‹ Œuvres completes de Bergier (volume 3)Chapitre 55 sur 228 · LUX · texte numérisé non relu

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llatter la sensualité. Jésus-Christ leur adresse »cs paroles terribles : Malheur à vous, riches, parce que votes trouvez votre félicité sur la terre (Luc. c VI, v. 24). La vertu, c'est-à-dire la force de l'âme, peut-elle se trouver dans un homme énervé par le luxe et parla mollesse? Les philosophes, môme païens, ont jugé ce phénomène impossible.

Les Pères de l'Eglise n'ont rien rabattu de la sévérité des maximes de l'Evangile ; les plus anciens sont ceux dont la morale est la plus austère, et qui condamnent toute espèce de luxe avec le plus de rigueur. Aujourd'hui nos philosophes épicuriens leur en font un crime ; ils les accusent d'avo'r outré la morale et de l'avoir rendue impraticable; cependant les Pères ont été écoutés et ont fait des disciples, du moins un petit nombre de chrétiens fervents ont suivi leurs leçons ; ils savaient sans doute mieux que les modernes ce qui convenait au siècle dans lequel ils parlaient. On les accuso de n'avoir pas su distinguer le luxe d'avec l'usage innocent que l'on peut faire des commodités de la vie, surtout lorsque la coutume y attache une espèce de bienséance par rapport aux personnes d'une certaine condition. Barbeyrac, Traité de la morale des Pères, cl.ap. 5, § 14, etc. Mais les censeurs des Pères sont-ils eux-mêmes fort en état de tracer la ligne qui sépare le luxe innocent d'avec le luxe condamnable? Ge qii était luxe dans un temps, n'est plus censé l'être dans un autre. Lorsqu'une nation est dans la prospérité et dans l'abondance, soit par le commerce ou autrement, les commodités de la vie se répandent de proche en proche, et se communiquent des grands aux petits. Parmi nous, les citoyens les moins aisés vivent aujourd'hui, surtout dans les villes, avec plus de commodité que l'on ne faisait il y a un siècle; ce qui était alors regardé comme un luxe et une superfluité est censé à présent faire partie du nécessaire honnête. La plupart des choses dont l'habitude nous fait un besoin seraient un luxe chez les nations pauvres. Pour savoir si les Pères ont outré les choses, il faut donc comparer leur siècle avec le ndtre, le degré d'abondance qui régnait pour lors avec celui dont nous jouissons aujourd'hui ; qui s'est donné la peine de faire cette comparaison ?

Lorsque chez une nation le luxe est poussé à son comble, on ne peut plus su; porter la morale chrétienne , on se retranche dans i'épicuréisme spéculatif et pratique, pour justifier l'excès de sensualité auquel on se livre ; mais alors ce sont les mœurs publiques qui pèchent et non l'Evangile. Sans entrer dans aucune discussion, il est aisé de voir que si les grands employaient à soulager les pauvres ce qu'ils consument en folles dépenses, le nombre des malheureux diminuerait de moitié, mais l'habitude du luxe étouffe la charité et rend les riches impitoyables. Une fortune qui suffirait pour subvenir à tous les besoins indispensables de la vie, ne suffit plus pour satisfaire les goûts capricieux que le luxe inspire ; les be-

soins factices croissent avec l'abondance, il ne reste plus de superflu à donner aux pauvres. On ne pense plus h la leçon de saint Paul : Que votre abondance supplée à Vindi~ gence des autres, afin d'établir l'égalité (Il Cor. c. vin, v. 14).

Ceux mêmes qui ont voulu faire l'apologiedu luxe, sont forcés do convenir qu'il amol-

I t les hommes, énerve les courages, pervertit les idées, éteint les sentiments d'honneur et de probité. 11 étouffe les arts utiles pour alimenter les talents frivoles ; il tarit la vraie source des richesses en dépeuplant les campagnes, en ôtant à l'agriculture une infinité de bras. 11 met dans les fortunes une inégalité monstrueuse, rend heureux un petit nombre d'hommes aux dépens de vingt millions d'autres. Il rend les mariages trop dispendieux par le faste des femmes, et multiplie les célibataires voluptueux et libertins : double source de dépopulation. En donnant aux richesses un prix qu'elles n'ont point, il ôte toute considération à la probité et à la vertu : il réduit la moitié d'une nation à servir l'autre, et produit à peu près les mêmes désordres que l'esclavage chez les anciens.

Mais c'est suriout aux ecclésiastiques que les canons défendent toulc espèce de luxe. Comme leur conduite doit être plus modeste, plus exemplaire, plus sainte que celio des laïques, toute superfluité leur est plus sévèrement interdite. Le deuxième concile général de Nicée, tenu l'an 787, can. 16, défend aux évoques et aux clercs les babils somptueux et éclatants, et l'usage des parfums ; cet usage semblait cependant nécessaire lorsque le linge était beaucoup moins commun qu'il ne l'est aujourd'hui. Le concile d'Aix-la-Chapelle, de l'an 816, can. H5, leur défend, la magnificence et toute superfluité dans la table et dans la manière de s'habiller-. En 1215, celui de Montp Hier, can. 1, 2,3, leur fait la même leçon, leur interdit les habits do couleur et les ornements d'or et d'argent. Le concile général de Latran, tenu la môme année, can. 16, est encore plus sévère ; il rappelle les canons du quatrième concile de Cartilage, tenu l'an 398, qui veut que la maison, les meubles, la table d'un évoque soient pauvres. Enfin celui de Trente, sess. 22, de Réform., c. 1, recommande instamment l'observation de celte discipline, et renouvelle à ce sujet tous les anciens canons. L'usage, la coutume, le relâchement des mœurs, les prétextes tirés de la naissance et de la dignité, ne prescriront jamais contre des règles aussi respectables. Le concile de Montpellier, que nous venons de citer, observe très-bien que le luxe des ecclésiastiques les rend odieux, étouffe dans les laïques le respect et la confiance, l'ait murmurer les pauvres, et tourne au détriment de la religion. C'est encore aujourd'hui le lieu commun des incrédules , et le sujet le plus fré quent de leurs invectives contre le clergé.

II y aurait donc plus à gagner qu'à perdre pour cet ordre vénérable, si tous ses membres étaient assez courageux pour lutter contre le torrent des mœurs publiques, cl se

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