‹ Œuvres completes de Bergier (volume 3)Chapitre 54 sur 228 · LUX · texte numérisé non relu

LUX

<-,ft osé toucher à cette forme essentielle de la liturgie; toutes l'ont emportée avec elles et l'ont gardée telle qu'elle était avant leur séparation. Donatistes, ariens, macédoniens, nestoriens, eutychiens- ou jacobites, grecs schisrnatiques, tous ont regardé la liturgie comme ce qu'il y a de plus sacré dans la religion , après l'Evangile. Quelques-uns, comme les nestoriens et les jacobites, y ont glissé quelques mots conformes à leurs erreurs, mais ils n'ont pas osé toucher au fond. A l'article Lituugîe, n->us avons fait voir les conséquences qui s'ensuivent de cette conduite contre les protestants.

Luther, plus hardi, commença par décider que les messes privées, dans lesquelles le prêlre seul communie, sont une abomination; dans la nouvelle formule qu'il dressa, il retrancha l'offertoire et l'oblation, parce que cette cérémonie atteste que la messe est un sacrifice; il supprima toutes les paroles du canon qui précèdent celles de la consécration; il conserva d'abord l'élévation de l'hostie et du calice, qui est un signe d'adoration, de peur, disait-il, de scandaliser les faibles ; mais dans la suite il la supprima. 11 condamna les signes de croix sur l'hostie et sur le calice consacrés, la fraction de l'hostie, le mélange des deux espèces, la communion sous une seule : il décida que le sacrement consiste principalement dans la communion. 11 fit ainsi disparaître tous les rites anciens et respectables qui démontraient la fausseté'et l'impiété de ses opinions. Il est certain que ce novateur n'avait aucune connaissance des liturgies orientales, non plus que les théologiens de son temps ; mais depuis qu'elles ont été mises au jour, et que l'on en a démontré la conformité avec la messe latine, les luthériens n'ont pas moins continué a déclamer contre la messe des catholiques, et de la regarder comme une invention nouvelle. On sait qu'au sujet de la messe, Luther prétendit avoir eu une conférence et une dispute avec le diable; le Père Le Brun l'a rapportée dans les propres termes de Luther. Plus d'une fois les luthériens se sont récriés contre les conséquences odieuses que les controversistes catholiques en ont tirées contre eux ; les zwingliens et les calvinistes n'en ont pas été moins scandalisés que les catholiques; et quoi que l'on en puisse dire, ce trait ne fera jamais honneur au patriarche de la réforme. Quand il serait vrai que cette conférence a été postérieure aux ouvrages que Luther avait écrits contre la messe, et à l'abolition qu'il avait faite des messes privées, il en résulte toujours, 1° que Luther, de son aveu, avait célébré des messes privées pendant quinze ans, c'est-à-dire jusqu'en 1522, puisqu'il avait été prêtre l'an 1507. Si donc il avait déjà écrit contre la messe en 1520 et en 1521, comme le soutiennent les luthériens, il est clair qu'il a célébré pendant deux ans contre sa conscience, et bien persuadé qu'il commettait une abomination. 2° 11 est bien étonnant, dans cette supposition, que Luther a'ait pas répondu au démon : Ce que tu me

dis contre la messe n'est pas nouveau poui moi, puisque je Tai combattue et abolie depuis longtemps. 3° Luther se justifie en disant qu'il a célébré selon la foi et les intentions de VEglise, foi et intentions qui ne peuvent pas être mauvaises : cette même raison ne disculpe-t-elle pas tous les prêtres catholiques, non-seulement à l'égard de la messe, mais à l'égard de toutes leurs autres fonctions? k° Quand on supposerait que cette prétendue conférence n'a été qu'un rêve de Luther, il est toujours certain qu'un homme vraiment apostolique n'aurait jamais rêvé de cette manière, ou que, s'il l'avait fait, il n'aurait pas été assez insensé pour le publier.

Voilà des réflexions qui n'auraient pas dû. échapper à Bayle, lorsqu'il a rendu compte des réponses que les luthériens ont opposées aux reproches des controversistes catholiques. Ceux-ci, faute d'avoir vérifié les dates, ont peut-être poussé trop loin les conséquences qu'ils ont tirées de la narration de Luther; mais il en reste encore d'assez fâcheuses pour rendre inexcusable la prévention des luthériens. Voy. les Nouv. de la République des Lettres, janvier 1687, art. 3; OEuvres de Bayle, tom. I, p. 728.

En 1559, Mélanchton et les théologiens de Wittemberg, en 157i, ceux de l'université de Tubinge, firent tous leurs efforts pour engager Jérémie, patriarche grec de Constantinople, à approuver la confession d'Augsbourg; ils ne purent y réussir. Jérémie désapprouva constamment leur opinion sur l'eucharistie, et sur les autres points controversés entre les luthérien* et l'Eglise romaine. Voy.\a Perpétuité delà foi, tom. I, liv. iv, chap. h; pag. 358.

LUXE. 11 y a eu plusieurs contestations entre les écrivains de notre siècle, pour savoir si le luxe est avantageux ou pernicieux à la prospérité des Etats; s'il faut l'encourager ou le réprimer; si, dans une monarchie, les lois somptuaires sont utiles ou dangereuses. Cette question purement politique ne nous regarde point; mais il suffit d'avoir une légère teinture de l'histoire pour savoir que c'est le luxe qui a détruit les anciennes monarchies; ainsi ont péri celle des Assyriens, celle des Perses, celle des Romains : en faut-il davantage pour nous convaincre que la même cause produira toujours le même effet? Du moins l'on ne peut pas mettre en question si le luxe est conforme ou contraire à l'esprit du christianisme. Une religion qui nous prêche la mortification, l'amour de la croix et des souffrances , le renoncement à nous-mêmes^ comme des vertus absolument nécessaires au salut, ne peut pas approuver le luxe ou la recherche des superfluités. Jésus-Christ a condamné ce vice par ses leçons et par ses exemples ; il a voulu naître, vivre et mourir dans la pauvreté, par conséquent dans la privation des commodités de la vie; c'est un sujet de consolation pour les pauvres, mais c'est aussi un motif de crainte pour les riches, qui se permettent tout ce qui peut

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