‹ Œuvres completes de Bergier (volume 3)Chapitre 59 sur 228 · MAC 4V · texte numérisé non relu

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fuite de la sainte famille en Egypte, le meurtre des innocents , le retour d'Egypte, le séjour de Jésus h Nazareth, la prédication de saint Jean-Baptiste, le baptême de Jésus, sans fixer aucune époque , sans détermine? l'intervalle du temps qui s'est passé entra ces divers événements , sans parler des autres faits arrivés dans ce même temps. Saint Luc raconte la naissance de Jésus, sa circoncision, sa présentation au temple, le séjour de la sainte famille à Nazareth , les trois jours d'absence de Jésus, retrouvé dans le temple a l'âge de douze ans, la prédication de saint Jean-Baptiste , le baptême ce Jésus, sans exprimer si tous ces faits se sont suivis immédiatement, ou ont été séparés par quelques délais et par d'autres événements. Saint Marc et saint Jean commencent leur Evangile à la prédication de Jean-Baptiste, et passent sous silence tout ce qui a précédé. De même que saint Matthieu ne dit rien do la circoncision , de la présentation au temple, de l'absence de Jésus ; saint Luc omet à son tour l'adoration des mages, le meurtre des innocents, la fuite en Egypte, et le retour.

Mais, disent nos critiques, saint Luc fat profession de tout rapporter; il dit qu'il s'est informé exactement de tout dès le commencement , et qu'il le rapportera de suite ou par ordre {Luc. c. i, v. 3) ; il n'est donc pas probable qu'il ait rien supprimé. Voilà la plus forte difficulté.

Est-elle insoluble ? A la vérité, saint Luc dit qu'il s'est informé de tout, mais il ne dit pas qu'il écrira tout et qu'il ne supprimera rien ; il dit qu'il rapportera les faits par ordre, il n'ajoute point qu'il les rapportera de suite, sans intervalle, et sans en omettre aucun. Son dessein était de reprendre les choses dès le commencement ; en effet, il remonte jusqu'à la naissance de Jean -Baptiste et à l'annonciation faite à Marie ; aucun autre évangéliste n'est remonlé si haut ; mais il n'est pas vrai qu'il se pique <ïétre minutieux , comme nos critiques le supposent ; dans le cours de son Evangile, il a omis beaucoup d'autres choses dont les autres évangélistes ont parlé.

Il s'agit à présent de savoir comment il faut arranger les faits, si l'on doit placer la présentation de Jésus au temple et la purification de Marie, avant l'adoration des Mages et ce qui s'est ensuivi , ou s'il faut la mètre après le retour d'Egypte. Bien ne nous empêche de soutenir que cette présentation a été différée jusqu'après le retour d'Egypte. Selon la loi, cette cérémonie devait se faire quarante jours après l'enfantement ; mais lorsque les couches avaient été fâcheuses, lorsque la mère ou l'enfant étaient malades, lorsqu'ils étaient fort éloignés de Jérusalem, l'intention de la loi ne fut jamais de mettre leur vie en danger. Le temps avait été prescrit principalement pour les Israélites, campés dans le désert autour du tabernacle (Levit. c. xii, v. G). Dans la Judée, cette loi admettait des dispenses et des délais. Il parait que Anne, mère de Samuel, crut être dai.s

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le cas, puisqu'elle n'alla présenter .son fils nu Seigneur qu'après qu'il fui sevré (/. Reg. c. i, v. 22). Marie, forcée de fuir en Egypte pour sauver les jours de son fils , était en droit d'user du môme privilège. On ne sait pas combien de temps dura son absence, mais elle ne fut pas longue, puisque Hérode mourut cinq jours après le meurtre de son iils Antipater, peu de temps après le massacre des innocents (Josèphe , Antiq. 1. xvn, <\ 10).

Saint Luc dit a la vérité : « Après que les jours de la purification do Marie furent accomplis, selon la loi de Moïse , Jésus fut porté au temple pour être présenté au Seigneur (Luc. c. h, v. 22). îl faut nécessairement sous-entendre, lorsqu'il fut possible d'accomplir la loi; la nature des faits ne permet pas de l'entendre autrement

Dans cette hypothèse, tout se concilie sans effort. Jésus, à Bethléem, est circoncis huit jours après sa naissance, comme le dit saint Luc; il est adoré par les mages, transporté en*. .Egypte ; les innocents sont massacrés ; Hérode meurt ; la sainte famille revient en Judée, comme le rapporte saint Matthieu ; Jésus est porté à Jérusalem et présenté au Seigneur ; Marie se purifie selon la loi, comme nous l'apprend saint Luc ; elle retourne à Nazareth avec Jésus et Joseph , ainsi que le disent les deux évangélistes. Il est exactement vrai que le retour à Nazareth suit immédiatement le retour d'Egypte , comme le veut saint Matthieu, et qu'il se fait après que les parents de Jésus eurent accompli tout ce qui était prescrit par la loi du Seigneur, comme l'a observé saint Luc. Où sont donc les impossibilités et les contradictions entre les deux évangélistes, que les incrédules veulent y trouver? Selon leur préjugé, saint Luc dit que Joseph, Marie et l'enfant demeurèrent à Bethléem jusqu'à ce que le temps marqué pour la purification de Marie fût accompli. Ils se trompent, saint Luc ne le dit point ; il n'insinue en aucune manière que le voyage pour présenter Jésus au temple se soit fait de Bethléem à Jérusalem, comme le veulent nos censeurs ; leurs objections ne portent que sur cette fausse supposition. Quand on veut mettre deux historiens en opposition, il ne faut rien ajouter au texte ni de l'un ni de l'autre.

Il semble, disent-ils, que saint Matthieu ait ignoré que Nazareth était le séjour ordinaire de Joseph et de Marie. Où sont les preuves de cette ignorance ?

D'autres ont argumenté contre le massacre des innocents. Voy. ce mot. Quelques interprètes ont cru que Jésus était âgé de deux ans lorsqu'il fut adoré par les mages: cette supposition n'était pas nécessaire. Voy. Bible d'Avignon , t. XH1, pag. 185.

MAGICIEN, MAGIE. On appelle magie l'art d'opérer des choses merveilleuses et qui paraissent surnaturelles, sans l'intervention de Dieu, et magicien celui qui exerce cet art. 11 en est souvent parlé dans l'Ecriture sainte ; la magie y est sévèrement défendue ; les magiciens y sont représentés comme odieux

à Dieu et aux hommes: l'Eglise chrétienne a prononcé contre eux des anathèines, et ils sont, punis par les lois civiles. Quelle idée devons-nous en avoir? Qu'y a-t-il de réel ou d'imaginaire, de naturel ou- de surnaturel clans leurs opérations ? Sont-ce des fourberies humaines, ou des prestiges du démon ?

Si nous consultons les écrits des philosophes modernes sur ce sujet, nous y apprendrons peu de chose. Pour s'épargner la peine de discuter la question, ils l'ont supposée décidée selon leurs préjugés ; ils n'ont pas distingué suffisamment les différentes espèces de magie, comme les charmes, la divination, les enchantements, les évocations, la fascination, les maléfices, les sorts ou sortilèges : toutes ces pratiques sont différentes, et demandent chacune un examen particulier. Si nous leur en demandons l'origine, ils disent que tout cela est venu de l'ignorance ; mais l'ignorance n'est qu'un défaut de connaissance: une négation ne produit rien, ne rend raison de rien, et il nous faut des causes positives. Us prétendent que de nos jours la philosophie, ou la connaissance de la nature, a réduit à rien le pouvoir du démon et celui des magiciens : ils se trompent. Si la magie est très-rare parmi nous, elle y a été commune autrefois, et on l'exerce encore ailleurs: pourquoi y a-t-on cru? et pourquoi ne devons -nous plus y croire? Voilà ce que des philosophes auraient du noue apprendre. Ils jugent que ce qui est dit dans l'Ecriture sainte, dans les Pères de l'Eglise, dans les conciles, dans les exorcismes, a contribué à nourrir le préjugé des peuples et la croyance aux opérations du démon: c'est une fausseté que nous avons à détruire.

Aussi nous devons examiner 1° l'origine de la magie, et ce qu'en ont pensé les philosophes ; 2° ce qui eu est dit dans l'Ecriture sainte et dans les Pères de l'Eglise ; 3° les raisons pour lesquelles l'Eglise a dû employer les bénédictions et les exoreisnies pour dissiper les prestiges des magiciens ; k" si l'accusation de magie, intentée contre plusieurs sectes hérétiques, a été une pure ça* lomnie.

I. L'origine de cet art funeste est la même que celle du polydiéisme: c'en est une conséquence inévitable, plusieurs auteurs l'ont fait voir; Bayle, Rcp. aux quest. d'un pror. \" part , c. 3G et 37; Bruckcr, Hist. de la Philos., tom. I, liv. u, c. 2, § 12; Hist. de l'Acad. des Inscript., t. IV, in-12, p. 34, etc. Chez les Orientaux l'on a nommé mages ceux qui paraissaient avoir de- connaissances supérieures à celles du vulgaire, et magie l'étude de la nature et de la religion ; dans quelques cantons de la Suisse, le peuple appelle encore m&g&s les médecins empiriques auxquels il attribue des secrets particiLÙei's pjur guérir les maladies

Chez les païens , dont l'imagination était frappée d'une multitude d'esprits, de génies, de démons ou de dieux répandus dans toute la nature, qui en animaient toutes les parties

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cl les gouvernaient , on leur attribuait le.s phénomènes les plus ordinaires, les biens et

les maux, les orages, la stérilité des campagnes, les maladies et les guérisons ; à plus forte raison devait-on les croire auteurs de tout ce qui paraissait extraordinaire, merveilleux et surnaturel : rien ne se faisait sans eux ; la connaissance la plus importante était donc de savoir comment on pouvait obtenir leur bienveillance , les apaiser lorsqu'ils étaient irrités, en obtenir des bienfaits, et les forcer en quelque manière de condescendre aux volontés de leurs adorateurs. Yoy. Paganisme. Tout bomme qui semblait avoir cette connaissance, le talent de faire du mal ou de le guérir, de deviner les choses cachées , de prédire quelque événement , de tromper les yeux par des tours de souplesse, etc., passait pour avoir à ses gages un esprit ou des esprits toujours prêts à exécuter ses volontés. Le nom de mage et de magicien n'avait donc rien d'odieux dans l'origine : ceux qui se servaient de la magie pour faire du bien aux hommes étaient estimés et honorés; mais ceux qui s'en servaient pour faire du mal étaient avec raison détestés et proscrits. L'art des premiers se nomma simplement magie; les pratiques des seconds furent appelées goètie, magie noire et malfaisante.

Telle était l'opinion non-seulement des ignorants , mais des philosophes les plus célèbres; tous soutenaient que les astres, les éléments, les animaux, étaient mus par des génies ou démons, que ces intelligences prétendues disposaient de tous les événements ; sur ce préjugé était fondé le culte qu'on leur rendait, et ce culte était approuvé par toutes les sectes de la philosophie. C'est la-dessus que le stoïcien Balbus établit le polythéisme et la religion des Romains, dans le me livre de Cicéron, sur la Nature des dieux; que Celse, Julien, Porphyre et d'autres reprochent aux chrétiens d'être ingrats ? t impies , en refusant d'adorer les génies distributeurs des bienfaits de la nature. Celse soutient sérieusement que les animaux sont d'une nature supérieure à celle de l'homme, qu'ils ont un commerce plus immédiat que lui a\ec la Divinité, et ont des connaissances plus parfaites ; qu'ils sont doués de la raison; que ce sont eux qui ont enseigné à l'homme la divination, les augures et la magie. Orig. contre Celse, liv. iv, n. 78 et suiv. Il passait donc pour constant dans le paganisme, qu'un homme pouvait avoir commerce avec les génies ou démons que l'on adorait comme des dieux, obtenir d'eux des connaissances supérieures , opérer , par leur entremise, des choses prodigieuses et surnaturelles. Les philosophes en étaient persuadés comme le peuple ; Bayle, ibid., c. 37 ; les stoïciens en particulier, puisqu'ils avaient confiance à la divination, aux augures , aux songes, aux pronostics, aux prodiges ; Cicéron nous l'apprend, L. n, de Divin., n. H9. Lucien, dans son Philopseudes, reproche ce riuicule à toutes les sectes de philosophie ; et, encore une fois,

DlCTIONN. DE TlIFOL. DOGMATIQUE. 111.

c'était une conséquence inévitable de la théologie païenne. Les épicuriens mêmes n'en étaient pas exempts ; plusieurs ont été accusés de pratiquer la magie, et d'être aussi superstitieux que le vulgaire le plus ignorant; mais on no sait pas quelle idée ils avaient du pouvoir magique; on sait seulement qu'en général ils étaient très-mauvais physiciens, La théurgie des éclectiques ou des platoniciens du iv siècle était une vrais magie, dans le sens même le plus odieux ; ces philosophes se flattaient d'avoir un commerce immédiat avec les esprits, et d'opérer des prodiges par leur entremise. De là Celse et les autres ne manquèrent pas d'attribuer a la magie, ou à ce commerce prétendu, les miracles de Moïse, de Jésus-Christ, des apôtres et des premiers chrétiens; mais c'était une double absurdité de prétendre que les démons, dont les chrétiens détruisaient le culte, était nt cependant en commerce avec eux, et de blâmer dans les chrétiens un art par lequel les philosophes prétendaient se faire honorer ; nos apologistes n'ont pas eu de peine à démontrer le ridicule de cette accusation : l'on ne pouvait pas reprocher aux chrétiens de s'être jamais servis d'un pouvoir surnaturel pour faire du mal à personne.

Voilà donc la première origine des différentes espèces de magie, qu'il faut distinguer. On a cru que, par certaines formules d'invocation, per carmina, l'on pouvait faire agir les génies , c'est ce que l'on a nommé charmes; les attirer parues chants ou par le s>n des instruments de musique, ce sont les enchantements; évoquer les morts et converser avec eux, c'est la nécromancie; apprendre l'avenir et connaître les choses cachées, de là les différentes espèces de divination, les augures, les aruspiecs, etc. ; envoyer des maladies, ou causer du dommage à ceux auxquels on voulait nuire, ce sont les maléfices; nouer les enfants et les empêcher de croitre, c'est la fascination; diriger les soits bons ou mauvais, et h s faire tomber sur qui l'on voulait, c'est ce que nous nommons sortilège ou sorcellerie ; inspirer des passions criminelles aux personnes de l'un ou l'autre sexe, ce sont les philtres, etc. Tout ce'a dérive de la même erreur primitive ; mais à chacun de ces articles nous indiquons les autres causes positives qui ont pu y contribuer. L'imposture , sans doute, y a toujours eu beaucoup de part ; tout homme qui se croit plus instruit que les autres veut paraître encore plus habile qu'il n'est, profiter de la crédulité des ignorants, se faire admirer et redouter, c'est la passion des philosophes. Tout distributeur de remèdes a eu grand soin d'y mêler des formules, des cérémonies, des précautions , qui donnaient un air plus merveilleux à l'effet qui s'ensuivait, et plus d'importance à son art ; c'est encore la coutume des charlatans. Pour qu'une plante eût la vertu de guérir, il fallait qu'elle fût cueillie dans certains temps, sous telle constellation; il fallait prononcer certaines paroles inintelligibles, se tenir dans

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telle attitude, etc. Ainsi, la médecine devint une magie composée de botan;que, d'astrologie, de souplesse et de superstition ; Pline, I. xxx , c. 30, c. 1. Puisque la plupart de ces pratiques ne pouvaient avoir aucune inllucnce sur la guérison, il fallait donc que leur effet fût surnaturel. Ainsi l'on raisonnait, et il n'est encore que trop ordinaire aux philosophes d'argumenter de môme :

lorsqu'ils ne voient pas la cause immédiate d'une erreur, ils l'attribuent à la religion, au lieu qu'il faudrait en accuser une fausse philosophie.

Si nous remontons plus haut, où trouverons-nous le premier principe de la plupart des erreurs? Dans les passions humaines. D'un côté, la vanité, l'ambition et la fourberie des imposteurs ; de l'autre, la curiosité des hommes , l'avidité de se procurer un bien, l'impatience d'écarter un mal, la jalousie, la vengeance , l'envie de perdre un ennemi, les transports môme d'un amour déréglé, ont fait tout le mal ; une âme furieuse a ait: Si. je ne puis rien obtenir du ciel, je ferai agir l'enfer :

Flectere si nequoo superos, Acheronla movebo :

or la philosophie n'a pas le pouvoir d^ guérir les passions.

La vraie religion, loin de contribuer en rien à cette démence , n'a cessé d'en détourner les hommes. Dès le commencement du monde, elle leur a enseigné qu'il n'y a qu'un seul Dieu , que lui seul a créé et gouverne l'univers , distribue les biens et les maux, donne la santé ou la maladie , la vie ou la mort. Elle condamne toutes les passions commande la soumission à Dieu et la confiance à sa providence, défend de recourir à aucune pratique superstitieuse, nous apprend à regarder le démon comme l'ennemi du genre humain. Parmi les premiers adorateurs du vrai Dieu, nous ne voyons régner aucune superstition; l'on a cependant osé reprocher aux patriarches la contiance aux songes. A cet article, nous verrons ce que l'on doit en )enser. Les Juifs ne se sont rendus coupa- >lcs de magie que quand ils ont imité l'idoàtrie de leurs voisins, et ce crime n'est jamais demeuré impuni. Mais il est une troisième cause, de laquelle nos philosophes ne veulent pas convenir; ce sont les opérations du démon lui-môme, qui, pour se faire rendre les honneurs divins, a souvent fait des choses que l'on ne peut attribuer ni à une cause naturelle, ni à la puissance de Dieu; et Dieu l'a permis , afin de punir les impies qui renonçaient à son culte pour satisfaire leurs passions. Selon nos adversaires, il n'y eut jamais rien de réel en ce genre; tout ce que les ignorants et les philosophes ont cru voir et ont cru faire de surnature!, ce que les Pères de l'Eglise ont supposé vrai , ce que les historiens et les voyageurs ont raconté, ce qui parait constaté par les procédures des tribunaux et par la confession môme des magiciens, est imaginaire; ce sont ou des impostures ou des effets purement naturels. Nous soutenons que cela n'est pas possible.

Vainement Pavle et d*autres ont fait des dissertations sur le pouvoir de l'imagination, et en ont exagéré les effets : lorsque les maléfices ont opéré sur les animaux, ce n'était certainement pas l'imagination qui agissait.

En général, s'armer de pyrrhonisme et nier tous les faits, accuser d'imbécillité ou de fourberie tous les auteurs anciens et modernes, attribuer tout à des causes naturelles que l'on ne connaît pas et que l'on ne peut pas assigner, c'est une méthode très-peu philosophique; elle prouve qu'un homme crain les discussions , et ne se sent en et .t de rendre raison de rien. Bayle lui-même en juge ainsi, Dict. crit. Majus, rem. D. Nous n'adoj.tons point tous les faits rapportas par les auteurs qui ont traité <;e la magie; un très-grand nombre de ces faits ne sont pas assez constatés : nous savons que, par ignorance , l'on a souvent attribué à l'opération du démon des phénomènes purement naturels, que plusieurs personnes ont été faussement accusées de magie , et punies injustement; mais il ne s'ensuit pas de i à qu'il n'y ait jamais eu de magie proprement dite. Nous raisonnerions aussi mal , si nous disions : Il y en a certainement eu dans tel cas, donc il y en a eu dans tous les cas. Sur une matière aussi obscure, il y a un milieu à garder entre, l'incrédulité absolue et la crédulité aveugle.

IL Trouverons-nous dans l'Ecriture sainte ou dans les Pères de l'Eglise quelque chose qui ait contribué à entretenir parmi les fidèles le préjugé des païens et la confiance à la magie? Dans tout l'Ancien Testament; nous ne voyons aucun exemple d'opération magique dont nous soyons forcés d'attribuer l'effet au démon. Lorsque Moïse fit des miracles en Egypte, il est dit que les magiciens do Pharaon firent de même par leurs enchantements; ils imitèrent donc les miracles do Moïse au point d'en imposer aux yeux des spectateurs; mais y eut-il réellement du surnaturel dans leurs opérations ? Rien ne nous oblige de Je supposer; le récit de l'Ecriture semble prouver le contraire.

En premier lieu, ces magiciens usèrent de préparatifs. Ils furent appelés par Pharaon pour changer leurs verges en serpents; Pharaon lui-même fut avéra d'avance du changement des eaux du Nil en sang, et de l'arrivée des grenouilles (Exod. vu, 11 et 17; vm, 2). Il est dit qu'ils imitèrent Moïse par des enchantements et des pratiques secrètes. Ces pratiques pouvaient être des moyens naturels, des tours de main capables d'en imposer aux yeux. — Secondement, la comparaison de leurs prestiges avec les miracles de Moïse confirme cette opinion. Enchanter les serpents par les drogues qui leur ôtent le pouvoir de mordre , les manier ensuite sans aucune crainte, est un secret très-commun, non-seulement en Egypte et dans les Indes, mais dans les cantons de l'Europe où l'on fait commerce de vipères.. Avec ce talent et un peu de souplesse, il était aisé aux magiciens de faire paraître tout à coup un serpent au lieu d'un bâton. Mais le serpent de Moïse dévora ceux des magiciens, ce qui démontre

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que ce n'était po:nt un serpont enchanté ou affaibli. Donner la co ileur de sang à un neuve tel que le Nil , en corrompre les eaux par un coup do baguette, en présence do Pharaon et de toute sa suite, c'est ce que fit Moïse, et c'est un prodige que Ton ne peut opérer par a icune cause naturelle. Imiter ce changement dans une certaine quantiléd'eaii, dans un vase ou dans une fosse, ce n'est plus un miracle; nous ne voyons pas que les magiciens aient rien fait davantage. Lorsque Moïse, en étendant la main, lit sortir du fleuve une quantité de grenouilles suffisante pour couvrir le sol de l'Egypte, et qu'il les tit mourir ensuite par une prière à Dieu, ce ne fut point une opération naturelle. Enfa;re sortir une petite quantité , non pas en étendant la main, mais par des appâts ou par des (ils imperceptibles , c'est ce que peut faire un homme adroit avec un peu de préparation, et c'est où se borna le pouvoir des magiciens. Pharaon, convaincu de leur impuissance, ne s'adressa pas à eux, mais à Moïse, pour être délivré des grenouilles.— En troisième lieu , ils furent forcés de s'avouer vaincus; ils ne purent produire des insectes, parce que l'art n'y a plus de prise; ils s écrièrent : Le doigt de. Dieu est ici; ils ne purent détruire aucun des miracles de Moïse, faire cesser aucun «les fléaux dont il aflligea l'Egypte, ni s'en mettre à couvert eux-mêmes. Dira-t-on que Dieu , après avoir permis au démon de lutter contre lui par trois miracles, l'arrêta seulement au quatrième? Mais le Psalmiste, avant de parler des plaies de l'Egypte (Ps. cxxxv, 4), dit que Dieu seul fait de grands miracles; et(Ps.Lxxi,18),que lui seul l'ait des choses merveilleuses. Quelques interprètes de l'Ecriture sainte ont pensé différemment; mais d'autres ont suivi le sentiment que nous proposons , et il n'y a rien dans le texte qui y soit contraire.

Quand il serait vrai qu'il y a dans l'Ecriture sainte des i'ai's surnaturels que l'on doit attribuer au démon, il s'ensuivrait seulement que Dieu a permis à l'esprit infernal de les opérer, soit pour punir les hommes de leur curiosité superstitieuse, soit pour faire éclater davantage sa puissance, en opposant d'autres prodiges plus nombreux et plus merveilleux; mais, t.ans tout l'Ancien Testament, nous ne voyons aucun exemple dont nous soyons forcés d'attribuer l'etfet au démon. L'apparition de Samuel à Saûl, en suite de l'évocation q'ie tit la pythonisse d'Endor (/ Reg. vm, 12), ne prouve point que cette iemme ait eu le pouvoir de faire paraître un mort; c'est Dieu qui, pour punir Saul de sa curiosité criminelle , voulut lui apprendre, par Samuel , sa mort prochaine. La pyihonisse elle-même en fut effrayée; elle ne s'attendait point à cet événement. Voy. Pythonisse.

Dans le livre de Tobie, c. vi, v. 14, nous lisons que le démon avait tué les sept premiers maris de Sara, tille de Raguel; mais il n'est pas dit qu'aucun magicien y ait contribué. Tobie mit en fuite le démon en brûlant le foie d'un poisson, c. vm, v. 2; mais ce fut

un miracle opéré par l'ange Raphaël. — Dans le livre de Job, nous voyons que le démon aflligea ce saint homme par la perte de ses troupeaux, par la mort de ses enfants, par une maladie cruelle: ce fut par une permission expresse ue Dieu , et pour éprouver la vertu de Job, et non par aucune opération humaine. Aucun de ces exemples ne donne lieu de conclure qu'un homme peut avoir lo démon h ses ordres , et le faire agir comme il lui plaît.

Dieu avait défendu aux Israélites toute espèce de magie, sous peine d^ mort (Levit. tlix, 'M ; xx, 6, 27, etc.). C'est un des crimes que l'Ecriture reproche à Mana-sès, roi idolâtre et impie (Il Parai, xxxm , 6). Cette défense était juste et sage. En effet, la magie était une profession de polythéisme, puisqu'elle supposait la confiance aux prétendus génies ou démons moteurs de la nature ; c'était la compagne inséparable de l'idolâtrie, et un des crimes que Dieu voulait punir dans les Chananéens. Cet art funeste avait plus souvent pour objet de faire du mal au prochain que de lui faire du bien. Presque toujours il était joint à l'imposture. Les magiciens avaient plus d'ambition de se faire craindre que do se faire aimer; ils profitaient de 1 ignorance, delà crédulité, des terreurs populaires, pour inspirer aux hommes une fausse confiance; leur profession était donc pernicieuse par elle-même, et détestable h tous égards. Mais la loi qui les condamnait supposait-elle qu'ils avaient en effet un pouvoir surnaturel , et pouvait-elle contribuera entretenir la fausse opinion que le peuple en avait? Rien moins. Nous ne voyons pas comment les incrédules peuvent en conclure qu'il n'y a eu parmi les auteurs sacrés que peu ou point de philosophie. Nous soutenons qu'il y en avait plus que che.i les Grecs et chez les Romains. Les lois de ces deux peuples, qui proscrivaient la magie goëtique , la magie noire et malfaisante, ne statuaient aucune peine contre la magie simple, qui avait pour but défaire du bien. Nous avons vu que les philosophes y croyaient comme le peuple; on y avait recours dans les calamités publiques. Bayle a fait voir que la plupart des empereurs romains avaient des magiciens à leurs gages, sans en excepter le sage et philosophe Macc-Aurèle. Hep. aux quest.d'un Prov., irepart., c 38.

Les auteurs sacrés, mieux instruits, répètent sans cesse que Dieu seul fait des miracles, que lui seul connaît l'avenir et peut le révéler, que de lui seul viennent les biens et les maux, les bienfaits et les fléaux de la nature. Si le démon fait quelque chose, ce n'est jamais parles ordres d'un magicien, mais par une permission expresse de Dieu. Ces vérités détruisent par la racine le prétendu pouvoir des magiciens de toute espèce. A Ja vérité, les incrédules font aujourd'hui consister la philosophie à nier l'existence môme du démon, et par conséquent toutes ses prétendues opérations; mais nous leur demandons sur quelle preuve positive ils fondent ce dogme important, comment ils démontrent l'impossibilité des événements dont les au-

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