fut tenue au mois de décembre 15V5. L'année suivante, Luther mourut à Eisleben sa patrie, après avoir attiré à ses opinions une grande partie de l'Allemagne. A la diète de ltatisbonne, tenue en 15V7, Charles-Quint fit composer par plusieurs théologiens un formulaire de religion, pour accorder, s'il était possible, les catholiques et les protestants, en attendant que le concile eût décidé^* les points contestés ; c'est ce que l'on a nommé l'Intérim de Charles-Quint : cet ouvrage ne plut ni à l'un ni à l'autre paiti, et fut attaqué par tous les deux. Voy. Intérim.
Par le traité de paix conclu à Passaw, entre Charles-Quint et les princes de l'Empire, et par celui d'Augsbourg, fait trois ans après, les protestants obtinrent la tolérauce de leur religion, ou la liberté de conscience.
Le concile de Trente, terminé en 1563, no put réconcilier les luthériens avec l'Eglise romaine ; les dissensions entre eux, avec les zwinglicnsoucalvinistes, comme avec les catholiques, ont duré jusqu'en l6kS, époque à laquelle le traité de Munster, appelé aussi traité d'Osnabruck ou de We; :-tphalie, garanti par toutes les puissances de l'Europe, a mis les choses dans l'état où elles sont aujourd'hui. On sait d'adleurs dans quelle situation les esprits se trouvaient au commencement du xvie siècle. Les différentes sectes qui avaient paru depuis le xie siècle, comme les henriciens, les albigeois, les vaudois, les lollards, les wiclétites, les hussites, n'avaient pas cessé de déclamer contre les abus; elles avaient indisposé les peuples contre les pasteurs et contre tout le clergé. On se plaignait du trafic des bénéfices, de la vente des indulgences, do l'abus des exeommuui a-
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lions, du payement des absolutions, des entreprises sur la juridiction séculière, de la vie scandaleuse de la plupart des ecclésiastiques, des fraudes pieuses commises par les moines : tous ces désordres s'étaient multipliés pendant le grand schisme d'Occident ; mais il s'en fallait beaucoup que le mal fût aussi grand et aussi général que les protestants affectent de le représenter.
Au concile de Constance et à celui de BAle, on avait demandé en vain la réforme de l'Eglise dans le chef et dans les membres ; on n'avait rien obtenu. Au lieu de détruire et de prévenir les erreurs en instruisant les peuples, le clergé n'avait procédé contre les hérétiques que par des censures, par des sentences de l'inquisition et par des supplices : ce n'était pas là le moyen de calmer les esprits. Tous ceux qui désiraient la réforme étaient persuadés qu'elle ne pouvait se faire que par des moyens violents.
Wiclef et Jean Hus avaient en Allemagne beaucoup de disciples cachés ; on y lisait leurs ouvrages remplis de déclamations contre l'Eglise romaine et d'invectives contre les ecclésiastiques ; Luther s'était nourri de cette lecture ; les hommes les plus lettrés qu'il y eût pour lors étaient précisément ceux qui désiraient le plus un changement dans la religion. A peine Luther eut-il prononcé le nom de réforme et donné 1j premier signal de la révolte, qu'il se trouva environné de partisans prêts aie soutenir. Ceux môme qui désapprouvaient ses emportements, soutinrent que l'on ne pouvait exécuter le décrit porté contre lui à la diète de Worms, sans exciter de séditions et sans mettre l'Allemagne en feu. Il ne trouva pas d'abord dans ce pays-là des adversaires assez instruits pour réfuter solidement ses erreurs, et pour distinguer les abus d'avec les dogmes. Plusieurs écrivains prétendent que déjà, en 1516, avant que Luther eut élevé la voix contre l'Eglise, Zwingle, chanoine de Zurich, avait conçu le plan d'une réformation générale ; que loin d'avoir été disciple de Luther, il était plutôt capable d'être son maître. Hist. ceci, de Mosheim, notes du traducteur, t, IV, p. i9. La discipline avait sans doute besoin de réforme, et elle a été faite par le concile de Trente ; mais c'était un attentat de vouloir réformer des dogmes révélés de Dieu et professés par l'Eglise chrétienne depuis quinze cents ans.
11 est donc évident que les vraies causes des progrès rapides du luthéranisme ont été des passions très-condamnables, la jalousie et la haine que l'on avait conçues contre le i lergé, l'ambition d'envahir ses biens et de dominer à sa place, le désir de secouer le joug des pratiques les plus gênantes du catholicisme, l'animosité des princes do J'Empire contre Charles-Quint, l'orgueil et la vanité des littérateurs qui se flattaient d'entendre la théologie mieux que les théologiens, la mauvaise foi avec laquelle les prédicants travestissaient les dogmes catholiques, et les belles promesses qu'ils faisaient d'une entière correction dans les mœurs, qu'ils n'ont pas
eu le pouvoir d'opérer. C'est très-mal à propos que Luther donnait ses succès comme une preuve de sa mission pour réformer l'Eglise, et que les protestants veulent faire envisager cette révolution comme un prodige, et son auteur comme un homme extraordinaire; cette prétendue réforme n'a été ni légitime dans son principe, ni louable dans ses moyens, ni heureuse dans ses effets. Voxj. Mission, Réformation.
IV. Quelles en ont été les suites ? A peine Luther en eut-il appelé à l'Ecriture sainte comme à la seule règle de foi, que les anabaptistes lui prouvèrent, la Bible à la main, qu'il ne fallait pas baptiser les enfants, que c'était un crime de prêter serment, d'exercer la magistrature, etc. Ces sectaires, joints aux paysans révoltés, mirent une partie de l'Allemagne à feu et à sang; ils se prévalaient du livre de Luther sur la Liberté chrétienne. Mosheim, pour l'excuser, dit que ces séditieux abusaient de sa doctrine; mais cette doctrine même n'était autre chose qu'uu abus continuel de l'Ecriture sainte et du raisonnement. 11 vit naître de ses principes l'erreur des sacramentaires, la guerre qui en fut la suite, et le schisme qui subsiste encore entre les luthériens et les calvinistes. Zwingle, Calvin, Muncer, etc., ne firent que marcher sur ses traces et tournèrent contre lui ses propres armes. Bientôt Servet, Gentilis et les autres chefs des sociniens poussèrent plus loin ses arguments, et attaquèrent les dogmes mômes qu'il avait respectés ; les déistes n'ont fait que suivre jusqu'au bout les raisonnements des sociniens. De cet esprit de vertige est née l'incrédulité que nous voyons régner aujourd'hui. C'est dans le sein du protestantisme que Bayle et les déistes anglais se sont formés, et ce sont eux qui ont été les maîtres des incrédules françhs. Cette postérité ne fera jamais honneur au fondateur de la réforme (1).
Les différentes sectes sorties de cette souche ne se sont pas mieux accordées entre elles qu'avec les catholiques ; malgré plusieurs tentatives qu'elles ont faites pour se rapprocher, elles sont aujourd'hui aussi divisées que jamais. Leur tolérance est purement extérieure et toute politique ; la prétendue réforme a été un principe de division auquel rien ne peut remédier. Luther détestait autant les zwingliens que les papistes, et lançait également ses anathèmes contre les uns et les autres. Inutilement le landgrave de Hesse indiqua, l'an 1529, à Marpourg, une
(I) Si Bergier avait assisté à la décomposition du protestantisme que nous voyons aujourd'hui, il n'aurait pas manqué de dire avec le protestant du Tremblay : <t Les protestants modernes s'éloignent entièrement de tout ce que les chréte:is ont cru depuis le temps des apôtres, et qu'un musulman, qui admettrait les miracles de Jésus-Christ, serait plus pres des chrétiens que ne le sont les docteurs du protestantisme moderne. » ( Etat présent du christianisme, cité par le baron de Slarck, ministre protestant ; Enleliens philosophiques si r In réu lion des différentes communions chrélunnes.) Yoy. HEF0un.vrr.iiBS, EglisG
LVANCiaïQL'E CHRÉTIENNE.
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conférence entre Luther, Mélanchton, OEeolampade et Zwingle ; ces quatre prétendus apôtres se trouvèrent inspirés si différemment, qu'ils ne purent convenir de rien.
On a trouvé dans les papiers du cardinal de Granvelle, ministre de Charles-Quint, une lettre originale de Luther, qui peint au naturel son caractère et celui des autres prédicants ; elle est adressée à Guillaume Prawest, son ami, ministre dans leHolstein, et a été traduite de l'allemand. « Je sais, mon frère en Christ, lui dit-il, qu'il arrive plusieurs scandales sous prétexte de l'Evangile, et que l'on me les impute tous : mais que ferai-je ? Il n'y a aucun prédicant qui ne se croie cent fois plus savant que moi : ils ne m'écoutent point. J'ai une guerre plus violente avec eux qu'avec le pape, et ils me sont plus opposés. Je ne condamne que les cérémonies qui sont contraires à l'Evangile, je garde toutes les autres dans mon église. J'y conserve les fonts baptismaux, et on y administre le baptême, à la vérité en langue vulgaire, mais avec toutes les cérémonies qui étaient d'usage auparavant. Je souffre qu'il y ait des images dans le temple, quoique des furieux en aient brisé quelques-unes avant mon retour. Je célèbre la messe avec les ornements et les cérémonies accoutumées, si ce n'est que j'y mêle quelques cantiques en langue vulgaire, et que je prononce en allemand les paroles de la consécration. Je ne prétends point détruire la messe latine, et si on ne m'eût fait violence, je n'aurais jamais permis qu'on la célébrât en langage commun. Enfin, je hais souverainement ceux qui condamnent des cérémonies indifférentes, et qui changent la liberté en nécessité. Si vous lisez mes livres, vous verrez que je n'approuve pas les perturbateurs de la paix, qui détruisent des choses que l'on peut laisser sans crime. Je n'ai aucune part à leurs fureurs ni aux troubles qu'ils excitent ; car nous avons, par la grâce de Dieu, une église fort tranquille et fort pacifique, et un temple libre comme auparavant, excepté les troubles que Carlostadt y a excités avant moi. Je vous exhorte tous à vous défier de Melchior, et à faire en sorte que le magistrat ne lui permette point de prêcher, quand môme il montrerait des lettres du souverain, il nous a quittés fort en colère, parce que nous n'avons pas voulu approuver ses rêveries ; il n'est propre ni appelé à enseigner. Dites cela de ma part à tous nos frères, afin qu'ils le fuient et l'obligent à garder le silence. Adieu, priez pour moi, et me recommandez à nos frères. » Signé Martin Luther, sabbato post Reminiscere, 1528.
Celte lettre pourrait donner lieu à un ample commentaire ; mais tout lecteur intelligent le fera de lui-même. C'était de la part de ces sectaires une absurdité révoltante de vouloir que l'église catholique approuvât leurs rêveries, pendant qu'eux-mêmes ne voulaient approuver celles de personne, et se croyaient tous infaillibles; d'exiger que les catholiques les tolérassent, pendant qu'ils ne pouvaient se tolérer les uns les autres, et
se traitaient mutuellement de rêveurs et de furieux.
Si l'on imaginait que la prétendue réforme de Luther a rendu les mœurs meil.eures, on se tromperait beaucoup; à l'articleRÉFORmation, nous prouverons le contraire par les témoignages formels de Luther lui-même, de Calvin, d'Erasme, de Rayle, et d'autres auteurs non suspects. Une preuve que les désordres vrais ou prétendus de l'Eglise catholique ne furent pas la véritable cause du schisme, c'est que, lorsque les abus eurent été corrigés par le concile de Trente, les protestants ne furent pas pour cela plus disposés à se réunir à l'Eglise, et que leurs propres dérèglements, desquels ils ne pouvaient pas disconvenir, ne leur ont pas fait changer de sentiment. Des faits tout récents démontrent que leur haine et leur entêtement sont toujours les mômes; ils ont conservé jusqu'à nos jours les imprécations qu'ils prononçaient tous les dimanches contre le pape et conlre les Turcs dans les prières publiques, principalement dans celles que Luther avait composées ; le duc de Saxo- Gotha les a fait enfin supprimer. Gazette de. France du %k mars 1775. On voit encore à Genève et à Neuchâtel les inscriptions injurieuses au catholicisme, qui furent fait; s dans le temps de la prétendue téformation.
Le schisme leur a-t-il procuré la liberté de conscience qu'ils demandaient? les a-t-d affranchis de ce qu'ils appelaient la tyrannie. de l'Eglise romaine? Rien moins. Ils ont vu leurs chefs usurper parmi eux un empire plus despotique que celui des pasteurs catholiques ; leurs synodes ont fait des décrets sur le dogme et la discipline, et ont lancé des excommunications tout comme les conciles de l'Eglise : parmi eux, les particuliers sont subjugués, par la croyance et par les usages de leur société, aussi absolument que lessimplesfidôles parmi nous, à moins qu'ils ne veuillent faire bande à part; en accusant les calholiques de croire à la parole des hommes, ils croient eux-mêmes aveuglément à la parole de leurs ministres. Lorsque nous comparons leur état au nôtre, nous voyons très-bien qu'ils ont perdu la vraie foi et le véritable esprit du christianisme, mais nous cherchons vainement ce qu'ils ont gagné.
Voy. RÉFORMATEUR.
LUTHÉRIEN. On a donné ce nom à ceux qui ont suivi les sentiments de Luther; mais, à proprement parler, ils n'ont entre gmx presque rien de commun que le nom; il ne s'est trouvé parmi eux aucun théologien de réputation qui n'ait embrassé des sentiments particuliers, qui n'ait formé des disciples et n'ait eu des adversaires : la plupart des dogmes du luthéranisme ont fourni matière à la dispute. On compte actuellement plus de quarante sectes sorties du luthéranisme ; nous ne citerons que les plus connues, et nous parlerons plus amplement do chacune dans son article particulier. La plupart prennent le nom commun iïévangéliques.
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On a distingué d'abord les luthériens rigides et les luthériens mitigés ; les premiers curent pour chef Malhias Francowdz, plus connu sous le nom de'Flaccius ïllyricus, l'un descenturiateurs de Magdebourg; il ne voulait pas souffrir que l'on changeât rien à la doctrine de Luther. Quelques-uns ont nommé Flacciens ses disciples, à cause de leur chef. Les luthériens mitigés sont ceux qui ont adouci les sentiments de Luther, et leur ont préféré les opinions plus modérées de Philippe Mélanchton. Suivant l'opinion de ce dernier, Dieu atlirG à lui et convertit les pécheurs, de manière que l'action toute-puissante de sa grâce est accompagnée de la coopération de la volonté: expression de 1 •quelle Luther et Flaccius son fidèle disc:ple avaient horreur. L'un cl l'autre soutenaient la servitude absolue de la volonté mue par la grâce, et l'impuissance entière de l'homme de faire une bonne action. Quelques auteurs ont pensé qu'aujourd'hui les luthériens ne suivent plus ce sentiment de Luther; mais il y a lieu d'en douter, puisque Moshcim taxe de semi-pélagianisme le sentiment de Mélanchton, dont les sectateurs étaient nommés synergistes et philippistes. Hist. ccclés., xvie siècle, sect. 3, n€ part., ch. 1, § 30. Mélanchton aurait encore voulu que l'on conservât les cérémonies de l'Eglise romaine, et que l'on ne rompît point avec elle pour des objets de si peu de conséquence; d'autre part, il désirait que l'on eût plus de ménagements pour Calvin et pour ses disciples; do la ses partisans furent appelés luthéro-calvinistes, et crypto-calvinistes, ou calvinistes cachés. Ils furent poursuivis a outrance par les anti-adiaphoristes ou luthériens rigides ; Auguste, électeur de Saxe, employa la violence et les emprisonnements pour les extirper de ses Etats.
L'on nomma luthériens relâchés ceux qui suivaient l'intérim proposé par Charles- Quint, et l'on dislingua parmi eux trois partis, celui de Mélanchton, celui de Pacius ou Pfcssinger et de l'université de Leipsik, celui des théologiens de Franconie. Ils furent encore nommés intérimisles et adiaphoristvs, ou indifférents. On appela luthéro-zwingliens ceux qui mêlaient ensemble les opinions de Luther et celles de Zwingle; mais comme elles sont inconciliables sur l'article de l'eucharistie, cette secte était une société de luthériens et de zwingliens qui se toléraient mutuellement, et qui étaient convenus ensemble de supporter les dogmes les uns des autres. Us eurent pour chef Martin Bucer, de Schelestadt en Alsace, qui, de dominicain qu'il était, se fit, par une double apostasie, luthérien. Dans le fond, il raisonnait plus conséquemment que les autres réformateurs, qui, en refusant à l'Eglise romaine l'autorité de condamner des opinions, se l'attribuaient à eux-mêmes. Aussi ces liitliéricns tolérants nommaient luthéro-papistes ceux qui lançaient des excommunications contre les sacramentaircs. On doit encore mettre .mi nombre des sectateurs de M-élanchton les synergistes, qui soutenaient, contre Luther.
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que l'homme peut conlribu r en quelque chose à sa conversion, qu'il est véritablement actif et non passif sous l'impression de la grâce.
Les osiandriens sont les disciples d'André Osiander, qui prétendait que nous vivons parla vie substantielle dg Dieu; que nous aimons par l'amour essentiel qu'il a pour lui-même; que nous sommes justes par sa justice essentielle qui nous est communiquée; que la substance du Verbe incarné est en nous par la foi, par la parole et par les sacrements. Cette doctrine ahsurde partagea l'université de Kœnigsberg; il y eut des demi-osiandriens et des anli-osiandriens ou des staucariens, parce que Stancar, professeur dans cette même université, attaqua le sentiment d'Osiander ; il embrassa lui-même une opinion singulière, en soutenant que Jésus-Christ n'est notre médiateur qu'en tant qu'homme.
Quelques auteurs ont nommé confessionnistes ceux des luthériens qui s'en tenaient à la confession d'Augsbourg ; mais ils étaient divisés en deux partis, l'un de mér'.cains, l'autre d'opiniâtres et de récalcitrants.
Dans l'académie de V/ittemberg, George Major, en 1556, renouvela l'erreur des semipélagiens, et trouva des partisans. Huber, en 1592, pour avoir soutenu l'universalité de la rédemption, fut chassé de l'université.
La doctrine de Luther sur l'eucharistio forma encore deux sectes, l'une d'impauateurs, l'autre d'ubiquitaires; parmi les premiers, les uns disaient que Jésus-Christ est dans le pan de l'eucharistie, les autres qu'il est sous le pain, d'autres qu'il est avec le pain, in, sub, cum; ceux qui furent nommés pâteliers, dirent qu'il y est comme un lièvre dans un pâté. Toutes ces absurdités curent des défenseurs. Quelques-uns de leurs plus célèbres écrivains, comme Leibnitz, Pfaff, etc., ne veulent admettre ni l'impanation, ni l'ubiquité, mais la concomitance du corps de Jésus-Christ avec le pain, et seulement dans l'usage, parce que, selon leur opinion, l'essence du sacrement consiste dans l'usage. Calvin prétend aussi que, dans l'usage, le fidèle reçoit le corps do Jésus-Christ , mais seulement par la foi , c'est-à-dire que la foi produit en lui le même effet que produirait le corps de Jésus- Christ s'il le recevait réellement.
Parmi ceux qui se nommaient luthériens, il s'est trouvé des anomiens ou antinomiens, des origénis'es, des millénaires, des inférains ou infernaux, des davidiques. On y a distingué des bissacraraentaux, des trisacramentaux et des quadrisacramentaux, des impositeurs des mains, etc. Oîi sait que les mennonites ou anabaptistes sont sortis de l'école de Luther, et l'on ne peut pas douter que l'esprit de sa secte n'ait contribué à faire éclore celle des libertins, qui se répandirent en Hollande et dans le Brabanî, vers l'an 1528, puisqu'ils avaient adopté le principe fondamental des erreurs de Luther.
Quelques-uns , honteux des divisions scandaleuses nées parmi des iiommcs qui
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se disaient éclairés du ciel , et faisaient tous profession de s'en tenir a l'Ecriture sainte, firent leurs efforts pour rapprocher et concilier les différents partis ; on les nomma syncrétistes, conciliateurs ou paciiicateurs. George Calixle fut un des principaux ; mais ils ne purent réussir : chaque secte les regarda comme des lâches qui trahissaient la vérité par amour de la paix. D'autres, non moins confus du relâchement des mœurs introduit parmi les luthériens, soutinrent qu'il était besoin d'une nouvelle réforme; ils tirent profession d'une piété exemplaire, se crurent illuminés, et formèrent des assemblées particulières; on les a nommés piétistes.
Dès que Carlostadt eut donné naissance à l'erreur des sacramentaires , il eut des sectateurs appelés carlostadiens; Zwingle eut les siens, dont les uns furent nommés zwingliens simples , les autres zwingliens signiticatifs. Calvin, k son tour, dogmatisa de son chef, et tît profession de ne suivre aucun maître. Parmi ces sectaires, on a distingué des tropistes ou tropites, des énergiques, des arrhabonaires, etc. Les disputes sur la prédestination et sur la grâce ont divisé les gomaristes et les arminiens, et la plupart de ces derniers sont devenus pélagiens.
Luther vivait encore lorsque Servct commença d'écrire contre le mystère de la sainte Trinité; celui-ci avait voyagé en Allemagne, et avait vu les progrès" du luthéranisme. IMandatra, Geutihs et les deux Socin le suivirent de près ; ils furent joints en Pologne par plusieurs anabaptistes. On a reproché à Luther lui-même d'avoir dit, dans un sermon sur le dimanche de la Trinité, que ce mot ne se trouve pas dans l'Ecriture sainte, qui est la seule règle de notre foi ; que le mot consubstanliel a déplu à saint Jérôme, et qu'il a de la peine à le supporter. Dans sa version allemande du Nouveau Testament, il a supprimé, comme les sociniens, le célèbre passage de saint Jean : Il y en a trois qui rendent témoignage dans le ciel, etc., et quatre ans avant sa mort il avait ôté des litanies la prière : Sainte Trinité, un seul Dieu, ayez pitié de nous.
Calvin n'a pas été plus orthodoxe dans les livres même qu'il a faits contre Servet; aussi les sociniens font profession de reconnaître ces hérésiarques pour leurs premiers auteurs. Voy. Yllist. du socinian.is.me, y' part., ehap. 3. Ce n'est donc pss leur faire tort que de les regarder comme les pères du socinianisme et de ses diverses branches.
Si nous ajoutons à toutes ces sectes la religion anglicane, formée par deux zwingliens ou calvinistes, et toutes celles qui divisent l'Angleterre, on conviendra que jamais hérésiarque n'a pu se flatter d'avoir une postérité aussi nombreuse qu'est celle de Luther; mais il n'a pas eu le talent de faire régner la paix entre les diil'érentes familles dont il est ie père.
Pour pallier ce scandale, les protestants nous reprodiait les disputes qui régnent
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entre les théologiens catholiques. Mais peuton comparer la diversité d'opinions sur des questions qui ne tiennent en rien à la foi, avec les contestations sur les dogmes dont la croyance est nécessaire au salut? Aucun théologien catholique n'a la témérité d'attaquer un point de doctr ne sur lequel l'Eglise a prononcé; aucun ne regarde comme excommuniés, et hors de la vofe du salut, ceux qui ont des sentiments ditférents des siens sur des matières problématiques; aucun ne refuse d'être en société religieuse avec eux. Leurs disputes ne causent donc point de schisme, puisque tous ont la même profession de foi, sont soumis d'esprit et do cœur il ce que l'Eglise a décidé. En est-il do même des protestants? Dès qu'un visionnaire croit trouver dans l'Ecriture sainte une opinion quelconque, il a droit de la soutenir et de la prêcher, et aucune puissance humaine n'a celui de lui imposer silence. S'il trouve des prosélytes, ils ont droit de former une société particulière, de suivre telle croyance et d'établir telle discipline qu'il leur plaît. Toutes les fois que les protestants se conduisent autrement, ils contredisent le principe fondamental de la réforme. Comment un système si mal conçu, si inconséquent, si opposé à l'esprit de l'Evangile, a-t-il pu durer pendant si longtemps, être suivi et défendu par des hommes recommanJables d'ailleurs parloars talents et leurs connaissances? Deux causes y contribuent, la haine toujours subsistante contre l'Eglise îMiiiainc et un fonds d'inditlerence pour les dogmes de foi. Un homme né dans le protestantisme se fait un point d'honneur d'y persévérer; il se persuade que Dieu n'exige pas de lui un examen profond de sa croyance; que ce n'est pas à lui de juger si Luther et Calvin ont eu raison ou tort; que s'il so trompe, son erreur, que la naissance lui a rendue inévitable, ne lui sera point imputée a. crime. Les premiers réformateurs posaient pour principe que tout homme doit examiner sa croyance-, à présent leurs descendants jugent que cela n'est plus nécessaire, et qu'à défaut d'autres preuves, une prescription de plus de deux siècles doit en tenir lieu. Mais rien ne peut prescrire contre la vérité une fois révélée de Dieu , ni contre la loi qu'il nous impose de l'embrasser.
Le Père Le Brun, Explication des cérémonies de la Messe, tome Vil, page h, rapporte la liturgie des luthériens, telle qu'elle fut arrangée par Luther lui-même. Il observo que toutes les anciennes liturgies de l'Eglise chrétienne sont uniformes dans le fond et quant aux parties principales ; tontes renferment l'oblation ou l'otl'rande faite à Dieu ou pain et du vin, l'invocation du Saint- Esprit par laquelle on prie Dieu de changer ses dons et d'en faire le corps et le sang do Jésus-Christ, l'aloration de ces symboles, ou plutôt de Jésus-Christ présent après la consécration et avant la communion. Jusqu'au xvr siècle, on ne connaît aucune secto qui, en se séparant de l'Eglise catholique,
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